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Dossier : La Méditerranée à l’épreuve de l’histoire environnementale (XVIe-XXIe siècle)
Construction d’une région naturelle et actions savantes

Santé et environnement méditerranéen : les topographies médicales dans le Sud de la France (1770-1830)

Health and the Mediterranean Environment: Medical Topographies in Southern France (1770–1830)
Nicolas Vidoni
p. 149-164

Résumés

L’article étudie les topographies médicales portant sur le littoral du Sud de la France entre 1770 et 1830. Ces textes décrivent les relations entre ce qui « environne » les êtres humains et ces derniers. Quelques textes retrouvés permettent de compléter un corpus qui n’accorde pas une place majeure à la mer. Après avoir montré qu’il s’agit d’un véritable genre pourtant hétérogène, qui s’inscrit dans un réseau d’écrits situés dans le champ médical sous l’autorité de la Société royale de médecine, l’article montre les caractéristiques de la Méditerranée. Ces caractéristiques font de cette mer un élément secondaire dans l’environnement, mais dont les populations intéressent les médecins. Une redécouverte du peuple intervient dans ce regard médical. Elle est conditionnée par des stéréotypes sur le peuple, mais opère en même temps une inflexion en distinguant des catégories populaires et leurs maladies, et en s’interrogeant sur l’influence des populations littorales sur la nature qui les environne. Au total, l’interrelation entre êtres humains et espace environnant en est repensée.

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Texte intégral

  • 1 Hugues Moussy, Les topographies médicales françaises des années 1770 aux années 1880. Essai d’int (...)
  • 2 Parmi bien d’autres, Laurence Brockliss et Colin Jones, The medical world of early modern France, (...)
  • 3 Mireille Laget, Naissances. L’accouchement avant l’âge de la clinique, Paris, Le Seuil, 1982.
  • 4 Line Teysserre-Sallmann, « Urbanisme et société. L’exemple de Nîmes aux xviie et xviiie siècles » (...)
  • 5 Patrick Fournier, « Épidémies et médicalisation des territoires ruraux (vers 1770 - vers 1830) », (...)
  • 6 Les questions hygiénistes sont primordiales en la matière, voir Marie-Noëlle Bourguet, Bernard Le (...)
  • 7 Les Archives nationales d’Outre-Mer conservent des topographies médicales pour le xixe siècle.

1Les topographies médicales sont un ensemble de textes rédigés à partir des années 1770 et jusqu’aux années 1880-1890, qui visent à comprendre la relation entre le milieu et les maladies humaines et animales, dans une perspective géo-climatique. Elles ont été étudiées pour elles-mêmes par Hugues Moussy1, mais elles ont servi depuis longtemps aux historien·ne·s dans de nombreux champs : histoire de la médecine2, histoire des naissances3, histoire urbaine4 ou histoire environnementale5. Elles recèlent une richesse d’informations rare, car elles empruntent aux formes de l’observation pré-statistique, aux enquêtes administratives, aux sciences médicales et à l’esprit encyclopédique. Elles sont également un instrument du pouvoir, dans la mesure où ce mode d’enquête est diffusé avec l’expansion impériale napoléonienne, puis avec l’expansion coloniale en Méditerranée6, en Afrique et en Asie du Sud-Est7. Les topographies assoient une forme de domination qui passe par le savoir d’État sur les espaces et les populations. Une première période court des années 1770 aux années 1830, et s’interrompt avec la conquête coloniale et sous l’effet d’un changement épistémologique. Elle repose sur le principe d’une détermination géo-climatique des maladies régnantes qui emprunte au schéma hippocratique. Pour cette raison, les auteurs n’étudient pas la mer Méditerranée pour elle-même, mais ils sont nombreux à rédiger des topographies des espaces qui bordent la mer. Nous avons pu retrouver environ 25 textes portant sur le Sud de la France, rédigés entre 1770 et 1830, qui vont du pays grassois à Perpignan. Ces textes ont des formats hétérogènes, allant de deux pages à plus de 120, et sont conservés sous forme manuscrite et sous forme imprimée. Certains ont été publiés, d’autres sont restés à l’état de brouillon. Leurs auteurs sont majoritairement des médecins, ce qui s’explique par la volonté de répondre à la commande de la Société royale de médecine (SRM) qui impulse, à partir de sa création, une enquête dans l’ensemble du royaume. Le point commun de ces topographies est qu’elles tendent, toutes, à reprendre le schéma déterminant d’une influence du milieu sur les corps humains. Pour cette raison, dans ce corpus relativement homogène auquel il ne faut pourtant pas accorder une systématicité trop grande, quelle relation est nouée entre la mer et les sociétés littorales ? Comment la santé est-elle étudiée par rapport à cet objet géographique qui n’a pas l’identité que nos sociétés lui donnent ?

2L’étude de ce rapport entre mer, populations littorales et santé, permet de compléter la compréhension de la genèse de la notion d’environnement. Si le mot n’est jamais employé, les auteurs évoquent ce qui « environne » les êtres humains. Ils distinguent alors une série d’éléments qui, employés de manière sérielle sur une période d’une soixantaine d’années, vont peu à peu définir la mer Méditerranée par ses relations avec les espaces littoraux, spécialement à travers des éléments naturels contrebalancés par des éléments sociaux.

3Pour cette raison, nous présenterons d’abord le massif des topographies que nous avons retenues, en montrant que s’il s’agit d’un genre, il doit être considéré comme un genre hétérogène. Le point commun, malgré tout, reste l’absence relative de la mer qui est toutefois retenue comme un élément spécifique de ces régions littorales pour découvrir les peuples qui y vivent.

Les topographies médicales : un genre hétérogène

  • 8 Hugues Moussy, Les topographies médicales françaises…, op. cit., vol. 3, Annexe 1.
  • 9 Ces archives ont été utilisées pour étudier les maladies ou épidémies et le contexte géo-climatiq (...)
  • 10 Par exemple, à la Médiathèque Émile Zola de Montpellier, ms 286, Pierre-Joseph Amoreux, Topograph (...)
  • 11 Hugues Moussy, Les topographies médicales françaises…, op. cit., vol. 1, chapitre III-1, « L’affi (...)

4Hugues Moussy, dans sa thèse, a identifié un corpus de 594 textes rédigés entre 1761 et 18958. Son corpus est intégralement conservé dans les archives de la Société royale de médecine, aujourd’hui situées, tout comme la Société, à Paris (Académie de médecine)9. On peut le compléter grâce aux archives municipales ou locales, qui permettent de retrouver des brouillons de topographies envoyées à la SRM mais non conservées10. Les archives locales permettent de saisir combien les topographies médicales forment un « genre » hétérogène11.

L’enquête lancée par la SRM

  • 12 Archives de l’Académie nationale de médecine [ensuite AM], SRM 144, « Création de la Société roya (...)
  • 13 Ibid., fo 247-r.
  • 14 Ibid., fo 228-r : la monarchie souhaite agir pour « la santé de nos sujets » (considérant d’un pr (...)

5La SRM fut créée en 1776 pour répondre au besoin de la monarchie et du Contrôle général de connaître la population. Pour cela, les lettres patentes de création définirent des missions précises, dont la première était de composer des « topographies médicales »12. Inspirées de la pensée du médecin britannique Thomas Sydenham (1624-1689), et réalisées dans l’ensemble du royaume par des correspondants, elles devaient suivre un plan fixe, en onze étapes, dont le déroulement révèle la structure intellectuelle du projet, attentive à replacer l’être humain dans son environnement. Les analyses portaient sur la nature du sol, la position de la ville et son altitude, les vents dominants, la caractéristique topographique (montagne ou plaine) et la situation des eaux (marais, inondations…), leur qualité, le climat, les précipitations, la végétation, la culture des grains, le tempérament des habitants et leurs habitudes sociales ainsi que les insectes les plus communs13. Bien que le littoral ne constituait pas un élément à part, la relation environnement-êtres humains déterminait le caractère des populations, suivant en cela le schème d’un déterminisme géo-climatique, et devait permettre aux autorités de combattre ces maladies14.

