« Un problème écologique délicat ». Les contaminations par les pesticides et les engrais en Méditerranée italienne dans la seconde moitié du xxe siècle1
Résumés
Au cours de la « Grande Accélération », la consommation de produits chimiques dans l’agriculture italienne a augmenté de manière significative tout au long de la seconde moitié du xxe siècle. L’utilisation massive de pesticides pour les cultures de fruits et légumes, ainsi que d’engrais pour le blé, le riz, le maïs et le soja, a entraîné une contamination généralisée des cours d’eau du nord au sud du pays. Cet article retrace l’histoire de la pollution agricole dans les eaux intérieures et marines en Italie, ainsi que les mesures adoptées par les institutions nationales et internationales pour lutter contre ces phénomènes polluants. La Méditerranée devient une région de coopération internationale dans le cadre du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, et plus particulièrement avec le Plan d’Action pour la Méditerranée (Plan Bleu) pour la protection de l’environnement marin méditerranéen.
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Introduction : agriculture chimique et pollution de l’eau dans l’espace méditerranéen de l’après-guerre
- 1 Traduit de l’italien par Simon Dolet.
- 2 John McNeill et Peter Engelke, The Great Acceleration : An Environmental History of the Anthropoce (...)
- 3 J. Donald Hughes, The Mediterranean. An environmental history, Santa Barbara, Denver, Oxford, ABC- (...)
1Depuis plus de vingt ans, les recherches en histoire environnementale attestent d’un impact humain sans précédent sur la biosphère depuis 1945, en raison, notamment, des transformations technologiques appliquées à l’agriculture productiviste2. Cette nouvelle relation entre société et environnement en Méditerranée mérite une attention particulière, tant en raison de l’intensité exceptionnelle de la croissance économique de la région depuis l’après-guerre que de la vulnérabilité du bassin face à la pollution. À ce sujet, J. Donald Hughes rappelait déjà que la configuration semi-fermée de cette mer explique le lent renouvellement de ses eaux, estimé à environ 80 ans3. La situation est d’autant plus « malheureuse » qu’elle réceptionne les effluents polluants transportés par les fleuves. Parmi les principales sources de pollution de la Méditerranée dans la seconde moitié du xxe siècle figurent donc les résidus de substances chimiques agricoles déversés dans les eaux marines, auxquels s’ajoutent les rejets urbains – analysés par Valerio Caruso dans sa contribution à ce dossier – et industriels. Ce phénomène de dégradation environnementale demeure pourtant l’un des moins étudiés par l’historiographie.
- 4 John McNeill, Qualcosa di nuovo sotto il sole. Storia dell’ambiente nel xx secolo, Turin, Einaudi, (...)
- 5 Laurent Herment, Le cultivateur et l’engrais. Une histoire de la chimisation de l’agriculture, Tou (...)
- 6 Ce processus désigne l’abandon progressif des pratiques traditionnelles de restauration de la fert (...)
- 7 Respectivement, Francesca Fauri, Il Piano Marshall e l’Italia, Bologne, Il Mulino, 2010, p. 169 ; (...)
2Dans la période d’après-guerre, les pays du bassin méditerranéen ont connu une transition rapide vers des méthodes agricoles industrielles, avec des variations selon les contextes nationaux. L’introduction progressive dans les sols d’intrants chimiques, comme les pesticides et les engrais, représente l’un des aspects écologiques les plus préoccupants de la « révolution agro-industrielle » contemporaine4. Débutant dès le xixe siècle5, le processus de « chimisation de l’agriculture » s’est accéléré à la fin des années 19406, sous l’effet des plans de soutien économique et des transferts de connaissances technologiques promus par les États-Unis, dans le cadre de la Révolution verte. L’Italie et la France figurent parmi les principaux pays euro-méditerranéens bénéficiaires des programmes d’industrialisation agricole liés au Plan Marshall, visant à intensifier la production7.
- 8 Bleuen Merrer, François Dedieu, Céline Pessis et Christophe Bonneuil, « Safer than in the USA ? Th (...)
- 9 V. Leoni, « Aspetti sanitari, tecnici e normativi dell’impiego di fitofarmaci in Italia », dans Co (...)
3Dans l’historiographie, l’utilisation massive de pesticides et d’engrais dans l’agriculture européenne a surtout suscité des questionnements sur les conséquences sanitaires en France et l’impact environnemental de l’industrialisation agricole en Espagne8, tandis que l’Italie est davantage restée en retrait. Pourtant, la consommation de produits chimiques dans la péninsule italienne a considérablement augmenté à partir des années 1950. L’essor des rendements agricoles y a été soutenu par un recours massif aux produits chimiques : la consommation d’engrais est passée de 25,3 millions de quintaux en 1951 à 55,4 millions en 1987, tandis que la quantité de pesticides utilisés a atteint un pic record de 183 millions de kilos en 1976, représentant l’un des indices de consommation « parmi les plus élevés au monde » en proportion de la surface agricole9.
- 10 Peregrine Horden et Nicholas Purcell, The Corrupting Sea : A study of Mediterranean history, Oxfor (...)
4Cet article propose une première reconstitution des études menées par des autorités publiques sur la pollution de la mer Méditerranée italienne par les pesticides et engrais chimiques d’origine agricole. Ces recherches ont d’abord été conduites en Italie par des instituts universitaires spécialisés en hygiène publique et environnementale, ainsi que par des organismes publics comme le Consiglio Nazionale delle Ricerche (CNR) ou l’Agence nationale pour l’énergie nucléaire et les énergies alternatives. Cette diversité s’explique par la fragmentation des institutions italiennes compétentes en matière environnementale, en l’absence d’un ministère dédié jusqu’en 1986. Des acteurs internationaux analysent aussi ces eaux méditerranéennes, en premier lieu au nom de la Communauté économique européenne (CEE) et du Programme des Nations unies pour l’environnement, particulièrement actif dans la coopération en Méditerranée dès le début des années 1970. L’attention portée à l’Italie s’explique à la fois par la disponibilité des sources et par la thèse d’Horden et Purcell selon laquelle le bassin méditerranéen constitue un espace morcelé. Ces derniers précisent également que l’environnement peut servir de fondement à une vision unifiée de cet espace dans le cadre des politiques internationales, comme le « Plan d’action pour la Méditerranée » de 197510. Ainsi, dès que possible, ce contexte national est replacé dans une perspective régionale, en prenant en compte les actions menées par des organisations comme la CEE et l’ONU pour étudier et combattre cette pollution agrochimique. L’objectif est donc d’écrire l’histoire de l’intégration de cette problématique dans l’agenda environnemental italien, européen et méditerranéen.
Les premières enquêtes sur la pollution marine en Méditerranée italienne dans les années 1960
- 11 Par exemple, l’Académie des Lincei organise à Rome un colloque sur le lien entre pesticides et équ (...)
- 12 Sur l’importance de ce livre dans l’histoire de l’« environnementalisme » politique : Thomas R. Du (...)
- 13 Amalia Ribi Forclaz et Corinna Unger, « Progress versus precaution : international organizations a (...)
5Amorcé en Italie à partir des années 1950, le débat scientifique sur la toxicité de certains composés chimiques utilisés en agriculture s’intensifie au cours de la décennie suivante, notamment sous l’effet du retentissement médiatique provoqué par la publication en 1962 de Silent Spring 11. Dans ce célèbre ouvrage, la biologiste américaine Rachel Carson dénonce les effets délétères des insecticides sur la faune et sur l’environnement12. La communauté scientifique italienne et internationale a alors porté son attention sur les risques posés par les nouveaux pesticides de synthèse, développés à des fins militaires durant la seconde guerre mondiale. Les préoccupations se concentrent d’abord sur les risques toxicologiques liés aux résidus persistants de ces substances dans les fruits et légumes traités chimiquement13.
