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Dissertatio

Les moulins hydrauliques du bassin versant de la Haute-Vilaine. Synthèse d’une étude diachronique (xiiie-xxe siècle)

Mémoire de master en archéologie des périodes historiques, sous la direction de P.-Y. Laffont, université de Rennes 2, soutenu le 21 octobre 2022
Hugo Fontaine

Notes de la rédaction

Historique
Reçu : 25 juillet 2023 – Accepté : 1er février 2024

Texte intégral

1Le moulin est l’un des bâtiments les plus iconiques du monde rural. De nombreuses chansons, poèmes ou encore peintures le représentent avec son meunier non loin. Cette place prépondérante dans l’imaginaire collectif est due à l’importance de ce couple moulin/meunier dans la vie quotidienne jusqu’à l’entre-deux-guerres.

  • 1 On peut citer les moulins de Venafre (Italie) et de Caracalla (Italie) fouillés en 1908 et 1915.
  • 2 M. Bloch, « Avènement et conquête du moulin à eau », Annales d’histoire économique et sociale, 36 ( (...)
  • 3 Nous pouvons citer Marie-Claire Amouretti, Henri Amouric, Georges Comet, Philippe Leveau ou encore (...)
  • 4 M. Mousnier (éd.), Moulins et meuniers dans les campagnes européennes (ixe-xviiie siècle), Toulouse (...)
  • 5 G. Rollier et L. Jaccottey (éd.), Archéologie des moulins hydrauliques, à traction animale et à ven (...)

2Cependant, le moulin, en tant qu’objet d’étude, a une histoire relativement courte. Les chercheurs s’y intéressent au début des années 1900 avec quelques fouilles sur des moulins antiques1. L’article de Marc Bloch2, quant à lui, lance en 1935 le début de la recherche historique. Néanmoins, il faut attendre la fin du xxe siècle pour voir apparaître des chercheurs spécialisés sur les problématiques propres au moulin hydraulique, principalement centrées sur l’Antiquité et le Moyen Âge3. Le colloque de Flaran en 19994 et celui de Lons-le-Saunier en 20115 synthétisent ce renouveau des connaissances.

  • 6 L’étude a été menée de septembre 2020 à juin 2022 au cours d’un master recherche en archéologie, so (...)
  • 7 Étudier le cheminement de l’eau était un enjeu important de ce mémoire.

3Notre étude s’inscrit dans cette historiographie nouvelle par le biais d’une approche sur le temps long, du xiiie au xxe siècle, et sur l’entièreté d’un bassin versant, celui de la Haute-Vilaine6. L’objectif est de porter un double regard sur le moulin à eau : sur le bâtiment en lui-même et sur les infrastructures hydrauliques qui l’accompagnent7.

4Le bassin versant de la Haute-Vilaine comprend sept cours d’eau principaux et compte soixante-sept moulins à eau, qui se répartissent comme suit (fig. 1) : trente sur la Vilaine ; huit sur le ruisseau des Épronnières ; quatorze sur la Cantache et deux sur son affluent, le ruisseau du Palet ; huit sur la Valière et cinq sur son affluent le ruisseau du Hill. Ce bassin versant s’étend sur vingt et une communes, à cheval sur les départements de l’Ille-et-Vilaine et de la Mayenne. Ses limites sont, à l’est, Le Bourgneuf-la-Forêt (Mayenne), à l’ouest, Saint-Aubin-des-Landes (Ille-et-Vilaine), au nord, Luitré-Dompierre (Ille-et-Vilaine) et au sud, Argentré-du-Plessis (Ille-et-Vilaine).

Fig. 1 – Localisation des moulins hydrauliques du bassin versant de la Haute-Vilaine (DAO H. Fontaine).

Fig. 1 – Localisation des moulins hydrauliques du bassin versant de la Haute-Vilaine (DAO H. Fontaine).

5Du point de vue historique, la très grande partie du bassin versant est comprise dans la baronnie de Vitré. C’est dans les archives de cette baronnie que se situe la majorité des sources trouvées sur les moulins du bassin hydrographique. Ce travail repose ainsi sur l’approche conjointe des sources textuelles et du terrain.

1. Les sources textuelles

  • 8 Les archives nationales, les archives départementales de l’Ille-et-Vilaine et de la Mayenne et les (...)

6Avec 320 documents consultés dans quatre services d’archives différents8, la diversité des sources est exceptionnelle et la chronologie de ces dernières s’étend du xiiie au xxe siècle. Ces sources sont des livres de comptes, des aveux, des testaments et des règlements d’héritages, de la correspondance privée, des actes de vente, d’achat ou de dons, des règlements d’eau, des cartes postales ou encore des plans. Il serait trop long ici de détailler tous ces documents ; seuls les plus intéressants sont ainsi présentés dans cette partie.