  • 15 Archives départementales des Bouches-du-Rhône [ensuite ADBdR], C 4388 bis et C 4389.
  • 16 ADBdR, C 4391.

6La SRM était dirigée par le médecin Félix Vic d’Azyr (1748-1794), qui bénéficia du réseau et de la technostructure administrative pour diffuser les connaissances et les avancées scientifiques et médicales, spécialement en matière d’hygiène. Il sollicita ainsi les intendants dans les provinces, Jean-Emmanuel Guignard de Saint-Priest (1714-1785) en Languedoc et Charles Jean-Baptiste des Gallois De La Tour en Provence (1713-1802), pour lui indiquer les médecins susceptibles de correspondre avec la Société, sur le modèle du réseau académique. La création de la SRM a été précédée d’une prise de contact initiée lors de l’épizootie de 1775 lorsque des questionnaires types furent envoyés pour décrire les conditions climatiques et géomorphologiques des années 1772-1775, puis poser la question du lien avec d’éventuelles « maladies populaires »15. Le canal administratif était utilisé également pour solliciter la participation des médecins aux concours de la Société royale, et c’est par ce biais qu’on connaît la liste des 167 médecins établis en Provence pour l’année 1776. De plus, la SRM diffusa des avis, des brochures, des imprimés et des mémoires dont la dimension pratique est prégnante, et qui visaient à résoudre un problème sanitaire concret. Par exemple, en 1784, le contrôleur général des Finances, Charles-Alexandre de Calonne (1734-1802), envoya aux intendants un Avis sur les moyens de diminuer l’insalubrité des Habitations qui ont été exposées aux Inondations, par Cadet de Vaux ou encore une brochure sur « le moyen que le Sr Janin avait proposé au gouvernement pour désinfecter les fosses d’aisance »16. Au total, un système de communication et d’interrelations fut établi entre le gouvernement, l’institution scientifique et un réseau de spécialistes aptes à répondre à la commande de Vicq d’Azyr.

Les éléments collectés

  • 17 Hugues Moussy, Les topographies médicales françaises…, op. cit., vol. 1, p. 167.
  • 18 Burel, « Topographie médicale de la Provence », Journal de médecine militaire, no 2, 1783, p. 11- (...)
  • 19 AM, SRM 182, 1, 1787.
  • 20 Jacques Antoine Mourgue, Essai de statistique, Paris, Maradan, 1801 ; Henri Fouquet, Observations (...)
  • 21 Hélène Berlan, Faire sa médecine au xviiie siècle. Recrutement et devenir professionnel des étudi (...)
  • 22 Encyclopédie méthodique, série « Médecine », vol. XIII, 1830, p. 278, col. A.

7Les réponses à l’enquête initiée par la Société royale sont nombreuses et disparates, ce que Hugues Moussy a montré en relevant une relative hétérogénéité17. Dans le cas des topographies rédigées pour les espaces proches de la Méditerranée, on peut parler de franches différences. Elles sont élaborées pendant et après la Révolution, qui ne marque pas de coupure épistémologique. La seule innovation concerne l’usage des statistiques, de plus en plus mobilisées à propos de la population et des températures et des pressions, quoique de manière très variable pour ces dernières. L’usage d’une statistique élaborée de la population se retrouve dans la topographie du premier médecin militaire de l’Hôpital militaire de Toulon Burel pour la Provence18, dans celle des professeurs de médecine Beringo et Joseph-François Anglada pour Perpignan19 et pour des topographies portant sur Montpellier20. Montpellier semble d’ailleurs constituer à ce titre un pôle majeur – en plus des prédictions météorologiques étudiées par Simon Dolet dans ce dossier – pour la production de topographies médicales, à la fois par la structure de ces dernières, mais encore par le nombre de thèses de doctorat soutenues à la faculté de médecine de la ville21. Ce recours à la statistique précède de quelque trente années l’article « Topographies médicales » composé par Thillaye aîné, en 1830, pour l’Encyclopédie méthodique, qu’il propose de renommer « statistiques médicales »22. Selon lui, un effort doit être accompli en la matière. Pour autant, les topographies médicales produites entre 1776 et 1830 intègrent assez peu de statistiques précises, et surtout sans expliciter les procédures usitées pour élaborer ces nombres.

  • 23 AM, SRM 182, 1/14, sans date et sans nom d’auteur.
  • 24 Celle de Luce, apothicaire à Grasse, compte 116 pages (AM, SRM 182, 1), celle de Beringo et Angla (...)
  • 25 AM, SRM 182, 1. Dans la conclusion de sa contribution, Simon Dolet évoque également Luce pour sa (...)

8De manière plus flagrante, une grande diversité formelle existe dans ces topographies. Certaines ne comportent que deux pages hâtivement rédigées23, d’autres atteignent plusieurs dizaines de pages24. Elles n’obéissent pas toutes à l’ordre imposé par Vicq d’Azyr. Par exemple, dans la volumineuse topographie rédigée par l’apothicaire Luce à Grasse, et qui porte sur Antibes, Vence, Cannes, Le Cannet, les îles de Lérins, Biot et Valauris, vingt pages sont consacrées à Antibes et son canton25. Sur ces vingt pages, huit sont consacrées à l’histoire de la ville, deux à l’organisation proprement topographique de la cité, deux à la population, deux à l’air, l’eau et le sol, une et demi à la faune et à la flore, deux aux phénomènes météorologiques remarquables, entrecoupées par la description de deux couvents qui accueillent des malades, pour s’achever sur une page et demie consacrée aux maladies, l’objet théoriquement premier de ces écrits. Les digressions historiques sont nombreuses et servent à poser le cadre de vie dans lequel les populations évoluent. Dans ces vingt pages, la Méditerranée n’est pas évoquée pour elle-même.

  • 26 AM, SRM 182, 11 et 12.
  • 27 AM, SRM 182, 11, Lettre de François Raymond à Vicq d’Azyr du 23 février 1786, fo 1-r.
  • 28 Alexandre Forcade, Quelle influence devait naturellement exercer sur la vie, les mœurs, la santé (...)

9Paradoxalement, ces écrits sont pour la plupart inachevés. Tout d’abord, leurs auteurs écrivent puis réécrivent en partie ces topographies, ou les complètent. En 1786, le docteur et membre de l’Académie de Marseille François Raymond (1724-1788) complète sa topographie célèbre de 1779 sur Marseille par une « Topographie salutaire de la Provence »26, dans laquelle l’objet premier de son enquête est la durée de la vie (ce qu’il ne nomme pas encore espérance de vie). À partir des registres de baptêmes et de mortalité, et l’étude de l’air, de l’eau et des sols, il élabore une méthode pour connaître la « fécondité ». La traduction statistique de ce travail prend la forme de tableaux, ce qui n’est absolument pas la norme dans les autres topographies médicales. Ce travail constitue selon Raymond un « ouvrage, en bonne partie, d’un genre nouveau. Ce n’est pas ainsi que la doctrine de la population a été traitée par Korsoboon, Halley, Short et Deparcieux »27. Pour autant, il ne souhaite pas publier son mémoire s’il n’obtient pas le premier prix. Les topographies sont donc un objet scientifique de longue durée – à l’échelle d’une carrière scientifique – et forment un continuum pour certaines d’entre elles. C’est la raison pour laquelle Forcade, docteur de l’Université de Montpellier et qui a exercé à Marseille, obtient en 1819 un prix de l’Académie de médecine de Marseille pour avoir étudié les changements intervenus depuis les travaux de Raymond28. Le fait étonnant est que son travail, inachevé puisque la topographie médicale reste à l’état de « plan », n’est en rien organisé comme celui de Raymond. L’important pour Forcade est toutefois de s’inscrire dans une filiation glorieuse et de s’appuyer sur un travail fondateur.

