Le détail culturel et temporel : l’exemple de l’anniversaire dans Germinie Lacerteux
Résumés
Cet article ethnocritique étudie un détail temporel du roman Germinie Lacerteux des frères Goncourt : la fête de naissance. Outre qu’il est signifiant dans une formation culturelle historiquement située, le détail de l’anniversaire ordonnance la chronologie du récit : il n’est dès lors pas « structuralement superflu », pour paraphraser Barthes dans son célèbre article sur « l’effet de réel ». Les trois étapes de l’analyse ethnocritique servent de fil conducteur à la lecture : reconnaissance ethnographique du détail producteur d’un « effet de culture », resémantisation ethnologique et enfin réinscription du détail dans les logiques culturelles de l’œuvre (plus spécifiquement les logiques culturelles de la réciprocité, de la mésalliance, du malheur et de la datation seront examinées).
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Germinie Lacerteux, effet de réel, effet de culture, anniversaire, mésalliance, réciprocitéPlan
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- 1 Edmond de Goncourt, préface des Frères Zemganno, 1879, cité par Dominique Pety, « L’histoire du pré (...)
- 2 Roland Barthes, « L’effet de réel », Littérature et réalité, Paris, Seuil, coll. « Essais », 2015, (...)
- 3 Philippe Dufour, « L’excès de réel », Le réalisme. De Balzac à Proust, Paris, PUF, coll. « Premier (...)
- 4 Roland Barthes, « L’effet de réel », op. cit., p. 81.
- 5 Ibid., p. 82.
- 6 Sur cet extrait, voir Pierre Popovic qui analyse dans la perspective sociocritique le détail de la (...)
- 7 Ibid.
- 8 Ibid.
1L’esthétique réaliste valorise « l’emmagasinement d’observations » et mobilise « l’amassement d’une collection de documents humains1 », ce qui la conduit à multiplier les détails aux formes et aux valeurs diverses (objet, aliment, geste, vêtement, etc.). De l’« effet de réel2 » à son « excès3 », la critique qui la questionne et l’étudie s’est particulièrement intéressée aux dimensions visuelle, descriptive, historique, poétique des détails, confirmant qu’ils sont surtout des données de l’espace, des objets, des éléments de décor. Or peuvent-ils avoir une configuration temporelle ? Est-ce que les marqueurs de temps constituent des détails ? On a retenu, avec raison, de l’article de Barthes sur les « effets de réel » le baromètre de Félicité, mais le célèbre critique commente aussi cet extrait de l’Histoire de la Révolution française de Michelet racontant la mort de Charlotte Corday : « au bout d’une heure et demie, on frappa doucement à une petite porte qui était derrière elle4. » Et Barthes de le gloser brièvement ainsi : « dans la phrase de Michelet, même difficulté à rendre compte structuralement de tous les détails : […] le temps que dura la pose, la dimension et la situation de la porte sont inutiles […]5. » Si on replace le détail temporel dans le cotexte d’où il est issu, il n’est pas « inutile », bien au contraire6. L’étude de la mise en texte indexe cette « heure et demie » sur la parole de la condamnée qui, à la vue du bourreau, laisse échapper ces deux mots : « Quoi ! déjà ! ». Le texte profile deux manières de décompter le temps. La première met l’accent sur la dimension arithmétique et sur la précision : c’est l’« heure et demie » du narrateur qui fait sien le temps de la loi, précis, rigoureux. La seconde se focalise sur la perception vécue : c’est le « déjà » de la captive qui voit le temps, incontrôlable, filer à toute vitesse. Pierre Popovic complète, dans une perspective sociocritique, l’interprétation du « temps de la pose » en affirmant qu’elle « participe d’une mise en scène temporelle qui fait se jouer l’un contre l’autre le temps de l’histoire, la postérité du portrait peint, la brièveté des passages à trépas et l’éternité de la mort. Le peintre est l’analogon de l’historien : il assure la survie mémorielle de l’événement7. » Une lecture ethnocritique voit et interprète surtout, dans la suite du récit, qui narre le cortège en route vers la guillotine, la surdétermination des cosmologies temporelles hétérogènes : le temps météorologique (« un violent orage éclata sur Paris […]. Le soleil revint haut et fort »), le temps des horloges et du calendrier (« il n’était pas sept heures du soir (19 juillet) ») et le temps de la nature (« dans l’auréole du couchant »). Loin d’être « insignifiants », ces détails sont l’indice du travail opéré par le texte sur les éléments tirés de sa culture : ils activent des usages et des rythmes variés du temps et de sa perception. C’est de cette interaction avec les façons plurielles de dire, de faire et de penser le temps que le texte « tire son capital de vraisemblance8 ».
- 9 Pour paraphraser Popovic qui parle d’étudier « l’ensemble des signes produits par une formation soc (...)
- 10 Voir notamment Robert Ricatte (La Création romanesque chez les Goncourt (1851-1870), Paris, Armand (...)
2À partir d’une lecture ethnocritique qui étudie la culture de l’œuvre, je voudrais éclairer l’aspect ethno-temporel des détails en actualisant les liens dynamiques, au cœur de la logique du récit, qui les unissent à d’autres détails, et en partant du constat que tous ces signes textuels sont signifiants dans une formation culturelle historiquement située9. Il s’agit donc d’examiner le détail temporel moins dans une perspective historienne ou narratologique que dans une perspective ethnocritique qui cherche à en cerner les « effets de culture ». Je me suis intéressée au roman Germinie Lacerteux, car la critique goncourtienne a largement insisté sur les ratés et le caractère lacunaire de la chronologie à l’œuvre dans ce roman. En général, on a reproché aux frères Goncourt l’imprécision, le manque d’exactitude, l’insuffisance, l’absence, l’inconséquence des détails relatifs aux composantes temporelles10. Selon Robert Ricatte, les auteurs
- 11 Robert Ricatte, op. cit., p. 271-272.
[…] tiennent peu compte [du temps] dans Germinie : […] le roman oscille donc entre des dates contradictoires. Fait plus grave, aucun des évènements ne s’inscrit nettement dans un contexte historique. […] Germinie Lacerteux, premier roman du peuple de Paris, n’est aucunement lié à l’histoire de ce peuple11.
- 12 Lazare Prajs, op. cit., p. 78.
- 13 Ibid., p. 81.
- 14 Ibid., p. 83.
- 15 Ibid., p. 78.
- 16 Philippe Dufour, op. cit., p. 61.
« Temps imprécis et confus12 », « absence de notion de temps13 », « temps nébuleux14 », Prajs affirme, à la suite de Ricatte, qu’« on ne sait pas à quelle époque se déroule l’intrigue15 ». Reconstituant les temps de la fiction à l’aune des références historiques, ces critiques ignorent que le roman des Goncourt orchestre une chronologique de l’ethno-détail qui prend appui sur le « calendrier, [le] rythme des saisons, [le] sommaire, plus que [sur] la date mémorable16 » et la grande Histoire.
Lecture ethnocritique du détail
- 17 Pierre Popovic, op. cit.
