N° 31, 2027 – Le spatial et le sensible dans les espaces scolaires
Argumentaire
Ce numéro 31 de la revue Contextes et Didactiques s’inscrit dans la continuité de la journée d’étude du même nom, organisée à l’initiative de plusieurs membres du laboratoire LIRDEF, qui s’est déroulée le 12 mars 2026 à la Faculté d’Éducation de l’Université de Montpellier
Cette journée d’étude a permis d’ouvrir un espace de dialogue et de réflexion sur la manière dont les espaces d’enseignement mobilisent et problématisent l’horizon à partir duquel les élèves éprouvent le monde. Par leur bâtiment et leur environnement matériel, les institutions scolaires déploient un certain ordre des choses à travers une organisation spatiale qui oriente l’engagement du sujet dans son milieu. Ainsi, à l’école, les élèves appréhendent le monde par le filtre d’usages institutionnalisés et de pratiques éducatives façonnées par l’architecture même de l’édifice.
Au sein des établissements scolaires, les élèves prolongent leurs usages de l’espace antérieurs à leur scolarisation et s’initient collectivement à de nouvelles façons de l’occuper. Comme opérateur de sociabilité, cet espace physique distribue les positions spatiales. Il agence les rapports entre le corps et l’espace (Musset, 2012) et contribue au développement d’une sensibilité à l’espace qui en accompagne la compréhension objective (Limido, 2015) dans le cadre des apprentissages.
L’espace physique du bâtiment scolaire est à l’image d’un nœud où s’entrelacent des idées éducatives et des temporalités différentes (Mazalto, 2008) : celles des pédagogies, des textes réglementaires et des pratiques réelles des usager-e-s. Dans la continuité des réflexions sur l’architecture scolaire portées par des historien-ne-s et pédagogues interrogeant la fonction d’apprentissage endossée par un type d’édifice spécifique (Châtelet, Le Cœur, 2004), nous souhaitons étudier l’articulation du spatial et du sensible dans les lieux d’enseignement et les possibilités concrètes d’occuper l’espace, de s’éduquer et de s’instruire avec. Le sensible, c’est ici pour nous ce qui « englobe à la fois du sensoriel (ce que nous pouvons éprouver par nos sens), du signifiant (le sens donné à ce qui est vécu par les sens) et du qualifiant (le rapport affectif que cela peut produire) » (Manola, 2020, p. 122).
Dans le débat public contemporain, l’environnement scolaire est abordé en tant qu’objet sous un prisme matériel et dans le contexte de réchauffement climatique. L’isolation thermique et la dégradation du bâti questionnent régulièrement la qualité de ces espaces, les conditions d’apprentissages des élèves et de travail des enseignant-e-s. Pour les pouvoirs publics, la qualité du bâtiment scolaire favorise ou empêche les apprentissages, elle encourage ou compromet le bien-être à l’école, la réussite scolaire et plus largement l’égalité des chances des apprenant-e-s. Ces approches matérielles envisagent les espaces d’enseignement comme des objets visant à remplir des fonctions. Elles demeurent toutefois muettes à l’endroit des usages de ces espaces où s’opèrent les expériences concrètes et sensibles des sujets. Or, les usages de l’espace sont imprégnés d’affects résultant de l’interaction entre le corps et l’espace. La variété des expériences spatiales possibles dans un édifice accroît la disponibilité aux sensations (Bonicco-Donato, 2024) et au-delà la conscience en ses capacités d’action sur le monde (Dewey, 1934).
Nous souhaitons ainsi concentrer notre étude sur les expériences des espaces scolaires du point de vue des usagères et usagers qui les éprouvent. Il s’agit ainsi de focaliser notre attention sur une approche sensible du spatial. Cette approche permet d’envisager une pluralité de questionnements que ce numéro thématique de Contextes et didactiques propose d’explorer sur le mode de la réflexivité théorique et conceptuelle, mais aussi par des restitutions d’expériences et de mises en œuvre, la présentation de projets de recherche, de projets architecturaux ou encore d’outils et de méthodes. Nous souhaitons également ouvrir cette réflexion au-delà du spectre étroit des espaces scolaires « occidentaux » en mobilisant des propositions issues de recherches situées dans des contextes culturels et bioclimatiques, éclairant ainsi par hétérotopie les formes que peut prendre l’expérience sensible des usagers au sein d’ambiances architecturales scolaires extraoccidentales.
