Claude Simon, “Mon travail d’écrivain n’autorise à mes yeux aucune concession”. Lettre à Federico Mayor
Claude Simon, “Mon travail d’écrivain n’autorise à mes yeux aucune concession”. Lettre à Federico Mayor Nolay, Le Chemin de fer, 2025, 32 p.
Texte intégral
1À son retour d’un déplacement en Union soviétique, en compagnie de quatorze autres personnalités invitées à prendre part au Forum d’Issyk-Koul en octobre 1986, le récent lauréat du Nobel avait reçu un courrier de Federico Mayor, l’un des participants à cette opération agencée par la diplomatie soviétique. Scientifique et diplomate espagnol (appelé à accéder à la présidence de l’UNESCO), Mayor revenait à la charge et le pressait de joindre sa signature à une déclaration commune (en français) légèrement modifiée, alors que tous les invités – Simon excepté – avaient pourtant consenti à signer une première version en russe et en anglais, au moment de la conclusion de cette réunion au sommet : une opération qui s’était conclue en apothéose par une rencontre avec Mikhaïl Gorbat-chev, le dernier Secrétaire Général de l’URSS. En date du 27 novembre 1986, Simon répond à Federico Mayor, « il paraphe le texte en français et joint une lettre de cinq pages de mise au point », nous apprend Mireille Calle-Gruber dans le prière d’insérer de l’ouvrage (p. 9).
2Cette lettre accompagnée du fac-similé de la version à peine amendée en français, Mireille Calle-Gruber la publie in extenso aujourd’hui, à l’occasion de la récente mise en spectacle de L’Invitation par la comédienne Marie Vialle. Dans notre actualité où les tensions avec la Russie redeviennent très préoccupantes, on aimerait croire que L’Invitation au théâtre incitera de nouveaux lecteurs à découvrir le monde de Simon ; en y retrouvant par exemple quelques coïncidences médiatiques entre le président américain de l’époque, « coiffé d’un chapeau de cow-boy et souriant de toutes ses dents, dans des films de troisième catégorie » (In, 965) et le président actuel à la casquette écarlate, rendu célèbre en présentant une émission de télé-réalité à très fort taux d’audience et de plus en plus omniprésent sur les réseaux sociaux. Très étrangère à cette vulgarité des images en circulation, cette Lettre et l’image de l’auteur qui s’y trouve attachée, explique l’éditrice, « déclare, en fait et malgré tout, la foi en la puissance de la littérature lorsque l’écrivain se tient tout entier à son métier d’écrire qui est avant tout éthique. La foi en une littérature sans concession et sans condition, capable de changer la vie dans un monde habitable grâce aux bienfaits des arts et des lettres. » (p. 10).
- 1 Dans la liste des signataires de ce document paraphé in extremis, comme par ironie (...)
3Que dire encore de cette édition intégrale de la lettre envoyée à Mayor le 27 novembre 1986 ? D’aucuns considéreront que la teneur de ce document était déjà bien connue. Mireille Calle-Gruber y fait allusion dans sa biographie de Simon en la paraphrasant pour évoquer les sentiments de l’écrivain lors de son déplacement à Frounzé. Ou encore dans l’un des Appendices de l’édition de la Pléiade (2013) qui procure de larges extraits de cette missive (plus des deux-tiers) que Claude Simon avait transmis à Nicole Zand afin qu’ils paraissent dans Le Monde du 5 décembre 1986, sous le titre : « Le Forum d’Issyk-Oul : Claude Simon, l’art, “la lutte contre l’obscurantisme’’ ». Qui plus est, une note de cette édition (note 41, p. 1158) nous fournit la transcription de la version française de la déclaration finale – amendée par Mayor et paraphée par Simon – dont nous retrouverons le tapuscrit en copie dans la lettre à Mayor. De paragraphe en paragraphe, de paraphe en paraphe1, de relais en relais, cette lettre d’un épistolier scrupuleux prépare le terrain de L’Invitation que l’écrivain signera et fera paraître dans le courant de l’année 1987. À la parution de ce récit en régime hétérodiégétique et de genre incertain dans lequel l’un des invités brille par son absence ou, plus exactement, se tient discrètement comme à distance, c’est l’allure somnambulique de son témoignage « au second degré » que retiendra Marianne Alphant en réservant à Simon deux pleines pages dans Libération en janvier 1988.
- 2 Ralph Sarkonak, « Du non-dit politique à l’auto-référence : L’invitation de Claude Simon (...)
