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Dossier : La Méditerranée à l’épreuve de l’histoire environnementale (XVIe-XXIe siècle)
Exploiter et optimiser les ressources entre littoral et montagne

Pour une histoire méditerranéenne de la riziculture à l’époque moderne

Towards a Mediterranean history of rice cultivation in the early modern period
Gilles Narcy
p. 27-40

Résumés

Cet article propose d’envisager l’essor de la riziculture au début de l’époque moderne dans une perspective méditerranéenne. Il discute d’abord la thèse traditionnelle de la « révolution agricole islamique » afin de mettre en évidence à partir de travaux récents une chronologie alternative de naturalisation du riz en Méditerranée, qui insiste davantage sur les convergences environnementales à l’échelle régionale. Sur la base d’une comparaison entre l’Empire ottoman et l’Italie du Nord, il met dans un second temps en évidence le rôle de la riziculture comme facteur d’intensification du travail agricole au moyen de formes variées de travail contraint. Enfin, la menace sanitaire posée par l’irrigation intensive des rizières et les conflits écologiques qui en résultent invitent à explorer les voies d’une histoire environnementale de la santé publique de part et d’autre de la Méditerranée.

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Texte intégral

  • 1  Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, vol. 1, Pari (...)
  • 2  Francesca Bray, Peter A. Coclanis, Edda L. Fields-Black et Dagmar Schäfer (dir.), Rice : Global Ne (...)
  • 3  Voir notamment les contributions rassemblées dans Lavinia Maddaluno et Rachele Scuro (dir.), A His (...)

1La riziculture est longtemps restée à la marge de l’histoire environnementale de la Méditerranée, à l’exception partielle des pages que lui consacre Fernand Braudel dans le premier tome de La Méditerranée 1. Réciproquement, l’espace méditerranéen occupe une place marginale au sein de l’historiographie du riz à l’échelle globale : aucune des quinze contributions de l’ambitieuse synthèse de référence Rice. Global Networks and New Histories, publiée en 2015 dans un but comparatiste explicite, ne lui est ainsi consacrée2. Depuis quelques années, toutefois, les travaux se multiplient sur les différentes rizicultures existantes en Méditerranée, soulignant leur importance dans la transformation des écosystèmes locaux. En confrontant les cas d’étude régionaux à une échelle plus vaste, elles dessinent des convergences en termes de chronologie, de modèles agricoles et de transformations environnementales3.

  • 4  Peregrine Horden et Nicholas Purcell, The Corrupting Sea : A Study of Mediterranean History, Londr (...)

2Il est possible d’interpréter ces renouvellements à l’aune du cadre conceptuel proposé par Peregrine Horden et Nicholas Purcell, lesquels, en rupture avec une vision braudélienne jugée trop uniforme et englobante, ont proposé de définir au contraire l’environnement méditerranéen comme une mosaïque de microécologies, caractérisé par la diversité, l’interdépendance et la connectivité4. De fait, la riziculture n’est pas un trait distinctif de la Méditerranée en général, mais est au contraire fortement concentrée dans quelques centres de production : la région de Valence, la plaine du Pô, le delta du Nil, l’Anatolie méridionale et les Balkans.

3En dépit de cette dispersion, plusieurs éléments plaident pour une réflexion commune. Tout d’abord, il convient de souligner que si les rizières sont fortement concentrées dans une poignée de régions, celles-ci sont équitablement réparties tout autour du bassin méditerranéen. Elles sont également semblables d’un point de vue cultural : les rizières de Méditerranée partagent en effet une méthode, l’irrigation intensive, et un calendrier allant des semailles d’avril aux moissons de fin septembre-début octobre.

  • 5  Dans une perspective croisée entre histoire économique et histoire de la médecine, Luigi Faccini, (...)

4Là où les travaux plus anciens se concentraient avant tout sur l’apparition supposée de la riziculture en Méditerranée au début du Moyen Âge et sur son rôle dans le développement d’une agriculture capitaliste à partir de la fin du xviiie siècle, l’historiographie récente souligne au contraire l’importance des transformations économiques et climatiques du début de l’époque moderne dans la diffusion du riz dans ces régions5. À partir de recherches en cours sur les rizières italiennes à l’époque moderne et d’une présentation de l’historiographie récente, cet article se propose d’explorer les enjeux d’une histoire méditerranéenne de la riziculture dans une perspective à la fois comparée et croisée. On discutera dans un premier temps la pertinence de la thèse traditionnelle de la « révolution agricole islamique », avancée dans les années 1970 par Andrew Watson, dans le cas du riz, afin de mieux mettre en évidence l’importance de l’expansion rizicole de la fin du Moyen Âge et du début de l’époque moderne et de pointer à l’inverse les écueils d’une histoire civilisationnelle des naturalisations botaniques. On se penchera ensuite sur le rôle de la riziculture dans le processus d’intensification du travail agraire en Méditerranée à partir d’une comparaison entre l’Empire ottoman et le cas italien. On abordera enfin les conflits sanitaires liés à la riziculture et les perspectives qu’ils ouvrent à une histoire environnementale croisée de la santé publique à l’époque moderne.

Les naturalisations de la riziculture en Méditerranée : une chronologie alternative à la « révolution agricole islamique »

  • 6  Andrew Murray Watson, « The Arab Agricultural Revolution and Its Diffusion, 700-1100 », The Journa (...)
  • 7  Thomas F. Glick, Irrigation and Society in Medieval Valencia, Cambridge, Belknap Press of Harvard (...)

5L’apparition de la culture du riz asiatique (Oryza sativa) dans le bassin méditerranéen est traditionnellement associée à l’expansion de l’Islam au cours du premier Moyen Âge. La riziculture, qui demande d’importantes quantités d’eau durant les mois chauds de l’été et par conséquent des technologies d’irrigation sophistiquées, appartient ainsi à ce qu’Andrew Watson a qualifié de « révolution agricole islamique » (RAI) : la prolifération à grande échelle de cultures irriguées autour du bassin méditerranéen, parmi lesquelles on peut mentionner les agrumes, le blé dur, le coton ou encore la canne à sucre6. La thèse de Watson s’est imposée comme une référence incontournable pour l’histoire de l’agriculture méditerranéenne, prolongée en particulier par les travaux de Thomas Glick sur al-Andalus7.

  • 8  Michael Decker, « Plants and Progress : Rethinking the Islamic Agricultural Revolution », Journal (...)
  • 9  Paulina B. Lewicka, Food and Foodways of Medieval Cairenes : Aspects of Life in an Islamic Metropo (...)
  • 10  Antoni Riera i Melis, « De valle del Yangtsé a los marjales valencianos : la introducción del cult (...)
  • 11  Nicoara Beldiceanu et Irène Beldiceanu-Steinherr, « Riziculture dans l’Empire ottoman (xive-xve si (...)
  • 12  Sur les débuts de la riziculture en Lombardie, Emilio Motta, « Per la storia della coltura del ris (...)

