Observer, prédire, prévenir. La météorologie au service de la gestion des risques en Europe méridionale (1770 - années 1800)
Résumés
Les prédictions météorologiques fondées sur les points lunaires et leur retour à des positions similaires dans le cadre de cycles astronomiques ont rencontré un succès notable dans le monde savant après 1770. Giuseppe Toaldo est le premier à proposer une méthode reconnue comme légitime par ses pairs. Les météorologistes européens soulignent surtout que son système semble particulièrement adapté au climat de l’Europe méridionale, en raison de son adéquation avec le régime pluviométrique spécifique de cette région. Toutefois, l’idée d’une unité climatique méditerranéenne ne s’impose pas encore, faute de données suffisantes dans le monde Ottoman et en raison d’une approche climatique encore largement fondée sur la latitude. Ces cycles prédictifs sont également mobilisés pour expliquer certains phénomènes naturels, et certains savants vont jusqu’à envisager la possibilité de prédire les séismes – un risque majeur en Méditerranée – par ce biais. Néanmoins, ces pratiques prédictives restent difficilement observables en dehors du cadre savant.
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Mots-clés :
prédictions météorologiques, prévisions météorologiques, risques, climat, séisme, MéditerranéePlan
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- 1 Fabien Locher, Le Savant et la Tempête. Étudier l’atmosphère et prévoir le temps au xixe siècle, (...)
1Existe-t-il un décalage historique entre l’essor du savoir météorologique et son intégration dans les politiques publiques, depuis son émergence au xviie siècle jusqu’à la création des services nationaux au milieu du xixe siècle ? Évidemment, les météorologistes en deviennent des acteurs incontournables par la suite, en particulier pour les prévisions météorologiques1. La situation est plus complexe au siècle des Lumières. La première véritable difficulté est l’identification des « météorologistes ». La définition large de « spécialistes des phénomènes atmosphériques » permet d’inclure tous les acteurs de l’époque. En effet, les savants ne se consacrant qu’à ce domaine n’émergent que dans le dernier tiers du xviiie siècle. Ils doivent encore cohabiter avec les astronomes, les médecins, les naturalistes ou encore les chimistes occupant ce rôle auparavant. En d’autres termes, la météorologie commence à s’affranchir de la tutelle des autres savoirs à la fin du xviiie siècle, pour se constituer en discipline au milieu du xixe siècle.
- 2 Paola Bertucci, « Enlightening Towers : Public Opinion, Local Authorities, and the Reformation of (...)
- 3 Parmi les nombreux exemples dans les archives, les enquêtes de l’Académie des sciences de Paris s (...)
- 4 Pour un exemple précoce de prévention des tempêtes maritimes à Barcelone reposant sur l’expertise (...)
- 5 Nicolas Vidoni, « La peste et le gouvernement municipal : Montpellier en 1720-1723 », Annales du (...)
- 6 Parmi une vaste bibliographie, dans l’espace étudié, Muriel Collart, « Inspirez, expirez : les ta (...)
- 7 Pour un cas d’étude sur la longue durée, partant de l’effervescence des académies d’agriculture e (...)
2Ce groupe élargi apporte bien son expertise aux autorités lorsqu’elles en font la demande. L’exemple le plus marquant concerne l’installation de paratonnerres pour protéger les bâtiments – en premier lieu les réserves de poudre – ou les navires2. Les météorologistes rédigent le plus souvent leurs mémoires en réaction aux phénomènes dont ils tentent d’évaluer la cause, la nature et le fonctionnement3. Toutefois, rares sont ceux qui ont inspiré une politique de prévention des risques naturels4, sans réelle prévision des aléas. Ce constat se prolonge dans des projets publics de la seconde moitié du siècle. Le savoir météorologique n’y est qu’un outil auxiliaire pour d’autres spécialités. Déjà impliqués dans la politique sanitaire locale et progressivement centralisée5, les médecins conseillent désormais les autorités en intégrant des observations météorologiques dans leurs topographies médicales6. De même, les agronomes et les économistes ont cherché à soutenir le développement agricole en intégrant les théories météorologiques7. Comme Nicolas Vidoni le prouve dans sa contribution à ce dossier, ces discussions restent confinées à la communauté savante et peinent à trouver une application concrète.
- 8 Pour une approche générale, voir Simon Dolet, Prophètes du temps. Une histoire des prédictions mé (...)
- 9 Simon Dolet, « L’astrologie saine de Giuseppe Toaldo et les séismes, clés de la prédiction des ch (...)
3L’objectif est ici de vérifier si cette conclusion se confirme pour le domaine de recherche réservé aux météorologistes, peu étudié et pourtant au cœur des attentes sociétales : les « prédictions » météorologiques8. Le terme de « prévision » doit être écarté sachant qu’il ne s’impose qu’au milieu du xixe siècle pour discréditer les théories ici présentées. Depuis l’invention du thermomètre et du baromètre dans la première moitié du xviie siècle, les météorologistes nourrissent l’espoir de prédire de manière systématique le temps à venir, en raison de la grande vulnérabilité des sociétés de l’époque. Les espoirs se concrétisent dans les années 1770, lorsque des systèmes prédictifs basés sur des influences de la Lune et du Soleil sur l’atmosphère sont reconnus comme légitimes au sein de la communauté savante9. Fort de ce principe, les météorologistes cherchent alors une récurrence des phénomènes dans leurs journaux d’observation en relation avec des cycles astronomiques. Leurs prédictions – en premier lieu pour « l’agriculture, la médecine et la navigation » comme ils ne cessent de le répéter – sont ainsi fondées sur la probabilité de la répétition d’événements similaires. Cependant, il convient de préciser que la climatologie ne se constitue en discipline qu’au xixe siècle et demeure intégrée aux études météorologiques au xviiie siècle. Ainsi, les prédictions qualifiées ici de « météorologiques » couvrent aussi bien des variations atmosphériques sur quelques jours que sur des saisons et des années.
- 10 Au cœur d’une bibliographie importante, voir par exemple Dario Camuffo et Bertolin Chiara, « The (...)
- 11 En plus des nombreux travaux de climatologie historique focalisés sur certains lieux et donc cert (...)
- 12 En plus des travaux de Patrick Fournier cités précédemment, George Pichard, « Les météorologistes (...)
- 13 Fernando Domínguez-Castro, José Manuel Vaquero, Francisco S. Rodrigo, Ana María Marín Farrona, Ma (...)
- 14 Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, vol. 1, Par (...)
- 15 Saltuk Duran, « Sources of Maritime Weather Monitoring in the Ottoman Navy at the Age of Modern O (...)
- 16 Par exemple, des tables météorologiques se trouvent dans une grande partie des ouvrages cités par (...)
- 17 Ce type d’étude nécessiterait d’explorer davantage les archives privées des consuls, plutôt que l (...)
- 18 Ahmet Tunç Şen, Forgotten Experts : Astrologers, Science, and Authority in the Ottoman Empire (14 (...)
4L’espace méditerranéen constitue un terrain d’étude particulièrement adapté pour cet objet. D’une part, le thermomètre, le baromètre et le pluviomètre y voient le jour, puis le premier réseau transnational est organisé depuis Florence10. D’autre part, à la fin du siècle des Lumières, des observateurs se trouvent en nombre dans la péninsule italienne11, en France méridionale12, dans une moindre mesure en Espagne13, et les stations émergent tout juste sur les côtes habsbourgeoises et en Dalmatie. Néanmoins, la « Méditerranée aérienne » – selon l’expression de Fernand Braudel14 – est divisée : les instruments météorologiques ne sont adoptés dans les territoires sous domination ottomane qu’au cours du xixe siècle15. Les premiers relevés quantitatifs proviennent d’expéditions savantes16, de missionnaires ou de consuls17. De plus, les prédictions météorologiques savantes dans le monde Ottoman sont encore produites par des astrologues de cour, à partir d’horoscopes18.
- 19 Fondé en 1841, l’observateur volcanologique du Vésuve est d’abord le « Reale osservatorio meteoro (...)
