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Dossier : La Méditerranée à l’épreuve de l’histoire environnementale (XVIe-XXIe siècle)
Exploiter et optimiser les ressources entre littoral et montagne

Cultures exotiques dans les Alpes-Maritimes : des ressources économiques au cœur d’un projet impérial d’acclimatation (1804-1815)

Exotic Cultures in the Alpes-Maritimes: Economic Resources at the Heart of an Imperial Acclimatisation Project (1804-1815s)
Léonie Boissière
p. 77-93

Résumés

Privé de ses colonies depuis 1792 et confronté au blocus britannique dès 1806, l’État napoléonien lance un vaste projet agronomique. Il consiste à introduire des plantes exotiques dans les départements du sud de la France, comme les Alpes Maritimes, et en Europe méridionale, comme en Espagne ou dans la péninsule italienne. Selon les savants, les climats tempérés de ces territoires en font des terrains idéaux pour l’acclimatation. En cultivant des ressources étrangères, l’Empire tente donc de renforcer son économie, en particulier les secteurs du textile et du sucre. Cependant, sa mise en œuvre présente plusieurs défis : développer des savoirs adaptés, organiser l’approvisionnement en semences, sensibiliser les cultivateurs et intégrer ces cultures aux pratiques existantes. Cet article tente de compléter une histoire de cette première vague d’acclimatation en la replaçant dans un contexte de rivalité franco-britannique et d’industrialisation, en adoptant une approche comparative entre l’Espagne, la France et la péninsule italienne.

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Texte intégral

  • 1  Archives départementales des Alpes-Maritimes [ensuite ADAM], CE M379, « Décret impérial du 25 mars (...)
  • 2  ADAM, CE M378, Lettre du préfet Dubouchage aux maires sur l’agriculture. Nice, 26 juin 1807, 1 fo.

1Le 25 mars 1811, un décret impérial sur la culture du coton est publié. Le bureau d’agriculture du ministère de l’Intérieur y expose un projet visant à acclimater des végétaux exotiques dans les départements du sud de la France, en Espagne et dans la péninsule italienne, c’est-à-dire en Europe méridionale1. En effet, l’État estime que le climat et la topographie de ces espaces offrent des conditions propices à l’introduction d’espèces étrangères, pensées comme particulièrement productives, susceptibles de constituer une source importante de richesse pour l’économie française2.

  • 3  Silvia Marzagalli, « Les boulevards de la fraude ». Le négoce maritime et le Blocus continental (1 (...)
  • 4  Patrice Bret, « Des “Indes” en Méditerranée ? L’utopie tropicale d’un jardinier des Lumières et la (...)
  • 5  ADAM, CE M370, Lettre de François Brisseaux de Mirbel au préfet Dubouchage. 14 janvier 1804, 1 fo.
  • 6  Laurent Brassart, « “La ferme des animaux” ou l’invention d’une politique de l’animal utile sous l (...)
  • 7  Jean-Philippe Zanco, « Les haras du Languedoc au xviiie siècle (1700-1789) », Annales du Midi, vol (...)
  • 8  Henri-Alexandre Tessier, Instruction sur les bêtes à laine et particulièrement sur la race des mér (...)
  • 9  Laurent Brassart, « Improving Useful Species. A Public Policy of the Directoire Regime and Napoleo (...)

2Ce projet impérial d’acclimatation s’inscrit dans un contexte de rivalité franco-britannique, marqué par deux blocus opposés. Le premier – instauré par la Grande-Bretagne en 1803 – interdit l’exportation de marchandises et de produits manufacturés issus des colonies et de la métropole vers la France3. Cette interruption des approvisionnements entraîne une pénurie de ressources étrangères essentielles à l’économie française, notamment pour les secteurs du textile et de la Marine. En réponse, Napoléon Ier instaure à son tour un blocus, dit « continental », en 1806 contre la Grande-Bretagne. Cette politique protectionniste vise à réduire la dépendance de la France aux importations des territoires britanniques et à compenser la perte des colonies de 1792 en renforçant l’autonomie économique de l’Empire. Selon Patrice Bret, l’objectif est de recréer « les Indes » dans « les pays méridionaux de l’Europe » – en particulier dans les départements français, en Espagne et dans la péninsule italienne – en y implantant des denrées tropicales4. Ainsi, en 1804, l’État lance deux programmes visant à introduire des espèces « plus avantageuse[s] »5. Tout d’abord, le premier concerne l’amélioration des races animales, en particulier par l’intégration d’espèces utiles à l’économie, associée à des pratiques de croisement6. En 1806, des institutions nationales de reproduction animale et des haras sont alors créés en Languedoc, venant s’ajouter à ceux déjà présents7. Parmi les races jugées plus productives sont introduits, par exemple, des mérinos d’Espagne8. Auparavant, et dans la continuité, l’expédition d’Égypte de 1798 avait déjà facilité une importante arrivée d’étalons égyptiens et arabes9.

  • 10  Laurent Brassart et Émilie-Anne Pépy, « L’acclimatation des arbres nord-américains en France (v. 1 (...)
  • 11  Pierre Belon, Les remonstrances sur le défault du labour et culture des plantes et de la cognoissa (...)
  • 12  Cité d’après Émilie-Anne Pépy, Pour une histoire des savoirs sur la nature et des imaginaires envi (...)
  • 13  « Projet d’un établissement d’agriculture en Égypte, par le citoyen Nectoux », La décade égyptienn (...)
  • 14  Laurent Brassart, « Improving useful species… », art. cit., p. 95-97.
  • 15  ADAM, CE M378, Instruction pour MM. Les Capitaines et Commandants des bâtiments de l’État. Paris, (...)
  • 16  « Projet d’un établissement d’agriculture en Égypte… », art. cit., p. 105. Nectoux utilisait bien (...)
  • 17  Serge Chassage, Le coton et ses patrons. France (1760-1840), Paris, Édition de EHESS, 1991.

3Le second programme impérial d’acclimatation de 1804 vise à implanter des végétaux étrangers dans les départements du sud de la France et en Europe méridionale. Il connaît de nombreuses transformations, en élargissant l’action au-delà des seuls départements méridionaux, et se termine en 1815, à cause des coûts de la guerre. Cependant, cette idée n’est pas nouvelle10. En France, elle remonte au moins à 1558, selon Les remonstrances sur le défault du labour et culture des plantes et de la cognoissance d’icelles de Pierre Belon11. Au xviie siècle, cette dynamique se poursuit, notamment en 1661, avec l’arrivée de lauriers aromatiques des Antilles et d’acacias au Jardin du roi. En 1665, Antoine Vallot (1595-1671), surintendant de l’institution, cherche déjà à tirer parti de l’essor des échanges mondiaux encouragé par Colbert. Dans une dédicace à Louis XIV, il espère « augmenter le nombre [des] Plantes […] des plus rares, & des plus curieuses de la terre », envoyées « des deux extrémitez du Monde, sous les auspices de Vostre Majesté »12. Cette initiative se renforce à la fin du xviiie siècle avec la campagne d’Égypte, durant laquelle le coton, l’indigo et la canne à sucre sont introduits sur le territoire égyptien13. En parallèle, des tentatives similaires sont menées en Espagne et dans la péninsule italienne, avec des résultats contrastés14. Dans cette continuité, le Premier Empire lance son programme d’acclimatation fondé sur l’introduction de végétaux exotiques venus de régions situées aux « mêmes latitudes que la France »15. Après la perte de ses colonies, le gouvernement parie ainsi sur les climats doux des espaces méridionaux de l’Europe pour reproduire des ressources tropicales. Le botaniste Hippolyte Nectoux (1759-1836) – étudié par Patrice Bret – souligne d’ailleurs la « conformité de température » entre l’Égypte et « celle de l’Amérique méridionale »16. Ainsi, les jardins botaniques favorisent l’implantation d’espèces rentables, dans le but d’enrichir les environnements locaux et de renforcer l’économie impériale. Dans cette perspective, le coton (Gossypium herbaceum) est cultivé pour alimenter l’industrie du textile et concurrencer les « indiennes » produites par la Grande-Bretagne17. Parallèlement, la betterave à sucre (Beta vulgaris L.) est introduite pour répondre aux besoins croissants du secteur sucrier.

  • 18  Jean-Bernard Lacroix et Jérome Bracq, Du mélèze au palmier. Nature, culture et paysages des Alpes- (...)
  • 19  Attestation de la présence de palmier dans Musée national de la Marine de Paris, Claude-Joseph Ver (...)
  • 20  Gabriel Alziar, « Le jardin botanique de la ville de Nice. Histoire de sa création », Nice Histori (...)
  • 21  Jean-Noël Consales et Brice Dacheux-Auzière, « De la banlieue agricole aux jardins urbains. Perman (...)
  • 22  Braudel Fernand, La Méditerranée et le Monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, vol. 1, Pari (...)