6Le modèle de la RAI a néanmoins suscité plusieurs critiques qui invitent à complexifier sa chronologie trop linéaire et à reconsidérer les rythmes de diffusion des plantes concernées. Dans le cas du riz, Michael Decker a notamment avancé l’hypothèse d’une présence de la riziculture au Proche-Orient et en Égypte dès l’époque romaine, au iiie siècle av. J.-C. au plus tard8. En aval, la perspective méditerranéenne révèle de surcroît le caractère graduel de la progression des rizières autour du bassin et permet de distinguer plusieurs vagues de diffusion. En effet, la progression de la riziculture s’avère particulièrement lente, y compris dans les régions au cœur de l’analyse de Watson. En Égypte, ce n’est ainsi que durant la période mamelouke, à partir du milieu du xiiie siècle, qu’elle connaît une véritable expansion, détrônant le blé et l’orge pour s’imposer comme culture principale dans la région du delta9. Dans le cas ibérique, on observe une période de déclin après la conquête chrétienne de Valence en 1238, suivie d’une nouvelle phase de croissance à partir du xve siècle seulement10. C’est également à cette époque qu’elle apparaît en Catalogne. Surtout, la chronologie primo-médiévale de Watson ne permet pas de rendre compte de l’apparition de la riziculture ailleurs en Méditerranée. En Anatolie et dans les Balkans, l’apparition de rizières a ainsi lieu entre la fin du xive et la fin du xve siècle, à l’époque de la conquête ottomane11. Enfin, l’apparition de la riziculture dans la plaine du Pô dans les années 1470 s’explique par l’importante disponibilité en eau, liée à la présence d’un dense réseau irrigué et de nombreuses zones humides12.

  • 13  Faruk Tabak, The Waning of the Mediterranean, 1550-1870. A Geohistorical Approach, Baltimore, John (...)
  • 14  Aleksandar Shopov, « Во потрага по пролетните поплави : Кон прашањето за тоа како и кога Османлиит (...)

7La perspective méditerranéenne conduit ainsi à relativiser le rôle des apports de civilisation dans les échanges botaniques à longue distance et permet de faire émerger une chronologie alternative : la progression de la riziculture dans la région au cours du Moyen Âge est le résultat de périodes de diffusion distinctes, qui mettent en évidence l’importance des infrastructures d’irrigation et des campagnes de bonification. Elle est par conséquent indissociable de l’évolution de la conjoncture climatique. La multiplication des rizières s’explique avant tout par le tournant vers l’irrigation de l’agriculture méditerranéenne à partir de la fin du Moyen Âge, mis en lumière par Faruk Tabak : les conditions humides du Petit Âge Glaciaire se révèlent favorables aux cultures susceptibles de tirer parti de la pluviosité accrue et de résister aux intempéries13. Aleksandar Shopov a de même souligné, dans le cas de la Thrace ottomane, l’importance des conditions écologiques locales et notamment des hivers tardifs et de l’irrigation printanière14.

Un vecteur d’essentialisation ?

  • 15  Paolo Squatriti, « Of Seeds, Seasons, and Seas : Andrew Watson’s Medieval Agrarian Revolution Fort (...)
  • 16  Dans ce célèbre compte-rendu d’un manuel d’histoire de l’agriculture méditerranéenne d’Auguste Che (...)
  • 17  Sur le riz comme « plante dominante, tyrannique », Fernand Braudel, Civilisation matérielle, écono (...)
  • 18  Françoise Aubaile-Sallenave, « L’agriculture musulmane aux premiers temps de la conquête : apports (...)
  • 19  La bibliographie sur le sujet est très vaste. La thèse de l’introduction de la riziculture en Caro (...)
  • 20  Miguel Carmo, Joana Sousa, Pedro Varela, Ricardo Ventura et Manuel Bivar, « African Knowledge Tran (...)
  • 21  Sur la culture d’Oryza glaberrima et Oryza sativa en Afrique de l’Ouest à l’époque moderne, Walter (...)
  • 22  Vincent Parello, Les morisques d’Espagne vus de France. Anthologie de textes français commentés et (...)
  • 23  Sur ces épisodes, ainsi que les incompréhensions qui les accompagnent et les échecs auxquels ils a (...)

8En plus de complexifier la chronologie de la RAI, le cas du riz permet également de s’interroger sur les impasses et les faux-semblants d’une histoire identitaire des naturalisations qui attribue les mérites des transferts botaniques à des « civilisations ». La thèse de Watson s’inscrit en effet dans le grand récit traditionnel de la Méditerranée comme espace d’échanges et de diffusions. Dans ce cadre, l’Islam se voit attribuer le rôle d’intermédiaire entre Orient et Occident : il s’agit en quelque sorte, comme le remarque Paolo Squatriti, d’une « thèse Pirenne » inversée15. Lucien Febvre, déjà, parlait du riz comme d’un « bienfait des Arabes »16. Les « plantes de civilisation », pour reprendre l’expression braudélienne, se révèlent ainsi indissociables de discours sur les civilisations et de leurs supposées contributions respectives au monde méditerranéen17. La réception polémique de Watson, en France notamment, révèle que le débat s’est effectivement polarisé autour de la question de la nature et de la réalité d’un prétendu apport « islamique » à une plus vaste civilisation agraire méditerranéenne18. À cet égard, les débats autour de la RAI ne sont pas sans rappeler les vives controverses liées, dans le champ de l’histoire atlantique, à la « Black rice thesis » autour de la question des origines de la riziculture esclavagiste aux Amériques19. Dans cette perspective de désenclavement entre historiographies atlantique et méditerranéenne, des travaux récents apportent d’ailleurs plusieurs éléments importants à l’appui de la thèse selon laquelle la main-d’œuvre esclavagisée originaire d’Afrique de l’Ouest aurait également permis le maintien et l’expansion de la riziculture dans les marais salants portugais du Tage et du Sado durant l’époque moderne20. L’association entre Noirs esclavagisés et riziculture, fondée sur leurs compétences techniques21 et sur leur résistance naturelle supposée aux maladies, aurait ainsi mené à un processus de prolétarisation raciale. L’essentialisation de l’agriculture irriguée en Méditerranée, loin de ne représenter qu’un avatar historiographique, prolonge de même un processus de stéréotypisation à l’œuvre dès l’époque moderne. Dans le cas des morisques valenciens, leur association séculaire avec le travail irrigué conduit aussi à des formes extrêmes d’exploitation fréquemment notées par les voyageurs22. Cette essentialisation est également à l’origine, après l’expulsion de 1609, des projets de plusieurs princes italiens – en particulier le grand-duc de Toscane et les ducs de Mantoue – de les installer sur leurs territoires afin de mener à bien des entreprises de colonisation intérieure et de travailler dans leurs propres rizières23.

  • 24  Francesca Bray, Barbara Hahn, John Bosco Lourdusamy et Tiago Saraiva, Moving Crops and the Scales (...)
  • 25  Edmund Burke, « Islam at the Center : Technological Complexes and the Roots of Modernity », Journa (...)

9De façon alternative à une histoire identitaire et événementielle des naturalisations, un ouvrage récent propose la notion de cropscapes pour penser celles-ci comme un « assemblage », dans lequel les cultures se transforment et se réagencent davantage qu’elles ne se diffusent24. Une telle proposition, influencée par la deep history, n’est pas sans rappeler les remarques déjà formulées par Edmund Burke sur la nécessité de dépasser le « ‘who invented what’ game » et de se concentrer sur la constitution de systèmes technologiques complexes sur la très longue durée, parmi lesquels l’irrigation occupe une place centrale25. Faire la part du mobile et de l’immobile permet de penser l’émergence d’une riziculture méditerranéenne dont les spécificités culturales posent des problèmes écologiques et sociaux communs. Deux d’entre eux sont abordés ici à titre de proposition.

Le spectre de l’asservissement

  • 26  Sans prétention à l’exhaustivité, voir notamment Tom Brass et Marcel van der Linden, Free and Unfr (...)

10L’essor de la riziculture capitaliste en Méditerranée provoque un recours massif et croissant au travail forcé. En effet, le faible degré de mécanisation ainsi que les besoins importants de main-d’œuvre pour l’entretien des ouvrages d’irrigation, l’arrachage des mauvaises herbes et les récoltes, conduisent à l’élaboration de nouvelles formes de contrainte. Celles-ci questionnent le statut des travailleuses et travailleurs et invitent à prolonger la discussion historiographique de l’histoire globale du travail autour de la nécessité de penser la multiplicité des formes de travail forcé au-delà de la dichotomie entre travail libre et esclavage26. À cet égard, la comparaison à l’échelle méditerranéenne peut s’avérer éclairante pour enrichir notre compréhension des liens entre riziculture et travail contraint à l’époque moderne.

