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Notes et travaux de recherches

La fausse conversion et la vraie fin d’Ali Pacha de Tunis (1756) : Un cas d’intervention de l’Ordre de Malte dans un conflit intermaghrébin

Mounir Fendri
p. 247-259

Résumés

Sur fond du bouleversement politique qui perturba la régence de Tunis en 1756, l’article se penche sur un cas particulier dans l’histoire des relations entre la Régence et l’Ordre de Malte, à savoir la conclusion d’une sorte de pacte de collaboration, au détriment d’un ennemi commun. Dans sa détresse, alors que des troupes du Dey d’Alger avançaient de l’Est vers Tunis pour mettre fin à son règne, le souverain tunisien, Ali Pacha (1735-1756), avait résolu de demander l’aide dudit Ordre, tant pour empêcher un débarquement de troupes ennemies que pour son sauvetage en cas de défaite. L’intérêt de la presse périodique européenne pour l’évènement « barbaresque » grandit lorsqu’il s’ébruita que le Bey tunisien aurait résolu de se convertir à la religion du Christ, et de s’installer sur l’île de Malte. La rumeur persista, alors même que le prétendu converti était capturé et exécuté. L’étude tend par ailleurs à signaler l’intérêt de la presse périodique du xviiie siècle comme source potentielle pour l’histoire euro-maghrébine, à l’époque précoloniale.

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Texte intégral

  • 1  Voir Mohamed-Hedi Cherif, Pouvoir et société dans la Tunisie de H’usayn bin ‘Ali (1705-1740), Tuni (...)

1Tout au long de 1756, la presse périodique européenne persévéra à suivre avec intérêt une crise dans les rapports entre les régences turco-maghrébines d’Alger et de Tunis, qui se mua rapidement en une nouvelle guerre entre les deux États voisins. On savait d’emblée que dans les calculs des Algériens, il y avait l’avantage tiré de la discorde dynastique qui avait éclaté dans le beylik de Tunis dès 1728, pour culminer en 1735, lorsque Ali Pacha, alors au pouvoir, parvint à détrôner son oncle, Hussein ben Ali, avant de l’achever dans une ultime bataille en mai 17401. Il dut alors son succès essentiellement aux autorités algériennes, dont les forces étaient maintenant en route, en 1756, pour l’éliminer et le remplacer par ses cousins Muḥammad et Ali, les deux fils d’Hussein Bey, depuis la mort de ce dernier, en 1740, en exil à Alger, où ils étaient tenus en otage.

2Un rapport de Tunis du 31 décembre 1755, paru dans la Gazette de France, fit savoir :

  • 2  Gazette de France du 21 février 1756, de Tunis, le 31 décembre 1755. Toutes les citations respecte (...)

Sidi Ali, fils du dernier Bey, est sorti de Constantine avec un Corps considérable de troupes, que lui ont fourni les Algériens, & il a trouvé moyen d’attirer dans son parti un grand nombre de Montagnards. […] Le Bey [Ali Pacha] s’est mis en campagne avec une armée de trente mille hommes, pour s’opposer aux progrès de ce redoutable ennemi2.

3On apprit par la suite que le rôle principal dans cette avancée ne revenait pas à Sidi Ali, ni à son frère Muḥammad, mais au bey de Constantine, Hassan Zorq’aynou, qui, mandaté par le (nouveau) Dey d’Alger, réussit à progresser jusqu’aux murs de Tunis, et à s’en rendre maître dans un ultime assaut, le 2 septembre 1756. Le même jour, alors qu’il tentait de s’enfuir, Ali Pacha était capturé, et son fils et successeur présomptif, Muḥammad, cruellement abattu.

  • 3  Voir en aperçu les participations maltaises aux expéditions des xvie et xviie siècles : Anne Brogi (...)

4Le conflit entre les deux régences avait entraîné l’ingérence d’un troisième acteur. Sollicité par Tunis pour une aide stratégique, l’Ordre de Malte, fort d’une longue expérience dans les expéditions chrétiennes contre Tunis et ses ports3, n’hésita pas à intervenir, d’autant plus que le soutien imploré était dirigé contre Alger. Une escadre commandée par le bailli de Fleury vint mouiller près du port de La Goulette pour se charger d’une double mission : empêcher une arrivée de troupes algériennes par voie de mer, et assurer le transport du bey tunisien, avec ses proches et ses biens, et son sauvetage en cas de défaite.

  • 4  Hamburgischer Correspondent du 24 septembre 1756, de Madrid, le 1er septembre 1756. Il y est quest (...)
  • 5  Anne Brogini, « Des échanges contraints aux échanges assumés. Malte et la Régence de Tunis dans la (...)

5Une telle collaboration entre l’Ordre de Malte et une régence « barbaresque » ne fut pas sans faire grande impression dans la chrétienté et sans imposer l’attention de l’opinion publique européenne. Une correspondance de Madrid, dans la gazette de Hambourg, conclut au terme d’une information s’y rapportant : « Il n’existe encore aucun exemple d’une pareille convention de l’Ordre avec les puissances maures »4. On verra plus loin qu’il y a bien eu un antécédent. Bien « qu’on constate à partir du milieu du xviie siècle un accroissement sensible des échanges entre Malte et la régence de Tunis »5, le pacte contracté entre les deux parties traditionnellement ennemies parut d’un côté et d’un autre contre-nature, donnant libre cours à diverses conjectures.

  • 6  Gazette d’Amsterdam du 1er octobre 1756, de Naples, le 8 septembre 1756.

6S’étant propagée, l’information de cette requête du chef « barbaresque » donna lieu à une rumeur aberrante. Telle une nouvelle sensationnelle, il se répercuta dans la presse à travers l’Europe que le bey de Tunis, vaincu par ses ennemis, s’apprêtait à renier sa foi pour se convertir au catholicisme et s’installer sur l’île de Malte, chez les chevaliers de Saint-Jean. Le projet, annonça-t-on, aurait été sujet d’une coordination entre Malte et Rome et déjà mis à exécution. « On écrit de Malte », rapporta une correspondance de Naples du 8 septembre 1756, dans la Gazette d’Amsterdam, « que le Grand-Maitre de l’Ordre a fait sçavoir au Pape que le Bey de Tunis, opprimé par les Algériens, avoit pris le parti de se retirer à Malte où les Galères de la Religion l’ont transporté avec ses Trésors & ses Esclaves »6. Quelques jours auparavant, la Gazette de Berne avait fait savoir de Rome, le 4 septembre 1756 :

  • 7  Gazette de Berne du 18 septembre 1756, de Rome, le 4 septembre 1756.

Hier matin, le Commandeur Solari, Ambassadeur de l’Ordre de Malte, se présenta à l’Audience du St. Père & Lui notifia que le Bey de Tunis s’étant vû hors d’état de tenir tête aux Algériens ses Ennemis avoient pris le parti de se retirer à Malte avec son trésor & 32. Esclaves ; s’étant servi pour cette retraite, des Galères de la Religion que le Grand-Maître lui avoit envoyées, en reconnoissance de tout ce que ce Chef de Régence Barbaresque lui a témoigné d’attentions, durant tout le cours des Démélez de la dite Religion avec la Cour des Deux-Siciles7.

