Du bois pour la Marine royale. L’approvisionnement en bois du chantier naval méditerranéen de Carthagène au xviiie siècle1
Résumés
Les ressources forestières, et notamment le bois, sont essentielles à la construction navale au xviiie siècle. L’approvisionnement en cette matière première est organisé par l’État espagnol à partir de 1748, par l’intermédiaire de trois nouveaux départements maritimes, dont celui de Carthagène, divisés en provinces maritimes. Le département maritime de Carthagène supervise les provinces maritimes situées tout le long de la côte méditerranéenne, de la Catalogne à Almería. Il contrôle également une province maritime intérieure, celle de Segura de la Sierra. Cet article étudie différents projets d’approvisionnement en bois des forêts de cet espace intérieur pour l’arsenal méditerranéen de Carthagène, en se concentrant sur le transport du bois par le fleuve Segura et la rivière Mundo.
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- 1 Cet article s’inscrit dans le cadre de recherches menées au sein du groupe GEHSOMP, coordonné par (...)
1Les ressources forestières, en particulier le bois, sont fondamentales pour la construction navale au xviiie siècle. C’est la raison pour laquelle, en Espagne, l’approvisionnement des trois arsenaux péninsulaires – situés à El Ferrol, La Carraca et Carthagène – a été placé sous le contrôle direct du Secrétariat d’État à la Marine pendant le règne de Ferdinand VI (1746-1759), plus précisément après la promulgation en 1748 des Ordenanzas para la preservación y crecimiento de los montes de Marina (Ordonnances pour la préservation et la croissance des forêts de la Marine). Cette gestion passe par la création de trois « départements maritimes », eux-mêmes subdivisés en circonscriptions inférieures appelées « provinces maritimes ».
- 2 Álvaro Aragón Ruano, « “Ríos de madera”. Recursos forestales e hídricos para la Real Armada durant (...)
2Les provinces maritimes situées sur la côte méditerranéenne, de la Catalogne à Almería, sont placées sous le contrôle du département maritime de Carthagène. Ce dernier exerce également sa juridiction sur un hinterland : la province maritime intérieure de Segura de la Sierra, située au nord-est du royaume de Jaén et au nord-ouest du royaume de Murcie, dont une partie relève du département maritime de Cadix. Cet espace devient essentiel durant la seconde moitié du xviiie siecle : il est envisagé pour résoudre les problèmes d’approvisionnement en bois de l’arsenal de Carthagène, qui subit l’épuisement progressif des massifs forestiers du nord de la péninsule – en particulier ceux de Santander et des Asturies2 – mais aussi de Catalogne, d’Aragon et de Valence, qui le ravitaillaient traditionnellement. Comme Giulia Beltrametti peut l’étudier pour la vallée de la Roya dans sa contribution à ce dossier, le bois est transporté depuis la région de Segura de la Sierra jusqu’à l’arsenal méditerranéen par les techniques de flottage par voie fluviale, sur le fleuve Segura et la rivière Mundo. En s’appuyant sur les archives de l’arsenal de Carthagène et de la Real Negociado de Maderas, le but est de retracer les projets envisagés au cours du xviiie siècle pour approvisionner ce site naval en bois, en tentant, dès que possible, de les inscrire dans une perspective d’histoire comparée. Les problèmes survenus dans les différentes méthodes et actions mises en œuvre à cet égard sont éclairants dans le contexte méditerranéen.
L’arsenal méditerranéen de Carthagène
- 3 Iván Valdez-Bubnov, Poder naval y modernización del Estado : política de construcción naval españo (...)
3En plus d’entraîner les pertes de Gibraltar et de Minorque, la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714) révèle les graves problèmes de la Marine espagnole et la nécessité de réaliser des réformes, notamment en matière de construction navale. Ces efforts sont particulièrement soutenus sous les règnes de Philippe V (1700-1746) et de Ferdinand VI (1746-1759)3. Pour créer une marine puissante, il a été décidé d’une part de soutenir les ports comme ceux de Cadix, Malaga ou Carthagène. D’autre part, trois nouveaux arsenaux sont fondés dans la péninsule : La Carraca, sur la côte de Cadix, en 1724 ; El Ferrol, dans le nord de la péninsule, sur la côte galicienne, en 1727 ; et Carthagène, sur la côte méditerranéenne méridionale, dont les travaux commencent en 1731.
- 4 Julián Simón Calero, « Construcciones, ingeniería y teorías en la construcción naval », dans Manue (...)
- 5 Ibid.
4L’arsenal de Carthagène, comme tous les établissements de ce genre, est un vaste complexe rassemblant toutes les activités liées à la construction navale4. Il est le deuxième plus important de la péninsule, après celui d’El Ferrol, dont les chantiers représentent au xviiie siècle 22,5 % des dépenses pour ce type de chantiers, contre 9,5 % pour Carthagène et 3,8 % pour La Carraca5. À Carthagène, les activités de construction proprement dites ne prennent véritablement de l’ampleur qu’à partir de 1744, avec un essor marqué à partir des années 1750.
- 6 María Teresa Pérez-Crespo Muñoz, El arsenal de Carthagène en el siglo xviii, Madrid, Editora Naval (...)
5En 1753, les deux premières cales sèches de Méditerranée dédiées au carénage, l’opération d’entretien et de réparation des navires, y sont construites. La première – appelée « petite cale » – entre en service en 1759, suivie de la « grande cale » en 1760. Cette solution représente un moyen pour réduire les coûts élevés de réparation pour la Couronne. Elle permet de remettre en état les navires en position normale, et non plus sur le flanc comme auparavant, réduisant ainsi les dommages liés au positionnement. Cette innovation prolonge considérablement leur durée de vie. Il est estimé que les navires réparés selon les anciennes méthodes ont une espérance de vie moyenne de 16 à 20 ans, pour près d’un siècle pour l’entretien en cale sèche. À la fin du xviiie siècle, un total de 21 navires, 24 frégates, 2 bombardes, 11 chébecs et 6 galiotes sont sortis de l’arsenal de Carthagène, un chiffre considérable6.
La matière première de la construction navale : le bois
- 7 Julián Simón Calero, « Construcciones, ingeniería y teorías… », art. cit., p. 566-571.
- 8 Antonio Lazzarini, Boschi, legnami, costruzioni navali. L’Arsenale di Venezia fra xvi e xviii seco (...)
- 9 Alessandra Dattero, « Interessi, conflitti e politiche di governo nei boschi lombardi di pianura n (...)
6Le bois est la matière première pour la fabrication des navires durant l’époque moderne7. Il fallait donc fournir en grandes quantités les arsenaux de La Carraca, El Ferrol ou Carthagène, mais aussi les chantiers navals de Guarnizo ou de Puntales. L’État espagnol régule cet approvisionnement mais aussi le processus de construction dans ces établissements. Cette politique protectionniste est largement partagée dans l’ensemble de l’Europe méridionale. Par exemple, la République de Venise réserve des forêts à l’exploitation exclusive de la Marine au xviiie siècle8. En Lombardie, la forêt s’affirme comme une propriété privée exclusive, s’opposant à son usage communautaire traditionnel9.
- 10 José Quintero González, « La arboladura en la construcción naval del siglo xviii », Revista de His (...)
- 11 Gaspar de Aranda y Antón, El camino del hacha. La selvicultura, industria y sociedad. Visión histó (...)
- 12 Voir les travaux de Martine Chalvet, Pierre Cornu, Lavinia Maddaluno, Sébastien Poublanc et George (...)
- 13 Biblioteca Museo Naval, Madrid, Ordenanzas e Instrucciones generales formadas de real orden, de lo (...)