5Pour entreprendre cette étude à l’échelle de l’Europe méridionale, il s’agit d’abord de présenter le premier système prédictif reconnu, né en 1770 sous la plume de Giuseppe Toaldo de Padoue. L’une des raisons de sa large adoption dans l’espace méridional tient à son adéquation avec des caractéristiques climatiques perçues comme spécifiques à la région. Ensuite, le but est d’observer l’utilisation pratique de ce type de prédictions. Pour le monde savant, le fameux brouillard sec de l’été 1783 offre une porte d’entrée. À l’époque, la grande famille des « météores » implique qu’un météorologiste surveille les volcans et les séismes19, risques d’importance en Méditerranée. Dans une approche à la fois exploratoire et méthodologique, il convient aussi d’envisager l’application concrète de ces méthodes prédictives dans les travaux publics, à partir de l’exemple de l’architecte et ingénieur niçois Jean-François Michaud (1734-1807).
Les points lunaires et les cycles météorologiques de Toaldo
- 20 Giampiero Bozzolato, Giuseppe Toaldo. Uno scienziato Europeo nel settecento veneto, Padoue, Edizi (...)
- 21 Giuseppe Toaldo, Della vera influenza degli astri, delle stagioni, e mutazioni di tempo, Saggio M (...)
6Le savoir météorologique passe une étape essentielle en 1770. Jusqu’ici, plusieurs savants avaient produit des méthodes de prédictions météorologiques, sans arriver à les imposer. La peur et les soupçons de retomber dans l’astrologie planent toujours. En 1770, Giuseppe Toaldo (1719-1797), professeur d’astronomie et des météores à l’université de Padoue20, fait paraître son Saggio Meteorologico 21. Il y présente son système prédictif qui va faire sa renommée. D’une part, pour des prédictions à court terme, il se concentre sur les « changements de temps », c’est-à-dire lorsque les conditions atmosphériques passent du beau au mauvais, du sec à l’humide… Pour cela, il définit plusieurs « points lunaires » – comme la Nouvelle ou la Pleine Lune, qui reviennent à chaque révolution du satellite – où les probabilités que le temps change sont plus élevées. Ainsi, il aurait la capacité de prédire autour de quel point lunaire les variations météorologiques ont la plus grande probabilité de se produire, ainsi que leur nature. Il précise toujours que ces changements surviennent dans la période de trois jours avant et trois jours après chaque point lunaire. D’autre part, il pense pouvoir prédire des tendances mensuelles, saisonnières ou annuelles en s’appuyant sur la récurrence des conditions météorologiques selon des cycles astronomiques. Il en propose plusieurs durant sa carrière – d’environ quatre, neuf, 18 et 37 ans – tous multiples les uns des autres. Ils dépendent du retour quasi-identique des positions des points lunaires et donc de leur pouvoir. Chaque année à partir de 1773, il fait paraître ses prédictions dans son almanach, le Giornale astrometeorologico.
- 22 Giuseppe Toaldo, « Essai de météorologie appliquée à l’agriculture. Ouvrage qui a remporté le pri (...)
- 23 Simon Dolet, « Giovanni Domenico Beraudo ou l’histoire d’un météorologiste turinois qui rêvait de (...)
- 24 Miguel Gerónimo Suárez y Núñez, Memorias instructivas, utiles, y curiosas, sobre agricultura, com (...)
- 25 Siegfried Jüttner, « La prensa como archivo para la utilidad de la nación. Las memorias instructi (...)
- 26 José Manuel Valles Garrido, Ciencia, economía política e ilustración en Vicente Alcalá-Galiano, M (...)
- 27 À partir de la version italienne revue et augmentée par Toaldo, La meteorologia aplicada a la agr (...)
- 28 José Garriga, Curso elemental de meteorologia, Madrid, Imprenta Real, 1794.
- 29 Pour une étude ancienne mais très documentée, Édouard Roche, « Recherches sur la météorologie et (...)
- 30 Pour ses observations, Archives départementales de l’Hérault [ensuite ADH], D144. Édouard Roche, (...)
- 31 Académie nationale de médecine [ensuite AM], SRM 196, 27/1c, fo 5-v. Au recto, Mourgue précise qu (...)
- 32 Jacques Antoine Mourgue, Essai de statistique, Paris, Maradan, 1801, p. 59-76, particulièrement p (...)
7La diffusion de cette méthode prédictive s’accélère après 1775. L’année précédente, Toaldo remporte le concours académique de la Société royale des sciences de Montpellier. La publication en français lui assure alors une large visibilité22. Il est indéniable que les savants de l’Europe méridionale adhèrent largement à sa proposition. D’abord, écrire sur les prédictions dans la péninsule italienne nécessite de se placer sous son patronage23, comme le prouve l’exemple à venir de Nice. Les traductions du mémoire primé se multiplient en Espagne dans le cadre de l’engouement académique pour les questions économiques : en 1785 par Miguel Gerónimo Suárez y Núñez (1733-1791)24, ancien entrepreneur de Cadix installé à Madrid25 ; en 1786, par Vicente Alcalá-Galiano (1757-1810)26, professeur de mathématiques au Collège royal d’artillerie de Ségovie27. Le professeur de météorologie à l’observatoire astronomique de Madrid, José Garriga (1765-1829), fonde en grande partie son cours imprimé sur les textes du savant padouan28. Enfin, dans la France méridionale, après avoir primé le système prédictif de Toaldo, les savants de la Société des sciences de Montpellier l’incorporent dans leurs propres recherches29. Par exemple, de 1772 à 1785, Jacques Antoine Mourgue (1734-1818) tient un journal météorologique30. En 1781, il adresse ses tables à la Société royale de médecine de Paris pour participer à son réseau météorologique à visée médicale et précise que « la sixième colonne indique les points lunaires, pour suivre la théorie si bien développée par Mr. Toaldo, théorie lumineuse et qui pourra conduire à quelque point fixe de prévision pour les temps à venir »31, avant de la désavouer au tournant du siècle32.
Un régime pluviométrique caractéristique de l’Europe méridionale
- 33 Pierre Caron, Le Père Cotte (1740-1815) : inventeur des eaux d’Enghien et de la météorologie mode (...)
- 34 Jacques Poitevin, Essai sur le climat de Montpellier, Paris, Marchant, 1803.
- 35 Jacques Poitevin, « Analyse de la dissertation de M. Toaldo, professeur d’astronomie, à Padoue, q (...)
- 36 Jacques Poitevin, « Lettre adressée à l’auteur de ce recueil […] sur la quantité de Pluie qui tom (...)
- 37 Jacques Poitevin, Essai sur le climat de Montpellier, op. cit., p. 145-148.
- 38 ADH, D148. Voir Édouard Roche, « Recherches sur la météorologie… », art. cit., p. 336-339 ; Célin (...)
- 39 ADH, D145. Voir Édouard Roche, « Recherches sur la météorologie… », art. cit., p. 317-319.
- 40 Louis Cotte, « Extrait de l’Essai sur le climat de Montpellier […] par J. Poitevin », Journal de (...)
8Pourquoi donc cet engouement est-il spécialement fort et durable dans l’Europe méridionale ? La réponse pourrait bien être climatique à en croire Louis Cotte (1740-1815), observateur de Montmorency, au nord de Paris, principal météorologiste en France des années 1770 jusqu’à sa disparition33. En 1805, il publie une recension de l’Essai sur le climat de Montpellier, publié deux ans plus tôt par l’astronome montpelliérain Jacques Poitevin (1742-1807)34. Ce dernier est membre de l’académie locale, a été l’un des commissaires pour le prix de 177435, et a depuis répété son allégeance au système prédictif de Toaldo36. Il effectue des relevés uniquement pluviométriques de 1767 – à la suite d’un automne 1766 marqué par de fortes pluies et par des inondations37 – à 1806, son fils prolongeant son travail pendant encore six ans38. La Société le charge de cette tâche pour poursuivre les observations commencées à sa demande l’année précédente par l’avocat Jean-Baptiste Romieu (1723-1766)39. Dans son compte rendu de 1805, Cotte note que Poitevin ne retrouve pas à Montpellier l’influence des points lunaires sur les températures et la pression. En revanche, pour les précipitations, « la révolution de l’apogée lunaire qui est d’environ neuf ans, peut être regardée comme un cycle qui ramène les pluies abondantes, ou des sommes égales d’eau tombée », à quoi Cotte répond que « ces résultats peuvent convenir au climat de Montpellier ainsi qu’à celui de Padoue […] : j’ai soumis au même examen mes observations faites dans le climat de Paris […] : le retour des mêmes quantités de pluie tous les neuf ans ne s’est point vérifié »40.
