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Dossier : La Méditerranée à l’épreuve de l’histoire environnementale (XVIe-XXIe siècle)

Introduction

Léonie Boissière et Simon Dolet
p. 9-23

Notes de l’auteur

Ce colloque a bénéficié d’une aide du gouvernement français, gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre du projet Investissements d’Avenir UCAJEDI portant la référence no ANR-15-IDEX-01, ainsi que des Écoles universitaires de recherche CREATES et ODYSSEE de l’Université Côte d’Azur, du Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine, et de l’Institut universitaire de France. Nos remerciements vont d’abord vers Pierre-Yves Beaurepaire, pour son attention, son soutien et ses conseils quotidiens. Nous tenons également à remercier Lavinia Maddaluno, Valerio Caruo et Alessandro Agosta pour leur relecture de cette introduction et leurs suggestions.

Texte intégral

1Ce dossier a pour ambition de proposer l’écriture d’une histoire environnementale de la Méditerranée et non en Méditerranée. Il se pense alors comme une invitation à croiser ces deux champs d’étude. Pour cela, les contributeurs ont tenté – dans la mesure du possible – d’intégrer leur cas d’étude dans une approche comparative, nourrie de l’historiographie de la Méditerranée et de l’histoire environnementale, pour tenter de dessiner des dynamiques à l’échelle de la région, entre les périodes préindustrielles et industrielles. Le colloque international, dont ce dossier présente les actes, s’inscrit dans la continuité de deux journées d’études organisées par nos soins à Nice en 2023 et en 2024, dans le cadre des « Printemps de l’histoire environnementale » du Réseau Universitaire de Chercheurs en Histoire Environnementale (RUCHE)1. L’approche de la troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan2, qui s’est tenue à Nice entre le 9 et le 13 juin 2025, nous a incités à proposer un événement – parmi les nombreux programmés dans la ville – afin de mettre en lumière les contributions qu’une approche historique peut apporter aux questions environnementales3. Le choix de se concentrer en particulier sur « La Méditerranée à l’épreuve de l’histoire environnementale (xvie-xxie siècle) » est double : s’inscrire à l’intersection entre deux champs historiques dynamiques, tout en adoptant une perspective de longue durée afin d’analyser les transformations nombreuses et complexes. Enfin, notre démarche s’inscrit naturellement dans la continuité de notre formation à la recherche au sein du Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine, où s’ancrent nos travaux doctoraux. Nous souhaitons également renforcer les études en histoire environnementale au sein de ce laboratoire, pour qui son fondateur André Nouschi (1922-2017) – notamment spécialiste de l’exploitation pétrolière au Proche-Orient4 – a formé une bibliothèque particulièrement riche sur les ressources en Méditerranée.

La Méditerranée, la mer, la région et son environnement

  • 5  Lionel Dumond et Stéphane Durand (dir.), L’olivier dans l’Europe méditerranéenne de l’Antiquité à (...)
  • 6  Véronique Mérieux, « Ouverture. Les inventions de la Méditerranée (1798-1930). Mises en lumière cr (...)
  • 7  Fernand Braudel, La Méditerranée et le Monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, vol. 1, Pari (...)

2À première vue, la Méditerranée semble être un sujet s’imposant naturellement pour une étude environnementale, en raison de son unité naturelle proclamée. Ce dernier aspect n’est en réalité qu’une construction historique que l’historiographie tente de déconstruire depuis une trentaine d’années. Depuis le xvie siècle, l’adjectif « méditerranéen » désigne une mer entourée de terres. Toutefois, jusqu’au xixe siècle, le terme « Méditerranée » faisait uniquement référence à la mer elle-même. Le concept de « Méditerranée » a, lui, été façonné par des géographes au cours du xixe siècle. Il se fonde en premier lieu sur un critère climatique à l’origine des conditions environnementales propres par exemple à la culture de la triade méditerranéenne : blé, olivier, vigne5. Il accompagne les projets politiques coloniaux, présentant cette région comme le berceau de civilisations supérieures face à celles du nord de l’Europe6. La naissance du champ historique de recherche sur la Méditerranée, sous la plume de Fernand Braudel (1902-1985), s’inscrit dans ce contexte. En d’autres termes, sa thèse, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, est un produit de son temps7.

  • 8  Les notes suivantes souhaitent mettre en miroir les arguments de Braudel avec des travaux actuels, (...)
  • 9  Fernand Braudel, La Méditerranée…, op. cit., p. 38, p. 219. Par exemple, au sein de la très riche (...)
  • 10  Ibid., p. 142. Cet exemple se retrouve dans Fabien Locher et Jean-Baptiste Fressoz, Les révoltes d (...)
  • 11  Ibid., p. 56-64. Raphaël Morera, L’assèchement des marais en France au xviie siècle, Rennes, Press (...)
  • 12  Respectivement, ibid., p. 64-67, 70-72. À nouveau dans une bibliographie fournie, Ciriacono Salvat (...)
  • 13  Ibid., p. 86-90. Sur l’introduction d’animaux dits « utiles » dans des haras et des cheptels dès l (...)
  • 14  Ibid., p. 102, figure 8 « Les naufrages de bateaux se rendant à Venise, de 1592 à 1609 » ; p. 231, (...)
  • 15  Ibid., p. 211-252.
  • 16  Ibid., p. 245-249, p. 249-252 pour la « note complémentaire » de la deuxième édition mentionnée pl (...)

3Dans la première partie de cet ouvrage, intitulée « La part du milieu », Braudel définit la Méditerranée par le prisme de la longue durée et des structures. Le climat, et par extension l’environnement, constitue alors le fondement essentiel de sa réflexion, suivant la géographie dominante de l’époque. Pour autant, nombre de ses réflexions se révèlent particulièrement avant-gardistes. Il met déjà en lumière, avec une grande justesse, des dynamiques qui occupent aujourd’hui une place centrale dans les études environnementales8 : une déforestation précoce9, en présentant notamment l’exemple devenu canonique du déboisement de l’île de Madère pour les besoins de l’industrie sucrière10 ; la « bonification » des marais pour les transformer en terres agricoles et pour combattre la malaria11, ainsi que les grands travaux hydrauliques autour des études de cas de la Lombardie et de la Terre Ferme vénitienne12 ; sans oublier l’introduction de certaines espèces exogènes comme les dromadaires et les chameaux, pour les transports et l’agriculture13 ; enfin, il évoque la dangerosité de la mer pendant l’hiver14. Il justifie surtout l’objet « Méditerranée » par son « unité physique », définie par son climat15, c’est-à-dire l’enchaînement d’hivers doux et humides avec des étés chauds et secs, ponctués par des pluies exceptionnelles et des inondations pendant l’hiver, des sécheresses et des torrents à sec pendant l’été. Dès 1949, il avance l’hypothèse d’un changement climatique à la fin du xvie siècle comme l’une des causes de l’« invasion nordique » en Méditerranée16.

  • 17  Ibid., p. 215.
  • 18  Peregrine Horden et Nicholas Purcell, The Corrupting Sea. A Study of Mediterranean History, Oxford (...)

4Néanmoins, il ne faudrait pas être caricatural à propos de cet ouvrage. À la lecture de Braudel, l’attention à la diversité dans la région marque tout autant que l’unité : « à une époque où les climatologues sont attentifs au détail, la Méditerranée leur apparaît, à juste titre, comme une famille de climats, à distinguer les uns des autres. Mais cela ne supprime pas leur parenté, leur indéniable unité »17. Pour autant, c’est bien l’essentialisation de la région qui lui est reprochée au tournant du xxie siècle. En particulier, Peregrine Horden et Nicholas Purcell sont revenus sur une définition de la Méditerranée fondée en priorité sur le climat et l’environnement. Ils militent plutôt pour une approche fragmentée de cet espace : à des « microrégions » seraient associées des « micro-écologies ». L’unité méditerranéenne s’expliquerait uniquement par les échanges entre ces territoires, rendus nécessaires par leur interdépendance à cause de la diversité environnementale locale. De plus, sur la longue durée, de la préhistoire au Moyen Âge, ils n’observent pas les traits immuables braudéliens mais des successions de transformations environnementales propres à chacune des microrégions. Ces crises locales n’auraient été simultanées dans la région entière qu’aux xixe et xxe siècles, lors du passage à l’âge industriel18. Il convient de retenir deux conclusions épistémologiques. L’« unité physique » est forcément relative et porte un poids idéologique à historiciser. Elle ne peut être envisagée sans tenir compte des spécificités locales, sous peine d’imposer une homogénéité artificielle. Par ailleurs, l’environnement méditerranéen possède une histoire propre, qu’il importe de restituer à travers les singularités culturelles, politiques, économiques et sociales de la région, façonnées par les échanges qui la traversent.