7L’essor de la construction navale entraîne une augmentation de la demande en bois, stimulant à son tour les réglementations sur l’exploitation forestière10. L’historien Gaspar de Aranda y Antón estime qu’un navire de 74 canons nécessite environ 3 479 m³ de bois de différentes essences, une quantité équivalente à environ 72 hectares de forêt11. Pour cela, la Couronne acte dès 1717 des « visites de forêts » – comme de nombreux autres États de l’Europe méridionale12 – pour évaluer le potentiel forestier de certains espaces afin d’accompagner le développement de la Marine. En 1725, des ordonnances et des instructions générales sont promulguées, régulant les activités des officiers de la Marine, y compris la gestion forestière13. Dès l’année suivante, en 1726, la relation entre la Marine et le contrôle de l’exploitation forestière se resserre. L’ordonnance royale du 5 juillet établit les trois départements maritimes, chacun ayant pour chef-lieu la ville où se trouvait un arsenal. Les forêts et les plantations situées dans le périmètre de chaque circonscription sont alors placées sous leur supervision.
- 14 Fernando F. Cabrera de Aizpuri, Arquitectura naval europea en el siglo xviii, La Corogne, Publicac (...)
- 15 Gilbert Buti, « Des forêts pour un arsenal méditerranéen : Toulon au xviiie siècle », Forêt médite (...)
- 16 Juan Torrejón Chaves, « La madera báltica, Suecia y Cádiz (Siglo xviii) », dans Alberto Ramos Sant (...)
8L’exploitation des forêts pour la construction navale est plus délicate qu’il n’y paraît. Elle exige des bois présentant des caractéristiques bien précises : toutes les essences ou toutes les pièces de bois ne conviennent pas à cet usage14. À Carthagène, le pin et le chêne sont les deux essences les plus recherchées, comme à l’arsenal de Toulon d’ailleurs15. Le pin est utilisé pour la construction d’embarcations de plus petite taille, comme les frégates, mais aussi pour les bordés et les structures intérieures des navires plus imposants. Le chêne, quant à lui, est très apprécié de la Marine pour sa robustesse et sa résistance, et sert principalement à la fabrication des coques des navires et des frégates16. D’autres essences sont utilisées de manière plus ponctuelle et en quantités moindres : acajou, gaïac, chêne vert, cèdre, peuplier noir, noyer, hêtre, chêne-liège ou encore oléastre (olivier sauvage).
- 17 José Patricio Merino Navarro, La armada española en el siglo xviii, Madrid, Fundación Universitari (...)
- 18 Fernando F. Cabrera de Aizpuru, Arquitectura naval europea…, op. cit.
9Les exigences de la Marine sont aussi très spécifiques quant aux caractéristiques des pièces de bois elles-mêmes. Les pièces de grande taille sont privilégiées, supérieures à 8 varas (environ 6,7 mètres), afin d’éviter, dans la mesure du possible, les assemblages au cours de la construction17. Cela implique de rechercher des bois aux formes particulières, propres à s’adapter aux différentes parties de la structure d’un navire. Ils devaient être exempts de tout défaut, qu’il soit naturel ou résultant d’une mauvaise manipulation avant l’arrivée à l’arsenal18.
L’approvisionnement en bois de l’arsenal de Carthagène
- 19 José Antonio de las Heras Millán, « Cuando el Arsenal de Carthagène era dueño de todos los montes (...)
10L’arsenal de Carthagène est historiquement alimenté en bois par le nord de la péninsule Ibérique19. María Teresa Pérez Crespo distingue trois phases dans la demande en bois émanant de cet arsenal. Une première s’étend de son ouverture en 1731 à 1750, période durant laquelle 70 navires sont construits. L’approvisionnement est assuré par l’exploitation des forêts de Malaga, de Valence, de Catalogne, de Santander, alors que l’extraction du bois débute seulement dans la province de Segura de la Sierra.
- 20 Iván Valdez-Bubnov, Poder naval y modernización…, op. cit., p. 335.
- 21 Maria Teresa Pérez-Crespo, Carthagène en el siglo xviii. El arsenal y su influencia en el desarrol (...)
- 22 Maurizio Gangemi, « Dal Regno di Napoli a Carthagène. Il Mezzogiorno e l’approvvigionamento di leg (...)
- 23 Maria Teresa Pérez-Crespo, Carthagène en el siglo…, op. cit., vol. I, p. 253 ; id., El arsenal de (...)
11La deuxième phase de 1750 à 1780 coïncide avec un essor de l’activité à l’arsenal, nécessitant un accroissement significatif de l’approvisionnement en bois. Cette période est marquée par l’épuisement des ressources forestières catalanes et valenciennes20. Les regards se sont encore davantage tournés vers la région de Segura de la Sierra. L’arsenal fait aussi appel à des entrepreneurs italiens, comme José Marcenaro y Monticelli, qui livrent principalement du bois de chêne21. Ainsi, cette seconde phase se caractérise par une grande diversité géographique des espaces de provenance du bois destiné à Carthagène, allant de régions proches telles que Segura de la Sierra, Huéscar, Cieza, Hellín, en passant par les montagnes de Cuenca, jusqu’à des régions plus éloignées comme Gênes, la Toscane, Naples22, la Calabre, voire la Grèce, la Dalmatie et la Macédoine23.
- 24 Rafal Reichert, « Recursos forestales, proyectos de extracción y asientos de maderas en la Nueva E (...)
12Enfin, la troisième phase débute en 1780 pour se conclure au début du xixe siècle. Les difficultés d’approvisionnement depuis les Pyrénées catalanes jusqu’à Tortosa conduisent à recourir à des matières premières provenant non seulement de la péninsule – notamment de Segura de la Sierra et des Asturies – mais également d’Italie, surtout de Naples, et même des Indes occidentales, en particulier de La Havane et de la région de Veracruz24.
- 25 José Patricio Merino Navarro, La armada española…, op. cit., p. 247-249.
- 26 María Amparo López Arandia, « Maderas del Rey. Aprovechamientos madereros en la provincia marítima (...)
13Durant ces trois phases, la région de Segura de la Sierra et ses environs se présentent comme un espace d’exploitation forestière particulièrement attractif 25. La richesse de ses forêts est bien connue, tout comme leur exploitation par la population locale, voire par des entreprises de plus grande envergure, comme en témoigne leur utilisation pour des ouvrages civils variés depuis le Moyen Âge ou pour la Real Fábrica de Tabacos de Séville au xviiie siècle26.
- 27 María Amparo López Arandia, « Los suministros forestales desde la provincia marítima de Segura de (...)
- 28 Archivo General Simancas [ensuite Arch. G.S.], Secretaría de Marina, 576, Rapport de Juan Pichardo (...)
14L’intérêt de la Marine pour les forêts de Segura de la Sierra ne fait aucun doute, l’arsenal de La Carraca s’y approvisionne dès 173927. Elles peuvent fournir aux arsenaux péninsulaires des essences particulièrement recherchées, en particulier le pin laricio (Pinus nigra var. corsicana), les pins maritimes (Pinus pinaster) et ceux d’Alep (Pinus halepensis), très utiles pour les structures intérieures des navires. Ces arbres étaient principalement localisés dans les montagnes d’Alcaraz, ainsi que dans les environs de la source du Guadalquivir, sur le territoire de Cazorla28. Ces conditions expliquent pourquoi Carthagène se tourne aussi vers l’intérieur de la péninsule pour se fournir en bois.
La première phase de l’exploitation de Segura de la Sierra vers Carthagène : les années qui précèdent la proclamation de la province maritime
15Dès ses débuts, l’arsenal de Carthagène cherche à exploiter les ressources forestières d’espaces alternatifs par rapport aux sites traditionnels, qui souffrent déjà de la déforestation. Les forêts de Segura de la Sierra apparaissent comme une bonne solution.
- 29 Archivo Histórico Provincial Sevilla [ensuite Arch. H.P.S.], Fábrica de Tabacos, Lettre de Gregori (...)
- 30 John T. Wing, « Spanish Forest Reconnaissance and the Search for Shipbuilding Timber in an Era of (...)
- 31 Cesáreo Fernández Duro, Armada española desde la unión de los reinos de Castilla y Aragón, Madrid, (...)
- 32 María Amparo López Arandia, « Territorio frente a Estado. Nuevas fronteras y conflictos en la Espa (...)
