Une microhistoire de l’environnement côtier : les plages de Ligurie à la fin de l’Ancien Régime1
Résumés
Cette étude examine l’émergence du thème de l’histoire des plages en tant qu’objet central de l’histoire environnementale, politique et sociale de la Méditerranée. Elle présente en particulier certains résultats d’un projet de recherche sur l’histoire des plages de la Ligurie, qui vise à offrir une reconstitution des processus à l’œuvre dans une perspective microhistorique, tout en aspirant à établir un dialogue entre la recherche historique et les politiques actuelles d’aménagement. La première partie aborde la question de la privatisation de certaines portions du littoral ligure – les siti arenili – au cours du xviiie siècle, ainsi que les dynamiques locales qui ont favorisé ces opérations promues par le gouvernement de la République de Gênes. La seconde est consacrée à la période suivant la chute de ce gouvernement, c’est-à-dire les années de la période de la République jacobine et de l’Empire napoléonien. Les documents statistiques et administratifs produits à cette époque discutent non seulement de la valeur économique des plages, mais aussi de leur « nature » matérielle.
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Mots-clés :
histoire des plages, microhistoire, dynamiques côtières, transformations environnementales, approche localeKeywords:
history of beaches, microhistory, coastal dynamics, environmental transformations, local approachPlan
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Un objet pour l’histoire de la Méditerranée : l’histoire environnementale des plages
- 1 Traduit de l’italien par Simon Dolet.
1L’espace côtier est devenu, au cours des dernières années, un objet d’intérêt croissant pour l’historiographie internationale. Son importance politique, économique, sociale et culturelle à l’échelle mondiale l’explique évidemment. Cependant, ce sujet est resté longtemps secondaire par rapport aux études des activités commerciales et professionnelles (les ports, la pêche, etc.). L’attention se concentrait alors vers la mer, au détriment de l’espace physique concret de la plage. Les pratiques anthropiques, c’est-à-dire les formes d’occupation et d’exploitation qui ont contribué à définir les côtes jusqu’à nos jours, y étaient négligées. Pendant les deux derniers siècles, elles ont malgré tout été envisagées à travers les interventions à grande échelle : l’assainissement, l’aménagement des embouchures fluviales, l’industrialisation des côtes ou encore leur « mise en tourisme ». Les enjeux contemporains – la redistribution démographique et l’expansion des établissements côtiers, leur rôle comme pôles de développement économique, la logistique touristique – ont conduit à intégrer les dynamiques « environnementales » dans l’étude des plages. Ces dernières sont même devenues un symbole des effets des changements globaux avec la problématique de l’élévation du niveau de la mer.
- 2 Voir Frédérique Laget et Alexis Vrignon (dir.), S’adapter à la mer. L’homme, la mer et le littoral (...)
- 3 Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, L’événement anthropocène. La terre, l’histoire et no (...)
- 4 Alain Corbin, Le territoire du vide. L’Occident et le désir du rivage (1750-1840), Paris, Aubier, (...)
- 5 Il existe aujourd’hui des revues internationales spécifiquement consacrées à ce thème, comme Coast (...)
2Le contexte actuel a orienté l’historiographie vers une approche « d’urgence »2, donnant lieu à des débats – comme sur l’utilité ou l’inutilité de la notion d’« Anthropocène »3 – qui ont toutefois permis d’ancrer l’histoire environnementale et matérielle des plages dans le paysage académique. Cette nouvelle orientation a également favorisé le développement de recherches sur la période moderne, qui sont venues prolonger les travaux antérieurs ayant déjà mis en évidence la spécificité et l’importance de ces espaces4. Les traditions nationales où les études maritimes occupent une place importante – la France se distingue particulièrement en la matière –, ont su étendre leur perspective aux côtes et aux plages5.
- 6 Erik Thoen et al. (dir.), Landscapes or seascapes ?…, op. cit.
- 7 Christine Delpous-Darnige, « Les maires et l’État dans l’aménagement touristique du littoral du go (...)
- 8 Pour une brève tentative de comparaison : Giacomo Parrinello, Renaud Bécot, Marco Caligari et Isma (...)
3L’espace méditerranéen n’occupe pas une place singulière, tant ces recherches ne s’y sont pas développées, hormis en France. En effet, malgré l’importance du littoral dans son histoire, l’historiographie l’a partiellement marginalisé. Les côtes ont été considérées comme théâtre des échanges commerciaux (en privilégiant l’analyse des réseaux entre grands ports), ou comme un front à défendre contre la nature (les catastrophes) ou contre l’ennemi (humain ou biologique, comme dans le cas des politiques de contrôle sanitaire le long des côtes), jusqu’au paradoxe de se représenter la plage comme un territoire essentiellement « vide » pendant des siècles. Cela explique un certain retard historiographique des pays méditerranéens, notamment par rapport aux États-Unis et à l’Europe du Nord6. L’historiographie française constitue une exception positive. Récemment, par exemple, dans le domaine de l’histoire environnementale du tourisme, certains signes d’intérêt accru sont apparus. Le regard se tourne néanmoins principalement sur le xxe siècle7. Les comparaisons se limitent aussi aux côtes atlantiques et méditerranéennes françaises, sans doute à cause du manque de travaux sur les plages méditerranéennes8.
- 9 Un exemple est la revue italienne Studi costieri. Pour le cas de la Ligurie, voir les travaux de M (...)
- 10 Anna Maria Stagno et Vittorio Tigrino, « Borderline landscapes. History and environmental archaeol (...)
- 11 Edoardo Grendi, Storia di una storia locale. L’esperienza ligure (1792-1992), Venise, Marsilio, 19 (...)
- 12 Massimo Quaini (dir.), Carte e cartografi in Liguria, Gênes, Sagep, 1986 ; Matteo Vinzoni, Pianta (...)
4Le cas italien illustre le retard historiographique sur ce sujet : les études sont portées par des géographes, des géologues et des ingénieurs9. Pour tenter de combler cette lacune, je mène depuis plusieurs années un projet de recherche consacré aux plages de la Ligurie, de l’Ancien Régime à nos jours10. Pour cet espace, les dynamiques sont similaires à celles évoquées précédemment et les travaux se sont concentrés sur la projection de ses habitants vers la mer11. Il est cependant possible de s’appuyer sur la bibliographie locale, citée au cas par cas par la suite, mais surtout sur l’histoire de la cartographie, qui offre de nombreuses informations sur ces plages12.
- 13 Vittorio Tigrino, Sabbie mobili. Le spiagge della Repubblica di Genova nel Settecento, Rome, Viell (...)
5Pour cette raison, j’ai choisi de donner un caractère englobant à ma recherche : j’ai tenté de confronter des archives très variées – juridiques, administratives, économiques, techniques, culturelles, artistiques ; écrites, cartographiques, iconographiques, orales – afin d’éviter une sélection a priori fondée sur leur nature, sur l’échelle d’observation employée, ou sur une thématique prédéterminée. Dans les limites de cette contribution, je souhaite présenter deux étapes de cette réflexion. La première partie est consacrée à un moment institutionnel clé de la gestion « étatique » des plages au xviiie siècle, à l’origine de ce projet de recherche13. Dans la seconde, j’analyse la conjoncture spécifique de la naissance de la République jacobine de Ligurie et de son intégration dans l’Empire napoléonien, à travers les sources statistiques produites à cette occasion.
Plages et « siti arenili » dans la République de Gênes durant l’Ancien régime
- 14 Les documents ici utilisés sont mentionnés dans Massimo Quaini, « Per la storia del paesaggio agra (...)
- 15 Cette complexité ne se retrouvant guère dans la traduction française (sites sablonneux), il a été (...)
- 16 Archivio Storico del Comune di Genova, Padri del Comune [ensuite ASCG, Pad. Com.], 290-294, les ci (...)
