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Carnets de soutenances

La place de la concertation dans la mise en œuvre de projets urbains durables à travers l'exemple de l’agglomération parisienne

Territoires, acteurs, représentations
Hélène Sirota-Chelzen

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Texte intégral

1Depuis la conférence des Nations-Unies de Rio en 1992 au cours de laquelle ont été affirmés les principes du développement durable, la concertation est devenue une pratique politique et sociale incontournable. En effet, en réunissant une pluralité d’acteurs, les processus participatifs offrent un moment et un lieu où se posent des enjeux de gouvernance, de gestion territoriale et de durabilité urbaine. Les processus participatifs répondent d’une part, à une dynamique bottom-up, c’est-à-dire à une demande des citoyens de participer au débat public, à la prise de décision, à la gestion locale et à la fabrique de la ville, et s’inscrivent d’autre part dans une injonction top-down où un cadre juridique porte les objectifs de durabilité. Les habitants sont de plus en plus sollicités pour s’investir dans des dispositifs participatifs. La thèse cherche à répondre à la question suivante : à quelles conditions, les habitants, à travers les dispositifs participatifs, deviennent-ils des acteurs de leur territoire ? Mon hypothèse de recherche est que les dispositifs participatifs transforment les habitants en leur permettant de développer un pouvoir et une capacité d’agir. En développant leur expertise les habitants s’impliquent davantage dans les processus de décision qui concernent leur territoire.

2Le choix des terrains s’est porté sur la Métropole du Grand Paris et plus particulièrement sur la banlieue parisienne ; plusieurs projets durables de la Ville de Paris ayant déjà été étudiés. Sous l’effet de la métropolisation, ces communes vivent actuellement une métamorphose, entre permanence d’une population de l’ex-banlieue rouge et l’arrivée de classes sociales beaucoup plus variées, témoignant d’une gentrification de ces territoires proches du cœur parisien et d’un rejet des classes populaires. La métropolisation du territoire se manifeste par une concentration démographique, une concentration des pouvoirs de commandement, tandis que l’application des principes de durabilité urbaine, comme la végétalisation de la ville et l’implication des habitants dans la fabrique de la ville, deviennent obligatoires. Il s’agissait donc d’examiner comment la métropolisation du territoire et la singularité des territoires de l’ex-banlieue rouge affectent les dispositifs participatifs. L’observation a notamment concerné des projets ordinaires : PLU, écoquartier, etc. (figure 1). La méthodologie mise en œuvre s’est appuyée sur l’observation de réunions publiques organisées par les municipalités lors de projets urbains soumis à la concertation. Six territoires, sept projets et trente et un dispositifs participatifs ont été étudiés (figure 1). À l’occasion de ces réunions et des ateliers a été collectée, sur place et sur internet, une documentation concernant le projet et le diagnostic urbain élaborés par les porteurs de projet (responsables politiques et professionnels de l’urbanisme). Les dispositifs participatifs qui ont donné lieu à des réunions publiques ont été enregistrées et les échanges ont été retranscrits. L’observation des réunions a également permis d’étudier la disposition des acteurs dans l’espace, et ce que cette microgéographie donne à voir des rapports de pouvoir et des statuts entre les acteurs.

Figure 1. Le choix des terrains : des communes de l’ex-banlieue rouge parisienne à l’épreuve de projets urbains durables

Figure 1. Le choix des terrains : des communes de l’ex-banlieue rouge parisienne à l’épreuve de projets urbains durables

Source : H. Chelzen

3La figure 2 témoigne de la méthodologie innovante déployée pour analyser les échanges : les couleurs représentent les différentes catégories d’acteurs. L’alternance des couleurs correspond à l’alternance des prises de parole par les catégories d’acteurs. Le déroulement du temps et le temps de parole de chaque catégorie d’acteurs sont à lire horizontalement. Les lignes correspondent aux thématiques abordées durant la réunion. Les propos des participants ont été retranscrits et classés selon ces thématiques. L’analyse des propos des participants en fonction de ces thématiques permet de procéder à un traitement qualitatif et quantitatif. Ainsi, au-delà des projets soumis au débat, c’est le territoire qui se révèle et s’affirme comme un espace approprié de manière différente selon la diversité les catégories d’acteurs. En effet, le territoire est vecteur d’une pluralité de représentations : images idéelles, images graphiques comme les cartes, les photographies, les images du projet.