4Face à la pression du blocus britannique, l’État français renforce son projet agricole en menant des expérimentations à la fois dans des institutions et directement sur les terres de ses administrés. Ainsi, des parcelles de coton, d’indigo (Indigofera tinctoria), de betterave à sucre et de lin australien (Phormium tenax) voient le jour en Espagne, dans la péninsule italienne et dans les départements du sud de la France, comme celui des Alpes-Maritimes au cœur de cet article. Ces plantes exotiques ont des origines géographiques diverses. Le coton provient de plusieurs régions du monde : d’Amérique – notamment du Mexique et des Caraïbes –, d’Asie du Sud – principalement de l’Inde et du Pakistan –, ainsi que d’Afrique australe. La betterave sucrière est native d’Afrique du Nord et du Proche-Orient. L’indigo, quant à lui, est importé d’Inde, de Chine et du Moyen-Orient. Enfin, le phormium tenax provient de Nouvelle-Zélande et d’Australie. Dans le département des Alpes-Maritimes, territoire entre littoral et montagne, ces espèces sont progressivement introduites dans une aire d’expérimentation s’étendant de Nice à Saint-Étienne-de-Tinée, et d’Annot à San Remo (fig. 1). Ce département est délimité à l’est par la chaîne des Alpes et à l’ouest par le fleuve Var, marquant la frontière avec le département du même nom. Cette première vague d’acclimatation, généralement située par l’historiographie entre 1790 et 185018, contribue à l’arrivée du palmier à Nice et à Bordighera (fig. 1)19. Elle préfigure la deuxième phase d’introduction qui a profondément et durablement transformé les paysages jusqu’à nos jours20. Cependant, dès la première vague, l’implantation d’espèces importées modèle les pratiques agricoles21. D’une part, elle vient enrichir une polyculture centrée sur la « triade méditerranéenne » – le blé, le vin et l’olive – en s’adaptant aux spécificités agricoles des territoires et des diverses altitudes, comme la culture de la châtaigne22. D’autre part, l’essor de la proto-industrie soutient cette politique, en particulier avec des manufactures chargées de réduire l’indigo en poudre.

Figure 1. La culture de plantes exotiques dans le département des Alpes-Maritimes (1806-1815)

Figure 1. La culture de plantes exotiques dans le département des Alpes-Maritimes (1806-1815)

© Léonie Boissière

  • 23  Voir ADAM, CE M378, « Coton » ; CE M379, « Betteraves » ; CE M382, « Lin et chanvre » ; CE M383, « (...)

5Cette étude de cas sur le département des Alpes-Maritimes s’appuie sur des archives administratives et institutionnelles. Le but est d’interroger si l’État impérial envisage le climat du pourtour de la Méditerranée comme particulièrement propice à l’acclimatation de plantes exotiques. Il s’agit de suivre cette organisation verticale, des discours savants et des politiques impériales jusqu’à leur application par les autorités administratives et les acteurs locaux. Ainsi, cet article vise à enrichir l’histoire de la première phase d’acclimatation – une période moins explorée que la seconde – dans le contexte du blocus continental et des débuts de l’industrialisation23. Par le biais d’une approche inductive, il contribue également à une histoire de la Méditerranée en la mettant en perspective avec d’autres initiatives en Europe méridionale et en Égypte.

Une impulsion impériale en faveur de l’acclimatation

Entre réflexion agronomique et politique agricole

  • 24  Charles C. Gillispie, Science and Polity in France at the end of the Old Regime, Princeton, Prince (...)
  • 25  Henri-Alexandre Tessier, « Mémoire sur l’introduction en France de la culture du coton, lue à la s (...)
  • 26  Marie-Noëlle Bourguet, Bernard Lepetit, Daniel Nordman et Maroula Sinarelis, L’invention scientifi (...)
  • 27  « Lettre de François Martin au professeur André Thouin, Toulon, 15 décembre 1803, 1 fo », dans Cor (...)
  • 28  ADAM, CE M370, Lettre de François Martin à Augustin Balmossiere-Chartroux. Toulon, janvier 1804, f(...)

6Dès 1804, et avec les évolutions évoquées précédemment, l’administration impériale établit une politique agricole dans les départements du sud de la France. Elle est conçue par l’élite savante siégeant au Comité général d’Agriculture, rattaché au Conseil d’État24. À titre d’exemple, en 1807, l’agronome Henri-Alexandre Tessier (1741-1847) est chargé par l’administration impériale de rédiger plusieurs mémoires agronomiques, destinés à fournir aux cultivateurs toutes les informations nécessaires à l’acclimatation. Le but était d’introduire de la betterave et du coton dans tous les départements français. Il y soulignait néanmoins la spécificité d’adaptation de ces végétaux aux climats de la France méridionale25. Toute une élite savante est à l’initiative de ce projet et en assure concrètement la mise en œuvre26. Ainsi, entre 1804 et 1815, le département des Alpes-Maritimes reçoit des espèces exotiques grâce aux réseaux savants, principalement ceux liés aux institutions botaniques. En décembre 1803, André Thouin (1747-1824), professeur d’histoire naturelle à Paris, propose l’envoi de graines à François Martin (1733-1817)27, responsable du jardin de la Marine de Toulon. Entre 1804 et 1805, ce dernier reçoit plus de 30 espèces de graines étrangères. Il joue alors un rôle central dans la conservation et la multiplication des plantes étrangères, avec plus de 3 000 espèces cultivées sur place. Dans le cadre d’un processus de redistribution institutionnelle, en janvier 1804, l’établissement toulonnais expédie plus de « 4 000 plantes exotiques » et « 50 pieds d’arbres étrangers » au jardin botanique du lycée de Nice, supervisé par le professeur de botanique Antoine Risso (1777-1845)28.

  • 29  ADAM, CE M 378, Lettre du ministre de l’Intérieur au préfet Dubouchage. Paris, 11 mars 1808, 2 fo.

7À leur arrivée à Nice, les graines sont prises en charge par l’administration préfectorale. En 1807, le bureau d’agriculture du ministère de l’Intérieur confie au préfet des Alpes-Maritimes, Marc-Joseph Dubouchage (1746-1829), la mission d’intégrer ces végétaux dans les espaces ruraux du département. Dans ce cadre, l’institution parisienne et le jardin botanique de Nice expédient des graines au préfet, qui les redistribue ensuite aux maires des communes sollicitées. Ces derniers assurent à leur tour la distribution auprès de leurs administrés, favorisant ainsi l’implantation progressive de ces espèces sur le territoire. À la demande du ministère de l’Intérieur, le préfet Dubouchage distribue aussi des mémoires agronomiques aux maires des communes, comme ceux de Tessier, avec les résultats de son expérimentation dans l’ensemble des départements français29. Leur diffusion poursuit un double objectif : favoriser l’acclimatation tout en soutenant le développement de l’agriculture et de l’industrie.

  • 30  Laurent Brassart, « Succès agronomique et échec économique. L’acclimatation du coton dans les dépa (...)
  • 31  Patrice Bret, « Des “Indes” en Méditerranée ? … », art. cit., p. 66.
  • 32  « Projet d’un établissement d’agriculture en Égypte… », art. cit., p. 106-108.
  • 33  Martino Lorenzo Fagnani, « L’acclimatation de l’arachide en Italie », Études rurales, no 213, 2024 (...)
  • 34  Ibid., p. 104.

8Ce projet se place dans la continuité de celui envisagé lors de la campagne d’Égypte30. Entre 1798 et 1801, le botaniste Hippolyte Nectoux est envoyé par l’État et le Muséum d’histoire naturelle de Paris pour y introduire des espèces devenues américaines entre le xve siècle et le xviiie siècle, telles que le coton, l’indigo, la canne à sucre, le caféier ou encore la cochenille31. L’implantation de ces espèces est alors perçue comme une nouvelle branche agricole stratégique pour la France. Sa mise en œuvre repose sur une organisation rigoureuse, fondée sur la sélection d’« hommes capables d’administrer aux nouvelles plantations les soins qu’elles exigent dès le commencement » et de les « multiplier par tous les moyens »32. Parallèlement, entre 1798 et 1810, d’autres politiques d’acclimatation émergent en Espagne et dans la péninsule italienne. Selon Martino Lorenzo Fagnani, les États pré-unitaires de la péninsule italienne annexés ou occupés par l’Empire français – en particulier le Piémont, les royaumes d’Italie et de Naples – encouragent l’implantation de l’arachide (Arachis hypogaea). Cette plante, originaire d’Amérique du Sud, est introduite pour relancer le secteur oléicole, alors que la culture de l’olivier décline, principalement dans le Piémont33. Moins coûteuse, l’huile d’arachide est perçue comme un nouvel « or jaune », appelé à remplacer l’huile d’olive dans l’économie locale. Une dynamique similaire apparaît en Espagne dès 1798, dans la région de Valence. L’arachide y est cultivée pour ses usages économiques. Son huile est aussi utilisée pour l’éclairage et la cuisine. Quant aux cacahuètes, elles sont moulues, grillées, mélangées à du sucre de canne, et servent de substitut au cacao34.