6La première partie de ce travail prend appui sur des archives produites par le gouvernement de la République de Gênes en réaction au processus de colonisation et d’occupation des terrains côtiers « libérés par la mer » (rilasciati dal mare)14. Ces deniers sont désignés dans les documents officiels comme des « siti arenili », correspondant à une réalité juridique complexe15 : l’espace de sable adjacent à celui du rivage couvert par les tempêtes saisonnières, devenu disponible pour une occupation permanente à la suite du retrait des eaux marines. Durant toute l’époque moderne, les plages s’étendent sous l’effet de divers facteurs, notamment l’accroissement des dépôts fluviaux, un processus qui se poursuit au xixe siècle, sans toutefois exclure des phénomènes d’érosion. La gestion de ces espaces relève du gouvernement de la République, par le biais d’une série de procédures administratives et judiciaires confiées à une magistrature particulière, les « Padri del Comune », au sein de laquelle est créé un bureau spécifique au xviiie siècle, les « Deputati alli siti arenili ». La documentation produite par ces Députés fournit des renseignements topographiques détaillés, grâce à des productions iconographiques et cartographiques16.
7Le but du gouvernement n’est pas de consolider la propriété publique de ces espaces, mais bien d’en promouvoir la vente. Les modalités de ces transactions sont encadrées par plusieurs mesures législatives depuis la fin du xve siècle. L’édit de 1711 promulgué par les Padri del Comune (fig. 1) instaure une vérification systématique des occupations et incite à la dénonciation d’occupations abusives, toujours dans le but de percevoir les revenus des ventes. Parmi plusieurs centaines de dossiers produits, environ 200 aboutissent à des ventes, portant sur des terrains très variés, allant de petites parcelles à certaines de plus d’un hectare, pour des montants allant de quelques livres à plusieurs milliers.
8Ces affaires font surgir plusieurs difficultés, à commencer par la définition même de ces terrains. D’un point de vue physique, ces siti arenili sont changeants et il est difficile de les distinguer de manière stable de l’espace désigné comme les « plages de la mer » (spiagge del mare), immédiatement proches du déferlement des vagues, qui ne doivent pas être occupées de manière permanente. D’un point de vue juridique, les siti arenili renvoient à une définition complexe. Certaines communautés contestent le contrôle central du gouvernement – considérant ces sites comme « communaux » – et de nombreux occupants tentent de prouver qu’il s’agit d’espaces privés. De plus, la documentation illustre le degré variable de contrôle du gouvernement central sur les différents espaces : les communautés de Chiavari et de Lavagna, dans le Levant ligure, ainsi que celle de Sestri Ponente, à quelques kilomètres à l’ouest de Gênes, dont les côtes sont stables, en expansion ou en recul, y sont largement représentées, contrairement aux communautés plus autonomes, de même que les zones à la côte stable ou en recul, où peu de nouveaux terrains peuvent être mis à la vente.
Figure 1. Édit des Padri del Comune du 30 décembre 1711, enregistré et publié par la communauté d’Albenga le 26 janvier 1712, ASCG, Pad. Com., 290, fo 5
Figure 2. Exemple d’un croquis annexé à une demande d’achat d’un sito arenile à Lavagna entre 1712 et 1713, ASCG, Pad. Com., 291, fo 66
- 17 Sur la question des biens communs, Alexis Vrignon, « Introduction », dans Frédérique Laget et Alex (...)
9Les informations recueillies lors de ces enquêtes, contenant une quantité extraordinaire d’informations sur les usages, les caractéristiques physiques et les pratiques concernant ces siti arenili, sont souvent accompagnées de croquis ou de dessins (fig. 2). Elles permettent, à partir d’une perspective locale, de saisir la « conscience sociale » de cet espace particulier. Les débats autour du caractère public, privé ou collectif des siti arenili contribuent à définir leurs usages et leurs formes de contrôle, c’est-à-dire leur appropriation, leur transformation, puis souvent leur défense contre l’érosion. Il en est de même pour les conflits. Se rejoue ainsi le débat historiographique majeur du rapport entre pratiques, droits (de propriété, de citoyenneté, etc.) et ressources17.
10Les documents témoignent d’un vaste processus de privatisation. Les acteurs de ces demandes d’appropriation exclusive sont divers : petits propriétaires, entrepreneurs et surtout nobles génois (les « Magnifici », formant le corps politique dirigeant de la République). Les dossiers administratifs évoquent d’ailleurs régulièrement le souci que les magistrats prenant ces décisions appartiennent à cette même noblesse.
- 18 Dans une vente à Sestri Ponente, près de Gênes, en 1762, selon ASCG, Pad. Com., 294, fo 15 : « è m (...)
11Les justifications avancées pour ces cessions sont doubles : d’une part, les besoins financiers de la République, qui attribue la moitié des revenus aux administrateurs de la cathédrale ; d’autre part, la mise en valeur et la rentabilisation pour l’agriculture d’espaces considérés – à tort – comme « vides » par les acquéreurs potentiels. La documentation souligne souvent la prétendue mauvaise gestion de ces terrains laissés « libres », en contraste avec l’attribution vertueuse à un particulier18, dans un ton préfigurant un positionnement contre les communs. Les raisons agricoles se mêlent souvent à celles liées au décorum : les siti arenili accueillent les « magnifiques palais et jardins » (« bellissimi palazzi e giardini ») des villas de la noblesse génoise, qui se multiplient tout au long de l’époque moderne, combinant lieux de plaisirs et de loisirs avec espaces productifs (fig. 3).
12Les usages liés à des activités entrepreneuriales proches de la plage sont fréquents, notamment pour la construction navale et la pêche. Cependant, les espaces liés aux activités « maritimes » sont le plus souvent revendiqués comme communs et occupés de manière exclusive seulement temporairement. Au fil du temps, la demande de terrains pour la construction de bâtiments industriels s’ajoute, puis vient, comme nous le verrons, celle liée à l’expansion urbaine provoquée par la croissance démographique dans les zones côtières, entraînant une occupation stable du littoral.
- 19 Par exemple en 1752, ASCG, Pad. Com., 293, fo 8 : « pregiudicio al publico, per l’angustia, o clau (...)
- 20 ASCG, Pad. Com., 294, fo 93, 1759 : « se vi resti sufficiente luogo da poter tirare a terra i bast (...)
- 21 Giovanni Assereto, « Porti e scali minori della Repubblica di Genova in età moderna », Atti della (...)
- 22 Voir Alessandro Carassale, Mercanti d’olio…, op. cit., et Furio Ciciliot, « Les chantiers navals e (...)
13Durant tout l’Ancien régime, de nombreuses voix s’opposent à cette privatisation des plages. Les intérêts privés se heurtent aux intérêts corporatifs et publics, souvent opposés aux demandes de vente. L’un des principaux enjeux concerne les voies longeant le rivage, que la privatisation des siti arenili pourrait empêcher d’emprunter. Les dossiers de vente prévoient systématiquement une vérification pour s’assurer que l’intervention ne porte pas atteinte au plus grand nombre, en bloquant ou limitant l’usage des chemins19. Ils prévoient aussi les conditions d’exercice des activités entrepreneuriales. Il est recommandé de « laisser suffisamment d’espace pour pouvoir mettre à terre les navires », de garantir le « confort de la pêche »20 (les embarcations, les outils, les filets à étendre) ou de laisser de la place pour la construction navale, ainsi que le passage pour le transport des marchandises de la rive vers les centres habités. Cette disposition reflète l’absence de véritables ports dans de nombreuses zones de la région21, renforçant l’importance des plages pour le commerce22.
Figure 3. Alessandro Baratta, La Famosissima e Nobilissima Città di Genova, co’ le sue nuove fortificazioni, 1637, estampe 1 avec le détail de la plage de Sampierdarena
- 23 Par exemple ASCG, Pad. Com., 293, fo 15 et 16. En 1753, la communauté de Sestri Ponente (à environ (...)
14De manière générale, les siti arenili sont liés à la gestion des eaux : non seulement celles de la mer, mais aussi celles des ruisseaux et des torrents, qui en Ligurie se caractérisent par un régime saisonnier23. Dans de nombreuses ventes, les zones proches des torrents et de leur embouchure sont identifiées comme stratégiques et font l’objet d’une attention particulière. Leur occupation, leur détournement ou encore la construction de murs peuvent en effet augmenter les risques en cas de crue, amplifiant alors les conséquences catastrophiques qui leur sont déjà souvent associées.