3Un détail temporel retiendra mon attention, celui de l’anniversaire, qui dans ce roman n’est, a priori, ni particulièrement notable ni incongru, sans pour autant être insignifiant. Je voudrais actualiser les sens pluriels de ce détail, qui sont issus, en grande partie, des liens que le texte établit avec « des savoirs et des discours disponibles dans l’espace socioculturel17 » et qui permettent de reconstruire les enjeux culturels du récit. On retrouve deux mentions dans le roman à des Béatrice2020-07-10T09:04:00Banniversaires. La première occurrence est la fête de Jupillon, la seconde celle de Mademoiselle de Varandeuil :
- 18 Edmond et Jules de Goncourt, Œuvres narratives complètes, tome VI, Germinie Lacerteux, édition d’Él (...)
À sa fête, une année, Germinie déplia devant lui un gros paquet : elle lui avait fait faire une tunique ; à peine si dans toute la pension, vingt de ses camarades étaient de famille assez aisée pour en porter18.
De l’argent ?... mais le jour de la fête de mademoiselle, je n’ai pas eu seulement pour lui donner des fleurs… Je lui ai acheté un bouquet de violettes d’un sou, ainsi ! Ah ! oui, de l’argent !... (169. Je souligne.)
- 19 Lazare Prajs, op. cit., p. 84. Si on les compare à l’anniversaire de Gervaise Macquart, scène placé (...)
4Dans les deux exemples, on peut déjà voir que le texte, peu soucieux du jour de la naissance et de l’âge exact des célébrés, produit un détail imprécis. C’est d’ailleurs ce que reproche Prajs aux Goncourt, lorsqu’il commente le premier des deux extraits, en ne lui trouvant ni finalité, ni justification, ni signification19. Considérer le détail comme une simple date ayant, dans une perspective formelle, une fonction temporelle l’appauvrit (surtout qu’ici la date manquante annule, en partie, l’embrayeur temporel) en le déculturant, soit en le dépouillant de sa dimension culturelle.
- 20 Marie Scarpa, « Les poissons rouges sont-ils solubles dans le réalisme. Lecture ethnocritique d’un (...)
- 21 Je reprends en l’adaptant la séquence d’analyse ethnocritique de Jean-Marie Privat : « À la recherc (...)
- 22 Comme l’écrit Riffaterre, « nous ne savons plus quels mots généraient tel ou tel système, ni quels (...)
- 23 Pierre Bourdieu, Les Règles de l’art, Paris, Seuil, 1992, p. 434-439, cité par Privat, op. cit., p. (...)
- 24 Ibid.
- 25 Alain Montandon, « En guise d’avant-propos : l’anniversaire dans les traités de savoir-vivre », dan (...)
5L’ethnocritique fait l’hypothèse que, bien souvent, le détail réaliste « culturalise le monde représenté », pour reprendre les propos de Marie Scarpa dans les brillantes pages de sa lecture d’un « détail » (les « poissons rouges ») du Ventre de Paris, il engendre des « effets de culture20 », dont l’étude suppose trois niveaux interprétatifs. Le premier est celui de la « reconnaissance ethnographique21 ». Si les détails remplissent à l’évidence une fonction psychologique et connotent les conduites généreuses de la domestique, ces éléments sémantiques n’épuisent pas les autres fonctions – représentative, mathésique et sémiosique – de « l’anniversaire », qui véhiculent des savoirs ethno-culturels présupposés par le texte et qui peuvent être compris (au moins) de deux façons. Soit ces savoirs sont « trop lointain[s] pour s’offrir de mémoire immédiate », et le lecteur a alors perdu contact avec le système culturel auquel le texte adhère et renvoie22. Soit, ils sont « trop proche[s] pour déconcerter et contraindre à un déchiffrement armé23 », et le lecteur, enfermé dans un « rapport de fausse familiarité24 », déchiffre la scène comme un embrayeur pittoresque de réalité. Dans le cas qui m’occupe, la « fête » ne pose ni problème de lisibilité ni piège herméneutique. Rappelons qu’étymologiquement le mot « anniversaire », absent du roman goncourtien mais latent dans la « fête », signifie « qui revient tous les ans (de annus, année et de vertere, revenir). Autrement dit, c’est un jour qui ramène le souvenir d’un évènement arrivé à telle date25. » L’anniversaire est donc a minima un marqueur temporel et cyclique.
- 26 Jean-Marie Privat, op. cit., p. 303.
- 27 Marie Scarpa, op. cit., p. 63.
- 28 Ibid., p. 64
- 29 Littré, entrée « Fête », Dictionnaire de la langue française, t. II, 1873, en ligne : https://artfl (...)
- 30 L’anniversaire de Gervaise Macquart dans L’Assommoir a lieu le 19 juin, jour où on fête saint Gerva (...)
- 31 Guillaume Belèze, Dictionnaire des noms de baptême, Paris, Hachette, 1863, p. 390. Toutefois, cette (...)
- 32 Alain Montandon, op. cit., p. 7.
- 33 Jean-Claude Schmitt, L’invention de l’anniversaire, Paris, Éditions Arkhê, 2009, p. 45.
- 34 Ibid., p. 114.
- 35 L’anniversaire était auparavant une fête pour les morts. Dans l’entrée « Anniversaire » du Dictionn (...)
6Ce savoir est certes facilement déchiffrable par le lecteur ; mais pour dépasser « l’illusion de connivence26 » et pour défamiliariser le regard, le détail producteur d’un effet de culture doit être replacé – deuxième niveau d’analyse – dans son « contexte culturel de référence » : il s’agit d’opérer une resémantisation ethnologique de l’anniversaire, en étayant ces traits constitutifs et en le réinscrivant dans une culture de la fête individuelle et dans une historicité des rythmes de la vie propres au XIXe siècle. De façon générale, on peut dire que tout détail culturel s’enracine dans le réel tout comme il « renvoie à [des] signifiés de connotation27 » : « embrayeur de réalité28 », il s’annexe surtout à un nouveau rite du XIXe siècle, celui de la « fête d’une personne », qui s’inscrit dans la montée en force de l’individualisme, comme on le lit par exemple dans le Dictionnaire de la langue française de Littré à la rubrique « Fête » : « Fête d’une personne, le jour de la fête du saint dont cette personne porte le nom comme nom de baptême. […] Commémoration d’un anniversaire. Fête de naissance29. » Cette première et minimale définition aiguille déjà le lecteur sur la voie d’une explication par rapport au détail goncourtien dont l’absence de datation peut s’expliquer par le fait – occulté par Prajs – que le « jour de la fête » est souvent la fête du saint patron, dont l’individu porte le nom30. Ainsi, le « jour de la fête » de Mademoiselle a peut-être lieu, si on se fie à cet usage, le jour où toutes les « Sempronie » sont fêtées, soit dans le calendrier romain d’où est issu le prénom trouvé par Chaumette qui la baptise, le 29 mai31. Par ailleurs, la conception individuelle de la fête, telle qu’on la connait aujourd’hui, est une invention récente (du XVIIIe siècle32). Depuis la Révolution française, grâce à l’état civil, on enregistre par un acte écrit et officiel le jour exact de la naissance33 ; et l’anniversaire, dans son sens moderne, compris comme un « petit rite personnel et familial34 » qui célèbre annuellement la naissance biologique, s’ancre alors dans les mœurs populaires et bourgeoises de cette époque et devient un rituel calendaire important35. On pourrait dès lors qualifier de détail rituel les mentions textuelles de la « fête » en ce qu’elles synthétisent à la fois des us et coutume historicisés, des temporalités (la fréquence annuelle, le cycle) et un schéma narratif (latent) relevant de pratiques sociales codées (par exemple, donner un cadeau) sur lesquelles je reviendrai. La textualisation du détail est donc tributaire de l’activation de ces nouvelles possibilités de sens dont se charge l’anniversaire pendant le XIXe siècle, possibilités sémantiques que le texte envisage et investit tout en en proposant de nouvelles.