Pour une histoire environnementale de la Méditerranée

  • 19  Pierre-Yves Beaurepaire, Jérémy Guedj et Jean-Paul Pellegrinetti (dir.), “Écrire la Méditerranée. (...)
  • 20  Il est possible de retenir Guillaume Calafat et Mathieu Grenet, Méditerranées. Une histoire des mo (...)
  • 21  Hughes Johnson Donald, The Mediterranean. An Environmental History, Santa Barbara, Denver, Oxford, (...)
  • 22  Pablo Campos (dir.), Mediterranean Oak Woodland Working Landscapes, Dordrecht, Springer, 2013 ; St (...)

5L’histoire environnementale est ici envisagée comme une nouvelle perspective pour questionner, avec un autre regard, les objets d’étude des autres champs historiques. Par chance, en France, deux occasions ont permis de dresser un état de l’art et un bilan historiographique des études méditerranéennes. Pour leurs 50 ans, les Cahiers de la Méditerranée ont fait paraître un numéro dédié, portant autant sur les domaines politiques, économiques, sociaux que culturels19. Entre 2022 et 2024, la question d’agrégation externe d’Histoire « Communautés et mobilités en Méditerranée de la fin xve siècle au milieu du xviiie siècle » a fortement stimulé la production d’ouvrages de synthèse20. Il est donc particulièrement pratique de partir de ces travaux pour ensuite discuter les conclusions au travers du prisme environnemental. Aujourd’hui, il existe un seul manuel consacré entièrement à une histoire environnementale de la Méditerranée, rédigé en 2005 par l’antiquisant J. Donald Hughes (1932-2019)21. Sa narration sur la longue durée est documentée et claire mais ne fait pas preuve d’une grande précision, en raison du public visé. En revanche, les autres sommes existantes ont été produites par des spécialistes d’autres disciplines, principalement de géographie et de paléoenvironnement22. Les contributions historiques sur cette thématique se sont, elles, multipliées depuis les années 2000. Elles restent néanmoins dispersées dans de nombreux ouvrages collectifs, des dossiers thématiques ou sous forme de publications isolées.

  • 23  Les études environnementales sur la rive sud ne cessent de se développer. Voir Marco Armiero (dir. (...)
  • 24  Fabien Bartolotti, Xavier Daumalin et Olivier Raveux, « L’histoire économique à l’aune des approch (...)
  • 25  Luca Lo Basso et Oliver Raveux (dir.), “Autour du corail rouge de Méditerranée. Hommes, savoirs et (...)
  • 26  Jean-Loup Abbé et Madeleine Ferrières (dir.), “Étangs et marais. Les sociétés méridionales et les (...)
  • 27  Gérard Chastagnaret (dir.), Les sociétés méditerranéennes face au risque. Disciplines, temps, espa (...)
  • 28  Sur ce sujet, Romain Grancher et Solène Rivoal (dir.), Dernière frontière. Une histoire environnem (...)

6Les études françaises d’histoire environnementale en Méditerranée sont particulièrement dynamiques depuis le début de ce siècle, bien qu’elles souffrent de l’inégalité bibliographique habituelle entre les rives nord et sud23. Ce champ de recherche est particulièrement dynamique au sein de l’UMR TELEMMe d’Aix-Marseille Université24. Sa revue, Rives Méditerranéennes, a produit deux dossiers thématiques particulièrement stimulants25. Quant aux Annales du Midi, elles renferment de nombreux articles isolés sur l’histoire environnementale de la France méridionale et deux dossiers thématiques notoires26. Le thème reste encore assez discret dans la Mediterranean Historical Review. Malgré tout, cet engouement s’inscrit clairement à l’échelle de l’ensemble du bassin méditerranéen, du moins pour la rive nord, comme en témoigne la multiplication des sociétés nationales d’histoire environnementale. Les programmes de recherche vont dans le même sens. Sans chercher l’exhaustivité, il est possible de citer parmi ceux déjà clôturés : « Les sociétés méditerranéennes face au risque » (2002-2007)27, le GIS « Climat, Environnement et Société » et son projet RENATER (2008-2012) ou encore « Mediterranean Integrated STudies at Regional And Local Scales » (2010-2020) ; tandis que d’autres sont encore en cours : « Water-Cultures. The Water Cultures of Italy, 1500-1900 » (2019-2025), « Gouverner les îles » (2022-2026), « Éco-histoire de la conservation marine au Maghreb : discours, pratiques et savoirs, xixe-xxie siècle » (2024-2026) ou encore « Discovering the Deep Mediterranean Environment : A History of Science and Strategy (1860-2020) » (2022-2027)28. L’objet de ce dossier thématique est de faire dialoguer les différentes thématiques de recherches de l’histoire environnementale pour questionner l’objet historiographique « Méditerranée ».

L’environnement méditerranéen et ses spécificités

  • 29  Pour une revue historiographique, Benoît Pouget, « La Méditerranée et les grandes épidémies. Retou (...)
  • 30  Il ne faut pas perdre de vue que le climat qualifié de « méditerranéen » tend à masquer les contra (...)
  • 31  Martine Chalvet, « Du feu à l’incendie. L’émergence d’une nouvelle politique publique en Provence (...)
  • 32  Emmanuel Garnier, « Les sociétés méditerranéennes à l’épreuve du climat (1500-1850) », Sud-Ouest e (...)
  • 33  Entre autres, Patrick Fournier, Eaux claires, eaux troubles dans le Comtat Venaissin. Imaginaire, (...)
  • 34  Parmi les nombreux exemples sur le sujet pour l’époque moderne, voir par exemple Mariano Barriendo (...)
  • 35  Gérard Chastagnaret et Antonio Gil Olcina (dir.), Riesgo de inundaciones en el Mediterráneo occide (...)
  • 36  Pour des exemples précoces, voir Elisabetta Bini, Diego Carnevale et Cecere Domenico (dir.), L’acq (...)
  • 37  Élias Burgel, « Le tamaris au siècle des Lumières. De l’arbrisseau de l’inculte au végétal de l’in (...)
  • 38  Tatiana Dunlop Catherine, The Mistral. A Windswept History of Modern France, Chicago, The Universi (...)
  • 39  Gilbert Buti, « Aménagements portuaires et littoraux en Provence (xviiie-milieu xixe siècle). Enje (...)
  • 40  Simon Dolet, « Le littoral et la mer. Un espace météorologique vécu à travers les trombes marines (...)
  • 41  Pour l’industrie du plomb au xixe siècle, Xavier Daumalin et Isabelle Laffont-Schwob (dir.), Les C (...)
  • 42  Arnaud Bartolomei, « La révolution industrielle en Méditerranée (1780-1880). Un échec ? », Cahiers (...)
  • 43  Fabien Bartolotti, « Les autorités portuaires face aux pollutions pétrolières dans l’étang de Berr (...)
  • 44  Sur la construction d’infrastructure pour le tourisme, voir entre autres Annunziata Berrino, Stori (...)
  • 45  Bruno Isabelle et Gégory Salle, « Concéder l’indisponible. Une socio-histoire des concessions de p (...)
  • 46  Dionigi Albera et Paola Corti (dir.), La montagna mediterranea : una fabbrica d’uomini ? Mobilità (...)
  • 47  Diana K. Davis, « Restoring Roman Nature. French Identity and North African Environmental History  (...)