15Les autorités surveillent également le dépôt et le transport de sable ou de débris vers la mer, à l’origine du processus de sédimentation qui provoque l’extension des plages. Si d’un côté, ces dépôts fluviaux pourraient créer de nouveaux siti arenili, le sable et les débris sont souvent tenus pour responsables des inondations, en raison de leur accumulation dans le lit des cours d’eau et à leur embouchure. Dès lors, certains veulent les protéger contre ceux qui souhaitent se les approprier (par exemple, près du port de Gênes, les fournisseurs de lest pour les navires), car l’extraction du sable des plages favorise l’avancée (ou le retour) de la mer. Dans d’autres circonstances, des travaux sont encouragés pour dégager le lit et l’embouchure des cours d’eau. Les dossiers de vente comportent souvent des prescriptions explicites. Elles imposent aux acquéreurs des obligations, comme de garantir l’entretien des canaux et des voies, ou d’ouvrir les terrains en cas de danger pour permettre l’écoulement des eaux. Il arrive également que les communautés défendent la nécessité de maintenir publics – et « vides » – ces espaces particulièrement stratégiques en cas d’inondation.
- 24 Pour la commune de Sestri Ponente entre 1771 et 1772, ASCG, Pad. Com., 294, ici fo 15 : « notabile (...)
16À la rhétorique de la mise en culture s’oppose celle de l’« insoutenabilité » d’une politique de cession généralisée de ces espaces et de leur privatisation totale, qualifiée dans un document de « dommage notable, très notable »24. Souvent, cette opposition s’appuie sur l’affirmation d’un usage public ab immemorabile. Dans certains cas, ces débats concernent les espaces bordant directement les vagues, désignés comme des « places » (piazze ou ciazze) publiques, consacrées à des activités collectives : processions, jeux, fêtes, ou usages quotidiens comme le lavage et le séchage du linge, l’abri des outils de pêche ou le simple repos au soleil. Ce discours provient notamment des communautés locales, par l’intermédiaire de leurs administrateurs, à l’origine de rares tentatives d’achat ou d’interventions pour protéger le littoral, par la construction de jetées ou de digues.
17Dans ces conflits, les mêmes espaces sont décrits de manière très différente par les protagonistes, jusque dans leur matérialité : des éléments apparemment objectifs comme la distance par rapport à la mer ou la nature du sol (sable, pierres, rochers, etc.) deviennent eux-mêmes objets de discussion. Tout dépend de la revendication et de l’usage prévu. Par exemple, l’appropriation pour des usages agricoles implique de remplacer les pierres et le sable par de la terre, et ce nouvel état du terrain sert ensuite de preuve pour revendiquer des droits d’occupation.
18Les archives à disposition exigent donc un appareil critique important : elles ne témoignent pas seulement d’usages, mais révèlent la revendication de droits. Cela confirme le caractère dynamique des plages et invite à réfléchir à la perception contemporaine de leur « conservation », souvent envisagée comme une forme originelle et « naturelle ». La seconde partie démontre au contraire combien cette question animait les débats politiques, à un moment particulier de l’histoire de la Ligurie, où les procédures génoises sont rediscutées et réajustées.
Les plages de la Ligurie pendant la période jacobine
- 25 Giovanni Assereto, La Repubblica Ligure. Lotte politiche e problemi finanziari (1797-1799), Turin, (...)
- 26 Vittorio Tigrino, « Communautés locales, biens communs et ressources collectives entre période jac (...)
19Au printemps 1797, l’avancée de Napoléon en Italie entraîne la chute du régime aristocratique et la création à Gênes de la République ligurienne25, d’inspiration jacobine. Cette rupture provoque une profonde réorganisation administrative, politique, économique et juridique, qui affecte aussi la gestion des ressources environnementales et les rapports entre propriété publique, collective et privée26. L’émergence des nouvelles municipalités (comuni) s’accompagne d’une forte conflictualité entre les communautés et les grands propriétaires, souvent d’anciens nobles, désormais destitués de leur rôle politique central. Cette « révolution » entend « régénérer » l’économie régionale. Les plages deviennent alors un sujet de vifs débats, sur leurs usages mais aussi sur la définition même de ces espaces, qu’elle soit physique, administrative, juridique ou lexicale.
- 27 ASCG, Decurionale, 54, « 1797-1798 Comitato degli edili – Pratiche pubbliche ».
- 28 Par exemple, Al Corpo Legislativo. Replica contro gli abusi della Municipalità di Pra’ sopra i sit (...)
20Un premier changement concerne la suppression des Padri del Comune. Leurs compétences relatives aux siti arenili sont transférées au Comitato degli Edili. La continuité administrative demeure toutefois tangible matériellement : seuls les en-têtes des actes sont modifiés ; les mêmes registres sont utilisés sans discontinuité. L’une des premières demandes d’achat provient des frères Savignoni, fabricants de cordages à Prà (à 10 kilomètres de Gênes, aujourd’hui intégré à la ville), qui souhaitent agrandir leur établissement, installé sur un terrain jouxtant un sito arenile, autrefois concédé par la famille noble Negrone27. En plus d’acquérir un espace supplémentaire, ils souhaitent élever les bâtiments existants pour loger leurs ouvriers, faute d’habitations suffisantes à proximité : un signe clair de la fonction résidentielle croissante des espaces littoraux. Désormais, la municipalité exige que tous les occupants justifient leurs droits, sous peine de voir ces terrains revendiqués au nom de la communauté. Les Savignoni – qui ne peuvent présenter ces documents – préfèrent régulariser immédiatement la situation par un achat direct auprès du Comitato degli Edili. Cet exemple reflète une tension récurrente pendant la période jacobine : l’administration des plages est contestée entre les municipalités et le gouvernement, qui affirme que ces espaces appartiennent à l’ensemble de la République28. Ces conflits laissent des traces non seulement dans les archives, mais aussi dans les journaux et les gazettes – dont la production connaît une expansion considérable à cette époque – ainsi que dans certains pamphlets. L’exemple des frères Savignoni démontre que le pouvoir central défend la propriété privée et la centralisation des décisions, tandis que les municipalités invoquent leurs droits coutumiers et la nécessité de loger les plus pauvres, face à l’accaparement des terres par les grands propriétaires, souvent issus de l’ancienne noblesse. Souvent, les communautés locales encouragent ensuite elles-mêmes aux ventes massives.
- 29 Sur cette enquête, Archivio di Stato di Genova, Repubblica Ligure, 610 [ensuite ASG, 610]. Voir ég (...)
- 30 ASG, 610, « Giurisdizione di Polcevera », Réponse de la municipalité de Cornigliano, non datée.
- 31 Ce terme se retrouve dans la législation adoptée avec la promulgation du Code civil napoléonien, c (...)
- 32 ASG, 610, « Giurisdizione di Polcevera », Réponse de la municipalité de Cornigliano, non datée : « (...)
- 33 Ibid. : « Per essere stato dalli antichi Prepotenti ingiustamente divertito il corso delle aque da (...)
21Ces mêmes discussions apparaissent dans d’autres types de sources : les études statistiques promues pour soutenir la mise en œuvre de réformes économiques dans les territoires sous domination française. L’exemple le plus connu de ces premières années est celui promu par le nouvel Instituto Nazionale lance une enquête sur « l’économie » régionale, fondée sur un questionnaire adressé aux municipalités et aux prêtres des paroisses locales. Bien qu’elle ne comporte pas de question spécifique sur les plages, elle livre des renseignements précieux29. L’une des réponses les plus instructives provient de la municipalité de Cornigliano, village côtier à quelques kilomètres à l’ouest de Gênes, intégré à sa superficie actuelle comme Prà30. Les réponses, rédigées par le président et le secrétaire de la municipalité, retracent l’histoire de la naissance du lieu. Elles affirment que l’ensemble du village s’est développé au fil des siècles grâce aux dépôts du torrent local, le Polcevera, sur des « relais de la mer » (rilasci del mare)31, c’est-à-dire les terrains autrefois recouverts par la mer, devenus des espaces occupés de manière permanente après le retrait de la mer, en raison notamment de l’accumulation de matériaux rejetés par le fleuve : il s’agit de siti arenili occupés de longue date. Ils accusent « les anciens oligarques possédants de cette commune » d’avoir occupé de manière quasi monopolistique les nouveaux terrains, et donc d’avoir délibérément empêché de nouvelles constructions pour le « peuple », malgré la forte croissance démographique, tout en se réservant la majeure partie des terres pour un usage particulier, c’est-à-dire « pour être habitées seulement par les villégiateurs en été »32. En effet, Cornigliano était l’un des lieux de villégiature préférés de la noblesse génoise (le nom de cette commune est visible sur la fig. 3, à gauche de l’embouchure du Polcevera), comme en témoignent encore aujourd’hui les villas partiellement préservées, malgré l’industrialisation de cette section du littoral. La municipalité critique également les méthodes d’appropriation des anciens nobles, accusés d’avoir provoqué des désordres hydro-géologiques : les cours d’eau descendant de la « colline », déviés pour fermer les nouvelles propriétés, ne retrouveraient plus leur cours « naturel » vers la mer, mais se déverseraient le long des rues du village, et le Polcevera serait sujet à des crues impétueuses mettant en danger la vie des habitants33.
