Flottage du bois, littoral méditerranéen et risque environnemental : penser les ressources naturelles et leur gestion dans une perspective intégrée (Vallée de la Roya, xixe siècle)1
Résumés
Cet article explore la pratique historique du flottage du bois dans la vallée de la Roya (sud-est de la France) du xviiie au xxe siècle, en examinant ses implications environnementales, économiques et juridiques. Le flottage du bois a joué un rôle crucial dans la mise en relation des ressources forestières alpines avec les marchés côtiers, façonnant à la fois les paysages et les modes de vie. À travers des recherches d’archives et des études de cas – telle que le conflit entre deux entrepreneurs du bois au milieu du xixe siècle – l’étude montre comment cette pratique a reconfiguré les cours d’eau, l’usage des forêts et les économies locales. L’article plaide pour une perspective intégrée reliant les arrière-pays montagneux aux rivages méditerranéens, une approche particulièrement pertinente aujourd’hui dans le contexte des catastrophes climatiques. La régulation du transport du bois révèle également les tensions entre contrôle étatique et initiatives locales, éclairant ainsi de plus larges dynamiques socio-environnementales.
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Mots-clés :
flottage du bois, conflits pour les ressources, risques environnementaux, Alpes-Maritimes, côtes ligures et niçoisesKeywords:
timber floating, resource conflicts, environmental risk, Maritime Alps, Mediterranean hinterlandsPlan
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- 1 Cette publication a été réalisée dans le cadre du projet « In Search of an Old Resource in the Ind (...)
- 2 Dans une historiographie dense, voir entre autres Heinrich Grossmann, « Flösserei und Holzhandel a (...)
- 3 Nicolas Jacob-Rousseau, François Jarrige et Dimitri Langoureau (dir.), Le flottage du bois en Euro (...)
- 4 Claudio Lorenzini et Katia Occhi, « Le fluitazioni del legname nelle Alpi orientali Fra continuità (...)
- 5 Richard White, The Organic Machine. The Remaking of the Columbia River, New York, Hill & Wang, 199 (...)
- 6 Pour des études complémentaires dans cet espace et plus généralement dans le Sud-Est de la France, (...)
1Pendant toute l’époque moderne et jusqu’au xxe siècle, le flottage – le transport du bois par voie fluviale – a facilité les échanges et la commercialisation des ressources forestières dans toute l’Europe et au-delà. Cette pratique a pris des formes très diverses, en fonction des techniques, des conditions environnementales, ou des systèmes politiques et sociaux dans lesquels elle s’inscrivait. De nombreuses études se sont déjà focalisées sur les techniques et les méthodes d’adaptation du débit des cours d’eau ayant permis le transport de quantités considérables de bois2. Depuis une vingtaine d’années, le flottage suscite un regain d’intérêt historiographique, porté par le renouveau des recherches en histoire des forêts et en histoire environnementale3. Il a pu y être considéré comme un exemple emblématique de « système envirotechnique »4, tandis que d’autres travaux ont appréhendé les rivières comme des espaces complexes où interagissent éléments techniques et naturels5. Dans le prolongement de ces approches, cet article adopte également une démarche analytique, à travers le cas du fleuve de la Roya – qui se jette dans la Méditerranée à Vintimille – et de sa vallée au xixe siècle (fig. 1)6.
- 7 Henri-Louis Bottin, « Protection de l’environnement et intervention administrative : le flottage d (...)
- 8 Archives d’État de Turin [ensuite AET], Prima Archiviazione, Boschi, caccia e pesca, mazzo 1, n. f
- 9 Ibid., « Ma solamente per via di Ventimiglia, Stato di Genova, col benefizio del torrente che dall (...)
2L’historiographie s’est déjà concentrée sur les nouvelles dispositions législatives et réglementaires encadrant le flottage du bois au xixe siècle, témoignage d’une nouvelle conscience des actions anthropiques sur l’environnement depuis la fin du xviiie siècle7, ainsi que sur la naissance de la science forestière. En effet, cette pratique contribue à façonner les paysages, en incitant au déboisement et à l’aménagement des cours d’eau, notamment par la construction de digues et de berges, ou par des opérations visant à faciliter l’écoulement du bois. L’exploitation des forêts est en cela intimement liée aux savoirs orographique et hydrographique des vallées : les massifs forestiers doivent être situés à proximité d’un cours d’eau, cette proximité déterminant le sort environnemental des versants montagnards. Par exemple, en 1736, l’intendant de Nice se prononce sur le recours déposé par la communauté de La Brigue – à environ 70 km au nord-est de la ville – afin de pouvoir couper et « extraire » le bois de ses forêts, composées de vieux pins, mélèzes et sapins, que l’intendant qualifie alors de « hors service et inutilisables » pour la Marine8. Il accepte que ces conifères ne soient pas dirigés vers Villefranche – port de la Marine sarde – et Nice « mais uniquement par Vintimille, État de Gênes, grâce au torrent [Roya] qui de La Brigue se jette dans cette partie » de la mer, en raison de l’impraticabilité des routes vers les deux autres villes9. La communauté de La Brigue pouvait ainsi espérer rembourser ses dettes grâce aux ventes aux enchères qui se tiendraient à Vintimille. Ainsi, une analyse plus pratique démontre que la géographie des forêts conditionne davantage leur sort que les lois qui les régissent.
Figure 1. Département des Alpes-Maritimes (1793-1799), d’après Joseph Combet, « Le directoire départemental et l’administration centrale des Alpes-Maritimes », dans Cinquantenaire de la Société des sciences, lettres et arts des Alpes-Maritimes, Paris, Nancy, Berger-Levrault, 1914, p. 90.
© S. Dolet
- 10 Nicolas Jacob-Rousseau, François Jarrige et Dimitri Langoureau (dir.), Le flottage du bois en Euro (...)
- 11 Dans l’espace concerné par cette étude, en plus des inondations dans le Var en 2010, la vallée de (...)
3Le flottage a donc entraîné de nombreuses transformations à l’échelle locale. Cette ressource est d’autant plus précieuse qu’elle reste parfois difficile d’accès aux communautés locales, tant par les contraintes législatives qui en régissent et sanctionnent l’usage « impropre », que par la difficulté technique à y accéder facilement. L’historiographie du flottage a largement mis en lumière ces conséquences, à travers le prisme patrimonial et mémoriel de la pratique10, et en questionnant sa capacité à favoriser une gestion plus raisonnée des ressources naturelles. Cette réflexion s’inscrit dans le contexte géographique particulier de la vallée de la Roya, aujourd’hui située dans les Alpes-Maritimes françaises, durement touchée par la catastrophe climatique de 202011. Elle suggère la nécessité de repenser la gestion de ces vallées torrentielles, l’étude du passé pouvant offrir des clés d’interprétation utiles.
- 12 Pour un aperçu plus large du flottage entre les Alpes et les côtes méditerranéennes, voir Denis Fu (...)