- 41 Par exemple, Jacques Poitevin, « Lettre adressée à l’auteur de ce recueil… », art. cit., p. 131 : (...)
- 42 Louis Cotte, Mémoires sur la météorologie, vol. 1, Paris, Imprimerie royale, 1788, p. 114.
- 43 Dario Camuffo et al., « Western Mediterranean precipitation over the last 300 years from instrume (...)
9Dès lors, le cycle théorisé par Toaldo d’un retour des quantités de pluie environ tous les neuf ans – période où l’apogée de la Lune revient à la même position par rapport à la Terre – rapportant les époques de sécheresse ou de pluie abondante41, serait une particularité de l’Europe méridionale. Deux décennies plus tôt, Cotte avait déjà remarqué cette différence pluviométrique entre le climat de Paris et celui de Padoue pour un autre cycle d’environ 18 ans défendue par Toaldo – le Saros des Chaldéens de 223 lunaisons, où le Soleil, la Terre et la Lune se retrouvent dans les mêmes dispositions pour produire les mêmes éclipses – « parce que les causes secondes, comme les vents, les orages y sont plus variés & plus irréguliers » au nord42. Ce cycle peut d’ailleurs encore être utilisé en climatologie : les précipitations d’automne en Méditerranée occidentale semblent revenir tous les trois Saros, soit environ tous les 54 à 56 ans. Même si cela « ne pourrait être qu’une coïncidence », il s’avère que les pluies de cette saison proviennent d’influences de l’Atlantique nord, dont la température de surface suit également ce cycle43.
- 44 Emmanuel Garnier, « Étiages, sécheresses, canicules rares et leurs impacts sur les usages de l’ea (...)
- 45 Par exemple, Giuseppe Toaldo, Saggio meteorologico…, op. cit., 1784, p. 183-184. Le météorologist (...)
10Pour en revenir aux météorologistes du xviiie siècle, l’indice climatique le plus commun utilisé aujourd’hui pour caractériser l’espace méditerranéen – construit au cours du siècle suivant pour des raisons politiques comme le démontre notamment Martine Tabeaud dans ce dossier – apparaît déjà dans leurs travaux quantitatifs : des hivers avec des pluies exceptionnelles et des étés marqués par les sécheresses, ces dernières étant d’autant plus importantes au xviiie siècle44. Pour autant, les acteurs ont déjà conscience des importantes disparités de précipitations entre des lieux très proches45.
Des climats morcelés autour de la Méditerranée
- 46 Biblioteca Civica di Padova, B.P. 834/2, Giuseppe Toaldo, Giornale astro-meteorologico per l’anno (...)
- 47 Ibid., p. 64 et 79.
- 48 Marie-Noëlle Bourguet « Introduction », dans Marie-Noëlle Bourguet (dir.), L’invention scientifiq (...)
11Si certains cycles prédictifs peuvent être spécifiques à l’Europe méridionale au vu de ces conditions météorologiques, les météorologistes de la fin du xviiie siècle ne vont pas jusqu’à définir une zone climatique à l’échelle de la région « Méditerranée ». À propos de la sécheresse se prolongeant du milieu de décembre 1778 jusqu’au début avril 1779 à Padoue, que Toaldo pense correspondre à sa période de neuf ans46, il écrit que « la sécheresse et un grand froid régnèrent en effet sur l’Europe méridionale », même qu’« en Espagne, elle dura six mois, en Dalmatie huit, et dans le Latium dix sans précipitations notables […] mais en Thrace et en Asie (ainsi qu’en Grèce et dans les Deux-Siciles), il y eut […] des neiges inhabituelles accompagnées de glaces et de gels extrêmes »47. La conclusion de Marie-Noëlle Bourguet d’une Méditerranée « morcelée » à cette époque, tant pour la mer que la région géographique, se confirme48.
- 49 Ibid., p. 22.
- 50 Laurent Brassart, Laurent Châtel, Émilie-Anne Pépy et Anouchka Vasak, « Introduction », Dix-huiti (...)
- 51 Archives départementales des Alpes-Maritimes [ADAM], CE M378 « Coton », Instruction [du ministère (...)
- 52 Jan Synowiecki, « La serre, le naturaliste et le climat : conservation des plantes et politique d (...)
- 53 De même pour la médecine, Michael A. Osborne, « La renaissance d’Hippocrate. L’hygiène et les exp (...)
12Néanmoins, les météorologistes étaient absents de L’invention scientifique de la Méditerranée. Il est vrai que cette région a d’abord été définie selon la géographie botanique avec Augustin-Pyramus de Candolle (1778-1841)49. En écho à l’article de Léonie Boissière sur l’acclimatation des plantes exotiques dans ce dossier, les acteurs entreprennent ces projets en partant de l’hypothèse d’une similarité des climats américains ou australiens avec ceux du pourtour méditerranéen. Cette idée puise directement dans la définition même des « climats », alors en train de se transformer50 : aux conditions atmosphériques moyennes en un lieu, s’ajoute encore une dimension géographique englobant l’ensemble des caractéristiques naturelles de l’espace envisagé. L’argument premier est ainsi de trouver des plantes pour les mêmes latitudes51, même si elles peuvent être acclimatées sous d’autres par certaines pratiques52. Peut-être existait-il déjà une conscience d’une relative uniformité botanique entre les rives de la Méditerranée à l’origine des projets d’acclimatation. Le manque de similitude caractérise plutôt la région dans les travaux météorologiques53.
- 54 Renati, « Topographie physique et médicale du vieux Kaire », La décade égyptienne, vol. 2, an VII (...)
- 55 Jean-Marie-Joseph Coutelle, « Observations météorologiques faites au Kaire en 1799, 1800 et 1801 (...)
- 56 Louis Cotte, Mémoires sur la météorologie, vol. 2, op. cit., p. 189-616 ; Richard Kirwan, An Esti (...)
- 57 Par exemple pour la différence de couverture forestière, Louis Cotte, « Recherches sur la chaleur (...)
- 58 Histoire de la Société royale de médecine [ensuite HSRM]. Année 1776, Paris, Philippe-Denys Pierr (...)
- 59 HSRM. Année 1784 et 1785, Paris, Théophile Barrois, 1779, p. 204.
- 60 La première carte isotherme d’Alexandre von Humboldt sépare encore le « Midi de la France » de l’ (...)
- 61 Jean-Baptiste Fressoz et Fabien Locher, Les révoltes du ciel. Une histoire du changement climatiq (...)
13D’une part, les observations manquent assurément dans le monde Ottoman. L’expédition d’Égypte n’y change rien : le médecin Renati manque d’instruments54, le militaire Jean-Marie-Joseph Coutelle (1748-1835) – observateur à l’Institut d’Égypte du Caire – précise que « les observations du baromètre et du thermomètre n’ont pas été répétées assez souvent »55. D’autre part, à l’instar des botanistes, les météorologistes tentent d’élaborer une théorie climatique générale en comparant les mesures à latitude égale56, tout en reconnaissant que les différences apparaissant s’expliquent par des facteurs naturels locaux57. Qu’en concluent-ils ? Dans ses analyses des données du réseau de la Société royale de médecine de Paris, Cotte oppose des « pays chauds » ou « méridionaux » – comme Saint-Domingue et la Provence – où il pleut moins en nombre de jours que dans les « pays froids » ou « septentrionaux » – comme la Hollande – mais plus en quantité de pluie58. Il en déduit que plus la température augmente, donc plus l’on s’approche de la « zone torride », plus les précipitations deviennent abondantes. Ainsi, les pluies sont plus fréquentes en hiver mais plus importantes en été59. Les comparaisons étaient donc encore réalisées entre deux zones climatiques principales. Le pourtour méditerranéen serait classé parmi les pays chauds, sans être envisagé comme une unité, d’autant plus que les deux côtés de la mer ne se situent pas aux mêmes latitudes60. Bien sûr, la régionalisation politique du climat par les Lumières est évidente61, mais il est difficile de l’observer dans les travaux de ces météorologistes pour expliquer une opposition entre l’Europe méridionale et le monde Ottoman. Le manque de données pourrait du moins l’expliquer.