- 34 ASG, 610, « Giurisdizione del Capo delle Mele », Réponse de la communauté de Castello di Cervo, an (...)
- 35 ASG, 610, « Giurisdizione della Frutta », Réponse du prêtre Michele Dondero de Roccatagliata, 12 a (...)
- 36 ASG, 610, « Giurisdizione della Polcevera », Réponse du prêtre Antonio Vinelli de Coronata, 14 avr (...)
22La solution proposée à Cornigliano consiste à créer un système efficace de canalisation du torrent et à dégager son embouchure des accumulations de sable et de débris, prélèvement alors assuré par les constructeurs et surtout par les ouvriers spécialisés dans l’approvisionnement en lest pour les navires du port de Gênes. Cette position revêt un intérêt particulier, dans la mesure où, dans d’autres contextes, le prélèvement de sable sur les plages est dénoncé comme un facteur d’érosion côtière, mettant en danger l’intégrité des habitations riveraines. Par exemple, dans la municipalité voisine de Sampierdarena (fig. 3), des interventions visant à limiter le prélèvement de sable se succèdent aux xviiie et xixe siècles, en raison de dégradations touchant les voies de circulation et les logements en bord de plage. D’autres réponses à l’enquête mettent en évidence le lien entre cours d’eau et configuration du littoral sous d’autres aspects. La réponse de Castello di Cervo – dans l’actuelle province d’Imperia, à l’ouest de la Ligurie – indique que la configuration de l’embouchure de son torrent serait la cause de la « disparition du littoral »34. Même les réponses de l’arrière-pays se réfèrent aux dynamiques côtières, cette fois pour le phénomène inverse : l’élongation côtière. Le curé de Roccatagliata précise que les torrents « très précipités […] transportent en contrebas la terre qu’ils détachent des montagnes en énorme quantité, augmentant ainsi le sol de la juridiction de Chiavari »35, l’un des lieux ligures où l’expansion des plages est très importante à l’époque moderne. Une réponse similaire provient du président de la municipalité de Coronata, un village situé derrière Cornigliano. Ici, contrairement aux craintes de la commune côtière voisine, les administrateurs insistent sur l’importance de canaliser en amont le cours du torrent Polcevera, afin que ses eaux, et les débris qu’elles entraînent, « se jettent dans la mer au bénéfice des plages voisines »36.
- 37 La réponse de cette municipalité fait référence aux « fabriques » de cordages dont nous avons parl (...)
- 38 ASG, 610, « Giurisdizione di Colombo », Réponse de la municipalité de Spotorno, non datée. À la pr (...)
- 39 ASG, 610, « Giurisdizione del Golfo del Tigullio », Réponse du prêtre de San Michele di Pagana, 27 (...)
- 40 ASG, 610, « Giurisdizione del Gromolo e della Vara », Réponse du prêtre de Sestri Levante, 7 mars (...)
- 41 ASG, 610, « Giurisdizione del Capo delle Mele », Réponse du prêtre Serafino Maria Rapallo de Laigu (...)
23D’autres éléments concernant les plages émergent de ces enquêtes. Le premier concerne l’importance des « fabriques » et des activités manufacturières, à l’instar de celle des frères Savignoni à Prà37. À Spotorno, à une dizaine de kilomètres de la ville de Savone, dans la Riviera di Ponente, deux fours à chaux sont installés sur un sito arenile38. À San Michele di Pagana, cette fois sur la Riviera di Levante, la population aurait augmenté « d’un bon dixième » en une douzaine d’années, en raison de la nouvelle implantation de « fabriques » sur la plage39. Le second point souligne le rôle clé de ces espaces pour le commerce maritime, dans une région où les ports sont rares, et où celui de Gênes occupe une position quasi exclusive. Sestri Levante aspire à créer un port stratégique, en canalisant et en rectifiant le cours des torrents40. L’exemple de Lingueglia (aujourd’hui Laigueglia), à 20 kilomètres à l’est d’Imperia, est encore plus explicite. Le prêtre – également habilité à répondre – fournit un document détaillé, accompagné d’un croquis représentant le profil côtier du lieu (fig. 4). Il déclare que la vie des habitants dépend de l’ouverture sur la mer et de la « rade commode et vaste à la manière d’un port », le meilleur mouillage naturel de la région après La Spezia, à l’est de la République41.
Figure 4. Réponse du prêtre Serafino Maria Rapallo de Laigueglia du 21 avril 1799, Archivio di Stato di Genova, Repubblica Ligure, 610
« Rade », « plages » et « ports » ligures dans l’Empire napoléonien : le préfet Chabrol et la Statistique du département de Montenotte
- 42 Le département s’étendait, le long de la côte, d’Arenzano (aujourd’hui commune voisine de Gênes) à (...)
- 43 Gilbert Joseph Gaspard Chabrol de Volvic, Statistique des provinces de Savone, d’Oneille, d’Acqui (...)
24Cette enquête de l’Instituto nazionale est suivie de nombreuses autres, aux objectifs variés, qui bénéficient du soutien des préfets et des bureaux des nouveaux départements, créés après l’annexion de la République ligurienne à l’Empire français, officialisée par le décret du 6 juin 1805. La plus célèbre Statistique est réalisée sous les ordres de Gilbert Joseph Gaspard Chabrol de Volvic, préfet du département de Montenotte, à l’ouest de la Ligurie42. Elle porte en particulier sur la configuration matérielle du littoral, l’utilisation des plages – qui couvraient alors plus de 100 kilomètres de côte – et la promotion du commerce43.
- 44 Chabrol s’étonne de ce que la côte ne soit pas utilisée pour la production de sel, malgré la confi (...)
- 45 Ibid., vol. 2, p. 165. Le préfet des Apennins se montre encore plus explicite et écrit en 1806 au (...)
- 46 Ibid., vol. 1, op. cit., p. 188-189. Sur ces pratiques dans le Comté de Nice, Davide Bertolotti, V (...)
25Dans cette Statistique, la partie consacrée au commerce contient de nombreuses informations sur les communautés littorales du département : trafic et flottes marchandes, quantification de la population employée dans les métiers maritimes, salaires et types de travail, coûts. Quelques indications apparaissent également au sujet des autres pratiques exercées sur le littoral44. L’appropriation des terres se manifeste à travers des cultures s’étendant pratiquement jusqu’au rivage : « il y a des jardins le long de la côte situés au milieu des sables, et qu’on a su rendre productifs en y transportant de la terre végétale »45. L’appareil iconographique l’atteste pour les activités pastorales pratiquées sur les plages (fig. 5)46.
- 47 Les planches du volume I représentent également ces pratiques.
- 48 Statistique des provinces de Savona…, vol. 2, op. cit., p. 378 : « Toutes les plages n’offrent pas (...)
26Les renseignements les plus importants sur les plages se trouvent dans la présentation des activités maritimes et commerciales47. Cette Statistique montre la manière dont l’absence de ports est compensée par l’utilisation de « rades », de « plages » et de « rives »48. Comme nous le verrons, des malentendus ont pu naître dans les correspondances officielles afin de traduire ces termes du français vers l’italien, en particulier en ce qui concerne « plage ».