  • 27  Halil İnalcık, « Rice Cultivation and Çeltükci-Re’âyâ System in the Ottoman Empire », Turcica. Rev (...)
  • 28  Ce cadre général connaît des variations générales : A. Shopov souligne l’importance dans le cas de (...)
  • 29  H. İnalcık, « Rice Cultivation… », art. cit., p. 101‑102 rapproche par conséquent la riziculture d (...)

11Dans le cas ottoman, les différents régimes du travail rizicole ont été analysés par Halil İnalcık dans un article de synthèse fondamental27. Leur originalité réside dans le fait que malgré l’existence de rizières appartenant à des particuliers (terres dites mülk) et à des fondations pieuses (vakfs), la majorité d’entre elles relèvent du Trésor impérial au début de l’époque moderne, que ce soit sous la forme de l’administration directe ou bien de la concession à des dignitaires dans le cadre du système du timar 28. Face à la nécessité de garantir une exploitation intensive de la main-d’œuvre, les travailleurs des rizières ainsi que certaines communautés voisines se voient progressivement attribuer, à partir du xve siècle, le statut de çeltükçi re’âyâ (« paysans cultivateurs de riz »), qui, bien que formellement libre, s’accompagne de corvées obligatoires et non rémunérées de plusieurs semaines par an afin d’effectuer des travaux de curage des canaux et de construction des digues, ainsi que de participer aux récoltes29. La question du travail obligatoire sur les timars, dont les re’âyâ sont normalement exemptés, est notamment à l’origine de nombreux conflits autour du statut des habitants. De ce fait, la généralisation du statut héréditaire de çeltükçi re’âyâ ne représente pas une transition de l’esclavage au salariat, mais au contraire la convergence entre un processus d’affranchissement partiel d’anciens esclaves-métayers (ortakçı kullar) d’une part et la dégradation des conditions personnelles de paysans libres désormais contraints à des corvées lourdes de l’autre. Les populations nomades turcomanes yörükes sont également soumises à une sédentarisation forcée dans le cadre de la politique impériale de déplacements de population (sürgünler) afin de faire face à la demande massive de main-d’œuvre provoquée par le boom rizicole. La riziculture est ainsi à l’origine, dans le contexte ottoman, de l’élaboration d’un système original de semi-liberté combinant obligations statutaires de travail et entraves à la mobilité.

  • 30  Il n’existe pas de terme français spécifique pour cette catégorie d’entrepreneurs de l’asservissem (...)
  • 31  Sur le terme de « garzone », mieux connu dans le monde des métiers urbains, Anna Bellavitis et Val (...)
  • 32  Archivio di Stato di Milano, Atti di Governo, Agricoltura Parte Antica [ensuite ASMi, Ag.P.A.], 53 (...)
  • 33  Sur ce processus, Matteo Di Tullio, « Domestici e agricoltura capitalista. Relazioni di lavoro e d (...)
  • 34  ASMi, Ag.P.A., 63 bis, Risaie - Comuni G, 1 - Gaggiano, supplique de Giacomo Sala et Carlo Fagnano (...)

12Le lien entre riziculture et travail forcé n’est en outre pas propre aux rizières ottomanes, comme le montre le cas déjà mentionné des morisques de Valence. On le retrouve également, bien que sous une forme tout à fait différente, dans la plaine du Pô. Dès la fin du xvie siècle, plusieurs édits publiés dans l’État de Milan visent à mettre fin aux agissements des « capi de’ risaroli »30. L’expression désigne des chefs d’équipe chargés par les fermiers de recruter une main-d’œuvre majoritairement constituée d’adolescents (« figlioli, & garzoni »31) afin d’assurer les menus travaux manuels durant le cycle estival d’irrigation, ainsi que d’aider à la récolte en septembre. Ces derniers, toutefois, sont victimes de retenues de salaire, battus et privés de nourriture, souvent jusqu’à en mourir, au point que leur condition est jugée comparable à celle des galériens32. Au sein de la prolétarisation croissante de la main-d’œuvre agricole lombarde et de l’essor du salariat saisonnier au cours du xvie siècle, la condamnation de l’asservissement des risaroli passe par une opération de qualification au moyen de la comparaison avec des statuts serviles légaux33. Les timides tentatives de régulation de la part des autorités cherchent ainsi à répondre à la menace constante de l’asservissement qui vient brouiller la frontière entre liberté et non-liberté. En mai 1663 encore, deux saisonniers (brazanti) de Gaggiano, dans le Milanais, demandent ainsi la levée de l’interdiction ordinaire de recourir à des recruteurs dans les rizières afin de faire face eux-mêmes au manque de main-d’œuvre sur place, en échange de la promesse écrite de ne pas user de moyens violents ni d’extorquer leur paye (mercede) aux jeunes saisonniers ainsi embauchés34.

13Par rapport à la situation ottomane, deux remarques s’imposent. D’une part, là où le statut de çeltükçi sert d’instrument de sédentarisation, les risaroli italiens s’insèrent dans le cadre plus large des migrations saisonnières qui caractérisent l’économie italienne de l’époque moderne et tout particulièrement l’agriculture proto-capitaliste de la plaine du Pô. L’échec des tentatives de contrôle les place en outre à la merci des recruteurs, dans un espace précaire entre salariat libre et travail forcé qui participe d’un processus d’invisibilisation documentaire.

14Une perspective croisée permet ainsi de faire émerger clairement la conjoncture d’asservissement à l’œuvre dans l’expansion rizicole méditerranéenne du début de l’époque moderne. Dans le même temps, elle révèle la pluralité des modes et des objectifs de la contrainte, invitant par conséquent à approfondir la comparaison au-delà de la construction d’un modèle unique.

Rizières, fièvres et « malaria » au-delà de l’orientalisme épidémiologique

  • 35  Je privilégie ici le terme de « malaria » à celui de « paludisme », plus usuel en français, en rai (...)
  • 36  Frank Martin Snowden, The Conquest of Malaria : Italy (1900-1962), New Haven, Yale University Pres (...)
  • 37  Déjà soulignée par Fernand Braudel, La Méditerranée…, op. cit., p. 68‑71. Pour une vue d’ensemble, (...)
  • 38  Voir néanmoins supra (n. 5) les recherches importantes, quoique datées, qui ont été menées sur l’E (...)
  • 39  La bibliographie sur le sujet est très vaste. Daniel Panzac, Quarantaines et lazarets : l’Europe e (...)
  • 40  Pour une approche environnementale de l’histoire de la santé avant l’âge industriel, qui souligne (...)
  • 41  Archivo General de Simancas, Consejo de Italia, Secretaría de Milán, Varios, SSP, LEG, 2080, no 96 (...)
  • 42  Patrick Fournier, « Zones humides et aérisme à l’époque moderne », dans Jean-Michel Derex (dir.), (...)
  • 43  Guy Geltner et Janna Coomans, « The Healthscaping Approach. Toward a Global History of Early Publi (...)