4L’hypothèse défendue dans cet article est que la gestion du littoral méditerranéen ne doit pas être déconnectée de son arrière-pays montagneux. Cette perspective intégrée invite à rapprocher des écosystèmes éloignés les uns des autres, comme les vallées alpines et les côtes maritimes, d’autant plus qu’elles sont reliées par des circuits d’action courts particulièrement intenses dans les Alpes-Maritimes. L’ambition est donc d’étudier les conséquences environnementales du flottage du bois et de la gestion des cours d’eau de montagne dans l’hinterland méditerranéen12. Pour cela, et en complément de l’approche plus savante de l’organisation du flottage présentée par María Amparo López Arandia dans ce dossier, ces recherches s’appuient sur les archives administratives, juridiques et législatives consultées entre les Archives départementales des Alpes-Maritimes à Nice et les Archives d’État de Turin. Cette répartition illustre l’alternance des autorités administratives dans la vallée de la Roya au xixe siècle : le comté de Nice est annexé une première fois par la France de 1793 à 1814, retourne ensuite sous l’autorité du royaume de Sardaigne, avant d’être définitivement intégré à la France en 1860. L’étude de cas repose en particulier sur un conflit opposant un entrepreneur et une entrepreneuse du bois. Il permet de saisir non seulement les conséquences socio-économiques du flottage, mais aussi les impacts environnementaux.
Aspects techniques du flottage au xixe siècle
- 13 Léonide Guiot, Les forêts et les pâturages du comté de Nice, Paris, Imprimerie et librairie d’agri (...)
- 14 Sylvain Burri, Vincent Labbas et Philippe Bernardi, « De la forêt au bâtiment. Approche pluridisci (...)
5Ancien élève de l’École forestière et inspecteur des forêts dans les Alpes-Maritimes depuis huit ans, Léonide Guiot publie en 1875, à la demande de la Société centrale d’agriculture de France, une étude sur les forêts des montagnes situées au nord de Nice13. Cet ouvrage est particulièrement riche pour la pratique historique avec ses nombreuses données statistiques. Guiot estime que l’espace forestier couvre environ 50 000 des 261 000 hectares du nouveau département français. Les forêts sont principalement composées de différents types de chênes, de charmes, d’épicéas, de hêtres, de mélèzes, de pins et de sapins, sachant que les pins sylvestres, les mélèzes et les sapins sont les plus demandés comme matériaux de construction et de charpenterie14.
- 15 Davide Bertolotti, Viaggio nella Liguria marittima, Turin, Eredi Botta, 1834. Ce récit décrit ces (...)
6Dans son Voyage dans la Ligurie maritime (1834) – titre trompeur, puisqu’il concerne en réalité l’ensemble du royaume de Sardaigne – l’homme de lettres et journaliste Davide Bertolotti (1784-1860) note que les eaux de la Roya, riches en truites et utiles pour l’irrigation, acheminent également vers la plaine les bois de Tende, La Brigue et Saorge15. Cette observation replace cette pratique dans son caractère productif, économique et social. Le système du flottage est en effet bien connu : les forêts se trouvent en amont, les troncs sont travaillés et transformés en produits et en marchandises dans les scieries situées en aval. Les Alpes-Maritimes ont néanmoins une particularité : la grande proximité de la mer. Les billes de bois – les tronçons de troncs d’arbres coupés – une fois arrivées dans les vallées, sont acheminées depuis l’embouchure des fleuves (Var, Paillon, Bévéra, Roya) dans les ports voisins.
- 16 Lettres-patentes par lesquelles Sa Majesté approuve un nouveau réglement pour l’administration des (...)
7Pour sa part, en 1875, Guiot fait déjà remarquer que le flottage est à l’origine de nombreux dégâts environnementaux dans le département. Le transport fluvial n’y est volontairement pas toujours contrôlé, en raison notamment de la nature torrentielle des cours d’eau. Les troncs y flottent librement et ne sont pas attachés en radeaux ou en « trains » comme en plaine. Il s’agit du flottage « à bûches perdues » : les billes sont jetées dans les cours d’eau et transportées par le courant, parfois « dirigées » par des ouvrages en bois ou en pierre (canaux, écluses). Dès lors, certaines pièces détruisent les berges. D’un point de vue technique, à l’époque, il n’existait guère de meilleures solutions le long des torrents ou des rivières alpines. Les lettres patentes de 1833-1834, étudiées par la suite, encouragent d’ailleurs ce type de flottage16. Guiot décrit en ces mots cette pratique, qu’il considère comme la plus dangereuse :
- 17 Léonide Guiot, Les forêts et les pâturages du comté de Nice, op. cit., p. 46.
On retient, au moyen d’un grand barrage solidement construit en pierre et en charpente, les eaux d’un ruisseau coulant près de la forêt. On accumule dans ce petit lac artificiel […] tous les produits de la coupe débités en billots pour faire des planches ; puis, deux fois par an, à l’époque des pluies d’automne, et surtout à l’époque de la fonte des neiges, on ouvre au milieu de ce barrage la vanne d’une vaste écluse par laquelle se précipitent avec violence les eaux accumulées, entraînant avec elles ces milliers de morceaux de bois, qui finissent par arriver au fond de la vallée, bondissant de cascade en cascade et de rochers en rochers, en suivant le cours du petit ruisseau que l’opération ci-dessus a considérablement grossi et a rendu flottable pour quelques jours seulement. Ce second mode de flottage a donc pour conséquence de déprécier notablement la valeur des bois, que l’on est forcé de débiter en billots de faibles dimensions, et de les endommager beaucoup17.
- 18 Pour une exploitation précédente de cette photographie, et plus généralement sur une étude du flot (...)
- 19 Nicolas Jacob-Rousseau et Frédèric Gob, « Le flottage du bois et ses conséquences écologiques, de (...)
8Malgré la construction de barrages (fig. 2)18, ce flottage à bûches perdues ne peut être qu’une pratique discontinue et saisonnière. La violence environnementale qu’elle implique provoque aussi des inconvénients économiques19 : selon Guiot, de nombreux billots se cassent ou se perdent pendant la descente vers les vallées, diminuant leur valeur.
9Malgré tout, cette technique de transport fluvial est nécessaire dans ce département. La vallée de la Roya est caractérisée par de longs cours d’eau, avec une faible pente, encastrés dans de profondes vallées montagneuses, s’élargissant et se ramifiant souvent. Cette configuration explique l’existence de nombreux dépôts de gravier parsemant leur lit (fig. 2 et 3). Pour que le flottage soit un succès, de nombreuses unités de production sont installées sur les rives, avec des dizaines de personnes collaborant tout au long des cours d’eau. Il leur faut contrôler en permanence l’état de la rivière, des berges, des rives et des ponts, tout en veillant aux précipitations atmosphériques ou à la fonte des neiges. Cette pratique exige donc un contrôle environnemental constant.
- 20 L’original est une plaque de verre réalisée par Victor de Cessole. Je remercie l’équipe de la Bibl (...)
Figure 2. Bibliothèque de Cessole, Nice, 1 CES VER 1550, Victor de Cessole, Photographie du barrage de Chastillon [Castillon], 23 mai 189920
- 21 Léonide Guiot, Les forêts et les pâturages du comté de Nice, op. cit., p. 45.