Les séismes en Méditerranée, un facteur prédictible de changements climatiques ?
- 62 Simon Dolet, « L’astrologie saine de Giuseppe Toaldo et les séismes… », art. cit., p. 55-62.
- 63 Katrin Kleeman, A Mist Connection. An Environmental History of the Laki Eruption of 1783 and Its (...)
14Avec son importante activité sismique, la Méditerranée est perçue comme un espace où les changements climatiques peuvent prendre leur origine en cette fin du xviiie siècle. J’ai déjà mentionné dans une autre publication que Toaldo était convaincu que le brouillard sec s’étendant sur l’Europe durant l’été 1783 était dû aux multiples tremblements de terre ayant ravagé la Calabre et la Sicile entre février et mars62, et non à l’éruption du volcan islandais Laki du début de juin comme il est désormais établi63. En effet, les météorologistes s’inquiètent de ce phénomène atmosphérique qui provoque un été particulièrement chaud et sec, accompagné de quelques pluies acides dans certaines régions. Ici, l’objectif est de démontrer que la majorité des savants partage l’opinion de Toaldo et que certains pensent que les séismes sont prédictibles grâce à des cycles.
- 64 La même explication physique permet d’expliquer les invasions de criquets en Espagne : « se podrí (...)
- 65 Journal de Paris, 2 juillet 1783, p. 763.
15Pendant que le brouillard sec stationne au-dessus de l’Europe et se déplace au gré des vents, la communauté savante s’interroge sur la cause de ce phénomène. Le 2 juillet, Jérôme Lalande (1732-1807), professeur au Collège royal et principal astronome français, s’adresse au Journal de Paris pour incriminer les séismes de Calabre et de Sicile. Il rejette avant tout l’hypothèse « populaire » selon laquelle ces catastrophes de février et mars seraient causées par le passage d’une comète. Il les explique plutôt grâce au modèle physique dominant de l’époque qui semble se répéter à chaque séisme – comme celui de Lisbonne – et qui permettrait de les prédire : la succession d’une période de fortes précipitations avec une autre de chaleur intense64. Pour conclure sa lettre, Lalande reprend à son compte un cycle de 19 ans – dit de Méton – défendu par Cotte face au Saros de Toaldo, convaincu de longue date de l’influence des astres sur l’atmosphère. Selon lui, ce brouillard « semble très naturel » et « ne me paraît pas très nouveau : du moins la période de 19 ans […] nous présente un exemple qu’on peut citer ». Il y en avait déjà eu au début de juillet 1764, 19 ans auparavant. Dès lors, « il n’y eut en 1764 que des orages & de la grêle, ainsi nous n’avons rien de plus à redouter pour 1783 »65.
- 66 Par exemple, Journal politique de Bruxelles, 12 juillet 1783, p. 77-78 ; Mercure de France, no 23 (...)
- 67 Emmanuel de Croÿ-Solre, Journal de cour, Laurent Sortais (éd.), vol. VI, Clermont-Ferrand, Paléo, (...)
- 68 Jacques Poitevin, Essai sur le climat de Montpellier, op. cit., p. 149-150.
- 69 Cet article est malgré tout repris dans le Journal d’agriculture, commerce, finances et arts, déc (...)
- 70 Cotte Louis, « Mémoire sur les brouillards extraordinaires des mois de juin & juillet 1783 », Obs (...)
16Sa lettre est relayée dans de nombreux journaux en France et à l’étranger66, avec des échos jusqu’à la cour de Versailles67. Poitevin la reprend même dans son Essai sur le climat de Montpellier 68. Pourtant, dès le 7 août, Cotte désavoue Lalande et l’emploi de son cycle dans un journal savant, moins diffusé que le Journal de Paris 69. Il précise d’abord pour les brouillards de 1764 : « 1o qu’ils n’ont duré que huit jours ; 2o qu’ils n’ont pas été aussi universels ». Ensuite, il se tourne vers la prédiction des séismes : « La Calabre & la Sicile avoient essuyé par une pareille révolution deux fois dans le siècle dernier ; savoir en 1638 & en 1693. Ces années ne répondent point à la période lunaire de 19 ans ». Il en conclut : « je ne crois pas que cette correspondance de température », caractéristique de ce cycle, « s’étende jusqu’aux tremblements de terre »70.
- 71 Cotte Louis, « Tableau chronologique des principaux phénomènes météorologiques observés en différ (...)
- 72 Giuseppe Toaldo, « Osservazioni meteorologiche », Giornale di Vicenza, novembre 1783, p. 99 ; « S (...)
17Cotte ne rejette pas du tout l’influence des tremblements de terre sur l’atmosphère. Il le répète encore en 1807, citant les exemples de Lisbonne, de la Calabre et de la Sicile71. Il cherche simplement à nuancer l’efficacité du cycle de Méton, afin de préserver sa crédibilité. De son côté, Toaldo ne semble pas faire référence à la lettre de Lalande pour développer son argumentaire. Il préfère se baser sur ses propres cycles, et notamment le Saros qui est devenu son credo à partir de 1782. Dans ce cadre, il reconnaît a posteriori, comme Lalande, et donc sans l’avoir prédit dans son almanach de l’année précédente, que l’hiver de 1765 avait été humide comme celui de 1783 et qu’un même point lunaire avait créé une « fiumana » en septembre 1765 et en 178372.
Ingénieurs et prédictions
- 73 Sabine Barles, La ville délétère. Médecins et ingénieurs dans l’espace urbain (xviiie-xixe siècle (...)
- 74 Alain Corbin, « Sous la pluie », dans Alain Corbin (dir.), La pluie, le soleil et le vent. Une hi (...)
- 75 Ralph Schor (dir.), Dictionnaire biographique et historique du Comté de Nice, Nice, Serre, 2002, (...)
- 76 ADAM, NI Mazzo 13-1, 11, Spiegazione dell’Esposto nell’annessa Pianta del Parco da me sottosto fo (...)
18Concentrons-nous sur le groupe des ingénieurs qui, selon la belle formule de Sabine Barles, « traduisent les idéaux scientifiques dans l’aménagement »73. Au xviiie siècle, Nice est une petite ville de pêcheurs qui commence sa mutation jusqu’à devenir un pôle d’attraction mondial pour son hiver doux et relativement sec. D’étape de passage du Grand Tour vers l’Italie, les Britanniques en font une destination de villégiature à part entière à partir des années 1770, notamment en raison de leur « météo-sensibilité »74. Cette transformation se reflète dans l’urbanisme, avec une ouverture progressive de cette ville médiévale étroite. L’un des acteurs de cet aménagement est l’architecte et ingénieur niçois Jean-François Michaud (1734-1807)75. Par exemple, en 1776, il recommande au Conseil de la ville de conserver la promenade publique construite vers 1750 face à la résidence royale – aujourd’hui le Cours Saleya – où les citoyens profitaient du plein air, plutôt que de privilégier la circulation des voitures gênée par les clôtures protégeant les jeunes arbres plantés pour offrir de l’ombre76. Plus généralement, il commence les travaux d’aménagement à Nice dès 1749 et devient « colonel des ingénieurs de Nice, directeur des fortifications du comté, architecte militaire ».
- 77 Simon Dolet, « Le littoral et la mer. Un espace météorologique vécu à travers les trombes marines (...)
- 78 Rita Binaghi, « Bernardo Vittone “allievo di Matematica” e la didattica dell’architettura nella s (...)
19Dans la décennie 1780, il se lance dans une observation d’un type de météore fréquent dans la baie des Anges : les trombes de mer77. En toute logique, Nice appartenant au royaume de Sardaigne, il adresse ses mémoires à l’Académie des sciences de Turin. Il conserve un lien de longue date avec cette ville, où il a poursuivi ses études universitaires78. En 1789, il mentionne son adhésion au système des points lunaires du météorologiste padouan dans l’un de ses mémoires sur les trombes marines.
Enfin si les phases de la Lune ont une influence positive sur les changements de temps […], ainsi que je le crois avec M. Toaldo, par une conviction qui date de plus de vingt-ans, à laquelle l’exercice de mon emploi dans des ouvrages maritimes m’a nécessairement conduit (note c).