- 14 Pour une étude sur la dangerosité environnementale des pesticides organochlorés produite par le mi (...)
- 15 José Ramón Bertomeu-Sánchez, « Introduction. Pesticides : Past and Present », HoST-Journal of Hist (...)
6À la fin des années 1960, des preuves scientifiques confirment que les pesticides dits organochlorés – avec un ou plusieurs atomes de chlore dans leur structure, appartenant à la catégorie des « polluants organiques persistants » (POPs), principalement utilisés comme insecticides – présentent une forte persistance dans l’environnement, ainsi qu’une capacité d’accumulation élevée dans les eaux14. Des centres de recherche lancent alors les premières études visant à identifier la présence de ces produits chimiques dans les rivières et les mers italiennes. Les toxicologues analysent notamment plusieurs organochlorés – dichlorodiphényltrichloroéthane (DDT), aldrine, dieldrine… –, des polluants qui s’accumulent durablement dans les graisses des animaux, les eaux et les sols, devenant ainsi des vecteurs d’intoxications alimentaires et des facteurs majeurs de contamination environnementale15.
- 16 Simone Neri Serneri, Incorporare la natura. Storie ambientali del Novecento, Rome, Carocci, 2005, (...)
- 17 Salvatore Romeo, L’altra faccia del benessere. Una storia ambientale nell’Italia contemporanea (19 (...)
7Ces premières recherches en Italie s’inscrivent plus généralement dans un débat politique et public sur la planification et la rationalisation de l’utilisation de l’eau, dans le contexte de la croissance démographique et économique des années 1960. La rareté croissante des ressources hydriques, observée durant le « miracle économique » italien, est aggravée par la pollution des eaux fluviales et souterraines à l’échelle nationale, un phénomène que l’historiographie considère comme la « conséquence [environnementale] la plus visible et la plus néfaste » de ce « miracle »16. Les agences publiques italiennes chargées du contrôle de la pollution des eaux manquent toutefois des moyens nécessaires pour répondre aux urgences écologiques, notamment dans les zones d’agriculture intensive où l’usage des pesticides et des engrais chimiques se développe rapidement. Pour améliorer les connaissances sur ces pollutions, les autorités politiques lancent deux enquêtes nationales sur la contamination de l’eau : en 1968, le Sénat organise une Conferenza nazionale delle acque, puis l’année suivante la Chambre des députés crée un comité d’étude sur « la protection des ressources hydriques et la lutte contre la pollution »17.
- 18 Giovanni Marini-Bettolo, « Effetti sulla salute dei vari fattori dell’inquinamento ambientale », d (...)
- 19 Conferenza nazionale delle acque, Senato della Repubblica (dir.), I problemi delle acque in Italia (...)
8Durant ces travaux de 1968 et de 1969, mais aussi lors des discussions de la première commission parlementaire du Sénat dédiée aux « Problèmes écologiques » en 1971, plusieurs scientifiques italiens expriment leurs préoccupations quant aux risques environnementaux des pesticides organochlorés. Giovanni Marini-Bettolo, directeur de l’Istituto Superiore di Sanità, rattaché au ministère de la Santé, y qualifie l’accumulation de pesticides persistants dans les eaux de « l’un des points les plus délicats du problème écologique »18, pour lequel aucune solution satisfaisante n’a encore été trouvée. Roberto Passino, directeur de l’Istituto di Ricerca sulle Acque du Consiglio Nazionale delle Ricerche (IRSA-CNR), partage cette inquiétude et ajoute que pour limiter la contamination des ressources hydriques par les pesticides, il est nécessaire d’agir « à titre préventif, dans le sens d’un contrôle de la nature des produits à utiliser dans l’agriculture »19.
- 20 Giovanni Mannelli, « L’impiego dei pesticidi in Italia », dans Unione Nazionale Chimici Italiani ( (...)
- 21 Stefano Kanitz, « Sulla presenza dei residui di antiparassitari organici clorurati di sintesi nell (...)
9Les enquêtes menées par ces scientifiques examinent en priorité la concentration en DDT, l’insecticide organochloré le plus connu en Italie. Il est d’abord utilisé après la guerre pour éradiquer le paludisme, donc hors du monde agricole. La consommation triple entre 1958 et 1969, passant de 7 000 à 22 000 quintaux20. Les deux premières études sont menées entre 1966 et 1968 par l’Istituto di Igiene de l’université de Gênes, sur les fleuves Bisagno et Polcevera, sur les eaux marines côtières du nord de la mer Tyrrhénienne et sur des échantillons de moules prélevés directement dans des élevages situés sur les côtes tyrrhénienne et adriatique. Des résidus de pesticides chlorés sont détectés dans tous les échantillons d’eaux fluviales analysés. Des traces de DDT sont retrouvées dans plus de 50 % des échantillons d’eaux marines, avec une concentration moyenne de 68 parties par milliard (ppb), et dans 83 % des moules analysées, avec des mesures maximales de 113 ppb. Les chercheurs génois confirment ainsi l’existence d’une pollution environnementale et exhortent les autorités compétentes à surveiller les zones côtières recevant les cours d’eau issus des régions agricoles soumises à des traitements chimiques21.
- 22 Vittorio Del Vecchio, V. Leoni et G. Puccetti, « La contaminazione da pesticidi dei principali bac (...)
10Entre 1968 et 1969, ces études par échantillonnage se consolident grâce à des travaux plus systématiques sur les principaux bassins hydrographiques italiens. Le projet le plus complet est piloté par l’Istituto di Igiene de l’université de Rome, en collaboration avec l’IRSA-CNR, sur les bassins de l’Arno, du Flumendosa, de l’Ofanto, du Piave, du Pô, du Reno, du Salso, du Simeto, du Tibre, du Tessin, du Tirso, du Volturno, ainsi que sur les lacs de Bracciano et de Garde. Cette recherche confirme la présence de pollution par pesticides chlorés dans tous les échantillons d’eau analysés, et tous contiennent des résidus de DDT. Cette étude conclut que les niveaux de pesticides détectés atteignent une limite critique pour la faune aquatique22.
- 23 Livio Zanotti, « Proibito usare il DDT in Italia perché sembra provochi il cancro », La Stampa, 20 (...)
- 24 V. Leoni, « Aspetti sanitari… », art. cit., p. 111-112.
11Alors que l’intérêt des scientifiques italiens pour les pesticides organochlorés s’intensifie, les autorités sanitaires américaines bannissent le DDT en raison de sa nature cancérigène. La nouvelle arrive en Italie à l’automne 1969. En attendant les résultats d’une étude de l’Istituto Superiore di Sanità sur les conséquences de l’utilisation de cet insecticide pour la santé humaine, le gouvernement italien décide de limiter son usage à certains traitements agricoles pendant des périodes spécifiques de l’année. Il est désormais interdit à l’usage domestique et pour la désinfection des cours d’eau, une pratique encore répandue en Italie à la fin des années 196023. À cela s’ajoutent des interdictions et des restrictions sur l’emploi de formulations chimiques jugées dangereuses. Entre décembre 1967 et le 11 octobre 1978, date du bannissement définitif du DDT, le ministère de la Santé publie 19 décrets interdisant une vaste gamme de pesticides organochlorés24.
- 25 OMS, International standards for Drinking-Water, Genève, WHO, 1971, p. 34-35.