  • 29 Sur Ramel et son opposition au modèle médico-topographique, Hugues Moussy, Les topographies médic (...)

10La diversité des topographies se retrouve enfin dans l’appareil critique qui étaye ces travaux. La plupart, hormis les plus succinctes, mentionnent au moins Hippocrate, mais ne visent pas à nourrir une controverse médicale ou épistémologique. Elles reposent sur la publication préalable d’observations qui donnent lieu ensuite à interprétation. La plupart des textes occultent donc les présupposés scientifiques sous-jacents, au profit d’un silence méthodologique prudent. Seules quelques-unes explicitent les emprunts et théories médicales qui constituent l’armature du travail d’observation et d’analyse, et même celles rédigées par les plus dubitatifs des médecins sur le modèle médico-topographique taisent les éléments de controverse29.

11Le seul point commun à tous ces travaux tient en réalité dans une absence double : le terme « d’environnement » n’apparaît pas, tout comme celui de Méditerranée, extrêmement rare. En revanche, le verbe « environner » est utilisé, et justifie l’idée sous-jacente d’un milieu dans lequel les populations évoluent.

Un genre à la croisée des champs

12L’incertitude épistémique qui traverse les topographies permet de comprendre pourquoi elles constituent un genre à part entière à la croisée des savoirs.

13Tout d’abord, la démarche géo-climatique oblige à approcher les phénomènes géomorphologiques et géologiques pour comprendre la nature des sols. La pratique quotidienne des relevés de température et de pression tout comme la pluviométrie imposent également l’usage d’instruments qui participent d’innovations largement diffusées en Europe. Ce substrat scientifique aboutit à une démarche encyclopédique, dans l’esprit du temps. Le médecin doit connaître et mettre en mesure l’environnement des malades. Ramel rappelle cette exigence à propos de La Ciotat :

  • 30 AM, SRM 175, 1, p. 1.

Pour pouvoir donner une topographie médicale, il faut en effet posséder à fond l’histoire naturelle, la météorologie, la Botanique, l’ictyologie, la conchiologie, la géoponique [la géologie et la géomorphologie], l’ornithologie, la zoologie, l’art vétérinaire, la médecine et la chimie, pour pouvoir analyser les causes médicinales par tous les procédés connus30.

  • 31 À propos du crédit scientifique, Pierre-Yves Lacour, « Institutions, publications, réputations. L (...)
  • 32 AM, SRM 178, 15. Berre est une petite ville située au Nord de l’étang de Berre, qui porte son nom (...)
  • 33 Ibid.
  • 34 C’est en particulier le cas pour les correspondants de la Société royale des sciences de Montpell (...)

14La topographie médicale devient un instrument de distinction scientifique et participe à la construction d’une crédibilité et d’un crédit scientifique31. Certaines sont lues en séance puis publiées dans les Mémoires de la SRM. C’est le cas d’une « Observation sur la petite vérole à Berre », écrite par Paris, médecin et correspondant de la SRM, lue en séance le 5 novembre 177932. Cette lecture et cette reconnaissance scientifique et académique engagent Paris à continuer à écrire à la Société, et à aborder des questions en rapport avec le gouvernement. Il le fait par exemple dans un « Mémoire sur les précautions dans les lazarets pour éviter la propagation du venin pestilentiel » de 178033. Il profite de ce mémoire pour prolonger une controverse scientifique, à bas bruits, puisqu’il ajoute que la réponse de Raymond l’engage à détailler quelques articles à propos de cette « police si essentielle ». Au fond, la lecture des topographies médicales est multiple, tout comme leur genèse et leurs arènes de réception : localement, elles permettent de faire émerger des figures de savants désormais spécialisés et compétents, qui sont aptes et légitimes à participer au gouvernement des hommes34 ; à l’échelle du royaume, elles participent de la constitution de figures scientifiques inscrites dans un champ autonome et académique, lui-même traversé par ses fractures et ses règles propres.

  • 35 Alexandre Forcade, Quelle influence…, op. cit., p. 3 et 4.

15Ce processus se prolonge au xixe siècle car l’exigence encyclopédique se perpétue. Forcade le rappelle dans son ouvrage de 1819, quand il affirme que le médecin topographe doit mettre en œuvre la « science de l’hygiène », mais doit en plus être « moraliste, littérateur, historiographe »35.

16Au-delà d’une pluridisciplinarité, les topographies résultent plutôt d’une intertextualité car elles empruntent à différents registres textuels et s’inscrivent dans des réseaux de texte. Elles constituent un creuset original et donnent à voir et sentir de manière particulière les rivages méditerranéens, au-delà des schèmes cognitifs qui sont les nôtres. Le paradoxe apparent est qu’en réalité peu de topographies évoquent la mer pour elle-même.

L’absence relative de la mer

17La mer Méditerranée n’est abordée pour elle-même dans aucune topographie. Elle est mentionnée de manière très disparate, parfois en lui accordant un rôle important, parfois comme simple cadre voire comme élément d’un décor de vie. Nous envisagerons les manières de la décrire, le rôle qui lui est accordé et les sentiments qu’elle fait naître chez l’observateur.

Décrire la mer

  • 36 Joseph Amoreux, Topographie historique…, op. cit.
  • 37 AM, SRM 175, 1.
  • 38 « Sur les pierres. Et particulièrement celles de la mer », dans Histoire de l’Académie des scienc (...)

18Les espaces abordés dans les topographies ne sont pas des espaces maritimes, mais des lieux « au bord de la mer ». Ainsi, les topographies décrivent les reliefs, du plus vaste au plus ponctuel, les espaces aqueux proches de la mer, la côte et son tracé, et principalement les villes et villages, mais pas la mer pour elle-même. Ce n’est que de manière exceptionnelle qu’elle est décrite. Pour cette raison, il n’y a pas de description typique de la mer. La description peut être organisée en suivant le cheminement de l’auteur, et/ou s’appuyer sur des travaux d’histoire. Dans le premier cas, le médecin Pierre-Joseph Amoreux (1741-1824) longe la côte du diocèse de Montpellier de l’embouchure du Petit-Rhône à Leucate36. Il le fait à pied bien souvent, et identifie alors une unité topographique qui distingue les « habitants de la partie côtière » du diocèse de ceux des parties intérieures ou des montagnes. Dans le deuxième cas, les auteurs appuient leur description sur des travaux d’histoire et d’histoire naturelle. Le cas le plus emblématique est celui de Ramel, dans sa topographie de la côte provençale, à propos de La Ciotat37. Il convoque les historiens de la ville et les travaux du célèbre naturaliste Buffon (1707-1788) à propos des Maldives pour décrire ce « recoin d’un grand golphe, port de mer considérable », spécialement le Cap de l’Aigle, qu’il définit comme des « affreux débris de la nature bouleversée » en se référant, cette fois-ci, aux travaux du physicien Nicolas Saulmon (-1724) discutés dans les Mémoires de l’Académie des Sciences en 170738. On le comprend ici, la description, qui est au fondement de la démarche des topographies, présente le milieu à la fois dans une perspective classique, mais parfois, et c’est ce qui caractérise cette période 1770-1830, en accordant à la mer une importance certaine.

  • 39 Laurence Brockliss et Colin Jones, The medical world of early modern France, op. cit., chap. 7-C.
  • 40 Joseph Amoreux, Topographie historique…, op. cit., p. 25.
  • 41 AM, SRM 175, 1.
  • 42 À propos du corail et de son exploitation, sans que cet épisode soit étudié, Luca Lo Basso et Oli (...)