- 36 Voir Éléonore Reverzy, « Préface » à Germinie Lacerteux, Œuvres narratives complètes, op. cit., p. (...)
- 37 Si ces rites et rituels sont culturellement itératifs (ils se répètent à chaque récurrence du cycle (...)
7Enfin, – troisième niveau d’analyse – le détail doit être réinscrit dans les logiques culturelles de l’œuvre et dans son travail de signifiance propre afin de saisir les réinventions, déplacements, déformations, remodelages, reconfigurations que le texte fait subir aux composantes de sa culture et de sa société. Le problème à poser n’est pas celui des significations intrinsèques du détail, mais celui de son insertion dans le texte et de sa mise en relation avec d’autres détails textuels, qui font signe et sens. Le détail, on le sait, ne devient signifiant et fonctionnel qu’en entrant dans le réseau textuel. Ici, pour s’en tenir à la textualisation interne, on peut dire que l’anniversaire s’inscrit, par la nature particulière du rite, dans une séquence à la fois cyclique (le rite calendaire est répétitif, il commande une occurrence) et linéaire (le rite marque le passage et le cumul des années). À ce titre, il est en connexion avec la dimension itérative36 et avec le sujet de ce roman qui raconte l’histoire d’une vie fondée sur le retour du même. En règle générale, il procède d’un processus d’interactions culturelles plurielles, il tend à interagir avec des composantes relevant d’un même paradigme avec lesquelles il s’oppose, se complète, se répète, etc. Prenons l’anniversaire de Mademoiselle. Ce détail répond à une série de détails périodiques qui font système selon un axe de type syntagmatique : il fait partie d’un ensemble plus large, celui d’une chronologie textualisée, qui rythme l’existence avec des fêtes et des rites, comme « la semaine du jour de l’an » (144), « le jour des Rois » (124), le temps des « confitures » en août (131-132) ; rites et fêtes avec lesquels l’anniversaire forme une configuration temporelle (plus) complexe37. L’anniversaire a ceci de particulier qu’il s’inscrit de surcroît dans la logique du cycle de la vie (du berceau à la tombe) et dans le calendrier biologique, il s’intrique ainsi à une autre séquence périodique à occurrence singulière qui structure les rites de passage : avoir par exemple douze ans entérine l’année de la « première communion » de Germinie, fêter son vingtième anniversaire est pour un jeune homme comme Jupillon l’âge de conscription (il tire d’ailleurs au sort). Et on comprend que Germinie souffre à « vingt-quatre ans » (90) de la « mélancolie des vierges », puisque son vingt-cinquième anniversaire signe, dans la culture du XIXe siècle, l’entrée dans la catégorie des catherinettes, soit des vieilles filles.
Les logiques culturelles du détail
8Dans l’organisation générale du récit, les énoncés narratifs constituant l’anniversaire motivent et coalisent les logiques culturelles principales du roman tout comme ils coïncident avec l’économie structurelle du texte, à commencer par le cotexte d’où il est tiré. Reprenons les extraits à l’étude :
Il avait envie d’apprendre le flageolet : cela ne coûtait que cinq francs par mois. Mais sa mère ne voulait pas les donner. Germinie, en cachette, lui apporta chaque mois les cent sous. C’était une humiliation pour lui, quand il sortait en promenade, et les deux ou trois fois par an qu’il venait chez sa mère, de porter la petite blouse d’uniforme. À sa fête, une année, Germinie déplia devant lui un gros paquet : elle lui avait fait faire une tunique ; à peine si dans toute la pension, vingt de ses camarades étaient de famille assez aisée pour en porter. / Elle le gâta ainsi quelques années, ne le laissant souffrir du désir de rien, flattant, dans l’enfant pauvre, les caprices et les orgueils de l’enfant riche […]. (97-98. Je souligne.)
Et relevant sa jupe, elle lui montra des bas tout troués et noués avec des lisières. – Je n’ai plus de quoi changer de rien… De l’argent ?... mais le jour de la fête de mademoiselle, je n’ai pas eu seulement pour lui donner des fleurs… Je lui ai acheté un bouquet de violettes d’un sou, ainsi ! Ah ! oui, de l’argent !... Tes derniers vingt francs… sais-tu comment je les ai eus ? En les prenant dans la cassette de mademoiselle ! je les ai remis… Mais c’est fini… je ne veux plus de cela… C’est bon une fois… […]. (169. Je souligne.)
Ce double détail « embraye » des logiques discursives diverses (intertextuelle, contextuelle, générique), dont je retiendrai ici surtout la logique culturelle que je déclinerai en quatre aspects : la réciprocité, la mésalliance, le malheur et la datation.
Logiques de l’échange symbolique : l’anniversaire dit le désordre de la réciprocité
- 38 Voir mon article « Se faire “carotter le cœur et la bourse” : le cycle de réciprocité dans Germinie (...)
9Le point commun entre les deux anniversaires, outre que les scènes ne sont pas racontées, mais synthétisées dans le détail, est le rituel de l’offrande. Et on peut mettre en relation les « cadeaux » d’anniversaire, rituellement obligés, et les autres mentions de cadeaux qui apparaissent dans le récit, que ce soient les « petits cadeaux journaliers » que Mademoiselle distribue à sa bonne ou les « étrennes », les « cadeaux », les « surprises », les « plaisirs » qu’elle donne aux enfants de ses amies (75), ou les « cadeaux » que Germinie fait à Jupillon pour l’attirer dans sa couche. Le motif de l’anniversaire, avec ses libéralités, s’inscrit alors plus largement dans la textualisation de la culture du don à l’œuvre dans le roman. Il participe du « conflit culturel des valeurs qui structure le système axiologique » divisé entre don/contre-don, altruisme/égoïsme, dévouement/intérêt individuel, dont j’ai parlé dans un autre article38. Et enfin, il procède de la logique actantielle du récit fondée sur des rapports d’affrontement symbolique configurant la structuration de type anthropologique du personnel romanesque sur une opposition entre celles qui donnent (Mademoiselle et Germinie), et ceux qui quêtent et reçoivent (les Jupillon, le père de Mademoiselle, les sœurs et les beaux-frères de Germinie).
- 39 De plus, que le texte ne mentionne pas l’anniversaire de Germinie consolide cette posture actantiel (...)