15La spécificité du riz dans l’histoire de l’agriculture méditerranéenne réside également dans son lien avec le problème de la malaria35. De fait, les rizières sont fréquemment situées dans des zones marécageuses et, de surcroît, irriguées plusieurs mois de suite durant la saison de pleine chaleur estivale. Leur développement entraîne donc celui de la maladie et de conflits autour de la transformation des sols. Plusieurs recherches récentes se sont ainsi penchées sur la place de la riziculture dans les campagnes d’éradication de la malaria menées en Méditerranée à partir de la fin du xixe siècle36. Si l’omniprésence du paludisme depuis l’Antiquité est bien connue37, celui-ci est traité du point de vue de l’histoire des maladies davantage que de celui de l’histoire de la santé publique38. L’historiographie sanitaire de la Méditerranée entre 1300 et 1800 est en effet principalement centrée sur l’étude de la peste. Celle-ci est considérée comme la cause première de l’émergence de politiques préventives, fondées d’une part sur les techniques de contrôle des mobilités des personnes, des animaux et des objets – la pratique de la quarantaine, le système des lazarets et la certification de l’information par les patentes de santé39 – et, de l’autre, sur l’adoption des premières mesures d’hygiène publique. La prise en compte de l’histoire environnementale invite toutefois à élargir le spectre de l’histoire de la santé et, sans remettre en cause l’importance fondamentale de la peste, à la considérer comme un pôle au sein d’une culture prophylactique plus large et non comme le déterminant de toutes les préoccupations sanitaires40. À cet égard, la prévention des fièvres constitue un autre creuset important de la fabrique de la santé publique et de l’élaboration de politiques prophylactiques, notamment dans la mesure où la médecine néohippocratique établit une continuité entre les fièvres causées par le mauvais air des rizières et le déclenchement d’épidémies de peste41. Ainsi que le souligne Patrick Fournier, la culture sanitaire dite aériste correspond avant tout à un ensemble de pratiques préventives. Elle justifie par conséquent une approche à la fois étique et émique, qui tient compte des distinctions étiologiques contemporaines tout en prêtant attention à la cohérence globale et à la contiguïté des pratiques sanitaires d’Ancien Régime42. De ce point de vue, la culture néohippocratique, commune aux deux rives de la Méditerranée, présente l’intérêt de permettre l’élargissement à d’autres pathologies de la critique de l’orientalisme épidémiologique formulée depuis une quinzaine d’années par les spécialistes de la peste43. Le cas des rizières offre ainsi un point de départ possible au dépassement du récit européocentré des origines de la santé publique.

  • 44  Pierre Guichard, « L’aménagement et la mise en culture des marjales de la région valencienne au dé (...)
  • 45  ASMi, Ag.P.A., 53, Risaie - Provvidenze Generali, non folioté, édit du 24 septembre 1575. Sur les (...)
  • 46  ASMi, Ag.P.A., 69, Risaie – Comuni – Novara, « Relatio D. Caroli Antonij Biragi Physici Collegiati (...)

16Partout où elle est présente en Méditerranée, la riziculture se trouve au cœur de controverses autour de ses effets sur l’air et de la protection de la santé des habitants. Ces dernières la constituent en objet politique et en catégorie juridique à part entière et donnent lieu, par conséquent, à la production de corpus normatifs abondants. Les lois rizicoles reposent avant tout sur le principe de l’éloignement des rizières, accusées de vicier l’air des villes et des centres habités et de provoquer des fièvres. Il est significatif que les premières d’entre elles, édictées par le Conseil municipal de Valence, remontent à 1334-1335, soit une décennie avant le retour de Yersinia pestis en Europe, avant d’être reprises et étendues dans le cadre des politiques de repeuplement des campagnes dans les décennies qui suivent le choc démographique pesteux44. Cette protection par l’éloignement vis-à-vis des villes et des centres habités est également au cœur des législations rizicoles édictées par les États d’Italie du Nord à partir de la fin du xvie siècle : Milan en 1575, la république de Venise en 1594, le duché Mantoue en 1602 et la partie piémontaise du duché de Savoie en 1607-160845. Loin d’incarner un processus consensuel de médicalisation par le haut, celles-ci sont à l’origine de conflits écologiques incessants, mobilisant des acteurs variés. En 1717, le médecin Carlo Antonio Biraghi, mandaté à Novare par le tribunal de la Santé milanais à la suite de plaintes récurrentes des habitants quant à l’impact délétère de la riziculture sur la qualité de l’air, affirme ainsi : « […] j’ai constaté la progression de la culture du riz dans de nombreux lieux, y compris au-delà des limites fixées, en raison de la priorité accordée à la recherche du profit sur la santé publique »46.

  • 47  A. Shopov, « Cities of rice : risiculture and environmental change… », art. cit.

17Dans l’Empire ottoman, des conflits liés à la riziculture éclatent également à partir de la seconde moitié du xvie siècle. En 1583, un groupe de notables de Filibe, au cœur de la plaine thrace, s’adressent ainsi au conseil impérial à Istanbul pour faire valoir leur droit de quitter la ville durant la saison estivale afin de se protéger de l’air corrompu par la multiplication des rizières47. L’exercice du droit de fuite, reconnu par la jurisprudence ottomane pour les épidémies de peste, fait l’objet de l’opposition des autorités locales, qui tentent de les contraindre à demeurer sur place avant d’être rappelés à l’ordre par l’administration impériale. Comme le montre A. Shopov, ce type d’incidents est à la fois révélateur de l’existence de la conscience des effets de l’agriculture intensive sur l’environnement et de la circulation des pratiques sanitaires au sein du processus de construction de l’État ottoman.

18Il apparaît ainsi clairement que la question rizicole se pose dans des termes voisins dans l’Europe latine comme dans le monde ottoman, sans être pour autant réductible à un modèle préventif unique. Elle démontre l’importance de la dimension écologique et politique de la construction des modèles et des pratiques prophylactiques, dans la mesure où celles-ci impliquent nécessairement une réflexion sur le changement environnemental à l’échelle locale et la reconnaissance d’un droit des sujets à la santé. Le processus complexe de médicalisation des sociétés méditerranéennes modernes doit par conséquent être envisagé dans une perspective d’histoire environnementale croisée.

  • 48  Sur le concept récent de plantationocène et sa position dans le champ sémantique des « nouveaux ma (...)
  • 49  Sven Beckert, Ulbe Bosma, Mindi Schneider et Eric Vanhaute, « Commodity frontiers and global histo (...)
  • 50  Mohamed Ouerfelli, « La production du sucre en Méditerranée médiévale », Rives méditerranéennes, n(...)
  • 51  Immanuel Wallerstein, Capitalisme et économie-monde (1450-1640), Paris, Flammarion, 1980 (1974).