Promouvoir l’acclimatation dans les départements du sud de la France

  • 35  Laurent Brassart, « Succès agronomique et échec économique… », art. cit., p. 76-78.
  • 36  ADAM, CE M379, Lettre du ministre des manufactures et du commerce au préfet Dubouchage. Paris, 28  (...)

9Le gouvernement impérial appuie son programme d’acclimatation d’une véritable stratégie de communication. Dans ce cadre, les préfets distribuent des circulaires, des questionnaires et des prospectus à leurs administrés pour promouvoir le projet et en assurer le suivi35. Le préfet Dubouchage diffuse alors des circulaires dans les Alpes-Maritimes pour définir les actions à mener sur le terrain. Ainsi, le 28 mars 1811, il incite les départements à exploiter le potentiel économique de la betterave sucrière. L’objectif est de lancer rapidement cette culture afin d’en extraire du sucre, dont le rendement est estimé à « 60 millions de francs annuels pour la France »36. Le 13 avril 1811, il envoie aussi de nouvelles circulaires aux maires, les chargeant de faire ensemencer 100 hectares de betteraves et d’inciter les cultivateurs à participer à cet effort national. Pour cela, il leur demande aussi de remplir des questionnaires détaillés.

  • 37  ADAM, CE M382, Questions proposées par Monsieur le préfet sur la culture du lin et du chanvre dans (...)
  • 38  ADAM, CE M379, Lettre du préfet aux maires des communes du département des Alpes Maritimes. Nice, (...)

10En effet, des formulaires sont élaborés pour encourager et contrôler la diffusion des plantes exotiques dans les communes des Alpes-Maritimes. Ces documents demandent aux administrés d’indiquer l’étendue approximative des terres dédiées à ces végétaux, les cantons et les communes où elles sont les plus développées, ainsi que le type de sol adapté, les engrais nécessaires à leur croissance, la quantité de graines pouvant être semées par terrain et leur prix de vente (fig. 2)37. Ces données permettent donc au gouvernement d’évaluer l’implantation des nouvelles espèces et d’adapter sa politique d’acclimatation. Enfin, des prospectus et des affiches sont diffusés par les circuits administratifs habituels, puis exposés dans les villages. En 1811, par exemple, le maire de La Roquette-Saint-Martin-du-Var en placarde dans sa mairie pour promouvoir la culture de la betterave sucrière. L’objectif est de sensibiliser la population au projet agricole de l’Empire. Dans le même esprit, le préfet Dubouchage convie plusieurs maires à goûter du sucre de betterave pour « convaincre les plus incrédules »38.

  • 39  Laurent Brassart, « Improving useful species… », art. cit., p. 95-97.
  • 40  ADAM, CE M379, « Décret impérial du 25 mars 1811 », dans Lettre du ministre de l’intérieur au préf (...)
  • 41  ADAM, CE M383, Lettre du ministre des manufactures et du commerce au préfet Dubouchage. Paris, 25  (...)

11Pour appuyer sa stratégie de promotion, le gouvernement impérial envisage de rétablir les écoles expérimentales de l’Ancien Régime dans les départements. Dans le domaine agricole, leur mission serait de soutenir l’implantation des espèces importées. Le projet prévoit deux types d’écoles. D’un côté, l’école des arbres fruitiers et des plantes communes centrée sur les espèces locales. De l’autre, l’école des plantes utiles orientée vers l’intégration d’espèces rentables pour l’alimentation et l’économie39. Dans le décret impérial du 28 mars 1811, Napoléon Ier souligne aussi l’importance de ces établissements pour sensibiliser les propriétaires et les cultivateurs susceptibles d’assister aux cours40. En complément, l’État alloue un budget d’un million de francs pour promouvoir l’enseignement lié à la production de végétaux exotiques41. Cette politique poursuit ainsi trois objectifs majeurs : collecter, introduire et acclimater. Elle tente aussi d’expérimenter l’hybridation entre différentes variétés. En dépit des efforts économiques et promotionnels, la mise en œuvre de ce programme agricole impérial à l’échelle départementale et locale, ainsi qu’à celle des individus, reste un défi majeur.

Figure 2. ADAM, CE M 382, Questions proposées par Monsieur le préfet sur la culture du lin et du chanvre dans le territoire de Nice, 1811, fo 1-r

Figure 2. ADAM, CE M 382, Questions proposées par Monsieur le préfet sur la culture du lin et du chanvre dans le territoire de Nice, 1811, fo 1-r

© Léonie Boissière

Cultiver l’exotique dans le département des Alpes-Maritimes

De la politique semencière à la pratique

  • 42  ADAM, CE M370, Lettre de Charles Brisseau de Mirbel au préfet Dubouchage. Malmaison, 4 janvier 180 (...)
  • 43  ADAM, CE M379, Lettre du maire de Nice au préfet Dubouchage. Nice, 20 mars 1811, 1 fo.
  • 44  ADAM, CE 378, Lettre du ministre de l’Intérieur au préfet Dubouchage. Paris, 3 mars 1811, 1 fo.
  • 45  L’ensemble de la documentation disponible montre que les commandes et les achats de semences sont (...)
  • 46  ADAM, CE M378, Instruction pour MM. les Capitaines et Commandants des bâtiments de l’État. Paris, (...)
  • 47  ADAM, CE 378, Lettre du ministre de l’Intérieur au préfet Dubouchage. Paris, 20 mars 1807, 1 fo.
  • 48  Laurent Brassart, « Succès agronomique et échec économique… », art. cit., p. 90.

12Dans ce projet impérial, les végétaux étrangers sont introduits afin d’améliorer les espèces locales ou de s’y substituer. Ils sont alors présentés comme plus rentables et résilients pour « l’intérêt de la patrie »42. Cet intérêt pour l’exotique entraîne aussi la création de nouveaux réseaux d’approvisionnements. Entre 1806 et 1815, le département des Alpes-Maritimes reçoit des semences importées par le port de Marseille. Dans une lettre de 1811, le maire de Nice informe le préfet de la réception de graines de betterave sucrière arrivées par cette voie43. Quelques jours plus tôt, un rapport du ministère de l’Intérieur annonçait l’envoi de quarante kilos de graines de coton par le préfet des Bouches-du-Rhône vers les Alpes-Maritimes44. Dans un contexte de blocus britannique et continental, d’où proviennent ces semences ?45 Celles envoyées par le port de Marseille sont principalement collectées par des capitaines mandatés par l’État. Pour encourager leur participation, le gouvernement s’engage à rembourser le coût des semences ainsi que les frais de transport. Selon une instruction du ministère de l’Intérieur, ces capitaines doivent privilégier les graines de régions proches des latitudes de la France et de l’Europe méridionale. Ainsi, des zones de collectes sont désignées : l’Amérique, mais aussi des territoires bordant ou en mer Méditerranée, comme Chypre, l’Égypte et Malte46. D’autres zones, telles que le Royaume de Naples, le Piémont et l’Espagne, sont également choisies pour garantir des approvisionnements sécurisés47. Ces territoires sont aussi privilégiés car ils sont sous l’influence ou la domination de l’Empire français. De plus, leurs liaisons terrestres directes avec la France permettent de contourner le blocus britannique48.

  • 49  ADAM, CE M382, Lettre du maire de Contes au préfet Dubouchage. Contes, 31 juillet 1811, 1 fo.
  • 50  Pablo Campos, Lynn Huntsinger, Jose Luis Oviedo, Paul F. Starrs, Mario Diaz, Richard B. Standiford (...)
  • 51  ADAM, CE M378, Lettre du maire de Clans au préfet Dubouchage. Clans, 26 avril 1809, fo 1-r.
  • 52  Martino Lorenzo Fagnani, « L’acclimatation de l’arachide en Italie », art. cit., p. 110.