12Cette politique restrictive du gouvernement italien est également influencée par les évaluations toxicologiques menées à l’échelle internationale sur les pesticides commercialisés. Ces recherches sont réalisées par un comité d’experts de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) à partir de 1961. Son but est d’établir les « doses journalières admissibles », c’est-à-dire les seuils d’exposition jugés sans risque notable pour la santé à long terme. Bien que les États disposent de normes internationales communes, l’OMS alerte en 1971 sur l’absence de centres nationaux d’analyse des résidus de pesticides dans l’eau potable, ce qui ralentit le système de surveillance et de prévention contre la contamination par les produits phytosanitaires25.
- 26 Tecneco, Prima relazione sulla situazione ambientale del Paese : rapporto del Comitato scientifico(...)
13L’Italie ne fait pas exception. En 1974, l’agence de recherche Tecneco, mandatée par le ministère de la Recherche scientifique pour rédiger la « première étude sur la situation environnementale du pays », dresse une cartographie des « zones d’agriculture intensive » exposées à la pollution, incluant la plaine du Pô et une grande partie des zones côtières du Centre-Sud. Ce rapport dénonce la longue négligence des pouvoirs publics sur la contamination environnementale causée par les pesticides et les engrais. Il avertit aussi que les études par échantillonnage menées jusque-là – qualifiées de « occasionnelles et sporadiques » – ne permettent pas d’évaluer de manière fiable l’ampleur réelle de la pollution agricole, notamment en raison de l’absence de méthodologies standardisées à l’échelle nationale. Cette carence de données expérimentales concerne particulièrement le Sud, où la culture des agrumes et des légumes nécessite un fort usage de pesticides26.
- 27 Commission de la CEE, European Colloquium : Problems raided by the contamination of man and his en (...)
14Les enjeux liés aux produits phytosanitaires suscitent également l’intérêt croissant de la CEE. En novembre 1972, la « Direction pour la protection de la santé » crée un groupe de travail sur les « conséquences de la pollution environnementale par les composés organohalogénés persistants pour l’homme et son environnement », parmi lesquels figurent les pesticides organochlorés. Après avoir recueilli des données sur la période 1968-1972, ce groupe d’experts propose des recommandations à la CEE sur les niveaux de contamination des pesticides persistants dans l’eau, les sols et les aliments, en vue de l’élaboration du « Premier programme d’action environnementale ». Présentés lors d’un colloque au Luxembourg en 1974, les résultats de cette synthèse à l’échelle européenne confirment la présence généralisée d’« un large spectre de résidus de pesticides » organochlorés (dieldrine, DDT, aldrine, HCB, lindane, BHC), avec des études de terrain sur les eaux fluviales italiennes et sur la mer Méditerranée27.
- 28 Ibid., p. 630 : « una migliore organizzazione coordinata del monitoraggio dei composti organocloru (...)
15Dans le document final de ce colloque européen est réaffirmée l’urgence d’« une meilleure coordination du suivi des composés organochlorés dans l’environnement »28. Cette ambition a également été exprimée lors de diverses rencontres internationales consacrées à la situation écologique préoccupante du bassin méditerranéen. L’un des obstacles majeurs à la mise en œuvre de politiques de protection de l’écosystème marin est l’absence d’agences supranationales chargées d’évaluer l’impact environnemental des secteurs productifs, dont l’agriculture.
La question phytosanitaire et la coopération internationale pour la protection environnementale de la Méditerranée dans les années 1970
- 29 Les stations de mesure ont été installées le long de la côte méditerranéenne à Castellon, Barcelon (...)
- 30 R. N. Dexter et S. P. Pavlou, « Chlorinated hydrocarbons in sediments from southern Greece », Mari (...)
- 31 M. Marchand, D. Vas et E. K. Duursma, « Levels of PCBs and DDTs in mussels from the northwestern M (...)
16La conscience de la pollution en Méditerranée s’est renforcée au sein des autorités nationales et des institutions internationales au début des années 1970. Plusieurs enquêtes sur la présence de pesticides organochlorés ont été menées dans différentes régions du bassin méditerranéen de 1972 à 1974 et n’ont pas donné de résultats rassurants. Par exemple, la concentration en hydrocarbures chlorés est de trois à dix fois supérieure sur la côte méditerranéenne ibérique que dans la zone atlantique-cantabrique29. Au large du golfe de Saronikos, au sud de la Grèce, la présence des POPs, dont le DDT, a confirmé le « transport diffusif de matériaux contaminés » par les fleuves de l’Attique vers la mer30. Enfin, entre 1973 et 1974, le musée océanographique de Monaco a identifié des quantités importantes de DDT dans des moules prélevées dans la zone côtière le long de la frontière franco-italienne, notamment au large de San Remo, une zone floricole à fort usage de produits phytosanitaires. La concentration de cet insecticide entre 50 et 10 000 ppb indique un niveau « important » de contamination en Méditerranée nord-occidentale par rapport à d’autres espaces marins31. Malgré ces résultats, les actions de surveillance demeurent déconnectées les unes des autres, menées par des instituts de recherche nationaux avec des initiatives d’études isolées.
- 32 Atti della Conferenza interparlamentare dei paesi costieri sulla lotta all’inquinamento del mar Me (...)
- 33 Ibid., p. 52.
17Les institutions italiennes jouent un rôle important dans la coordination pour la protection de l’environnement en Méditerranée. Dès 1971, le Comitato di studi sulla tutela delle acque de la Chambre des députés a entamé un dialogue avec les parlements des autres pays riverains. Un premier colloque interparlementaire est organisé à Rome sur la pollution de l’eau, visant à élaborer des propositions pour une législation communautaire. L’année suivante, une rencontre italo-yougoslave a lieu sur la pollution de la mer Adriatique. Ce cycle se conclut par la Conférence de Helsinki de 1973 sur la coopération et la sécurité européenne. Les États participants s’y engagent à convoquer l’année suivante à Rome une conférence des pays côtiers de la Méditerranée sous l’égide du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (UNEP). Au printemps 1974, les délégations de onze pays méditerranéens et d’importantes organisations internationales comme la CEE, la FAO, et évidemment les Nations Unies, se réunissent à Rome. Le but est de discuter de l’inadéquation « d’une solution unilatérale et isolée au niveau national des problèmes liés aux eaux de la mer Méditerranée », comme l’affirme en ouverture le député Gianfranco Merli, président du comité parlementaire d’étude sur les eaux et futur rédacteur de la première loi de protection des ressources en eau en Italie32. Au cours de cette rencontre, plusieurs études scientifiques alertent les décideurs sur la dangerosité des pesticides organochlorés : des résidus de pesticides ont été détectés dans toutes les études menées en Méditerranée, mais les données restent insuffisantes pour évaluer précisément l’ampleur des rejets chimiques venus des eaux intérieures33.
- 34 J. Donald Hughes, The Mediterranean…, op. cit., p. 160.
18La conférence de Rome plaide donc pour l’harmonisation des législations nationales sur la protection des écosystèmes marins. Elle trace la voie pour l’élaboration du « Plan d’Action pour la Méditerranée » (Plan Bleu, ou Mediterranean Action Plan en anglais), négocié en 1975 par tous les États côtiers de la Méditerranée, à l’exception de l’Albanie qui y adhère par la suite. Ce Plan Bleu est formalisé l’année suivante par la Convention de Barcelone pour la protection de la mer Méditerranée. Il est considéré comme l’un des résultats les plus importants obtenus « par la diplomatie environnementale internationale au niveau gouvernemental » sur les problèmes de pollution34. Il est intégré dans la structure de l’UNEP et doté d’une composante scientifique et technique – le « Programme de surveillance et de recherche sur la pollution marine en Méditerranée » (MED POL) – dont l’objectif est de collecter des informations sur les sources, les concentrations et les effets des polluants présents dans la région.