- 79 Archives de l’Académie des sciences de Turin, mss 1. 2409, Addition à la suite des observations s (...)
Note c : Quand on doit faire dans la mer des fondations considérables de maçonnerie et surtout exposées vers le large, où le péril est plus grand, l’on ne peut guère réussir que dans des calmes de durée, tout ne peut cependant pas se faire dans le mois d’août, où elles sont les plus constantes, c’est donc dans les autres mois de l’année, que l’on s’habitue à faire des observations de la nature de celles de Mr. Toaldo79.
- 80 Pour le récit d’une tempête détruisant le port de Villefranche-sur-Mer en 1773, remontant jusqu’à (...)
20Une étude de cas sur Michaud permettrait, semble-t-il, d’entrevoir une utilisation pratique des méthodes de prédictions météorologiques. Le calendrier des travaux maritimes pourrait être reconstruit grâce aux papiers de l’administration militaire des ports de Nice et de Villefranche80. Néanmoins, la citation ci-dessus est extraite d’un mémoire destiné à des savants sur la question des trombes marines. Il semble que ce système prédictif n’ait pas vocation à figurer dans la documentation administrative de Michaud, mais relève plutôt d’un langage savant destiné à montrer à ses interlocuteurs qu’il maîtrise leurs références.
- 81 Archives municipales de Nice [ensuite AMN], DD 38/11 1785-1789, Documents relatifs aux travaux de (...)
- 82 AMN, DD 38/14, Projet concernant la réparation du mur défendant le faubourg Saint-Antoine contre (...)
- 83 AMN, CC 621, fo 225-235 ; CC 621/224, Plan du canal intérieur de la Boucherie dans lequel passent (...)
- 84 Ce constat se répète à Venise, où les ingénieurs réalisent de nombreuses observations météorologi (...)
21Aux administrateurs, Michaud exprime seulement la prise en considération des excès météorologiques de l’automne et de l’hiver pour ses travaux fluviaux, sans évoquer l’utilisation des points lunaires. Entre 1785 et 1788, il projette la construction d’une digue sur la rive gauche du Paillon, fleuve traversant la ville de Nice, pendant « la saison maximale […] pour pouvoir exécuter la plus grande partie possible des travaux et qu’ils puissent surmonter les obstacles des pluies d’automne »81, sachant que « ce cours d’eau s’assèche habituellement pendant les chaleurs de l’été (période propice à ces travaux) »82. Si aujourd’hui la culture du risque fluvial me semble avoir quasiment disparu à Nice, la population du xviiie siècle appelait bien ce fleuve « torrente Paglione » – et non « fiume Paglione » – attestant de la conscience de ses alternances entre périodes sèches et crues, voire inondations brutales. Cette spécificité explique aussi des travaux pour prévoir l’alimentation des communs dans les temps secs et au contraire l’évacuation des eaux de pluie83. Michaud utilise peut-être les points lunaires mais les documents administratifs obéissent à d’autres attentes et normes rédactionnelles. Il s’avère malheureusement difficile d’établir un lien entre les méthodes savantes et leur mise en pratique par les acteurs de l’environnement à travers cette documentation84.
- 85 AM, SRM 143, 27, Constitution météorologique et médicale de l’année 1790, 52 p. Je tiens à exprim (...)
22Surtout, la reprise par Michaud de la méthode de Toaldo dans son mémoire présenté à l’Académie des sciences de Turin s’explique davantage par d’autres motivations que par une véritable application savante. À Grasse, de l’autre côté du Var, en France, dans une topographie médicale adressée à la Société royale de médecine de Paris, le maître apothicaire Luce déclare quant à lui recourir au cycle de 19 ans de Cotte, alors en charge des études météorologiques pour cette institution85. Il est difficile de ne pas voir dans ces deux cas une volonté des auteurs de séduire leurs pairs, issus de traditions savantes différentes, afin d’obtenir leur reconnaissance.
23L’utilisation de systèmes prédictifs fondés sur une influence lunaire sur l’atmosphère dans les politiques publiques après 1770 demeure, à ce jour, difficile à documenter. À la fin du xviiie siècle, aucun système national de prédiction comparable à ceux qui verront le jour au xixe siècle n’a encore émergé. Pourtant, il existe déjà des lois sur la gestion des ressources forestières, halieutiques et minières depuis la fin du xviie siècle. Les politiques environnementales à l’époque moderne sont avant tout menées à l’échelle locale, où il conviendrait d’examiner d’autres types de sources pour espérer repérer l’emploi de ce type de prédictions météorologiques, si cela a existé. Une gestion des risques par les prédictions semble déjà à questionner, une véritable politique des risques grâce à elles à rejeter. Dans l’ensemble, ces méthodes prédictives demeurent cantonnées au discours savant, même si quelques éléments laissent entrevoir une circulation dans certains milieux élitaires, comme la lettre de Lalande en juillet 1783. Néanmoins, même au sein des productions de la communauté savante, les témoignages relatifs à l’efficacité de ces systèmes prédictifs dans des domaines comme l’agriculture, la médecine ou la navigation sont quasi-nuls. L’enthousiasme pour les prédictions s’explique avant tout par le besoin de se prémunir contre les risques naturels. Il est d’autant plus intéressant que le système de Toaldo (points lunaires, cycles de 9 et 18 ans) ne soit pas simplement rejeté par Cotte en raison de son inadéquation dans son climat, mais qu’il suggère sa pertinence dans l’Europe méridionale en raison du régime pluviométrique particulier. Pour autant, la reconnaissance de cette similitude ne conduit pas à envisager une unité climatique pour l’ensemble de la région méditerranéenne.
Notes
1 Fabien Locher, Le Savant et la Tempête. Étudier l’atmosphère et prévoir le temps au xixe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008 ; Katharine Anderson, Predicting the Weather. Victorians and the Science of Meteorology, Chicago, University of Chicago Press, 2005.
2 Paola Bertucci, « Enlightening Towers : Public Opinion, Local Authorities, and the Reformation of Meteorology in Eighteenth Century Italy », Transactions of the American Philosophical Society, vol. 99, no 5, 2009, p. 25-44.
3 Parmi les nombreux exemples dans les archives, les enquêtes de l’Académie des sciences de Paris sur les séismes au milieu du siècle comptent parmi les mieux étudiées : Grégory Quenet, Les tremblements de terre aux xviie et xviiie siècles. La naissance d’un risque, Seyssel, Champ Vallon, 2005, p. 328-332.
4 Pour un exemple précoce de prévention des tempêtes maritimes à Barcelone reposant sur l’expertise locale du gardien du port, sans recours aux savants, voir Alfredo Chamorro Esteban, « “Todo allí sería perfecto si tuviesen un puerto” : Gestión y prevención del desastre en las costas de Barcelona en época moderna (1570-1640) », dans Elisabetta Bini, Diego Carnevale et Cecere Domenico (dir.), L’acqua : risorsa e minaccia. La gestione delle risorse idriche e delle inondazioni in Europa (xiv-xix secolo), Naples, FedOA - Federico II University Press, 2023, p. 111-136.
5 Nicolas Vidoni, « La peste et le gouvernement municipal : Montpellier en 1720-1723 », Annales du Midi. Revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, vol. 128, no 295, 2016, p. 393-413 ; Patrick Fournier (dir.), “Assainissement et salubrité publique en Europe méridionale (fin du Moyen Âge, époque moderne)”, Siècles, vol. 14, 2001, en ligne.
6 Parmi une vaste bibliographie, dans l’espace étudié, Muriel Collart, « Inspirez, expirez : les tables noso-météorologiques (1757-1761) du docteur Razoux », Dix-huitième siècle, no 54, 2022, p. 185-198 ; Patrick Fournier, « La contribution des médecins languedociens à la genèse de la méthode médico-climatique au xviiie siècle : les exemples de Bouillet, Razoux et Barthez », dans Gilbert Larguier (dir.), Questions de santé sur les bords de la Méditerranée. Malades, soignants, hôpitaux, représentations, en Roussillon, Languedoc & Provence (xvie-xviiie siècle), Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, 2015, p. 151-169.