7S’il convient de reconnaître des spécificités environnementales à la Méditerranée, existe-t-il des réponses politiques, sociales, économiques et culturelles propres à cette région ? Autrement dit, les contraintes environnementales caractéristiques de cet espace ont-elles nécessité des adaptations humaines particulières ? L’exemple le plus étudié est certainement celui des épidémies de nature « méditerranéenne », provenant par bateau du monde Ottoman, et les politiques associées29. Les sécheresses estivales forment aussi un risque récurrent autour de ce bassin30, en entraînant d’autres comme les feux de forêt31. Au contraire du schéma brossé par Emmanuel Le Roy Ladurie pour le climat parisien, Emmanuel Garnier précise que des épisodes particulièrement longs – de près d’un an – ont ponctué les printemps de l’Europe méridionale durant le Petit Âge Glaciaire. Avec le passage à l’âge industriel, bien que moins longues pour le moment, ces sécheresses s’intensifient et se décalent vers l’été32. Une telle caractéristique climatique a notamment conduit à des aménagements hydrauliques précoces33, donnant par exemple naissance aux paysages de terrasse et plus tardivement de huerta. Face à cette vulnérabilité, les sociétés du monde catholique demandent l’intercession divine sous forme de procession, de la fin du Moyen Âge jusqu’à nos jours34. Le risque d’inondation et de tempête est fort en automne et en hiver35, lors des épisodes méditerranéens, comme l’ont malheureusement illustré les inondations de Valence en 2024 et le passage de la tempête Alex dans les Alpes-Maritimes en 2020, sans oublier les orages printaniers et estivaux, à l’image de la catastrophe du 20 mai 2025 dans le département du Var. Les aménagements préventifs se multiplient alors36. Contre l’érosion, les ingénieurs emploient des ressources végétales dès le xviiie siècle37. La Méditerranée se caractérise également par des vents locaux spécifiques comme le mistral, qui engendre une réponse en France au xixe siècle : des haies de cyprès sont plantées pour protéger les cultures de fruits et légumes, des pins sont plantés sur les collines pour briser sa force38. La région est également vulnérable aux risques sismiques, comme l’ont tragiquement rappelé les séismes survenus en Turquie et en Syrie en février 2023, puis au Maroc en septembre de la même année, et à proximité d’Istanbul en avril 2025. Elle est sujette aux submersions marines : le dernier tsunami enregistré remonte au 21 mai 2003, à la suite d’un séisme au large de Boumerdès, en Algérie. Pour en venir à la mer elle-même, son caractère semi-fermé explique que les travaux pour désensabler et désenvaser les ports sont réguliers39, mais aussi que certains aléas météorologiques y sont récurrents comme les trombes marines40. Surtout, la forte pollution de la Méditerranée s’explique par le lent renouvellement de ses eaux et le déversement dans la mer des rejets industriels41, un phénomène s’aggravant depuis le xixe siècle lors de l’industrialisation de la région, fondée sur l’exploitation des ressources locales42. Les eaux marines sont également polluées par le déballastage des tankers ou par les rejets domestiques et agricoles43. Sur les rives, il a fallu adapter les villes à l’essor du tourisme et à l’urbanisation croissante durant l’époque contemporaine44. Cela se traduit également par la mise en ressource des plages, devenant « privées »45. L’ensemble de ces contraintes environnementales est évidemment à historiciser, avec de nombreuses transformations entre les époques moderne et contemporaine, notamment dans le cadre des changements globaux. Par exemple, la reforestation des espaces de montagne pour l’industrialisation a modifié la pratique de l’agropastoralisme46. Certaines espèces emblématiques du milieu méditerranéen ont disparu, tandis que d’autres, exogènes, comme l’eucalyptus venu d’Australie, s’implantent progressivement, au point de sembler aujourd’hui appartenir pleinement à la région47.

  • 48  Reynald Abad, « L’Ancien Régime à la recherche d’une transition énergétique ? La France du xviiie  (...)
  • 49  Pour mieux maîtriser ces ressources, des inventaires forestiers sont produits dès le xviiie siècle (...)
  • 50  Xavier de Planhol, L’eau de neige. Le tiède et le frais, histoire et géographie des boissons fraîc (...)
  • 51  Gilbert Buti, « Des forêts pour un arsenal méditerranéen : Toulon au xviiie siècle », Forêt Médite (...)
  • 52  Pour une autre vision d’une histoire environnementale de la colonisation de ces espaces, Fabien Lo (...)
  • 53  Diana K. Davis, Les mythes environnementaux de la colonisation française au Maghreb, traduction de (...)
  • 54  Priya Satiadans, « “A Rebellion of Technology”. Development, Policing, and the British Arabian Ima (...)
  • 55  Anya Zilberstein, A Temperate Empire : Making Climate Change in Early America, New York, Oxford Un (...)
  • 56  Gilbert Buti, Christophe Cérino, Daniel Faget et Olivier Raveux (dir.), “Gestion et exploitation d (...)
  • 57  Solène Rivoal, Les marchés de la mer. Une histoire sociale et environnementale de Venise au xviiie(...)
  • 58  Daniel Faget, Marseille et la mer. Hommes et environnement marin (xviiie-xxe siècle), Renne, Press (...)

8Braudel précise bien que l’économie-monde méditerranéenne n’est pas repliée sur elle-même. Les échanges avec l’extérieur modèlent aussi les actions et les représentations des individus en Méditerranée. Ils sont particulièrement sensibles face à l’épuisement des ressources, provoqué par une hausse de la demande. Tout d’abord, l’anxiété d’une pénurie de bois à cause de la déforestation plane depuis le xviie siècle au moins48. Le bassin méditerranéen y est particulièrement vulnérable puisque les chaînes de montagnes bordant cette mer représentent une ressource stratégique pour les États riverains, pour le bois jusqu’à aujourd’hui49, pour la glace jusqu’à la première moitié du xxe siècle50. Face à cette préoccupation, l’arsenal de Toulon s’approvisionne aux xviie et xviiie siècles non seulement dans l’espace méditerranéen – en Albanie, en Corse, en Calabre – mais aussi en Pologne et en Ukraine51. Depuis la fin du xve siècle, les Européens prennent conscience de leur capacité à changer le climat en agissant sur les forêts américaines. En Méditerranée, ce discours est repris de façon identique, puis adapté aux ambitions des projets coloniaux du xixe siècle52. Selon Diana K. Davis, la France a légitimé son invasion et son installation durable en Algérie par la nécessité de restaurer l’environnement détérioré par les anciens colonisateurs arabes53. Les Britanniques reprennent la même justification pour leurs conquêtes54. Il semble que le reboisement en Afrique du Nord soit spécifiquement destiné à augmenter la pluviométrie, tandis que la déforestation en Amérique du Nord aurait plutôt eu la vertu de rendre le climat plus docile, en la baissant55. Ensuite, l’idée d’une disette de poisson est présente en Europe et en Méditerranée au xviiie siècle56. La surpêche et les techniques particulières en sont les principales causes. Solène Rivoal a pu mettre en évidence les politiques menées à Venise durant la même période pour protéger les ressources halieutiques57. Malgré tout, Daniel Faget remarque que la pêche trop intensive provoque la disparition d’espèces méditerranéennes avant même la Révolution française58.

  • 59  Marie-Noëlle Bourguet, Bernard Lepetit, Daniel Nordman et Maroula Sinarellis (dir.), L’invention s (...)
  • 60  Sur ce propos, consulter la base de données RIM « Représentations et Imaginaires de la Méditerrané (...)
  • 61  Alain Corbin, Le territoire du vide. L’Occident et le désir du rivage (1750-1840), Paris, Aubier, (...)
  • 62  Entre autres, Stéphane Gal, Histoires verticales. Les usages politiques et culturels de la montagn (...)

9Parmi les imaginaires environnementaux associés à la Méditerranée, l’histoire culturelle invite à questionner le processus principal derrière la construction du concept même de cette région géographique unifiée : « l’invention scientifique de la Méditerranée »59. L’ouvrage du même nom publié en 1998 démontre sa lente élaboration idéologique par des géographes, botanistes et médecins européens au cours du xixe siècle. Il convient alors de revenir sur la fracture avec la période précédente et la conception de cet espace par les savants. L’envisagent-ils plutôt dans son ensemble ou à partir d’espaces restreints ? Les oppositions politiques, religieuses ou encore linguistiques expliquent qu’ils se soient davantage concentrés sur des échelles locales ou uniquement sur l’Europe méridionale, forgeant un bagage intellectuel avec lequel les scientifiques du xixe siècle vont débarquer en Afrique du Nord. Cette invention scientifique s’est coconstruite avec une représentation de cette région par les élites européennes60. La naissance du tourisme à la fin du xviiie siècle en est évidemment le moteur principal, accompagné d’un nouveau « désir de rivage »61, comme de montagne62.

  • 63  Martine Chalvet, « Les stratégies des élites provençales dans la construction de la forêt méditerr (...)
  • 64  Hugo Vermeren, « Des agents au service de la protection de l’environnement ? Le service des gardes (...)
  • 65  Archives municipales de la ville de Marseille, HH 23, Lettre aux échevins sur l’interdiction de re (...)
  • 66  Là encore le jeu d’échelles est essentiel, par exemple sur les questions juridiques de la protecti (...)