- 22 Ibid., p. 45.
10Ces aspects techniques et environnementaux ne peuvent être dissociés des enjeux économiques et sociaux du flottage. Selon Guiot, la surexploitation forestière dans les Alpes-Maritimes est justifiée par les « habitudes commerciales » alors en vigueur. Il précise que « le commerce des bois, représenté par un petit nombre de maisons riches et influentes, formait une sorte de féodalité qui ne livrait ses capitaux qu’en se réservant une large part de bénéfices et de liberté d’action »21. Les frais élevés liés à l’exploitation forestière et au flottage exigent des sommes considérables à avancer, bien avant de pouvoir générer des bénéfices. Pour que la pratique soit rentable, il faut exploiter intensivement les forêts, entraînant une forte déforestation et des conséquences sociales, le système favorisant la constitution de « dynasties » d’entrepreneurs locaux dans le secteur du bois. « L’ancien commerce des bois », écrit Guiot, « avait contracté l’habitude des grandes coupes, et les communes avaient dû s’y soumettre, trouvant, dans la sécurité des payements, des compensations apparentes aux immenses dommages qu’elles subissaient en réalité »22.
Un conflit entre entrepreneurs du bois
- 23 Archives départementales des Alpes-Maritimes [ensuite ADAM], Intendance générale de Nice, 1 FS 332
11Un conflit rassemble l’ensemble de ces dimensions techniques, environnementales, économiques et sociales. Il se déroule le long du torrent de Bieugne, dont la vallée constitue la partie nord-ouest du bassin de la Roya. Ce cours d’eau prend sa source dans le lac des Mesches, puis se nourrit de nombreux affluents, avant de se jeter dans la Roya, au niveau du village de Saint-Dalmas-de-Tende. En 1855, deux entrepreneurs, Romano Grandis et Maddalena Rey, veuve Toesca, comparaissent devant le tribunal civil – encore sarde – de Nice pour des abus liés au flottage du bois, dont ils étaient concessionnaires23. Qui sont ces deux acteurs ?
- 24 ADAM, Intendance générale de Nice, 1 FS 332.
12Le nom de famille Toesca est fréquent à Saorge, l’un des principaux centres de la vallée de la Roya. La veuve y a ses activités. Face à Grandis, elle se présente en tant que tutrice de ses enfants. En réalité, elle est une véritable entrepreneuse dans le domaine du bois, d’ailleurs plutôt ingénieuse. Ses intérêts commerciaux dans la vallée apparaissent dans d’autres archives judiciaires. Par exemple, en 1854, elle est en procès avec la communauté de Valdeblore pour une coupe d’arbres jugée illégale. Dans la documentation consultée, son défunt mari Giuseppe et plusieurs beaux-frères sont également présentés comme des entrepreneurs du bois : en 1845, un contrat ratifié devant notaire à Breil témoigne de l’achat par les frères Toesca de 2 210 pins de la forêt de Marisetto, dans la commune de Saorge. La même année, Romano Grandis est autorisé à faire flotter par centaines sur la Vésubie et le Var les douzaines de troncs achetés à des particuliers de Lantosque24. Ces indications géographiques délimitent l’ampleur des affaires commerciales menées par ces deux familles.
- 25 Son petit-fils, également prénommé Sebastiano, né en 1817 à Saint Dalmas de Tende, était revenu da (...)
- 26 Spirito Benedetto Nicolis di Robilant, « Essai géographique suivi d’une topographie souterraine, m (...)
- 27 Davide Bertolotti, Viaggio nella Liguria marittima, op. cit., p. 246-247.
- 28 ADAM, Consulat et Empire, CE O 074.
- 29 ADAM, Intendance générale de Nice, 1 FS 1295.
13L’histoire de la famille Grandis est, elle, plus facile à reconstruire. Le père de Romano est Sebastiano Grandis, originaire du même village de Borgo San Dalmazzo, aujourd’hui dans la province de Coni en Italie. Il est inscrit comme concessionnaire des mines de Vallauria dès le début du xixe siècle25, localisées dans cette même province jusqu’en 1947, aujourd’hui dans la circonscription de la commune de Tende. Situées à 1 500 mètres d’altitude, dans le vallon encore appelé « de la Minière », elles sont exploitées depuis le xe siècle. Elles jouissent d’une certaine renommée, comme en attestent les mentions par le minéralogiste turinois Spirito Benedetto Nicolis di Robilant (1722-1801) et Davide Bertolotti26. Ce dernier décrit son déclin au début du xixe siècle, passant de 240 ouvriers en 1805, à 12 en 183027. Derrière l’exploitation de cette mine se révèle un fort besoin en bois pour assurer son fonctionnement, que ce soit pour la construction des piliers de soutènement des galeries, des outils, des logements des mineurs ou pour la production de l’énergie nécessaire au chauffage de la mine. De plus, pendant l’annexion du comté de Nice à la France entre 1793 et 1814, Sebastiano Grandis correspond avec les fonctionnaires de l’État pour demander l’autorisation d’exploiter les forêts environnantes. En 1812, par exemple, il est autorisé à acheter 10 000 mélèzes à la commune de Tende pour les besoins de la mine, exploitables en 5 ans à raison de 2 000 arbres par an28. En 1841, la mine est toujours concédée à la famille, bien qu’elle ait été louée par Romano Grandis, qui s’était spécialisé dans la coupe, le flottage et la vente de bois, à un certain Moliniese de Marseille. Le conseil municipal de Tende, lors de sa séance du 24 octobre, décide de vendre 1 500 arbres à Grandis pour les besoins de la mine, considérant que les centaines de travailleurs employés auraient émigré sans cela en Provence pendant l’hiver. Ces coupes contribuent aussi à nettoyer les forêts des arbres inaptes à la commercialisation29.
- 30 ADAM, Intendance générale de Nice, 1 FS 302.
14Pour revenir au procès de 1855, Grandis est accusé d’avoir fait traverser ses bûches sur le torrent de Bieugne pendant le flottage du bois de la veuve Toesca, lui causant ainsi un préjudice. En janvier, des témoins sont convoqués devant l’intendant général30. À cette occasion, le garde municipal (camparo) de la forêt de Tende, Antonio Guido, fait remarquer que grâce à un barrage en bois construit par la veuve Toesca en amont d’une digue en pierre (fig. 3, points A-B), la quantité d’eau nécessaire au flottage pouvait être obtenue en rompant le premier, et profiter également à M. Grandis. Comme la description précédente de Guiot le présentait, il est certain que les bois de l’un et de l’autre n’auraient pas pu être transportés sans cet aménagement. Cependant, plus bas, au niveau de la digue en pierre (fig. 3, points C-D), le torrent se divise en deux bras (fig. 3, points E-F). Cette construction, encore à l’initiative de la veuve Toesca, a pour but d’accélérer le débit dans le bras ouest, sur le versant où se trouvent ses bois coupés. Sur l’autre rive, du bras désormais asséché, se trouvent encore 100 autres douzaines de billots de Grandis, qu’il ne peut plus faire flotter (fig. 3, points I-K).