- 33 Renato Sansa, « L’arsenal de Civitavecchia et les résistances des habitants de Tolfa (xvie-xviiie (...)
- 34 Stefania Salvi, « Boschi, legna e legislazione austriaca in Lombardia (xviii secolo) : riflessioni (...)
16En 1736, une première mission est envoyée de Carthagène à Segura de la Sierra afin d’évaluer les possibilités d’approvisionnement en bois depuis cette région, en utilisant le système de flottage sur le fleuve Segura29. Certains obstacles majeurs à la navigation sur ce fleuve ont été identifiés, rendant le transport des pièces de bois difficile jusqu’à Carthagène. D’autres espaces ont alors été envisagés, en premier lieu les forêts de Tortosa. Toutefois, elles sont touchées par un incendie en 1738, mettant fin à cette perspective. L’attention se recentre sur les forêts de la vallée valencienne de Cofrentes, situées à proximité du fleuve Júcar, particulièrement riches en pin30. En parallèle, une nouvelle mission est planifiée vers les montagnes de Segura de la Sierra. Une nouvelle route est expérimentée : le bois est transporté depuis ces forêts jusqu’à Guardamar del Segura, sur la côte d’Alicante, puis jusqu’à Carthagène. L’inspection de ces massifs forestiers passe également par l’identification des espaces exploitables, des espèces d’arbres à extraire, dans une zone limitée à trois lieues de part et d’autre du fleuve Segura31. Il en est conclu que la Marine pourrait y trouver des ressources pour une durée de vingt ans. Cependant, le rapport final insiste sur la nécessité de préserver l’état de la forêt, compte tenu de l’exploitation de ces mêmes espaces par les activités agricoles et pastorales des sociétés locales32. Ces tensions sont habituellement à l’origine de conflits autour de la Méditerranée, opposant par exemple l’arsenal de Civitavecchia à la population de Tolfa33, ou encore dans la Lombardie du xviiie siècle, où les communautés locales se dressent face à la politique forestière des Habsbourg34.
- 35 Archivo Museo Naval Madrid, Colección Vargas Ponce, vol. 33, ms. 64, doc. 275, Lettre de Zenón de (...)
17Une nouvelle visite à Segura de la Sierra est effectuée depuis Carthagène en 1741. L’opportunité d’exploiter ces forêts est confirmée. Il est même envisagé de lancer le processus de flottage dès cet été-là35. Cette visite représente donc un pas en avant par rapport aux démarches précédentes, marquant le véritable début de la phase d’exploitation.
L’exploitation forestière après la création de la province maritime de Segura de la Sierra
- 36 Jesús Cobo de Guzmán y Lechuga, Estudio sobre las Ordenanzas de Montes del año 1748 y del expedien (...)
18La promulgation des Ordenanzas de Montes le 31 janvier 1748 est décisive pour l’exploitation du bois. Elles établissent la création des provinces maritimes, circonscriptions dépendant du Secrétariat d’État à la Marine, à un niveau inférieur aux départements maritimes. Les ordonnances stipulent que les provinces concernées englobent les forêts situées dans un rayon de 25 lieues du littoral, ainsi que les massifs forestiers des îles et de l’intérieur de la péninsule pourvus de cours d’eau navigables36.
Figure 1. Transport de bois depuis la province maritime de Segura de la Sierra vers les arsenaux de Carthagène et de La Carraca, © Alexander Pereda
- 37 Ricardo Córdoba De La Llave, « La red hidrográfica y su incidencia sobre las comunicaciones por el (...)
- 38 María Amparo López Arandia, « Maderas para el real servicio y el bien común. Aprovechamientos fore (...)
19Ainsi est née la province maritime de Segura de la Sierra, l’une des rares circonscriptions de l’intérieur de la péninsule. Elle abrite les sources des rivières Trujala, Guadiana Menor, Guadalimar, Guadalquivir, Madera, Mundo et Segura, dont la navigabilité pour le flottage a été confirmée (fig. 1), prolongeant une pratique régulière depuis le Moyen Âge37. L’intérêt pour cet espace est augmenté par les besoins en matières premières de la Real Fábrica de Tabacos de Séville et des deux arsenaux du sud de la péninsule, La Carraca et Carthagène38.
- 39 Arch. G.S., Secretaría de Marina, 576, Information de Juan Pichardo, Isla de León, 2 janvier 1776.
- 40 Emilio de la Cruz Aguilar, « La Provincia Marítima de Segura de la Sierra », Boletín del Instituto (...)
20Initialement limitée aux forêts de Segura, la province maritime est élargie en 1752 à plusieurs communes autour de Santisteban del Puerto, Cazorla, Alcaraz et Villanueva del Arzobispo, après constatation du potentiel forestier de ces espaces pour la construction navale39. Elle couvre alors environ 9 000 km², délimitée au nord-ouest par le royaume de Jaén, au nord-est par celui de Murcie, au nord par la province de La Manche et au sud par le royaume de Grenade (fig. 2). Elle regroupe des territoires répartis entre deux départements maritimes : Cadix pour les forêts tournées vers l’Atlantique, Carthagène pour celles orientées vers la Méditerranée. Cela en faisait un cas unique dans la péninsule, la seule province maritime soumise à deux départements maritimes distincts40.
- 41 Jesús Cobo de Guzmán Lechuga, Estudio sobre las ordenanzas…, op. cit., article LXXIV, p. 105.
- 42 Arch. G.S., Secretaría de Marina, 572, Rapport écrit à Carthagène, 12 mars 1749.
- 43 Arch. G.S., Secretaría de Marina, 572, Lettre de Francisco de Varas y Valdés au marquis de la Ense (...)
- 44 Tomás Muñoz, Expediente sobre el régimen y administración de los montes de Segura de la Sierra y s (...)
- 45 Arch. G.S., Secretaría de Marina, 748, écrit à Carthagène, 12 août 1749.
- 46 Tomás Muñoz, Expediente sobre el régimen…, op. cit.
21Les ordonnances de 1748, notamment aux articles LXX à LXXIV, spécifient les conditions selon lesquelles le département maritime de Carthagène doit exercer son contrôle sur les provinces maritimes. Les forêts situées sur les versants du fleuve Segura41, incluant les monts de la Sierra de Segura et de la Sierra de Alcaraz, en dépendent. Dans ce contexte, en 1749, l’arsenal de Carthagène commande une nouvelle visite pour inspecter les forêts situées sur les versants du fleuve Segura42. Les ordonnances obligent, théoriquement, à organiser ces inspections tous les deux ans, comprenant une description des zones visitées, l’identification des plus propices aux besoins de la Marine, le recensement des arbres dans chaque commune, et l’évaluation des possibilités de nouvelles plantations43. Cependant, les résultats de ces estimations posent de nombreux problèmes d’analyse. Il s’agit en réalité de calculs approximatifs. Ce constat est établi déjà en 1811 dans le « dossier sur le régime et l’administration des forêts de Segura de la Sierra et de sa province »44, et repose sur deux visites effectuées depuis Carthagène en 1749 et en 1751, dont nous possédons encore les données. Lors de la première, les inspecteurs parcourent les territoires de Segura, Alcaraz, Yeste, Nerpio, Bogarra, Riópar, Ayna et Letur, recensant 12 250 206 arbres : pins, frênes, chênes, chênes-lièges, peupliers blancs et noirs, noyers, chênes verts et micocouliers. D’après ces chiffres, Alcaraz semble être la zone la plus boisée, avec 90 000 arbres45 (fig. 3). À peine deux ans plus tard, les inspecteurs rapportent un chiffre très supérieur : 434 451 279 arbres, dont 380 902 844 jugés utilisables par la Marine46.
- 47 Óscar Riezu-Elizalde, « Logistics, sustainability and river transport of wood supplies from the Na (...)
- 48 Vicente Ruiz García, « Maderas de Cataluña para la marina de la Ilustración. Fuentes para el estud (...)
- 49 Parmi la vaste bibliographie et notamment des travaux de Rafal Reichert, « El comercio directo de (...)