10Cette conduite socioéconomique transparait déjà dans le premier exemple : le texte laisse supposer que Jupillon se plaint des « privations » et des « humiliation[s] » que lui fait subir sa mère qui refuse de « donner » les cinq francs « par mois ». Germinie se substitue à elle en procurant l’argent et la tunique, l’anniversaire étant ici une justification rituelle permettant de donner ouvertement un vêtement qui sera porté publiquement (le don est ostentatoire). Le roman du peuple qu’écrivent les Goncourt est une tragédie fondée sur des erreurs de calcul et sur une mauvaise maîtrise des lois de l’échange. Le malheur de Germinie est de ne pas calculer les risques et les coûts matériels et symboliques des dons intégraux et inégaux. En outre, le cadeau d’anniversaire présente une fonction narrative de type prédictif : il laisse présager une double destinée en décalage par rapport aux conventions sociales qui architecturent les échanges. C’est cette séquence malheureuse que la « tunique » faite sur mesure pour Jupillon active : comme la fée-marraine des contes, Germinie, par ce don, contribue à ce que l’enfant change littéralement et symboliquement de peau. La tunique amorce l’entrée dans la puberté et dans la distinction. Étant à l’évidence un vêtement de luxe, elle développe chez « l’enfant pauvre » (98) des goûts fastueux et de « douteuses élégances » (113), qui programment une existence au-dessus de ses moyens et qui feront le malheur de Germinie. En somme, ce premier cadeau « officiel » et rituel annonce et entame la ruine de la bienfaitrice. C’est que Germinie vit la culture de l’anniversaire sur le mode de l’excès39, comme si c’était tous les jours la fête de Jupillon, « elle l’attirait par des cadeaux, elle lui ouvrait sa bourse pour le faire venir à des rendez-vous […] » (163). Elle le comble de cadeaux pour combler son désir insatiable dans un scénario prostitutionnel où elle « paye » le jeune homme pour ses services (141). Le dérèglement de la socialisation par le cadeau est le signe d’un désordre généralisé dans les relations sociales, dans les manières de posséder (des biens et l’autre) et dans la confiance réciproque à l’œuvre dans le texte.
- 40 « Le dimanche de la violette est le premier dimanche de carême. » (Eugène Rolland, Flore populaire, (...)
- 41 Dans la notation économique du détail, il est possible de voir un indice du « standing » des fêtés (...)
11Par ailleurs, les deux cadeaux s’affilient à un système comptable où les échanges tarifés sont connotés : le bouquet à un « sou » dévoile le cadeau misérable ; et le choix de la fleur, la violette, renforce la symbolique du maigre don, elle qui est dans certains proverbes associée au Carême40. Surtout, l’anniversaire n’échappe pas à la loi économique41 ; le cotexte le dit explicitement : la mention de la « tunique » de « famille aisée » accompagne celle des « cinq francs » de la leçon de musique ; alors que le « bouquet de violettes d’un sou » s’allie aux « vingt francs » octroyés à Jupillon ; francs qui synthétisent l’histoire de cette jeune femme succombant aux désirs de la chair et dilapidant ses économies. Ces « derniers vingt francs », Germinie les vole « dans la cassette de mademoiselle » (169). La narration de la scène du vol met par ailleurs en relief les vingt dernières années de la vie de Germinie :
En un moment, l’honneur de toute sa vie s’était dressé entre sa main et cette clef. Son passé de probité, de désintéressement, de dévouement, vingt ans de résistance aux mauvais conseils et à la corruption de ce quartier pourri, vingt ans de mépris pour le vol, vingt ans où sa poche n’avait pas eu un liard à ses maîtres, vingt ans d’indifférence au lucre, vingt ans où la tentation n’avait pas approché d’elle, sa longue et naturelle honnêteté, la confiance de mademoiselle, tout cela lui revient d’un seul coup. Ses jeunes années l’embrassèrent et la reprirent. De sa famille même, du souvenir de ses parents, de la mémoire pure de son misérable nom, des morts dont elle venait, il se leva comme un murmure d’ombres gardiennes autour d’elle… (165. Je souligne.)
12La répétition du syntagme « vingt ans » surdétermine le fait que la réputation se calcule et se capitalise comme les années qu’on dénombre lors de l’anniversaire. L’acte de spoliation met fin à l’honneur d’une vie, il marque un nouveau repère dans cette existence, abolissant le temps familial (« ses parents »), généalogique (les « morts »), filial (le « nom »), domestique, au profit du temps de la jouissance, du plaisir, de la luxure. Ainsi, le détail du cadeau « à un sou » donné à Mademoiselle ne fait que masquer le désordre généralisé de la vie de Germinie, qui échange « vingt ans » d’honnêteté contre « vingt francs », pacte diabolique qui change la trajectoire de sa vie. D’un chiffre à l’autre, le texte établit une trame qui apparie la durée, la mémoire et l’anniversaire.
Logiques de la mésalliance : l’anniversaire fait l’union de travers
13Dans la logique du récit, l’anniversaire préfigure aussi la mésalliance de Germinie et de Jupillon. Le détail porte en lui un ensemble de significations qui étayent l’idée de comportements sociaux et relationnels irréguliers, notamment de renversements de pouvoir au sein du couple :
14Il incarne la disparité de fortune : Jupillon est « tout fier d’être avec une femme mieux habillée que la plupart de celles qui venaient, avec une femme en soie » (97) et reçoit des présents de « famille aisée » (98).
15Il annonce l’amour marchandé puisque, par les cadeaux, Germinie « achet[ète] [l’]amabilité » (163) et l’ardeur du jeune homme.
16Enfin, il actualise la différence d’âge entre Germinie et Jupillon.
17Se dessine, dans cette union, un désordre généralisé de la circulation des biens, des corps, des âges. Je m’en tiendrai ici pour poursuivre le dépliage du détail de l’anniversaire au motif de l’alliance disproportionnée dans les âges.
- 42 Jean-Claude Schmitt, op. cit., p. 50-51. On pourrait dire aussi qu’à l’arithmétique des années accu (...)
- 43 Jean-Claude Schmitt, op. cit., p. 65.
18Dix années séparent Jupillon et Germinie. Dès l’instant où elle lui donne la tunique, le texte accélère et condense le récit de l’adolescence de ce garçon : s’il atteint l’âge de « dix-sept ans » (100) au chapitre suivant la fête (chapitre IX), il est toujours perçu par Germinie comme un « enfant » (100). Au chapitre XIV, Adèle traite le jeune homme d’« enfant que, si on le mouchait, il lui sortirait du lait ! » (111). Or à ce moment-là Germinie est éperdue d’amour et de désir pour lui. Enfin, le narrateur, au chapitre XV, indique que Jupillon est un « homme, sortant de l’enfance » (112). Si « la logique de l’anniversaire de la naissance » consiste à « accumuler les années, à augmenter tous les ans l’âge d’une unité supplémentaire42 », dans l’économie du texte, ce rituel festif à fréquence annuelle, qui marque le changement d’âge et le vieillissement, en ce qu’il s’organise sur la « capitalisation des années successives43 », attise cette tension et cette disproportion proprement charivariques entre les âges : alors que Jupillon entre dans l’âge des fréquentations amoureuses, son amante appartient déjà à la catégorie des vieilles filles. Celle que le quartier appelle respectueusement « mademoiselle Germinie » (120) déchoit de sa position honorable à partir du moment où elle se met à fréquenter le jeune garçon. Et dans les bals, on la prend pour la « mère à monsieur » : « Tu les choisis jeunes, toi, tu ne te gênes pas !... » (117). La séquence du bal où Germinie poursuit son amant se conclut d’ailleurs sur des rires, « des voix, des phrases, un murmure de huées » (118), une « curiosité hostile » (116), le tout accompagné d’une bande sonore : « le « tambour », les « cymbales », les « grelots », le « bruit » (116) orchestrent un charivari textualisé qui veille sur les manières de faire les unions et qui stigmatise le désassortiment entre les âges :
Comme bientôt, on la connut, l’injure autour d’elle ne fut plus vague, sourde, lointaine, comme au premier bal. Les paroles l’attaquèrent en face, les rires lui parlèrent tout haut. Elle fut obligée de passer ses trois heures dans des risées qui la désignaient, la montraient du doigt, la nommaient, lui clouaient son âge sur la figure. Elle était à tout moment obligée d’essuyer ce mot : la vieille ! que les jeunes drôlesses lui crachaient en passant, par-dessus l’épaule. (119. Je souligne.)