13Par ailleurs, la plantation de graines étrangères s’intègre aux pratiques agricoles traditionnelles. Elles sont d’abord semées sur des parcelles de 3 à 9 hectares, situées principalement dans les communes de Contes, de San Remo et de Bordighera49. Ces nouvelles productions s’insèrent également dans un système agricole méditerranéen fondé sur la polyculture. Cette technique agricole consiste à planter plusieurs espèces végétales sur une même parcelle, souvent en complémentarité50. Par exemple, à Clans, des parcelles mixtes de vignes et de coton sont créées en 1809. Elles sont situées à l’extérieur du village, de part et d’autre de la route de la forêt, en direction de la chapelle Saint-Michel. Selon le maire de cette commune, cet emplacement bénéficie d’une exposition favorable car « le soleil est le plus ardent » et où « les fraîcheurs du printemps ne s’y prolongent pas »51. La polyculture est également pratiquée avec l’arachide en Italie du Nord. Selon Martino Lorenzo Fagnani, les jardins botaniques et les cultivateurs de Pavie, de Bologne et de la plaine du Pô cultivent cette plante aux côtés d’autres espèces, telles que le radis, le colza, la navette, le pavot, le sésame, le ricin et même le riz52.

L’adaptation des pratiques agricoles et du travail rural

  • 53  Georges Comet (dir.), L’outillage agricole médiéval et moderne et son histoire, Toulouse, Presses (...)
  • 54  ADAM, CE M378, Lettre du maire de Sospel au préfet Dubouchage. Sospel, 28 octobre 1808, fo 1-r.
  • 55  Laurent Brassart, « Succès agronomique et échec économique… », art. cit., p. 87.
  • 56  Sandrine Krikorian, La bergerie nationale d’Arles (1805-1825), Paris, Books on Demand, 2023, p. 76
  • 57  ADAM, CE M382, Questions proposées par Monsieur le préfet sur la culture du lin et du chanvre dans (...)

14L’introduction des semences exotiques dans les Alpes-Maritimes nécessite la maîtrise des techniques de plantation et l’utilisation d’un « outillage agricole » approprié53. Malheureusement, l’origine de ces techniques et les savoirs associés ne sont pas précisés dans le corpus étudié. Dans les régions où le coton est absent, son insertion exige une adaptation des pratiques agricoles locales en raison de ses exigences spécifiques. Selon une lettre du maire de Sospel, il est précisé que le coton doit être semé en rangs. Pour cela, les cultivateurs apprennent à creuser des « poquets », de petits trous peu profonds, dans lesquels ils déposent les graines. Un mois plus tard, la plante atteint son « stade le plus avancé ». Il devient donc nécessaire de procéder au démariage, une opération visant à ne conserver que les deux plants les plus robustes dans chaque poquet. Cinquante jours après la germination, les fleurs se transforment en fruits contenant des graines entourées de fines fibres, formant ainsi le coton. La récolte de cette plante, s’effectuant entre août et septembre à Sospel, est également exigeante. Chaque cueilleur ramasse environ 50 à 80 kg de graines par jour. Pour garantir sa réussite, le cotonnier nécessite aussi une irrigation constante et abondante54. La bergerie impériale d’Arles, fondée en 1805 au mas d’Augery et étudiée par Laurent Brassart, illustre bien cette adaptation aux contraintes de la plante55. Ce domaine, dédié à l’élevage de mérinos et à la culture cotonnière, valorise les déjections animales pour fertiliser les sols. Il tire aussi parti de la proximité du Gard pour irriguer ses plantations56. En Arles, comme à Sospel, les cultivateurs pratiquent le semis en poquets et le démariage, signe d’une appropriation progressive du coton par les savoir-faire agricoles traditionnels. Dans certains cas, l’acclimatation contribue ainsi à faire évoluer les techniques agraires. En revanche, d’autres espèces, comme le lin australien, s’adaptent plus facilement. Cette plante demande des terres de plaine enrichies d’engrais. À Nice, le maire précise que le sol doit être labouré à la pioche ou à la charrue, puis fertilisé avant l’ensemencement à la volée. Les graines sont ensuite recouvertes de fumier, ou, de préférence, de fientes de pigeons, réputées pour être plus efficaces57. Toutefois, cette culture ne modifie pas les pratiques existantes, qui sont similaires à celles du chanvre. Cette continuité démontre que les savoir-faire traditionnels s’appliquent à de nouvelles espèces.

  • 58  Dereck Oddy et Alain Drouard (dir.), The Food Industries of Europe in the Nineteenth and Twentieth (...)
  • 59  Le lin australien (Phormium tenax) est introduit en Europe lors du premier voyage de James Cook (1 (...)
  • 60  ADAM, CE M382, Lettre du maire de la Tour pour répondre à la circulaire du préfet Dubouchage. La T (...)
  • 61  ADAM, CE M382, Lettre du maire de Contes au préfet Dubouchage. Contes, 31 juillet 1811, 1 fo.
  • 62  Laura Centemeri et Xavier Daumalin, Pollutions industrielles et espaces méditerranéen (xviiie-xxe  (...)
  • 63  ADAM, CE M382, Lettre du maire de Valdeblore au préfet Dubouchage. Valdeblore, 31 juillet 1811, fo(...)
  • 64  Gilbert Joseph Gaspard, Statistique des provinces de Savone : d’Oneille, d’Acqui, et de partie de (...)

15Dans le cadre du passage vers la proto-industrie, où l’agriculture se mêle aux activités artisanales et manufacturières, les « mondes du travail » s’adaptent à la production de plantes exotiques58. Entre 1807 et 1813, le bureau d’agriculture du ministère de l’Intérieur recommande d’installer des manufactures près des rivières pour exploiter l’énergie hydraulique, essentielle aux moulins et aux machines. Il préconise aussi l’utilisation de machines dans le but d’intensifier le rythme du travail, comme la petite mécanique à filer le coton. Néanmoins, le travail domestique persiste principalement dans la fabrication de toiles en lin, notamment australien. Le Phormium tenax, distinct du lin européen traditionnel, a un impact sur les secteurs de la teinture et du textile59. La fibre de cette plante se distingue par sa résistance et sa durabilité. Ces qualités en font un matériau privilégié pour les cordages, les toiles et les vêtements. À ce titre en 1811, à La Tour, le rouissage du lin, procédé consistant à séparer les fibres de la partie ligneuse de la plante, se fait encore de manière traditionnelle. Les gerbes récoltées sont d’abord écrasées à l’aide de bâtons en bois par des femmes60. Par la suite, les végétaux macèrent dans des barils ou des étangs pour une durée allant de quinze jours à un mois61. Cette phase, comme l’a démontré Sylvain Olivier dans ses travaux sur le rouissage du genêt en Languedoc, entraîne une pollution importante des cours d’eau environnants62. Une fois la macération achevée, le lin est mis à sécher, puis effilé à l’aide d’un peigne spécifique, généralement utilisé pour le chanvre. Cette opération est suivie du broyage des fibres à l’aide d’un dispositif artisanal désigné comme une « machine en bois à découpe », équipé de cinq couteaux en bois et actionné manuellement par des ouvrières63. Comme à Savone, cette tâche est exclusivement confiée aux femmes et n’est pas rémunérée64.

  • 65  Laurent Brassart, « Succès agronomique et échec économique… », art. cit., p. 96-98.
  • 66  Arnaud Bartolomei, « La révolution industrielle en Méditerranée… », art. cit., p. 120-125.

16Bien que les végétaux étrangers soient introduits dans les Alpes-Maritimes dans une optique de rentabilité, leur production reste modeste et destinée à un usage domestique. De plus, comme l’écrit Laurent Brassart, aucune trace durable des parcelles de coton, d’indigotier, de betterave sucrière et de lin australien n’est restée dans la mémoire des populations provençales65. Il s’agit alors de saisir les raisons de l’échec de ce projet d’acclimatation dans le département, malgré le soutien de l’Empire, face au blocus continental et à l’essor industriel66.

De « l’utopie tropicale de la Méditerranée » à l’échec

Des obstacles climatiques et géologiques aux cultures exotiques

  • 67  Patrice Bret, « Des “Indes” en Méditerranée ?… », art. cit., p. 67.

17Les aspects utilitaires des plantes exotiques légitiment des programmes d’améliorations des environnements locaux, menés notamment en Espagne, en France et dans la péninsule italienne. Patrice Bret parle d’une « utopie tropicale de la Méditerranée » pour désigner ces initiatives67. Cependant, leurs succès restent limités : nombre de ces projets relèvent davantage de visions agronomiques idéalisées, portées par des ambitions politiques, que d’une réelle efficacité agricole. Il s’agit donc de mesurer les écarts entre les objectifs impériaux et les résultats observés sur le terrain.