- 31 Le dessin illustre la multiplicité des ressources et des ouvrages qui entourent le lit de la Roya (...)
Figure 3. AET, Carte topografiche e disegni, Controllo generale di finanze. Tipi annessi alle patenti secolo xix, Roja, torrente, mazzo 397, Tipo planimetrico, profilo longitudinale e sezioni trasversali di un tronco del torrente Roya e delle sue adiacenze…, sans date (xixe siècle)31
- 32 L’expression « a scala » est employée dans le texte original italien. Cette technique de transport (...)
15Un autre témoin convoqué est Luigi Molineri, employé de la veuve Toesca. Il raconte que l’année précédente, Grandis avait déjà fait passer ses billots pendant le flottage du bois de la veuve, lui causant de graves dommages. Il ajoute qu’elle avait fait construire une digue en amont du barrage pour augmenter le débit, et avait détourné les eaux vers ses billots. À l’en croire, Grandis a pu en profiter, sans réussir à mettre à l’eau les 170 douzaines de troncs qui se trouvaient sur l’autre rive du torrent. Molineri précise qu’avec une dépense de 70 ou 80 francs, l’entrepreneur aurait pu faire transporter ses billots en les faisant passer « à l’escalier » dans le bras où coulait l’eau32. Un deuxième témoignage conforte cette version. Giuseppe Pignon de Breil, qui se rendait près du torrent pour apporter à manger aux ouvriers de la veuve, indique que sans la digue en amont, aucun des deux n’aurait pu compter sur le transport fluvial. Cette année-là, les eaux étaient basses à cause d’une pluviométrie faible. Le témoignage d’Antonio Lorenzi, chargé de la construction de la digue en amont du barrage, va dans le même sens : sans cette construction et la déviation des eaux dans un seul bras, cette sécheresse n’aurait pas permis un débit suffisant pour le commerce de la veuve Toesca et Grandis.
16Quelques jours plus tard, le géomètre royal Andrea Lea se présente à son tour devant l’intendant général. Il avait été mandaté pour constater sur le terrain si les aménagements réalisés par la veuve Toesca causaient un tort à Romano Grandis. Le jour de l’inspection, Grandis et le prêtre Carlo Toesca, beau-frère de la veuve, étaient présents. Le géomètre vérifie deux éléments, que les 8 185 arbres vendus par la commune de Tende à Grandis par acte du 19 octobre 1852 se trouvaient à l’est du torrent, et que les bois vendus par la même commune à la veuve Toesca étaient sur l’autre rive. Il rédige ensuite un mémoire où il représente l’état de la situation (fig. 4).
Figure 4. ADAM, 1 FS 302, Tipo dimostrativo di un tronco del torrente Biogna ossia Casterrin nel comune di Tenda, su cui cadono le questioni insorte tra il Sige. Negte. Romano Grandis attore, e la Sigra. Rey vedova Toesca convta., 1 fo
17Le camparo Antonio Guido de Tende, qui assiste le géomètre Lea lors de l’inspection, confirme que l’eau coulait abondamment dans le bras est du torrent avant la construction de la digue CD. Toutefois, le géomètre est incapable de quantifier les dommages subis par Grandis. Il confirme plutôt les déclarations des témoins en faveur de la veuve Toesca. La justice lui donne donc raison et admet que le manque de neige et de pluie n’aurait pas permis le flottage des bois de Grandis sans le barrage en amont. Il est intéressant de noter que le géomètre considère l’emploi d’une digue en bois comme licite pour le flottage, tandis qu’un barrage en pierre, modifiant juridiquement le lit d’une rivière, est jugé contraire aux usages, car susceptible de nuire à d’autres entrepreneurs.
18La reconstitution de ce conflit d’usages permet de suivre les transformations au sein d’un système environnemental complexe – constitué de bois, d’un torrent, de rives – selon des intérêts privés, tant économiques que sociaux. Cet exemple comme de nombreux autres ont certainement engendré la promulgation de mesures pour réglementer le transport du bois sur les cours d’eau, notamment grâce au travail de médiation constant des intendants. L’application des lois a eu des conséquences certaines sur les pratiques locales.
Effets des normes centrales sur les pratiques locales
- 33 Ces lettres patentes ont déjà été citées plus haut. J’ai eu l’occasion de commencer à consulter ce (...)
- 34 Promulguées par Victor-Amédée II, Leggi, e costituzioni di S. M. da osservarsi nelle materie civil (...)
- 35 Léonide Guiot, Les forêts et les pâturages du comté de Nice, op. cit., p. 217-218.
- 36 AET, Archivio sistemato, Agricoltura e boschi, mazzo 195, Lettres patentes en date du 1er décembre (...)
19Alors que le comté de Nice est retourné sous l’autorité du roi de Sardaigne, une lettre patente relative à l’administration des bois et forêts est émise en 1817 par le roi Victor-Emmanuel Ier, suivi d’un règlement en 1822 par Charles-Félix, et enfin de nouvelles lettres patentes traitant spécifiquement du flottage par son successeur Charles-Albert entre 1833 et 183433. Dans les ordonnances du xviiie siècle, la gestion des forêts est strictement réglementée, le flottage n’y apparaissant alors que comme une pratique accessoire. En 1833 et 1834, un tournant décisif sur le plan juridique et technique est franchi (fig. 5)34 : garantir l’intérêt public, tout en assouplissant les dispositions les plus strictes de 1822, afin d’accorder une plus grande liberté aux particuliers dans l’exercice de leurs droits de propriété. D’une manière générale, ces lettres patentes traitent de l’ensemble de l’administration des forêts, de leur taxonomie, des pratiques liées aux arbres ou encore des droits liés à la fréquentation des forêts et leur régime de propriété35. Le flottage fait l’objet d’une annexe spéciale de cinq pages, avec des descriptions très précises de la pratique, des droits et devoirs qui y sont liés36. La recommandation est de favoriser ce système de transport sur les rivières, les ruisseaux et les lacs, tant il serait avantageux pour les propriétaires de forêts, les entrepreneurs et les consommateurs. Il devait néanmoins être réglementé pour éviter une déforestation excessive et pour diminuer l’endommagement des berges. À partir de cette date, les concessionnaires doivent notamment signer un acte spécial, s’engageant, sous caution, à respecter les conditions imposées et à réparer tout dommage survenu pendant le transport.
Figure 5. AET, Archivio sistemato, Agricoltura e boschi, mazzo 195, Lettres patentes en date du 1er décembre 1833, et du 28 janvier 1834 par lesquelles Sa Majesté approuve un nouveau règlement pour l’administration des bois et ordonne de nouvelles dispositions pour le flottage des bois sur les fleuves, rivires, torrens et lacs, Turin, Imprimerie royale, sans date, p. 1
20Le règlement prévoit plusieurs indications, détaillées en 14 points :
1. Le flottage des bois sur les eaux des fleuves, rivières, torrents, ruisseaux et lacs, tant en billots détachés ou réunis qu’en radeaux, ne pourra jamais s’exécuter sans une permission spéciale.