Figure 5. Animaux pâturant sur la plage de Finale Marino, dans Gilbert Joseph Gaspard Chabrol de Volvic, Statistique des provinces de Savone…, op. cit., vol. 1
- 49 Ibid., vol. 2, p. 383 et 436-444.
- 50 Pour l’enquête de 1807, voir Archivio di Stato di Savona, Dipartimento di Montenotte, 47 [ensuite (...)
27Le texte est accompagné d’un tableau détaillé « sur chacun des points de la côte » et contient un bref approfondissement consacré à certains « ports et rades du département »49. Ces sections de la Statistique résultent en grande partie de deux circulaires préfectorales de 1807. La première, datée du 18 mars, a suscité des réponses fournissant des renseignements plus détaillés et précis que la publication elle-même sur les conditions matérielles des rives50. Dans leurs lettres, les administrateurs locaux insistent à la fois sur les potentialités et sur les limites du lien économique entre les communautés côtières et les métiers de la mer, qui impliquent aussi l’occupation des plages : chantiers, fabrication d’outils de pêche, etc. Cette documentation permet de voir au-delà de l’objectif même de l’enquête.
- 51 La référence à la présence de chantiers sur la plage apparaît également à plusieurs endroits dans (...)
- 52 ASS, 47, f. 2, Réponse du maire de Laigueglia, 7 août 1807.
- 53 ASS, 47, f. 2, Réponses du maire de Santo Stefano, 8 avril et 28 septembre 1807 : « nel paese » ; (...)
- 54 ASS, 47, f. 2, Réponse du maire de Finale, 23 mars 1807 : « reti per la pesca [che] si tessono sul (...)
- 55 ASS, 47, f. 2, Réponse du maire de Spotorno, 7 août 1807 : « la più vasta in latitudine ed in larg (...)
28Les maires précisent que la production de navires et d’équipements nautiques est réalisée directement sur les plages51. Dans l’une des rares réponses en français, datée du 7 août 1807, le maire de Laigueglia déclare que « toute notre plage peut servir pour chantier de construct[ion] »52, le terme « plage » se rapportant ici à la partie émergée du rivage, même si l’usage du terme italien correspondant, à savoir « spiaggia » – comme nous le verrons – est plus ambigu de manière générale. Le 8 avril 1807, celui de Santo Stefano écrit que la construction des plus grands navires se fait « dans le pays », et, dans la réponse à la circulaire suivante du 28 septembre 1807, il ajoute qu’« il n’existe aucun chantier, mais deux sites où l’on peut construire des navires d’environ 170 tonneaux »53. Le 23 mars 1807, celui de Finale, en plus des chantiers, insiste sur les autres manufactures liées aux travaux maritimes, notamment les « filets de pêche tissés sur le rivage », et où l’« on fabrique les cordages pour tout type de navire »54. Dans certains cas, les maires indiquent simplement le potentiel des plages pour ces activités, afin d’encourager l’administration à soutenir des initiatives entrepreneuriales. Le 7 août 1807, le maire de Spotorno décrit sa plage comme « la plus vaste en longueur et en largeur de tous les pays de Ligurie » : « elle serait parfaitement adaptée pour des fabriques de cordages, de câbles, de toiles pour voiles, et on pourrait y construire toutes sortes de navires »55.
29Une autre fonction essentielle des plages est de pouvoir « abriter » les navires, comme l’attestent déjà les précautions des Padri del Comune pour laisser ces espaces libres. Cependant, une difficulté linguistique se présente ici. La question de la circulaire no 4 – « Quelle est la taille des bâtiments que votre plage peut accueillir ? Lesquels vous appartiennent ? » (Qual è la grandezza de’ bastimenti, che comporta la vostra spiaggia ? Quali sono quelli che v’appartengono ?) – est interprétée de manière variée par les maires. Dans leurs réponses, « spiaggia » fait référence indifféremment à l’espace aquatique devant le rivage et au rivage lui-même. En recopiant le texte de la circulaire dans leurs réponses, certains maires ajoutent une note de précision à la question elle-même : « on ne doit pas parler des navires, qui ne viennent que pour y être chargés » (non si deve parlare de Bastimenti, che non vengono, che per caricarvi). Le maire de Finale fait par exemple la différence entre les navires tirés et chargés sur les plages – donc sur la terre ferme – ou ceux devant être chargés dans l’eau, car trop volumineux. Sa réponse démontre l’attention particulière portée à la qualification physique des espaces. Alors que de nombreux administrateurs locaux indiquent les noms des villages de la Riviera où les navires sont construits, lui décrit plutôt les espaces les plus sûrs de sa plage, où s’installent parfois des chantiers, précisant que même les lieux « fermés » – les jardins – peuvent être « percés » (forati) pour accueillir et protéger les plus grands navires en construction lors de tempêtes.
- 56 ASS, 47, f. 2, Réponse du maire de Cervo, 22 mars 1807 : « e gl’istessi vascelli da guerra ».
30De manière générale, la question de la qualification de l’« espace-plage » se révèle centrale. Le maire de Finale fournit des informations sur le régime des vents, insistant à la fois sur la sécurité en rade et sur les dommages que ces vents peuvent causer aux « fondations des maisons » (fondamenti delle case), donc à la partie émergée du littoral. L’érosion est aussi envisagée dans le cadre des améliorations possibles de la « plage » (spiaggia), un terme par lequel le gouvernement désigne l’espace maritime face au rivage, et que les maires entendent souvent comme l’espace terrestre. Tandis que le gouvernement semble viser les endroits où les navires doivent jeter l’ancre, les fonctionnaires locaux évoquent souvent la configuration du terrain et des projets de quais, de ports ou de digues. Le maire de Finale mentionne par exemple un projet de « digue » (argine) pour protéger la plage des effets d’érosion des tempêtes. De même, le 22 mars 1807, le maire de Cervo discute l’ambiguïté entre la plage comprise comme « littoral » (littorale) ou comme « rade » (rada). À la question sur la taille des navires que peut « accueillir » la plage, il répond que l’espace est limité sur la terre, tandis que la plage peut recevoir pratiquement n’importe quel navire sur l’eau, « y compris les vaisseaux de guerre »56. Il propose également des solutions pour élargir la plage – ici entendue comme « littoral » (littorale) – en suggérant des interventions sur l’embouchure d’un cours d’eau.
- 57 ASS, 47, f. 2, Réponse du maire de Noli, 3 avril 1807 : « Stante che i bastimenti che vi si ancora (...)
- 58 ASS, 47, f. 2, Réponse du maire de Albisola Marina, 6 mai 1807 : « un bastimento […] può accostars (...)
- 59 ASS, 47, f. 2, Réponse du maire de Santo Stefano, 8 avril 1807 : « in parte arenoso, ed in parte c (...)
31La confusion lexicale entre la plage émergée et la partie submergée est en partie inhérente au questionnaire lui-même. La deuxième question – « De quelle nature est le fond de la rade ou de la plage ? Y a-t-il un bon mouillage ? Les bâtiments peuvent-ils s’approcher de la côte ? Y a-t-il des rochers dangereux aux alentours ? » (Di che natura è il fondo della rada o spiaggia ? Avvi un buon ancoraggio ? I bastimenti possono avvicinarsi alla costa ? Vi sono dei scogli pericolosi ne’ contorni ?) – et la cinquième – « Quels moyens ou machines sont employés pour tirer les bâtiments sur la plage pendant la mauvaise saison ? Combien coûte cette opération pour le plus grand bâtiment de la plage ? » (Quali mezzi o macchine sono impiegati per tirare sulla spiaggia i bastimenti nella cattiva stagione ? Quanto costa questa operazione per il più grosso bastimento della spiaggia ?) – utilisent le terme spiaggia avec des significations différentes. Le maire de Noli entre alors dans de grandes précisions pour tenter de dépasser cette difficulté : « étant donné que les bâtiments qui s’y ancrent sont, en toute saison, suffisamment en sécurité sur la plage (spiaggia, c’est-à-dire l’espace aquatique), abusivement appelée “port” par les gens de mer, il n’existe pas de machines adaptées pour tirer à terre (terra) des bâtiments de grande taille »57. Le 6 mai 1807, le maire d’Albisola Marina emploie à son tour le terme « spiaggia » pour désigner tantôt l’espace terrestre, tantôt l’espace liquide58. D’autres, comme le maire de Santo Stefano, choisissent de suivre plus fidèlement l’usage français. Dans sa réponse à la première circulaire, il informe que la commune ne possède pas de « rade » (rada), mais une « plage » (spiaggia) d’une profondeur de huit brasses, soit environ cinquante-six palmes, avec un fond « en partie sablonneux et en partie couvert d’algues »59, et qu’il n’existe aucun plan d’amélioration pour rendre « cette plage » (spiaggia) plus sûre.