19L’importance accordée à la mer s’explique par le sensualisme qui est le principe d’appréhension de la réalité des différents milieux présentés. En effet, tous les sens sont convoqués, aussi bien le goût, la vue que l’odorat et le toucher, à l’exception de l’ouïe. Ce recours aux sens physiques s’explique par les présupposés médicaux qui constituent le soubassement intellectuel des topographies, mais encore par le goût du siècle pour les émotions nées des sens39. La topographie d’Amoreux est celle qui l’exprime le mieux. Au-delà de la mention commune des mauvaises odeurs ou des signes olfactifs d’infection, il n’hésite pas à rapporter les sensations que la mer peut procurer40. Mais la topographie la plus originale en la matière, et qui est la seule à prendre pour protagoniste la mer, est celle de Ramel pour La Ciotat41. Il y raconte, de manière exhaustive, l’histoire du nommé Sicard, qui aurait découvert aux alentours des années 1720 une grotte accessible par la plongée, dans laquelle se trouvait du corail. Le caractère fantastique de cette découverte, pourtant à l’origine d’une entreprise d’exploitation du corail42 menée par le fils d’un des protagonistes, détonne en regard des autres topographies médicales, mais aboutit dans ce cas unique à faire de la Méditerranée un acteur à part entière de cette étude du milieu. À côté de ces rares éléments, la mer n’est envisagée qu’à travers une série d’éléments toujours identiques.

La mer : un réservoir à vents

  • 43 « Méditerranées », Encyclopédie méthodique, vol. XI « Géographie physique », Paris, Agasse, 1811, (...)

20Aucune des topographies étudiées ne questionne la formation de la mer Méditerranée, qui est un donné immuable dans son principe. Ni la genèse, ni la morphogénèse de cette mer ne sont étudiées. Faut-il considérer que la Méditerranée est encore, selon les auteurs des topographies, ce que l’Encyclopédie méthodique, dans sa série « Géographie physique », en dit en 1811 en retenant la théorie d’une formation de la Méditerranée par l’agrégation de plusieurs lacs nés de l’érosion par l’eau des grands fleuves43 ?

  • 44 Amoreux pour le Languedoc, Ramel pour La Ciotat.
  • 45 Joseph Amoreux, Topographie historique…, op. cit., p. 59-61.

21Rien ne permet de l’étayer. Le seul aspect abordé dans certaines topographies est la morphogénèse du littoral44. Amoreux, dans sa topographie de la côte du diocèse de Montpellier en 1787, s’attarde sur l’influence du Rhône dans le dépôt de matériaux qui modifient le tracé de la côte. Il étudie précisément pour cela les « cailloux » charriés par la mer depuis l’embouchure du Rhône, et explique la forme du littoral par l’interaction entre les courants marins, l’intérieur rocheux de la terre, et la création de « plages » sous l’effet de l’ensablement45.

  • 46 Robert, Mémoire sur la topographie physique et médicale de Malte, suivi de l’histoire des maladie (...)

22Cette relative absence de la mer n’est pas spécifique aux topographies rédigées en France. C’est plutôt un angle mort culturel, dans la mesure où d’autres topographies rédigées pour certaines îles, en particulier celle de Malte, n’évoquent pas non plus la mer46. Il en va de même, globalement, pour les topographies atlantiques et de la Manche.

  • 47 Selon Julien Edorm, « Les topographies médicales en Révolution. Une dynamique des stéréotypes ent (...)
  • 48 AM, SRM 178, 1. On peut consulter la Carte des étangs de Berre, de Martigue et environs de Bellin (...)

23La mer n’est, fondamentalement, qu’un espace réservoir à vents. Les vents sont présentés selon leur orientation et leur influence sur les villes et villages étudiés, avec leurs caractéristiques relatives à l’air et à l’humidité. Ils sont essentiels, dans la théorie hippocratique, pour expliquer les maladies car, comme l’écrivent les auteurs de la topographie de Perpignan, Beringo et Anglada, la constitution de l’atmosphère, elle-même déterminée par les vents, entraîne les maladies, notamment parce qu’ils modifient la consistance des tissus et des humeurs. Bien que Vicq d’Azyr ait pu émettre des réserves sur le caractère systématique de l’influence des vents47, tous les auteurs de topographies les décrivent et les étudient minutieusement. De la sorte, ils sont attentifs aux conséquences des vents marins. Paris, dans son Observation sur la situation de Berre, insiste sur le fait que les vents du Sud entraînent l’eau de la mer dans l’étang, surtout dans le grand étang de Berre, qui vient remplir à son tour celui d’Istres et soulève les « miasmes putrides » déposés par la sécheresse estivale48. Les plantes alentour et la faune, y compris les poissons, meurent à la suite de ce débordement.

  • 49 AM, SRM 182, 1, p. 11.
  • 50 Alexandre Forcade, Quelle influence…, op. cit., p. 10.
  • 51 Joseph Amoreux, Topographie historique…, op. cit., p. 27.
  • 52 AM, SRM 182, 11, p. 4.
  • 53 Ibid., p. 5.

24À l’inverse, les vents du Nord ou marins peuvent avoir des effets positifs, en particulier quand ils dissipent les « vapeurs malfaisantes »49 ou contribuent à apurer l’air50. La situation compte énormément puisque, selon Amoreux, les vents marins se chargent des « vapeurs pernicieuses »51 des étangs et des marais en Languedoc, ce qui se retrouve à Antibes ou à Perpignan, où le vent du Nord-Est est « le plus malfaisant en esté » parce qu’il passe sur les marais de Salses et apporte avec lui les exhalaisons52. Les topographies étudiées dessinent le panorama d’un contexte méditerranéen dans lequel les vents du Sud induisent plutôt des effets négatifs, au contraire de ceux du Nord qui, comme le rappelle la topographie de Perpignan, « purifie[nt] l’atmosphère, la renouvelle[nt] et ramène[nt] le beau temps qui avoit été gaté par les vents du rumb opposé »53.

  • 54 Perpignan, Marseille, Aigues-Mortes.

25Enfin, la mer a une qualité essentielle dans cette appréhension de la réalité par le prisme des vents et des températures : elle atténue les changements de températures. Ces changements de température sont en effet un élément essentiel dans le déclenchement des maladies, ce que notent tous les auteurs54. C’est sur ce point que la mer joue un rôle important. Forcade, à propos de Marseille, le remarque à la fois pour le site antique de Marseille, mais encore plus fortement pour la ville neuve, bâtie dans la deuxième moitié du xviiie siècle. Le voisinage de la mer, conjugué à la brise marine, rafraîchit les températures en été et les maintient relativement haut en hiver. La brutalité avec laquelle les maladies surviennent et leur intensité en sont atténuées.

La mer : un élément de curiosité et de beauté

  • 55 Alain Corbin, Le territoire du vide. L’Occident et le désir de rivages (1740-1840), Paris, Flamma (...)

26La mer Méditerranée est un horizon visuel. Les descriptions de Perpignan, de Marseille ou de Hyères mettent en scène le regard posé – généralement d’un point de vue élevé – sur ce qui environne la ville. Les plaines sont arrêtées par la mer qui n’est bien souvent qu’une toile de fond55.

  • 56 Joseph Amoreux, Topographie historique…, op. cit., p. 5 et 16-20.
  • 57 Honoré-Zénon Gensollen, Essai historique, topographique et médical sur la ville d’Hières, en Prov (...)

27Cette mer, qui n’est pas un acteur majeur des descriptions, invite les auteurs à réfléchir sur la condition urbaine et la condition humaine. Amoreux, dans sa topographie de la côte de Montpellier, décrit longuement les avancées et les reculs de la mer qui ont entraîné la ruine de certains lieux importants, en particulier Maguelonne, siège d’un évêché médiéval tombé en ruine à cause de son isolement56. Gensollen, médecin et auteur de la topographie de Hyères, va plus loin, en rappelant la fragilité des œuvres humaines face à la mer qui « peut à chaque instant [les] dévorer »57. Sa réflexion est inspirée par la vue des ruines de la vieille ville, et il parle de la fragilité des « vaisseaux ». Évoque-t-il les bateaux ou recourt-il à une métaphore pour évoquer les anciennes fortifications ? Toujours est-il qu’il en tire une « médit[ation] sur le néant des choses humaines ». Amoreux, en la matière, laisse libre cours à une expressivité rare en écrivant :

  • 58 Joseph Amoreux, Topographie historique…, op. cit., p. 60-61.