2. Pour obtenir cette permission, l’on devra recourir à l’intendant de la province. La demande indiquera : la qualité et la quantité des bois que l’on veut faire flotter, le lieu où les bois se trouvent, et la forêt de laquelle ils proviennent ; le lieu où on a l’intention de les transporter ; l’étendue du fleuve, rivière, torrent, ruisseau, ou lac qui devra être parcourue ; les écluses, les retranchements et les autres travaux d’art que le recourant se proposera de former pour effectuer et faciliter le transport.
3. L’intendant transmettra cette demande aux administrateurs des communes sur le territoire desquelles le transport doit avoir lieu, afin qu’elle soit publiée et examinée ensuite par le conseil de la commune [qui la transmettra ensuite]
- à l’ingénieur de la province, afin qu’il propose les observations qu’il croira utiles et nécessaires, sous le rapport principalement de l’exécution des règlements des eaux, ponts et routes,
- à l’inspecteur des bois de la province, afin qu’il indique les précautions que l’on devra prescrire dans l’intérêt de la conservation des forêts et des rives garnies de bois. Après avoir reçu tous ces renseignements, l’intendant statuera définitivement sur la demande.
4. Le flottage des bois en billots détachés ne sera permis que dans les cas seulement où il ne pourrait pas avoir lieu par radeau, ou par billots réunis en forme de radeau.
[…]
6. Le concessionnaire ne pourra commencer le flottage sans avoir préalablement fait au bureau de l’intendance de la province une soumission par laquelle il s’obligera, sous due caution
- d’observer toutes les conditions qui lui auront été imposées dans le décret de concession,
- de réparer tous les dommages que le transport des bois pourrait occasionner tant aux particuliers qu’aux territoires, maisons, ponts et autres édifices publics, pour inondations, corrosions, ou pour toutes autres causes dérivant de ce transport,
- de faire continuellement surveiller et diriger le transport par le nombre de personnes expérimentées qui sera jugé nécessaire par l’ingénieur de la province,
- d’observer ponctuellement les lois de la gabelle […] pour empêcher la contrebande.
[…]
8. S’il se présentait en même temps plusieurs demandes de flottage sur le même cours d’eau, dans ce cas les permissions seront données pour des temps différents, et réglées de manière à ce qu’il y ait de l’un à l’autre un intervalle suffisant pour terminer toutes les opérations nécessaires, sans confusion et sans préjudice pour les concessionnaires.
9. Lorsque l’on voudra faire flotter des bois en billots, dans un temps non déterminé et laissé incertain en raison de ce que l’on devait attendre ou une crue extraordinaire des eaux, ou quelque autre circonstance favorable, les concessionnaires pourront apposer à ces billots une marque particulière pour les reconnaître. Cette marque devra être au préalable présentée et figurée dans un registre du secrétariat des communes où les bois doivent être mis à flots.
[…]
11. Tout propriétaire, possesseur ou locataire de biens-fonds, ou d’eau courante, moulins, écluses, ponts ou autres édifices, est tenu de laisser toujours passer les bois flottés […]. Quiconque empêchera ou retardera une opération de cette nature […] sera tenu à la réparation de tous dommages et frais envers les concessionnaires […].
12. Les bois qui auront été jetés par les eaux sur les fonds voisins par l’effet d’une crue extraordinaire ou de quelque autre force majeure, pourront y être repris par celui à qui ils appartiennent, moyennant qu’il en prévienne auparavant le possesseur du fonds et qu’il lui paye l’indemnité à laquelle celui-ci aura droit aux termes d’équité et de justice.
13. Celui qui s’appropriera indûment du bois flottant ou resté sur les bords des fleuves, rivières, torrents et ruisseaux, sera puni d’après des lois criminelles sur les vols […].
- 37 Henri-Louis Bottin, « Protection de l’environnement… », art. cit., p. 220.
- 38 Léonide Guiot, Les forêts et les pâturages du comté de Nice, op. cit., p. 215-216 : « La loi sarde (...)
- 39 Marc Ortolani, « Bans champêtres, contrats et législation royale… », art. cit., p. 179-202. Bien q (...)
21Les nombreux détails de cette annexe concernent avant tout les questions administratives, judiciaires (la ressource qui « flotte » et se déplace de commune en commune, obligeant les administrations locales à prendre acte de ces passages) et économiques (les dommages, les sanctions, les indemnisations, les peines). Ces intérêts, dès fois divergents, tendent à alourdir les procédures : « La volonté du souverain sarde est donc de concilier les intérêts des particuliers et ceux des professionnels, et de sauvegarder les ressources forestières et les cours d’eau »37. Cette réglementation est si détaillée que Guiot la considère supérieure à la législation française en la matière38. Elle démontre la nécessité de contrôler une pratique (le flottage) et une ressource (le bois), qui échappaient au regard des autorités centrales. La législation royale limite bien l’autonomie des communes, tout en cherchant à tenir compte des normes et pratiques locales39. Ainsi, la capacité juridique des acteurs locaux participe à l’élaboration d’une architecture normative complexe, nourrie par les nombreux conflits qui traversent les communes alpines, structurée par des demandes et négociations constantes, souvent grâce à la médiation des intendants.
Abus forestiers
- 40 ADAM, Intendance générale de Nice, 1 FS 470. Il s’agit de l’un des nombreux dossiers documentant l (...)
22Quelle est la situation des forêts dans le comté de Nice et en particulier dans la commune de Tende dans les années 1830 ? Les archives de l’intendance de Nice font état de nombreux vols d’arbres et de « dévastations » (devastazioni) des forêts qui se sont prolongées dans le temps. Par exemple, une lettre adressée par l’inspecteur des forêts à l’intendant de Nice en 1838 mentionne l’obstination des « dévastateurs » (devastatori) des forêts communales de Tende. Des arbres y sont abattus illégalement pendant les jours fériés, et même le jour de Noël : jusqu’à 60 arbres – voire plus – en une journée dans une seule forêt40.
- 41 ADAM, Intendance générale de Nice, 1 FS 1345, 16 marzo 1831, selon l’inspecteur des bois de la div (...)
23Ces vols, qui ont lieu de jour comme de nuit, révèlent l’existence d’un réseau commercial illégal de vente de bois dans les montagnes de Tende : « une multitude de délinquants […] transportent [le bois] en toute impunité jusqu’à la capitale » [Tende], « où s’est établi un trafic public de bois, qui est ensuite transporté librement par charrettes jusqu’au marché de Nice et vendu aux marchands »41. Cet exemple prouve que l’exploitation des forêts peut échapper au contrôle de l’État et causer des dommages aux communautés voisines par la concurrence déloyale : le commerce illégal de bois favorise la vente à bon prix aux commerçants qui sont évidemment intéressés. Les acteurs participant de près ou de loin à ces actes « criminels » dans les forêts de Tende sont nombreux : les inspecteurs et les agents forestiers, les campari, les maires, les conseillers municipaux, les carabiniers royaux, l’intendant, les transporteurs, les charretiers, les entrepreneurs, les bûcherons (qui transformaient le bois, qu’il soit illégal ou légal, en planches et en poutres afin de pouvoir le transporter en le mélangeant et en en confondant la provenance), les « bandes de voleurs » ou « bandes organisées de malfaiteurs ». Le royaume de Sardaigne multiplie alors les démarches pour contrôler ces flux illégaux, qui abondent dans la correspondance entre les intendances et le gouvernement central à Turin. L’objectif consiste généralement à imposer des sanctions, à prendre des « mesures extraordinaires » souvent perçues comme urgentes, ou à renforcer la surveillance en augmentant le personnel. Outre les gardes forestiers, parfois suspectés de collusion avec les habitants, des carabiniers royaux étaient également déployés dans les bois.