4Cette évanescence métaphorique de l’auteur en déplacement dans L’Invitation, la critique simonienne l’aura bien reçue en s’employant à l’identifier. Selon Ralph Sarkonak, « ce petit livre constitue beaucoup plus que la lettre publiée dans Le Monde, la véritable réaction de Simon à son voyage2 » ; une réaction que le critique analyse en démontrant point par point en quelle manière la critique politique procède « de la force de la métaphore » et des trouvailles formelles. Il revient en effet à l’écrivain de donner formellement une évidence poétique et un tour parfaitement crédible à la rédaction d’une déclaration finale vouée à se flétrir comme les fleurs qui jonchent le couloir de l’avion reconduisant les invités à Moscou dans l’une des dernières séquences de L’Invitation :
fleurs, brassées d’œillets, de glaïeuls que mettaient dans leurs mains des jeunes filles, des enfants aux cous noués de foulards rouges, aux visages plats et jaunes, aux cheveux noirs, lissés, brillants, et dont ils (les invités) cherchaient à se débarrasser, corbeilles même à leur départ dans l’avion qui devait les ramener à la capitale, déposées à la diable sur la moquette, renversées, les tiges cassées, déjà flétries, parsemant le couloir central, piétinées par les allées et venues d’un fauteuil à l’autre, feuillets en main, se penchant pour comparer, hâtivement corriger, mots barrés ou rajoutés, phrases déclamatoires, vides de sens, paragraphes vides de sens barrés, remplacés par d’autres tout aussi vides de sens, cadavres de fleurs écrasées constellant le tapis, mares, lacs aveugles ici et là couverts d’une taie blanchâtre déjà gelés dans l’étendue couleur de bête fauve, pointillés de nuages ronds en chapelets parallèles, suivis de leurs ombres, la steppe vide aussi (In, p. 1005)
- 3 Stéphane Mallarmé, Œuvres complètes, t. II, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la P (...)
5Comme « l’absente de tous bouquets » qui, avec Mallarmé, « musicalement se lève, idée rieuse ou altière3 », à l’issue de ce forum s’achevant comme il a commencé dans la confusion générale, l’un des invités se fond dans le paysage et donne son plein sens à la formule attribuée à Bismarck mise en épigraphe dans L’Invitation : « Le seul facteur permanent de l’Histoire, c’est la géographie. »
6La version intégrale de cette lettre à Federico Mayor restitue les transitions, supprimées dans les extraits parus dans Le Monde. Simon commence par mettre en relief la formulation puérile et emphatique de nombre de phrases d’une déclaration en décalage avec l’ambition d’appeler les créateurs les plus actifs à s’engager dans une nouvelle manière de penser l’avenir. En rappelant à Mayor que, tout au long de ce forum, il n’a jamais été question de réfléchir et d’échanger sur les relations paradoxales et ambiguës d’une recherche artistique ou scientifique sans finalité sociale et sur le rôle et la place que la société réserve à des chercheurs libéraux et innovants dignes de ce nom. Il en vient alors à préciser la visée de son propos :
Je vous prie de bien vouloir excuser ce préambule qui vous aura peut-être paru un peu long mais dans lequel je me suis efforcé de résumer de façon très schématique quelques considérations indispensables pour vous faire comprendre ma position. Celle-ci sera peut-être encore éclairée par le texte de mon Discours de Stockholm que je vous envoie par le même courrier. (p. 17, je souligne)
- 4 Alexey Vishniakov, « Simon au pays des Soviets », Cahiers Claude Simon, n° 9, 2014, (...)
- 5 Dans le sens où la conçoit Jérôme Meizoz, « une posture n’est pas seulement une con (...)
7D’une certaine manière, ce geste de courtoisie de l’auteur ne renvoyait-il pas Mayor à un Discours dont il était supposé déjà connaître la teneur ? Comme nous l’apprend Natalia Popova, la traductrice en charge de Simon lors de ce colloque, la seule intervention consentie par cet invité ne se distinguant pas selon elle « par sa sociabilité » n’avait-elle pas été de lire son Discours de Stockholm ? « Je l’ai feuilleté, se souvient-elle, et ai osé lui dire que son contenu ne s’accordait pas trop au thème des discussions générales. Claude Simon a répondu qu’il avait mis toute sa vie pour formuler ses idées et ne pourrait rien dire d’autre…4 ». Natalia Popova n’avait pas pu assister à la performance mais elle nous rapporte les retours des auditeurs qui dans l’ensemble, selon elle, l’avaient jugée terriblement longue et ennuyeuse… La précaution rhétorique marquée dans ce passage souligne une prise de position, indique une posture adoptée dans le champ littéraire5, à laquelle – d’entretien en entretien, de conférence en conférence –, Simon aura inlassablement travaillé. En ce sens, tout sauf privée, une telle lettre participe de l’effort d’un écrivain qui s’applique à conforter son image publique en réitérant les grandes lignes d’un Discours qui restait selon lui, ici ou là, encore mal entendu.