- 60 Dante Gaeta, Il demanio marittimo, Milan, Giuffrè, 1965.
32L’utilisation flexible du terme « spiaggia », envisagé d’une certaine manière comme un espace continu entre zone émergée et submergée, reflète le décalage entre les savoirs locaux et le langage administratif imposé par les nouvelles institutions napoléoniennes. Cette ambiguïté se retrouve alors dans la traduction italienne du Code civil avant sa promulgation officielle dans le Royaume d’Italie le 1er avril 1806. L’article 538 définit la nature juridique du littoral : « les rivages, lais et relais de la mer, les ports, les havres, les rades ». Il est traduit par : « le rive, le coste occupate ed abbandonate dal mare, i porti, i seni, le spiagge ». « spiagge » devient donc une traduction impropre à « Rades ». Pour faire référence à l’expression typiquement française de « lais et relais de la mer », les traducteurs ressentent la nécessité d’ajouter un terme supplémentaire pour préciser la matérialité du littoral et pour pallier l’absence d’équivalent lexical clair : d’abord coste, puis, dans les traductions suivantes, siti. Ce problème de vocabulaire dépasse cette seule conjoncture : il traverse tout le débat juridique du xixe siècle, en France comme en Italie, sur la définition de l’espace mobile entre terre et mer60.
33De nombreux autres éléments permettraient d’analyser l’évolution des plages pendant la période napoléonienne. L’un des aspects les plus significatifs concerne le développement des infrastructures routières. Si leurs effets sont limités à court terme, ils se révèlent déterminants sur la longue durée, transformant en profondeur les côtes et les plages de Ligurie : le profil des premiers mètres du rivage sont modifiés par l’installation, pour des raisons pratiques, de routes et de voies ferrées. Cette transformation provoque aussi des changements indirects. Par exemple, le tracé ferroviaire permet le développement du tourisme dans la partie occidentale de la Ligurie, lors de sa « mise en tourisme ».
34Ces événements successifs ont produit une quantité de documentation importante, tant administrative, qu’économique, technique ou iconographique, que le projet que je mène contribue à identifier et à comparer, avec la conviction que s’intéresser à la matérialité des plages permet non seulement de retracer leur histoire, mais aussi de mieux comprendre les enjeux contemporains.
35Les sources révèlent que la manière dont l’espace est défini n’est jamais neutre : elle exprime souvent des revendications et reflète les savoirs locaux, les dynamiques d’appropriation ainsi que leur portée sociale, économique, juridique et culturelle. Mais les approches scientifiques modernes, qu’elles soient géométriques ou techniques, ont souvent négligé la dimension humaine des plages, ce qui se traduit encore aujourd’hui par des politiques de gestion ou de conservation simplifiant ou ignorant les dynamiques complexes qui sont à la base de leur histoire. Une approche locale à l’échelle du site, et à certains égards microhistorique, permet alors de restituer la complexité des espaces constamment transformés, de promouvoir un rôle appliqué de la recherche historique, et de fournir de nouveaux outils pour discuter des politiques efficaces de planification de nos plages à l’avenir.
Notes
1 Traduit de l’italien par Simon Dolet.
2 Voir Frédérique Laget et Alexis Vrignon (dir.), S’adapter à la mer. L’homme, la mer et le littoral du Moyen Âge à nos jours, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014, et notamment p. 15-46 pour une importante synthèse de Gérard Le Bouëdec sur les interfaces maritimes. Sur l’impulsion positive qu’a donnée ce même événement extrême à la discussion scientifique, voir Denis Mercier (dir.), “Xynthia. Regards de la géographie, du droit et de l’histoire”, Norois. Environnement, aménagement, société, no 222, 2012.
3 Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, L’événement anthropocène. La terre, l’histoire et nous, Paris, Le Seuil, 2013.
4 Alain Corbin, Le territoire du vide. L’Occident et le désir du rivage (1750-1840), Paris, Aubier, 1988.
5 Il existe aujourd’hui des revues internationales spécifiquement consacrées à ce thème, comme Coastal Studies & Society, fondée en 2022. Récemment, dans le cadre d’une bibliographie abondante, quelques volumes collectifs consacrés à l’époque moderne se distinguent : Jean-Luc Sarrazin et Thierry Sauzeau (dir.), Le paysan et la mer. Ruralités littorales et maritimes en Europe au Moyen Âge et à l’époque moderne, Toulouse, Presses universitaires du Midi, 2019 ; Erik Thoen et al. (dir.), Landscapes or seascapes ? The history of the coastal environment in the North Sea area reconsidered, Gand, Brepols, 2013. Pour une synthèse, Romain Grancher et Michael-W. Serruys, « Changes on the Coast. Towards a Terraqueous Environmental History », Journal for the History of Environment and Society, no 6, 2021, p. 11-34.
6 Erik Thoen et al. (dir.), Landscapes or seascapes ?…, op. cit.
7 Christine Delpous-Darnige, « Les maires et l’État dans l’aménagement touristique du littoral du golfe du Lion », Cahiers de la Méditerranée, no 94, 2017, p. 107-120 ; Eduardo Araque Jiménez et José Manuel Crespo Guerrero, « Tourisme, territoire et environnement sur la côte méditerranéenne du Maroc », Cahiers de la Méditerranée, no 81, 2010, p. 331-348. Voir également Isabelle Bruno et Salle Grégory, « Concéder l’indisponible. Une socio-histoire des concessions de plage : le cas de Pampelonne (Var, 1922-1974) », dans Thomas Le Roux et Raphaël Morera (dir.), La nature sous contrat. Concession, histoire et environnement (xvie-xxie siècle), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2025, p. 211-228 ; Cécile Hauchard, « Entre menace commerciale et protection juridique, la plage de Pampelonne », dans Anne Brogini (dir.), La Méditerranée au prisme des rivages. Menaces, protections, aménagements en Méditerranée occidentale (xvie-xxie siècles), Saint-Denis, Bouchène, 2015, p. 311-315. Pour un exemple italien, Patrizia Battilani et Davide Bagnaresi, « La spiaggia come luogo di produzione e di consumo : dal modello informale ottocentesco a quello “taylorista” del periodo fra le due guerre », Italia contemporanea, no 294, 2020, p. 11-45.
8 Pour une brève tentative de comparaison : Giacomo Parrinello, Renaud Bécot, Marco Caligari et Ismael Yrigoy, « The Shifting Shores of the Anthropocene : The Settlement and (Unstable) Stabilization of the North-Western Mediterranean Littoral over the 19th and 20th Centuries », Environment and History, vol. 28, no 1, 2022, p. 129-154.
9 Un exemple est la revue italienne Studi costieri. Pour le cas de la Ligurie, voir les travaux de Mario Ascari, Lorenzo Baccino et Giovanni Sanguineti, Le spiagge della riviera ligure, vol. 1, Rome, Stabilimento Tipografico Aternum, 1937, et plus récemment Giuliano Fierro, Giorgio Berriolo et Marco Ferrari, Le spiagge della Liguria occidentale, analisi evolutiva, Gênes, Région Ligurie, 2010.
10 Anna Maria Stagno et Vittorio Tigrino, « Borderline landscapes. History and environmental archaeology of Ligurian hills and shores (xviii-xxi c.) », Annali dell’Istituto storico italo-germanico, vol. 46, no 2, 2020, p. 69-102 ; Vittorio Tigrino, « Fronte mare : la storia collettiva delle spiagge e gli spazi della storia (Liguria, 1711, 2020) », Archivio Scialoja-Bolla. Annali di studio sulla proprietà collettiva, no 1, 2020, p. 281-304.