- 42 Léonide Guiot, Les forêts et les pâturages du comté de Nice, op. cit., p. 48.
- 43 Henri-Louis Bottin, « Protection de l’environnement… », art. cit., p. 230.
- 44 Ibid., p. 217.
24En 1875, Léonide Guiot dénonce les « conséquences désastreuses » que le régime sarde aurait eues sur la situation forestière dans le comté42, ayant accordé trop d’importance à conférer une certaine autonomie de gestion des ressources aux communautés locales. Henri-Louis Bottin en donne une interprétation différente. Selon lui, « alors que la législation sarde protégeait l’environnement par l’intermédiaire des permissions de flottage, la législation française l’ignore », jugeant les mécanismes de protection de l’environnement mis en place par la souveraineté sarde « gênants, facultatifs et inutiles »43. De plus, « les autorisations de flottage sont donc des instruments aux mains des administrations : pour l’autorité sarde, c’est un instrument de protection de l’environnement ; pour l’autorité française, c’est un instrument de protection des ouvrages publics »44. Le « régime français de liberté » serait donc moins soucieux de la protection de l’environnement fluvial et forestier que l’État sarde.
Conséquences environnementales à long terme de la gestion de l’arrière-pays
25Les pratiques complexes liées au flottage du bois de montagne doivent désormais être analysées du point de vue des conséquences environnementales en aval. Comme il a été indiqué dans l’introduction, les catastrophes climatiques récentes doivent encourager à envisager ces espaces à travers une vision intégrée. La documentation historique et cartographique conforte une telle démarche.
Figure 6. Österreichischen Staatsarchiv de Vienne, Carte militaire de la Riviera italienne de Ponente, 1795
- 45 Sur un suivi scientifique de cette catastrophe, voir le projet « STORY » (Risques et sociétés dans (...)
- 46 « Crise hydro-géomorphologie de la tempête Alex dans les Alpes Maritimes : observation, compréhens (...)
26Cette carte de la fin du xviiie siècle figure la manière dont les derniers kilomètres du cours de la Roya sont étroitement liés au système environnemental de la ville de Vintimille et à ses côtes (fig. 6). Il est évident, même visuellement, que les événements se déroulant en amont – modifications du cours des fleuves, berges endommagées, troncs coincés dans le lit des fleuves, violence du débit d’eau due à l’ouverture des digues, inondations, neige ou pluie rare ou au contraire abondante – ont nécessairement des conséquences en aval. Par exemple, en octobre 2020, lors du passage de la tempête Alex, de fortes précipitations ont provoqué la crue des torrents Bévéra et Roya, inondant la ville de Vintimille et causant des dommages très importants (fig. 7)45. Comme l’ont observé des chercheurs du CNRS : « Ses conséquences dramatiques ont révélé, une nouvelle fois, la fragilité de ce territoire particulier, situé entre la Méditerranée et les Alpes, et sujet aux crues éclairs de grande ampleur »46. La reconstruction en cours nécessite une approche intégrée du système côtier-montagnard, désormais jugée essentielle par les administrateurs pour protéger les vallées alpines et les côtes méditerranéennes, une perspective que les historiens peuvent éclairer sur le long terme.
Notes
1 Cette publication a été réalisée dans le cadre du projet « In Search of an Old Resource in the Industrial Era : Wood and the Historical Roots of the Italian Forests (1870s-1960s) » - code P2022SWYTR, CUP D53D23021400001 - financé dans le cadre du PNRR, Mission 4 « Éducation et recherche », Composante 2 Investissement 1.1, Fonds pour le Programme national de recherche et les projets d’intérêt national (PRIN). Elle est traduite de l’italien par Simon Dolet.
2 Dans une historiographie dense, voir entre autres Heinrich Grossmann, « Flösserei und Holzhandel aus den Schweizer Bergen bis zum Ende des 19. Jahrhunderts », Antiquarische Gesellschaft in Zürich, no 46, 1972, p. 1-92 ; Jean Boissière, « Le flottage en Europe du xiiie au xviiie siècle (Quelques remarques à partir de l’exemple français », dans Simonetta Cavaciocchi (dir.), L’uomo e la foresta, secc. xiii-xviii, Florence, Le Monnier, 1996, p. 805-857 ; Erik Törnlund et Lars Östlund, « Mobility without Wheels : The Economy and Ecology of Timber Floating in Sweden (1850-1980) », The Journal of Transport History, vol. 27, 2006, p. 48-70. Pour une nouvelle étude à l’échelle européenne, Jawad Daheur et Katia Occhi (dir.), “Fiumi e foreste. Prospettive storiche sulle fluitazioni nell’Europa preindustriale”, Annali dell’Istituto storico italo-germanico in Trento. Jahrbuch des italienisch-deutschen historischen Instituts in Trient, no 51, 2025.
3 Nicolas Jacob-Rousseau, François Jarrige et Dimitri Langoureau (dir.), Le flottage du bois en Europe. Techniques, sociétés et environnements, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2023.
4 Claudio Lorenzini et Katia Occhi, « Le fluitazioni del legname nelle Alpi orientali Fra continuità e discontinuità (xv-xix secolo) », dans Jawad Daheur et Katia Occhi (dir.), Fiumi e foreste…, op. cit., p. 79.
5 Richard White, The Organic Machine. The Remaking of the Columbia River, New York, Hill & Wang, 1996 : la rivière est interprétée comme une sorte de « machine organique », dans laquelle le travail humain et le travail de la nature s’entrelacent et interagissent, transformant l’environnement alentour. Pour une approche similaire, Sara B. Pritchard, Confluence. The Nature of Technology and the Remaking of the Rhône, Cambridge, Londres, Harvard University Press, 2011.
6 Pour des études complémentaires dans cet espace et plus généralement dans le Sud-Est de la France, voir Luc Thévenon, « Le flottage des bois dans le comté de Nice, une nécessité désastreuse », Nice historique, no 744, 2019, p. 3-27 ; par le suivi des arbres transportés par flottage jusqu’à leur utilisation dans la construction de bâtiments, en plus de la contribution de Sylvain Burri, Vincent Labbas et Philippe Bernardi mentionnée par la suite, Lisa Shindo, « Le bois de construction des Alpes du sud : une ressource mise en œuvre localement et exportée », dans Jean Dumas (dir.), Des ressources et des hommes en montagne, Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2019, en ligne.