- 50 María Baudot Monroy, « Barcos para el rey. Julián de Arriaga, la madera y la construcción naval », (...)
22La naissance de la province maritime de Segura de la Sierra marque un tournant dans l’exploitation de ses forêts, notamment promue depuis l’arsenal méditerranéen de Carthagène. Ce phénomène devient particulièrement visible à partir des années 1750, lorsque l’arsenal doit diversifier ses sources d’approvisionnement en bois, accordant ainsi une importance croissante à des zones jusqu’alors secondaires comme les forêts de Navarre47, de Catalogne48, d’Italie ou encore de la Baltique49, au même titre que celles de Segura de la Sierra50.
Figure 3. Détail de Tomás López, Mapa de las Sierras de Cazorla, Segura y Alcaraz, xviiie siècle, Real Academia de la Historia, Madrid
De Segura à Carthagène : projets pour l’approvisionnement en bois par voie fluviale
- 51 Archivo General Marina Álvaro de Bazán [ensuite Arch. G.M.A.B.], Arsenales, 3785, Rapport de Manue (...)
- 52 Quelques études préalables sur le sujet, en particulier María Amparo López Arandia, « Aprovisionan (...)
23Malgré la richesse des forêts de la province maritime de Segura de la Sierra, le département maritime de Carthagène peut difficilement en tirer profit à cause des difficultés orographiques majeures. Les rivières de ce versant – comme le Tus, le Madera, le Mundo ou le Segura – rendent difficile le transport du bois vers l’arsenal méditerranéen, avec certains passages trop étroits par exemple, à l’instar de La Toba, sur le cours du Segura51. Divers projets naissent alors au cours du xviiie siècle pour faciliter le transport du bois vers l’arsenal52.
Les premières initiatives
- 53 Arch. H.P.S., Fábrica de Tabacos, 116, Lettre de Gregorio de la Cruz y Tirado à don Sebastián Caba (...)
- 54 Archivo Naval Carthagène [ensuite Arch. N.C.], Puertos, ríos y canales, IM-V-a legajo 1, exp. 4, L (...)
24La première initiative date de 1737, avant même la création des provinces maritimes53. Toutefois, elle reste au stade de simple proposition, sans être finalement réalisée. Une nouvelle action n’est lancée depuis Carthagène qu’en 1752 pour approvisionner l’arsenal en bois à partir de Segura de la Sierra, en recourant au système de flottage. Les billots doivent être mis à l’eau dans la Sierra d’Alcaraz et d’Ayna, en empruntant la rivière Mundo, puis se jeter dans le fleuve Segura jusqu’aux environs d’Alcantarilla, en Murcie, où les pièces sont déchargées avant d’être acheminées par voie terrestre jusqu’à Carthagène. Les difficultés orographiques posées par ces cours d’eau obligent à entreprendre d’importants travaux d’ingénierie. L’un d’eux est le percement en trois points du cours de la rivière Mundo – La Higuerilla, El Tartamudo et le Puntarrón de Ayna – afin d’élargir son lit et permettre le passage du bois. Des travaux similaires sont effectués sur le Segura, à Los Almadenes de Cieza et à El Solvente (fig. 4). Ces opérations entraînent une augmentation considérable des coûts de transport vers l’arsenal, menant à l’abandon du projet54. Néanmoins, le manque de bois en provenance de Tortosa et du nord de la péninsule incite les responsables de l’arsenal à ne pas renoncer à l’exploitation des forêts de la province maritime de Segura.
- 55 Arch. N.C., Puertos, ríos y canales, IM-V-a legajo 1, exp. 4, Document de don Francisco Barrero, M (...)
25En 1756, un habitant de Murcie, don Francisco Ortuño, propose ses services à la junta (le conseil) du département maritime de Carthagène pour nettoyer les lits de la rivière Mundo et du fleuve Segura. Son but est ainsi d’y organiser le flottage du bois, à partir des forêts d’Alcaraz. Il envisage de descendre jusqu’à la ville de Murcie ou même jusqu’à l’embouchure du fleuve Segura, à Guardamar. Bien que cette initiative eût permis à l’arsenal méditerranéen de réaliser d’importantes économies – le particulier prenant à sa charge le nettoyage des lits fluviaux – le projet fut à nouveau rejeté55. Les administrateurs de Carthagène ne renoncent pas pour autant à s’approvisionner dans les forêts de Segura de la Sierra par voie fluviale.
Figure 4. Détail du cours du fleuve Segura, xviiie siècle, Ministerio de Defensa, Archivo Cartográfico y de Estudios Geográficos del Centro Geográfico del Ejército, Ar.G-T.4-C.1_23
- 56 Arch. N.C., Puertos, ríos y canales, IM-V-a legajo 1, exp. 4, Document de don Diego de los Ríos y (...)
26L’année suivante, en 1757, une visite est à nouveau organisée. Il en résulte qu’une voie pour guider le bois (aguadero) sur le Segura pouvait être établie à La Toba, dans la commune de Segura de la Sierra, où le lit de la rivière s’élargit. Pour cela, il est décidé de réaliser des forages en aval, où le fleuve se rétrécit trop, comme au pont de Yeste ou à Los Almadenes de Calasparra. Les inspecteurs es-timent qu’un aguadero était également possible sur la rivière Mundo, plus précisément dans la vallée de Riópar, sur le territoire d’Alcaraz, tout en reconnaissant la nécessité de forer certains passages. Les aménagements ne s’arrêtent pas là : il faut encore créer certains passages entre les rivières Bogarra et Carboneras, au Pontarrón de Ayna, en creusant un canal56.
- 57 Maria Teresa Pérez-Crespo, El arsenal de Cartagema…, op. cit., p. 111 et 117.
27Toutefois, le flottage depuis la province maritime de Segura vers Carthagène ne commence que durant la décennie 1760. Il est rapidement arrêté, dès 1765, à cause de trop nombreuses difficultés. La voie terrestre lui est préférée. Par exemple, en 1773, du bois part des montagnes de Pinar Negro et Fuenfría, dans la région de Segura de la Sierra, jusqu’à l’arsenal, par chariot, via Huéscar57, ou La Puebla de Don Fadrique, tous deux dans le royaume de Grenade (fig. 5).
Figure 5. Transport de bois depuis la province maritime de Segura jusqu’à l’arsenal de Cartagena par chariot au xviiie siècle, © Alexander Pereda
Francisco de Bruna et son projet avorté de flottage vers Carthagène
- 58 Arch. N.C., Puertos, ríos y canales, IM-V-a legajo 1, exp. 4, Lettre de Miguel de Múzquiz à don Ju (...)
28En 1775, Francisco de Bruna y Ahumada (1719-1807), auditeur à la Cour de Séville et sous-délégué du Real Negociado de Maderas de Segura, et donc responsable de cet organisme à Segura de la Sierra, propose un nouvel itinéraire de flottage. Il suggère de faire flotter le bois de la Sierra de Alcaraz sur la rivière Mundo – non plus dans le fleuve où elle se jette – jusqu’à Alcantarilla, pour ensuite le transporter par voie terrestre jusqu’à Carthagène58.
- 59 Arch. N.C., Puertos, ríos y canales, IM-V-a legajo 1, exp. 4, Document de José Romero, Carthagène, (...)
- 60 Arch. N.C., Puertos, ríos y canales, IM-V-a legajo 1, exp. 4, Document de José Romero, Carthagène, (...)
- 61 Arch. N.C., Puertos, ríos y canales, IM-V-a legajo 1, exp. 4, Lettre de José de Roxas à don Julián (...)
- 62 La formule d’opter pour des entrepreneurs pour l’approvisionnement en bois des arsenaux péninsulai (...)
- 63 Tomás Muñoz, Expediente sobre el régimen…, op. cit.