  • 8  Wienerisches Diarium du 29 septembre 1756, de Gênes, le 4 septembre 1756.
  • 9  Gazette de France du 2 octobre 1756, de Livourne, le 13 septembre 1756. Voir aussi Gazette de Leyd (...)
  • 10  Courrier d’Avignon du 15 octobre 1756, de Gênes, le 2 octobre 1756.

7Le même contenu parut en allemand dans la gazette de Vienne8. La nouvelle se répercuta de place en place. De Livourne, la Gazette de France annonça : « Un Navire, arrivé de l’Isle du Goze, a rapporté que, les Algériens ayant mis le siège devant Tunis, le Bey, pour ne pas tomber entre leurs mains, s’est sauvé avec ses trésors & trente-deux Esclaves, & qu’il s’est retiré à Malte »9. Un peu plus tard, on donna « la confirmation de l’arrivée du Bey de Tunis à Malte, où les Galeres de la Religion l’ont transporté avec tous ses Trésors, & où l’on ajoute que ce Prince trouve dans son malheur de quoi se dédommager de la perte de sa dignité, & de tous les honneurs dont il joüissoit avant son adversité, ayant, dit-on, commencé d’apercevoir les illusions du Mahométisme, & témoigné beaucoup de penchant à embrasser la Religion Catholique »10.

  • 11  Gazette de Brunswick du 30 octobre 1756, de Rome, le 10 octobre 1756. Voir aussi Wienerisches Diar (...)

8Déjà tenue pour sûre et confirmée, la rumeur de l’arrivée d’Ali Pacha à Malte et sa conversion imminente persista encore longtemps à faire écho dans la presse européenne en tant qu’une « Nouvelle, qui doit être agréable au Christianisme »11. Se référant à « Plusieurs Lettres de Malte », un article de Barcelone du 20 novembre rapporta que :

  • 12  Courrier d’Avignon du 3 décembre 1756, de Barcelone, le 20 novembre 1756.

[…] le Bey de Tunis, qui s’y est refugié [à Malte], a été instruit dans notre Religion par M. Mailly dans la Citté-Valette, où il a son logement ; & que dans peu le Grand-Maître le tiendra sur les Fonts de Baptême avec la Reine des Deux-Siciles. On ajoute que toutes les personnes de sa suite sont pareillement instruites dans la Religion Catholique, & recevront le Baptême dans le même tems12.

  • 13  Gazette de Brunswick du 30 octobre 1756, de Rome, le 10 octobre 1756.
  • 14  Gazette de Leyde du 24 décembre 1756, de Naples, le 30 novembre 1756.

9Un autre article de presse assura « qu’on ne tardera pas de lui administrer le Batême avec beaucoup de solemnité »13. On en savait les détails : « Il aura pour Parain le Grand-Maître de l’Ordre, & pour Maraine, la reine des Deux-Siciles, représentée par un Ministre Plenipotiaire, nommé pour assister, de sa part, à cette sainte Ceremonie ». D’après la Gazette de Leyde, la reine mentionnée – Marie-Amélie de Saxe, épouse de Charles de Bourbon – aurait déjà « envoïé à Malte sa Procuration, pour y tenir sur les Fonts le Pacha, qui s’y est retiré à l’occasion des troubles de Tunis, & qui va embrasser le Christianisme »14.

  • 15  Gazette de Brunswick du 30 octobre 1756, de Rome, le 10 octobre 1756.

10On apprit encore qu’« On bâtit pour ce nouveau Proselyte, un superbe Palais sur le Modele de celui de Versailles, mais beaucoup plus petit & lequel coutera plus de 100 mille Écus Romains »15. Là, supputa un reporter enthousiaste et compatissant,

  • 16  Gazette d’Amsterdam du 1er octobre 1756, de Naples, le 8 septembre 1756.

Ce Bey, dans son malheur, trouvera peut-être de quoi se dédommager amplement de la perte de sa Dignité & de tous les honneurs dont il jouissoit. Peut-être ses adversitez serviront-elles à lui dessiller les yeux sur les erreurs du Mahométisme. On dit même que son esprit commence à apercevoir quelque aurore de Véritez de notre Religion & qu’il témoigne beaucoup de penchant à se faire Catholique16.

11Révélée grâce à la source d’informations médiatique, la curieuse rumeur, propre à se graver en marge des relations historiques entre Malte et les Maghrébins, soulève bien des questions, difficiles à résoudre sans les données précises. Quelle en a été l’origine ? A-t-elle été lancée et propagée délibérément, dans un but quelconque, ou ne fut-elle que le fruit d’un malentendu vivement accueilli et hâtivement amplifié ?

  • 17  De Sulauze à de Machault, Tunis, 22 septembre 1756, dans Eugène Plantet, Correspondance des Beys d (...)
  • 18  Cet ouvrage, de Muḥammad al-Ṣaghīr ibn Yūsuf, source incontournable pour l’histoire tunisienne (...)

12Alors qu’on continuait à jubiler et exalter l’éclatante apostasie du chef musulman, célébrée telle une victoire de la « Croix » sur le « Croissant », l’éminent pseudo-prosélyte était déjà mort. Ayant succombé à l’assaut des troupes algériennes, le 2 septembre 1756, Ali Pacha fut capturé, et exécuté vingt jours après. Le 22 du même mois, le consul de France, Du Grou de Sulauze, qui avait suivi les faits de près depuis les premiers signes de cette nouvelle crise tuniso-algérienne, et en avait régulièrement rendu compte, acheva un long rapport à l’adresse de son ministre de tutelle en écrivant : « Il est arrivé ce matin par un courrier d’autres lettres d’Alger portant ordre d’étrangler Ali-Pacha, ce qui a été exécuté sur-le-champ »17. Selon une chronique tunisienne, le Mechra el Melki de Muḥammad al-Ṣaghīr ibn Yūsuf 18, l’exécution se déroula de la manière suivante :

  • 19  Al-Ṣaghīr ibn Yūsuf, Mechra el Melki…, op. cit., p. 391.

Au milieu de la nuit qui suivit l’arrivée de l’émissaire porteur de la lettre du dey d’Alger, Hassen Bey ordonna à un de ses intimes de faire venir les chrétiens et de leur remettre les lacets destinés à Ali-Pacha. […] Ces derniers entrèrent dans la tente du pacha ; après quoi les chrétiens lui passèrent le lacet autour du cou, l’étranglèrent et le laissèrent étendu sur une natte19.

  • 20  Ibid., p. 385.
  • 21  De Sulauze à de Machault, Tunis, 22 septembre 1756, dans Eugène Plantet, Correspondance des Beys d (...)

13Ainsi s’éteignit la vie et s’acheva le règne d’Ali Pacha, maître de la Régence de Tunis depuis sa victoire sur son oncle, en 1735, étranglé sur « une natte en alfa et un coussin de poile de chameau », sous une tente au milieu du campement des troupes d’invasion, commandées par Hassan Zorq’aynou, bey de Constantine20. Commentant sa mort, le consul de Sulauze nota : « il ne pouvait plus que traîner une vie des plus dures et des plus tristes, ainsi il vaut mieux pour lui qu’il l’ait finie par le genre de mort le plus doux que peut espérer un tyran »21. Le diplomate français ne semble pas avoir eu vent de la perspective mirobolante d’un séjour heureux sur l’île des chevaliers de Saint-Jean.