[Les] vagues se présentent avec majesté jusques aux pieds de celui qui les contemple avec respect et sans effroi ; chaque flot est suivi d’un autre flot ; le 1er s’avance sur le sable jusque où le doigt du créateur lui a imposé ses limites ; il se retire aussi paisiblement qu’il avoit été poussé avec murmure. La mer abandonne sur ses bords ce qu’elle avoit apporté ; rarement elle le reprend, elle le rejette à quelque distance58.

28Ce sentimentalisme se retrouve dans d’autres champs scientifiques et littéraires. Cette caractéristique commune montre combien les topographies recèlent des éléments culturels exogènes à une analyse environnementale. Ce biais cognitif se retrouve quand les auteurs des topographies évoquent le peuple et la mer.

La (re)découverte du peuple

  • 59 Déborah Cohen, La nature du peuple. Les formes de l’imaginaire social (xviiie-xxie siècle), Seyss (...)

29L’objet premier des topographies, la description du milieu pour comprendre les maladies régnantes, induit un double déterminisme : le regard porté sur les corps humains comme réceptacles des maladies, et le déterminisme hippocratique qui conditionne la santé humaine à la moralité. Le regard des observateurs posé sur « les peuples » du littoral porte avant tout sur les pêcheurs, en général distingués du peuple, parce qu’ils sont les seuls à entretenir un rapport direct avec la mer. Ce regard réemploie des stéréotypes communs59, mais introduit, à la fin de la période, un nouveau rapport entre les êtres humains et leur milieu/environnement.

Le peuple et la mer

  • 60 François Louis-Claude Marin, Mémoire sur l’ancienne ville de Tauroentum. Histoire de la ville de (...)
  • 61 AM, SRM 175, p. 11.
  • 62 Marc Dax, Mémoire pour servir à la topographie médicale d’Aigues-Mortes, Montpellier, Jean Martel (...)
  • 63 Joseph Amoreux, Topographie historique…, op. cit., p. 49.

30Les auteurs des topographies, comme tous les bons naturalistes, opèrent un classement des êtres vivants et donc de la population humaine. À La Ciotat, à Marseille et à Berre, les pêcheurs forment une « classe » à part. Ils sont encore évoqués comme un groupe spécifique pour Aigues-Mortes, Hyères, où ils se concentrent sur la presqu’île de Giens, Antibes et ponctuellement pour les villages de la côte languedocienne. Les topographies évoquent la pêche comme une activité économique et ses implications sur la santé des habitants. De manière générale, la pêche n’est jamais présentée comme une mauvaise activité. Elle est la principale ressource à La Ciotat selon François Louis-Claude Marin, où elle est exercée dans le cadre d’une prudhommie60. Elle a en revanche perdu son importance à Antibes, en raison de la langueur de la population, causée par les vapeurs des alentours qui « gâttent l’air atmosphérique ». Les hommes y sont atteints de « nonchalence », « d’inertie » à la différence des habitants de Grasse61. À Aigues-Mortes, les pêcheurs vivent dans des conditions d’insalubrité générale. Ils constituent le tiers de la population, et la pêche occupe également une partie des femmes : « Leurs femmes même, comme les Groënlandaises, les accompagnent quelquefois dans les bateaux, rament, pêchent et partagent leurs veilles »62. Mais cette occupation féminine n’est qu’un complément de leurs tâches ménagères et ne constitue pas la source principale de revenus. Avec Amoreux, la description du « petit peuple de pêcheurs » qu’il a « sous les yeux » est parfois précise (il y a 55 familles de pêcheurs à Pérols pour 127 feux), et il n’hésite pas à peindre leurs goûts et leurs habitudes, soit pour la « boisson chérie et fortifiante », soit leur habitude de porter des bottes lorsqu’ils pêchent l’anguille, leur pêche favorite63.

31De manière plus globale, hormis l’insalubrité de l’habitat à Aigues-Mortes, les pêcheurs constituent une classe dont le mode de vie, en rapport étroit avec la mer, préserve la santé. Ils échappent souvent à certaines maladies régnantes qui affectent les urbains ou les ruraux. C’est le cas à Marseille selon Forcade, puisque les marins quittent la ville la semaine et ne reviennent à terre que quelques jours. C’est également le cas à Berre, où tous les habitants sont affectés par les fièvres intermittentes et pétéchiales, à l’exception des pêcheurs qui travaillent sur l’étang et bénéficient en partie de l’influence marine. Quant à ceux de la côte languedocienne, leur isolement et leur rusticité les préservent de la phtisie et des affections nerveuses car

  • 64 Ibid., p. 49.

chez un peuple qui n’est ni oisif ni adonné à l’intempérance, les hommes qui n’ont pas le loisir de réfléchir ne sont pas sujets à l’hypochondriacisme et les femmes toutes occupées de leurs ménages ne savent pas ce que c’est que vapeur ; c’est un des plus beaux privilèges de la vie rustique64.

32Au total, la pêche et l’activité marine ne constituent pas en elles-mêmes des facteurs de nuisance. C’est le mode de vie, ce que Forcade appelle le « régime » de vie, qui détériore l’influence maritime. En la matière, les topographies participent au renforcement de stéréotypes socio-médicaux.

Les stéréotypes à propos du peuple

33Les auteurs des topographies véhiculent des idées communes et participent à l’élaboration de stéréotypes sur les peuples méridionaux. Nous n’examinons ici que ce qui a un rapport avec la mer, et l’on peut distinguer deux types de remarques.

34Les premières sont formulées en rapport avec les déterminants géo-climatiques. À Marseille, en 1819, Forcade constate que dans la vieille ville, où les rues sont étroites et tortueuses, où l’air ne circule pas et où l’humidité règne,

  • 65 Alexandre Forcade, Quelle influence…, op. cit., p. 24.

Le tempérament bilieux et pituitieux domine en général chez ces habitans. Les individus des deux sexes ont un accent âpre et dur, des manières basses, rudes et communes, un caractère vif, pétulant et indiscipliné, des mœurs grossières65.

35L’influence de l’air marin y est négative, à l’inverse de la ville nouvelle, aérée et dégagée. La différence entre les deux parties de la ville s’explique par la topographie urbaine : les rues étroites et tortueuses de la vieille ville empêchent la circulation des airs, à la différence de la ville nouvelle construite selon un plan orthogonal. Ici, Forcade, comme dans toutes les topographies, s’inscrit dans la théorie aériste. Aucune de celles que nous avons consultées ne déroge à ce schème.

  • 66 AM, SRM 175, 1, p. 28.
  • 67 Joseph Amoreux, Topographie historique…, op. cit., p. 49.
  • 68 AM, SRM 175, 1, p. 25.
  • 69 Ibid., p. 27.
  • 70 Le café en Méditerranée. Histoire, Anthropologie, Économie (xviiie-xxe siècle), Aix-en-Provence, (...)