11 Edoardo Grendi, Storia di una storia locale. L’esperienza ligure (1792-1992), Venise, Marsilio, 1996.
12 Massimo Quaini (dir.), Carte e cartografi in Liguria, Gênes, Sagep, 1986 ; Matteo Vinzoni, Pianta delle due Riviere della Serenissima Repubblica di Genova, Gênes, Sagep, 1983 ; Giovanni Assereto, « Per la comune salvezza dal morbo contagioso ». I controlli di sanità nella Repubblica di Genova, Novi Ligure, Città del silenzio, 2011. L’utilisation des plages est également envisagée dans l’histoire du commerce régional – Alessandro Carassale, Mercanti d’olio. Circuiti commerciali dalla Liguria all’Atlantico (1709-1815), Rome, Carocci, 2023 – ou des chantiers navals – Luciana Gatti, « Un raggio di convenienza. Navi mercantili, costruttori e proprietari il Liguria nella prima metà dell’Ottocento », Atti della Società Ligure di Storia Patria, vol. 48, no 2, 2008, p. 1-493 ; Furio Ciciliot, « Les chantiers navals en Ligurie du Moyen Âge à l’époque moderne (xiie-xvie siècles) », Cahiers de la Méditerranée, no 84, 2012, p. 259-271.
13 Vittorio Tigrino, Sabbie mobili. Le spiagge della Repubblica di Genova nel Settecento, Rome, Viella, à paraître.
14 Les documents ici utilisés sont mentionnés dans Massimo Quaini, « Per la storia del paesaggio agrario in Liguria. Note di geografia storica sulle strutture agrarie della Liguria medievale e moderna », Atti della Società Ligure di Storia Patria, vol. 12, no 2, 1972, p. 201-360.
15 Cette complexité ne se retrouvant guère dans la traduction française (sites sablonneux), il a été choisi de conserver le terme italien d’époque dans le texte. Les termes « rilasciati dal mare » et « rilasci del mare » sont également utilisés dans certains cas dans les sources ligures et correspondent au français « relais de mer », qui caractérise des espaces similaires aux siti arenili. Voir Bernard Gainot, « Les cadeaux de Neptune ; les lais et relais de mer dans le droit maritime moderne », dans Jacques Malézieux (dir.), Le milieu littoral, Paris, Editions du CTHS, 2002, p. 15-24.
16 Archivio Storico del Comune di Genova, Padri del Comune [ensuite ASCG, Pad. Com.], 290-294, les cinq dossiers portent le titre « Siti arenili ».
17 Sur la question des biens communs, Alexis Vrignon, « Introduction », dans Frédérique Laget et Alexis Vrignon (dir.), S’adapter à la mer…, op. cit., p. 9-13 ; Isabelle Bruno et Grégory Salle, « Gouverner des terres mouvantes ? De l’accaparement des plages aux politiques de retrait en Californie », Anuário Antropológico, no 50, 2025, en ligne ; Romain Grancher, « Les communs du rivage. L’État, les riverains et l’institution juridique des grèves de la mer (Manche, xviiie-xixe siècle) », dans Fabien Locher (dir.), La nature en communs. Ressources, environnement et communautés (France et Empire français, xviie-xxe siècle), Seyssel, Champ Vallon, 2020, p. 145-165 ; Andrew Kahrl, « From Commons to Capital : The Creative Destruction of Coastal Real Estate, Environments, and Communities in the US South », Transatlantica, no 2, 2020, en ligne.
18 Dans une vente à Sestri Ponente, près de Gênes, en 1762, selon ASCG, Pad. Com., 294, fo 15 : « è massima d’ogni Prencipe, e d’ogni Repubblica, lo procurare, che le loro Città, Luoghi e Villaggi siano ampliati [e] coltivati, e popolati, poiché da ciò ne derivano e publici e particolari vantaggi, oltreche servono di ornamento, e decoro alla propria Nazione ».
19 Par exemple en 1752, ASCG, Pad. Com., 293, fo 8 : « pregiudicio al publico, per l’angustia, o clausura di qualche publica strada ». Il s’agit d’une formule fréquente, comme le prouve la note suivante.
20 ASCG, Pad. Com., 294, fo 93, 1759 : « se vi resti sufficiente luogo da poter tirare a terra i bastimenti » ; « per il commodo della pesca ».
21 Giovanni Assereto, « Porti e scali minori della Repubblica di Genova in età moderna », Atti della Società Ligure di Storia Patria, vol. 28, no 1, 1988, p. 221-258.
22 Voir Alessandro Carassale, Mercanti d’olio…, op. cit., et Furio Ciciliot, « Les chantiers navals en Ligurie… », art. cit.
23 Par exemple ASCG, Pad. Com., 293, fo 15 et 16. En 1753, la communauté de Sestri Ponente (à environ 10 kilomètres de Gênes) accuse les Padri del Comune de promouvoir une vente qui pourrait « variarsi le pubbliche strade, e l’antico corso a qualche Torrenti in pregiudicio di detta magnifica comunità ». Pour ce thème du « risque environnemental » lié aux plages : Vittorio Tigrino, « Colonizzazione delle spiagge, spazio urbano e rischio ambientale in una comunità del genovesato nel xviii secolo », Geotema, année XXV, supplément, 2021, p. 53-62.
24 Pour la commune de Sestri Ponente entre 1771 et 1772, ASCG, Pad. Com., 294, ici fo 15 : « notabile, notabilissimo danno ».
25 Giovanni Assereto, La Repubblica Ligure. Lotte politiche e problemi finanziari (1797-1799), Turin, Fondazione Luigi Einaudi, 1975.
26 Vittorio Tigrino, « Communautés locales, biens communs et ressources collectives entre période jacobine et Empire napoléonien en Italie : les “comunaglie” liguriennes », dans Fabien Locher (dir.), La nature en communs…, op. cit., p. 55-76.
27 ASCG, Decurionale, 54, « 1797-1798 Comitato degli edili – Pratiche pubbliche ».
28 Par exemple, Al Corpo Legislativo. Replica contro gli abusi della Municipalità di Pra’ sopra i siti arenili in confutazione della di lei risposta e in difesa de’ sovrani diritti della Repubblica Ligure, Gênes, presso il Como, s. d. [1798].
29 Sur cette enquête, Archivio di Stato di Genova, Repubblica Ligure, 610 [ensuite ASG, 610]. Voir également Claudio Costantini, « Comunità e territorio in Liguria : l’inchiesta dell’Instituto Nazionale (1799) », Miscellanea Storica Ligure, vol. V, no 2, 1973, p. 291-360 ; Vittorio Tigrino, « Communautés locales… », art. cit. ; Diego Moreno, Dal documento al terreno. Storia e archeologia dei sistemi agro-silvo-pastorali, Bologne, Il Mulino, 1990, chapitre 6.
30 ASG, 610, « Giurisdizione di Polcevera », Réponse de la municipalité de Cornigliano, non datée.
31 Ce terme se retrouve dans la législation adoptée avec la promulgation du Code civil napoléonien, comme mentionné par la suite.
32 ASG, 610, « Giurisdizione di Polcevera », Réponse de la municipalité de Cornigliano, non datée : « Gli antichi oligarchi Possidenti in questa Commune » ; « essere abitate dalli soli villeggianti nell’estate ».
33 Ibid. : « Per essere stato dalli antichi Prepotenti ingiustamente divertito il corso delle aque da quei canali che le dirigevano senza alcun danno al mare ».
34 ASG, 610, « Giurisdizione del Capo delle Mele », Réponse de la communauté de Castello di Cervo, anonyme et non datée : « ridotto al niente il Littorale ».
35 ASG, 610, « Giurisdizione della Frutta », Réponse du prêtre Michele Dondero de Roccatagliata, 12 avril 1799 : « molto precipitosi […] portano più a basso la terra, che staccano dalli monti in enorme quantità, che va ad accrescere il suolo della giurisdizione di Chiavari ».