29Devant cette nouvelle proposition, la junta (le conseil) du département maritime de Carthagène soulève plusieurs réserves. Le doute plane sur la véritable richesse de la région de la Sierra de Alcaraz, même si certaines zones vierges d’exploitation sont connues, comme Garganta Lóbrega, située à seulement une lieue et demie du fleuve Segura, avec une réserve estimée jusqu’à 6 000 coudées cubes de bois. Le projet serait de relier ce massif à la rivière, depuis laquelle le bois pourrait être transporté par flottage jusqu’à Carthagène59. Finalement, le conseil décide d’approuver l’exploitation d’un volume plus modeste de 2 000 coudées cubes par an. De plus, le flottage débuterait à Garganta Lóbrega, non plus seulement par la rivière Mundo mais aussi par le fleuve Segura, jusqu’à Calasparra, où le fleuve se rétrécit considérablement. Les billots seraient ensuite transportés par chariot jusqu’à l’arsenal60. Cette proposition est à son tour abandonnée61. Il est plutôt décidé de faire appel à des entrepreneurs62, et de transporter directement le bois de cette province maritime par voie terrestre, comme en 1777 et en 177963.
Les propositions de Manuel Bernia pour transporter le bois sur le fleuve Segura
- 64 José Maria Sánchez Carrión, « Bernia y de la Puente, dos ingenieros de Marina olvidados del siglo (...)
- 65 Arch. N.C., Junta Económica del Departamento, 2732, Séance du conseil économique du département de (...)
- 66 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3774, Écrit à don Juan Pichardo, Aranjuez, 2 juin 1785.
- 67 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3774, Lettre de Juan Pichardo à don Antonio Valdés. Orcera, 8 octobre 1 (...)
30En 1778, l’ingénieur Manuel Bernia est chargé par l’arsenal de Carthagène de concevoir un nouveau projet de flottage depuis Segura de la Sierra64. Il s’y rend personnellement en 1784 et, à l’issue de sa visite, conclut que le transport par le fleuve Segura est envisageable, à condition d’y destiner entre 12 000 et 15 000 coudées de bois de pin, ainsi que 4 000 coudées de petites pièces pour l’aménagement65. Le projet repose sur deux tâches principales : d’une part, le nettoyage et l’ouverture du lit du fleuve Segura aux points où les conditions orographiques ralentissent ou empêchent le passage du bois, et, d’autre part, la sélection minutieuse des types de bois les plus appropriés, en fonction de leurs conditions naturelles et de leurs dimensions, pour être flottés66. Les endroits les plus étroits sont donc élargis, à Las Casicas de la Toba, au Cantanal de la Laguna, aux gorges de Hontar, Parolis et La Graya, au pont de Yeste, aux gorges de l’Infierno et d’Almazarán, aux Muelas de Robledo, Carrizales, et enfin à Los Almadenes de Calasparra67.
- 68 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3774, Document de Manuel Bernia, Yeste, 6 mai 1786.
- 69 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3774, Lettre de Manuel Bernia à don José de Roxas. Segura de la Sierra, (...)
31Pour ces aménagements, les coupes de la première pinède commencent entre janvier et avril 1786 à Paredón de Miller : 812 arbres sont abattus, représentant 8 075 coudées cubes68. Cependant, cette quantité est bien inférieure à celle prévue par l’ingénieur. En octobre 1785, il avait proposé de couper entre 12 000 et 15 000 coudées de bois de pin durant le printemps de 1786, pour fabriquer des charpentes et des planches69.
Figure 6. Détail de Li Regni di Valenza e Murcia (1775), Instituto Geográfico Nacional, Espagne, 0612_12-M-9
- 70 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3774, Lettre de Manuel Bernia à don Luis Mesía. Yeste, le 12 octobre 17 (...)
- 71 Arch. N.C., Junta Económica del Departamento, 2732, Séance du conseil économique du département de (...)
- 72 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3774, Lettre de Juan Pichardo à Antonio Valdés. Segura de la Sierra, 26 (...)
- 73 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3774, Lettre de Josef Romero y Landa à Antonio Valdés. Madrid, 13 mars (...)
32De son côté, l’arsenal choisit de rejeter le flottage des pièces de pin d’Alep, dont le transport est plus complexe, pour ne demander l’extraction que de pin laricio70, l’essence généralement la plus appréciée pour la construction navale. Malgré cela, les administrateurs de Carthagène demandent à plusieurs reprises d’inclure dans les chargements quelques pièces de pin d’Alep, nécessaires pour certaines formes courbes71. Au contraire de l’avis de la junta du département de Carthagène, Manuel Bernia estime qu’il valait mieux renoncer au transport de pins laricios à cause des caractéristiques du fleuve Segura. Il conseille plutôt de privilégier les pins maritimes, plus légers et donc mieux adaptés au flottage. Les pièces devraient être droites, c’est-à-dire non courbées, d’une dimension réduite par rapport aux expériences précédentes pour faciliter leur flottaison : ne pas dépasser 18 pouces d’épaisseur pour les pièces destinées à la construction de poutre, 14 d’épaisseur et 20 de largeur, avec des longueurs comprises entre 18 et 22 coudées pour les revêtements de coque72. Une telle mesure conduirait à la nécessité d’assembler des morceaux à l’arsenal, une pratique pourtant largement contre-indiquée. Aux yeux de Bernia, cette solution est la seule viable pour rendre exploitable les forêts de Segura de la Sierra, même si la qualité des bois serait inférieure à ceux en provenance de Catalogne et d’Aragon73.
- 74 Arch. N.C., Junta Económica del Departamento, 2733, Séance du conseil économique du département de (...)
- 75 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3785, Lettre de Manuel Bernia à Juan Pichardo. Sans lieu, 16 mai 1788.
- 76 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3795, Accord du conseil économique du département de Carthagène, Cartha (...)
- 77 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3795, Lettre de Manuel Bernia à don Antonio Valdés. Hellín, 4 mai 1790.
- 78 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3800, Lettre de Juan Pichardo à don Diego Quevedo. Orcera, 25 septembre (...)
33Il n’existe pas de données régulières concernant le volume de bois transporté vers l’arsenal de Carthagène. Les rares chiffres conservés montrent que les cargaisons étaient plus petites que celles transportées sur le Guadalquivir depuis cette province maritime, probablement à cause des caractéristiques du fleuve Segura (fig. 7). Pour 1787 – année de la première plantation de pins – et 1788, respectivement 883 et 2 000 pièces sont destinées à la construction navale74. En 1789, il faut en ajouter entre 800 et 900, de dimensions plus petites75. Cette situation se répète durant les années suivantes. En 1790, il est décidé que seulement 2 020 pièces de pin seraient coupées (environ 7 968 coudées)76. À peine quelques mois plus tard, en mai, il est indiqué que la coupe de 3 500 pièces était prévue, devant être abattues à partir de juin, pour être envoyées en 179177. Ce chiffre est finalement réduit à 3 400 pièces (16 000 coudées cubes), mais reste la quantité la plus élevée, se rapprochant des projections de Bernia. Il manque tout de même 2 000 coudées cubes annuelles à la prévision de cet ingénieur78. Ces chiffres restent d’ailleurs bien inférieurs aux volumes de bois flottés par les autres cours d’eau partant de Segura de la Sierra vers l’Atlantique, à destination de Séville ou de l’arsenal de La Carraca.
Figure 7. Pièces flottées par les fleuves Guadalquivir et Segura (1734-1796), © María Amparo López Arandia
- 79 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3774, Information de Manuel Bernia, 16 mai 1788.
- 80 Ibid.
- 81 María Amparo López Arandia, « Los suministros… », art. cit., p. 129-132.
34L’arsenal de Carthagène espère bien faire de la province maritime de Segura de la Sierra sa principale source d’approvisionnement en matières premières. Manuel Bernia entretient cet espoir en soutenant la possibilité d’extraire jusqu’à 647 632 coudées cubes sur une période de vingt-sept ans, à raison de 12 000 coudées cubes par an. L’arsenal en consomme pourtant annuellement 18 00079. Cet écart serait comblé par les coupes effectuées en Catalogne et en Aragon80. Néanmoins, cette solution ne résout pas le problème de la qualité moindre du bois, due aux difficultés rencontrées pendant le transport. Le projet mené par Bernia est maintenu jusqu’en 1793, lorsque le conseil du département a finalement opté pour sa suspension le 27 mai, afin d’adopter le système des « asientos » pour l’approvisionnement en bois : des entrepreneurs privés sont désormais chargés par contrat d’approvisionner l’arsenal81.