36Le deuxième type de remarques tient en réalité à une approche plus morale et sociologique. Certains auteurs mettent sur un pied d’égalité les influences environnementales et les mœurs, et le déterminisme géo-climatique est souvent contrebalancé par une déploration des habitudes morales du peuple. C’est en particulier l’influence du « luxe » qui est dénoncée, et les médecins regrettent un temps ancien (et imaginaire) où les êtres humains vivaient en harmonie avec la nature. C’est principalement le petit peuple, ou « bas-peuple » qui est visé, par exemple celui de La Ciotat qui, selon Ramel, « se nourrit très mal. Le luxe y est tel dans cette classe inférieure de citoyens qu’elle se prive de bien d’alimens nécessaires pour pouvoir se procurer une mode et ajouter à sa parure les jours de fête »66. Seul Amoreux, malgré des réserves, retient un aspect positif de la pauvreté des habitants de la côte languedocienne, habitée « d’hommes simples qui vivent frugalement et qui ne font pas d’excès » et qui ne sont point affectés par l’apoplexie ou la goutte67. Pour autant, cette simplicité est bien souvent synonyme de grande pauvreté. Ainsi, dans le cas de La Ciotat, Ramel mentionne les aliments consommés habituellement : du pain, du mouton, des brebis, peu de bœuf, de l’agneau, du chevreuil, du lait de chèvre ou de brebis, du poisson et quelques végétaux. Il précise que le pain n’est pas bon et les animaux maigres. Son témoignage permet de distinguer socialement les consommations. Le « bas peuple » se nourrit de « chair de chevreuil » pendant l’hiver qui est un « vrai purgatif »68 et, selon lui, le peuple fait une grande consommation de lait et « prend du café avec excès »69. La diffusion de cette consommation, très forte dans la deuxième moitié du xviiie siècle70, est ainsi attestée pour toutes les catégories sociales : certains en boivent deux fois par jour, il est d’usage d’en offrir à tout visiteur et les femmes en couches en boivent pendant et après l’accouchement. Selon Ramel, cela renforce les maladies nerveuses, nombreuses dans le pays. L’excès est ici dénoncé, et associé, dans bon nombre de topographies, à l’intempérance populaire qui se retrouve dans les façons d’être et dans les maladies.

  • 71 AM, SRM 175, 1, p. 28.
  • 72 Ibid., p. 34.
  • 73 Ibid., p. 24-25.
  • 74 Alexandre Forcade, Quelle influence…, op. cit., p. 25.

37Un deuxième aspect abordé par les auteurs des topographies tient dans l’organisation des sociétés littorales. Des comportements individuels, les auteurs déduisent des attitudes collectives qui leur permettent de mettre au jour des formes de solidarité ou d’autorité spécifiques, en rapport avec les métiers de la mer. Ainsi selon Ramel, à La Ciotat, les femmes du peuple réparent ou fabriquent les filets, et fabriquent spécifiquement des petits filets délicats qui servent de parure aux femmes, « je ne sais dans quelle contrée »71. Leur posture est très mauvaise car elles sont courbées sur leur ouvrage et le défaut de nourriture, la consommation excessive de café et « la qualité brûlante, sèche et saline de l’air atmosphérique » contribuent à « rendre la phtysie pulmonaire endémique, surtout chez les femmes »72. Ce panorama physico-moral lui donne l’occasion de regretter la société rurale, au sein de laquelle il constate une solidarité plus grande et une simplicité des mœurs bénéfique aux corps physiques et au corps social73. Ce constat est partagé par Forcade à Marseille à propos des pêcheurs : leur travail n’implique « aucune peine d’esprit ». Ils n’ont pas contracté les vices des autres hommes et ont maintenu une innocence, une probité, des « mœurs pures et simples, et un corps sain ». Pour cette raison, les vieux hommes sont de « vrais patriarches et de bons pères de famille »74. L’idéal ruraliste et nostalgique d’un passé imaginaire et rustique transparaît donc dans ces descriptions, ce qui peut parfois aboutir à quelques contradictions.

  • 75 Marin, Mémoire sur l’ancienne ville de Tauroentum…, op. cit., p. 166.
  • 76 AM, SRM 175, 1, p. 22.

38Les auteurs dépeignent tous un peuple répugnant et sale. Bien que Marin accorde aux femmes de La Ciotat une certaine beauté75, les aspects positifs sont contrebalancés par des stigmates stéréotypés. Selon Ramel, les Ciotadens ont une « habitude de corps haute et grêle »76, et on y trouve peu de personnes d’embonpoint. Pour cette raison, le tempérament sec et bilieux prédomine nettement. La conséquence est physico-sociale :

  • 77 Ibid., p. 23.

Les hommes ont un ton de voix très haut c’est un effet de leur état accoutumé à commander d’un ton de voix très haut sur leurs navires […] ils conservent ce ton élevé et rude qui déplaît dans la société. Les femmes sont en général grandes, bien proportionnées, d’une taille svelte, et d’une figure très agréable. On trouve beaucoup de jolies femmes dans tous les états. Leur manière de s’ajuster contribue encore à rehausser leurs charmes77.

  • 78 Ibid., p. 23.

39Ce sont aussi la douceur et l’aménité de caractère et de conversation qui s’ajoutent à la beauté des femmes. D’un point de vue physique, le soleil rend les couleurs blanches très rares « chez les deux sexes ». Si la « Couleur brune » domine, elle prend une « tinte très formée chez les gens de la campagne », ce qui explique que les femmes y font preuve de « moins de mégererie » qu’ailleurs78. Sans originalité, le déterminisme géo-climatique est ainsi la cause essentielle d’un caractère commun qui est nuancé en fonction des classes sociales, mais qui prend un sens particulier d’abord par le rapport à l’ensoleillement puis, dans un second temps, par la proximité avec la mer.

Les liens avec « l’environnement »

  • 79 François Jarrige et Thomas Le Roux, La contamination du monde. Une histoire des pollutions à l’âg (...)
  • 80 Forcade Alexandre, Quelle influence…, op. cit., p. 19.

40Une évolution se fait jour quand on examine de manière diachronique les topographies. Les liens entre ce qui « environne » les êtres humains se précisent et s’organisent progressivement de manière interactive. Sans rentrer dans un détail exhaustif, les êtres humains organisés en société dépendent du milieu dans lequel ils vivent, que ce soit pour leurs activités économiques, leur survie, leur santé et leur hygiène. Mais cette dépendance est contrebalancée, à partir de la Révolution, par la mise en exergue d’actions humaines négatives sur l’espace urbain et la nature. Les êtres humains, par leurs activités, polluent. Forcade, qui écrit en 1819, est parmi ceux qui insistent le plus sur cet aspect. Or, son approche est marquée par un tropisme favorable à l’industrie, mis en évidence par Thomas Le Roux79. Forcade écrit, à propos de Marseille, que les industries qui existent dans l’ancien tissu urbain distinguent celui-ci de la ville neuve, plus saine. Pour autant, il s’empresse d’ajouter que les industries ne sont « pas essentiellement nuisibles à la santé » mais qu’elles « vicient […] l’atmosphère »80. Son tropisme industrialiste l’amène à considérer que ce sont surtout les femmes qui ne peuvent s’accommoder d’un tel voisinage mais, qu’au fond, les industries ne sont pas dangereuses pour la santé. L’immoralité des classes populaires les affecte beaucoup plus.

  • 81 Sur cette question du déboisement et ses conséquences, on peut se reporter à la synthèse de Grégo (...)
  • 82 Alexandre Forcade, Quelle influence…, op. cit., p. 16.

41L’effet le plus négatif des activités humaines tient, selon Forcade et d’autres, dans le déboisement81. Raymond, en 1779, avait déjà déploré la trop grande consommation de bois pour les « fabriques à feu ». Forcade approfondit l’analyse de son prédécesseur en démontrant tout d’abord que les collines environnant Marseille ont été « dégradées » et que leur altitude en a été réduite. Il insiste ensuite sur les mauvais effets du déboisement sur les montagnes qui renforce la sécheresse, élève les températures et diminue la quantité d’eau disponible grâce aux sources. Il attribue cette action anthropique néfaste à la « main dévastatrice de la révolution » qui a aboli les droits féodaux et ouvert la voie à des défrichements excessifs. La conséquence, outre le tarissement des sources, est également que les vents ne sont plus arrêtés par la végétation, et que les « frimats ou trop précoces ou trop tardifs » accentuent l’hiver ou l’été82. Il rejoint ici les topographies qui dénoncent les contrastes climatiques trop marqués et brutaux, qui causent des maladies épidémiques récurrentes et dangereuses.