  • 68  ADAM, CE M379, Lettre du maire de Nice au préfet Dubouchage. Nice, 20 avril 1811, fo 1-r.
  • 69  ADAM, CE M382, Lettre du maire de Sainte-Agnès au préfet Dubouchage. Saint-Agnès, 22 juillet 1811, (...)

18L’insertion d’espèces dans les Alpes-Maritimes rencontre plusieurs obstacles, à commencer par la nature même des sols. En effet, la majorité des terres y sont rocailleuses et sablonneuses, avec un accès limité à l’eau. Si ces conditions conviennent à des cultures traditionnelles comme l’olivier, le blé ou la vigne, elles rendent en revanche l’implantation de plantes exotiques bien plus difficile. En avril 1811, les maires de Nice et d’Utelle signalent que leurs terres sont « trop maigres » et « dépourvues de moyens d’arrosage » pour cultiver la betterave sucrière68. Le lin australien rencontre les mêmes obstacles dans le département69. Sur les trente communes sollicitées pour l’expérimenter, seules cinq s’engagent réellement.

  • 70  ADAM, CE M378, Lettre du maire de Clans au préfet Dubouchage. Clans, 26 avril 1809, 1 fo.
  • 71  ADAM, CE M378, Lettre du préfet Dubouchage au ministre de l’Intérieur. Nice, 25 janvier 1810, 1 fo(...)
  • 72  Laurent Brassart, « Succès agronomique et échec économique… », art. cit., p. 91-92.
  • 73  Martino Lorenzo Fagnani, « L’acclimatation de l’arachide en Italie », art. cit., p. 111-113.
  • 74  ADAM, CE M379, Lettre du maire de la Tour au préfet Dubouchage sur la culture des Betteraves. Corr (...)

19Les contraintes climatiques des Alpes-Maritimes, en raison de leur proximité avec la chaîne alpine, constituent un obstacle supplémentaire à l’implantation d’espèces étrangères. En effet, les communes subissent fréquemment des intempéries, comme le gel et la neige. Par exemple, le 26 avril 1809, le maire de Clans signale que le froid printanier a retardé la culture du coton, et que les pluies automnales ont empêché la maturation des fruits, les faisant pourrir. Pour limiter les pertes, les cultivateurs récoltent les gousses mûres et les font sécher au Soleil ou sur des claies en osier, c’est-à-dire des panneaux tressés. Cependant, la longue période de croissance du cotonnier, de sept à huit mois, et l’impossibilité de semer avant mai limitent la possibilité d’une production satisfaisante et rentable70. En 1809, le préfet Dubouchage affirme qu’aucune récolte de coton n’a pu avoir lieu à cause des aléas climatiques71. De même, entre 1807 et 1815, la culture du coton en Languedoc et en Gascogne est freinée par un climat trop sec72, tandis que celle de l’arachide dans la plaine du Pô pâtit d’une humidité excessive73. En revanche, la production de la betterave sucrière donne de meilleurs résultats. Toutefois, sur la commune de La Tour, elle reste limitée à des quantités modestes dans les « petits jardins des cultivateurs les plus fortunés »74.

  • 75  ADAM, CE M379, Lettre du ministre des Manufacture au préfet Dubouchage. Paris, 12 février 1812, 1  (...)
  • 76  ADAM, CE M379, Tableau des renseignements sur la culture de la Betterave et sur la fabrication du (...)

20Produire massivement des plantes exotiques de manière rentable constitue aussi un défi pour l’Empire. En février 1812, le ministre des Manufactures fixe un volume de production ambitieux : atteindre 10 000 kilogrammes de sucre brut pour l’année 1812-181375. Cependant, ce projet est rapidement irréaliste. En 1811, par exemple, la commune de La Brigue ne produit que deux kilogrammes de sucre, bien en dessous des attentes de l’État76. Dans les Alpes-Maritimes, ces récoltes sont principalement destinées à l’alimentation immédiate, sans véritable visée économique. En conséquence, les rendements insuffisants freinent les ambitions industrielles et agricoles du gouvernement impérial. À cela s’ajoute un autre facteur d’instabilité : le désengagement progressif des cultivateurs et des propriétaires locaux.

Des objectifs agricoles et industriels compromis par une résistance locale

  • 77  ADAM, CE M382, Lettre du maire de La Brigue au préfet Dubouchage. La Brigue, 26 juillet 1811, fo 1 (...)
  • 78  ADAM, CE M379, Lettre du maire de Contes au préfet Dubouchage. Contes, 25 avril 1811, 1 fo.
  • 79  Emma C. Spary, Feeding France : New Sciences of Food (1760-1815), Cambridge, Cambridge University (...)
  • 80  Ibid., p. 1-21.
  • 81  Alex Benvenuto, Jean-Michel Bessi et Michel Seyrat, Nice 1801, le comté de Nice sous la Révolution (...)
  • 82  Ibid., p. 70-75 ; ADAM, CE1 T8, « Archives de l’école centrale de Nice ».
  • 83  Emma C. Spary, Feeding France…, op. cit., p. 168-172.
  • 84  François-Emmanuel Fodéré, Voyage aux Alpes maritimes, ou histoire naturelle, agraire, civile et mé (...)
  • 85  Ibid., p. 85-102.

21En dépit des efforts de l’État impérial pour imposer l’acclimatation dans les départements français et de l’Europe méridionale, les communes conservent une certaine autonomie. Libres dans leurs choix agricoles, les cultivateurs et les propriétaires fonciers se détournent de ce projet. Ainsi, en 1811, le maire de La Brigue signale l’échec de la campagne pour le lin australien : « personne ne s’est présenté »77. Au même moment, à Clans et à Contes, aucun cultivateur n’a accepté de cultiver durablement la betterave sucrière sur de grandes surfaces78. Ce désengagement local résulte du risque économique lié à la culture de plantes exotiques, qui peuvent échouer et entraîner des pertes alimentaires pour ces sociétés de subsistance. Consacrer des terres à ces espèces implique également de renoncer à des productions traditionnelles rentables et stables. Par ailleurs, leur implantation suscite des craintes, tant sur la transmission de maladies aux espèces locales que sur des risques d’intoxication. Plusieurs événements agricoles majeurs renforcent ces inquiétudes, nourries par une mémoire des disettes qui accompagne ces sociétés de subsistance. Dès 1760, plusieurs réformes alimentaires sont ainsi établies dans le royaume de France pour lutter contre les pénuries de céréales : en 1770, le pain de pommes de terre est proposé par Antoine-Augustin Parmentier79 ; en 1790, Alphonse Leroy propose à son tour une réforme face à la disette de blé80. Dans le nouveau département des Alpes-Maritimes, ces initiatives s’inscrivent dans un contexte aggravé par les crises climatiques, militaires et sanitaires. Tout d’abord, l’hiver de 1792 a de lourdes répercussions sur les productions alimentaires. Puis, en 1793, l’invasion du comté de Nice par les armées françaises accentue la déstabilisation du secteur agricole : « les bestiaux sont enlevés, les granges et les maisons incendiées […] le prix de toutes les denrées a augmenté, les impositions ont doublé » et les champs sont saccagés81. Entre 1790 et 1802, des épidémies de typhus et de variole frappent également le département, tuant plus de 8 000 personnes82. Dans ce climat troublé, les Français introduisent la pomme de terre, d’abord perçue comme suspecte puis comme « le symbole de l’abondance républicaine »83. Selon le médecin François-Emmanuel Fodéré (1754-1835), avant la Révolution, elle n’est plantée que dans vingt communes84. Pendant la guerre, cette culture se développe, et le projet techno-scientifique de Parmentier, jusque-là sans succès, est relancé pour produire du pain de pomme de terre. Cependant, à Saint-Martin de Lantosque, une famille meurt empoisonnée après avoir consommé ce pain, et deux autres présentent les mêmes symptômes85. Ces incidents renforcent donc la prudence des cultivateurs et des propriétaires fonciers.

  • 86  ADAM, CE M379, État dressé par le maire de Peillon pour la culture de la Betterave. Peillon, 28 av (...)
  • 87  ADAM, CE M379, État dressé par le maire de Saorge pour la culture de la Betterave. Saorge, 30 avri (...)