35L’essor de la construction navale au xviiie siècle dans la monarchie hispanique, associé à l’apparition de trois arsenaux dans la péninsule, provoque une demande accrue en bois. De nouveaux espaces d’approvisionnement sont alors recherchés pour compléter ceux traditionnellement exploités dans le nord de la péninsule. Cette situation conduit à la mise en valeur de régions telles que la Sierra de Segura et ses environs, particulièrement riches en espèces utiles pour les arsenaux, comme le pin laricio.
36La localisation dans les terres de la province maritime de Sierra de Segura fait des cours d’eau des voies privilégiées pour l’approvisionnement de l’arsenal de Carthagène. Cependant, les difficultés orographiques du fleuve Sierra et de la rivière Mundo, orientés vers la Méditerranée, ont posé de nombreux obstacles aux projets de flottage, au contraire du transport de bois vers l’Atlantique par le Guadalimar et le Guadalquivir. Malgré tout, les tentatives se sont succédé pour assurer l’acheminement des ressources depuis les montagnes réputées les plus riches de la région jusqu’à l’arsenal de Carthagène. La recherche de nouveaux espaces à exploiter paraissait également indispensable à ces acteurs en raison de la prise de conscience d’une diminution des ressources à disposition dans les autres forêts du royaume.
Notes
1 Cet article s’inscrit dans le cadre de recherches menées au sein du groupe GEHSOMP, coordonné par l’équipe d’histoire moderne de l’Universidad de Extremadura, et financé par la Junta de Extremadura. Il a été traduit de l’espagnol par Simon Dolet.
2 Álvaro Aragón Ruano, « “Ríos de madera”. Recursos forestales e hídricos para la Real Armada durante el siglo xviii en Guipúzcoa y Navarra », Tiempos Modernos, vol. 39, no 2, 2019, p. 431.
3 Iván Valdez-Bubnov, Poder naval y modernización del Estado : política de construcción naval española (siglos xvi-xviii), Madrid, Iberoamericana-Vervuert, 2011, p. 122-222.
4 Julián Simón Calero, « Construcciones, ingeniería y teorías en la construcción naval », dans Manuel Silva Suárez (éd.), Técnica e ingeniería en España, vol. 2 : El siglo de las Luces : de la ingeniería a la nueva navegación, Zaragoza, Real Academia de Ingeniería-Institución Fernando el Católico-Prensas Universitarias de Zaragoza, 2005, p. 596.
5 Ibid.
6 María Teresa Pérez-Crespo Muñoz, El arsenal de Carthagène en el siglo xviii, Madrid, Editora Naval, 1992, p. 180-186.
7 Julián Simón Calero, « Construcciones, ingeniería y teorías… », art. cit., p. 566-571.
8 Antonio Lazzarini, Boschi, legnami, costruzioni navali. L’Arsenale di Venezia fra xvi e xviii secolo, Rome, Viella, 2021, p. 72 et 84.
9 Alessandra Dattero, « Interessi, conflitti e politiche di governo nei boschi lombardi di pianura nell’età delle riforme : la comunità di Abbiategrasso », dans Alessandra Dattero (dir.), Biodiversità, diritti e culture dal medioevo al nostro tempo, Rome, Viella, 2022, p. 350.
10 José Quintero González, « La arboladura en la construcción naval del siglo xviii », Revista de Historia Naval, no 87, 2004, p. 81-94.
11 Gaspar de Aranda y Antón, El camino del hacha. La selvicultura, industria y sociedad. Visión histórica, Madrid, Ministerio de Medio Ambiente, 1999, p. 134.
12 Voir les travaux de Martine Chalvet, Pierre Cornu, Lavinia Maddaluno, Sébastien Poublanc et Georges Pichard cités dans l’introduction de ce dossier.
13 Biblioteca Museo Naval, Madrid, Ordenanzas e Instrucciones generales formadas de real orden, de lo que se debe observar por los Intendentes, y demás Ministros de Marina, y dependientes del Ministerio de ella, según lo respectivo al empleo, y encargo de cada uno, para la mejor administración de la Real Hacienda, y cuenta, y razón de ella, 1er janvier 1725.
14 Fernando F. Cabrera de Aizpuri, Arquitectura naval europea en el siglo xviii, La Corogne, Publicaciones de la Universidad de La Coruña, 2008, p. 16 et 116 ; Maria Jesús Melero Guillo, « “A la mar madera” : la madera en la arquitectura naval española », dans Bibiano Torres Ramírez (dir.), Andalucía América y el mar : Actas de las IX Jornadas de Andalucía y América, s. l., s. n., 1991, p. 148.
15 Gilbert Buti, « Des forêts pour un arsenal méditerranéen : Toulon au xviiie siècle », Forêt méditerranéenne, no 23, 2002, p. 53-64.
16 Juan Torrejón Chaves, « La madera báltica, Suecia y Cádiz (Siglo xviii) », dans Alberto Ramos Santana (dir.), Comercio y navegación entre España y Suecia (Siglos x-xx), Cadix, Universidad de Cádiz, 2000, p. 168-169.
17 José Patricio Merino Navarro, La armada española en el siglo xviii, Madrid, Fundación Universitaria Española, 1981.
18 Fernando F. Cabrera de Aizpuru, Arquitectura naval europea…, op. cit.
19 José Antonio de las Heras Millán, « Cuando el Arsenal de Carthagène era dueño de todos los montes de las regiones mediterráneas », Cartagena Histórica, no 16, 2006, p. 21-26.
20 Iván Valdez-Bubnov, Poder naval y modernización…, op. cit., p. 335.
21 Maria Teresa Pérez-Crespo, Carthagène en el siglo xviii. El arsenal y su influencia en el desarrollo de la ciudad, vol. 1, Madrid, Universidad Complutense de Madrid, 1991, p. 246-247 ; id., El arsenal de Carthagène…, op. cit., p. 111.
22 Maurizio Gangemi, « Dal Regno di Napoli a Carthagène. Il Mezzogiorno e l’approvvigionamento di legname dell’arsenale spagnolo a meta del ’700 », dans Simonetta Cavaciocchi (dir.), Ricchezza del mare, ricchezza dal mare, secc. xiii-xviii, vol. 1, Florence, Le Monnier, 2005, p. 415-430.
23 Maria Teresa Pérez-Crespo, Carthagène en el siglo…, op. cit., vol. I, p. 253 ; id., El arsenal de Carthagène…, op. cit., p. 113-115.
24 Rafal Reichert, « Recursos forestales, proyectos de extracción y asientos de maderas en la Nueva España durante el siglo xviii », Obradoiro de Historia Moderna, no 28, 2019, p. 70 et 74 ; id., Wood, Trade, and Spanish Naval Power (c. 1740-1795), Leyde, Boston, Brill, 2024, p. 178-219.
25 José Patricio Merino Navarro, La armada española…, op. cit., p. 247-249.
26 María Amparo López Arandia, « Maderas del Rey. Aprovechamientos madereros en la provincia marítima de Segura de la Sierra », dans Eduardo Araque Jiménez et Egidio Moya García (dir.), Aprovechamientos madereros en los montes jiennenses (siglos xviii-xx), Jaén, Universidad de Jaén, 2012, p. 17 ; José Morales Sánchez, La Real Fábrica de Tabacos. Arquitectura, territorio y ciudad en la Sevilla del siglo xviii, Séville, Fundación Fondo de Cultura de Sevilla, 1991.
27 María Amparo López Arandia, « Los suministros forestales desde la provincia marítima de Segura de la Sierra a través del Real Negociado de Maderas, la Secretaría de Marina y los asentistas », Studia Histórica, Historia Moderna, vol. 43, no 1, 2021, p. 113.