7 Henri-Louis Bottin, « Protection de l’environnement et intervention administrative : le flottage du bois dans la province de Nice au xixe siècle », dans Marc Ortolani (dir.), Protection et valorisation des ressources naturelles dans les États de Savoie, Nice, Serre éditeur, 2014. Pour un exemple de prise de conscience à travers l’exemple de Clemente Rovere, Marco Riberi, « La “lecture” du territoire niçois par Clemente Rovere : une mémoire du passé pour la protection et valorisation du paysage actuel », dans Marc Ortolani, Gwenaëlle Callemein, Audric Capella et Olivier Vernier (dir.), Production de la norme environnementale et codification du droit rural entre France et Italie (xviie-xxe siècles), Nice, Serre Éditeur, 2019, p. 375.
8 Archives d’État de Turin [ensuite AET], Prima Archiviazione, Boschi, caccia e pesca, mazzo 1, n. f.
9 Ibid., « Ma solamente per via di Ventimiglia, Stato di Genova, col benefizio del torrente che dalla Briga sbocca in quella parte ».
10 Nicolas Jacob-Rousseau, François Jarrige et Dimitri Langoureau (dir.), Le flottage du bois en Europe…, op. cit., p. 7.
11 Dans l’espace concerné par cette étude, en plus des inondations dans le Var en 2010, la vallée de la Roya, dans une moindre mesure de la Bévéra, ont été durement frappées par la tempête Alex dans la nuit du 2 au 3 octobre 2020, provoquant des crues exceptionnelles et des destructions majeures.
12 Pour un aperçu plus large du flottage entre les Alpes et les côtes méditerranéennes, voir Denis Furestier, « Du Léman à la Méditerranée. Le flottage des bois dans les Alpes (xie-xxe siècles) », dans Nicolas Jacob-Rousseau, François Jarrige et Dimitri Langoureau (dir.), Le flottage du bois en Europe…, op. cit., p. 59-79.
13 Léonide Guiot, Les forêts et les pâturages du comté de Nice, Paris, Imprimerie et librairie d’agriculture et d’horticulture, 1875. Cet essai a été écrit quinze ans après le passage de Nice à la France. Quelques paragraphes sont consacrés à l’ancienne « gestion sarde » des bois et des pâturages. Le texte fait référence à deux ouvrages majeurs : François-Emmanuel Fodéré, Voyages aux Alpes-Maritimes, Paris, Levrault, 1821, mais rédigé entre 1801 et 1803, et Louis Durante, Chorographie du comté de Nice, Turin, Frères Favale, 1847.
14 Sylvain Burri, Vincent Labbas et Philippe Bernardi, « De la forêt au bâtiment. Approche pluridisciplinaire des couvertures de bois dans le sud-est de la France (xiie-xixe siècles) », Archéologie médiévale, no 49, 2019, p. 133-170 ; Gilbert Buti, « Des forêts pour un arsenal méditerranéen : Toulon au xviiie siècle », Forêt méditerranéenne, vol. 23, 2002, p. 53-64.
15 Davide Bertolotti, Viaggio nella Liguria marittima, Turin, Eredi Botta, 1834. Ce récit décrit ces espaces, entre littoral et arrière-pays, en perpétuel connexions. L’observateur n’en semble pas surpris. Par exemple, les bergers de La Brigue conduisent leurs troupeaux sur les plages en hiver, en attendant la belle saison, fournissant ainsi viande et lait aux habitants de la côte, d’Antibes à San Remo. Les plages sont donc autant de pâturages que les hauteurs des Alpes maritimes.
16 Lettres-patentes par lesquelles Sa Majesté approuve un nouveau réglement pour l’administration des bois et ordonne de nouvelles dispositions pour le flottage des bois sur les fleuves, rivères, torrens et lacs, 1833-1834.
17 Léonide Guiot, Les forêts et les pâturages du comté de Nice, op. cit., p. 46.
18 Pour une exploitation précédente de cette photographie, et plus généralement sur une étude du flottage à l’échelle des Alpes-Maritimes, voir Jean-Bernard Lacroix et Jérôme Bracq, L’eau douce et la mer. Du Mercantour à la Méditerranée, Nice, Conseil général des Alpes-Maritimes, 2007, p. 222-226.
19 Nicolas Jacob-Rousseau et Frédèric Gob, « Le flottage du bois et ses conséquences écologiques, de l’Antiquité à l’époque contemporaine. Problèmes, matériel et méthodes pour une contribution à l’histoire environnementale », dans Anne Baud et Gérard Charpentier (dir.), Chantiers et matériaux de construction, Lyon, MOM Éditions, 2020, p. 175-208.
20 L’original est une plaque de verre réalisée par Victor de Cessole. Je remercie l’équipe de la Bibliothèque Cessole de Nice pour sa généreuse collaboration.
21 Léonide Guiot, Les forêts et les pâturages du comté de Nice, op. cit., p. 45.
22 Ibid., p. 45.
23 Archives départementales des Alpes-Maritimes [ensuite ADAM], Intendance générale de Nice, 1 FS 332.
24 ADAM, Intendance générale de Nice, 1 FS 332.
25 Son petit-fils, également prénommé Sebastiano, né en 1817 à Saint Dalmas de Tende, était revenu dans le Piémont avec sa famille, puis avait étudié à Turin et travaillé longtemps comme ingénieur ferroviaire. Membre du Conseil supérieur des travaux publics, il doit sa renommée au brevet d’une machine de forage pneumatique utilisée dans la construction du tunnel du Fréjus.
26 Spirito Benedetto Nicolis di Robilant, « Essai géographique suivi d’une topographie souterraine, minéralogique, et d’une docimasie des États de S. M. en terre ferme », dans Mémoires de l’Académie royale des sciences. Années 1784-1785, partie 1, Turin, Jean-Michel Briolo, 1786.
27 Davide Bertolotti, Viaggio nella Liguria marittima, op. cit., p. 246-247.
28 ADAM, Consulat et Empire, CE O 074.
29 ADAM, Intendance générale de Nice, 1 FS 1295.
30 ADAM, Intendance générale de Nice, 1 FS 302.
31 Le dessin illustre la multiplicité des ressources et des ouvrages qui entourent le lit de la Roya (scieries, moulins, canaux, prairies et bâtiments privés). Le cours du torrent dans ce tronçon est adjacent à la route menant de Turin au comté de Nice, soulignant ainsi la fonction de voie d’eau complémentaire au réseau routier ordinaire.
32 L’expression « a scala » est employée dans le texte original italien. Cette technique de transport n’a pu être reconstituée.
33 Ces lettres patentes ont déjà été citées plus haut. J’ai eu l’occasion de commencer à consulter cette documentation lors de ma collaboration avec le Laboratoire d’histoire des Alpes de l’Université de la Suisse italienne. Voir Giulia Beltrametti, « Trattasi d’una selva di natura sua d’alto fusto. Fluitazione del legname, reti economico-sociali e costruzione del paesaggio nelle Alpi Marittime (xviii-xix secolo)», Percorsi di ricerca, vol. 2, no 4, 2022, p. 47-65.