7 Pour un cas d’étude sur la longue durée, partant de l’effervescence des académies d’agriculture en Europe dans la seconde moitié du xviiie siècle, Alex Cittadella, « Scienza meteorologica, saperi medici e pratica agraria in Friuli tra sette e ottocento. Un interessante dialogo fra alta e bassa cultura », Acta Histriae, vol. 17, no 3, 2009, p. 587-614.
8 Pour une approche générale, voir Simon Dolet, Prophètes du temps. Une histoire des prédictions météorologiques savantes au siècle des Lumières, thèse d’histoire sous la direction de Pierre-Yves Beaurepaire, Université Côte d’Azur, 2025, en ligne.
9 Simon Dolet, « L’astrologie saine de Giuseppe Toaldo et les séismes, clés de la prédiction des changements climatiques ? », Dix-huitième siècle, no 54, 2022, p. 49-62.
10 Au cœur d’une bibliographie importante, voir par exemple Dario Camuffo et Bertolin Chiara, « The earliest temperature observations in the world : The Medici Network (1654-1670) », Climatic Change, vol. 111, no 2, 2012, p. 335-363 ; Ruggero Pace Gravina, Alle origini del Cimento : reti meteorologiche e intellettuali in Toscana alla metà del Seicento, thèse d’histoire sous la direction de Giulia Giannini, Università degli Studi di Milano, 2023.
11 En plus des nombreux travaux de climatologie historique focalisés sur certains lieux et donc certains observateurs, Dario Camuffo, « Galileo’s revolution and the infancy of meteorology in Padua, Florence and Bologna », Méditerranée. Paléo-environnements, géoarchéologie, géohistoire, 2021, en ligne ; Simon Dolet, « Le pouvoir de l’amitié pour saisir un phénomène “météorologique” exceptionnel. Informateurs et observateurs des globes de feu de 1676 et 1784 », Dix-huitième siècle, no 55, 2023, p. 385-402.
12 En plus des travaux de Patrick Fournier cités précédemment, George Pichard, « Les météorologistes provençaux au xviie et xviiie siècles », Provence historique, no 153, 1988, p. 249-284 ; George Pichard et Nicolas Maughan, « Savants, curieux et amateurs entre 1770 et 1840 : une confrontation critique de la communauté météophile en Provence », dans Alexis Metzger, Jérémy Desarthe et Frédérique Rémy (dir.), Histoires de météophiles, Paris, Hermann, 2017, p. 21-36.
13 Fernando Domínguez-Castro, José Manuel Vaquero, Francisco S. Rodrigo, Ana María Marín Farrona, María Cruz Gallego, Ricardo García-Herrera, Mariano Barriendos et Antonio Sanchez-Lorenzo, « Early Spanish meteorological records (1780-1850) », International Journal of Climatology, vol. 34, no 3, 2014, p. 593-603 ; Victor Guijarro, « El barómetro y los proyectos meteorológicos de la Ilustración : el caso español », Endoxa, no 19, 2005, p. 211-213.
14 Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, vol. 1, Paris, Armand Colin, 1966 (1949), p. 212.
15 Saltuk Duran, « Sources of Maritime Weather Monitoring in the Ottoman Navy at the Age of Modern Observatories, 1868-1914 », Osmanli Bilimi Arastirmalari, vol. 25, no 2, 2024, p. 369-399.
16 Par exemple, des tables météorologiques se trouvent dans une grande partie des ouvrages cités par Pierre-Yves Beaurepaire, « La Méditerranée des Lumières existe-t-elle ? », Cahiers de la Méditerranée, no 103, 2021, p. 83-98. Dans un espace plus large, Dalia Deias et Patrice Bret, « The Astronomical Observatory of the Abbot de Beauchamp in Baghdad », Nuncius, vol. 40, no 1, 2025, p. 134-167.
17 Ce type d’étude nécessiterait d’explorer davantage les archives privées des consuls, plutôt que la documentation officielle. L’exemple le plus connu est sans doute celui d’Alexis-Jean-Eustache Taitbout de Marigny (1700-1778), consul d’Alger de 1735 à 1740, qui envoie des mesures thermométriques à Réaumur en 1735 et 1736. Voir Mémoires de l’Académie royale des sciences de Paris [ensuite MARSP]. Année 1735, Paris, Imprimerie Royale, 1738, p. 569-576 ; MARSP. Année 1736, Paris, Imprimerie Royale, 1739, p. 478-482. Les archives de Réaumur à l’Académie des sciences de Paris ne contiennent qu’une seule lettre ultérieure de Taibout, lorsqu’il était consul à Naples (69J 66/125).
18 Ahmet Tunç Şen, Forgotten Experts : Astrologers, Science, and Authority in the Ottoman Empire (1450-1600), Stanford, Stanford University Press, 2025.
19 Fondé en 1841, l’observateur volcanologique du Vésuve est d’abord le « Reale osservatorio meteorologico Vesuviano ». Pour son histoire, Elena Cubellis, Giuseppe Luongo et Francesco Obrizzo, « Cultural climate in Naples between the birth and development of volcanology », Rendiconti online della Società Geologica Italiana, vol. 43, 2017, p. 64-78. Voir également le mémoire sur un para-tremblement de terre et un para-volcan de l’abbé Bertholon, Archives départementales de Côte d’Or, 128J 158, et les critiques des évaluateurs d’un mémoire similaire en 1779, Archives de l’Académie royale de Belgique, sous-sol 602.
20 Giampiero Bozzolato, Giuseppe Toaldo. Uno scienziato Europeo nel settecento veneto, Padoue, Edizioni 1 + 1, 1984 ; Luisa Pigatto (dir.), Giuseppe Toaldo e il suo tempo, Cittadella, Bertoncello Artigrafiche, 2000.
21 Giuseppe Toaldo, Della vera influenza degli astri, delle stagioni, e mutazioni di tempo, Saggio Meteorologico fondato sopra lunghe osservazioni, ed applicato agli usi dell’agricultura, medicina, nautica, &c., Padoue, Imprimerie du Séminaire, 1770, traduction française en 1784 par Joseph Daquin.
22 Giuseppe Toaldo, « Essai de météorologie appliquée à l’agriculture. Ouvrage qui a remporté le prix de la Société royale des sciences en 1774, sur cette question : quelle est l’influence des météores sur la végétation ? Et quelles conséquences pratiques peut-on tirer, relativement à cet objet, des différentes observations météorologiques faites jusqu’ici ? », dans Assemblée publique de la Société royale des sciences… le 30 décembre 1774, Montpellier, Martel, 1775.
23 Simon Dolet, « Giovanni Domenico Beraudo ou l’histoire d’un météorologiste turinois qui rêvait de reconnaissance (années 1770 - années 1800) », Méditerranée. Revue géographique des pays méditerranéens, à paraître.
24 Miguel Gerónimo Suárez y Núñez, Memorias instructivas, utiles, y curiosas, sobre agricultura, comercio, industria, economía, medicina, química, botánica, historia natural, &tc. sacadas de las mejores obras que hasta aqui han publicado las Reales Academias, y Sociedades de Francia, Inglaterra, Italia, Alemania, Prusia, y Suecia, &c., vol. 10, Madrid, Pedro Marin, 1785, p. 209-256 et 257-314.
25 Siegfried Jüttner, « La prensa como archivo para la utilidad de la nación. Las memorias instructivas y curiosas de don Miguel Gerónimo Suárez y Núñez », dans Jesús Cañas Murillo et Sabine Schmitz (dir.), Aufklärung : Literatura y cultura del siglo xviii en la Europa occidental y meridional. Estudios dedicados a Hans-Joachim Lope, Francfort, Peter Lang, 2004, p. 121-141.
26 José Manuel Valles Garrido, Ciencia, economía política e ilustración en Vicente Alcalá-Galiano, Madrid, Centro de estudios políticos y constitucionales, 2008.
27 À partir de la version italienne revue et augmentée par Toaldo, La meteorologia aplicada a la agricultura, préface et traduction de Vincente Alcalá-Galiano, Ségovie, Antonio Espinosa, 1786. Voir Juan Luis García Hourcade, La meteorología en la España ilustrada y la obra de Vicente Alcalà Galiano, Ségovie, Biblioteca de Cienca y de Artilleria, 2002.