Notre problématique centrale s’articule donc autour du lien entre spatial et sensible, espaces d’apprentissages et expérience vécue. Pour réfléchir à cette articulation, nous souhaitons rassembler des approches plurielles venues de champs disciplinaires différents (sciences de l’éducation et de la formation, géographie, études architecturales, aménagement et urbanisme, sociologie, esthétique, philosophie, anthropologie, psychologie, entre autres) empruntant aussi bien aux analyses sociohistoriques que sociospatiales ou plus directement sensibles et esthétiques de l’espace scolaire. Notre questionnement peut ainsi se décliner en plusieurs sous-questions qui sont autant d’entrées possibles pour les contributions :
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Comment la sensibilité spatiale peut-elle contribuer aux apprentissages ?
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Qu’est-ce que signifie être affecté par l’espace scolaire lorsque que l’on se construit en tant que sujet ?
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Comment favoriser l’éducation (ou la formation) de l’attention sensible aux espaces scolaires ? Quels dispositifs pédagogiques et didactiques permettraient de rendre davantage conscients les usagers des espaces scolaires à leur propre expérience sensible de ces lieux ?
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Quelles sont les implications éthiques et politiques de la conception architecturale des espaces scolaires ?
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Quels sont les effets d’une structuration spatiale et architecturale de l’espace scolaire sur les usager-e-s de ces lieux ? Comment accéder (en recherche) à la compréhension de ces effets du spatial sur le sensible ?
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Comment (re)penser les espaces scolaires pour qu’ils contribuent à renforcer la qualité du climat scolaire et à favoriser des situations d’apprentissage qui participent à une émancipation et un épanouissement des usagers ?
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Dans un contexte de rénovation du bâti scolaire lié notamment au changement climatique, comment concevoir des espaces scolaires qui répondent davantage aux enjeux socioécologiques actuels tout en permettant le déploiement de pratiques pédagogiques qui engagent davantage les élèves dans leurs apprentissages ?
Les propositions pourraient s’inscrire dans un des axes de recherche suivants, au croisement de plusieurs d’entre eux ou encore venir les déborder :
Axe 1 : Enquêter sur l’expérience sensible des usagers des espaces scolaires
Le premier axe invite à explorer un certain nombre de méthodologies qui permettent d’enquêter sur la dimension sensible des espaces scolaires telle qu’elle est vécue par ses usagers (élèves, étudiants, enseignants, personnels éducatifs). Plusieurs pratiques émergentes dans le champ de la géographie culturelle, de l’architecture et de l’urbanisme, des arts et de l’esthétique et plus généralement des sciences humaines et sociales nous semblent ainsi particulièrement intéressantes en ce sens : cartographie sensible, diagnostic sensible, projet artistique, projet de recherche-création, pratiques phénoménologiques, entretien d’explicitation portant sur le vécu spatial, entres autres. Cette liste n’est pas exhaustive et les auteurs sont ici invités à partager leurs recherches, leurs retours d’expérience, leurs tentatives de mises en œuvre ainsi que les cadres théoriques et réflexifs qui fondent ces méthodologies.
Axe 2 : Comprendre l’organisation spatiale des espaces scolaires et leurs effets sur les subjectivités
Ce second axe vise à comprendre comment l’organisation spatiale des espaces scolaires a structuré la construction des subjectivités et des expériences sensibles. Les contributeurs sont ici invités à présenter leurs recherches à partir de perspectives qui peuvent être historiques, anthropologiques, sociopolitiques, littéraires, philosophiques, ou encore liées aux représentations de ces espaces. Il s’agit ainsi de mieux documenter la manière dont les configurations spatiales des établissements scolaires ont affecté l’expérience sensorielle et affective des usagers de ces espaces scolaires ainsi que le sens qu’ils en émergent, au regard d’enjeux aussi bien socioculturels, que techniques, bioclimatiques ou encore sanitaires et éducatifs. Au-delà des analyses déjà bien établies sur la structuration d’une « forme scolaire » normative, c’est bien ici la compréhension des effets d’une certaine mise en ordre matérielle sur la sensibilité et la construction de la subjectivité des usagers qu’il s’agira de documenter en essayant de toujours situer au mieux les analyses présentées dans leur contexte d’émergence. À ce titre, sont aussi bienvenues les contributions portant sur les politiques publiques qui conditionnent la fabrique des espaces scolaires et les modalités de leur expérience.