22Entre 1806 et 1813, ce désintérêt se reflète aussi dans les registres recensant les volontaires pour la plantation de végétaux étrangers. Tenus par les maires, ces documents recueillent des informations détaillées : noms, prénoms, professions et domiciles des déclarants, parcelles concernées, superficie et qualité des terres, ainsi que la période prévue pour l’ensemencement. Cependant, dans la majorité des cas, ces registres restent vides, avec la mention « Néant »86. Parmi les dix conservés aux archives départementales de Nice, un seul a été complété. Cette situation témoigne d’une résistance implicite des acteurs locaux, qui préservent leur autonomie face aux directives impériales. Seul le registre de la commune de Saorge a donc été complété. Ouvert par le maire Octave de Corvesy, ce registre répond aux instructions du préfet des Alpes-Maritimes, qui ordonne de « consigner les déclarations des particuliers souhaitant entreprendre la culture de betteraves à sucre »87. En revanche, sur les six personnes mentionnées dans ce document, trois appartiennent à l’appareil d’État, notamment le maire de Coversy (tab. 1). Cette autonomie locale dépasse l’acclimatation et se manifeste également dans le secteur forestier, même après le Premier Empire.

Tableau 1. Registre des volontaires de la commune de Saorge, à partir de ADAM, CE M 379, Betteraves, État dressé par le maire de la commune de Saorge pour la culture de la Betterave, Saorge, 30 avril 1811, 1 fo

  • 88  Un centiare est une unité de mesure de superficie qui équivaut à un mètre carré.
  • 89  Un are est une unité de mesure de surface équivalente à 100 mètres carrés.

Prénoms et noms des particuliers

Professions

Demeures et lieu de l’ensemencement

Étendue et qualité du terrain

Époque de l’ensemen­cement

Observations

De Coversy Octave

Maire vivant de rentes

Saorge, Fontan

50 centiares88, terrain léger gras

En 1812

La saison étant déjà trop avancée on ne peut plus ensemencer plus tôt.

Tuber Jean-François

Secrétaire de mairie et propriétaire

Saorge, Merino

25 centiares, terrain léger gras

En 1812

Botton Thomas

Propriétaire

Fontan

Un are89, terrain gras

En 1812

Degioanni Bernardin

Conseiller municipal et propriétaire

Fontan

50 centiares, terrain gras

En 1812

Vial Joseph

Aubergiste

Saorge, Fontan

50 centiares, terrain fort

En 1812

Rolando
Dominique

Maréchal-ferrant

Fontan, Vallon

50 centiares, terrain gras

En 1812

© Léonie Boissière

  • 90  Martine Chalvet, « Les stratégies des élites provençales dans la construction de la forêt méditerr (...)
  • 91  Martino Lorenzo Fagnani, « L’acclimatation de l’arachide en Italie », art. cit., p. 111.

23En 1827, lors de la réorganisation forestière imposée par le Code Forestier, les populations locales s’opposent aux décisions prises. À titre d’exemple, les exploitants du département des Bouches-du-Rhône et du Var s’opposent donc à la conversion des feuillus en résineux ou en essences étrangères. Bien que jugées plus rentables par l’État, ces essences sont localement considérées comme stériles. Elles ne contribuent ni à l’amendement des sols, ni à l’alimentation du bétail90. Cette contestation des politiques étatiques dépasse également le cadre français. Dans la péninsule italienne, l’insertion de l’arachide suscite aussi des réticences. Ainsi, en 1820, entre Brescia et Crémone, les cultivateurs préfèrent consacrer leurs terres au blé plutôt qu’à l’arachide91. Ce choix traduit une volonté de préserver les pratiques agricoles traditionnelles, afin de garantir une production vivrière suffisante et, peut-être déjà, de veiller à l’équilibre de leur milieu régional.

  • 92  Gilbert Joseph Gaspard, Statistique des provinces de Savone…, op. cit., p. 351.

24L’introduction d’espèces exotiques dans les Alpes-Maritimes sous le Premier Empire, dans le cadre du blocus britannique, va au-delà de l’utopie agronomique et se concrétise par des implantations concrètes, comme Laurent Brassart le concluait dans son étude de cas sur le coton dans les départements méridionaux français. Elle s’inscrit dans le cadre d’une réflexion sur un climat particulier de l’Europe méridionale, comme Simon Dolet le relève dans sa contribution à ce dossier. Pourtant, lorsque le bureau d’agriculture du ministère de l’Intérieur, le préfet des Alpes-Maritimes et les maires des communes concluent à l’échec de ce projet d’acclimatation, ils accusent en premier lieu les aléas climatiques. Cette explication peut surprendre, car ils considéraient jusque-là le climat de l’Europe méridionale comme favorable à l’introduction d’espèces exotiques. Néanmoins, le succès de ces expériences s’avère bien limité, et ne peut pas être confondu avec une réussite économique et politique. Ainsi, les récoltes, trop modestes, ne couvrent pas les besoins de l’industrie et servent uniquement à la subsistance. D’autres facteurs que climatiques sont toutefois à l’origine de la faillite de ce projet. Le manque de connaissances sur les plantes étrangères, le désengagement progressif des cultivateurs, ainsi que le coût élevé de cultures exigeantes – à la fois épuisantes pour les sols et gourmandes en main-d’œuvre – ont joué un rôle majeur92.

  • 93  Jean-Bernard Lacroix et Jérome Bracq, Du mélèze au palmier…, op. cit., p. 114-135.
  • 94  Diana K. Davis, Les mythes environnementaux de la colonisation française au Maghreb, trad. Grégory (...)
  • 95  David Jon Dokken, Habiba Gitay, Avelino Suárez et Robert T. Watson, Les changements climatiques et (...)

25L’introduction de végétaux suscite également des interrogations quant à leur impact potentiel sur les écosystèmes régionaux. Elle s’inscrit dans le contexte du xixe siècle où les gouvernements impériaux cherchent à renforcer leur autonomie et à soutenir leur politique coloniale. Le climat, comme sous le Premier Empire, est l’argument premier pour de nouveaux projets d’acclimatation autour du bassin méditerranéen. La réussite relative de la première vague d’acclimatation explique que les écosystèmes régionaux n’aient pas été durablement transformés. En revanche, les vagues successives, en particulier celle du milieu du siècle, ont des effets plus visibles93. L’implantation considérable d’eucalyptus australiens dans la région en offre un exemple révélateur. Dès 1850, cette espèce est introduite massivement en Algérie par les autorités coloniales françaises dans le cadre d’une politique de reboisement et de bonification climatique94. Toutefois, cette espèce, aujourd’hui qualifiée de « super envahissante », contribue à l’appauvrissement de la biodiversité méditerranéenne95.

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Notes

1  Archives départementales des Alpes-Maritimes [ensuite ADAM], CE M379, « Décret impérial du 25 mars 1811 », dans Lettre du ministre de l’intérieur au préfet des Alpes-Maritimes, Marc-Joseph Dubouchage. Paris, 28 mars 1811, fo 5-r.

2  ADAM, CE M378, Lettre du préfet Dubouchage aux maires sur l’agriculture. Nice, 26 juin 1807, 1 fo.

3  Silvia Marzagalli, « Les boulevards de la fraude ». Le négoce maritime et le Blocus continental (1806-1813), Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 1999, p. 396.

4  Patrice Bret, « Des “Indes” en Méditerranée ? L’utopie tropicale d’un jardinier des Lumières et la maîtrise agricole du territoire », Outre-Mers. Revue d’histoire, no 322-323, 1999, p. 67-72.

5  ADAM, CE M370, Lettre de François Brisseaux de Mirbel au préfet Dubouchage. 14 janvier 1804, 1 fo.

6  Laurent Brassart, « “La ferme des animaux” ou l’invention d’une politique de l’animal utile sous le Consulat », Annales historiques de la Révolution française, no 377, 2024, p. 177-185 ; Jean-Baptiste Huzard, Instruction sur l’amélioration des chevaux en France, destinée principalement aux cultivateurs, Paris, Madame Huzard, 1801, p. 5-19.

7  Jean-Philippe Zanco, « Les haras du Languedoc au xviiie siècle (1700-1789) », Annales du Midi, vol. 119, no 259, 2007, p. 344-346.

8  Henri-Alexandre Tessier, Instruction sur les bêtes à laine et particulièrement sur la race des mérinos contenant la manière de former de bons troupeaux, de les multiplier et soigner convenablement en santé et en maladie, Paris, Imprimerie impériale, 1810, p. 16 ; Hélène Blais, « Des mérinos coloniaux », Études rurales, no 213, 2024, p. 53-64.

9  Laurent Brassart, « Improving Useful Species. A Public Policy of the Directoire Regime and Napoleonic Empire in Europe (1795-1815) », Historia agraria, no 75, 2018, p. 96-99.