42Les topographies médicales qui portent sur les espaces proches de la mer Méditerranée reposent sur une appréhension du milieu qui a constitué un soubassement certain à la notion d’environnement. Sur le temps long, les regards différents posés sur les populations et les milieux dans lesquels elles vivaient, scrutés et étudiés de manière minutieuse mais hétérogène, ont contribué à justifier l’interrelation entre les êtres humains organisés socialement et ce qui les environnait. Le caractère univoque de la relation êtres humains-nature n’a pas résisté aux changements rapides induits par l’industrialisation et les changements politiques des années 1770-1830. Une complexité plus grande est ressortie de ce massif de textes disparates, sans pour autant étudier la mer Méditerranée pour elle-même. Cette dernière est restée un élément adjuvent par les spécificités qu’elle présentait dans les éléments influençant la vie humaine, spécialement les vents, les masses d’air et les températures. Mais la prise en compte de ces éléments maritimes a contraint les auteurs à regarder la mer et les populations littorales. Cette re-découverte s’est nourrie des stéréotypes sur les peuples de l’époque, mais a nécessité également d’être plus attentif aux nuances, aux différences et aux spécificités des lieux. Le regard paradoxal porté par les hommes de l’art sur les peuples, spécialement les pêcheurs, a participé d’un renouvellement certain dans la compréhension des rapports entre mer Méditerranée, sociétés littorales et environnement, sans pour autant aboutir à faire de cette mer, une mer particulière méritant un regard approprié. Ce moment paradoxal a ainsi participé, pour cette raison, à la genèse de la notion d’environnement, sans pour autant susciter de politique d’aménagements, qu’ils soient urbains ou ruraux. De la même manière, hormis la distribution de boîtes de médicaments, les topographies n’ont pas donné naissance à une politique de prévention véritable en matière d’hygiène, qui n’interviendra qu’au xixe siècle.

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Notes

1 Hugues Moussy, Les topographies médicales françaises des années 1770 aux années 1880. Essai d’interprétation d’un genre médical, 3 vol., thèse d’histoire sous la direction de Daniel Roche, Université Paris 1-Panthéon Sorbonne, 2003 ; Marie-Françoise Robert, Les topographies médicales. Une géographie des maladies et de la santé aux 18e et 19e siècles, 2 vol., thèse d’histoire sous la direction d’Henri Picheral et d’Étienne Dalmasso, Université Paris VII, 1987.

2 Parmi bien d’autres, Laurence Brockliss et Colin Jones, The medical world of early modern France, Oxford, Clarendon Press, 1997.

3 Mireille Laget, Naissances. L’accouchement avant l’âge de la clinique, Paris, Le Seuil, 1982.

4 Line Teysserre-Sallmann, « Urbanisme et société. L’exemple de Nîmes aux xviie et xviiie siècles », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, no 35, 1980, p. 965-986.

5 Patrick Fournier, « Épidémies et médicalisation des territoires ruraux (vers 1770 - vers 1830) », Siècles. Cahiers du Centre d’histoire « Espaces et cultures », no 30, 2009, p. 61-83 ; Muriel Collart, « Inspirez, expirez : les tables noso-météorologiques (1757-1761) du docteur Razoux », Dix-Huitième Siècle, no 54, 2022, p. 185-198.

6 Les questions hygiénistes sont primordiales en la matière, voir Marie-Noëlle Bourguet, Bernard Lepetit, Daniel Nordman et Maroula Sinarellis (dir.), L’invention scientifique de la Méditerranée. Égypte, Morée, Algérie, Paris, Éditions de l’EHESS, 1998. Sur le transfert dans le monde colonial des stéréotypes géo-climatiques sur les populations, Manuel Borutta, « De la méridionalité à la Méditerranée. Le Midi de la France au temps de l’Algérie coloniale », dans Nicolas Bourguignat (dir.), L’invention des Midis. Représentations de l’Europe du Sud (xviiie-xxe siècle), Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2019, p. 123-141.

7 Les Archives nationales d’Outre-Mer conservent des topographies médicales pour le xixe siècle.

8 Hugues Moussy, Les topographies médicales françaises…, op. cit., vol. 3, Annexe 1.

9 Ces archives ont été utilisées pour étudier les maladies ou épidémies et le contexte géo-climatique du xviiie siècle ; Caroline Hannaway, « The Société Royale de Médecine and épidemies in the Ancien Regime », Bulletin of the History of Medecine, no 49, 1972, p. 257-273 ; Jean-Paul Desaive, Jean-Pierre Goubert, Emmanuel Le Roy Ladurie, Jean Meyer, Otto Muller et Jean-Pierre Peter, Médecins, climat et épidémies à la fin du xviiie siècle, Paris, La Haye, Mouton, 1972 ; Jean-Pierre Goubert, Roselyne Rey, Jacques Bertrand et Alexandra Laclau, Atlas de la Révolution française, vol. 7 « Médecine et Santé », Paris, Éditions de l’EHESS, 1993.

10 Par exemple, à la Médiathèque Émile Zola de Montpellier, ms 286, Pierre-Joseph Amoreux, Topographie historique, physique et médicale de la Côte maritime du diocèse de Montpellier, par M. Amoreux, D. m., 1787, 68 p.

11 Hugues Moussy, Les topographies médicales françaises…, op. cit., vol. 1, chapitre III-1, « L’affirmation d’un genre ».

12 Archives de l’Académie nationale de médecine [ensuite AM], SRM 144, « Création de la Société royale de médecine », et Bibliothèque nationale de France, Fonds Joly de Fleury [désormais BnF et JdF] 499, fo 237-r.

13 Ibid., fo 247-r.

14 Ibid., fo 228-r : la monarchie souhaite agir pour « la santé de nos sujets » (considérant d’un projet de lettres patentes rédigées par Lenoir le 31 mars 1778).

15 Archives départementales des Bouches-du-Rhône [ensuite ADBdR], C 4388 bis et C 4389.

16 ADBdR, C 4391.

17 Hugues Moussy, Les topographies médicales françaises…, op. cit., vol. 1, p. 167.

18 Burel, « Topographie médicale de la Provence », Journal de médecine militaire, no 2, 1783, p. 11-33.

19 AM, SRM 182, 1, 1787.

20 Jacques Antoine Mourgue, Essai de statistique, Paris, Maradan, 1801 ; Henri Fouquet, Observations sur la constitution des six premiers mois de l’an V, à Montpellier, et sur les principales maladies qui ont régné, pendant ce semestre, dans cette commune et aux environs, Montpellier, Fontenay-Picot, an VI.

21 Hélène Berlan, Faire sa médecine au xviiie siècle. Recrutement et devenir professionnel des étudiants montpelliérains (1707-1789), Montpellier, Presses de la Méditerranée, 2013.

22 Encyclopédie méthodique, série « Médecine », vol. XIII, 1830, p. 278, col. A.

23 AM, SRM 182, 1/14, sans date et sans nom d’auteur.

24 Celle de Luce, apothicaire à Grasse, compte 116 pages (AM, SRM 182, 1), celle de Beringo et Anglada pour Perpignan 35 pages manuscrites, celle de Murat pour Montpellier 208 pages imprimées.

25 AM, SRM 182, 1. Dans la conclusion de sa contribution, Simon Dolet évoque également Luce pour sa référence aux prédictions météorologiques dans sa topographie médicale.

26 AM, SRM 182, 11 et 12.

27 AM, SRM 182, 11, Lettre de François Raymond à Vicq d’Azyr du 23 février 1786, fo 1-r.

28 Alexandre Forcade, Quelle influence devait naturellement exercer sur la vie, les mœurs, la santé des Marseillais, leur changement d’habitation en abandonnant l’ancienne ville pour s’établir dans les nouveaux quartiers ?, Marseille, Jean-François Achard, 1819, 40 p.