Axe 3 : Dispositifs didactiques et pratiques pédagogiques dans l’espace : configurations matérielles et situations d’apprentissage
Ce troisième axe entend interroger la forme même que peuvent prendre les apprentissages au regard de l’expérience spatiale et sensible que les élèves et les enseignants éprouvent au quotidien dans les classes, mais aussi dans les cours d’école ou encore dans les espaces dits de « classe dehors ». Les pratiques pédagogiques et les dispositifs didactiques développés par les enseignants sont en effet toujours dépendants de configurations spatiales et temporelles qui rendent possible certaines situations d’apprentissage et font obstacle à d’autres. Il s’agira ainsi d’envisager aussi bien : 1) les retours d’expériences vécues d’enseignants confrontés à une reconfiguration de leurs espaces scolaires avec l’irruption parfois imposée d’espaces dits innovants (type learning lab, cour végétalisée…) ; 2) les processus qui conduisent une équipe pédagogique à reconfigurer les espaces scolaires de leurs établissements à partir de leur expérience sensible. Autrement dit, les contributions pourraient ici nous permettre de mieux comprendre ce que font les espaces scolaires à l’expérience sensible des enseignantes et comment cela se traduit dans leurs pratiques pédagogiques et d’un point de vue didactique, mais aussi ce que fait l’intentionnalité enseignante (informée par une conscience réfléchie de leur expérience sensible des espaces scolaires) aux configurations spatiales instituées.
Axe 4 : Retours d’expériences et études de cas sur des projets émergents ou réalisés
Cet axe s’adresse plus directement aux acteurs professionnels de construction, de la réhabilitation ou de la rénovation des espaces scolaires (architectes, programmateurs, membres de bureau d’étude, mais aussi élus, cadre de la fonction publique ou toute personne ayant une responsabilité sur ces questions). Il s’agit ici de présenter des démarches de conception, d’accompagnement et de mise en œuvre en mobilisant des éléments de terrains, des documents opérationnels (plans, maquettes). L’ambition est de pouvoir documenter les apports émergents de réalisations originales dans des contextes socioculturels et bioclimatiques différents (espaces métropolitains, mais aussi tropicaux par exemple) afin de permettre un partage de pratiques et la construction de communs pédagogiques sur ces sujets.
Modalités de soumission et calendrier
Les personnes intéressées sont invitées à soumettre une proposition de leur article avant le 15 janvier 2027 par voie électronique à l’adresse de la revue, ainsi qu’aux coordonnateurs du numéro thématique : contextes.didactiques@univ-antilles.fr, cecile.bourgade@umontpellier.fr, clement.barniaudy@umontpellier.fr
Les propositions prendront la forme d’un fichier d’une à deux pages maximum, rédigé en français et comprenant : un résumé de l’article (entre 3000 et 5000 signes), un titre provisoire, 5 mots-clefs, le nom du ou des auteurs et leur affiliation, et une courte bibliographie (500 signes max.).
Les propositions de résumé seront évaluées par l’équipe de coordination de ce numéro dès leur réception.
Les articles complets sont ensuite attendus pour le 30 juin 2027 par voie électronique à l’adresse de la revue, ainsi qu’aux coordonnateurs du numéro thématique : contextes.didactiques@univ-antilles.fr, cecile.bourgade@umontpellier.fr, clement.barniaudy@umontpellier.fr
Le texte ne doit pas dépasser 50 000 signes (espaces compris) et doit inclure un résumé de 250 mots environ, en français et en anglais, indiquant les éléments essentiels du travail, sans références bibliographiques. Chaque présentation doit être accompagnée d’une lettre de l’auteur mentionnant que :
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le manuscrit n’est pas et ne sera pas soumis à une autre publication ;
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que tous les cosignataires de l’article ont lu et approuvé l’article présenté.
Les propositions d’articles complets seront soumises à une double expertise en aveugle, puis au comité éditorial.
Calendrier
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Envoi des résumés : 15 janvier 2027
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Envoi des articles : 30 juin 2027
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Retour de l’expertise aux auteurs : 1er novembre 2027
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Réception de la version finale de l’article : 1er février 2028
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Parution du numéro : 15 juin 2028
Pour toute information (politique éditoriale, recommandations aux auteurs, feuille de style), veuillez consulter les informations sur le site de la Revue Contextes et Didactiques : https://journals.openedition.org/ced/279
Tous les numéros parus sont intégralement disponibles en ligne et accessibles gratuitement : https://journals.openedition.org/ced/
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