- 35 Richard Helmer, « Pollutants from Land-Based Sources in the Mediterranean », Ambio, vol. 6, no 6, (...)
- 36 United Nation Environmental Program (UNEP), Co-ordinated Mediterranean Pollution Monitoring and Re (...)
- 37 Des échantillons ont néanmoins été collectés à partir de 122 stations de surveillance. Joan Albaig (...)
- 38 Marinos Yeroulanos, « The Mediterranean Action Plan : a success story in international cooperation(...)
- 39 J. Donald Hughes, The Mediterranean…, op. cit., p. 161.
19En 1977, avant même que les deux premiers protocoles approuvés par la Convention de Barcelone ne soient ratifiés et entrent en vigueur, les premières estimations du flux annuel de pesticides organochlorés transportés par les rivières dans la Méditerranée – évalué à 90 tonnes – sont publiées dans un numéro spécial de la revue Ambio sur l’état écologique du bassin. Ces premières recherches s’inscrivent dans la continuité du premier rapport publié en 1972 sur l’état de pollution de la région méditerranéenne, produit par la Commission générale des pêches en Méditerranée de la FAO en collaboration avec la Commission internationale pour l’exploration scientifique de la Méditerranée35. Bien que louable, ce rapport a été jugé par l’UNEP trop peu précis pour répondre aux besoins d’identification des polluants spécifiques présents en Méditerranée, pour ensuite développer des stratégies efficaces de lutte contre la contamination. Pour cette raison, l’agence de l’ONU a présenté sept projets de recherche MED POL, approuvés par la Convention de Barcelone, dont le troisième est entièrement dédié à la détermination des niveaux de polychlorobiphényles (PCB) et des organochlorés en Méditerranée, ainsi qu’aux risques qu’ils posent pour les écosystèmes marins36. Durant la première phase des activités de MED POL, de 1975 à 1980, le programme s’est concentré en priorité sur l’amélioration des capacités de surveillance technique de la plupart des pays méditerranéens. Cette phase n’a donc pas permis de recueillir une quantité significative de données pour fournir une évaluation fiable du degré et de l’étendue des phénomènes de pollution37. Le renforcement des initiatives de contrôle s’est concrétisé après la ratification, intervenue à Athènes en mai 1980, d’un nouveau protocole « pour la protection de la mer Méditerranée contre la pollution d’origine terrestre ». Comme l’avait déjà souligné le premier rapport de 1972, les émissions polluantes générées sur les terres et transportées en mer par les cours d’eau sont quantitativement les plus importantes38. Le protocole d’Athènes inscrit donc les produits chimiques utilisés en agriculture parmi les principaux vecteurs de contamination chimique. Il indique les substances à surveiller et accélère le processus de définition des niveaux maximaux de concentration admissibles des polluants à l’échelle méditerranéenne. Il promeut enfin l’assistance aux pays en développement pour renforcer leurs structures techniques39.
- 40 Giovanni Maria Pace, « Troppo mercurio nei fondali », Corriere della Sera, 29 ottobre 1975, p. 6 : (...)
- 41 IRSA-CNR, Indagine sulla qualità delle acque del fiume Po, Rome, CNR, 1977, p. 601.
- 42 IRSA-CNR, Il problema dell’eutrofizzazione in Italia, Rome, CNR, 1978, p. 38-43.
- 43 Giorgio Ferrari et Giorgio Morandi, « Genesi dei carichi agricoli e loro riduzione », dans Atti de (...)
- 44 Gianfranco Amendola et Claudio Botré, Italia inquinata, Rome, Editori riuniti, 1978, p. 33-57.
20Malgré la rapidité de mise en place de ces projets de coopération internationale en Méditerranée, la pollution en pesticides et en engrais sur les côtes italiennes n’a pas diminué dans les années 1970. Deux études menées en 1975, l’une par l’Istituto di Igiene de l’université de Trieste sur la mer Adriatique septentrionale, l’autre par l’université de Sienne sur la mer Tyrrhénienne toscane, ont montré que le taux de mercure et de pesticides organochlorés, comme la dieldrine, dans les produits de la pêche avait atteint « une limite qui ne peut plus être dépassée »40. La prolifération d’algue associée provoque une saturation de l’oxygène présent dans l’eau et la mort par asphyxie de milliers de poissons. La région côtière du pays la plus touchée par ces pollutions est l’Adriatique septentrionale, qui subit une « pollution chronique » en recevant les effluents de l’agriculture chimique et de l’élevage intensif transportés par le fleuve Po41. En 1978, l’IRSA-CNR publie la première analyse systématique consacrée à la pollution chimico-agricole dans les eaux côtières italiennes. Les chercheurs estiment que l’Adriatique septentrionale reçoit 48 % de la charge nationale de phosphore déversé dans la Méditerranée, un chiffre qui reflète la concentration de 42 % de cette charge polluante dans les régions de culture intensive, c’est-à-dire le Piémont, la Lombardie, la Vénétie et l’Émilie-Romagne42. Selon des estimations publiées à la fin des années 1970, les activités agricoles et zootechniques contribuent à l’introduction dans l’environnement de 30 à 35 % de l’ensemble du phosphore utilisé en Italie et de 35 à 55 % de l’azote, devenant des responsables majeures de l’augmentation de l’eutrophisation, l’enrichissement excessif en nutriments entraînant une prolifération d’algues43. Dès lors, sachant que cette contamination provient du ruissellement des substances toxiques pulvérisées sur les sols, phénomène « incontrôlable », l’encadrement normatif ne pouvait se traduire que par une réduction de l’utilisation des substances agro-chimiques44.
- 45 Ministero dell’Agricoltura e delle Foreste [MAF], Lotta biologica integrata in agricoltura, Rome, (...)
- 46 Roberto Fanfani, L’agricoltura in Italia, Bologne, Il Mulino, 1998, p. 123 : « venute alla ribalta (...)
21Malgré les efforts de coopération en matière de surveillance environnementale, les institutions nationales et communautaires n’ont pas apporté, dans les années 1970, un soutien suffisant aux modèles agricoles durables et alternatifs aux traitements chimiques intensifs. En l’absence de révisions structurelles des politiques phytopathologiques, l’Italie est restée un pays « à agriculture à forte pression toxicologique »45, comme l’a affirmé le ministère de l’Agriculture en 1982. C’est précisément dans les années 1980 que le paradigme agro-industriel soutenant l’agriculture italienne depuis la fin des années 1940 entre en crise à la suite de graves conflits environnementaux « mis en lumière par des urgences souvent dramatiques » du nord au sud du pays46.
Des années 1980 au xxie siècle : la difficile réduction des charges polluantes
- 47 Tecnagro, L’impiego dei prodotti chimici in agricoltura…, op. cit., p. 154.
- 48 R. De Simone, V. Massimino et S. Monda, « I microinquinanti organici : PAH, PCBs e pesticidi cloro (...)
- 49 R. De Simone et U. Massimino, « Idrocarburi policiclici aromatici ed organoclorurati nei sedimenti (...)