10Entre le xvie et le xxie siècle, les pouvoirs publics ont toujours été en première ligne pour la gestion de l’environnement, sans omettre évidemment les actions individuelles. Au cours de cette période, les villes et les provinces se voient progressivement retirer cette prérogative par les pouvoirs centraux. Les États considéraient-ils les spécificités méditerranéennes dans leurs politiques ? Aux xviiie et xixe siècles, l’appareil étatique français – légiférant régulièrement sur les forêts, la pêche, les zones humides ou encore les mines – ne prend pas en compte des particularités propres à cet espace. Selon Martine Chalvet, entre 1799 et 1804, le Consulat renouvelle les lois de protection des forêts qui « s’adaptent mal aux équilibres semi-naturels façonnés par les sociétés agro-pastorales du Midi »63. Hugo Vermeren précise à son tour que la loi du 3 janvier 1852 de régulation de la pêche, appliquée quatre ans plus tard dans l’Algérie coloniale, « mentionne des espèces inexistantes dans les eaux algériennes comme le hareng ou n’encadre pas la pêche aux bœufs qui mobilise la majorité des effectifs de pêche »64. Pourtant, lorsque Louis XV interdit les nouvelles plantations de vignes pour éviter le déficit frumentaire par l’arrêt du 5 juin 1731 – période climatique plutôt favorable – l’État s’adapte a posteriori aux caractéristiques de la France méridionale : les échevins de Marseille ont bien réussi à lever cette interdiction puisque leurs terres « ne seraient propres qu’à cette source de culture », non au blé65. Enfin, l’invention idéologique de la Méditerranée provoque un tournant dans l’intervention des autorités publiques au sein de cet espace, dépassant le cadre national66. Les coopérations internationales pour la protection de l’environnement ont débuté sous l’égide de l’Organisation des Nations-Unies avec le « Plan d’Action pour la Méditerranée » de 1975, à l’origine de la convention de Barcelone pour la protection de la Méditerranée contre la pollution de 1976. En 2008, l’« Union pour la Méditerranée » a également été créée dans ce but lors du sommet de Paris pour la Méditerranée, sous l’égide du partenariat Euromed fondé en 1995.

Présentation du dossier

11Trois parties structurent ce dossier thématique. Les premières contributions interrogent l’exploitation et l’optimisation des ressources par des particuliers ou des pouvoirs publics durant la période préindustrielle, dans l’ensemble de l’espace méditerranéen, c’est-à-dire des littoraux aux montagnes. C’est avec une histoire méditerranéenne de la riziculture à l’époque moderne que Gilles Narcy ouvre cette partie. Cette revue historiographique commentée souligne l’importance d’envisager la Méditerranée comme singulière, au regard des recherches les plus récentes, notamment menées par l’auteur lui-même. Il est question de la « révolution agricole islamique », du travail forcé ou encore des enjeux sanitaires. La mise en valeur des ressources naturelles est également au cœur de l’article de María Amparo López Arandia : dans la seconde moitié du xviiie siècle, le département maritime de Carthagène – subdivision du secrétariat de la Marine de la Couronne espagnole – s’efforce d’identifier de nouvelles zones d’exploitation forestière. Il se trouve confronté à la déforestation des sites traditionnels d’exploitation et souhaite en trouver de nouveaux pour faciliter l’approvisionnement en bois du chantier naval de Carthagène, dont il a la charge. Le but est de soutenir l’essor de l’activité de cet arsenal. Malgré de nombreuses enquêtes de terrain menées par des ingénieurs, les massifs forestiers de la région de Segura de la Sierra ne parviennent jamais à remplir ce rôle, en raison des importantes difficultés liées au transport du bois par voie fluviale. Le flottage du bois est également au cœur de la contribution de Giulia Beltrametti, consacrée à la vallée de la Roya au xixe siècle et à la prise en compte des interactions entre littoraux et hinterland. En se concentrant sur la pratique dite « à bûches perdues », elle met en évidence les conflits d’usage que cette méthode a engendrés ainsi que ses importantes répercussions environnementales, déjà perçues à l’époque. Elle souligne l’écart entre le droit promulgué et son application, l’interaction continue entre les échelles locale et nationale contribuant à élaborer les normes juridiques. Une autre expérience échoue en raison des conditions climatiques et topographiques méditerranéennes : au tournant du siècle, l’Empire napoléonien envisage cet espace pour remplacer économiquement les colonies américaines perdues et pour répondre au blocus britannique du Vieux continent. Léonie Boissière étudie alors les projets politico-économiques visant à introduire des plantes exotiques dans la France méridionale, en Espagne ou dans la péninsule italienne, en se focalisant sur le nouveau département des Alpes-Maritimes. Vittorio Tigrino, quant à lui, s’efforce de reconstituer l’évolution de la perception et de l’appropriation des plages de la Ligurie, du xviiie siècle à la période napoléonienne. Ces espaces, déjà exploités mais souvent soumis au régime des communs, sont progressivement vendus et privatisés, d’abord à des fins économiques, puis pour la villégiature.

  • 67  Pour l’« Espagne sèche », voir Alberto Celis et Camprubí Lino, « Regional Geopolitics, French Geog (...)

12Dans la continuité de cet article, il apparaît que les savants considèrent l’Europe méridionale, avant même l’invention de la Méditerranée au xixe siècle, comme un espace relativement singulier et homogène, aux contraintes environnementales spécifiques. La contribution de Stéphane Durand permet d’incarner cette construction au milieu du siècle des Lumières : l’État pontifical sollicite un ingénieur languedocien – Jacques-Philippe-Éléonore Mareschal – pour rénover le port d’Anzio soumis à un ensablement chronique. Cet appel se justifie par la similitude des conditions naturelles entre les deux régions. Cette entreprise s’avère un échec à cause des différences de gouvernance. Simon Dolet suit une réflexion similaire à travers son étude des prédictions météorologiques à la fin du xviiie siècle. Certains météorologistes estiment que les mêmes conditions atmosphériques reviennent selon certaines périodes astronomiques, avec des différences entre l’Europe septentrionale et méridionale. La méthode de Giuseppe Toaldo est perçue comme adaptée au régime pluviométrique spécifique des « pays chauds » du Vieux contient – région pensée comme climatiquement singulière – et s’y impose comme la seule valable. Si son utilité publique est sans cesse répétée, elle reste difficile à appliquer et sert surtout à expliquer rétrospectivement certains phénomènes naturels apparus en Méditerranée. L’exemple d’un ingénieur niçois permet ici de le mettre en lumière. Nicolas Vidoni constate le même écart entre l’ambition de réaliser des topographies médicales et la transposition dans la politique sanitaire. Cette littérature, ici restreinte aux productions portant sur la France méridionale entre 1770 et 1830, fait apparaître un nouveau regard des médecins sur cet espace, à l’origine de la naissance de l’« environnement ». Dans le prolongement de ces recherches sur le climat menées par les météorologistes et les médecins à la fin du xviiie siècle et au début du suivant, Martine Tabeaud propose de revenir sur la construction du « climat méditerranéen » jusqu’à la première utilisation de cette expression en 1929 sous la plume d’Emmanuel de Martonne. Sa contribution rappelle la nécessaire précaution à prendre aujourd’hui avec ce concept et les indices climatiques associés67, qui intègrent en réalité des inventions politiques et coloniales.