28 Archivo General Simancas [ensuite Arch. G.S.], Secretaría de Marina, 576, Rapport de Juan Pichardo sur l’état des forêts, xviiie siècle.
29 Archivo Histórico Provincial Sevilla [ensuite Arch. H.P.S.], Fábrica de Tabacos, Lettre de Gregorio de la Cruz à Sebastián Caballero. Orcera, 30 novembre 1736, fo 115.
30 John T. Wing, « Spanish Forest Reconnaissance and the Search for Shipbuilding Timber in an Era of Naval Resurgence, 1737-1739 », Journal of Early Modern History, no 18, 2014, p. 372-382.
31 Cesáreo Fernández Duro, Armada española desde la unión de los reinos de Castilla y Aragón, Madrid, Museo Naval, 1973, p. 319.
32 María Amparo López Arandia, « Territorio frente a Estado. Nuevas fronteras y conflictos en la España del siglo xviii », dans Valentina Favarò, Manfredi Merluzzi et Gaetano Sabatini (dir.), Fronteras, representaciones, integraciones y conflictos entre Europa y América, s. xvi-xx, Madrid, Fondo de Cultura Económica, 2016, p. 365-385 ; Vicente Ruiz García, La Provincia Marítima de Segura de la Sierra y la Marina de la Ilustración. La contribución de las maderas de Segura de la Sierra a la construcción naval del siglo xviii, Jaén, Instituto de Estudios Giennenses, 2019, p. 237-244.
33 Renato Sansa, « L’arsenal de Civitavecchia et les résistances des habitants de Tolfa (xvie-xviiie siècle) », dans Andrée Corvol (dir.), Forêt et Marine, Paris, L’Harmattan, 1999, p. 125-137.
34 Stefania Salvi, « Boschi, legna e legislazione austriaca in Lombardia (xviii secolo) : riflessioni storico-giuridiche », dans Alessandra Dattero (dir.), Il bosco : biodiversità, diritti e culture dal medioevo al nostro tempo, Rome, Viella, 2022, p. 372.
35 Archivo Museo Naval Madrid, Colección Vargas Ponce, vol. 33, ms. 64, doc. 275, Lettre de Zenón de Somodevilla à don Bernardo Bentura León. Aranjuez, 9 juin 1741, fo 349-r.
36 Jesús Cobo de Guzmán y Lechuga, Estudio sobre las Ordenanzas de Montes del año 1748 y del expediente sobre el régimen y administración de los montes de Segura de la Sierra y de su provincia marítima de 1811, Jaén, Dossier de Jaén, 1994 ; John T. Wing, Roots of Empire. Forests and State Power in Early Modern Spain, c. 1500-1750, Leyde, Boston, Brill, 2015, p. 206-215.
37 Ricardo Córdoba De La Llave, « La red hidrográfica y su incidencia sobre las comunicaciones por el término de Córdoba durante el siglo xv », dans Manuel Criado de Val (dir.), Caminería hispánica. Actas del II Congreso Internacional de Caminería Hispánica, vol. 2, Madrid, Patronato Arcipreste de Hita-Asociación Técnica de Carreteras, 1996, p. 227-231 ; Manuel González Jiménez, « El Guadalquivir medieval », dans Javier Rubiales Torrejón (dir.), El río Guadalquivir, Sevilla, Junta de Andalucía-Ministerio de Medio Ambiente, 2008, p. 213-221, notamment p. 219-221.
38 María Amparo López Arandia, « Maderas para el real servicio y el bien común. Aprovechamientos forestales en la provincia marítima de Segura de la Sierra (ss. xviii-xix) », dans Rosa Varela Gomes et Koldo Tràpaga Monchet (dir.), Árvores, barcos e homens na Península Ibérica (séculos xvi-xviii), Saragosse, Pórtico Librerías, 2017, p. 25-40.
39 Arch. G.S., Secretaría de Marina, 576, Information de Juan Pichardo, Isla de León, 2 janvier 1776.
40 Emilio de la Cruz Aguilar, « La Provincia Marítima de Segura de la Sierra », Boletín del Instituto de Estudios Giennenses, no 107, 1981, p. 51-82 ; María Amparo López Arandia, « Maderas del Rey… », art. cit. ; Sergio Rodríguez Tauste, « La Provincia Marítima de Segura de la Sierra. Siglos xviii-xix », dans Eduardo Araque Jiménez et Egidio Moya García (dir.), Aprovechamientos madereros en los montes…, op. cit., p. 79-124 ; Vicente Ruiz García, La Provincia Marítima de Segura…, op. cit.
41 Jesús Cobo de Guzmán Lechuga, Estudio sobre las ordenanzas…, op. cit., article LXXIV, p. 105.
42 Arch. G.S., Secretaría de Marina, 572, Rapport écrit à Carthagène, 12 mars 1749.
43 Arch. G.S., Secretaría de Marina, 572, Lettre de Francisco de Varas y Valdés au marquis de la Ensenada. Cadix, 2 juin 1750.
44 Tomás Muñoz, Expediente sobre el régimen y administración de los montes de Segura de la Sierra y su provincia, Madrid, Miguel de Burgos, 1825.
45 Arch. G.S., Secretaría de Marina, 748, écrit à Carthagène, 12 août 1749.
46 Tomás Muñoz, Expediente sobre el régimen…, op. cit.
47 Óscar Riezu-Elizalde, « Logistics, sustainability and river transport of wood supplies from the Navarrese Pyrenees for the Royal Navy at the end of the 18th century », dans Koldo Trápaga-Monchet, Álvaro Aragón-Ruano et Cristina Joanaz de Melo (dir.), Roots of sustainability in the Iberian Empires. Shipbuilding and forestry (14th-19th centuries), Londres, New York, Routledge, 2023, p. 227-250.
48 Vicente Ruiz García, « Maderas de Cataluña para la marina de la Ilustración. Fuentes para el estudio de los bosques catalanes y su relación con la construcción naval en el siglo xviii », Brocar : Cuadernos de investigación histórica, no 42, 2018, p. 97-123.
49 Parmi la vaste bibliographie et notamment des travaux de Rafal Reichert, « El comercio directo de maderas para la construcción naval española y de otros bienes provenientes de la región del Báltico sur, 1700-1783 », Hispania, no 252, 2016, p. 129-158 ; id., Wood, Trade, and Spanish…, op. cit., p. 21-126 ; Óscar Riezu-Elizalde, « Madera extranjera o madera nacional ? Geopolítica, comercio y pragmatismo en el abastecimiento de maderas provenientes del Báltico para la Armada (1766-1791) », Tiempos Modernos, no 47, 2023, p. 135-149.
50 María Baudot Monroy, « Barcos para el rey. Julián de Arriaga, la madera y la construcción naval », dans Manuel-Reyes García Hurtado (dir.), La Armada española en el siglo xviii. Ciencia, hombres y barcos, Madrid, Sílex, 2012, p. 326.
51 Archivo General Marina Álvaro de Bazán [ensuite Arch. G.M.A.B.], Arsenales, 3785, Rapport de Manuel Bernia à Albarán, 8 octobre 1787.
52 Quelques études préalables sur le sujet, en particulier María Amparo López Arandia, « Aprovisionando de madera el arsenal de Carthagène : el proyecto de Manuel Bernia y las flotaciones por el río Segura (1784-1793) », Tiempos Modernos : Revista Electrónica de Historia Moderna, vol. 9, no 36, 2018, p. 127-168 ; id., « Problèmes et conflits dans l’approvisionnement en bois du chantier naval de Carthagène des années 1750 au projet de Manuel Bernia », dans Caroline Le Mao (dir.), Les Arsenaux de la Marine. Du xvie siècle à nos jours, Paris, Sorbonne Université Presses, 2021, p. 209-229 ; Vicente Ruiz García, « La provincia marítima de Segura y el arsenal de Carthagène », dans María Amparo López Arandia (dir.), De Provincia Marítima a Parque Natural : pasado y presente de las sierras de Cazorla, Segura y Las Villas, Jaén, Instituto de Estudios Giennenses, 2023, p. 135-176. Pour le cas de certains des projets envisagés dès 1751-1752, avec une attention particulière portée à celui de Manuel Bernia : Vicente Ruiz García, La Provincia Marítima de Segura…, op. cit., p. 295-329.