19Plusieurs hypothèses de travail se présentent ainsi à une histoire méditerranéenne de la riziculture. D’abord, la comparaison à l’échelle régionale permet de repenser la chronologie de la naturalisation du riz et de mettre en évidence une conjoncture économique et climatique commune entre la fin du Moyen Âge et le début de l’époque moderne. Les rizières jouent en outre un rôle central dans le développement de formes variées de travail contraint, mettant en lumière les spécificités de l’intensification du travail en Méditerranée. En exacerbant la menace séculaire de la malaria, elles sont également à l’origine de l’élaboration de politiques sanitaires et de polémiques sur le lien entre agriculture et changement environnemental qui participent de la construction des écologies politiques de part et d’autre de la Méditerranée. Loin de représenter un horizon d’aboutissement, l’approfondissement de la perspective méditerranéenne est la condition nécessaire au dialogue avec d’autres historiographies aréales. Les formes d’agriculture irriguée en Méditerranée occupent en effet une place stratégique dans le grand récit critique de l’essor du capitalisme agraire à l’échelle globale, fondé sur la combinaison du travail forcé, de la monoculture commerciale intensive et de la destruction des écosystèmes, parfois désigné sous le terme de « plantationocène »48. Dans le cadre de ce modèle, pensé comme son nom l’indique à partir du modèle plantationnaire atlantique, la Méditerranée fait figure de précédent et de laboratoire. Le paradigme en est donné par les plantations sucrières du xve siècle, au point que la récente proposition historiographique d’une histoire environnementale globale des commodity frontiers, issue de la new history of capitalism, les considère comme les lieux d’invention d’un nouveau régime de marchandisation de la nature appelé à conquérir la planète49. De fait, la tentation est forte d’appliquer le même modèle à la riziculture, tant les similitudes sont nombreuses du point de vue des infrastructures d’irrigation, de l’impact sur les environnements et la déforestation et du développement de plantations esclavagistes au Brésil et en Caroline à la fin du xviie siècle. Comme l’a néanmoins souligné Mohamed Ouerfelli dans le cas de la canne à sucre50, une vision rétrospective depuis l’Atlantique conduit à faire l’impasse sur les spécificités des formes d’agriculture intensive et d’exploitation en Méditerranée. Elle revient à reconduire – sous une forme certes critique et renouvelée – l’idée, chère aux promoteurs des world-system theories, d’une translation du capitalisme de son berceau méditerranéen à l’apogée atlantique au cours de l’époque moderne51. L’histoire sociale et environnementale de la riziculture invite par conséquent à approfondir les comparaisons aussi de part et d’autre de la Méditerranée de même qu’entre la Méditerranée et d’autres espaces, dans le cadre d’une histoire globale plurielle du capitalisme agraire à l’époque moderne.

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Notes

1  Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, vol. 1, Paris, Armand Colin, 2017 (1949), p. 76-79.

2  Francesca Bray, Peter A. Coclanis, Edda L. Fields-Black et Dagmar Schäfer (dir.), Rice : Global Networks and New Histories, New York, Cambridge University Press, 2015.

3  Voir notamment les contributions rassemblées dans Lavinia Maddaluno et Rachele Scuro (dir.), A History of Rice in Italy and Beyond. Cultivation, Commerce and Culture (1500-2000), Londres, New York, Bloomsbury, à paraître.

4  Peregrine Horden et Nicholas Purcell, The Corrupting Sea : A Study of Mediterranean History, Londres, Blackwell Publishers, 2000 ; id., The Boundless Sea : Writing Mediterranean History, Londres, New York, Routledge, 2021.

5  Dans une perspective croisée entre histoire économique et histoire de la médecine, Luigi Faccini, L’economia risicola lombarda dagli inizi del xviii secolo all’Unità, Milan, SugarCo, 1976 ; id., Uomini e lavoro in risaia : il dibattito sulla risicoltura nel ’700 e nell’800, Milan, FrancoAngeli, 1976 ; Juan Riera et Anastasio Rojo Vega, « Spanish Agiculture and Malaria in the 18th Century », History and Philosophy of the Life Sciences, vol. 10, no 2, 1988, p. 343‑362 ; Juan Riera, Estudios y documentos sobre arroz y paludismo en Valencia (siglo xviii), Valladolid, Universidad de Valladolid, 1983 ; Kenneth M. Cuno, The Pasha’s Peasants : Land, Society, and Economy in Lower Egypt (1740-1858), Cambridge, New York, Cambridge University Press, 1992.

6  Andrew Murray Watson, « The Arab Agricultural Revolution and Its Diffusion, 700-1100 », The Journal of Economic History, vol. 34, no 1, 1974, p. 8‑35. Watson a aussi utilisé, de manière alternative, l’expression de « révolution verte », modelée sur le productivisme d’après-guerre, ou, de façon plus nuancée, celui d’ « innovation » : « A Medieval Green Revolution », dans Abraham Udovitch (dir.), The Islamic Middle East (700-1900), Princeton, Darwin Press, 1981, p. 29‑58 ; id., Agricultural Innovation in the Early Islamic World : the Diffusion of Crops and Farming Techniques (700-1100), Cambridge, New York, Cambridge University Press, 1983, notamment p. 15-19 pour le cas d’Oryza sativa.

7  Thomas F. Glick, Irrigation and Society in Medieval Valencia, Cambridge, Belknap Press of Harvard University Press, 1970 ; id., Irrigation and Hydraulic Technology : Medieval Spain and its Legacy, Aldershot, Brookfield, Variorum, 1996. Pour un point de vue plus nuancé sur le cas ibérique, Pierre Guichard, « L’eau dans le monde musulman médiéval », dans Françoise Métral et Jean Métral (dir.), L’Homme et l’eau en Méditerranée et au Proche Orient, vol. 2, Lyon, GIS - Maison de l’Orient, Presses universitaires de Lyon, 1982, p. 117‑124. Pour une discussion récente, Helena Kirchner, Guillermo García-Contreras, Corisande Fenwick et Aleks Pluskowski, « Re-thinking the ‘Green Revolution’ in the Mediterranean world », Antiquity, vol. 97, no 394, 2023, p. 964‑974.

8  Michael Decker, « Plants and Progress : Rethinking the Islamic Agricultural Revolution », Journal of World History, vol. 20, no 2, 2009, p. 187‑206.

9  Paulina B. Lewicka, Food and Foodways of Medieval Cairenes : Aspects of Life in an Islamic Metropolis of the Eastern Mediterranean, Leyde, Boston, Brill, 2011 ; Chris Wickham, The Donkey and the Boat : Reinterpreting the Mediterranean economy (950-1180), Oxford, Oxford University Press, 2023, p. 69‑70. Alan Mikhail, Nature and Empire in Ottoman Egypt. An Environmental History, New York, Cambridge University Press, 2013, p. 55 souligne la centralité de la riziculture dans la consommation et les conflits fonciers en Égypte à la période ottomane. Sur les campagnes égyptiennes au début de la domination ottomane, Nicolas Michel, L’Égypte des villages autour du seizième siècle, Paris, Louvain, Bristol, Peeters, 2018 ; pour un cas de riziculture hors de la région du delta dès le xe siècle afin de mettre en valeur les zones salines, Nicolas Michel, Oasis ottomanes : Dakhla et Kharga dans l’Égypte des xvie-xixe siècles, Le Caire, Institut français d’archéologie orientale, 2023, p. 71‑78.

10  Antoni Riera i Melis, « De valle del Yangtsé a los marjales valencianos : la introducción del cultivo y del consumo del arroz asiático (Oryza sativa) en el litoral mediterráneo ibérico durante la baja edad media », dans Antoni Furió (dir.), En torno a la economía mediterránea medieval : estudios dedicados a Paulino Iradiel, Valence, Universitat de València, 2020, p. 183‑236.

11  Nicoara Beldiceanu et Irène Beldiceanu-Steinherr, « Riziculture dans l’Empire ottoman (xive-xve siècle) », Turcica. Revue d’études turques, vol. 9, no 2, 1978, p. 9‑29 ; Dragana Amedoski, « Introduction of Rice Culture in the Central Balkans (15th and 16th Century) », dans Srđan Rudić et Selim Aslantaş (dir.), State and Society in the Balkans before and after Establishment of Ottoman Rule, Belgrade, Institute of History Belgrade, 2017, p. 235‑256 ; Özlem Sert, « Environmental History of Rice Plantations in the Early Modern Ottoman Empire Between the 15th and 19th Centuries and its Potential for Climate Research », Journal of Environmental Geography, vol. 14, no 1‑2, 2021, p. 1‑14 ; Margaret L. Venzke, « Rice Cultivation in the Plain of Antioch in the 16th Century : the Ottoman Fiscal Practice », Archivum Ottomanicum, vol. 12, 1987-1992, p. 175‑276.