13La troisième partie porte sur les réponses sociales et politiques aux transformations de la période industrielle, du local à la coopération régionale. Dans une présentation de son projet de recherche en cours, Leonardo Scavino interroge les conséquences du passage de la voile à la vapeur en Méditerranée, en partant de l’exemple du port de Gênes. Il insiste sur l’importance d’analyser la création d’un nouveau monde portuaire, dont les conditions de vie peuvent être étudiées à partir des recherches scientifiques menées sur la pollution atmosphérique dans les ports ou sur la santé des marins, des revendications sociales des travailleurs ou encore des nouvelles législations politiques mises en place au cours du xixe siècle. La gestion locale, nationale et régionale des pollutions durant la seconde moitié du xxe siècle est au cœur des deux contributions suivantes. Valerio Caruso traite des politiques et des choix techniques de dépollution du golfe de Naples, en suivant les projets de traitement des eaux usées par des stations d’épuration. Cette histoire démontre l’éveil de la société civile face aux pollutions et aux décisions politiques visant à les combattre, donnant lieu à d’importants scandales médiatiques. Alessandro Agosta étudie, lui, les mesures prises par les institutions italiennes en réaction à la sensibilisation croissante de la population à la pollution de la mer Méditerranée. Cette nouvelle sensibilité repose en partie sur les travaux scientifiques dénonçant la toxicité de certains composés chimique employés dans l’agriculture en Italie. Les réglementations s’établissent d’abord au niveau national avant de s’étendre à l’ensemble de la Méditerranée, notamment avec le Plan Bleu, tout en rencontrant les défis inhérents à la mise en œuvre de telles mesures. Les limites des coopérations régionales incitent à revaloriser l’étude des décisions locales et individuelles face aux enjeux collectifs. Émilien Réveillon conclut ainsi ce dossier par un examen de l’aménagement de la marina de Port-Fréjus à partir de 1980. Malgré la loi Littoral de 1986, ce projet controversé, soutenu par le maire François Léotard, a abouti et se voit condamné par l’État en 2009 pour irrégularités. Il est donc question de suivre les dégradations du littoral varois engendrées par ces travaux, dont l’organisation révèle des alliances entre intérêts publics et privés. Au fil des contributions, le lecteur découvrira ainsi la richesse d’un objet de recherches au carrefour de plusieurs champs particulièrement fertiles en approches innovantes.

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Notes

1  Respectivement « Nice, la Côte d’Azur et l’environnement », organisée en collaboration avec la Mission Nice Patrimoine Mondial, et « Les pollutions de l’Antiquité à nos jours ». Nous remercions chaleureusement Stephen Bodinier, Jean-Luc Cheviron, Arnaud Cristini, Xavier Hutez de Lemps, Lavinia Maddaluno, Nicolas Maughan, Daniel Moatti et Jean Warnery d’avoir accepté notre invitation et enrichi nos échanges.

2  Pour le site officiel de l’organisation : https://unocnice2025.org/ (consulté le 23/03/2025).

3  Pour le programme de ce colloque : https://cmmc-nice.fr/evenements/la-mediterranee-a-lepreuve-de-lhistoire-environnementale-xvi-xxi-siecle/ (consulté le 23/03/2025).

4  André Nouschi, Luttes pétrolières au Proche-Orient, Paris, Flammarion, 1971 ; id., Pétrole et relations internationales depuis 1945, Paris, Armand Colin, 1999 ; id., La France et le pétrole de 1924 à nos jours, Paris, Picard, 2001.

5  Lionel Dumond et Stéphane Durand (dir.), L’olivier dans l’Europe méditerranéenne de l’Antiquité à nos jours, Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2007.

6  Véronique Mérieux, « Ouverture. Les inventions de la Méditerranée (1798-1930). Mises en lumière croisées », Cahiers de la Méditerranée, no 103, 2021, p. 15-33 ; Anne Ruel, « L’invention de La Méditerranée », Vingtième Siècle, no 32, 1991, p. 7-14.

7  Fernand Braudel, La Méditerranée et le Monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, vol. 1, Paris, Armand Colin, 1966 (1949). Ici, la deuxième édition augmentée a été retenue pour ses notes complémentaires », notamment « Le climat a-t-il changé depuis le xvie siècle ? ».

8  Les notes suivantes souhaitent mettre en miroir les arguments de Braudel avec des travaux actuels, sans viser à l’exhaustivité.

9  Fernand Braudel, La Méditerranée…, op. cit., p. 38, p. 219. Par exemple, au sein de la très riche bibliographie sur les forêts et l’exploitation du bois, Karl Appuhn, A Forest on the Sea. Environmental Expertise in Renaissance Venice, Baltimore, The John Hopkins University Press, 2009 ; Martine Chalvet, L’invention de la forêt méditerranéenne de la fin du xviiie siècle aux années 1960, thèse d’histoire sous la direction de Robert Ilbert, Université Aix-Marseille, 2000, et les différents travaux qui en ont été tirés ; Antonio Lazzarini, Boschi et politiche forestali. Venezia e Veneto fra Sette e Ottocento, Milan, FrancoAngeli, 2009.

10  Ibid., p. 142. Cet exemple se retrouve dans Fabien Locher et Jean-Baptiste Fressoz, Les révoltes du ciel. Une histoire du changement climatique (xve-xxe siècle), Paris, Éditions du Seuil, 2020, p. 17-22.

11  Ibid., p. 56-64. Raphaël Morera, L’assèchement des marais en France au xviie siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011 ; Roberta Biasillo, Una storia ambientale delle Paludi pontine. Terracina dall’Unità alla bonifica integrale (1871-1928), Rome, Viella, 2023. Sur le riz, Matteo Di Tullio, « Tra ecologia ed economia : uomo e acqua nella pianura lombarda d’età moderna », dans Guido Alfani, Matteo Di Tullio et Luca Mocarelli (dir.), Storia economica e ambiente italiano (ca. 1400-1850), Milan, Franco Angeli, 2012, p. 283-299 ; Lavinia Maddaluno et Rachele Scuro (dir.), Rice : Cultivation, Commerce and Culture in Italy and Beyond (xv-xx centuries), Londres, New York, Bloomsbury, à paraître. Plus généralement sur l’économie de l’eau, Piero Bevilacqua, Tra Natura e Storia. Ambiente, economie, risorse in Italia, Rome, Donzelli, 1996 ; pour l’Égypte, Alan Mikhail, Nature and Empire in Ottoman Egypt, Cambridge, Cambridge University Press, 2011.

12  Respectivement, ibid., p. 64-67, 70-72. À nouveau dans une bibliographie fournie, Ciriacono Salvatore (dir.), Eau et développement dans l’Europe moderne, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2004 ; Luca Morelli et Manuel Vaquero Piñeiro, « Il “pubblico” di fronte al disordine idraulico nel secolo dei Lumi tra vecchi problemi e nuove risposte : Lombardia austriaca e Stato della Chiesa », dans Fondazione Istituto Internazionale di Storia Economica « F. Datini », Gestione dell’acqua in Europa (xii-xviii secc.), Florence, Florence University Press, 2018, p. 453-471. Pour d’autres exemples, voir Thomas Le Roux et Raphaël Morera (dir.), La nature sous contrat. Concession, histoire et environnement (xvie-xxie siècle), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2025, partie 5.

13  Ibid., p. 86-90. Sur l’introduction d’animaux dits « utiles » dans des haras et des cheptels dès le xive siècle, Anthony Pinto, « Le commerce des chevaux et des mules : entre la France et les pays catalans (xive-xvie siècles) », Histoire & Sociétés Rurales, vol. 23, 2005, p. 89-116 ; Jean-Philippe Zanco, « Les haras du Languedoc au xviiie siècle (1700-1789) », Annales du Midi, vol. 119, no 259, 2007, p. 339-350. Dans le prolongement de ces réflexions, l’attention s’est portée depuis le tournant des années 2000 sur l’acclimatation de végétaux étrangers dits « rentables », voir Faruk Tabak, The Waning of the Mediterranean (1550-1870). A Geohistorical Approach, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 2008, p. 290-310 ; Laurent Brassart et Laurent Herment (dir.), “Rêves d’acclimatation”, Études rurales, no 213, 2024 ; Hélène Blais, L’Empire de la Nature. Une histoire des jardins botaniques coloniaux (fin xviiie siècle-années 1930), Ceyzérieu, Champ Vallon, 2023.

14  Ibid., p. 102, figure 8 « Les naufrages de bateaux se rendant à Venise, de 1592 à 1609 » ; p. 231, figure 21 « Un coup de mistral, le 19 avril 1569 et les jours suivants ». Léa Tavenne et Benoît Devilliers, « La dimension multiscalaire des risques littoraux : l’exemple des naufrages dans le golfe du Lion (xviiie-xixe siècles) », Bulletin de l’association de géographes français, no 98, no 3-4, 2022, p. 385-401.

15  Ibid., p. 211-252.

16  Ibid., p. 245-249, p. 249-252 pour la « note complémentaire » de la deuxième édition mentionnée plus haut. Pour une interprétation des changements sociaux dans l’Empire ottoman à partir de causes climatiques, Sam White, The Climate of Rebellion in the Early Modern Ottoman Empire, Cambridge, Cambridge University Press, 2013.