14La fausse nouvelle, amplement propagée dans la chrétienté, sur l’imminente conversion du souverain turco-maghrébin et sa prétendue migration à l’île de Malte, avait certes une origine concrète que seul une recherche archivistique suivie pourrait mettre au jour. Déjà en soi, elle constituerait par ailleurs un intéressant sujet d’étude en matière d’histoire de la presse européenne. Il ressortirait probablement que sa fausseté n’a pas été délibérée, mais plutôt engendrée symptomatiquement tant par les indigences de la presse périodique à cette époque pionnière, dont notamment l’état rudimentaire des moyens de communications et l’inconsistance des sources d’information, que par le facteur psychologique découlant fatalement des rapports conflictuels en cette même époque d’hostilités entre la « Croix » et le « Croissant ». Et, bien sûr, en raison de la hantise de la course « barbaresque » qui, comme l’exprima un correspondant dans le même contexte, fit désirer des luttes intestines :

  • 22  Courrier d’Avignon du 2 avril 1756, de Gênes, le 20 mars 1756.

On souhaite beaucoup ici que la guerre entre ces deux Regences s’acharne de plus en plus, parce qu’elles en seront moins en état de penser à faire des armemens trop souvent funestes aux Chrétiens, outre le préjudice qu’ils portent à la navigation22.

15Les gazettes, notamment les mieux nanties, avaient bien leurs correspondants permanents, assez compétents et assez fiables en général. Mais cela concernait d’abord les capitales politiques et chefs-lieux socio-économiques de l’Europe. Quant à la marge, par exemple les contrées du sud de la Méditerranée, on comptait, comme dans notre cas – et à défaut de renseignements glanés dans les correspondances des Européens résidants en ces lieux, tels les commerçants et les agents consulaires – sur les navigateurs arrivés à Livourne, Gênes et autres ports du sud de l’Europe, de retour des mêmes lieux. Leurs récits pouvaient être honnêtes, mais quand même erronés ou inexacts.

  • 23  Pons-François de Rosset de Fleury, né en 1727, général des galères de Malte en 1751, ambassadeur d (...)
  • 24  À défaut de données précises, la date du 17 juin (1756) aiderait à décerner celle de la prise de c (...)

16Bien qu’incorrecte, la rumeur n’a pas été sans fondement. Il y a bien eu un rapport concret entre Malte et Ali Pacha, dans les derniers jours de son règne et de sa vie. Il s’avéra que son fils et successeur présomptif, Muḥammad, avait pris contact avec l’Ordre de Saint-Jean et sollicité son aide, à la suite de quoi une escadre commandée par le bailli de Fleury23 vint dès le 17 juin 1756 jeter l’ancre au large de La Goulette24. Le 2 juillet (1756), de Sulauze en fit part à Paris :

  • 25  De Sulauze à de Michault, Tunis, 2 juillet 1756, ibid., t. 2, p. 498.

Quatre galères de Malte et deux vaisseaux de la Religion sont venus mouiller à La Goulette presque sous le canon du château. Sidi Mamet a négocié secrètement pour obtenir ce secours du Grand Maître, afin d’éviter l’arrivée des Algériens par mer et se ménager un moyen de salut en cas de besoin25.

  • 26  Anne Brogini, « Des échanges contraints… », art. cit., p. 36.

17L’adhésion de l’Ordre des chevaliers de Malte à la requête de la cour de Tunis n’a pas été sans poser problème, du moment qu’elle impliquait une sorte de co-opération avec des Musulmans et risquait dès lors de contrevenir à un tabou, un de ces « interdits pontificaux » strictement imposés par l’Église romaine à l’Ordre de Malte26, prohibant, comme dans ce cas, toute espèce de collaboration avec le Musulman. C’est ainsi que le bailli de Fleury, à son arrivée à La Goulette, fit savoir au « partenaire » tunisien que :

  • 27  Cité d’après une note de bas de page d’Eugène Plantet, Correspondance des Beys de Tunis…, op. cit. (...)

[…] son étendard ne lui permettait de rendre des services aux Puissances mahométanes qu’autant qu’il en pouvait résulter quelque avantage glorieux pour l’ordre ou la chrétienté […]. On convint en conséquence que le Bey rendrait la liberté à tous les chrétiens, si les navires de Malte forçaient les Algériens à se retirer27.

  • 28  Voir le « Journal du siège de Tunis », Tunis, 2 juillet 1756, ibid., t. 2, p. 500-505. 
  • 29  De Sulauze à de Machault, Tunis, 2 juillet 1756 : « Les Algériens ont paru le 10 juin devant le Ke (...)
  • 30  Le « Journal du siège de Tunis » du consulat de France à Tunis (ibid., t. 2, p. 503) rapporte, à l (...)
  • 31  De Sulauze donna sur la mort de Mohammed Bey le récit suivant : « Sidi Mamet [tentant de s’enfuir (...)

18Le premier objectif, empêcher une incursion ennemie par voie de mer, semble avoir été pleinement atteint28. Les troupes algériennes arrivèrent de l’Ouest et s’abattirent sur Tunis après avoir pris la forteresse d’El-Kef29. Des renforts arrivés d’Alger sur des navires durent débarquer à Bône/Annaba et non à La Goulette, à cause de l’escadre maltaise30. Quant au second, il ne put se réaliser. Sidi Mamet, ou Muḥammad, le fils aîné d’Ali Pacha et son successeur présomptif, fut abattu dès le 2 septembre31, et son père, capturé à cette date, fut exécuté trois semaines après, le temps d’en recevoir l’ordre d’Alger.

  • 32  « La saisie des corsaires tunisiens dans le port de La Goulette, saisie qu’explique le bailli de F (...)
  • 33  Voir lettre du bailli de Fleury aux consuls de France, d’Angleterre et de Hollande à Tunis : « En (...)
  • 34  Ibid. Voir Gazette de France du 25 septembre 1756, de La Goulette, le 24 août 1756.

19Ayant appris la tournure des événements, Fleury passa à l’action. Il s’empara des vaisseaux tunisiens ancrés au port de La Goulette et mit aux voiles en direction de Malte32. Avant de partir, il prit soin d’adresser un message « aux Consuls de France, d’Angleterre et de Hollande à Tunis », afin d’expliquer et justifier « aux yeux de toute l’Europe les considérations qui [l’]ont déterminé, après avoir été aussi longtemps d’intelligence avec le Bey, à [s]’emparer des bâtiments turcs qui étaient mouillés à La Goulette »33. Il affirma que le mobile de son Ordre « dans cette campagne » avait été de profiter « des circonstances favorables que la guerre entre les deux Régences d’Alger et de Tunis pourrait nous procurer contre les Algériens et de favoriser le Bey de Tunis », et qu’il eut soin « de concilier [les] divers intérêts de la chrétienté et [ceux] du Bey ». Il se loua du bon rapport qu’il eut avec ce dernier, qui offrit de « procurer à l’escadre toutes les provisions dont elle aurait besoin », et insista sur les avantages tirés de cette affaire au profit de sa religion et sa pieuse mission, dont notamment la libération d’esclaves chrétiens. On y apprend encore, qu’avant de succomber, le Bey avait livré, en signe de reconnaissance, un lot de douze « esclaves maltais », et promis d’en livrer d’autres de diverses nationalités, « s’il battait les Algériens »34.