19Germinie fait face au tribunal charivarique des âges. Les « drôlesses » conspuent le « vol » d’un jeune homme par une femme d’âge mûr. La jeunesse condamne la monogamie de la femme âgée qui aime Jupillon à la façon d’une épouse, elle qui n’est pourtant qu’une de ses maîtresses. En mettant l’accent sur les nombreuses injures et moqueries relatives à la vieillesse, le texte souligne les limites de chaque âge (dont la vétusté pour la femme de trente ans) et le bouleversement dans les relations entre les catégories d’âge concurrentes, à savoir ici dans les unions entre les célibataires et la vieille fille. C’est aussi le cas avec l’adjuvant principal de Germinie, la cousine de Jupillon, qui apporte « la jeunesse de la campagne » (135) et qui est une « enfant, vive et vivace, les yeux noirs et pleins de soleil, les lèvres comme une chair de cerise, pleines, rondes et rouges » (136). À son arrivée à Paris, cette « gamine » (136) tente de lui ravir son amant : « la jeune fille était allée, aux premiers jours, vers son cousin, simplement, naturellement, par cette pente d’un même âge qui fait chercher la jeunesse à la jeunesse. » (136. Je souligne). De la légitimité des relations dépend en somme l’écart entre les âges, ce que dit clairement Madame Jupillon :
Qu’est-ce que j’ai toujours dit ? Que ça serait à faire, si vous aviez dix ans de moins sur votre naissance. Voyons, votre date, c’est 1820 que vous m’avez dit… et nous voilà en 49… Vous marchez sur vos trente ans, savez-vous, ma brave enfant… Tenez ! ça me fait mal de vous dire ça… Je voudrais tant ne pas vous faire de la peine… Mais il n’y a qu’à vous voir, ma pauvre demoiselle… Que voulez-vous ? C’est l’âge… Vos cheveux… on mettrait… on mettrait un doigt dans votre raie… (140)
- 44 Comme le dit le portier, porte-parole du quartier et de la voix collective, « ça a été son malheur (...)
- 45 Ne peut-on pas aussi dire que Germinie n’a pas eu de jeunesse ? Le texte est pour le moins laconiqu (...)
20La « date » de naissance de Germinie, née en 1820, fait avorter le mariage. Le malheur de cette femme est d’être trop vieille pour Jupillon, et chaque anniversaire rappelle qu’elle n’évolue pas sur la même « pente » que lui, ayant déjà entamé son déclin44. Notons d’ailleurs que c’est à partir du vol des vingt francs, mentionné dans le cotexte du cadeau à un « sou » à Mademoiselle, que Germinie vieillit physiquement et mentalement : « Ce fut alors que les abaissements, les dégradations de Germinie commencèrent à paraître dans toute sa personne, à l’hébéter, à la salir. » (166) Le texte narrativise la locution, latente dans la citation précédente, « prendre un coup de vieux », qui affiche sur le corps de Germinie sa jeunesse perdue. Et à l’orée de la mort, le médecin qui l’ausculte confirme le vieillissement prématuré : « Quel âge a-t-elle ? / – Quarante et un ans. / – Quarante et un ans ? Oh ! c’est impossible !... Vous êtes sûre ? Elle en paraît cinquante… » (208) Germinie, c’est celle qui est à la fois déjà trop vieille et qui, usant son corps sans l’économiser, décline à l’avance. Bref, elle est à contretemps, et l’ensemble de sa relation avec Jupillon essaime ce motif de l’âge en trop45.
Logiques du malheur : la naissance est un mauvais augure
- 46 « Être né sous une bonne ou une mauvaise étoile n’est pas une simple figure de rhétorique pour bien (...)
- 47 Sur les croyances relatives à la naissance, voir Françoise Loux, Le jeune enfant et son corps dans (...)
- 48 Il s’agit en somme d’une vie à l’envers du destin habituellement attribué aux enfants nés coiffés, (...)
- 49 C’est la plainte de Job : « Que périsse le jour qui me vit naître et la nuit qui annonça : “Un mâle (...)
- 50 Cette cosmologie est d’ailleurs en belligérance avec l’explication déterministe ou hystérique de la (...)
21Outre le fait que Germinie soit née trop tôt pour se marier avec Jupillon et qu’elle vieillisse prématurément, sa date de naissance fait aussi référence à la logique du « Pas-de-chance » et du malheur répétitif qui organise sa vie, depuis sa naissance, placée « sous un signe défavorable » (180). Recontextualisée et remotivée par le roman, la locution idiomatique46 sert de cahier des charges au personnage dont le destin singulier est tout entier contenu dans ce mauvais augure de la naissance. Mais de quelle nature est-ce signe ? S’agit-il d’une marque sur le corps qui serait la conséquence d’une « envie » de la mère enceinte ? d’un présage (naître certains jours de l’année, comme la Toussaint, le dimanche, peut porter malheur)47 ? Le texte n’indique rien ; la naissance de Germinie est hors-texte. Dans tous les cas, l’expression énonce une croyance en un signe et un sort funestes. Il s’agit bien d’une existence « voué[e] en naissant à une éternité de misère » (179)48. Ainsi, lorsqu’elle raconte son enfance à Mademoiselle, Germinie mentionne tout autant la mort de sa mère qu’une suite de « mauvaises chances [qui leur] tombaient de tous les côtés » (59) constituant en quelque sorte son « roman familial » écrit sur les schèmes du « malheur » (57) filial. Le malheur de naissance ou la naissance de malheur, motif biblique de la malédiction et de la plainte s’élevant contre le jour où on nait49, explique en partie les « influences mauvaises qui la poursuivaient et dont elle se croyait parfois possédée » (135). La locution engage une cosmologie qui interprète le destin en fonction d’une date de naissance50. C’est tout ce métatexte culturel du présage, du malheur répétitif, de la lignée maudite (puisque l’enfant de Germinie meurt aussi) et du sinistre augure qui est condensé dans les détails de l’« anniversaire » et de la « date » de naissance.
Logiques ethnotemporelles : l’anniversaire fait date
- 51 L’affirmation mérite toutefois d’être affinée. Si la narration de la vie de Germinie ne porte pas l (...)
- 52 Prajs, op. cit., p. 80.