17  Ibid., p. 215.

18  Peregrine Horden et Nicholas Purcell, The Corrupting Sea. A Study of Mediterranean History, Oxford, Malden, Blackwell Publishers, 2000, particulièrement parties 2 et 3, p. 51-400. Pour une discussion critique de cet ouvrage, Harris William Vernon (dir.), Rethinking the Mediterranean, Oxford, New York, Oxford University Press, 2005.

19  Pierre-Yves Beaurepaire, Jérémy Guedj et Jean-Paul Pellegrinetti (dir.), “Écrire la Méditerranée. Perspectives historiographiques”, Cahiers de la Méditerranée, no 103, 2021.

20  Il est possible de retenir Guillaume Calafat et Mathieu Grenet, Méditerranées. Une histoire des mobilités humaines (1492-1750), Paris, Points, 2023.

21  Hughes Johnson Donald, The Mediterranean. An Environmental History, Santa Barbara, Denver, Oxford, ABC-CLIO, 2005.

22  Pablo Campos (dir.), Mediterranean Oak Woodland Working Landscapes, Dordrecht, Springer, 2013 ; Stefano Goffredo et Zvy Dubinsky (dir.), The Mediterranean Sea. Its history and present challenges, Dordrecht, Springer, 2014 ; Alfred Thomas Grove et Olivier Rackham, The Nature of Mediterranean Europe. An Ecological History, New Haven, Yale University Press, 2001 ; Covadonga Orejas et Carlos Jiménez (dir.), Mediterranean Cold-Water Corals. Past, Present and Future : Understanding the Deep-Sea Realms of Coral, Cham, Springer, 2019 ; Ana Isabel Queiroz et Simon Pooley (dir.), Histories of Bioinvasions in the Mediterranean, Cham, Springer, 2018 ; John D. Thompson, Plant Evolution in the Mediterranean, Oxford, Oxford University Press, 2020. En France, la revue Méditerranée. Revue géographique des pays méditerranéens est l’un des lieux privilégiés de ces discussions.

23  Les études environnementales sur la rive sud ne cessent de se développer. Voir Marco Armiero (dir.), Views from the South. Environmental stories from the Mediterranean world (19th-20th centuries), Rome, Consiglio nazionale delle ricerche, Istituto di studi sulle società del Mediterraneo, 2006 ; Guillaume Blanc, Antonin Plarier et Iris Seri-Hersch (dir.), “Ressources naturelles et tensions d’empire : Maghreb, Proche-Orient, Afrique (xixe-xxe siècle)”, Histoire Politique, no 48, 2022.

24  Fabien Bartolotti, Xavier Daumalin et Olivier Raveux, « L’histoire économique à l’aune des approches environnementales : deux décennies de recherche au sein de l’UMR TELEMMe », dans Le chemin, la rive et l’usine. Faire de l’histoire environnementale avec Geneviève Massard-Guilbaud, Renaud Bécot, Elsa Devienne, Patrick Fournier, Stéphane Frioux, Charles-François Mathis et Judith Rainhorn (dir.), Paris, Mines Paris-PSL, 2023, p. 119-130.

25  Luca Lo Basso et Oliver Raveux (dir.), “Autour du corail rouge de Méditerranée. Hommes, savoirs et pratiques de la fin du Moyen Âge à nos jours”, Rives méditerranéennes, no 57, 2018 ; Christelle Gramaglia et Matthieu Duperrex (dir.), “Fos-Étang de Berre. Un littoral au cœur des enjeux environnementaux”, Rives méditerranéennes, no 61, 2020.

26  Jean-Loup Abbé et Madeleine Ferrières (dir.), “Étangs et marais. Les sociétés méridionales et les milieux humides, de la protohistoire au xixe siècle”, Annales du Midi. Revue de la France méridionale, vol. 119, no 257, 2007 ; Patrick Fournier (dir.), “Aménager les espaces ruraux dans la France méridionale (époques moderne et contemporaine)”, Annales du Midi. Revue de la France méridionale, vol. 122, no 272, 2010.

27  Gérard Chastagnaret (dir.), Les sociétés méditerranéennes face au risque. Disciplines, temps, espaces, Le Caire, Institut français d’archéologie orientale, 2009 ; Gérard Chastagnaret, Brigitte Marin, Olivier Raveux et Carlo Travaglini (dir.), Les sociétés méditerranéennes face au risque. Économie, Le Caire, Institut français d’archéologie orientale, 2013 ; Bernard Cousin (dir.), Les sociétés méditerranéennes face au risque. Représentations, Le Caire, Institut français d’archéologie orientale, 2011.

28  Sur ce sujet, Romain Grancher et Solène Rivoal (dir.), Dernière frontière. Une histoire environnementale du fond de la mer, Seyssel, Champ Vallon, 2025, avec des contributions pour l’espace méditerranéen.

29  Pour une revue historiographique, Benoît Pouget, « La Méditerranée et les grandes épidémies. Retour sur un demi-siècle de travaux historiques », Cahiers de la Méditerranée, no 103, 2021, p. 173-189. Voir également Alfani Guido et Sansa Renato (dir.), “La peste in Europa. Nuove ricerche”, Popolazione e storia, vol. 16, no 2, 2015 ; “Le retour de la peste. Nouvelles recherches sur les épidémies en Europe et en Méditerranée (xive-xixe siècles)”, Annales de démographie historique, vol. 134, no 2, 2017 ; Nükhet Varlik, Plague and Empire in the Early Modern Mediterranean world. The Ottoman experience (1347-1600), New York, Cambridge University Press, 2015. Sur les maladies et l’environnement dans l’espace méditerranéen, voir par exemple Celia Miralles Buil, « La tuberculose et la surpopulation urbaine en Espagne au début du xxe siècle », Histoire, économie & société, vol. 36, no 1, 2017, p. 57-75.

30  Il ne faut pas perdre de vue que le climat qualifié de « méditerranéen » tend à masquer les contrastes entre l’ouest du bassin, influencé par les variations atlantiques, et l’est, soumis à l’anticyclone subtropical. Voir Lionello Piero, Malanotte Rizzoli Paola et R. Boscolo (dir.), Mediterranean Climate Variability, Amsterdam, Boston, Paris, Elsevier, 2006.

31  Martine Chalvet, « Du feu à l’incendie. L’émergence d’une nouvelle politique publique en Provence (xixe-xxe siècles) », Études rurales, no 2, 2024, p. 26-44.

32  Emmanuel Garnier, « Les sociétés méditerranéennes à l’épreuve du climat (1500-1850) », Sud-Ouest européen, no 32, 2011, p. 21-33.

33  Entre autres, Patrick Fournier, Eaux claires, eaux troubles dans le Comtat Venaissin. Imaginaire, technique et politique dans un État ecclésiastique (xviie-xviiie siècles), Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, 1999 ; Patrick Fournier (dir.), “Assainissement et salubrité publique en Europe méridionale (fin du Moyen Âge, époque moderne)”, Siècles, vol. 14, 2001, en ligne, https://doi.org/10.4000/siecles.3162 (consulté le 17/04/2024) ; Patrick Fournier et Sandrine Lavaud (dir.), Eaux et conflits dans l’Europe médiévale et moderne, Toulouse, Presses universitaires du midi, 2012 ; Patrick Fournier et Christèle Ballut (dir.), Au fil de l’eau. Ressources, risques et gestion du néolithique à nos jours, Clermont-Ferrand, Maison des sciences de l’homme, 2013 ; Marie Bolton, Patrick Fournier et Claude Grimmer (dir.), Médecine et santé dans les campagnes. Approches historiques et enjeux contemporains, Bruxelles, Peter Lang, 2019.

34  Parmi les nombreux exemples sur le sujet pour l’époque moderne, voir par exemple Mariano Barriendos, « Les variations climatiques dans la péninsule Ibérique : l’indicateur des processions (xvie-xixe siècle) », Revue d’histoire moderne & contemporaine, vol. 57, no 3, 2010, p. 131-159. Ces processions ont fortement décliné depuis le xviiie siècle. Néanmoins, lors de la sécheresse de l’hiver 2024, des cérémonies de ce type ont été organisées à Barcelone et à Perpignan. À ce sujet, il est important de noter qu’avec les changements globaux – et je remercie Frédérique Mocquet de nous avoir instruit à ce propos lors de la journée d’études « Au croisement des esthétiques artistiques et techniques de la montagne. Quels territoires en partage ? » organisée le 18 avril 2025 à Chambéry – qu’une inversion des prières a eu lieu sur le long terme dans le cadre des glaciers. Alors que les prières visaient à se protéger de l’avancée des glaciers durant l’époque moderne, le pape Benoît XVI a autorisé de nouvelles processions dans le but d’en ralentir la fonte en 2011. Pour une histoire de l’évolution des glaciers en Méditerranée, Philip D. Hughes, « Little Ice Age glaciers in the Mediterranean mountains. Glaciers du petit âge de glace en Méditerranée », Méditerranée. Revue géographique des pays méditerranéens, vol. 122, 2014, p. 63-79.

