Le principe de locomotion occupe dans l’œuvre de Claude Simon une place non seulement essentielle mais, précisément, motrice. Qu’il s’agisse du train, du cheval, de l’avion, du tramway, du bateau ou de la simple marche des hommes se déplaçant le long d’une route, les moyens de locomotion divers et variés y jouent un rôle prépondérant, aussi bien en tant que motifs récurrents du récit – postes mobiles et transitoires qui transportent les personnages à travers l’espace et conditionnent ainsi leur situation, leurs perceptions et la temporalité où ils évoluent – que comme mouvement du geste même de l’écriture.
Prenons par exemple des soldats allongés, en vrac, sur la plateforme d’un wagon à bestiaux roulant à faible allure, qui parlent, fument, tentent de soulager leurs jambes ankylosées sur lesquelles pèsent les membres d’autres soldats pareillement affalés et entassés, regardant défiler le paysage et laissant le ré...