  • 35  De Fleury à Sulauze, le 30 octobre 1756. Lettre citée par Eugène Plantet en bas de page dans Corre (...)

20Dans une lettre du 30 octobre 1756, adressée au consul de Sulauze, le bailli de Fleury, curieux de connaître « l’effet produit dans la Régence par l’expédition maltaise », assura encore qu’elle n’a été entreprise que dans le but de « délivrer des esclaves et préserver Tunis des calamités qu’il doit avoir souffert », et il ajouta : « et je n’aurais pas désespéré d’y réussir si le gouverneur avait voulu mettre en pratique mes conseils »35. Cette dernière affirmation soulève de nouvelles questions qui nécessiteraient des recherches supplémentaires, pour essayer de savoir, par exemple, quels ont été les conseils donnés dans cette circonstance de détresse.

21Dans sa réponse du 17 décembre 1756, et en se référant à la circulaire de Fleury du 2 septembre précédent, le consul français répliqua :

  • 36  Ibid.

Elle exprime très bien les vrais motifs de vos opérations à La Goulette, mais comme le bon sens, la justice et la raison sont bannis de ce pays, je puis vous assurer qu’il en serait résulté un effet tout contraire à celui que vous vous étiez proposé36.

22Et comme pour réfréner la haute opinion exprimée par de Fleury dans sa lettre du 30 octobre (1756) vis-à-vis de son action, de Sulauze, témoin et victime des conséquences de l’intervention maltaise, lui fit entendre « qu’en croyant servir les chrétiens on les expose souvent aux plus grands dangers, et c’est là justement ce qui vient d’arriver ». Poursuivant sa critique courtoise, le consul ajouta :

  • 37  Ibid.

Vous vous étiez proposé de délivrer quantité d’esclaves et de préserver Tunis des calamités qu’il a souffertes, et votre expédition, bien loin d’avoir cet effet, a fait perdre la liberté à bien des personnes libres, a appesanti les chaines de tous les pauvres esclaves qu’on a traduits à Alger, où ils seront traités beaucoup plus durement qu’ils ne l’étaient ici37.

  • 38  Le bailli de Fleury aux consuls de France, d’Angleterre et de Hollande à Tunis, ibid., p. 499.
  • 39  Le « Journal du siège de Tunis », ibid., p. 505. Une correspondance de Malte, du 6 septembre 1756, (...)
  • 40  Gazette de France du 30 octobre 1756, de Malte, le 6 septembre 1756.

23En effet, aussitôt qu’il avait appris, le 2 septembre, que les Algériens venaient de remporter la victoire, et prévoyant qu’ils allaient « se rendre maîtres de La Goulette et des corsaires qui y étaient mouillés », de Fleury avait pris la décision d’agir, « malgré le feu des forteresses », et de s’« emparer de cette marine, afin de prévenir les pirateries auxquelles ils [ceux d’Alger] l’auraient employée »38. Le consul de Sulauze nota de son côté : « Les galères et le vaisseau de Malte ne furent pas plus tôt informés de la prise de la ville, qu’ils s’emparèrent des bâtiments corsaires qu’il y avait dans le port et partirent tout de suite avec leurs prises »39. « Jamais attaque ne fut poussée avec plus de vivacité, d’intelligence & de bravoure », commenta le correspondant d’un journal, manifestement ravi du coup porté par la « Religion » au « Barbaresque »40.

  • 41  Voir entre autres Gazette de Cologne, supplément du 5 novembre 1756, de Malte, le 17 septembre 175 (...)

24De Malte, se propagea la nouvelle de l’arrivée triomphale du bailli de Fleury avec sa prise spectaculaire faite à Tunis au détriment des Algériens (puis au grand dam du successeur d’Ali Pacha, comme nous verrons), composée, annonça-t-on, « d’une Frégate de 22 canons, trois pinques et deux tartanes, de 14 canons chacune »41. Cependant, et contrairement à ce que certains journaux continuèrent à annoncer, le bey de Tunis, supposé être déjà à Malte, sinon prêt à y être accueilli, n’y était pas.

  • 42  Al-Ṣaghīr ibn Yūsuf, Mechra el Melki…, op. cit., p. 365. D’après l’édition arabe, ce fut Hassan (...)

25L’aversion que lui avaient vouée ses anciens alliés du deylik d’Alger, au point d’avoir décrété et accompli son élimination, dut s’être accrue en raison de l’alliance avec les Chevaliers de Malte, leur intervention stratégique et l’enlèvement de la précieuse flottille. Pactiser avec le pire ennemi des Maghrébins, était à l’époque certes une infamie impardonnable. En témoin des évènements et leurs répercussions, l’auteur du Mechra el Melki rapporte qu’« en raison du secours qu’il avait demandé aux chrétiens », les détracteurs algériens d’Ali Pacha le surnommèrent injurieusement « Ali el Malti » [Ali le Maltais]42.

  • 43  Voir :

26En l’absence de documents d’archives le prouvant, et en dépit des affirmations répétées sur sa responsabilité, le doute continuerait à planer, si l’initiative de la prise de contact avec « l’ennemi de la foi », l’Ordre de Malte, incombait directement à Ali Pacha. Dans la mémoire collective tunisienne, il en est jugé responsable. C’est ce qui ressort, par exemple, de la chronique principale du xixe siècle, celle d’Aḥmad b. Abī ḍ-Ḍiyāf, qui nota qu’aussitôt qu’Ali Pacha eut connaissance de l’attaque imminente des Algériens, il entreprit de contracter une alliance avec le Grand Maître de Malte, ajoutant qu’il affréta et stationna à la Goulette des vaisseaux pour se sauver avec eux, et qu’il avait acquis et préparé une maison à Malte, « où il avait acheté un lot de terre pour y enterrer les défunts musulmans »43. Dans l’édition française du Mechra el Melki, le sujet est indéterminé :

  • 44  Estimée, selon la même source, à 100 000 piastres.
  • 45  Al-Ṣaghīr ibn Yūsuf, Mechra el Melki…, op. cit., p. 364.

On fit un engagement avec Malte qui, moyennant une somme d’argent44, s’engagea à envoyer une force navale composée de trois vaisseaux, dont un de premier rang, qui resteraient à l’ancre dans les eaux de La Goulette aussi longtemps que les Algériens ne se seraient pas éloignés de Tunis45.

  • 46  .244محمد الصغيّر بن يوسف، التكميل الشافي للغليل، مصدر مذكور، ج 2 ص
  • 47  De Sulauze à de Michault, Tunis, 22 septembre 1756, dans Eugène Plantet, Correspondance des Beys d (...)