36 ASG, 610, « Giurisdizione della Polcevera », Réponse du prêtre Antonio Vinelli de Coronata, 14 avril 1799 : « andrebbero al mare a vantaggio delle circonvicine spiaggie ».
37 La réponse de cette municipalité fait référence aux « fabriques » de cordages dont nous avons parlé précédemment : ASG, 610, « Giurisdizione della Cerusa », Réponse de la municipalité de Prà, 10 mars 1799.
38 ASG, 610, « Giurisdizione di Colombo », Réponse de la municipalité de Spotorno, non datée. À la première réponse au questionnaire, il est indiqué : « Spotorno olim sito arenile denominato i Borroni ».
39 ASG, 610, « Giurisdizione del Golfo del Tigullio », Réponse du prêtre de San Michele di Pagana, 27 mars 1799.
40 ASG, 610, « Giurisdizione del Gromolo e della Vara », Réponse du prêtre de Sestri Levante, 7 mars 1799.
41 ASG, 610, « Giurisdizione del Capo delle Mele », Réponse du prêtre Serafino Maria Rapallo de Laigueglia, 21 avril 1799 : « rada comoda, e vasta a guisa di porto ». La réponse de la municipalité est datée du 16 mars 1799.
42 Le département s’étendait, le long de la côte, d’Arenzano (aujourd’hui commune voisine de Gênes) à Riva di Taggia (juste avant Sanremo).
43 Gilbert Joseph Gaspard Chabrol de Volvic, Statistique des provinces de Savone, d’Oneille, d’Acqui et de partie de la province de Mondovì, formant l’ancien département de Montenotte, 2 volumes, Paris, Imprimerie de Jules Didot Ainé, 1824. Pour une édition italienne, Statistica delle provincie di Savona, di Oneglia, di Acqui e di parte della provincia di Mondovì che formavano il Dipartimento di Montenotte, Giovanni Assereto (éd.), Savone, Comune di Savona, 1994.
44 Chabrol s’étonne de ce que la côte ne soit pas utilisée pour la production de sel, malgré la configuration physique favorable. Ibid., vol. 2, p. 321-322 : « Quoique les plages du littoral présentent sur quelques points des parties basses, où l’on pourrait former des marais salans, on n’a cependant établi jusqu’ici aucune saline dans le département ».
45 Ibid., vol. 2, p. 165. Le préfet des Apennins se montre encore plus explicite et écrit en 1806 au sujet du littoral de Chiavari et Lavagna que de nombreux « jardins […] sont situés sur des plages de sable pure délaissés par la mer, mais à force de soins, d’eaux et d’engrais ils n’en produisent pas moins deux récoltes par an ». Cité d’après Massimo Quaini, « Per la storia del paesaggio agrario in Liguria… », art. cit., p. 227-228.
46 Ibid., vol. 1, op. cit., p. 188-189. Sur ces pratiques dans le Comté de Nice, Davide Bertolotti, Viaggio nella Liguria marittima, vol. 1, Turin, Eredi Botta, 1834, p. 33 : « Nella provincia di Nizza abbondan le greggie ; colà le pecore si pascono delle odorate erbe delle Alpi nella state, e scendono sulla spiaggia ai paschi invernali ».
47 Les planches du volume I représentent également ces pratiques.
48 Statistique des provinces de Savona…, vol. 2, op. cit., p. 378 : « Toutes les plages n’offrent pas, à la vérité, une sécurité parfaite pendant les hivers ; mais on y remédie en traînant sur la rive, à l’aide des palans ou d’autres machines fort simples, des vaisseaux même d’une assez grande portée… » ; p. 436 : « …chaque village a sa petite rade, ou du moins une plage assez sûre, où il peut ancrer ses bâtiments et même les tirer de l’eau, et les mettre à l’abri des flots sur le rivage ».
49 Ibid., vol. 2, p. 383 et 436-444.
50 Pour l’enquête de 1807, voir Archivio di Stato di Savona, Dipartimento di Montenotte, 47 [ensuite ASS, 47], « Porti e rade : dati statistici », fascicules 2 et 5. Le fascicule 2 contient également les sources relatives aux cas particuliers de Laigueglia et d’Alassio, cités par Chabrol.
51 La référence à la présence de chantiers sur la plage apparaît également à plusieurs endroits dans le texte de la Statistique, où les deux termes, « rivage » et « plage », sont utilisés : Statistique des provinces de Savona…, vol. 2, op. cit., p. 378 : « Il s’est formé sur plusieurs points du rivage des établissements et des chantiers » ; p. 328-329 : « On construit ces bâtiments sur le sable de la plage ».
52 ASS, 47, f. 2, Réponse du maire de Laigueglia, 7 août 1807.
53 ASS, 47, f. 2, Réponses du maire de Santo Stefano, 8 avril et 28 septembre 1807 : « nel paese » ; « non esiste verun cantiere, ma bensì due siti, ne’ quali si possono fabbricare dei bastimenti di tonnellate 170 circa ».
54 ASS, 47, f. 2, Réponse du maire de Finale, 23 mars 1807 : « reti per la pesca [che] si tessono sul lido » ; « pure […] si fabricano i cordami per qualonque bastimento ».
55 ASS, 47, f. 2, Réponse du maire de Spotorno, 7 août 1807 : « la più vasta in latitudine ed in larghezza di quante sianvi ne paesi della Liguria » ; « sarebbe adattatissima per fabriche di gumene, ed altri cordami, cottonine per vele, e vi si potrebbero costrurre bastimenti d’ogni sorte ».
56 ASS, 47, f. 2, Réponse du maire de Cervo, 22 mars 1807 : « e gl’istessi vascelli da guerra ».
57 ASS, 47, f. 2, Réponse du maire de Noli, 3 avril 1807 : « Stante che i bastimenti che vi si ancorano sono in tutte le stagioni bastantemente sicuri nella spiaggia, abusivamente dalla gente di marina detta ‘porto’ non vi sono macchine addattate per tirare a terra bastimenti di grossa portata ».
58 ASS, 47, f. 2, Réponse du maire de Albisola Marina, 6 mai 1807 : « un bastimento […] può accostarsi al lido, e […] trasportare il carico sulla spiaggia » ; « La Spiaggia è fonda, i fondali arenosi ».
59 ASS, 47, f. 2, Réponse du maire de Santo Stefano, 8 avril 1807 : « in parte arenoso, ed in parte con cespugli algosi ».
60 Dante Gaeta, Il demanio marittimo, Milan, Giuffrè, 1965.
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| Titre | Figure 1. Édit des Padri del Comune du 30 décembre 1711, enregistré et publié par la communauté d’Albenga le 26 janvier 1712, ASCG, Pad. Com., 290, fo 5 |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19589/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 3,4M |
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| Titre | Figure 2. Exemple d’un croquis annexé à une demande d’achat d’un sito arenile à Lavagna entre 1712 et 1713, ASCG, Pad. Com., 291, fo 66 |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19589/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 2,8M |
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| Titre | Figure 3. Alessandro Baratta, La Famosissima e Nobilissima Città di Genova, co’ le sue nuove fortificazioni, 1637, estampe 1 avec le détail de la plage de Sampierdarena |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19589/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 636k |
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| Titre | Figure 4. Réponse du prêtre Serafino Maria Rapallo de Laigueglia du 21 avril 1799, Archivio di Stato di Genova, Repubblica Ligure, 610 |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19589/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,2M |
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| Titre | Figure 5. Animaux pâturant sur la plage de Finale Marino, dans Gilbert Joseph Gaspard Chabrol de Volvic, Statistique des provinces de Savone…, op. cit., vol. 1 |
| URL | http://journals.openedition.org/cdlm/docannexe/image/19589/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,2M |
Pour citer cet article
Référence papier
Vittorio Tigrino, « Une microhistoire de l’environnement côtier : les plages de Ligurie à la fin de l’Ancien Régime », Cahiers de la Méditerranée, 111 | 2025, 95-113.
Référence électronique
Vittorio Tigrino, « Une microhistoire de l’environnement côtier : les plages de Ligurie à la fin de l’Ancien Régime », Cahiers de la Méditerranée [En ligne], 111 | 2025, mis en ligne le 20 juillet 2026, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cdlm/19589 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16lnx
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