22Que le texte utilise la date de 1849 comme moment du refus matrimonial et de la désillusion d’une vie (et non pas celle de 1848) dit bien la petite vie en dehors de la grande Histoire événementielle, révolutionnaire, politique du siècle51. Pourtant Prajs regrette que « le temps repère n’a[it] pas de rapport avec le personnage et n[e soit] pas engendré par lui52 ». Or, à la disparition progressive de la grande Histoire supplée un temps précisément engendré par la femme du peuple. À l’évidence, ce temps ne sourd pas des détails descriptifs collectés par les écrivains-historiens, mais des détails temporels pour le moins communs comme la date de naissance et la capitalisation successive des années qui font vieillir l’héroïne. 1820 est donc l’année de sa naissance : la date, certes imprécise du point de vue du jour et du mois (soit du jour de l’anniversaire), permet toutefois de retracer la chronologie du texte, comme on peut le voir dans le tableau ci-dessous dont les données temporelles ont été colligées et déduites à partir de cette date fatale :
Chronologie de Germinie Lacerteux
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Naissance |
1820 |
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Chapitre I |
Arrivée à Paris à l’âge de « quatorze ans » (60) |
1834 |
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Ch. III |
Entrée chez Mademoiselle |
1841-1842 ? |
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Ch. VI |
elle a « vingt-quatre ans » (90) et souffre de la « mélancolie des vierges », à l’orée de franchir le vingt-cinq ans fatidique des catherinettes ; [elle est déjà depuis plusieurs années chez Mademoiselle.] |
1844 |
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Ch. IX |
Jupillon a « dix-sept ans » (100), ce qui suppose que Germinie en a approximativement vingt-sept (1847) puisqu’ils ont dix ans de différence. (Début de leur relation) |
1847 |
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Ch. XXVI |
« voilà trois ans » qu’elle est en relation avec Jupillon (139). La scène se déroule en « 49 » (140). Mention de la date de naissance de Germinie « 1820 ». |
1849 |
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Ch. XXIV |
« soirée de mars » : tirage au sort (145) = Jupillon a 20 ans (Germinie 30 ans) |
1850 |
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Ch. XXXVI |
Elle a « trente-cinq ans » (161) |
1855 |
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Ch. XXXVIII |
Elle se rappelle son « passé de probité », ses « vingt ans de résistance aux mauvais conseils et à la corruption de ce quartier pourri, vingt ans de mépris pour le vol, vingt ans où sa poche n’avait pas eu un liard à ses maîtres », etc. ; |
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Ch. L |
Mademoiselle écrit à une voisine pour lui demander de faire cesser les calomnies dirigées « contre une fille qu’elle avait chez elle depuis vingt ans » (190) |
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Ch. LVIII |
Mademoiselle apprend au médecin que Germinie a « quarante-et-un ans », on est en novembre (206) |
Novembre 1861 |
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Ch. LXIX |
Révélations des dettes « Une fille qui la servait depuis vingt ans ! » (227). On peut donc supposer que Germinie est entrée en service chez Mademoiselle vers l’âge de vingt-deux ans, soit en 1842. |
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Ch. LXX |
Mort de Germinie (42 ans) |
9 novembre 1862 |
- 53 Contrairement à celle de Rose Malingre, la bonne des Goncourt, qui sert de modèle à Germinie et don (...)
- 54 Jean-Claude Schmitt, op. cit., p. 69.
- 55 On peut dire que cet âge est, dans la logique du détail textuel, fatidique : la mère est âgée de « (...)
23Refaisons la ligne du temps : 1820, 1834, 1841, 1844, 1847, 1849, 1855, 1861, 1862 constituent les dates, manifestes ou latentes, du récit. On le voit, cette chronologie détaillée passe sous silence trois grands moments du siècle : la Monarchie de Juillet, la Révolution de 48 et le coup d’État de 51. Ce sont plutôt les âges de la servante qui ponctuent le texte de marqueurs temporels. C’est dire que le détail de « l’âge » ou de « la fête » d’un personnage est pertinent par rapport à la structure narrative tout autant que par rapport à la culture du siècle qui valorise et comptabilise l’âge. Ce roman ne contient pas de scènes importantes d’anniversaire – comme dans L’Assommoir de Zola par exemple –, mais il problématise dans sa structure temporelle quelque chose d’une culture du changement d’âge. Il motive l’axe biographique de la vieillesse comme modalité organisant la narrativité qui se pense ici en termes d’âge. Ainsi, Germinie est l’opératrice principale du découpage du temps à l’œuvre dans le récit. Du point de vue structural, elle fait date, elle qui incarne en plus, dans la diégèse, la mémoire des dates : « [Mademoiselle] se souvenait du temps où Germinie lui était si utile pour retrouver une date […]. » (166). Même si le texte ne dévoile pas avec précision sa date de naissance53, il démontre une connaissance précise de l’âge calculé depuis le moment de la naissance et augmenté d’une unité chaque année54 jusqu’à la mort, qui fonctionne en interrelation avec la naissance du personnage. Le texte précise d’ailleurs la date du décès : 9 novembre 1862, ce qui permet de décompter la durée de la vie de Germinie. Elle meurt à l’âge de quarante-deux ans55. Or cette datation épitaphe n’apparaît pas sur la croix de Germinie, car, dernier détail du texte, la vieille domestique est enterrée sans croix. Ainsi pour fêter l’anniversaire de sa mort ou pour fleurir sa tombe, Mademoiselle doit « prier au petit bonheur entre deux dates » (233), ce qui rend sa prière très aléatoire. Bref, c’est l’ensemble du roman qui est traversé par cet imaginaire des dates certes approximatives, mais fondamentales du point de vue de l’arithmétique rituelle de la vie et de la chronologie du texte.
24Concluons en nous recentrant brièvement sur la problématique du détail. Au contraire des détails vestimentaires, décoratifs, matériels, linguistiques qui créent des effets d’histoire – détails pris sur le vif et issus d’annotations faites par les Goncourt dans leur Journal –, l’âge du personnage ou l’anniversaire sont des détails pour le moins communs et a priori peu remarquables. Pourtant, ils servent bien, dans Germinie Lacerteux, de dates-repères intimes qui offrent un modèle de calcul temporel. Ces notations ne sont pas structuralement superflues, pour paraphraser Barthes, puisqu’elles instituent et ordonnancent l’ethno-chronologie structurant le récit. Faste, la date de naissance de Germinie, comprise comme un énoncé narratif, est essentielle à la chronologie textuelle. Néfaste, elle est, d’un point de vue diégétique, dotée de valences négatives associées dans les logiques culturelles du texte aux malheurs d’une vie, à la conscience aigüe de la vieillesse, aux écarts fatidiques entre les âges. Porteurs de la scansion du temps, ces détails engagent, avec une économie lexicale, un ensemble de façons de vivre le temps (le cycle, le don, le crédit) et de penser les âges de la vie, et de manières plurielles de décompter les avancées du temps et de quantifier la durée, le vécu familial, les faits d’une existence. En ce sens, on peut dire que le roman goncourtien adapte, de façon créative, ses temporalités à cette nouvelle culture de l’anniversaire et de l’arithmétique des années qui se diffuse au XIXe siècle. Cette nouvelle culture devient en quelque sorte le terreau fécond de motifs typiques du projet esthétique réaliste reposant sur l’écriture de la vie des gens sans histoire ; gens qui, pour compter le temps, s’appuient bien souvent sur des supports autres que ceux de la grande Histoire.