53 Arch. H.P.S., Fábrica de Tabacos, 116, Lettre de Gregorio de la Cruz y Tirado à don Sebastián Caballero. Orcera, 6 janvier 1737.
54 Archivo Naval Carthagène [ensuite Arch. N.C.], Puertos, ríos y canales, IM-V-a legajo 1, exp. 4, Lettre de José Maltes, maître charpentier de mâture, à Pedro Martínez. Carthagène, 4 décembre 1752.
55 Arch. N.C., Puertos, ríos y canales, IM-V-a legajo 1, exp. 4, Document de don Francisco Barrero, Madrid, 6 novembre 1756.
56 Arch. N.C., Puertos, ríos y canales, IM-V-a legajo 1, exp. 4, Document de don Diego de los Ríos y Mendoza, Segura de la Sierra, 30 juin 1757.
57 Maria Teresa Pérez-Crespo, El arsenal de Cartagema…, op. cit., p. 111 et 117.
58 Arch. N.C., Puertos, ríos y canales, IM-V-a legajo 1, exp. 4, Lettre de Miguel de Múzquiz à don Julián de Arriaga. El Pardo, 15 mars 1775, et Lettre de don Julián de Arriaga à don José de Roxas. Madrid, 25 mars 1775.
59 Arch. N.C., Puertos, ríos y canales, IM-V-a legajo 1, exp. 4, Document de José Romero, Carthagène, 10 mai 1775. De plus, dans le même dossier, voir l’accord de la junta du département de Carthagène, en juillet 1775. Également, Arch. N.C., Junta Económica del Departamento, 2729, pour l’accord de la junta du département de Carthagène, en séance du 23 juin 1775, fo 35-v et 36-r. Arch. G.S., Secretaría de Marina, 352, Informe que la Junta del Departamento de Marina de Carthagène hace a S. M. sobre la proposicion de Dn. Francisco de Bruna, relatiba a la conduzion por el rio Mundo a este arsenal de las maderas de los montes de Alcaraz, cuio asunto se trato y conferencio repetidamente, y en especial en sesión del dia 5 del corriente, Carthagène, 8 juillet 1775.
60 Arch. N.C., Puertos, ríos y canales, IM-V-a legajo 1, exp. 4, Document de José Romero, Carthagène, 10 mai 1775.
61 Arch. N.C., Puertos, ríos y canales, IM-V-a legajo 1, exp. 4, Lettre de José de Roxas à don Julián de Arriaga. Carthagène, le 11 juillet 1775. De même, Arch. G.S. Secretaría de Marina, 352, Document de Miguel de Múzquiz, à San Ildefonso, 1er août 1775 et Arch. N.C., Puertos, ríos y canales, IM-V-a legajo 1, exp. 4, Document de José Romero, Carthagène, 10 mai 1775.
62 La formule d’opter pour des entrepreneurs pour l’approvisionnement en bois des arsenaux péninsulaires était une pratique courante en Espagne au xviiie siècle. Rafael Torres-Sánchez et Óscar Riezu-Elizalde, « En qué consistió el triunfo del estado forestal ? Contractor State y los asentistas de madera del siglo xviii », Studia Histórica, Historia Moderna, vol. 43, no 1, 2021, p. 195-226.
63 Tomás Muñoz, Expediente sobre el régimen…, op. cit.
64 José Maria Sánchez Carrión, « Bernia y de la Puente, dos ingenieros de Marina olvidados del siglo xviii », Revista de Historia Naval, no 130, 2015, p. 65-78.
65 Arch. N.C., Junta Económica del Departamento, 2732, Séance du conseil économique du département de Carthagène, 24 octobre 1785, fo 47-r.
66 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3774, Écrit à don Juan Pichardo, Aranjuez, 2 juin 1785.
67 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3774, Lettre de Juan Pichardo à don Antonio Valdés. Orcera, 8 octobre 1785 ; Information de Manuel Bernia, Yeste, 5 novembre 1785. De même, Arch. N.C., Junta Económica del Departamento, 2732, Séance du conseil économique du département de Cartagena, le 23 novembre 1785, fo 63 r-v.
68 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3774, Document de Manuel Bernia, Yeste, 6 mai 1786.
69 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3774, Lettre de Manuel Bernia à don José de Roxas. Segura de la Sierra, 15 octobre 1785.
70 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3774, Lettre de Manuel Bernia à don Luis Mesía. Yeste, le 12 octobre 1786.
71 Arch. N.C., Junta Económica del Departamento, 2732, Séance du conseil économique du département de Carthagène, 12 septembre 1786, fo 189 r-v.
72 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3774, Lettre de Juan Pichardo à Antonio Valdés. Segura de la Sierra, 26 avril 1788.
73 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3774, Lettre de Josef Romero y Landa à Antonio Valdés. Madrid, 13 mars 1788.
74 Arch. N.C., Junta Económica del Departamento, 2733, Séance du conseil économique du département de Carthagène, 31 mars 1787, fo 101-r. Des mois plus tard, il est assuré que la coupe était composée de neuf cents pièces, Séance du conseil économique du département de Carthagène, 16 août de 1787, fo 152-v.
75 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3785, Lettre de Manuel Bernia à Juan Pichardo. Sans lieu, 16 mai 1788.
76 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3795, Accord du conseil économique du département de Carthagène, Carthagène, 9 février 1790.
77 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3795, Lettre de Manuel Bernia à don Antonio Valdés. Hellín, 4 mai 1790.
78 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3800, Lettre de Juan Pichardo à don Diego Quevedo. Orcera, 25 septembre 1790.
79 Arch. G.M.A.B., Arsenales, 3774, Information de Manuel Bernia, 16 mai 1788.
80 Ibid.
81 María Amparo López Arandia, « Los suministros… », art. cit., p. 129-132.
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| Titre | Figure 1. Transport de bois depuis la province maritime de Segura de la Sierra vers les arsenaux de Carthagène et de La Carraca, © Alexander Pereda |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19432/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 192k |
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| Titre | Figure 2. Province maritime de Segura de la Sierra (1752), © Alexander Pereda |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19432/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 178k |
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| Titre | Figure 3. Détail de Tomás López, Mapa de las Sierras de Cazorla, Segura y Alcaraz, xviiie siècle, Real Academia de la Historia, Madrid |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19432/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 165k |
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| Titre | Figure 4. Détail du cours du fleuve Segura, xviiie siècle, Ministerio de Defensa, Archivo Cartográfico y de Estudios Geográficos del Centro Geográfico del Ejército, Ar.G-T.4-C.1_23 |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19432/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 44k |
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| Titre | Figure 5. Transport de bois depuis la province maritime de Segura jusqu’à l’arsenal de Cartagena par chariot au xviiie siècle, © Alexander Pereda |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19432/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 176k |
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| Titre | Figure 6. Détail de Li Regni di Valenza e Murcia (1775), Instituto Geográfico Nacional, Espagne, 0612_12-M-9 |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19432/img-6.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 477k |
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| Titre | Figure 7. Pièces flottées par les fleuves Guadalquivir et Segura (1734-1796), © María Amparo López Arandia |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19432/img-7.png |
| Fichier | image/png, 39k |
Pour citer cet article
Référence papier
María Amparo López Arandia, « Du bois pour la Marine royale. L’approvisionnement en bois du chantier naval méditerranéen de Carthagène au xviiie siècle », Cahiers de la Méditerranée, 111 | 2025, 41-57.
Référence électronique
María Amparo López Arandia, « Du bois pour la Marine royale. L’approvisionnement en bois du chantier naval méditerranéen de Carthagène au xviiie siècle », Cahiers de la Méditerranée [En ligne], 111 | 2025, mis en ligne le 20 juillet 2026, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cdlm/19432 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16lnu
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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
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