22Dans la première moitié des années 1980, l’Agenzia nazionale per l’Energia Nucleare e le Energie Alternative (ENEA) – fondée en 1981 pour étudier l’énergie nucléaire, mais aussi les énergies renouvelables et la pollution environnementale – publie les premiers rapports sur la présence de pesticides chlorés dans les eaux tyrrhéniennes et adriatiques du sud de l’Italie. Les plaines de ces régions, jusque-là peu étudiées, utilisaient pourtant plus de produits phytosanitaires par hectare que le nord et le centre de l’Italie47. Menée sur la côte entre le Latium et la Campanie, la première enquête détecte plusieurs composés – aldrine, DDT, dieldrine, DDE, DDD, BHC – avec des résidus peu élevés, atteignant un maximum de 16 ppb près des embouchures des fleuves Volturno et du Garigliano. Elle détecte cependant l’utilisation persistante en agriculture de produits interdits depuis plusieurs années par la législation italienne, comme le DDT et l’aldrine48. La situation sur les côtes des Pouilles est bien plus préoccupante, avec une concentration moyenne de résidus de pesticides organochlorés atteignant 975 ppb. Le pic est même de 1 250 ppb le long de la côte de la mer Ionienne de la province de Lecce. Les niveaux de pesticides sur la plateforme côtière des Pouilles – qui concentrent à elles seules un tiers de la consommation d’insecticides du sud de l’Italie – sont environ vingt fois plus élevés que dans d’autres zones côtières méditerranéennes49.
- 50 Francesca Tellone, Ambiente e stampa. Vent’anni di articoli sulla stampa nazionale e analisi dei 4 (...)
- 51 Ministero dell’Ambiente, Relazione sullo stato dell’ambiente, Rome, Istituto poligrafico dello Sta (...)
23L’inquiétude liée à la contamination chimique des eaux internes et marines proches des zones d’agriculture intensive reste limitée à des cercles restreints en Italie jusqu’en 1986, lorsqu’une nouvelle catastrophe environnementale frappe la plaine du Pô. Le réseau d’approvisionnement en eau potable desservant deux millions de personnes vivant dans 326 communes du Piémont, de la Lombardie, de la Vénétie, du Frioul-Vénétie Julienne, de l’Émilie-Romagne et des Marches, s’avère contaminé par l’infiltration d’herbicides – l’atrazine, le molinate, la bentazone et la simazine – dans les nappes phréatiques50. Ces produits y sont trouvés à des concentrations supérieures aux limites maximales fixées par le règlement CEE no 778 de 1980, définissant les critères de qualité des eaux destinées à la consommation humaine51. Le gouvernement italien alloue alors plusieurs milliards de lires pour l’amélioration des stations d’épuration afin de décontaminer les eaux potables, en plus d’envoyer des moyens d’urgence pour approvisionner la population en eau.
- 52 Pierangelo Sapegno, « Palude per 50 chilometri, poi il mare. È disastro ecologico nell’Adriatico : (...)
- 53 Archivio Centrale dello Stato, Ministero dell’Interno, Gabinetto, Archivio Generale, Fascicoli cor (...)
- 54 Joze Stirn, « Eutrophication in the Mediterranean Sea », dans Unesco (dir.), Eutrophication in the (...)
24Durant les mêmes années, l’eutrophisation – la prolifération des algues – est avérée dans tout l’écosystème du bassin de l’Adriatique septentrionale. Dans les années 1980, à la suite de plusieurs épisodes de mortalité piscicole provoqués par le développement de l’algue Gonyaulax, responsable d’asphyxies massives, les opérateurs touristiques de la côte de Romagne organisent des manifestations en raison des lourdes répercussions économiques sur le tourisme balnéaire de la région52. Ils demandent notamment aux institutions l’« ajustement et la réduction des phosphates dans les engrais chimiques utilisés en agriculture »53. En 1987, lors d’un colloque organisé par la région d’Émilie-Romagne en collaboration avec l’UNESCO, il a été établi que seuls 30 % des nutriments rejetés en mer au large de la Romagne provenaient des eaux urbaines et industrielles, le reste résultant du ruissellement des terres agricoles traitées aux engrais chimiques54. En réponse à cette urgence, le gouvernement italien crée l’Autorità per l’Adriatico par la loi no 57 de 1990. Cet organisme coordonne les recherches et expérimentations menées par les ministères et instituts publics pour la protection de la mer.
- 55 MAF, Il Piano nazionale di lotta fitopatologica integrata, Rome, ISMEA, 1987, p. 11-12.
- 56 Commission de la CEE, Il futuro del mondo rurale. Comunicazione della Commissione al Consiglio e P (...)
- 57 Règlement (CEE) n. 2078/92 du Conseil du 30 juin 1992 à propos des « metodi di produzione agricola (...)
25Les urgences écologiques et la croissance de l’influence de l’écologisme politique en Italie incitent le ministère de l’Agriculture à élaborer en 1987 le « plan national de lutte phytopathologique intégrée ». Ce programme rompt avec l’approche productiviste dominante et fait de l’adoption de méthodes de lutte alternatives aux produits chimiques son objectif principal55. Au niveau européen, la CEE dépasse également le paradigme de développement contenu dans la PAC, en appelant dans le document sur l’avenir du monde rural de 1988 à l’adoption de « mesures visant à favoriser l’adaptation à des formes d’agriculture utilisant moins de produits chimiques »56. Suivant cette ligne directrice, les institutions communautaires prennent deux mesures importantes pour surveiller et limiter l’impact de la pollution agro-chimique. Alors qu’avec la directive no 676 de 1991, la CEE met en place un programme de lutte contre la pollution de l’eau causée par les nitrates d’origine agricole, et avec le Règlement no 2078 de l’année suivante, les institutions communautaires poussent les agriculteurs à la conversion de leur production vers des méthodes biologiques57.
- 58 Istituto nazionale di economia agraria, Le misure agroambientali in Italia. Analisi e valutazione (...)
- 59 Legambiente, Ambiente Italia 1998 : rapporto sullo stato del Paese e analisi del ciclo delle acque(...)
- 60 Ministero dell’Ambiente, Servizio Difesa del mare, Qualità degli ambienti marini costieri italiani (...)
26Les pratiques d’agriculture biologique en Italie connaissent une expansion notable de 1994 à 1997, impliquant 17 405 exploitations pour une superficie de 311 000 hectares58. Malgré cela, le ministre de l’Environnement, Edoardo Ronchi, déclare en 1998 que la pollution chimique des eaux est restée encore élevée, en raison notamment de la faible adhésion à la directive communautaire des exploitations situées dans les régions où l’usage des pesticides est le plus élevé59. En réponse, ce ministère inclut les pesticides organochlorés parmi les substances à surveiller dans la première enquête nationale sur la qualité des environnements marins côtiers, menée entre 1996 et 1999. Vingt ans après l’interdiction gouvernementale, des résidus de DDT continuent d’être retrouvés dans de nombreuses stations de surveillance de l’Adriatique et de la mer Tyrrhénienne, avec des concentrations moyennes indiquant une contamination des milieux marins causée par le drainage des effluents des eaux intérieures60.
- 61 L’Espagne a contribué à la base de données MEDPOL dans les années 1980, au début du programme, mai (...)
- 62 Pour les données : Anna Gomez-Gutierrez, Eva Garnacho, Josep M. Bayona et Joan Albaiges, « Assessm (...)
- 63 Joan Albaigés, Persistent organic pollutant…, op. cit., p. 94-143.
27Alors que le système national de contrôle de la qualité des eaux marines italiennes a été progressivement renforcé dans les années 1980 et 1990, à l’échelle méditerranéenne l’évolution des activités de surveillance prévues par les protocoles MED POL progresse lentement. En effet, la moitié des pays adhérant au Plan Bleu n’applique pas les programmes prévus par la deuxième phase du MED POL (1981-1995)61, sans encourir de sanctions en raison de l’absence de mécanismes contraignants de mise en œuvre. Ainsi, la portée des données publiées jusqu’à la fin des années 1980 reste limitée et ne peut fournir d’indications significatives à l’échelle méditerranéenne. Cette situation s’améliore progressivement au cours de la troisième phase du MED POL (1996-2005), devenue opérationnelle en 2000. Le programme entreprend une enquête approfondie sur les niveaux de contamination dans les « points chauds », les zones les plus exposées à la pollution, dotées de stations de surveillance fixes le long des côtes. En comparant les données collectées dans la base de données MED POL depuis 1977 avec les résultats des recherches menées dans les années 1990, l’UNEP observe une diminution générale des niveaux de contamination par le DDT et les PCB en mer62. L’agence internationale note que les données disponibles proviennent d’études ponctuelles, liées à des épisodes spécifiques, avec une collecte chimique et une couverture géographique et temporelle inégales. Là où la France et l’Italie se sont dotées d’un réseau de surveillance systématique, ces dispositifs de contrôle sont inexistants dans de nombreux pays de la rive Sud et Sud-Est du bassin méditerranéen63.