1.1. Les sources médiévales

  • 9 Traduit et édité dans B. de Broussillon, Étude historique accompagnée du cartulaire de Laval et de (...)

7La plus ancienne source étudiée est le testament d’André III de Vitré rédigé en 12489. Des moulins hydrauliques sont mentionnés dans les paroisses de Chatillon, de Vendelay et dans la forêt de Vitré. Cependant, aucun moulin n’est nommé.

  • 10 Rennes, Archives dép. d’Ille-et-Vilaine [désormais abrégé AD 35], 1 F.
  • 11 AD 35, 1 F 1533, compte du xve siècle, réparation du moulin de Villecuite et de Harault, 3 mai 1407

8Les autres sources médiévales sont principalement issues de la comptabilité de la seigneurie de Vitré10. Les frais de réparation pour quelques moulins sont connus au début du xve siècle ainsi qu’un achat de meules pour ceux de Villecuite et de Harault11.

1.2. Les sources modernes

9Les archives modernes se caractérisent par la présence d’aveux des vassaux du baron de Vitré, de baux du xviiie siècle et de plusieurs plans.

10Ainsi, les aveux et les baux permettent de connaître les hommes autour des moulins. Pour l’Ancien Régime, les propriétaires sont issus de la noblesse ou du clergé. La famille qui en possède le plus est celle de La Trémoilles. Le duc de La Trémoilles, baron de Vitré, est un personnage central du royaume de France. Des familles vassales du baron de Vitré possèdent des moulins en tant que fief noble, tels que Jean du Plessix, Henri de Sévigné, ou encore Louis de Champelays. La présence du clergé est assez discrète au sein des propriétaires. Deux institutions religieuses possèdent des moulins dans le bassin versant de la Haute-Vilaine : la collégiale Sainte-Magdeleine de Vitré et l’abbaye de Clermont. La première possède plusieurs moulins et des rentes depuis le Moyen Âge, la seconde n’en possède qu’un seul, le moulin aux Moines d’Argentré-du-Plessis.

11Pour les fermiers, une multitude de noms sont connus : soixante et onze fermiers pour cinquante-huit noms de famille. Les sources permettent de suivre des individus sur plusieurs années. Par exemple, le parcours de Georges Baudoin est connu de 1654 à 1673 ou encore celui de François Guilleu de 1754 à 1771. Aucune famille ne semble s’approprier la fonction de meunier ou d’usinier au sein de la baronnie de Vitré.

  • 12 La feuille n° 97 de la carte de Cassini est la feuille cartographiant les régions de Vitré et de La (...)
  • 13 Jean Baptiste Ogée publie en 1771 sa Carte géométrique de la Province de Bretagne.
  • 14 Trois plans pour la Vilaine : AD 35, C 5051 (2), C 5051 (12) et C 5051 (13). Sept moulins du fleuve (...)
  • 15 Un plan pour la Valière : AD 35, C 5052 (1).

12L’époque moderne nous a aussi livré de multiples documents cartographiques. Les cartes de Cassini12 et d’Ogée13 n’ont pas été utilisées à cause d’un manque de précision. Néanmoins, des projets de construction d’un canal reliant Vitré à Laval ont nécessité la cartographie du fleuve. Les moulins de la Vilaine14 et de la Valière15 ont été relevés à de multiples reprises à la fin du xviiie siècle. Ces plans ont permis de compléter les informations délivrées par le cadastre napoléonien (fig. 2).

Fig. 2 – Extrait du plan de la Vilaine de Châteaubourg à Vitré, 1783 (Rennes, Archives dép. d’Ille-et-Vilaine, C 5051 [12]).

Fig. 2 – Extrait du plan de la Vilaine de Châteaubourg à Vitré, 1783 (Rennes, Archives dép. d’Ille-et-Vilaine, C 5051 [12]).

1.3. Les sources contemporaines

13Le cadastre napoléonien est le plan le plus précis pour l’étude des moulins. Dressé entre 1810 et 1832 pour notre aire géographique, il a permis de recenser rapidement la quasi-totalité des moulins présents sur le bassin versant.

  • 16 Cent seize sources sont issues de ce service (série 7 S : Travaux publics et transports : service h (...)

14L’administration du xixsiècle a produit un grand nombre de documents sur les moulins hydrauliques. Le service hydraulique, en effet, a émis de nombreux règlements d’eau16. Ces derniers établissent des règles sur la longueur minimale du déversoir et du vannage de décharge, le nombre de roues hydrauliques autorisées ou encore le niveau maximal de l’eau en amont du moulin. Une dizaine de moulins sont ainsi réglementés au cours du siècle. Le principal avantage de ce document est qu’il est l’un des seuls à renseigner sur les infrastructures hydrauliques du moulin.

  • 17 AD 35, 7 S 1 : Argentré-du-Plessis, Châtillon-en-Vendelais, Erbrée, Étrelles et Princé.