35  Gérard Chastagnaret et Antonio Gil Olcina (dir.), Riesgo de inundaciones en el Mediterráneo occidental, Madrid, Casa de Velázquez, 2006.

36  Pour des exemples précoces, voir Elisabetta Bini, Diego Carnevale et Cecere Domenico (dir.), L’acqua : risorsa e minaccia. La gestione delle risorse idriche e delle inondazioni in Europa (xiv-xix secolo), Naples, FedOA - Federico II University Press, 2023.

37  Élias Burgel, « Le tamaris au siècle des Lumières. De l’arbrisseau de l’inculte au végétal de l’ingénieur (bas Languedoc, xviiie siècle) », Histoire & Sociétés Rurales, vol. 56, 2021, p. 111-176.

38  Tatiana Dunlop Catherine, The Mistral. A Windswept History of Modern France, Chicago, The University of Chicago Press, 2024.

39  Gilbert Buti, « Aménagements portuaires et littoraux en Provence (xviiie-milieu xixe siècle). Enjeux économiques et pouvoirs », dans Sylviane Llinares, Benjamin Égasse et Katherine Dana (dir.), De l’estran à la digue. Histoire des aménagements portuaires et littoraux (xvie-xxe siècle), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2018, p. 225-239.

40  Simon Dolet, « Le littoral et la mer. Un espace météorologique vécu à travers les trombes marines au xviiie siècle », Revue de géographie historique, no 24-25, 2024, en ligne : https://doi.org/10.4000/11pc0 (consulté le 17/04/2025).

41  Pour l’industrie du plomb au xixe siècle, Xavier Daumalin et Isabelle Laffont-Schwob (dir.), Les Calanques industrielles de Marseille et leurs pollutions. Une histoire au présent, Aix-en-Provence, REF.2C éditions, 2016. Voir également Mauve Carbonell, « Environnement et usines d’alumine : des plaintes des riverains à la contestation globale des boues rouges, les exemples de Gardanne, France et d’Aughinish, Irlande (xxe-xxie siècles) », Cahiers d’histoire de l’aluminium, vol. 67, no 2, 2021, p. 74-93.

42  Arnaud Bartolomei, « La révolution industrielle en Méditerranée (1780-1880). Un échec ? », Cahiers de la Méditerranée, no 103, 2021, p. 111-127 ; Gérard Chastagnaret, De fumées et de sang. Pollution minière et massacre de masse, Andalousie (xixe siècle), Madrid, Casa de Velázquez, 2017 ; Mauve Carbonell et Thierry Renaux (dir.), “Bauxites et alumines en Méditerranée xixe-xxie siècles”, Rives méditerranéennes, no 67, 2025 ; Laura Centemeri et Xavier Daumalin (dir.), Pollutions industrielles et espaces méditerranéens (xviiie-xxie siècle), Paris, Karthala, Aix-en-Provence, Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, 2015, p. 9-21 : les secteurs privilégiés de l’industrialisation en Méditerranée sont le textile, la savonnerie, la tannerie, la verrerie et l’agro-industrie au xviiie siècle, puis la pétrochimie, la métallurgie, la sidérurgie, l’hydroélectricité, le traitement des déchets et le plomb au siècle suivant.

43  Fabien Bartolotti, « Les autorités portuaires face aux pollutions pétrolières dans l’étang de Berre et le golfe de Fos (1945-1979) », Rives méditerranéennes, no 61, 2020, p. 47-68.

44  Sur la construction d’infrastructure pour le tourisme, voir entre autres Annunziata Berrino, Storia del turismo in Italia, Bologne, Il Mulino, 2011, chapitre 5.3 ; Stephen Bodinier, « Le rôle de Pierre Mathis dans la conception de la voie rapide de Nice (1940-1962) », dans Giovanni Fusco et Xavier Huetz de Lemps (dir.), Nice : temps, espace et société. Quand la recherche parle de sa ville, Nice, Serre, 2024, p. 61-74 ; R. J. Buswell, Mallorca and Tourism. History, Economy and Environment, Bristol, Channel View Publications, 2011 ; Stephen L. Harp, The Riviera, Exposed. An Ecohistory of Postwar Tourism and North African Labor, Ithaca, Cornell University Press, 2022, notamment p. 138-145 pour la construction et l’extension de l’aéroport de Nice. Ces travaux modifient en profondeur l’ouest de la ville, détournant le cours du Var et entraînant la disparition d’écosystèmes locaux. De plus, la main-d’œuvre nord-africaine a été logée dans des bidonvilles à proximité du chantier, directement exposée à la pollution.

45  Bruno Isabelle et Gégory Salle, « Concéder l’indisponible. Une socio-histoire des concessions de plage : le cas de Pampelonne (Var, 1922-1974) », dans Thomas Le Roux et Raphaël Morera (dir.), La nature sous contrat…, op. cit., p. 211-228.

46  Dionigi Albera et Paola Corti (dir.), La montagna mediterranea : una fabbrica d’uomini ? Mobilità e migrazione in una prospettiva comparata (secoli xv-xx), Cavallermaggiore, Gribaudo, 2000 ; Andrea E. Duffy, Nomad’s Land. Pastoralism and French Environmental Policy in the Nineteenth-Century Mediterranean World, Lincoln, University of Nebraska Press, 2019, p. 107-115 ; John R. McNeill, The Mountains of Mediterranean World. An Environmental History, Cambridge, Cambridge University Press, 1992.

47  Diana K. Davis, « Restoring Roman Nature. French Identity and North African Environmental History », dans Diana K. Davis et Edmund Burke III (dir.), Environmental Imaginaries of the Middle East and North Africa, Athènes, Ohio University Press, 2011, p. 73.

48  Reynald Abad, « L’Ancien Régime à la recherche d’une transition énergétique ? La France du xviiie siècle face au bois », dans Yves Bouvier et Léonard Laborie (dir.), L’Europe en transitions. Énergie, mobilité, communication (xviiie-xxe siècles), Paris, Nouveau Monde éditions, 2016, p. 23-84.

49  Pour mieux maîtriser ces ressources, des inventaires forestiers sont produits dès le xviiie siècle. Voir Martine Chalvet, « Les stratégies des élites provençales dans la construction de la forêt méditerranéenne », dans Paul Aubert, Gérard Chastagnaret et Olivier Raveux (dir.), Construire des mondes. Élites et espaces en Méditerranée (xvie-xxe siècles), Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2005, p. 15-31 ; Pierre Cornu, « Expertise forestière, intérêt public et maîtrise de l’espace montagnard : le reboisement en Ardèche au xixe siècle », Annales du Midi, vol. 272, 2010, p. 553-572 ; Lavinia Maddaluno, « Forests, Woods, Roads Agricultural Landscapes as Instruments for the Material Administration of an Eighteenth-Century Tuscan Periphery », dans Corey Tazzara, Paula Findlen et Jacob Soll (dir.), Florence After the Medici Tuscan Enlightenment (1737-1790), Londres, Routledge, 2020, p. 199-223 ; Sébastien Poublanc, Compter les arbres. Une histoire des forêts méridionales à l’époque moderne, thèse d’histoire moderne sous la direction de Sylvie Mouysset et Jérôme Buridant, Université Toulouse II Jean Jaurès, 2015 ; Georges Pichard, « Arbres et forêts des Alpes à l’époque des premiers inventaires statistiques. Haut-Dauphiné, Haute-Provence (1689-1732) », 108e Congrès national des Sociétés savantes, vol. 1, 1983, p. 9-34. Pour un autre exemple sur l’exploitation des mûriers en montagne, plus précisément dans les Cévennes, voir Jean-Baptiste Vérot, L’arbre d’or et l’économie politique. Une histoire de la culture du mûrier en France (xviie-xviiie siècles), thèse d’Histoire sous la direction de Stéphane Durand, Avignon Université, 2023, p. 495-552.