- 64 Aldrin, Chlordane, DDT, Dieldrin, Endrin, Heptachlor, Hexachlorobenzene, Mirex et Toxaphene. UNEP, (...)
- 65 John McNeill, Qualcosa di nuovo sotto il sole…, op. cit., p. 184.
28L’évaluation des trente premières années du MED POL dans la lutte contre cette pollution est complexe. L’initiative de l’UNEP est louable en ce qu’elle incite les États à interdire la production et l’utilisation de douze substances chimiques parmi les POPs, dont neuf pesticides chlorés, avec la Convention de Stockholm de 200164. MED POL introduit également des méthodes communes pour l’analyse des contaminants, permettant ainsi la comparaison des connaissances à l’échelle méditerranéenne et incitant les États membres du Plan Bleu à améliorer leurs politiques environnementales. Cependant, dans sa phase de mise en œuvre, l’efficacité de ces programmes est affaiblie par le faible engagement de certains pays participants. L’appréciation émise à ce sujet par l’historien John McNeill, fondée sur le travail accompli par le programme MED POL, peut être partagée : l’application des protocoles adoptés par le Plan Bleu pour limiter la pollution « laissait un peu à désirer », mais, sans la coopération environnementale internationale, la Méditerranée aurait été « énormément plus polluée »65.
Conclusion : les défis pour une agriculture durable dans le bassin méditerranéen
29Les problématiques liées aux relations qui ont émergé après la seconde guerre mondiale entre la production agricole intensive et la protection des écosystèmes marins dans la région méditerranéenne, reconstruites sous un angle historique dans cet article, restent encore aujourd’hui centrales dans le cadre de la coopération environnementale internationale. Les propositions visant à réduire la charge polluante causée par les produits agrochimiques, présentées par certains organismes internationaux, dont l’Union européenne, ainsi que le parcours complexe qui caractérise actuellement l’application des politiques vertes en agriculture, montrent que bon nombre de ces enjeux environnementaux restent encore non résolus.
- 66 Gabriella Corona, L’Italia dell’Antropocene…, op. cit., p. 18.
- 67 Istituto Nazionale per la Protezione e la Ricerca Ambientale, Rapporto nazionale pesticidi nelle a (...)
30En continuité avec le processus entamé dans les années 1990, l’Italie est l’un des premiers pays de l’UE en termes de superficie agricole cultivée selon des pratiques biologiques, 14,4 % de la surface agricole totale66. Toutefois, la consommation de pesticides reste élevée, comme le montre le réseau national de surveillance des résidus de ces substances dans les eaux, qui a été encore optimisé et a montré une augmentation de ces produits chimiques, co-responsables de la dégradation de la qualité des masses d’eau italiennes. L’Istituto Nazionale per la Protezione e la Ricerca Ambientale (ISPRA) a constaté « une large diffusion de la présence de pesticides » dans son dernier rapport relatif à la période 2019-2020 sur la qualité des eaux. Des résidus de produits phytosanitaires ont été retrouvés dans 55,1 % des points de surveillance des eaux superficielles et dans 23,3 % des points étudiés dans les eaux souterraines67.
- 68 ISPRA, Relazione ex art. 10 della direttiva 91/676/CEE - quadriennio 2020-2023, Rome, ISPRA, 2024, (...)
31Conformément à la Directive 676/91 de la CEE, transposée en Italie seulement en 2006, les régions ont lancé des programmes d’action obligatoires pour la protection et la restauration des eaux contre la pollution causée par les nitrates d’origine agricole dans les « zones désignées comme vulnérables aux nitrates » (ZVN). Dans le dernier rapport quadriennal préparé par l’ISPRA pour la période 2020-2023, la surveillance des eaux marines situées dans les ZVN, couvrant une superficie totale de 3 930 448 hectares, indique une « légère amélioration » de la situation polluante par rapport au quadriennal précédent, avec seulement 0,21 % des sites présentant une concentration de nitrates supérieure à 50 mg/l, tandis que 93,17 % des sites avaient des valeurs inférieures à 10 mg/l68.
- 69 UNEP et MAP, State of the Environment and Development in the Mediterranean, Nairobi, UNEP, 2020, p (...)
32En élargissant la perspective à l’ensemble du bassin méditerranéen, l’UNEP a reconnu dans son dernier rapport de 2020 sur l’état de l’environnement que les activités de surveillance ne permettent pas de dissocier l’impact des différentes sources de pollution terrestre et donc de préciser les effets polluants de l’agriculture sur les écosystèmes marins méditerranéens. L’agence internationale a souligné que la gestion du problème écologique lié au traitement chimique intensif des terres agricoles reste « particulièrement difficile en raison de sa nature diffuse et des effets combinés, en grande partie inconnus, de multiples types de pesticides et de leurs cycles de vie dans l’environnement ». Selon l’UNEP, la « durabilité future de l’agriculture méditerranéenne » dépend de trois grandes lignes d’action : une gestion attentive des flux fluviaux, une réduction progressive de l’utilisation des engrais et des pesticides, et une plus grande diffusion des pratiques biologiques69.
33La transition vers un modèle agricole désindustrialisé représente un défi incontournable pour les pays côtiers du bassin méditerranéen, exposés à de multiples pressions environnementales liées à la crise climatique en cours. Dans cette perspective, les activités menées à grande échelle par la coopération internationale depuis les années 1970 constituent un parcours historiquement vertueux et un patrimoine à ne pas négliger, au service de la communauté scientifique et des décideurs politiques pour la sauvegarde commune de la Méditerranée.
Notes
1 Traduit de l’italien par Simon Dolet.
2 John McNeill et Peter Engelke, The Great Acceleration : An Environmental History of the Anthropocene since 1945, Harvard, Harvard University Press, 2015, p. 194.
3 J. Donald Hughes, The Mediterranean. An environmental history, Santa Barbara, Denver, Oxford, ABC-CLIO, 2005, p. 139-146.
4 John McNeill, Qualcosa di nuovo sotto il sole. Storia dell’ambiente nel xx secolo, Turin, Einaudi, 2002, p. 272 ; Du nouveau sous le Soleil. Une histoire de l’environnement mondial au xxe siècle, trad. Philippe Beaugrand, Seyssel, Champ Vallon, 2010.
5 Laurent Herment, Le cultivateur et l’engrais. Une histoire de la chimisation de l’agriculture, Tours, Presses universitaires François-Rabelais, 2024.
6 Ce processus désigne l’abandon progressif des pratiques traditionnelles de restauration de la fertilité intégrale des terres cultivées au profit de l’utilisation de composés chimiques. Sur le cas italien, Pietro Tino, Le radici della vita : storia della fertilità della terra nel Mezzogiorno (secoli 19-20), Soveria Mannelli, Rubbettino, 2015, p. 91.