27En revanche, le texte arabe nomme Muḥammad Bey comme étant celui qui « envoya à Malte et se mit d’accord avec eux contre de l’argent »46. Un témoignage immédiat du consul de France, de Sulauze, semble le confirmer. Dans son compte-rendu du 22 septembre 1756, dans lequel il dépeint tout le harcèlement et les insultes que lui et la « nation » française eurent à subir de la part du bey de Constantine, étant alors convaincu de la complicité de la France dans l’intervention maltaise, de Sulauze raconte qu’il arriva à l’amener à demander à Ali Pacha, encore en vie : « Qui a donc fait venir les galères et les vaisseaux de Malte si ce n’est pas la France ? »47. Selon la même source, la scène suivante eut lieu dans le campement des Algériens (apparemment le 22 septembre 1756, peu avant l’exécution du bey tunisien) :

  • 48  Ibid.

Dès que nous y fûmes arrivés, il nous fit rester dehors exposés au soleil et envoya deux de ses gens à Ali-Pacha qu’il tenait enchaîné dans une tente voisine, pour lui demander si la France l’avait servi en quelque chose dans son traité avec le Grand Maître. Ce Prince infortuné mais véridique répondit que la France n’y était entrée pour rien et que c’était son fils qui avait tout fait par l’entremise du nommé Guillaume Plumen qui faisait les fonctions de Consul de Raguse48.

  • 49  De Sulauze à de Michault, Tunis, 3 décembre 1756, ibid., t. 2, p. 530.
  • 50  Ibid.
  • 51  De Sulauze à de Michault, Tunis, 6 novembre 1756, ibid., t. 2, p. 529.
  • 52  De Machault écrivit à de Sulauze, de Fontainebleau, le 25 octobre 1756 : « Sa Majesté a voulu s’as (...)

28Bientôt après avoir réinvesti le trône de son père, Muḥammad ben Hussein Bey (qui régna de 1756 à 1759) tenta de récupérer les vaisseaux enlevés par de Fleury. Le 3 décembre 1756, le consul de Sulauze fit part d’un entretien qu’il eut à ce sujet avec le nouveau bey : « Il a témoigné de ses bons sentiments pour la France, et il a demandé si nous pouvions obtenir du Grand Maître de Malte la restitution de ses corsaires »49. Ce que le consul recommanda vivement, car, à son avis : « Cette restitution, faite au Bey de Tunis par l’entremise de Sa Majesté, serait un bienfait dont ce Prince garderait une éternelle reconnaissance »50. Il était témoin de la pénurie où se trouvait la Régence au terme du désastre qu’elle venait de vivre : « Le commerce n’a pu encore reprendre vigueur par suite du manque d’argent et de marchandise », surtout que « le gouvernement n’a actuellement aucun bâtiment, les Maltais et les Algériens s’étant emparés de ceux qui étaient à Portefarine et à La Goulette »51. Suivant le conseil du consul, Muḥammad Bey écrivit directement à Louis XV, qui était bien renseigné sur l’affaire52, et lui exposa l’affaire de son point de vue :

  • 53  Mohammed, Bey de Tunis, à Louis XV, le 24 mars 1757 (écrit au commencement de la lune de Redgeb, l (...)

Mon très magnanime Empereur, grand et sincère ami, je représente à Votre Majesté Impériale qu’avant que je sois entré dans Tunis, les Maltais avaient contracté amitié avec l’Odjak, et que sur la sûreté de la paix, il était venu quelques-unes de leurs galères, et qui étaient amarrées dans le port dans le temps que nous attaquions la ville ; que ces galères, quoique d’accord et en union avec les bâtiments de l’Odjak, dès que nous fûmes devenu maître de la ville, s’étaient par perfidie et injustement emparées des bâtiments de la Régence et avaient pris la fuite53.

  • 54  Mohammed, Bey de Tunis, au marquis de Moras, Tunis, le 25 juin 1757, ibid., t. 2, p. 539.

29Recommandé au marquis de Moras, le nouveau Secrétaire d’État de la Marine, Muḥammad Bey s’appliqua de nouveau à exposer sa doléance contre les Maltais qui, « sous l’ombre de la paix qu’ils avaient faite auparavant avec notre Régence […], sont entrés dans notre port dans le moment de la dernière révolution », et bien qu’ils eurent « su que je m’étais emparé de mon pays et que j’étais victorieux, ils ont pris tous les bâtiments tunisiens qui étaient dans le port et les ont conduits à Malte, contre toutes sortes de droits ». Par conséquent, implora-t-il : « je vous prie de vouloir bien obliger les Maltais à restituer nos bâtiments et de leur reprocher leurs mauvais procédés »54.

30Évidemment, Muḥammad Bey n’eut pas gain de cause. Une réplique des Maltais aurait fait valoir, par exemple, que les navires emportés étaient alors censés appartenir encore à Ali Pacha, avec lequel ils avaient un pacte, et qu’ils lui auraient servi pour passer à Malte, s’il avait vécu. Et que dans tous les cas, les Algériens ne les auraient pas laissés, aussi bien comme butin de guerre que comme moyens de transport pour les troupes et les richesses pillées. Du point de vue maltais, la prise ne pouvait être que légale et légitime. Dans sa lettre du 30 octobre 1756 adressée au consul de France à Tunis, de Fleury s’était exprimé dans ce sens :

  • 55  De Fleury à Sulauze, le 30 octobre 1756, ibid., t. 2, p. 525.

Le Bey d’aujourd’hui a trop de bon sens pour ne pas démêler les véritables vues de ma campagne et de ma conduite. Les malheurs qui suivent les changements de gouverneur dans un pays comme celui que vous habitez fournissent ordinairement trop d’occasions de remplir la fin de nos constitutions pour que l’ordre ne cherche point à s’y rendre utile55.

  • 56  Gazette de France, du 21 septembre 1737, de Malte, le 10 août 1737.

31Muḥammad Bey n’était sans doute pas dans l’ignorance de tels arguments. Il avait été lui-même l’initiateur d’une pareille entreprise de connivence avec l’Ordre de Malte, 19 ans plus tôt, alors que le camp de son père se trouvait en plein désarroi face à Ali Pacha et ses alliés. Une correspondance de Malte, du 10 août 1737, rapporta qu’un « Vaisseau François arriva icy de Tunis il y a quelque temps, & le Capitaine de ce Bâtiment remit au Grand Maistre une lettre, par laquelle le Dey de Tunis […] prioit le Grand Maistre & l’Ordre de Malte par la mesme lettre, de le secourir contre l’Usurpateur & contre les Rebelles »56. La suite donna à savoir que :

  • 57  Ibid.

Le Grand Maistre & le Conseil ordonnerent aussi-tost au Bailly de Vignacourt, General des Galeres de l’Ordre, de se rendre sur la coste d’Afrique avec trois Vaisseaux & ses Galeres, & de faire tout ce que l’interest de l’Ordre pourroit exiger57.

32La chronique Mechra el Melki le confirme :

  • 58  Al-Ṣaghīr ibn Yūsuf, Mechra el Melki…, op. cit., p. 182.

Mohammed-Bey envoya un émissaire à Malte pour négocier un traité avec le Grand-Maître ; la paix fut conclue entre eux, et les navires de Malte vinrent librement commercer à Sousse, apportant et emportant tout ce qu’ils voulaient. Le prince affréta pour son compte toutes les galiotes qu’il trouva dans le port de Sousse et, accompagné d’un grand navire chargé de chrétiens de Malte, se mit à arrêter et à capturer en mer tous les navires partant de Sfax, de Djerba et des autres ports du sud pour aller à Tunis58.