34 Promulguées par Victor-Amédée II, Leggi, e costituzioni di S. M. da osservarsi nelle materie civili, e criminali ne’ Stati della M. S., tanto di qua, che di là da’ monti, e colli. Loix, et constitutions du roi. Lesquelles devront être observées dans ses etats, tant deçà, que delà des monts, & cols, dans les matiéres civiles, & criminelles, Turin, G. B. Valetta, 1723 et Leggi, e costituzioni di S. M. Loix, et constitutions de Sa Majesté, Turin, G. B. Chais, 1729.
35 Léonide Guiot, Les forêts et les pâturages du comté de Nice, op. cit., p. 217-218.
36 AET, Archivio sistemato, Agricoltura e boschi, mazzo 195, Lettres patentes en date du 1er décembre 1833, et du 28 janvier 1834 par lesquelles Sa Majesté approuve un nouveau règlement pour l’administration des bois et ordonne de nouvelles dispositions pour le flottage des bois sur les fleuves, rivires, torrens et lacs, Turin, Imprimerie royale, s. d., 5 p.
37 Henri-Louis Bottin, « Protection de l’environnement… », art. cit., p. 220.
38 Léonide Guiot, Les forêts et les pâturages du comté de Nice, op. cit., p. 215-216 : « La loi sarde reconnaissait bien la plupart des principes généraux conformes à la bonne gestion des forêts, mais elle avait soin de laisser toujours ouverte une porte aux exceptions dans chaque province, suivant les cas, suivant les usages, suivant les besoins politiques surtout ». Il précise ensuite : « En somme, dans les États sardes, avec des lois médiocres, avec des administrateurs armés de faibles pouvoirs, et en prenant pour base la liberté municipale, on avait satisfait les populations. Il est vrai que dans ce système les forêts disparaissaient rapidement, et que la porte était constamment ouverte à tous les abus […] ».
39 Marc Ortolani, « Bans champêtres, contrats et législation royale… », art. cit., p. 179-202. Bien que se référant au xviiie siècle, l’interprétation proposée est également précieuse pour interpréter la relation entre les normes centrales et les normes locales au xixe siècle : un modèle de gouvernance polycentrique, hybride, à la fois vertical (centralisé) et horizontal (participatif), qui permet une co-production de la norme, dans laquelle les communautés gardent un rôle actif.
40 ADAM, Intendance générale de Nice, 1 FS 470. Il s’agit de l’un des nombreux dossiers documentant les ravages causés aux forêts, les abus et les ventes illégales de bois, objet d’un intense échange épistolaire entre l’intendant et le gouvernement central.
41 ADAM, Intendance générale de Nice, 1 FS 1345, 16 marzo 1831, selon l’inspecteur des bois de la division de Nice : « uno stuolo di contravventori […] ne opera impunemente il trasporto [del legname] nel capoluogo della comunità, ove si è stabilito un pubblico traffico di legnami, i quali si trasportano quindi liberamente coi carri sul mercato di Nizza e si vendono ai mercanti che vi tengono la mano ».
42 Léonide Guiot, Les forêts et les pâturages du comté de Nice, op. cit., p. 48.
43 Henri-Louis Bottin, « Protection de l’environnement… », art. cit., p. 230.
44 Ibid., p. 217.
45 Sur un suivi scientifique de cette catastrophe, voir le projet « STORY » (Risques et sociétés dans le bassin de la Roya) coordonné par Marianne Cohen, Stéphane Desruelles et Christian Gorini, https://projetstory.wordpress.com/ (consulté le 25/09/2025).
46 « Crise hydro-géomorphologie de la tempête Alex dans les Alpes Maritimes : observation, compréhension et modélisation », 22 octobre 2020, https://www.insu.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/crise-hydro-geomorphologie-de-la-tempete-alex-dans-les-alpes-maritimes-observation (consulté le 25/09/2025). Cet article reconstitue clairement les dynamiques environnementales des précipitations dans les vallées alpines et leurs effets sur les côtes maritimes.
Haut de pageTable des illustrations
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| Titre | Figure 1. Département des Alpes-Maritimes (1793-1799), d’après Joseph Combet, « Le directoire départemental et l’administration centrale des Alpes-Maritimes », dans Cinquantenaire de la Société des sciences, lettres et arts des Alpes-Maritimes, Paris, Nancy, Berger-Levrault, 1914, p. 90. |
| Crédits | © S. Dolet |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19465/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 346k |
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| Titre | Figure 2. Bibliothèque de Cessole, Nice, 1 CES VER 1550, Victor de Cessole, Photographie du barrage de Chastillon [Castillon], 23 mai 189920 |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19465/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 467k |
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| Titre | Figure 3. AET, Carte topografiche e disegni, Controllo generale di finanze. Tipi annessi alle patenti secolo xix, Roja, torrente, mazzo 397, Tipo planimetrico, profilo longitudinale e sezioni trasversali di un tronco del torrente Roya e delle sue adiacenze…, sans date (xixe siècle)31 |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19465/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 229k |
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| Titre | Figure 4. ADAM, 1 FS 302, Tipo dimostrativo di un tronco del torrente Biogna ossia Casterrin nel comune di Tenda, su cui cadono le questioni insorte tra il Sige. Negte. Romano Grandis attore, e la Sigra. Rey vedova Toesca convta., 1 fo |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19465/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 702k |
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| Titre | Figure 5. AET, Archivio sistemato, Agricoltura e boschi, mazzo 195, Lettres patentes en date du 1er décembre 1833, et du 28 janvier 1834 par lesquelles Sa Majesté approuve un nouveau règlement pour l’administration des bois et ordonne de nouvelles dispositions pour le flottage des bois sur les fleuves, rivires, torrens et lacs, Turin, Imprimerie royale, sans date, p. 1 |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19465/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 222k |
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| Titre | Figure 6. Österreichischen Staatsarchiv de Vienne, Carte militaire de la Riviera italienne de Ponente, 1795 |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19465/img-6.jpg |
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| Titre | Figure 7. Image satellite datée du 3 octobre montrant les panaches sédimentaires dans la Méditerranée |
| Crédits | © Sentinelle 2 (CNRS Terre&Univers) |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19465/img-7.png |
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Pour citer cet article
Référence papier
Giulia Beltrametti, « Flottage du bois, littoral méditerranéen et risque environnemental : penser les ressources naturelles et leur gestion dans une perspective intégrée (Vallée de la Roya, xixe siècle) », Cahiers de la Méditerranée, 111 | 2025, 59-75.
Référence électronique
Giulia Beltrametti, « Flottage du bois, littoral méditerranéen et risque environnemental : penser les ressources naturelles et leur gestion dans une perspective intégrée (Vallée de la Roya, xixe siècle) », Cahiers de la Méditerranée [En ligne], 111 | 2025, mis en ligne le 20 juillet 2026, consulté le 13 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cdlm/19465 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16lnv
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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
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