50  Xavier de Planhol, L’eau de neige. Le tiède et le frais, histoire et géographie des boissons fraîches, Paris, Fayard, 1995. L’auteur s’intéresse particulièrement à l’espace méditerranéen où le goût pour les boissons fraîches s’est développé dès l’Antiquité. Pour l’importation de glace dans la région, Solfrid Klakegg Surland, « The Power of Ice : Norwegian Cold in Nineteenth-Century Colonial Algeria », Environmental Humanities, vol. 17, no 1, 2025, p. 45-64.

51  Gilbert Buti, « Des forêts pour un arsenal méditerranéen : Toulon au xviiie siècle », Forêt Méditerranéenne, vol. 23, 2002, p. 53-64.

52  Pour une autre vision d’une histoire environnementale de la colonisation de ces espaces, Fabien Locher (dir.), La nature en communs. Ressources, environnement et communautés (France et Empire français, xviie-xxie siècles), Ceyzérieu, Champ Vallon, 2020, particulièrement les contributions de Brock Cutler et Julien Vincent ; Thierry Guillopé et Antonin Plarier, « Concession minière, conquête coloniale et transformations environnementales. La mine de fer d’Aïn Mokra et son système concessionnaire articulé (1845-fin du xixe siècle) », dans Thomas Le Roux et Raphaël Morera (dir.), La nature sous contrat…, op. cit., p. 137-154.

53  Diana K. Davis, Les mythes environnementaux de la colonisation française au Maghreb, traduction de Grégory Quenet, Seyssel, Champ Vallon, 2012 (2007).

54  Priya Satiadans, « “A Rebellion of Technology”. Development, Policing, and the British Arabian Imaginary », dans Diana K. Davis et Edmund Burke III (dir.), Environmental Imaginaries…, op. cit., p. 23-59.

55  Anya Zilberstein, A Temperate Empire : Making Climate Change in Early America, New York, Oxford University Press, 2016.

56  Gilbert Buti, Christophe Cérino, Daniel Faget et Olivier Raveux (dir.), “Gestion et exploitation des ressources marines de l’époque moderne à nos jours”, Revue d’histoire maritime, no 24, 2018 ; Gilbert Buti, Daniel Faget, Olivier Raveux et Solène Rivoal (dir.), Moissonner la mer. Économies, sociétés et pratiques halieutiques méditerranéennes (xve-xxie siècles), Paris, Karthala, Aix-en-Provence, Maison méditerranéenne des Sciences de l’homme, 2018.

57  Solène Rivoal, Les marchés de la mer. Une histoire sociale et environnementale de Venise au xviiie siècle, Rome, École française de Rome, 2022.

58  Daniel Faget, Marseille et la mer. Hommes et environnement marin (xviiie-xxe siècle), Renne, Presses universitaires de Rennes, 2011 ; id., L’écaille et le banc. Ressources de la mer dans la Méditerranée moderne (xvie-xviiie siècle), Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2017. Puisqu’il est question de Nice dans plusieurs contributions de ce dossier et que sa parution fait écho à la tenue de la Conférence sur l’Océan dans cette même ville, il semble intéressant de citer le bel exemple de la modification du trait de côte par l’installation de parc à huîtres dans le lazaret de Nice, tout proche du restaurant « La Réserve », comme le prouve l’iconographie insérée dans « Cultiver la mer. Biodiversité marine et développement de l’ostréiculture dans le Midi méditerranéen français au xixe siècle », Annales du Midi. Revue de la France méridionale, vol. 119, no 258, 2007, p. 224-225.

59  Marie-Noëlle Bourguet, Bernard Lepetit, Daniel Nordman et Maroula Sinarellis (dir.), L’invention scientifique de la Méditerranée : Égypte, Morée, Algérie, Paris, Édition de l’École des hautes études en sciences sociales, 1998.

60  Sur ce propos, consulter la base de données RIM « Représentations et Imaginaires de la Méditerranée » sous la responsabilité de Véronique Mérieux : https://rim.univ-cotedazur.fr/ (consulté le 19/04/2025).

61  Alain Corbin, Le territoire du vide. L’Occident et le désir du rivage (1750-1840), Paris, Aubier, 1988.

62  Entre autres, Stéphane Gal, Histoires verticales. Les usages politiques et culturels de la montagne (xive-xviiie siècle), Seyssel, Champ Vallon, 2018.

63  Martine Chalvet, « Les stratégies des élites provençales dans la construction de la forêt méditerranéenne », dans Paul Aubert, Gérard Chastagnaret et Olivier Raveux (dir.), Construire des mondes. Élites et espaces en Méditerranée (xvie-xxe siècle), Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2005, p. 15.

64  Hugo Vermeren, « Des agents au service de la protection de l’environnement ? Le service des gardes-pêche en Algérie (fin xixe-début xxe siècle) », Histoire Politique, no 48, 2022, en ligne, http://journals.openedition.org/histoirepolitique/8528 (consulté le 23/03/2025). Pour une description de la pêche aux « bœufs », du nom d’un filet, voir Daniel Faget, L’écaille et le banc…, op. cit., p. 157 sq.

65  Archives municipales de la ville de Marseille, HH 23, Lettre aux échevins sur l’interdiction de replanter en vignes, 7 septembre 1731.

66  Là encore le jeu d’échelles est essentiel, par exemple sur les questions juridiques de la protection de la mer et des littoraux : Anne Brogini et María Ghazali (dir.), La Méditerranée au prisme des rivages. Menaces, protections, aménagements en Méditerranée occidentale (xvie-xxie siècles), Saint-Denis, Éditions Bouchène, 2015, partie 4.

67  Pour l’« Espagne sèche », voir Alberto Celis et Camprubí Lino, « Regional Geopolitics, French Geography, and Climatology in “Dry Spain”, Eighteenth to Twenty-First Centuries : Birth of the “Mediterranean Climate” », dans Elena Aronova, David Sepkoski et Marco Tamborini (dir.), Handbook of the Historiography of the Earth and Environmental Sciences. Historiographies of Science, Cham, Springer, 2025, https://doi.org/10.1007/978-3-030-92679-3_26-1, contribution dont nous avons pu écouter la présentation lors du colloque.

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Pour citer cet article

Référence papier

Léonie Boissière et Simon Dolet, « Introduction »Cahiers de la Méditerranée, 111 | 2025, 9-23.

Référence électronique

Léonie Boissière et Simon Dolet, « Introduction »Cahiers de la Méditerranée [En ligne], 111 | 2025, mis en ligne le 10 juillet 2026, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cdlm/19352 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16lns

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Auteurs

Léonie Boissière

Léonie Boissière est doctorante contractuelle à l’Université Côte d’Azur (Nice) sous la direction de Pierre-Yves Beaurepaire. Elle prépare actuellement sa thèse « L’“après-voyage” des collections Baudin et Flinders, entre sciences et politique en Europe (1803-années 1830)  », portant notamment sur la redistribution de végétaux australiens par les expéditions Baudin et Flinders et de leur acclimatation. Elle a participé à de nombreux colloques internationaux d’histoire environnementale et à organiser des journées d’études sur ce champ d’étude. Elle a déjà publié « De l’Australie au Pas-de-Calais. Le baron Dumont de Courset et l’acclimatation des Protea de l’expédition Baudin » dans la Journée des jeunes chercheurs du Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine, disponible en ligne.

Articles du même auteur

Simon Dolet

Simon Dolet est ATER à l’Université Savoie Mont-Blanc (Chambéry) et doctorant à l’Université Côte d’Azur (Nice) depuis octobre 2021. Son mémoire de master 2 intitulé « L’influence des astres dans la République des sciences. Giuseppe Toaldo, de l’astrologie saine à l’astro-météorologie » a été primé par la Société française d’étude du dix-huitième siècle en 2022. Depuis, il prépare sa thèse, intitulé « Prophètes du temps. Une histoire des prédictions météorologiques savantes au siècle des Lumières », sous la direction du Pr. Pierre-Yves Beaurepaire. Il est l’auteur de plusieurs articles d’histoire des savoirs et de l’environnement, parus dans des revues à comité de lecture, sur le thème des prédictions météorologiques, des trombes marines ou encore de la climatologie historique au xviiie siècle. Il a également pu organiser plusieurs journées d’étude sur ces thématiques, dont la dernière en date, « Culture matérielle et mesure de l’environnement au xviiie siècle. Le cas des instruments de physique », le 7 février 2025, à Chambéry, avec Émilie-Anne Pépy.

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