Figure 2. Le déroulement d’une réunion publique, Bagneux, 11.03.2011, 116 mn

Figure 2. Le déroulement d’une réunion publique, Bagneux, 11.03.2011, 116 mn

Source : H. Chelzen

4Sept réunions ont été retranscrites dans des tableaux Excel. Pour analyser ces tableaux, le concept de dissonance est mobilisé. Ce terme est utilisé par opposition au sens commun de la concertation et désigne une rupture l'harmonie de l’accord. Trois types de dissonances se dessinent : la dissonance participative, la dissonance discursive et la dissonance territoriale. La dissonance participative rend compte de l’évaluation différenciée du dispositif participatif par les catégories d’acteurs. Cette évaluation de la participation s’appuie sur les paliers de la participation (figure 3) et se fonde sur des données objectives, le calcul des temps de parole.

Figure 3. L’évaluation de la participation

Figure 3. L’évaluation de la participation

Source : H. Chelzen

5La dissonance discursive s’appuie sur l’analyse des préoccupations des habitants et des porteurs de projet, à partir du calcul du temps de parole des catégories d’acteurs par thématiques abordées. L’information du projet est davantage abordée par les porteurs de projet, tandis que les modalités de la concertation ou la question des mobilités et des circulations sont davantage nourries par les habitants. Les préoccupations des uns et des autres se correspondent rarement. Enfin, la dissonance territoriale rend compte du décalage des acteurs en présence concernant les pratiques, les perceptions et les représentations du territoire. Par exemple, lorsque l’environnement et la biodiversité sont en jeu ou, lorsque la carte du projet agit comme un argument performatif, la dissonance territoriale est forte.

6À l’issue de ces enquêtes, il apparaît que les porteurs de projets ne peuvent faire la ville sans les habitants ni pour eux : désormais, ils doivent faire la ville avec les habitants.

Discipline
Géographie

Directeur
Pierre Pech

Université
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; Ladyss UMR 7533

Membres du jury de thèse, soutenue le 25/04/2018
Cécile BLATRIX, Professeure, AgroParis Tech, rapportrice
Catherine CARRÉ, Professeure, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, examinatrice
Guillaume FABUREL, Professeur, Université Lyon II, examinateur
Anne JÉGOU, Maîtresse de Conférences, Université de Franche-Comté, examinatrice
Pierre PECH, Professeur, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, directeur de thèse
Martin VANIER, Professeur, École d’Urbanisme de Paris, rapporteur

Situation professionnelle actuelle
Enseignante dans le secondaire. Chercheure associée au Ladyss - UMR 7533.

Courriel de l’auteur
mailto: lnchelzen[at]gmail.com

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Le choix des terrains : des communes de l’ex-banlieue rouge parisienne à l’épreuve de projets urbains durables
Crédits Source : H. Chelzen
URL http://journals.openedition.org/cdg/docannexe/image/5267/img-1.png
Fichier image/png, 272k
Titre Figure 2. Le déroulement d’une réunion publique, Bagneux, 11.03.2011, 116 mn
Crédits Source : H. Chelzen
URL http://journals.openedition.org/cdg/docannexe/image/5267/img-2.png
Fichier image/png, 677k
Titre Figure 3. L’évaluation de la participation
Crédits Source : H. Chelzen
URL http://journals.openedition.org/cdg/docannexe/image/5267/img-3.png
Fichier image/png, 40k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Hélène Sirota-Chelzen, « La place de la concertation dans la mise en œuvre de projets urbains durables à travers l'exemple de l’agglomération parisienne  », Carnets de géographes [En ligne], 14 | 2020, mis en ligne le 15 décembre 2020, consulté le 17 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cdg/5267 ; DOI : https://doi.org/10.4000/cdg.5267

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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