7 Respectivement, Francesca Fauri, Il Piano Marshall e l’Italia, Bologne, Il Mulino, 2010, p. 169 ; Gabriella Corona, L’Italia dell’Antropocene. Percorsi di storia ambientale tra xx e xxi secolo, Rome, Carocci, 2023, p. 154-155 ; Venus Bivar, Organic resistance. The struggle over industrial farming in postwar France, Charlotte, University of Noth Carolina Press, 2018, p. 15-20.
8 Bleuen Merrer, François Dedieu, Céline Pessis et Christophe Bonneuil, « Safer than in the USA ? The Reception of Silent Spring in France and the Difficulties in Achieving European Regulations on Pesticides (1962-1976) », Global Environment, vol. 2, no 17, 2024, p. 348-377 ; Manuel González de Molina, David Soto Fernández, Gloria Guzmán Casado, Juan Infante-Amate, Eduardo Aguilera Fernández, Jaime Vila Traver et Roberto García Ruiz, The Social metabolism of Spanish agriculture (1900-2008). The Mediterranean way towards industrialization, Cham, Springer Open, 2019, p. 153-176.
9 V. Leoni, « Aspetti sanitari, tecnici e normativi dell’impiego di fitofarmaci in Italia », dans Consiglio Nazionale delle Ricerche (dir.), Problemi relativi all’inquinamento da erbicidi, Florence, Parenti, 1981, p. 95-113 ; Tecnagro, L’impiego dei prodotti chimici in agricoltura : linee di tendenza e comportamento degli imprenditori agricoli, Rome, Elengraf, 1991, p. 19.
10 Peregrine Horden et Nicholas Purcell, The Corrupting Sea : A study of Mediterranean history, Oxford, Blackwell, 2000, p. 21.
11 Par exemple, l’Académie des Lincei organise à Rome un colloque sur le lien entre pesticides et équilibres biologiques en 1962. La même année, à Bologne, des agronomes et phytopathologistes venus de toute l’Italie organisent la première édition des « Giornate fitopatologiche », événement biennal sur la question de la pollution environnementale liée à la lutte phytosanitaire.
12 Sur l’importance de ce livre dans l’histoire de l’« environnementalisme » politique : Thomas R. Dunlap (dir.), DDT, Silent Spring, and the rise of environmentalism, Washington, University of Washington Press, 2008, p. 92.
13 Amalia Ribi Forclaz et Corinna Unger, « Progress versus precaution : international organizations and the use of pesticides, 1940s to 1970s », Comparativ, vol. 32, no 6, 2022, p. 750-768. Dès le milieu des années 1950, l’Istituto Superiore di Sanità développe des méthodes d’échantillonnage pour détecter les résidus toxiques de pesticides dans certains produits traités, notamment les olives. Voir Archivio Centrale dello Stato, Ministero Agricoltura e Foreste, Direzione Generale Produzione Agricola, Archivio Generale, I Versamento, b. 90, fasc. Studi sui danni da Esteri fosforici, Istituto Superiore di Sanità, Résidus de pesticides et les aspects toxicologiques dans la lutte contre la mouche de l’olivier, présenté au « Fourth FAO Meeting on the Control of Olive Pests », Tel Aviv, 5-12 décembre 1960, p. 1-8.
14 Pour une étude sur la dangerosité environnementale des pesticides organochlorés produite par le ministère de l’Agriculture italien, voir : Istituto di tecnica e propaganda agraria, Difesa delle piante e tutela della salute dell’uomo, Rome, Ministero dell’Agricoltura e Foreste, 1969.
15 José Ramón Bertomeu-Sánchez, « Introduction. Pesticides : Past and Present », HoST-Journal of History of Science and Technology, vol. 13, no 1, 2019, p. 1-27, ici p. 8.
16 Simone Neri Serneri, Incorporare la natura. Storie ambientali del Novecento, Rome, Carocci, 2005, p. 163.
17 Salvatore Romeo, L’altra faccia del benessere. Una storia ambientale nell’Italia contemporanea (1950-1979), Rome, Carocci, 2024, p. 55-57.
18 Giovanni Marini-Bettolo, « Effetti sulla salute dei vari fattori dell’inquinamento ambientale », dans Senato della Repubblica (dir.), Problemi dell’ecologia, vol. 1, Rome, Tipografia del Senato, 1971, p. 47.
19 Conferenza nazionale delle acque, Senato della Repubblica (dir.), I problemi delle acque in Italia : relazioni e documenti, Rome, Tipografia del Senato, 1972, p. 605 : « preventivamente, nel senso di controllare la natura dei prodotti da impiegare in agricoltura ».
20 Giovanni Mannelli, « L’impiego dei pesticidi in Italia », dans Unione Nazionale Chimici Italiani (dir.), I pesticidi in agricoltura. Bari : 17-18 maggio 1971, Rome, Tipografia Editrice Italia, 1971, p. 28-30.
21 Stefano Kanitz, « Sulla presenza dei residui di antiparassitari organici clorurati di sintesi nelle acque marine costiere e in molluschi e crostacei commestibili », dans Giornate fitopatologiche. Cagliari, 19-20 maggio 1969, Bologne, Arti Grafiche Tamari, 1969, p. 51-56.
22 Vittorio Del Vecchio, V. Leoni et G. Puccetti, « La contaminazione da pesticidi dei principali bacini idrografici italiani durante il 1969 ed indici proposti per una sua valutazione igienica », Nuovi Annali d’Igiene e di Microbiologia, vol. 21, 1970, p. 23-30.
23 Livio Zanotti, « Proibito usare il DDT in Italia perché sembra provochi il cancro », La Stampa, 20 novembre 1969, p. 8.
24 V. Leoni, « Aspetti sanitari… », art. cit., p. 111-112.
25 OMS, International standards for Drinking-Water, Genève, WHO, 1971, p. 34-35.
26 Tecneco, Prima relazione sulla situazione ambientale del Paese : rapporto del Comitato scientifico, vol. 1, Rome, Colombo, 1974, p. 160-199.
27 Commission de la CEE, European Colloquium : Problems raided by the contamination of man and his environment by persistent pesticides and organo-halogenated compounds, Luxemburg 14-16 May 1974, Luxembourg, Service de presse, 1975, p. 48-59.
28 Ibid., p. 630 : « una migliore organizzazione coordinata del monitoraggio dei composti organoclorurati nell’ambiente ».
29 Les stations de mesure ont été installées le long de la côte méditerranéenne à Castellon, Barcelone, Blanes, Palamós et dans le delta de l’Èbre. Sur la côte cantabrique, la station a été installée à Santander, et à Vigo pour ce qui concerne la côte atlantique. José Mariano Franco-Soler, « Pesticides organochlorés et PCB dans trois espèces marines sur le littoral espagnole », dans Journées d’études sur les pollutions marines : Athènes, 3-4 novembre 1972, Monaco, Commission internationale pour l’exploitation scientifique de la mer Méditerranée, 1973, p. 55-57.
30 R. N. Dexter et S. P. Pavlou, « Chlorinated hydrocarbons in sediments from southern Greece », Marine Pollution Bulletin, vol. 4, no 12, 1973, p. 188-190 : « trasporto diffusivo di materiale contaminato ».
31 M. Marchand, D. Vas et E. K. Duursma, « Levels of PCBs and DDTs in mussels from the northwestern Mediterranean », Marine Pollution Bulletin, vol. 7, no 4, 1976, p. 65-69.
32 Atti della Conferenza interparlamentare dei paesi costieri sulla lotta all’inquinamento del mar Mediterraneo : Roma, 29 marzo-3 aprile 1974, Rome, Servizio studi, legislazione e inchieste parlamentari, 1975, p. 3-19 : « di una qualsiasi soluzione unilaterale e isolata a livello nazionale dei problemi pertinenti alle acque del mar Mediterraneo ».