Comme je l’ai dit alors, je suis maintenant un vieil homme, et après la consécration matérielle et mondaine apportée par le Nobel, je ne brigue aucun honneur, aucune place, aucun poste : je n’ai d’autre ambition (comme d’ailleurs auparavant) que de mener au mieux mon travail d’écrivain qui n’autorise à mes yeux aucune concession, que ce soit aux goûts du public ou aux consignes des gouvernants […]. (p. 18)
8S’opère alors une distinction entre la part qui revient à l’artiste, au créateur ou au chercheur, « en d’autres termes le novateur », lequel « se doit d’apporter sa modeste contribution à la perpétuelle transformation de la société en découvrant de nouvelles formes (ce qui le fait, dans un premier temps, [ajoute Simon], rejeter de tous les pouvoirs en place) » (ibid.) ; et la part de responsabilité qui revient à un citoyen ordinaire, en particulier lorsque celui-ci a l’heur de disposer d’une certaine exposition médiatique et qu’ « il peut profiter de sa notoriété grande ou petite pour s’élever contre ce qu’il considère comme trop intolérable et contraire aux lois les plus élémentaires du respect de l’homme » (ibid.) ; par exemple en cosi-gnant le Manifeste des 121 pendant la Guerre d’Algérie ; en s’adressant au président Mitterrand pour lui demander des comptes sur des actions terroristes imputées aux services secrets ou à l’occasion de la reprise des essais nucléaires français dans le Pacifique au moment de son altercation avec le Nobel japonais Kenzaburô Ôé en 1995.
- 6 « Je n’ai de sensation d’exister que si j’écris, confiait Simon à la journaliste Isabelle R (...)
9Dans une période de grande fatigue et de turbulences après l’attribution du Nobel6 qui, d’une certaine manière, l’exposait en « auteur mondial » (Gisèle Sapiro), n’incombait-il pas à cet « auteur presque inconnu dans son pays » de veiller à se distinguer du « groupe d’“intellectuels’’ » en compagnie desquels il avait voyagé, quelques-uns estimables (il mentionne le futurologue Alvin Toffler, avec lequel il se trouve en conversation dans une photographie annexée à cette lettre), et « d’autres qui n’avaient de qualités que celles de bouffons » (p. 20). Ce franc-parler d’un créateur revendiquant « sa liberté d’expression et d’action en face de toute espèce de pouvoir » est bien dans le ton de la conclusion de cette missive :
Peut-être, en lisant cette lettre, aurez-vous trouvé mon langage trop direct et trop radical. Dans ce cas, ne vous faites pas de souci : je suis rejeté presque à l’unanimité dans mon propre pays où […] n’étant « ni chrétien, ni communiste, ni existentialiste, ni surréaliste » et où je n’ai de défenseurs que dans trois ou quatre organes de presse parmi lesquels L’Humanité – ce dont je me réjouis. En tout état de cause, je reste comme vous le voyez, un marginal, et, après tout, peut-être n’ai-je pas ma place parmi ceux que vous cherchez à réunir. (p. 25-26)
10Rien n’indique, dans ce retrait, que son auteur ait renoncé à prendre part à d’autres réunions internationales autour de questions artistiques qui le préoccupaient, en compagnie de peintres, d’écrivains, de cinéastes, de scientifiques, retenus parmi les meilleurs pour échanger sur « des problèmes qu’il est absolument nécessaire de cerner et de circonscrire avec la plus extrême rigueur » (p. 23). En janvier 1988, il prend part à une réunion des Nobels invités par François Mitterrand et Élie Wiesel et y intervient avec une communication intitulée « Le rôle amoral de la culture » que publiera Libération. Ou encore, l’année suivante, il se rend au Japon à une réunion des lauréats du Prix Nobel issus de différentes disciplines sur un thème propre à intéresser Simon : Creativity Toward the 21e Century.
- 7 C. Simon, « J’ai deux souvenirs d’intense fatigue : la guerre et le Nobel », Libération, (...)