12  Sur les débuts de la riziculture en Lombardie, Emilio Motta, « Per la storia della coltura del riso in Lombardia », Archivio storico lombardo, vol. 4, no 4, 1905, p. 392‑400 ; Luigi Messedaglia, « Per la storia delle nostre piante alimentari. Il riso », Rivista di storia delle scienze mediche e naturali, vol. 20, 1938, p. 1‑15 et 49‑64 ; Matteo Di Tullio, « Croce e delizia. La risicoltura in Lombardia e nella Pianura padana d’età moderna », dans Marina Cavallera, Silvia A. Conca Messina et Blythe Alice Raviola (dir.), Le vie del cibo : Italia settentrionale (secc. xvi-xx), Rome, Carocci, 2019, p. 135‑151.

13  Faruk Tabak, The Waning of the Mediterranean, 1550-1870. A Geohistorical Approach, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2008, notamment p. 13‑18, 204‑205, 220, 257. Sur la nécessité de nuancer l’interprétation décliniste de Tabak par une approche en termes de recompositions, Wolfgang Kaiser, « Faruk Tabak, The Waning of the Mediterranean, 1550-1870 : A Geohistorical Approach Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 2008, 432 p. », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 66, no 1, 2011, p. XV.

14  Aleksandar Shopov, « Во потрага по пролетните поплави : Кон прашањето за тоа како и кога Османлиите започнале со производство на ориз на Балканскиот Полуостров [In Search of the Spring Floods : On the Questions of How and When the Ottomans Started Rice Production in the Balkan Peninsula] », Гласник, vol. 67, no 1‑2, 2023, p. 9‑33. L’introduction de la culture du riz après la conquête ottomane est également mentionnée dans le cas de la vallée du Strymon par Guillaume Bidaut, Le partage des eaux : sociétés, territoires et environnements du Strymon (xiiie-xvie siècles), Paris, Aubervilliers, Centre d’études byzantines, néo-helléniques et sud-est européennes, École des hautes études en sciences sociales, CéSor, 2022.

15  Paolo Squatriti, « Of Seeds, Seasons, and Seas : Andrew Watson’s Medieval Agrarian Revolution Forty Years Later », The Journal of Economic History, vol. 74, no 4, 2014, p. 1205‑1220.

16  Dans ce célèbre compte-rendu d’un manuel d’histoire de l’agriculture méditerranéenne d’Auguste Chevalier, Febvre fait d’ailleurs de l’introduction de cultures lointaines (« ces étrangers ») le moteur de révolutions en tous genres : « Révolutions de technique agricole ; révolutions de main-d’œuvre ; révolutions démographiques, filles des révolutions agraires ; révolutions anatomiques et physiologiques, filles des révolutions alimentaires… ». Lucien Febvre, « Les surprises d’Hérodote, ou : Les acquisitions de l’agriculture méditerranéenne », Annales d’histoire sociale (1939-1941), vol. 2, no 1, 1940, p. 29‑32.

17  Sur le riz comme « plante dominante, tyrannique », Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme. Les structures du quotidien, vol. 1, Malakoff, Armand Colin, 2022 (1949), p. 105-115. Pour un approfondissement historiographique, Maurice Aymard, « L’Europe des nourritures végétales. Une nouvelle visite aux prisons de longue durée », dans Istituto internazionale di storia economica F. Datini et Simonetta Cavaciocchi (dir.), Alimentazione e nutrizione, secc. xiii-xviii : atti della « Ventottesima Settimana di studi », 22-27 aprile 1996, Florence, Le Monnier, 1997 ; « La longue durée aujourd’hui : bilan d’un demi-siècle (1958-2008) », dans Diogo Ramada Curto, Niki Koniordos et Anthony Molho (dir.), From Florence to the Mediterranean and Beyond : Essays in Honour of Anthony Mohlo, Florence, L.S. Olschki, 2009, p. 559‑599.

18  Françoise Aubaile-Sallenave, « L’agriculture musulmane aux premiers temps de la conquête : apports et emprunts ; à propos de Agricultural innovation in the early Islamic world de Andrew M. Watson », Journal d’agriculture traditionnelle et de botanique appliquée, vol. 31, no 3-4, 1984, p. 245‑256 ; Claude Cahen, « Agricultural Innovation in the Early Islamic World by Andrew M. Watson », Journal of the Economic and Social History of the Orient, vol. 29, no 2, 1986, p. 217‑218 ; Jean-Pierre Digard, « A. M. Watson, Agricultural Innovation in the Early Islamic World. The Diffusion of Crops and Farming Techniques, 700-1100 », L’Homme, vol. 27, no 102, 1987, p. 203‑204 ; Jeremy Johns, « A Green Revolution ? Agricultural Innovation in the Early Islamic World. The Diffusion of Crops and Farming Techniques, 700-1100. By Andrew M. Watson. Cambridge University Press, 1983. P. xii + 260. £25. », The Journal of African History, vol. 25, no 3, 1984, p. 343‑344. Pour une synthèse sur la place des controverses identitaires et de la question des origines dans l’histoire de l’irrigation en Méditerranée, Antoni Furió, « Mediterranean Irrigation », dans Miriam Müller (dir.), The Routledge Handbook of Medieval Rural Life, Londres, Routledge, 2023, p. 320‑336.

19  La bibliographie sur le sujet est très vaste. La thèse de l’introduction de la riziculture en Caroline par les Africains esclavagisés remonte à Peter H. Wood, Black Majority : Race, Rice, and Rebellion in South Carolina (1670-1740), New York, W. W. Norton, 2024 (1974). Le débat a été relancé par la publication de Judith Ann Carney, Black Rice, Cambridge, Harvard University Press, 2021 (2001) ; pour le cas brésilien, « “With Grains in Her Hair” : Rice in Colonial Brazil », Slavery & Abolition, vol. 25, no 1, 2004, p. 1-27. Pour une mise au point épistémologique, Walter Hawthorne, « From “Black Rice” to “Brown” : Rethinking the History of Risiculture in the Seventeenth- and Eighteenth-Century Atlantic », The American Historical Review, vol. 115, no 1, 2010, p. 151‑163.

20  Miguel Carmo, Joana Sousa, Pedro Varela, Ricardo Ventura et Manuel Bivar, « African Knowledge Transfer in Early Modern Portugal : Enslaved People and Rice Cultivation in Tagus and Sado Rivers », Diacronie, vol. 44, no 4, 2020, en ligne.

21  Sur la culture d’Oryza glaberrima et Oryza sativa en Afrique de l’Ouest à l’époque moderne, Walter Hawthorne, Planting Rice and Harvesting Slaves. Transformations Along the Guinea-Bissau Coast (1400-1900), Portsmouth, Heinemann, 2003.

22  Vincent Parello, Les morisques d’Espagne vus de France. Anthologie de textes français commentés et annotés (xviie-xxe siècles), Paris, Honoré Champion, 2022, p. 10 : « S’ils étaient chrétiens, ils feraient pitié à les voir travailler après le riz, en eau jusqu’à mi-jambe, depuis avril qu’ils le sèment, lui conduisant et entretenant l’eau entre sillons, le sarclant et répurgeant des herbes qui y croissent, jusqu’en septembre qu’ils le recueillent et portent en un village tout de Morisques, l’hôte seulement étant chrétien […] ». Sur la persistance de l’association entre morisques et riziculture à Valence y compris après l’expulsion, James Casey, The Kingdom of Valencia in the Seventeenth Century, Cambridge, Londres, New York, Cambridge University Press, 1979, p. 56.