33 Ibid., p. 52.
34 J. Donald Hughes, The Mediterranean…, op. cit., p. 160.
35 Richard Helmer, « Pollutants from Land-Based Sources in the Mediterranean », Ambio, vol. 6, no 6, 1977, p. 312-316.
36 United Nation Environmental Program (UNEP), Co-ordinated Mediterranean Pollution Monitoring and Research programme (MED POL). Phase 1 : Programme description. Regional seas reports and studies, no 23, Nairobi, UNEP, 1983, p. 6.
37 Des échantillons ont néanmoins été collectés à partir de 122 stations de surveillance. Joan Albaigés, « Persistent organic pollutants in the Mediterranean Sea », dans Alain Saliot (dir.), The Mediterranean Sea, Berlin, Springer, 2005, p. 89-149, ici p. 124.
38 Marinos Yeroulanos, « The Mediterranean Action Plan : a success story in international cooperation », Ekistics, vol. 49, no 293, 1982, p. 175-179, ici p. 176.
39 J. Donald Hughes, The Mediterranean…, op. cit., p. 161.
40 Giovanni Maria Pace, « Troppo mercurio nei fondali », Corriere della Sera, 29 ottobre 1975, p. 6 : « un limite non più superabile ».
41 IRSA-CNR, Indagine sulla qualità delle acque del fiume Po, Rome, CNR, 1977, p. 601.
42 IRSA-CNR, Il problema dell’eutrofizzazione in Italia, Rome, CNR, 1978, p. 38-43.
43 Giorgio Ferrari et Giorgio Morandi, « Genesi dei carichi agricoli e loro riduzione », dans Atti del Convegno sulla eutrofizzazione in Italia : Roma, 3-4 ottobre 1978, Rome, CNR, 1979, p. 331-341, ici p. 331.
44 Gianfranco Amendola et Claudio Botré, Italia inquinata, Rome, Editori riuniti, 1978, p. 33-57.
45 Ministero dell’Agricoltura e delle Foreste [MAF], Lotta biologica integrata in agricoltura, Rome, CESTAAT, 1982, p. 49 : « con agricoltura a intensa pressione tossicologica ».
46 Roberto Fanfani, L’agricoltura in Italia, Bologne, Il Mulino, 1998, p. 123 : « venute alla ribalta con emergenze spesso drammatiche ».
47 Tecnagro, L’impiego dei prodotti chimici in agricoltura…, op. cit., p. 154.
48 R. De Simone, V. Massimino et S. Monda, « I microinquinanti organici : PAH, PCBs e pesticidi clororganici tra Capo Circeo e l’Isola d’Ischia », dans Agenzia nazionale per l’Energia Nucleare e le Energie Alternative (ENEA), Un esempio di analisi ecologica del sistema marino-costiero da Capo Circeo all’isola di Ischia, Rome, ENEA, 1983, p. 125-147.
49 R. De Simone et U. Massimino, « Idrocarburi policiclici aromatici ed organoclorurati nei sedimenti superficiali della piattaforma pugliese », dans ENEA (dir.), Indagine ambientale del sistema marino costiero della regione Puglia : elementi per la definizione del piano delle coste, Rome, ENEA, 1986, p. 185-196.
50 Francesca Tellone, Ambiente e stampa. Vent’anni di articoli sulla stampa nazionale e analisi dei 4 maggiori quotidiani italiani, Lanciano, Carabà, 2012, p. 14-39.
51 Ministero dell’Ambiente, Relazione sullo stato dell’ambiente, Rome, Istituto poligrafico dello Stato, 1989, p. 107.
52 Pierangelo Sapegno, « Palude per 50 chilometri, poi il mare. È disastro ecologico nell’Adriatico : migliaia di pesci morti », La Stampa, 12 juillet 1989, p. 3.
53 Archivio Centrale dello Stato, Ministero dell’Interno, Gabinetto, Archivio Generale, Fascicoli correnti (1981-1985), b. 195, fasc. 13201/110, non numéroté : « adeguamento e contenimento dei fosfori nei concimi chimici usati in agricoltura ».
54 Joze Stirn, « Eutrophication in the Mediterranean Sea », dans Unesco (dir.), Eutrophication in the Mediterranean Sea : receiving capacity and monitoring of long-term effects. Report and proceedings of a scientific workshop. Bologna, 2-6 March 1987, Paris, Unesco, 1988, p. 174-179.
55 MAF, Il Piano nazionale di lotta fitopatologica integrata, Rome, ISMEA, 1987, p. 11-12.
56 Commission de la CEE, Il futuro del mondo rurale. Comunicazione della Commissione al Consiglio e Parlamento del 29 luglio 1988, Luxembourg, Service de presse, 1988, p. 34-35.
57 Règlement (CEE) n. 2078/92 du Conseil du 30 juin 1992 à propos des « metodi di produzione agricola compatibili con le esigenze di protezione dell’ambiente e con la cura dello spazio naturale », en ligne.
58 Istituto nazionale di economia agraria, Le misure agroambientali in Italia. Analisi e valutazione del regolamento Cee 2078/92 nel quadriennio 1994-97. Rapporto nazionale, Rome, INEA, 1999, p. 46.
59 Legambiente, Ambiente Italia 1998 : rapporto sullo stato del Paese e analisi del ciclo delle acque, Milan, Edizioni ambiente, 1998, p. 99-200.
60 Ministero dell’Ambiente, Servizio Difesa del mare, Qualità degli ambienti marini costieri italiani. 1996-1999, Rome, ICRAM, 2000, p. 271.
61 L’Espagne a contribué à la base de données MEDPOL dans les années 1980, au début du programme, mais cette contribution a ensuite été interrompue. Les pays du Maghreb n’ont pas développé de réseaux de surveillance efficaces. Joan Albaigés, Persistent organic pollutant…, op. cit., p. 123-124.
62 Pour les données : Anna Gomez-Gutierrez, Eva Garnacho, Josep M. Bayona et Joan Albaiges, « Assessment of the Mediterranean sediments contamination by persistent organic pollutants », Environmental Pollution, vol. 148, 2007, p. 396-408.
63 Joan Albaigés, Persistent organic pollutant…, op. cit., p. 94-143.
64 Aldrin, Chlordane, DDT, Dieldrin, Endrin, Heptachlor, Hexachlorobenzene, Mirex et Toxaphene. UNEP, The State of the Marine Environment : Trends and Processes, La Haye, UNEP et GPA Coordination Office, 2006, p. 7.
65 John McNeill, Qualcosa di nuovo sotto il sole…, op. cit., p. 184.
66 Gabriella Corona, L’Italia dell’Antropocene…, op. cit., p. 18.
67 Istituto Nazionale per la Protezione e la Ricerca Ambientale, Rapporto nazionale pesticidi nelle acque. Dati 2019-2020, Rome, 2022, p. 8.
68 ISPRA, Relazione ex art. 10 della direttiva 91/676/CEE - quadriennio 2020-2023, Rome, ISPRA, 2024, p. 13-75.
69 UNEP et MAP, State of the Environment and Development in the Mediterranean, Nairobi, UNEP, 2020, p. 124-127.
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Référence papier
Alessandro Agosta, « « Un problème écologique délicat ». Les contaminations par les pesticides et les engrais en Méditerranée italienne dans la seconde moitié du xxe siècle », Cahiers de la Méditerranée, 111 | 2025, 211-225.
Référence électronique
Alessandro Agosta, « « Un problème écologique délicat ». Les contaminations par les pesticides et les engrais en Méditerranée italienne dans la seconde moitié du xxe siècle », Cahiers de la Méditerranée [En ligne], 111 | 2025, mis en ligne le 20 juillet 2026, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cdlm/20097 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16lo4
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