28 José Garriga, Curso elemental de meteorologia, Madrid, Imprenta Real, 1794.
29 Pour une étude ancienne mais très documentée, Édouard Roche, « Recherches sur la météorologie et les météorologistes à Montpellier du xviiie siècle jusqu’à nos jours », dans Mémoires de l’Académie des sciences et lettres de Montpellier. Section des sciences, série 2, vol. 2, Montpellier, Delord-Boeiim et Martial, 1900, p. 299-408.
30 Pour ses observations, Archives départementales de l’Hérault [ensuite ADH], D144. Édouard Roche, « Recherches sur la météorologie… », art. cit., p. 323.
31 Académie nationale de médecine [ensuite AM], SRM 196, 27/1c, fo 5-v. Au recto, Mourgue précise que ses connaissances des variations des vents « l’ont mis en état de prévoir assez à l’avance et avec une précision quelque fois surprenante les changements de temps les mois attendus ». Pour son système prédictif et les recherches associés, voir Simon Dolet, Prophètes du temps…, op. cit., p. 365-367.
32 Jacques Antoine Mourgue, Essai de statistique, Paris, Maradan, 1801, p. 59-76, particulièrement p. 63.
33 Pierre Caron, Le Père Cotte (1740-1815) : inventeur des eaux d’Enghien et de la météorologie moderne, Saint-Ouen-l’Aumône, Édition du Valhermeil, 2002.
34 Jacques Poitevin, Essai sur le climat de Montpellier, Paris, Marchant, 1803.
35 Jacques Poitevin, « Analyse de la dissertation de M. Toaldo, professeur d’astronomie, à Padoue, qui a remporté le prix proposé par la Société royale des sciences de Montpellier, sur cette question : quelle est l’influence des météores sur la végétation, & quelles conséquences pratiques peut-on tirer des observations météorologiques faites jusqu’à ce jour, relativement à cet objet ? », Observations sur la physique, sur l’histoire naturelle et sur les arts, no 5, mai 1775, p. 409-417.
36 Jacques Poitevin, « Lettre adressée à l’auteur de ce recueil […] sur la quantité de Pluie qui tombe annuellement dans cette ville », Observations sur la physique sur l’histoire naturelle et sur les arts, no 10, août 1777, p. 126-131.
37 Jacques Poitevin, Essai sur le climat de Montpellier, op. cit., p. 145-148.
38 ADH, D148. Voir Édouard Roche, « Recherches sur la météorologie… », art. cit., p. 336-339 ; Céline Dehondt et Hélène Rebours, « Les météorologistes dans l’Hérault, organisation et fonctionnement des réseaux d’observation (xviiie-xxe siècle) », Études héraultaises, no 54, 2020, p. 171-183.
39 ADH, D145. Voir Édouard Roche, « Recherches sur la météorologie… », art. cit., p. 317-319.
40 Louis Cotte, « Extrait de l’Essai sur le climat de Montpellier […] par J. Poitevin », Journal de physique, de chimie, d’histoire naturelle et des arts, no 60, floréal an 13, 1805, p. 391-401, ici p. 400.
41 Par exemple, Jacques Poitevin, « Lettre adressée à l’auteur de ce recueil… », art. cit., p. 131 : « Je vois les pluies du mois de novembre 1766, qui causèrent tant de désastres à Montpelier & aux environs, ramenées à la fin de septembre 1775 ».
42 Louis Cotte, Mémoires sur la météorologie, vol. 1, Paris, Imprimerie royale, 1788, p. 114.
43 Dario Camuffo et al., « Western Mediterranean precipitation over the last 300 years from instrumental observations », Climatic Change, vol. 117, no 1-2, 2013, p. 99.
44 Emmanuel Garnier, « Étiages, sécheresses, canicules rares et leurs impacts sur les usages de l’eau », La Houille Blanche. Revue internationale de l’eau, vol. 96, no 4, 2010, p. 26-42.
45 Par exemple, Giuseppe Toaldo, Saggio meteorologico…, op. cit., 1784, p. 183-184. Le météorologiste précise qu’il pleut davantage sur l’année à Padoue qu’en Hollande, soulignant également les différences pluviométriques en Italie du nord. Cette difficulté est à l’origine de la création d’un réseau pluviométrique dans les îles britanniques à la fin du xixe siècle, voir Simon Naylor, The Observatory Experiment. Meteorology in Britain and its Empire, Cambridge, Cambridge University Press, 2024, p. 168-234. Aujourd’hui encore, la science participative tente d’évaluer ces disparités locales, par exemple pour la neige dans le cadre des recherches du CREA Mont-Blanc, voir https://spot.creamontblanc.org/programmes/enneigement (consulté le 22/04/2025).
46 Biblioteca Civica di Padova, B.P. 834/2, Giuseppe Toaldo, Giornale astro-meteorologico per l’anno MDCCLXXX, Venise, Storti, 1779, p. 62-89, ici p. 81-82.
47 Ibid., p. 64 et 79.
48 Marie-Noëlle Bourguet « Introduction », dans Marie-Noëlle Bourguet (dir.), L’invention scientifique de la Méditerranée, Paris, Édition de l’École des hautes études en sciences sociales, 1998, p. 11.
49 Ibid., p. 22.
50 Laurent Brassart, Laurent Châtel, Émilie-Anne Pépy et Anouchka Vasak, « Introduction », Dix-huitième siècle, no 54, 2022, p. 16-18. Je remercie Émilie-Anne Pépy pour les discussions sur ce sujet.
51 Archives départementales des Alpes-Maritimes [ADAM], CE M378 « Coton », Instruction [du ministère de l’Intérieur] pour MM. les capitaines et commandants des batimens de l’état, 1 fo. Je remercie Léonie Boissière pour m’avoir partagé ce document.
52 Jan Synowiecki, « La serre, le naturaliste et le climat : conservation des plantes et politique de la nature au Jardin du Roi (1714-1789) », Dix-huitième siècle, no 54, 2022, p. 303-314.
53 De même pour la médecine, Michael A. Osborne, « La renaissance d’Hippocrate. L’hygiène et les expéditions scientifiques en Égypte, en Morée et en Algérie », dans Marie-Noëlle Bourguet (dir.), L’invention scientifique de la Méditerranée, op. cit., p. 189.
54 Renati, « Topographie physique et médicale du vieux Kaire », La décade égyptienne, vol. 2, an VIII, p. 185.
55 Jean-Marie-Joseph Coutelle, « Observations météorologiques faites au Kaire en 1799, 1800 et 1801 », dans Description de l’Égypte, vol. 2, Paris, Imprimerie Impériale, 1812, p. 321. Je remercie Patrice Bret pour nos échanges sur ce sujet.
56 Louis Cotte, Mémoires sur la météorologie, vol. 2, op. cit., p. 189-616 ; Richard Kirwan, An Estimate of the Temperature of Different Latitudes, Londres, J. Davis, 1787.
57 Par exemple pour la différence de couverture forestière, Louis Cotte, « Recherches sur la chaleur moyenne des différents degrés de latitude où l’on a fait des observations, pour servir de suite à l’ouvrage de M. Kirwan », Observations sur la physique, sur l’histoire naturelle et sur les arts, vol. 39, no 2, juillet 1791, p. 27-43, ici p. 42.
58 Histoire de la Société royale de médecine [ensuite HSRM]. Année 1776, Paris, Philippe-Denys Pierres, 1779, p. 184 ; HSRM. Année 1777 et 1778, Paris, Philippe-Denys Pierres, 1780, p. 105.
59 HSRM. Année 1784 et 1785, Paris, Théophile Barrois, 1779, p. 204.
60 La première carte isotherme d’Alexandre von Humboldt sépare encore le « Midi de la France » de l’« Afrique septentrionale », le premier dans la bande de 15o et la seconde dans la bande de 20o. Voir Alexander von Humboldt, « Sur les Lignes isothermes », Annales de chimie et de physique, no 5, 1817, p. 102-111.
61 Jean-Baptiste Fressoz et Fabien Locher, Les révoltes du ciel. Une histoire du changement climatique (xve-xxe siècle), Paris, Éditions du Seuil, 2020, p. 93-101.