33De même Mohamed-Hedi Cherif dans sa monographie du règne de Hussein ben Ali Bey :

  • 59  Mohamed-Hedi Cherif, Pouvoir et société…, op. cit., t. II, p. 165.

Muh’ammad, fils de H’usayn bin ‘Alî, conclut une trêve et même une alliance avec l’ordre des Chevaliers de Malte dont les vaisseaux vinrent stationner au large des côtes sahéliennes et en éloignèrent les corsaires de Tunis et de Sfax59.

  • 60  Ettore Rossi, « Relazioni tra i gran Maestri dell’ordine di Malta e i Bey di Tunisi dal 1642 al 17 (...)
  • 61  Ibid.
  • 62  Ibid.

34Publiée par Ettori Rossi, la lettre de Muḥammad bin Hussein Bey, en date du « début dhou al-qi’da 1149 » (début mars 1737), est d’abord un parfait exemplaire d’une missive conciliante d’un prince maghrébin du milieu du xviiie siècle au commandant suprême de la puissance chrétienne la plus haïe des Maghrébins de l’époque60. Ayant évoqué les mérites de son père dans ses rapports avec Malte, le prince tunisien s’appliqua à présenter les adversaires de son camp comme des ennemis communs, étant donné qu’en le bloquant par mer, ils portaient atteinte à la navigation des Chrétiens, ce qui serait « un affront que personne ne pourrait accepter et un préjudice contraire aux vieilles [bonnes !] coutumes entre Chrétiens et Musulmans »61. L’intervention de l’Ordre serait dès lors « une preuve d’amitié à notre égard et un service à nous rendre », mais aussi et à la fois au trafic naval des Européens, les Français et les Anglais en particulier. À cette fin, les vaisseaux de l’Ordre auraient, « par firman », les ports de Sousse et de Monastir à la disposition, « où ils auraient la liberté de se ravitailler à leur guise », sans compter « les bontés qu’ils auraient gracieusement de notre part ». Ils auraient encore comme gain, en plus de la bénédiction divine, la capture « du brigantin de Sfax et des corsaires de Tunis »62.

  • 63  Gazette d’Amsterdam du 25 novembre 1740, de Malte, le 10 octobre 1740. Voici la suite de l’article (...)

35Un incident, en marge de l’intervention maltaise à Sousse en 1740, mérite encore d’être évoqué. Il parait être en rapport avec les interdits pontificaux mentionnés plus haut, et en fournir un exemple concret. À la suite de la mort de Husein Bey en mai 1740, l’un de ses fils, Maḥmoud, parvint à s’évader de Sousse à Malte. Une correspondance de cette île rapporta : « Le Fils de l’ancien Bey de Tunis détrôné & dernièrement assassiné par son Neveu, arriva ici il y a quelques jours à bord d’un Bâtiment François »63. Mais il s’avéra que la présence du prince tunisien à Malte avait suscité du mécontentement et donné lieu à un conflit de compétences. En effet, on apprit de Rome que :

  • 64  Sur les rapports entre l’Ordre et l’inquisiteur, voir Alain Blondy, L’Ordre de Malte au xviiie siè (...)
  • 65  Gazette de France du 24 décembre 1740, de Rome, le 3 novembre 1740.

[…] le Cardinal Valenti Gonzaga a eu plusieurs conferences avec l’Ambassadeur de Malte au sujet des differends survenus entre le Conseil de la Religion & le sieur Gualterio qui reside à Malte en qualité d’Inquisiteur64, & qui a menacé d’excommunier le Grand Maistre & les Chevaliers, s’ils n’obligeoient le fils du Bey de Tunis de sortir de leur Isle65.

36S’agissait-il alors, du point de vue dudit inquisiteur et celui de ce qu’il représentait, d’un cas flagrant d’atteinte ou de transgression aux mêmes interdits pontificaux ?

  • 66  Voir Lucette Valensi, « Les relations commerciales entre la Régence de Tunis et Malte au xviiie si (...)
  • 67  De Sulauze à Machault, Tunis, le 11 janvier 1757, dans Eugène Plantet, Correspondance des Beys de (...)

37Dans tous les cas, pour revenir aux évènements de 1756, les frustrations et les rancœurs éprouvées par Muḥammad ben Hussein Bey pour la perte de ses vaisseaux n’avaient pas entraîné la rupture des relations commerciales informelles avec Malte66. Dans son courrier du 11 janvier 1757, le consul de France donna à savoir que « Sidi Ali », le frère de Muḥammad Bey (et son successeur de 1759 à 1782), avait « nolisé à Sfax le bâtiment du capitaine Broutin pour porter à Malte un chargement d’huile, avec ordre de la vendre et d’en employer le produit à l’achat de diverses étoffes pour son usage personnel et celui de sa maison »67.

38Aussi fâcheuses qu’elles aient été tout au long des trois siècles et demi de leur existence, les relations entre Malte, sous la domination de l’Ordre de Saint-Jean, et les États et les populations du Maghreb ne cessent à présent de constituer un sujet passionnant de recherches historiques.

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Notes

1  Voir Mohamed-Hedi Cherif, Pouvoir et société dans la Tunisie de H’usayn bin ‘Ali (1705-1740), Tunis, Publications de l’Université de Tunis, 1984 (2 volumes).

2  Gazette de France du 21 février 1756, de Tunis, le 31 décembre 1755. Toutes les citations respectent l’orthographe et les majuscules originales. Seuls les caractères en italiques ont été mis en roman, et les majuscules ont été accentuées.

3  Voir en aperçu les participations maltaises aux expéditions des xvie et xviie siècles : Anne Brogini, Malte, frontière de chrétienté (1530-1670), Rome, Publications de l’École française de Rome, 2005, chapitre « La participation constante aux conflits en Méditerranée - Les conflits incessants entre chrétiens et musulmans » ; Anne Brogini, « Milice de Dieu, milice du Prince. L’ordre de Malte en Méditerranée au début de l’époque moderne », dans José Javier Ruiz Ibáñez et Serge Brunet (éd.), Les milices dans la première modernité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015, p. 43-56.

4  Hamburgischer Correspondent du 24 septembre 1756, de Madrid, le 1er septembre 1756. Il y est question de l’invocation de l’Ordre par Ali Pacha. L’information, y est-il précisé, parvint par « un navire maltais venu à Malaga ».

5  Anne Brogini, « Des échanges contraints aux échanges assumés. Malte et la Régence de Tunis dans la première modernité », Cahiers de la Méditerranée, no 84, 2012, p. 33-47, ici p. 41.

6  Gazette d’Amsterdam du 1er octobre 1756, de Naples, le 8 septembre 1756.

7  Gazette de Berne du 18 septembre 1756, de Rome, le 4 septembre 1756.

8  Wienerisches Diarium du 29 septembre 1756, de Gênes, le 4 septembre 1756.

9  Gazette de France du 2 octobre 1756, de Livourne, le 13 septembre 1756. Voir aussi Gazette de Leyde du 28 septembre 1756, de Livourne, le 4 septembre 1756 ; Courrier d’Avignon du 1er octobre 1756, de Toulon, le 25 septembre 1756. En P.S., l’auteur de l’article ajoute : « On apprend en ce moment par des Lettres de Livourne que le Bey d’Alger s’est emparé de Tunis, & que le Bey de cette dernière Ville s’est embarqué sur des Galères de Malte qui y étoient depuis quelque tems ; on attend un détail de cet évenement ».