29 Sur Ramel et son opposition au modèle médico-topographique, Hugues Moussy, Les topographies médicales françaises…, op. cit., p. 268-288 ; pour sa topographie sur La Ciotat, Cassis et leurs environs, AM, SRM 175, 1. La controverse à propos de la relation climat-maladies a été étudiée par Muriel Collart et Daniel Droixhe, « From anti-climatology to pre-inudstrial pollution. Retz, Ramel and the medical topographies before the French Revolution », Journal of Finnish Environmental History, vol. 6, no 1, 2016, p. 16-28.

30 AM, SRM 175, 1, p. 1.

31 À propos du crédit scientifique, Pierre-Yves Lacour, « Institutions, publications, réputations. La Société royale des sciences de Montpellier au xviiie siècle », habilitation à diriger des recherches soutenue le 28 mai 2024, 463 p.

32 AM, SRM 178, 15. Berre est une petite ville située au Nord de l’étang de Berre, qui porte son nom, et qui est situé sur le littoral méditerranéen. La circonférence de cet étang mesure presque 75 km, ce qui en fait le plus grand du royaume.

33 Ibid.

34 C’est en particulier le cas pour les correspondants de la Société royale des sciences de Montpellier.

35 Alexandre Forcade, Quelle influence…, op. cit., p. 3 et 4.

36 Joseph Amoreux, Topographie historique…, op. cit.

37 AM, SRM 175, 1.

38 « Sur les pierres. Et particulièrement celles de la mer », dans Histoire de l’Académie des sciences, Paris, Gabriel Martin, Jean-Baptiste Coignard fils, Louis Guerin, 1707, p. 5-7.

39 Laurence Brockliss et Colin Jones, The medical world of early modern France, op. cit., chap. 7-C.

40 Joseph Amoreux, Topographie historique…, op. cit., p. 25.

41 AM, SRM 175, 1.

42 À propos du corail et de son exploitation, sans que cet épisode soit étudié, Luca Lo Basso et Olivier Raveux (dir.), “Autour du corail rouge de Méditerranée. Hommes, savoirs et pratiques de la fin du Moyen Âge à nos jours”, Rives méditerranéennes, no 57, 2018.

43 « Méditerranées », Encyclopédie méthodique, vol. XI « Géographie physique », Paris, Agasse, 1811, p. 582-588.

44 Amoreux pour le Languedoc, Ramel pour La Ciotat.

45 Joseph Amoreux, Topographie historique…, op. cit., p. 59-61.

46 Robert, Mémoire sur la topographie physique et médicale de Malte, suivi de l’histoire des maladies qui ont régné dans cette ville parmi les troupes françaises, sur la fin de l’an 6, et pendant les années 7 et 8. Par le citoyen Robert, Médecin en chef des hôpitaux militaires de Malte, Paris, Didot l’aîné, An XI (1802), 84 p.

47 Selon Julien Edorm, « Les topographies médicales en Révolution. Une dynamique des stéréotypes entre science et politique », Hypothèses, vol. 1, 2017, p. 115-125.

48 AM, SRM 178, 1. On peut consulter la Carte des étangs de Berre, de Martigue et environs de Bellin, 1764, voir BnF, C&P, Ge DD 2987.

49 AM, SRM 182, 1, p. 11.

50 Alexandre Forcade, Quelle influence…, op. cit., p. 10.

51 Joseph Amoreux, Topographie historique…, op. cit., p. 27.

52 AM, SRM 182, 11, p. 4.

53 Ibid., p. 5.

54 Perpignan, Marseille, Aigues-Mortes.

55 Alain Corbin, Le territoire du vide. L’Occident et le désir de rivages (1740-1840), Paris, Flammarion, 1988.

56 Joseph Amoreux, Topographie historique…, op. cit., p. 5 et 16-20.

57 Honoré-Zénon Gensollen, Essai historique, topographique et médical sur la ville d’Hières, en Provence, avec un précis des troubles qui ont eu lieu dans cette ville en l’année 1815, Paris, Merquignon Marvis, 1820, p. 61.

58 Joseph Amoreux, Topographie historique…, op. cit., p. 60-61.

59 Déborah Cohen, La nature du peuple. Les formes de l’imaginaire social (xviiie-xxie siècle), Seyssel, Champ-Vallon, 2010.

60 François Louis-Claude Marin, Mémoire sur l’ancienne ville de Tauroentum. Histoire de la ville de La Ciotat. Mémoire sur le port de Marseille, Avignon-Paris-Marseille, Leclerc aîné-Jean Mossy-Sube & Laporte, 1782, p. 114 sq.

61 AM, SRM 175, p. 11.

62 Marc Dax, Mémoire pour servir à la topographie médicale d’Aigues-Mortes, Montpellier, Jean Martel, an VII, p. 12.

63 Joseph Amoreux, Topographie historique…, op. cit., p. 49.

64 Ibid., p. 49.

65 Alexandre Forcade, Quelle influence…, op. cit., p. 24.

66 AM, SRM 175, 1, p. 28.

67 Joseph Amoreux, Topographie historique…, op. cit., p. 49.

68 AM, SRM 175, 1, p. 25.

69 Ibid., p. 27.

70 Le café en Méditerranée. Histoire, Anthropologie, Économie (xviiie-xxe siècle), Aix-en-Provence, Institut de recherches méditerranéennes, Université de Provence, 1980.

71 AM, SRM 175, 1, p. 28.

72 Ibid., p. 34.

73 Ibid., p. 24-25.

74 Alexandre Forcade, Quelle influence…, op. cit., p. 25.

75 Marin, Mémoire sur l’ancienne ville de Tauroentum…, op. cit., p. 166.

76 AM, SRM 175, 1, p. 22.

77 Ibid., p. 23.

78 Ibid., p. 23.

79 François Jarrige et Thomas Le Roux, La contamination du monde. Une histoire des pollutions à l’âge industriel, Paris, Seuil, 2017, première partie.

80 Forcade Alexandre, Quelle influence…, op. cit., p. 19.

81 Sur cette question du déboisement et ses conséquences, on peut se reporter à la synthèse de Grégory Quenet, « L’environnement et ses savoirs », dans Stéphane van Damme (dir.), Histoire des sciences et des savoirs, vol. I « De la Renaissance aux Lumières », Paris, Seuil, 2015, p. 465-483.

82 Alexandre Forcade, Quelle influence…, op. cit., p. 16.

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Pour citer cet article

Référence papier

Nicolas Vidoni, « Santé et environnement méditerranéen : les topographies médicales dans le Sud de la France (1770-1830) »Cahiers de la Méditerranée, 111 | 2025, 149-164.

Référence électronique

Nicolas Vidoni, « Santé et environnement méditerranéen : les topographies médicales dans le Sud de la France (1770-1830) »Cahiers de la Méditerranée [En ligne], 111 | 2025, mis en ligne le 20 juillet 2026, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cdlm/19825 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16lo0

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Auteur

Nicolas Vidoni

Nicolas Vidoni, maître de conférences en histoire moderne à Aix-Marseille Université (UMR TELEMMe), il est spécialiste de l’histoire de la santé publique et de la gestion urbaine au xviiie siècle. Ses recherches portent principalement sur la gestion des épidémies, la police urbaine et les pratiques sanitaires en France. Il a publié plusieurs articles, dont « The Public’s Role in Vigilance against Plague and Political Authority in early Eighteenth-Century France » (2024) et « La police de Paris au siècle des Lumières » (2023). Il a également co-organisé des séminaires sur l’aménagement de l’espace urbain et la gestion des épidémies. Ses communications récentes incluent des interventions sur les topographies médicales du littoral méditerranéen et la police sanitaire à Montpellier au xviiie siècle.

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