10  Laurent Brassart et Émilie-Anne Pépy, « L’acclimatation des arbres nord-américains en France (v. 1730 - v. 1815). Des enjeux scientifiques aux politiques de développement du territoire », Dix-huitième siècle, no 54, 2022, p. 349-376 ; Élias Burgel, « Le tamaris au siècle des Lumières. De l’arbrisseau de l’inculte au végétal de l’ingénieur (bas Languedoc, xviiie siècle) », Histoire & Sociétés Rurales, vol. 56, 2021, p. 122-142 ; Jean-Baptiste Verot, L’arbre d’or et l’économie politique. Une histoire de la culture du mûrier en France (xviie-xviiie siècles), thèse d’histoire moderne sous la direction de Stéphane Durand, Université d’Avignon, 2023, p. 120-150, en ligne.

11  Pierre Belon, Les remonstrances sur le défault du labour et culture des plantes et de la cognoissance d’icelles, Paris, G. Corrozet, 1558, p. 1-6.

12  Cité d’après Émilie-Anne Pépy, Pour une histoire des savoirs sur la nature et des imaginaires environnementaux (xviie-xixe siècle), habilitation à diriger des recherches, Sorbonne Université, 2024, p. 73-74.

13  « Projet d’un établissement d’agriculture en Égypte, par le citoyen Nectoux », La décade égyptienne, vol. 1, 1798, p. 105.

14  Laurent Brassart, « Improving useful species… », art. cit., p. 95-97.

15  ADAM, CE M378, Instruction pour MM. Les Capitaines et Commandants des bâtiments de l’État. Paris, 16 mars 1808, p. 2.

16  « Projet d’un établissement d’agriculture en Égypte… », art. cit., p. 105. Nectoux utilisait bien un thermomètre aux Antilles. Selon Patrice Bret, que je remercie pour nos échanges, il vient juste d’arriver en Égypte lorsqu’il fait ce constat. Il déchante rapidement.

17  Serge Chassage, Le coton et ses patrons. France (1760-1840), Paris, Édition de EHESS, 1991.

18  Jean-Bernard Lacroix et Jérome Bracq, Du mélèze au palmier. Nature, culture et paysages des Alpes-Maritimes, Nice, Archives départementales des Alpes-Maritimes, 2006, p. 50-80, 172.

19  Attestation de la présence de palmier dans Musée national de la Marine de Paris, Claude-Joseph Vernet, Le port d’Antibes en Provence, vu du côté de la terre, 165 × 263 cm, peinture à huile, 1757. À propos de la présence de cette plante dans les récits de voyage, voir par exemple Aubin Louis Millin, Voyage dans les Départements du Midi de la France, vol. 2, Paris, Imprimerie Impériale, 1807, p. 576.

20  Gabriel Alziar, « Le jardin botanique de la ville de Nice. Histoire de sa création », Nice Historique, no 301, 2009, p. 75-90 ; Faruk Tabak, The Waning of the Mediterranean (1550-1870). A Geohistorical Approach, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 2008, p. 303-304.

21  Jean-Noël Consales et Brice Dacheux-Auzière, « De la banlieue agricole aux jardins urbains. Permanences et mutations du terradou marseillais, depuis le xixe siècle », Revue de géographie historique, no 21, 2022, p. 2-8.

22  Braudel Fernand, La Méditerranée et le Monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, vol. 1, Paris, Armand Colin, 1966 (1949), p. 578 ; Jérémy Guedj, « Introduction. (Ré)écrire la Méditerranée : un bilan et quelques enjeux », Cahiers de la Méditerranée, no 103, 2021, p. 9-13 ; Arnaud Bartolomei, « La révolution industrielle en Méditerranée (1780-1880). Un échec ? », Cahiers de la Méditerranée, no 103, 2021, p. 111-127.

23  Voir ADAM, CE M378, « Coton » ; CE M379, « Betteraves » ; CE M382, « Lin et chanvre » ; CE M383, « Indigo, indigotiers ».

24  Charles C. Gillispie, Science and Polity in France at the end of the Old Regime, Princeton, Princeton University Press, 1980 ; Laurent Brassart, « Improving useful species… », art. cit., p. 96.

25  Henri-Alexandre Tessier, « Mémoire sur l’introduction en France de la culture du coton, lue à la séance de la société d’agriculture de Paris, le 4 mars 1807 », Annales de l’agriculture française, no 30, 1807, p. 102-107.

26  Marie-Noëlle Bourguet, Bernard Lepetit, Daniel Nordman et Maroula Sinarelis, L’invention scientifique de la Méditerranée, Égypte, Morée, Algérie, Paris, Éditions de l’EHESS, 1998, p. 7-29.

27  « Lettre de François Martin au professeur André Thouin, Toulon, 15 décembre 1803, 1 fo », dans Correspondance des jardiniers de la marine de Toulon et du Muséum national d’histoire naturelle, Musée naval de Balaguier La Seyne-sur-Mer (éd.), Paris, Musée Balaguier, 2008, p. 35.

28  ADAM, CE M370, Lettre de François Martin à Augustin Balmossiere-Chartroux. Toulon, janvier 1804, fo 1-r.

29  ADAM, CE M 378, Lettre du ministre de l’Intérieur au préfet Dubouchage. Paris, 11 mars 1808, 2 fo.

30  Laurent Brassart, « Succès agronomique et échec économique. L’acclimatation du coton dans les départements méridionaux en France (1807-1814) », Études rurales, no 213, 2024, p. 79.

31  Patrice Bret, « Des “Indes” en Méditerranée ? … », art. cit., p. 66.

32  « Projet d’un établissement d’agriculture en Égypte… », art. cit., p. 106-108.

33  Martino Lorenzo Fagnani, « L’acclimatation de l’arachide en Italie », Études rurales, no 213, 2024, p. 106.

34  Ibid., p. 104.

35  Laurent Brassart, « Succès agronomique et échec économique… », art. cit., p. 76-78.

36  ADAM, CE M379, Lettre du ministre des manufactures et du commerce au préfet Dubouchage. Paris, 28 mars 1811, fo 1-r.

37  ADAM, CE M382, Questions proposées par Monsieur le préfet sur la culture du lin et du chanvre dans le territoire de Nice, 1811, 4 fo.

38  ADAM, CE M379, Lettre du préfet aux maires des communes du département des Alpes Maritimes. Nice, 13 avril 1811, fo 1-r.

39  Laurent Brassart, « Improving useful species… », art. cit., p. 95-97.

40  ADAM, CE M379, « Décret impérial du 25 mars 1811 », dans Lettre du ministre de l’intérieur au préfet Dubouchage. Paris, 28 mars 1811, fo 5-r.

41  ADAM, CE M383, Lettre du ministre des manufactures et du commerce au préfet Dubouchage. Paris, 25 février 1812, fo 1-r.

42  ADAM, CE M370, Lettre de Charles Brisseau de Mirbel au préfet Dubouchage. Malmaison, 4 janvier 1804, fo 1-r.

43  ADAM, CE M379, Lettre du maire de Nice au préfet Dubouchage. Nice, 20 mars 1811, 1 fo.

44  ADAM, CE 378, Lettre du ministre de l’Intérieur au préfet Dubouchage. Paris, 3 mars 1811, 1 fo.

45  L’ensemble de la documentation disponible montre que les commandes et les achats de semences sont directement supervisés par le ministère de l’Intérieur, puis expédiés au préfet des Alpes-Maritimes : voir ADAM, CE M378, Lettre du préfet du département du Pô au préfet Dubouchage. Turin, 12 février 1810, 1 fo. En revanche, les sources citées jusqu’ici ne permettent pas de savoir si le ministère passe également commande auprès du préfet des Alpes-Maritimes, ni si ce dernier dispose d’une certaine autonomie dans la gestion des approvisionnements.

46  ADAM, CE M378, Instruction pour MM. les Capitaines et Commandants des bâtiments de l’État. Paris, 16 mars 1808, p. 2.

47  ADAM, CE 378, Lettre du ministre de l’Intérieur au préfet Dubouchage. Paris, 20 mars 1807, 1 fo.

48  Laurent Brassart, « Succès agronomique et échec économique… », art. cit., p. 90.

49  ADAM, CE M382, Lettre du maire de Contes au préfet Dubouchage. Contes, 31 juillet 1811, 1 fo.

50  Pablo Campos, Lynn Huntsinger, Jose Luis Oviedo, Paul F. Starrs, Mario Diaz, Richard B. Standiford et Gregorio Montero, Mediterranean Oak Woodland Working Landscapes : Dehesas of Spain and Ranchlands of California, New York, Springer, 2019, p. 42-47.

51  ADAM, CE M378, Lettre du maire de Clans au préfet Dubouchage. Clans, 26 avril 1809, fo 1-r.

52  Martino Lorenzo Fagnani, « L’acclimatation de l’arachide en Italie », art. cit., p. 110.

53  Georges Comet (dir.), L’outillage agricole médiéval et moderne et son histoire, Toulouse, Presses universitaires du Midi, 2003.