23  Sur ces épisodes, ainsi que les incompréhensions qui les accompagnent et les échecs auxquels ils aboutissent à plusieurs reprises, Cesare Santus, « Moreschi in Toscana. Progetti e tentativi di insediamento tra Livorno e la Maremma (1610-1614) », Quaderni storici, vol. 48, no 3, 2013, p. 745‑778 ; Asher Salah, « An Attempted Morisco Settlement in Early Seventeenth-Century Tuscany », dans Kevin Ingram et Juan Ignacio Pulido Serrano (dir.), The Conversos and Moriscos in Late Medieval Spain and Beyond, Leyde, Boston, Brill, 2016, p. 164‑196 ; Bruno Pomara Saverino, « On the Arrival of Moriscos in Italy. A Dialogue Between History and some Categories », Diasporas, no 36, 2020, p. 29‑41 ; id., Rifugiati : i moriscos e l’Italia, Florence, Firenze University Press, 2017, p. 56‑57, 77‑104, 178‑180.

24  Francesca Bray, Barbara Hahn, John Bosco Lourdusamy et Tiago Saraiva, Moving Crops and the Scales of History, New Haven, Yale University Press, 2023, p. 4‑5. Pour des développements sur la riziculture, voir aussi p. 12, 39‑48. Sur l’histoire des naturalisations et des acclimatations, Laurent Brassart et Laurent Hermant (dir.), “Rêves d’acclimatation”, Études rurales, vol. 213, 2024.

25  Edmund Burke, « Islam at the Center : Technological Complexes and the Roots of Modernity », Journal of World History, vol. 20, no 2, 2009, p. 165‑186.

26  Sans prétention à l’exhaustivité, voir notamment Tom Brass et Marcel van der Linden, Free and Unfree Labour : The Debate Continues, Lausanne, Peter Lang Verlag, 1997 ; Marcel van der Linden et Magaly Rodríguez García (dir.), On Coerced Labor : Work and Compulsion after Chattel Slavery, Leyde, Boston, Brill, 2016 ; Giulia Bonazza et Giulio Ongaro (dir.), Libertà e coercizione : il lavoro in una prospettiva di lungo periodo, New Digital Frontiers, Palerme, 2018 ; Christian Giuseppe De Vito et Anne Gerritsen (dir.), Micro-Spatial Histories of Global Labour, Cham, Springer International Publishing, 2018 ; Christian Giuseppe De Vito, Juliane Schiel et Matthias Van Rossum, « From Bondage to Precariousness ? New Perspectives on Labor and Social History », Journal of Social History, vol. 54, no 2, 2020, p. 644‑662 ; Alessandro Stanziani, Les métamorphoses du travail contraint : une histoire globale (xviiie-xixe siècles), Paris, Les Presses de SciencesPo, 2020 ; Benedetta Rossi, « Travail », dans Paulin Ismard (dir.), Les mondes de l’esclavage : une histoire comparée, Paris, Seuil, 2021, p. 731‑749 ; Anne Conchon, Myriam Cottias et Alessandro Stanziani (dir.), Travail servile et dynamiques économiques (xvie-xxe siècle), Paris, Institut de la gestion publique et du développement économique, 2024. Pour des perspectives de longue durée sur l’histoire de l’esclavage en Méditerranée, Fabienne Plazolles Guillén et Salah Trabelsi (dir.), Les esclavages en Méditerranée : espaces et dynamiques économiques, Madrid, Casa de Velázquez, 2012 ; Stefan Hanß et Juliane Schiel (dir.), Mediterranean slavery revisited (500-1800), Zurich, Chronos Verlag, 2014.

27  Halil İnalcık, « Rice Cultivation and Çeltükci-Re’âyâ System in the Ottoman Empire », Turcica. Revue d’études turques, vol. 14, 1982, p. 69‑141.

28  Ce cadre général connaît des variations générales : A. Shopov souligne l’importance dans le cas des Balkans du processus de « waqfisation » de la propriété foncière dans l’expansion locale de la riziculture. Aleksandar Shopov, « Cities of Rice : Risiculture and Environmental Change in the Early Modern Ottoman Balkans », Levant. The Journal of the Council for British Research in the Levant, vol. 51, no 2, 2019, p. 169‑183.

29  H. İnalcık, « Rice Cultivation… », art. cit., p. 101‑102 rapproche par conséquent la riziculture d’autres secteurs publics d’activité caractérisés par le service forcé imposé à des travailleurs libres en échange d’exemptions militaires et fiscales, comme les mines ou les salines. Pour une mise au point efficace sur les statuts personnels dans la société ottomane, Gilles Veinstein, « Asker et re’aya : aperçu sur les ordres dans la société ottomane », Cahiers de la Méditerranée, hors série no 3, 1978, p. 15‑19. Sur la paysannerie ottomane en général, Halil Berktay (dir.), New Approaches to State and Peasant in Ottoman History, Londres, Frank Cass, 1992.

30  Il n’existe pas de terme français spécifique pour cette catégorie d’entrepreneurs de l’asservissement. On parle dans les langues contemporaines de caporali (italien) ou de gangmasters (anglais).

31  Sur le terme de « garzone », mieux connu dans le monde des métiers urbains, Anna Bellavitis et Valentina Sapienza, « Maîtres et “garzoni” : la transmission des savoirs techniques et artistiques à Venise à l’époque moderne », Mélanges de l’École française de Rome. Italie et Méditerranée, vol. 131, no 2, 2019, p. 253‑271.

32  Archivio di Stato di Milano, Atti di Governo, Agricoltura Parte Antica [ensuite ASMi, Ag.P.A.], 53, Risaie - Provvidenze Generali, Édit du gouverneur Juan Fernández de Velasco du 30 octobre 1594, non folioté.

33  Sur ce processus, Matteo Di Tullio, « Domestici e agricoltura capitalista. Relazioni di lavoro e di potere nelle campagne lombarde della prima età moderna », Mélanges de l’École française de Rome - Italie et Méditerranée modernes et contemporaines, vol. 131, no 1, 2019, p. 87‑97.

34  ASMi, Ag.P.A., 63 bis, Risaie - Comuni G, 1 - Gaggiano, supplique de Giacomo Sala et Carlo Fagnano, 17 mai 1663.

35  Je privilégie ici le terme de « malaria » à celui de « paludisme », plus usuel en français, en raison de ses implications étymologiques.

36  Frank Martin Snowden, The Conquest of Malaria : Italy (1900-1962), New Haven, Yale University Press, 2006 ; Chris Gratien, « The Ottoman Quagmire. Malaria, Swamps, and Settlements in the Late Ottoman Mediterranean », International Journal of Middle East Studies, vol. 49, no 4, 2017, p. 583‑604 ; id., « The Rice Debates : Political Ecology in the Ottoman Parliament », dans Onur İnal et Yavuz Köse (dir.), Seeds of Power : Explorations in Ottoman Environmental History, Winwick, White Horse Press, 2019, p. 211‑238.

37  Déjà soulignée par Fernand Braudel, La Méditerranée…, op. cit., p. 68‑71. Pour une vue d’ensemble, Robert Sallares, « Ancient and Modern Pathocenoses », dans Joël Coste, Bernardino Fantini et Louise Lambrichs (dir.), Le concept de pathocénose de M.D. Grmek : une conceptualisation novatrice de l’histoire des maladies, Genève, Droz, 2016, p. 181‑202.

38  Voir néanmoins supra (n. 5) les recherches importantes, quoique datées, qui ont été menées sur l’Espagne et l’Italie concernant le xviiie siècle dans une perspective au croisement de l’histoire économique et de l’histoire de la médecine, essentiellement à partir de sources imprimées.

39  La bibliographie sur le sujet est très vaste. Daniel Panzac, Quarantaines et lazarets : l’Europe et la peste d’Orient (xviie-xixe siècles), Aix-en-Provence, Edisud, 1986, demeure une référence incontournable en français. Pour une discussion récente dans une perspective transculturelle, Marina Inì, « Quarantine, Diseased Geographies, and Cross-Cultural Encounters in the Eighteenth- Century Mediterranean », The Historical Journal, vol. 67, no 2, 2024, p. 256‑280.