62 Simon Dolet, « L’astrologie saine de Giuseppe Toaldo et les séismes… », art. cit., p. 55-62.
63 Katrin Kleeman, A Mist Connection. An Environmental History of the Laki Eruption of 1783 and Its Legacy, Berlin, Boston, De Gruyter, 2023.
64 La même explication physique permet d’expliquer les invasions de criquets en Espagne : « se podría adivinar la plaga de langosta dos años antes y estar preparados ». Cité d’après Armando Alberola Romá, « Plagas de langosta y clima en la España del siglo xviii », Relaciones. Estudios de historia y sociedad, vol. 33, no 129, 2012, p. 32.
65 Journal de Paris, 2 juillet 1783, p. 763.
66 Par exemple, Journal politique de Bruxelles, 12 juillet 1783, p. 77-78 ; Mercure de France, no 23, 12 juillet 1783, p. 77-78 ; Affiches, annonces, &c. de Toulouse et du Haut-Languedoc, no 29, 16 juillet 1783, p. 119 ; Affiches du Maine, annonces, etc., vol. 30, 28 juillet 1783, p. 119 ; L’esprit des journaux, no 8, août 1783, p. 299-300 ; à Gotha, Magazin für das Neueste aus der Physik und Naturgeschichte, vol. 2, no 2, 1783, p. 97-99. Voir Gaston Demarée, Astrid Ogilvie, « L’éruption du Lakagígar en Islande ou “Annus mirabilis 1783”. Chronique d’une année extraordinaire en Belgique et ailleurs », dans Isabelle Parmentier (dir.), Études et bibliographies d’histoire environnementale : Belgique, Nord de la France, Afrique centrale, Namur, Presses universitaires de Namur, 2016, p. 131-132.
67 Emmanuel de Croÿ-Solre, Journal de cour, Laurent Sortais (éd.), vol. VI, Clermont-Ferrand, Paléo, 2004, p. 269.
68 Jacques Poitevin, Essai sur le climat de Montpellier, op. cit., p. 149-150.
69 Cet article est malgré tout repris dans le Journal d’agriculture, commerce, finances et arts, décembre 1783, p. 132-134 pour le passage cité ci-après ; L’esprit des journaux, vol. 12, décembre 1783, p. 327-335.
70 Cotte Louis, « Mémoire sur les brouillards extraordinaires des mois de juin & juillet 1783 », Observations sur la physique, sur l’histoire naturelle et sur les arts, vol. 23, no 2, 1783, p. 205-206.
71 Cotte Louis, « Tableau chronologique des principaux phénomènes météorologiques observés en différents pays, depuis 33 ans (de 1774 à 1806) et comparés avec les températures correspondantes du climat de Paris », Journal de physique, de chimie, d’histoire naturelle et des arts, no 15, septembre an 7, 1807, p. 164-166.
72 Giuseppe Toaldo, « Osservazioni meteorologiche », Giornale di Vicenza, novembre 1783, p. 99 ; « Sbozzo della costituzione meteorologica dell’anno 1783 », Giornale di Vicenza, février 1784, p. 97.
73 Sabine Barles, La ville délétère. Médecins et ingénieurs dans l’espace urbain (xviiie-xixe siècle), Seyssel, Champ Vallon, 1999, p. 8.
74 Alain Corbin, « Sous la pluie », dans Alain Corbin (dir.), La pluie, le soleil et le vent. Une histoire de la sensibilité au temps qu’il fait, Paris, Aubier, 2013, p. 9-36. Nice connait une certaine publicité grâce au récit de voyage du médecin et romancier écossais Tobias Smolett (1721-1771), où se trouvent les premières observations météorologiques réalisées dans cette ville. Voir Tobias Smolett, Lettre de Nice sur Nice et ses environs (1763-1765). Registre du temps (novembre 1763 - mars 1765), Édouard Pilatte (éd.), Nice, Imprimerie de l’Éclaireur de Nice, 1919, p. 181-207 pour les observations.
75 Ralph Schor (dir.), Dictionnaire biographique et historique du Comté de Nice, Nice, Serre, 2002, p. 243.
76 ADAM, NI Mazzo 13-1, 11, Spiegazione dell’Esposto nell’annessa Pianta del Parco da me sottosto formata per commissione dell’Eccmo Magistrato del Consolato della presente Città di Nizza, 2 fo.
77 Simon Dolet, « Le littoral et la mer. Un espace météorologique vécu à travers les trombes marines au xviiie siècle », Revue de géographie historique, no 24-25, 2024, en ligne. Depuis l’écriture de cet article, l’ouvrage de Jean-Pierre Devroey, De la grêle et du tonnerre. Histoire médiévale des imaginaires populaires, Paris, Éditions du Seuil, 2024 est paru, avec une référence plus ancienne à l’utilisation d’instruments tranchants pour « couper » les trombes.
78 Rita Binaghi, « Bernardo Vittone “allievo di Matematica” e la didattica dell’architettura nella settecentesca Università degli Studi di Torino », Quaderni dell’Istituto di Storia dell’Architettura, no 65, 2016, p. 79-92 ; « Architetti e ingegneri nel Piemonte sabaudo tra formazione universitaria ed attività professionale », dans Gian Paolo Brizzi et Andrea Romano (dir.), Studenti e dottori nelle università italiane (origini - xx secolo), Bologne, CLUEB, 2000, p. 264-289.
79 Archives de l’Académie des sciences de Turin, mss 1. 2409, Addition à la suite des observations sur les trombes de mer, fo 6-v et 7-r.
80 Pour le récit d’une tempête détruisant le port de Villefranche-sur-Mer en 1773, remontant jusqu’à l’administration turinoise, ADAM, NI Port Lympia Mazzo ADD 1, Mémoire de Michaud en date du 14 juin 1785 contenant des considérations diverses sur les ports de Nice et de Villefranche, 59 fo ; Mara de Candido, « Villefranche, port de la Maison de Savoie. Le bassin de construction des galères : “La Forma delle galere” », Nice historique, vol. 71, no 1-2, 1999, p. 40 note 2.
81 Archives municipales de Nice [ensuite AMN], DD 38/11 1785-1789, Documents relatifs aux travaux de construction d’une muraille près du pilon Saint-Joseph sur la rive gauche du paillon, le long des bastions, fo 2-v et 3-r.
82 AMN, DD 38/14, Projet concernant la réparation du mur défendant le faubourg Saint-Antoine contre le Paillon, fo 2-r.
83 AMN, CC 621, fo 225-235 ; CC 621/224, Plan du canal intérieur de la Boucherie dans lequel passent les eaux du Paillon pour nettoyer ladite boucherie et de là les dites eaux font tourner les moulins de la ville, 1 fo.
84 Ce constat se répète à Venise, où les ingénieurs réalisent de nombreuses observations météorologiques durant les siècles, évoluent dans un contexte où l’influence de la Lune est très diffusée, mais disparaît dans les documents administratifs. Ce travail de recherche mériterait d’être mené à l’échelle européenne, où les ingénieurs ont effectué de nombreuses observations météorologiques. Sans chercher à multiplier les exemples, ni à inclure les observateurs isolés, des sites tels que le canal du Midi ou l’office des eaux de Zwanenburg peuvent être mentionnés.
85 AM, SRM 143, 27, Constitution météorologique et médicale de l’année 1790, 52 p. Je tiens à exprimer ma gratitude envers Gilles Sinicropi, décédé récemment, spécialiste de Grasse, pour les échanges que nous avons eus au sujet de Luce. Il m’avait notamment indiqué qu’un « Luce » était mentionné dans les registres trésoraires de l’hôpital de la Miséricorde de Grasse entre 1784 et 1792, rétribué pour « tous les remesdes et medicamens fournis aux pauvres », Archives municipales de Grasse, Miséricorde, E5.
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Référence papier
Simon Dolet, « Observer, prédire, prévenir. La météorologie au service de la gestion des risques en Europe méridionale (1770 - années 1800) », Cahiers de la Méditerranée, 111 | 2025, 133-147.
Référence électronique
Simon Dolet, « Observer, prédire, prévenir. La météorologie au service de la gestion des risques en Europe méridionale (1770 - années 1800) », Cahiers de la Méditerranée [En ligne], 111 | 2025, mis en ligne le 20 juillet 2026, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cdlm/19748 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16lnz
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