54  ADAM, CE M378, Lettre du maire de Sospel au préfet Dubouchage. Sospel, 28 octobre 1808, fo 1-r.

55  Laurent Brassart, « Succès agronomique et échec économique… », art. cit., p. 87.

56  Sandrine Krikorian, La bergerie nationale d’Arles (1805-1825), Paris, Books on Demand, 2023, p. 76.

57  ADAM, CE M382, Questions proposées par Monsieur le préfet sur la culture du lin et du chanvre dans le territoire de Nice. Sans lieu et date, fo 1-r.

58  Dereck Oddy et Alain Drouard (dir.), The Food Industries of Europe in the Nineteenth and Twentieth Centuries, Londres, Ashgate, 2013, p. 266 ; Jean-Luc Mayaud, Gens de la terre. La France rurale (1880-1940), Paris, Éditions du Chêne, 2002, p. 311 ; Mohamed Kasdi et Didier Terrier, « Processus d’industrialisation et regards sur l’avenir du tissage à bras dans les campagnes françaises (années 1860) », Parlement(s), Revue d’histoire politique, no 33, 2021, p. 19-38.

59  Le lin australien (Phormium tenax) est introduit en Europe lors du premier voyage de James Cook (1768-1771), financé par la Royal Society et la Royal Navy. Au début du xixe siècle, il est à nouveau rapporté par deux expéditions concurrentes : l’expédition Flinders (1801-1805) pour la Grande-Bretagne, et l’expédition Baudin (1800-1804) pour la France, financé par Napoléon et Joséphine de Beauharnais. La part scientifique de ces entreprises est encadrée par des institutions, telles que le Muséum d’histoire naturelle de Paris et les Kew Gardens.

60  ADAM, CE M382, Lettre du maire de la Tour pour répondre à la circulaire du préfet Dubouchage. La Tour, 21 juillet 1811, 1 fo.

61  ADAM, CE M382, Lettre du maire de Contes au préfet Dubouchage. Contes, 31 juillet 1811, 1 fo.

62  Laura Centemeri et Xavier Daumalin, Pollutions industrielles et espaces méditerranéen (xviiie-xxe siècle), Paris, Karthala, 2015.

63  ADAM, CE M382, Lettre du maire de Valdeblore au préfet Dubouchage. Valdeblore, 31 juillet 1811, fo 1-r.

64  Gilbert Joseph Gaspard, Statistique des provinces de Savone : d’Oneille, d’Acqui, et de partie de la province de Mondovi, formant l’ancien département de Montenotte, vol. 1, Paris, Jules Didot ainé, 1824, p. 198.

65  Laurent Brassart, « Succès agronomique et échec économique… », art. cit., p. 96-98.

66  Arnaud Bartolomei, « La révolution industrielle en Méditerranée… », art. cit., p. 120-125.

67  Patrice Bret, « Des “Indes” en Méditerranée ?… », art. cit., p. 67.

68  ADAM, CE M379, Lettre du maire de Nice au préfet Dubouchage. Nice, 20 avril 1811, fo 1-r.

69  ADAM, CE M382, Lettre du maire de Sainte-Agnès au préfet Dubouchage. Saint-Agnès, 22 juillet 1811, 1 fo.

70  ADAM, CE M378, Lettre du maire de Clans au préfet Dubouchage. Clans, 26 avril 1809, 1 fo.

71  ADAM, CE M378, Lettre du préfet Dubouchage au ministre de l’Intérieur. Nice, 25 janvier 1810, 1 fo.

72  Laurent Brassart, « Succès agronomique et échec économique… », art. cit., p. 91-92.

73  Martino Lorenzo Fagnani, « L’acclimatation de l’arachide en Italie », art. cit., p. 111-113.

74  ADAM, CE M379, Lettre du maire de la Tour au préfet Dubouchage sur la culture des Betteraves. Corre, 21 juillet 1811, fo 1-r.

75  ADAM, CE M379, Lettre du ministre des Manufacture au préfet Dubouchage. Paris, 12 février 1812, 1 fo.

76  ADAM, CE M379, Tableau des renseignements sur la culture de la Betterave et sur la fabrication du sucre de cette plante, département des Alpes-Maritimes. Nice, 1811, 1 fo.

77  ADAM, CE M382, Lettre du maire de La Brigue au préfet Dubouchage. La Brigue, 26 juillet 1811, fo 1-r.

78  ADAM, CE M379, Lettre du maire de Contes au préfet Dubouchage. Contes, 25 avril 1811, 1 fo.

79  Emma C. Spary, Feeding France : New Sciences of Food (1760-1815), Cambridge, Cambridge University Press, 2014, p. 63 et p. 51-89.

80  Ibid., p. 1-21.

81  Alex Benvenuto, Jean-Michel Bessi et Michel Seyrat, Nice 1801, le comté de Nice sous la Révolution française raconté par François-Emmanuel Fodéré, Nice, Serre Éditeur, 2009, p. 60-61.

82  Ibid., p. 70-75 ; ADAM, CE1 T8, « Archives de l’école centrale de Nice ».

83  Emma C. Spary, Feeding France…, op. cit., p. 168-172.

84  François-Emmanuel Fodéré, Voyage aux Alpes maritimes, ou histoire naturelle, agraire, civile et médiale, du comté de Nice et pays Limitrophes, vol. 1, Paris, Levrault, 1821, p. 54.

85  Ibid., p. 85-102.

86  ADAM, CE M379, État dressé par le maire de Peillon pour la culture de la Betterave. Peillon, 28 avril 1811, 1 fo.

87  ADAM, CE M379, État dressé par le maire de Saorge pour la culture de la Betterave. Saorge, 30 avril 1811, 1 fo.

88  Un centiare est une unité de mesure de superficie qui équivaut à un mètre carré.

89  Un are est une unité de mesure de surface équivalente à 100 mètres carrés.

90  Martine Chalvet, « Les stratégies des élites provençales dans la construction de la forêt méditerranéenne », dans Paul Aubert, Gérard Chastagnaret et Olivier Raveux (dir.), Construire des mondes. Élites et espaces en Méditerranée (xvie-xxe siècle), Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2005, p. 15.

91  Martino Lorenzo Fagnani, « L’acclimatation de l’arachide en Italie », art. cit., p. 111.

92  Gilbert Joseph Gaspard, Statistique des provinces de Savone…, op. cit., p. 351.

93  Jean-Bernard Lacroix et Jérome Bracq, Du mélèze au palmier…, op. cit., p. 114-135.

94  Diana K. Davis, Les mythes environnementaux de la colonisation française au Maghreb, trad. Grégory Quenet, Seyssel, Champ Vallon, 2012 (2007), p. 175.

95  David Jon Dokken, Habiba Gitay, Avelino Suárez et Robert T. Watson, Les changements climatiques et la biodiversité, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, 2002, en ligne.

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Table des illustrations

Titre Figure 1. La culture de plantes exotiques dans le département des Alpes-Maritimes (1806-1815)
Crédits © Léonie Boissière
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Titre Figure 2. ADAM, CE M 382, Questions proposées par Monsieur le préfet sur la culture du lin et du chanvre dans le territoire de Nice, 1811, fo 1-r
Crédits © Léonie Boissière
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Pour citer cet article

Référence papier

Léonie Boissière, « Cultures exotiques dans les Alpes-Maritimes : des ressources économiques au cœur d’un projet impérial d’acclimatation (1804-1815) »Cahiers de la Méditerranée, 111 | 2025, 77-93.

Référence électronique

Léonie Boissière, « Cultures exotiques dans les Alpes-Maritimes : des ressources économiques au cœur d’un projet impérial d’acclimatation (1804-1815) »Cahiers de la Méditerranée [En ligne], 111 | 2025, mis en ligne le 20 juillet 2026, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cdlm/19540 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16lnw

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Auteur

Léonie Boissière

Léonie Boissière est doctorante contractuelle à l’Université Côte d’Azur (Nice) sous la direction de Pierre-Yves Beaurepaire. Elle prépare actuellement sa thèse « L’“après-voyage” des collections Baudin et Flinders, entre sciences et politique en Europe (1803-années 1830) », portant notamment sur la redistribution de végétaux australiens par les expéditions Baudin et Flinders et de leur acclimatation. Elle a participé à de nombreux colloques internationaux d’histoire environnementale et à organiser des journées d’études sur ce champ d’étude. Elle a déjà publié « De l’Australie au Pas-de-Calais. Le baron Dumont de Courset et l’acclimatation des Protea de l’expédition Baudin » dans la Journée des jeunes chercheurs du Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine, disponible en ligne.

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