40  Pour une approche environnementale de l’histoire de la santé avant l’âge industriel, qui souligne l’importance sur la longue durée des réinterprétations du traité Airs, eaux, lieux d’Hippocrate, Lori Jones (dir.), Disease and the Environment in the Medieval and Early Modern Worlds, Londres, Routledge, 2022.

41  Archivo General de Simancas, Consejo de Italia, Secretaría de Milán, Varios, SSP, LEG, 2080, no 96, les officiers du Tribunal de la santé de Milan l’expliquent ainsi au Conseil d’Italie à Madrid en 1680 : « […] dalla molta Copia de Vapori crassi, putridi, e maligni, che nella stagione calda, in cui si semina, mattura, e raccoglie il Riso, continuamente esalano dal Terreno fangoso, et dall’acque stagnanti sopra, et in vicinanza di esso putrefatte, et corrotte, si ponno […] imprimere nell’aria di questa popolatissima Città, et delle altre ancora del Stato, qualità tanto malefiche, et pernitiose, che facendola degenerare dalla sua purità in una constitutione maligna, e notabilmente inimica alla natura humana, la constituirebbero causa principale d’un’infinità di mali, facilissimi anche a convertirsi in una formale Pestilenza, quando mai vi si aggiongesse qualche altra causa universale, o particolare di quelle, che sogliono cooperare alla generatione di essa ». Sur la continuité entre contagion et miasmes comme catégories étiologiques en contexte ottoman, Nükhet Varlık, Plague and Empire in the Early Modern Mediterranean World : the Ottoman Experience (1347-1600), New York, Cambridge University Press, 2015, p. 228‑240 ; Samuel Kline Cohn, Cultures of Plague : Medical Thinking at the End of the Renaissance, Oxford, Oxford University Press, 2010 insiste au contraire sur l’émergence d’un débat contagionniste en Italie lors de l’épidémie de 1575-1576. Marilyn Nicoud, « À l’épreuve de la peste : médecins et savoirs médicaux face à la pandémie (xive-xvie siècles) », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 78, no 3, 2023, p. 505‑541 souligne pour sa part la différence entre la notion ancienne de contagio et celle contemporaine de contagion interhumaine.

42  Patrick Fournier, « Zones humides et aérisme à l’époque moderne », dans Jean-Michel Derex (dir.), Zones humides et santé, Paris, Groupe d’histoire des zones humides, 2010, p. 9‑23.

43  Guy Geltner et Janna Coomans, « The Healthscaping Approach. Toward a Global History of Early Public Health », Historical Methods : A Journal of Quantitative and Interdisciplinary History, vol. 56, no 1, 2023, p. 18‑33, proposent précisément d’envisager le galénisme comme un « cadre eurasien » pertinent du point de vue heuristique pour penser une histoire plurielle de la santé publique au-delà à la fois de l’européocentrisme et du « pestocentrisme ».

44  Pierre Guichard, « L’aménagement et la mise en culture des marjales de la région valencienne au début du xive siècle », dans Patrice Cressier (dir.), La maîtrise de l’eau en al-Andalus. Paysages, pratiques et techniques, Madrid, Casa de Velázquez, 2006, p. 113‑123 ; Jacqueline Guiral-Hadziiossif, Valence, port méditerranéen au xve siècle (1410-1525), Paris, Éditions de la Sorbonne, 1986, p. 351‑352 ; Abigail Agresta, « “The Nourishment of Infections”. Disease and Waterscape in Late Medieval Valencia », dans Lori Jones (dir.), Disease and the environment…, op. cit., p. 38‑51.

45  ASMi, Ag.P.A., 53, Risaie - Provvidenze Generali, non folioté, édit du 24 septembre 1575. Sur les débuts polémiques de la législation rizicole dans l’État de Milan, Lavinia Maddaluno, « “Malignità che s’infonde” : Rice Fields, Space, and Medicine in Counter-Reformation Milan », dans Sandra Cavallo et John Hendersohn (dir.), The Theory and Practice of Medicine in Early Modern Italy (1500-1700), Turnhout, Brepols, 2025, p. 170‑185. Archivio di Stato di Venezia, Compilazione delle leggi, Prima serie, 326, Risaie, fo 722-723, décret du Sénat du 17 septembre 1594. Archivio di Stato di Mantova, Gridario del Magistrato Ducale, 1 (1530-1698), fo 137-138, édit du 21 août 1602. Giovanni Battista Borelli, Editti antichi, e nuovi de’ sovrani prencipi della real casa di Savoia, Turin, Bartolomeo Zappata, 1681, p. 695-696, édits du 28 juillet 1607 et du 7 octobre 1608.

46  ASMi, Ag.P.A., 69, Risaie – Comuni – Novara, « Relatio D. Caroli Antonij Biragi Physici Collegiati Conservatoris Delegati ad Illustrissimum Sanitatis Magistratum de Causis Insalubritatis Aeris Civitatis Novariæ », 25 octobre 1717, non folioté : « […] orizarum sationem per multa loca, etiam extra terminos prescriptos, echonomicæ [sic] utilitatis spe, publicique salute posthabita, dilatatam vidi ».

47  A. Shopov, « Cities of rice : risiculture and environmental change… », art. cit.

48  Sur le concept récent de plantationocène et sa position dans le champ sémantique des « nouveaux matérialismes », Donna Haraway, « Anthropocène, Capitalocène, Plantationocène, Chthulucène. Faire des parents », Multitudes, vol. 65, no 4, 2017, p. 75‑81 ; Christine Chivallon, L’humain, l’inhumain : l’impensé des nouveaux matérialismes. Matérialité, ontologie, plantationocène, Selles-sur-Cher, Atlantiques déchaînés, 2022.

49  Sven Beckert, Ulbe Bosma, Mindi Schneider et Eric Vanhaute, « Commodity frontiers and global histories : the tasks ahead », Journal of Global History, vol. 16, no 3, 2021, p. 468.

50  Mohamed Ouerfelli, « La production du sucre en Méditerranée médiévale », Rives méditerranéennes, no 53, 2016, p. 41‑59. Également David Abulafia, « Sugar in Spain », European Review, vol. 16, no 2, 2008, p. 191‑210 ; Urmi Engineer, « Sugar revisited. Sweetness and the environment in the early modern world », dans Anne Gerritsen et Giorgio Riello (dir.), The Global Lives of Things. The Material Culture of Connections in the Early Modern World, Londres, Routledge, 2016, p. 198‑220.

51  Immanuel Wallerstein, Capitalisme et économie-monde (1450-1640), Paris, Flammarion, 1980 (1974).

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Pour citer cet article

Référence papier

Gilles Narcy, « Pour une histoire méditerranéenne de la riziculture à l’époque moderne »Cahiers de la Méditerranée, 111 | 2025, 27-40.

Référence électronique

Gilles Narcy, « Pour une histoire méditerranéenne de la riziculture à l’époque moderne »Cahiers de la Méditerranée [En ligne], 111 | 2025, mis en ligne le 20 juillet 2026, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cdlm/19358 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16lnt

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Auteur

Gilles Narcy

Gilles Narcy est doctorant en cotutelle internationale à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l’Università degli Studi di Milano. Depuis 2023, il prépare une thèse intitulée « Riz et rizières en Italie du Nord (xvie-xviiie siècles). Gouverner, posséder, exploiter » sous la direction de Jean-François Chauvard, Stefano Levati et Luca Mocarelli. Il est l’auteur de Il mondo dei navicelli. Territorio, navigazione e commercio nella Toscana granducale, Pise, ETS, 2025.

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