11Enfin, dans cette Lettre à Mayor, un lecteur de L’Invitation lira avec intérêt les quelques lignes (supprimées des extraits parus dans Le Monde) où l’épistolier évoque « la grave interrogation que pose un spectacle comme ce consternant ballet auquel nous avons été invités au Bolchoï et où la mémoire et l’esprit de Tchekhov n’étaient rien moins que bafoués » (p. 22). Dans le cours de l’entretien publié par Libération en 1986, sensible à un certain comique qui imprègne nombre de pages de L’Invitation, Marianne Alphant demande à Simon s’il lui était arrivé de rire lors de cette invitation soviétique : « Malgré les règles de bonne éducation, lui répond-il, je n’ai pu m’empêcher de rire au ballet de la Mouette, de Tchekhov, dansée au Bolchoï. Vous connaissez comme moi la Mouette, c’est tout fait de silence, de non-dits, de suggéré. Faire un ballet avec ça ! Et c’était curieux, curieux. Parce qu’à coup de grosse caisse et avec cette vieille danseuse qui a été célèbre et qui ne peut plus danser… 7 » Entre texte et paratexte, les variations de posture prennent un tour tout à la fois dérisoire et tragique, dans la mémoire de l’écrivain de L’Invitation, évoquant sa présentation à la vieille dame soutenue par « son habilleuse presque aussi vieille qu’elle, debout à son côté comme une confidente de tragédie (la tragédie, le tragique qu’avaient vainement cherché à atteindre les coups de grosse caisse et les cuivres assourdissants de l’orchestre) » (In, p. 970). Entre le tragique et le dérisoire, l’écriture intègre une figure pathétique de vieille ballerine ayant connu ses heures de gloire au temps de Staline à une série de figures maternelles ancestrales qui du Sacre du Printemps aux Géorgiques reviendront à la mémoire du lecteur.
- 8 Lucien Dällenbach, Claude Simon à New-York, Genève, Zoé, 2013, p. 118.
- 9 A. Vishniakov, art. cité, p. 165.
12En concluant son petit portrait new-yorkais de Simon, Lucien Dällenbach se prend à déplorer l’artificialisation du personnage vivant et original qu’il a connu, « détruit par le Simon officiel », pompeusement nobélisé, recyclé par l’université ; et il se demande où ont bien pu passer « le blouson du Républicain espagnol qui perce volontiers sous l’habit, l’amateur de blagues et de nonsense, le fidèle lecteur du Canard enchaîné, la curiosité du dilettante, la libido qui défie le temps, le regard vif, encore et toujours ?8 ». Ce personnage rébarbatif dont se souvient la traductrice du Forum de Frounzé, Natalia Popova le portraiture en homme « petit, chenu, toujours dans le même veston de cuir » qui affectait de rester « imperturbablement indifférent9 » à tout ce que les hôtes soviétiques s’étaient ingéniés à donner en spectacle à leurs invités au cours du forum de Frounzé.
13Simon y revient quant à lui dix ans plus tard dans Le Jardin des Plantes (1997). Plusieurs lopins de ce « portrait d’une mémoire » retraitent cette affaire de signature d’une déclaration finale qui fait l’objet de la lettre adressée à Federico Mayor. C’est alors que dans ce roman, l’écriture de Simon libère tout le potentiel poétique d’une affaire de signature dans une petite scène burlesque où cinq acteurs interviennent tour à tour :
L’interprète à tête de rat qui m’avait suivi me dit Pourquoi ne voulez-vous pas signer ? Je dis On ne m’avait jamais dit qu’il y aurait un texte ou je ne sais quoi comment appelez-vous ça à signer Il éleva la voix Qu’est-ce qui vous dérange là-dedans ? Je ne pouvais pas lui dire devant l’autre : Simplement parce que c’est cet idiot […] Il me coupa il était hors de lui il me mit de force les feuillets dans la main tapant dessus du doigt Dites-moi ce qui ne vous plait pas là-dedans pourquoi refusez-vous de Je pris les feuillets les froissai en fis une boule et les lui remis dans la main je dis Si vous le prenez comme ça tenez vous pouvez les Il se mit alors franchement à crier Le grand écrivain nouveau Tolstoï était toujours tassé sur le canapé comme étranger à ce qui se passait sourd je commençai à être vraiment en colère mais j’en rajoutai je me mis à crier moi aussi Aux éclats de voix l’élégant diplomate espagnol quatre épingles sortit de la salle de banquet Il me lança un regard hostile réprobateur Il dit Qu’est-ce qui se passe ? Je dis Qu’est-ce que c’est que cette histoire qui est-ce qui a écrit ces Je fis un signe de tête en direction du prix Lénine C’est lui ? Il prit l’air ennuyé dit Il doit y avoir des erreurs de traduction […]. ( JP, 974)
14D’un interprète à tête de rat ou de fouine à un autre interprète gros et jovial, en passant par un élégant diplomate espagnol, jusqu’à l’interprète en charge de l’écrivain, ce sont les feuillets de cette déclaration entr’aperçus dans L’Invitation qui circulent une fois encore de main en main, avant que l’écrivain ne les déchire en présence du maître d’œuvre de ce forum, lequel feint de rester étranger à la scène. Cette feinte colère d’un écrivain en représentation – et qui en rajoute – ne tient en rien d’une posture auctoriale austère. D’une manière ou d’une autre dans la composition de ce roman, cette image plaisante de l’écrivain s’intègre à la pensée critique qui l’anime d’un bout à l’autre.