10  Courrier d’Avignon du 15 octobre 1756, de Gênes, le 2 octobre 1756.

11  Gazette de Brunswick du 30 octobre 1756, de Rome, le 10 octobre 1756. Voir aussi Wienerisches Diarium du 3 novembre 1756, de Rome, le 9 octobre 1756.

12  Courrier d’Avignon du 3 décembre 1756, de Barcelone, le 20 novembre 1756.

13  Gazette de Brunswick du 30 octobre 1756, de Rome, le 10 octobre 1756.

14  Gazette de Leyde du 24 décembre 1756, de Naples, le 30 novembre 1756.

15  Gazette de Brunswick du 30 octobre 1756, de Rome, le 10 octobre 1756.

16  Gazette d’Amsterdam du 1er octobre 1756, de Naples, le 8 septembre 1756.

17  De Sulauze à de Machault, Tunis, 22 septembre 1756, dans Eugène Plantet, Correspondance des Beys de Tunis et des consuls de France avec la Cour, Paris, Félix Alcan, 1894, t. 2 (1700-1770), p. 517.

18  Cet ouvrage, de Muḥammad al-Ṣaghīr ibn Yūsuf, source incontournable pour l’histoire tunisienne du xviiie siècle, parut d’abord en traduction française, faite par Victor Serres et Mohammed Lasram, dans la Revue Tunisienne, tome II (1895) à tome VII (1900), sous le titre : Mohammed Seghir ben Youssef, « Soixante ans d’histoire de la Tunisie (1705-1765), documents pour servir à l’histoire des quatre premiers beys de la famille d’Ali Turki » ; puis comme livre intitulé : Mechra el Melki. Chronique tunisienne (1705-1771), pour servir à l’histoire des quatre premiers Beys de la famille Husseinite, Tunis, Imprimerie rapide [L. Nicolas], 1900 ; une 2e édition fut publiée à Tunis, en 1978, par les éditions Bouslama. Nous citons l’œuvre d’après la seconde édition en tant que : al-Ṣaghīr ibn Yūsuf, Mechra el Melki. Nous nous référons également à l’édition arabe de l’œuvre d’al-Ṣaghīr ibn Yūsuf, éditée (en 2 volumes) par Faouzi Mostghanmi :

محمد الصغيّر بن يوسف، التكميل الشافي للغليل على كتاب العبر لعبد الرحمان ابن خلدون. تحقيق محمد فوزي المستغانمي، مراجعة منيرة شابوتو الرمادي، قرطاج: المجمع التونسي للعلوم والآداب والفنون ‹بيت الحكمة›، 2022.

19  Al-Ṣaghīr ibn Yūsuf, Mechra el Melki…, op. cit., p. 391.

20  Ibid., p. 385.

21  De Sulauze à de Machault, Tunis, 22 septembre 1756, dans Eugène Plantet, Correspondance des Beys de Tunis…, op. cit., t. 2, p. 517.

22  Courrier d’Avignon du 2 avril 1756, de Gênes, le 20 mars 1756.

23  Pons-François de Rosset de Fleury, né en 1727, général des galères de Malte en 1751, ambassadeur de l’Ordre à Paris de 1767 à 1774.

24  À défaut de données précises, la date du 17 juin (1756) aiderait à décerner celle de la prise de contact d’Ali Pacha avec l’Ordre de Malte, sachant que « les Algériens ont paru le 10 juin devant le Kef », tombé le 23. (Voir de Sulauze à de Michault, Tunis, 2 juillet 1756, dans Eugène Plantet, Correspondance des Beys de Tunis…, op. cit., t. 2, p. 498).

25  De Sulauze à de Michault, Tunis, 2 juillet 1756, ibid., t. 2, p. 498.

26  Anne Brogini, « Des échanges contraints… », art. cit., p. 36.

27  Cité d’après une note de bas de page d’Eugène Plantet, Correspondance des Beys de Tunis…, op. cit., t. 2, p. 499.

28  Voir le « Journal du siège de Tunis », Tunis, 2 juillet 1756, ibid., t. 2, p. 500-505. 

29  De Sulauze à de Machault, Tunis, 2 juillet 1756 : « Les Algériens ont paru le 10 juin devant le Kef, qu’ils ont pris et pillé le 23 du même mois, par suite de la trahison d’une grande partie des assiégés. » Ibid., t. 2, p. 498.

30  Le « Journal du siège de Tunis » du consulat de France à Tunis (ibid., t. 2, p. 503) rapporte, à la date du 27 août 1756, qu’« il arriva aux Algériens un renfort de 2 000 Turcs qu’on fit venir partie de Constantine et partie de Bône, où ils avaient été débarqués par des chebecks qui, ayant appris en passant que les galères et les vaisseaux de Malte étaient à La Goulette où ils devaient descendre, les avaient laissés dans cette ville, pour continuer de là leur route par terre jusqu’à Tunis ».

31  De Sulauze donna sur la mort de Mohammed Bey le récit suivant : « Sidi Mamet [tentant de s’enfuir avec son père] fut pris le premier à une demi-lieue de la ville, et sur-le-champ on lui coupa les oreilles et ensuite la tête qu’on apporta au bout d’une lance, pour être exposée au lieu destiné pour les têtes des Beys ; le Pacha fut arrêté une heure après et conduit sur-le-champ au camp, où il a été mis à la chaîne pour être mené à Alger. » Eugène Plantet, Correspondance des Beys de Tunis…, op. cit., t. 2, p. 504. Voir, sur le même sujet, al-Ṣaghīr ibn Yūsuf, Mechra el Melki…, p. 382.

32  « La saisie des corsaires tunisiens dans le port de La Goulette, saisie qu’explique le bailli de Fleury, ne fut ordonnée qu’au moment où quatre des principaux ministres du Bey vinrent chercher un asile à bord du vaisseau de Malte, en annonçant au bailli la victoire des Algériens. » Eugène Plantet, note de bas de page dans Correspondance des Beys de Tunis…, op. cit., t. 2, p. 499. Plantet se réfère sans doute au document intitulé « Relation de la prise faite dans le port de La Goulette par les galères du Bailli de Fleury, Capitaine général de l’escadre de la Religion de Malte, le 13 octobre 1756 (Archives des Affaires Étrangères, Consulat d’Alger) », dont il fait mention dans sa Correspondance des Deys d’Alger avec la Cour de France 1579-1833, Paris, F. Alcan, 1889, t. 2, p. 228.

33  Voir lettre du bailli de Fleury aux consuls de France, d’Angleterre et de Hollande à Tunis : « En rade de La Goulette, à bord de la “Capitane”, 2 septembre 1756 », dans Eugène Plantet, Correspondance des Beys de Tunis…, op. cit., t. 2, p. 498-500.