Notes
1 Edmond de Goncourt, préface des Frères Zemganno, 1879, cité par Dominique Pety, « L’histoire du présent : le roman et ses documents », Poétique de la collection au XIXe siècle, Nanterre, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2010, p. 97-123.
2 Roland Barthes, « L’effet de réel », Littérature et réalité, Paris, Seuil, coll. « Essais », 2015, p. 81-90.
3 Philippe Dufour, « L’excès de réel », Le réalisme. De Balzac à Proust, Paris, PUF, coll. « Premier cycle », 1998, p. 296‑311.
4 Roland Barthes, « L’effet de réel », op. cit., p. 81.
5 Ibid., p. 82.
6 Sur cet extrait, voir Pierre Popovic qui analyse dans la perspective sociocritique le détail de la « porte » : « De la semiosis sociale au texte : la sociocritique », Signata, no 5 : « Littérature et sémiotique », 2014, en ligne : https://journals.openedition.org/signata/483#bodyftn31
7 Ibid.
8 Ibid.
9 Pour paraphraser Popovic qui parle d’étudier « l’ensemble des signes produits par une formation sociale historique située » (ibid.)
10 Voir notamment Robert Ricatte (La Création romanesque chez les Goncourt (1851-1870), Paris, Armand Colin, 1953) et Lazare Prajs (La Fallacité dans l’œuvre romanesque des Goncourt, Paris, A.-G. Nizet, 1974).
11 Robert Ricatte, op. cit., p. 271-272.
12 Lazare Prajs, op. cit., p. 78.
13 Ibid., p. 81.
14 Ibid., p. 83.
15 Ibid., p. 78.
16 Philippe Dufour, op. cit., p. 61.
17 Pierre Popovic, op. cit.
18 Edmond et Jules de Goncourt, Œuvres narratives complètes, tome VI, Germinie Lacerteux, édition d’Éléonore Reverzy, Paris, Classiques Garnier, coll. « Bibliothèque du XIXe siècle », 2014, p. 98. Je souligne. Toutes nos références à ce roman renvoient à cette édition et seront inscrites dans le corps du texte.
19 Lazare Prajs, op. cit., p. 84. Si on les compare à l’anniversaire de Gervaise Macquart, scène placée au centre du roman L’Assommoir (chapitre VII) qui signe l’apothéose et le début de la déchéance de l’héroïne, les anniversaires dans Germinie Lacerteux n’occupent pas une place centrale, ne sont pas détaillés et peuvent facilement passer sous le radar du lecteur.
20 Marie Scarpa, « Les poissons rouges sont-ils solubles dans le réalisme. Lecture ethnocritique d’un “détail” du Ventre de Paris », Poétique, 2003, no 133, p. 70.
21 Je reprends en l’adaptant la séquence d’analyse ethnocritique de Jean-Marie Privat : « À la recherche du temps (calendaire) perdu », Poétique, 2000, no 123, p. 302 et les suivantes. Pour un autre exemple d’analyse du détail temporel, voir cet article fondateur.
22 Comme l’écrit Riffaterre, « nous ne savons plus quels mots généraient tel ou tel système, ni quels mots servaient de substituts métonymiques à un système entier. Nous lisons encore la même phrase que les premiers lecteurs, mais les échos qu’elle éveillait sont perdus pour nous. » (La Production du texte, Paris, Seuil, coll. « Poétique », 1979, p. 105.)
23 Pierre Bourdieu, Les Règles de l’art, Paris, Seuil, 1992, p. 434-439, cité par Privat, op. cit., p. 302.
24 Ibid.
25 Alain Montandon, « En guise d’avant-propos : l’anniversaire dans les traités de savoir-vivre », dans Alain Montandon (dir.), L’Anniversaire, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, coll. « Littératures », 2008, p. 7.
26 Jean-Marie Privat, op. cit., p. 303.
27 Marie Scarpa, op. cit., p. 63.
28 Ibid., p. 64
29 Littré, entrée « Fête », Dictionnaire de la langue française, t. II, 1873, en ligne : https://artflsrv03.uchicago.edu/philologic4/publicdicos/query ?report =bibliography&head =f %C3 %AAte
30 L’anniversaire de Gervaise Macquart dans L’Assommoir a lieu le 19 juin, jour où on fête saint Gervais ; elle porte donc le prénom du saint qui a présidé à sa naissance.
31 Guillaume Belèze, Dictionnaire des noms de baptême, Paris, Hachette, 1863, p. 390. Toutefois, cette date s’oppose à l’information calendaire véhiculé par le détail « violette », dont la floraison en France va de la fin février jusqu’au début avril. Et dans les proverbes français, la violette est en outre associée au mois de février.
32 Alain Montandon, op. cit., p. 7.
33 Jean-Claude Schmitt, L’invention de l’anniversaire, Paris, Éditions Arkhê, 2009, p. 45.
34 Ibid., p. 114.
35 L’anniversaire était auparavant une fête pour les morts. Dans l’entrée « Anniversaire » du Dictionnaire universel de la vie pratique à la ville et à la campagne, Bélèze ne donne que la définition et la ritualité du service commémoratif pour les défunts. (5e édition, Paris, Hachette, 1876, p. 91.)
36 Voir Éléonore Reverzy, « Préface » à Germinie Lacerteux, Œuvres narratives complètes, op. cit., p. 45.
37 Si ces rites et rituels sont culturellement itératifs (ils se répètent à chaque récurrence du cycle annuel), une fois transformés et textualisés en détails, ils deviennent narrativement uniques (le roman ne les répète pas, les présente plutôt comme un micro-épisode de la vie des personnages).
38 Voir mon article « Se faire “carotter le cœur et la bourse” : le cycle de réciprocité dans Germinie Lacerteux », Cahiers Edmond et Jules de Goncourt, 2013, no 20, p. 121-134.
39 De plus, que le texte ne mentionne pas l’anniversaire de Germinie consolide cette posture actantielle qui l’édifie comme figure de donatrice en excès. L’anniversaire d’autrui est donc son rite par excellence, qui justifie coutumièrement ses dons (excessifs).
40 « Le dimanche de la violette est le premier dimanche de carême. » (Eugène Rolland, Flore populaire, t. II, Paris, Librairie Rolland, 1899, p. 169.)
41 Dans la notation économique du détail, il est possible de voir un indice du « standing » des fêtés (pour paraphraser Barthes (op. cit., p. 82)) : prétention petite-bourgeoise pour l’enfant du peuple à qui le don de la « tunique » faite sur mesure est déplacé ; standing noble pour Mademoiselle à qui il est honteux d’offrir des fleurs d’« un sou ». Plus généralement, sur l’économie du cadeau, voir Anne Montjaret, « L’argent des cadeaux », Ethnologie française, t. 28, no 4, oct.-déc. 1998, p. 493-505.