Notes
1 Dans la liste des signataires de ce document paraphé in extremis, comme par ironie du sort, le paraphe de Simon se trouve placé à hauteur du nom d’un autre participant, le peintre éthiopien Afewerk Tekle que L’Invitation identifie ironiquement comme un artiste ayant portraituré « tous les dirigeants de son pays » (In, p. 974) et qui « semblait avoir peint tout ce qu’il y avait à peindre dans son pays, avait même dessiné […] les timbres-poste, d’une facture, expliqua-t-il, forcément plus stylisée et où, en coloris variés, les mêmes tisserands, les mêmes potiers et les mêmes bergers se combinaient harmonieusement dans les petits rectangles verts, jaunes ou lilas, avec une faucille et un marteau, également stylisés » (ibid.).
2 Ralph Sarkonak, « Du non-dit politique à l’auto-référence : L’invitation de Claude Simon », Texte [Toronto, éditions Trintexte], n° 11, 1991, p. 94.
3 Stéphane Mallarmé, Œuvres complètes, t. II, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2003, p. 678.
4 Alexey Vishniakov, « Simon au pays des Soviets », Cahiers Claude Simon, n° 9, 2014, p. 165.
5 Dans le sens où la conçoit Jérôme Meizoz, « une posture n’est pas seulement une construction auctoriale, ni une pure émanation du texte, ni une simple inférence d’un lecteur. Elle relève d’un processus interactif : elle est co-construite, à la fois dans le texte et hors de lui, par l’écrivain, les divers médiateurs qui la donnent à lire (journalistes, critiques, biographes, etc.) et les publics. » (J. Meizoz, « Ce que l’on fait dire au silence : posture, ethos, image d’auteur », Argumentation et analyse du discours, n° 3, 2009, en ligne : http://journals.openedition.org/aad/667). Voir également Cahiers Claude Simon, n° 17, 2022, « Figures de l’écrivain ».
6 « Je n’ai de sensation d’exister que si j’écris, confiait Simon à la journaliste Isabelle Rüf. […] Depuis le Nobel, les voyages, les sollicitations ont rendu ce travail impossible. Mais j’ai vu beaucoup en une année, et comme dit Butor, pour un romancier rien ne se perd… Je suis un artisan, comme Bach ou Poussin l’étaient dans leur domaine. » (C. Simon, L’Hebdo, 20 novembre 1986, p. 100).
7 C. Simon, « J’ai deux souvenirs d’intense fatigue : la guerre et le Nobel », Libération, 6 janv. 1988, p. 29. Sur la mise en texte par l’écrivain de ce souvenir du Bolchoï, voir Sophie Guermès, « De l’incohérence événementielle à la nécessité poétique : la glasnost selon Claude Simon », Cahiers Claude Simon, n° 7, 2011, p. 119-139, p. 126 sqq.
8 Lucien Dällenbach, Claude Simon à New-York, Genève, Zoé, 2013, p. 118.
9 A. Vishniakov, art. cité, p. 165.
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Référence papier
Alain Froidevaux, « Claude Simon, “Mon travail d’écrivain n’autorise à mes yeux aucune concession”. Lettre à Federico Mayor », Cahiers Claude Simon, 20 | 2025, 189-195.
Référence électronique
Alain Froidevaux, « Claude Simon, “Mon travail d’écrivain n’autorise à mes yeux aucune concession”. Lettre à Federico Mayor », Cahiers Claude Simon [En ligne], 20 | 2025, mis en ligne le 31 décembre 2025, consulté le 11 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/ccs/6020 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16bo5
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