34  Ibid. Voir Gazette de France du 25 septembre 1756, de La Goulette, le 24 août 1756.

35  De Fleury à Sulauze, le 30 octobre 1756. Lettre citée par Eugène Plantet en bas de page dans Correspondance des Beys de Tunis…, op. cit., t. 2, p. 525.

36  Ibid.

37  Ibid.

38  Le bailli de Fleury aux consuls de France, d’Angleterre et de Hollande à Tunis, ibid., p. 499.

39  Le « Journal du siège de Tunis », ibid., p. 505. Une correspondance de Malte, du 6 septembre 1756, dans la Gazette de France du 30 octobre 1756, donna une description détaillée des évènements de la prise de Tunis et de l’action de Fleury. Voir le même rapport, en langue allemande, dans Wienerisches Diarium du 4 décembre 1756, de Malte, le 6 septembre 1756.

40  Gazette de France du 30 octobre 1756, de Malte, le 6 septembre 1756.

41  Voir entre autres Gazette de Cologne, supplément du 5 novembre 1756, de Malte, le 17 septembre 1756 ; Wienerisches Diarium du 17 novembre 1756, de Malte, le 7 octobre 1756.

42  Al-Ṣaghīr ibn Yūsuf, Mechra el Melki…, op. cit., p. 365. D’après l’édition arabe, ce fut Hassan Bey de Constantine qui lui colla ce surnom, voir :

244 محمد الصغيّر بن يوسف، التكميل الشافي للغليل، مصدر مذكور، ج 2 ص.

Une anecdote dans l’édition arabe raconte que vers la fin de septembre 1756, un palefrenier arriva au quartier de Bab Mnara avec un cadavre sur le dos de son mulet, et lorsqu’on lui demanda qui était le mort, il répondit que c’était « Ali le Maltais, Ali Pacha » (هذا علي المالطي علي باشا), voir :

محمد الصغيّر بن يوسف، التكميل الشافي للغليل، مصدر مذكور، ج 2 ص264.

43  Voir :

أحمد ابن أبي الضياف، اتحاف أهل الزمان بأخبار ملوك تونس وعهد الأمان، تونس، كتابة الدولة للشؤون الثقافية والأخبار، ج 2 ص 148.

44  Estimée, selon la même source, à 100 000 piastres.

45  Al-Ṣaghīr ibn Yūsuf, Mechra el Melki…, op. cit., p. 364.

46  .244محمد الصغيّر بن يوسف، التكميل الشافي للغليل، مصدر مذكور، ج 2 ص

47  De Sulauze à de Michault, Tunis, 22 septembre 1756, dans Eugène Plantet, Correspondance des Beys de Tunis…, op. cit., t. 2, p. 510-513.

48  Ibid.

49  De Sulauze à de Michault, Tunis, 3 décembre 1756, ibid., t. 2, p. 530.

50  Ibid.

51  De Sulauze à de Michault, Tunis, 6 novembre 1756, ibid., t. 2, p. 529.

52  De Machault écrivit à de Sulauze, de Fontainebleau, le 25 octobre 1756 : « Sa Majesté a voulu s’assurer des moyens secrets qu’Ali-Bey avait pu employer pour trouver du secours, dans l’intérêt que les Maltais avaient de faire la guerre aux Algériens, leurs ennemis naturels, et l’ambassadeur de la Religion [le bailli de Froullay] n’a pu refuser de m’en remettre les preuves ». Ibid., t. 2, p. 524.

53  Mohammed, Bey de Tunis, à Louis XV, le 24 mars 1757 (écrit au commencement de la lune de Redgeb, l’an 1170 de l’hégire), ibid., t. 2, p. 533.

54  Mohammed, Bey de Tunis, au marquis de Moras, Tunis, le 25 juin 1757, ibid., t. 2, p. 539.

55  De Fleury à Sulauze, le 30 octobre 1756, ibid., t. 2, p. 525.

56  Gazette de France, du 21 septembre 1737, de Malte, le 10 août 1737.

57  Ibid.

58  Al-Ṣaghīr ibn Yūsuf, Mechra el Melki…, op. cit., p. 182.

59  Mohamed-Hedi Cherif, Pouvoir et société…, op. cit., t. II, p. 165.

60  Ettore Rossi, « Relazioni tra i gran Maestri dell’ordine di Malta e i Bey di Tunisi dal 1642 al 1756 », Revue Tunisienne, no 10, 1932, p. 193-216. Dans une autre publication, E. Rossi en fait la mention suivante : « Tre lettere in arabo dirette da Husein Pascià e Mohammed Bey di Tunisi al Gran Maestro di Malta in data 1737. (Archivio dell’Ordine a Malta, vol. 6392) », dans Ettore Rossi, Manoscritti e documenti orientali nelle Biblioteche e negli Archivi di Malta, Livourne, Tip. Raffaello Giusti, 1930, p. 11.

61  Ibid.

62  Ibid.

63  Gazette d’Amsterdam du 25 novembre 1740, de Malte, le 10 octobre 1740. Voici la suite de l’article : « Ce Prince faisoit son séjour à Toura [Sousse], dont les Habitans paroissoient favoriser encore le Parti de son Père ; mais une Revolte survenue dans cette Ville l’obligea de se sauver en Chemise par une Fenêtre ; Heureusement il gagna le Bâtiment François, qui le reçût à son bord. Il partira dans peu pour se rendre en France, afin d’y implorer la Protection du Roi, qu’il espere d’obtenir, d’autant plus que S.M.T.C. n’est pas contente de la conduite du nouveau Bey envers la Nation Françoise ».

64  Sur les rapports entre l’Ordre et l’inquisiteur, voir Alain Blondy, L’Ordre de Malte au xviiie siècle. Des dernières splendeurs à la ruine, Paris, Bouchène, 2002, p. 133.

65  Gazette de France du 24 décembre 1740, de Rome, le 3 novembre 1740.

66  Voir Lucette Valensi, « Les relations commerciales entre la Régence de Tunis et Malte au xviiie siècle », Les Cahiers de Tunisie, no 43, 1963, p. 71-83.

67  De Sulauze à Machault, Tunis, le 11 janvier 1757, dans Eugène Plantet, Correspondance des Beys de Tunis…, op. cit., t. 2, p. 531.

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Pour citer cet article

Référence papier

Mounir Fendri, « La fausse conversion et la vraie fin d’Ali Pacha de Tunis (1756) : Un cas d’intervention de l’Ordre de Malte dans un conflit intermaghrébin  »Cahiers de la Méditerranée, 111 | 2025, 247-259.

Référence électronique

Mounir Fendri, « La fausse conversion et la vraie fin d’Ali Pacha de Tunis (1756) : Un cas d’intervention de l’Ordre de Malte dans un conflit intermaghrébin  »Cahiers de la Méditerranée [En ligne], 111 | 2025, mis en ligne le 20 juillet 2026, consulté le 14 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cdlm/20245 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16lo6

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Auteur

Mounir Fendri

Mounir Fendri est un germaniste tunisien, professeur de littérature et civilisation allemandes à l’Université de la Manouba/Tunis. Ses recherches portent sur l’histoire des relations entre les espaces socio-culturels tuniso-maghrébin et euro-germanique.

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