42 Jean-Claude Schmitt, op. cit., p. 50-51. On pourrait dire aussi qu’à l’arithmétique des années accumulées s’oppose dans le texte goncourtien une logique de la dépense : plus Germinie vieillit, plus elle se dépense et plus elle dépense, elle qui a « retiré ses dix-huit cents francs de la Caisse d’épargne » (160).
43 Jean-Claude Schmitt, op. cit., p. 65.
44 Comme le dit le portier, porte-parole du quartier et de la voix collective, « ça a été son malheur de connaître les Jupillon… le jeune homme […] Elle espérait l’épouser […] » (226).
45 Ne peut-on pas aussi dire que Germinie n’a pas eu de jeunesse ? Le texte est pour le moins laconique sur les détails de sa jeunesse, narrée au chapitre III, qui sert de balise à son arrivée à Paris à l’âge de quatorze ans jusqu’à son entrée chez Mademoiselle à l’âge de vingt ans, en mettant l’accent sur les différentes places professionnelles qu’elle a occupées. Notons aussi que le cadeau donné à Mademoiselle de Varandeuil, composé de fleurs de « violettes », dont le détail peut paraître anodin, est dans l’imaginaire culturel et proverbial de l’époque traversé par ce motif de la vieillesse, puisque l’expression « une vieille violette se dit d’une femme fanée, surtout d’une vieille fille » (Eugène Rolland, op. cit., p. 168).
46 « Être né sous une bonne ou une mauvaise étoile n’est pas une simple figure de rhétorique pour bien des paysans. Il n’y a personne, disent-ils, qui n’ait la sienne, dont l’influence détermine fatalement les événements de la vie. » (Jules Lecoeur, Esquisses du bocage normand : pratiques superstitieuses, Condé-sur-Noireau, L. Morel éditeur, 1887, p. 14.)
47 Sur les croyances relatives à la naissance, voir Françoise Loux, Le jeune enfant et son corps dans la médecine traditionnelle, Paris, Flammarion, coll. « La tradition et le quotidien », 1978, p. 106-123.
48 Il s’agit en somme d’une vie à l’envers du destin habituellement attribué aux enfants nés coiffés, signe de la naissance qui présage de la chance, du bonheur et de la richesse (voir Nicole Belmont, Les signes de la naissance, Paris, Plon, 1971, p. 29).
49 C’est la plainte de Job : « Que périsse le jour qui me vit naître et la nuit qui annonça : “Un mâle vient d’être conçu”. Ce jour-là, qu’il soit ténèbres, que Dieu, de là-haut, ne le rappelle pas, que la lumière ne brille pas sur lui » (Job 3, 3-4). Ou celle de Jérémie : « Que soit maudit le jour où je suis né : le jour où ma mère m’a enfanté, qu’il ne soit pas béni » (Jérémie 20, 14). Exemples cités par Jean-Claude Schmitt, op. cit., p. 51-52.
50 Cette cosmologie est d’ailleurs en belligérance avec l’explication déterministe ou hystérique de la vie de Germinie. Voir sur ce sujet « Les (inter)signes du destin : ethnocritique de Germinie Lacerteux des Goncourt », dans Pascale Alexandre (dir.), L’Idée de la littérature à l’épreuve des arts populaires (1870-1945), Paris, Éditions Classiques Garnier, coll. « Rencontres », 2015 p. 123‑139. Sur ce système de créance de la malédiction, voir aussi « Les augures du récit (Germinie Lacerteux des Goncourt) », dans Gabrielle Chamarat et Pierre-Jean Dufief (dir.), Le Réalisme et ses paradoxes (1850-1900), Mélanges offerts à Jean-Louis Cabanès, Paris, Éditions Classiques Garnier, 2014, p. 255-268.
51 L’affirmation mérite toutefois d’être affinée. Si la narration de la vie de Germinie ne porte pas la trace de l’Histoire, celle de Sempronie de Varandeuil est ponctuée de références aux bouleversements sociaux importants du siècle comme la Révolution de 1789, la Terreur (65), les « années de guillotine » (62), la République (64), le « 9 Thermidor » (65), le « Directoire et [le] commencement de l’Empire » (67). Le déroulement de cette vie s’articule autour des chaos de l’Histoire et d’une vie aristocratique d’Ancien Régime. Ces biographèmes historiques forment une mémoire familiale et organisent la trame généalogique de Mademoiselle. Ce temps révolu et cet « arrière-plan historique » est condensé dans les détails (objets, vêtements, portraits), dont les Goncourt, « en tant qu’historiens », font, comme l’écrit Éléonore Reverzy, « une des clefs de leur écriture de l’histoire : c’est le style des meubles ou les modes de l’homme du portrait qui inscrivent, détails essentiels, l’Histoire dont Mlle de Varandeuil est l’exemplaire représentante dans le roman » (op. cit., p. 56, note 1), elle dont l’Histoire en effet organise l’ensemble des relations familiales qui se pensent au travers de moments charnières du siècle : « Cependant les années passaient, emportant la Restauration et la monarchie de Louis-Philippe. Elle voyait, un à un, tous ceux qu’elle avait aimés s’en aller, toute sa famille prendre le chemin du cimetière. » (77) Notons que « les premières années de la Révolution » ont permis à sa mère de se remarier (65) et ont fait la bonne et mauvaise fortune du père, ou encore la Restauration « reme[t] en haute et puissante position » des parents à elle (74) qu’elle recommence à visiter. Plus généralement sur le rapport des Goncourt à l’Histoire, voir Les Goncourt historiens, sous la dir. d’Éléonore Reverzy et Nicolas Bourguinat, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, coll. « Configurations littéraires », 2017.
52 Prajs, op. cit., p. 80.
53 Contrairement à celle de Rose Malingre, la bonne des Goncourt, qui sert de modèle à Germinie et dont Edmond de Goncourt précise qu’il connaît le « tréfonds secret de la malheureuse révélé par la sage-femme qui l’a accouchée et qui se trouvait être, en ce temps-là, [s]a maîtresse. » (Journal, 11 février, 1884, t. II, p. 1048). Elle est née le 29 mai 1820 et est morte en 1862 (voir Éléonore Reverzy, op. cit., p. 57, note 2).
54 Jean-Claude Schmitt, op. cit., p. 69.
55 On peut dire que cet âge est, dans la logique du détail textuel, fatidique : la mère est âgée de « quarante-deux ans » (57) lorsqu’elle donne la vie à Germinie. Avec ce détail de l’âge de la mère, le texte annonce non seulement une grossesse tardive (Germinie est déjà à contretemps), mais aussi un cycle maudit et filial puisque quarante-deux ans est un âge associé à la naissance de Germinie et à sa mort, en 1862.
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Référence papier
Sophie Ménard, « Le détail culturel et temporel : l’exemple de l’anniversaire dans Germinie Lacerteux », Cahiers Edmond et Jules de Goncourt, 26 | 2021, 99-114.
Référence électronique
Sophie Ménard, « Le détail culturel et temporel : l’exemple de l’anniversaire dans Germinie Lacerteux », Cahiers Edmond et Jules de Goncourt [En ligne], 26 | 2021, mis en ligne le 01 mars 2022, consulté le 07 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cejdg/760 ; DOI : https://doi.org/10.4000/cejdg.760
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