15Une autre source contemporaine était attendue : l’enquête de 1809 sur les moulins à blé. Néanmoins, les archives départementales ne conservent la réponse que de cinq communes bretilliennes17.

2. L’étude de terrain

16Une étude de terrain a été réalisée pour certains des soixante-sept moulins répertoriés dans le corpus d’étude. Un repérage sur site a été réalisé uniquement pour ceux encore visibles sur les photographies aériennes, soit trente-huit sites. Malheureusement, le moulin de la Roussière a été détruit entre la photographie aérienne la plus récente et notre visite.

2.1. Typologie des moulins du corpus

  • 18 C. Rivals, Le moulin, histoire d’un patrimoine. Paris, Fédération française des Amis des moulins, 2 (...)

17L’étude systématique des infrastructures hydrauliques est l’une des nouveautés du mémoire. Pour classer ces données, nous avons utilisé la typologie de Claude Rivals, qui comporte un type de moulin à roue horizontale et quatre à roue verticale (fig. 3)18.

Fig. 3 – Les cinq types d’infrastructures hydrauliques associées aux moulins à eau selon Claude Rivals (C. Rivals, Le moulin, histoire d’un patrimoine, Paris, Fédération française des Amis des moulins, 2000, p. 15).

Fig. 3 – Les cinq types d’infrastructures hydrauliques associées aux moulins à eau selon Claude Rivals (C. Rivals, Le moulin, histoire d’un patrimoine, Paris, Fédération française des Amis des moulins, 2000, p. 15).

18Tout d’abord, le moulin sur eau vive est le seul moulin à roue horizontale. Il est construit à cheval sur le cours d’eau, solidement maçonné sur les deux berges.

19Ensuite, le moulin de barrage est le premier moulin à roue verticale décrit par C. Rivals. Il se caractérise principalement par la présence d’un étang en amont, où est stockée l’eau pour un usage ultérieur ou pour alimenter le moulin, même lorsque le débit du cours d’eau est trop faible.

20Le moulin sur berge mobilise peu d’infrastructures hydrauliques. Il est construit sur les berges de la rivière avec la roue directement dans le courant. Une vanne motrice bloque l’eau quand le moulin n’est pas en activité. Pour pallier le risque de crues hivernales, un déversoir et/ou une chaussée avec un vannage de décharge se situent en amont du moulin.

21Le moulin de dérivation nécessite, à l’inverse, de nombreuses infrastructures hydrauliques. Un barrage de dérivation barre la rivière et détourne l’eau dans un canal d’amenée, pouvant mesurer jusqu’à plusieurs centaines de mètres. Une chaussée, avec des vannes de décharge ou un déversoir, est placée perpendiculairement à ce canal. L’eau circule alors dans le coursier, parcourant les derniers mètres jusqu’à la roue du moulin. Le canal de fuite rejoint le fossé de décharge puis le cours naturel de la rivière en aval du moulin.

22Pour finir, le moulin en bout de chaussée se caractérise par la présence d’une grande chaussée barrant toute la rivière, l’édifice se situe à cheval sur la berge et la chaussée. Cette dernière possède un vannage de décharge et parfois un déversoir.

23Le cadastre ancien est la première source d’information pour les infrastructures hydrauliques, suivi par les règlements d’eau. Ainsi, il est compliqué de connaître précisément le cheminement de l’eau avant le xixe siècle. La destruction des moulins est régulièrement accompagnée par celle de leur ouvrage régulateur. Les informations issues de ces documents ne peuvent pas être vérifiées pour une trentaine de moulins.

2.2. Des infrastructures hydrauliques en danger

24Le constat pour les moulins toujours en élévation est similaire. Conséquence des outrages du temps, couplés à l’action récente de l’administration pour rétablir la continuité écologique des cours d’eau, de nombreux barrages et déversoirs ont été partiellement voire totalement arasés.

25Par exemple, les vannes de la chaussée du moulin Lambert (com. Saint-Aubin-des-Landes) sont laissées à l’état de ruine en position haute (fig. 4). C’est également le cas pour le moulin de Montperron (com. Étrelles).

Fig. 4 – Vannes ruinées du moulin Lambert sur la commune de Saint-Aubin-des-Landes (cl. H. Fontaine, 2022).

Fig. 4 – Vannes ruinées du moulin Lambert sur la commune de Saint-Aubin-des-Landes (cl. H. Fontaine, 2022).
  • 19 Poutre posée au fond de l’eau accueillant les vannes de décharge quand elles sont fermées.

26L’arasement partiel se traduit par la destruction des vannes, mais en laissant le fut gravier19 posé au fond de la rivière, comme au moulin de Malipasse (com. Pocé-les-Bois) ou de la Roche (com. Pocé-les-Bois ; fig. 5).

Fig. 5 – Fut gravier de la chaussée du moulin de la Roche sur la commune de Pocé-les-Bois : les trous correspondent aux tenants latéraux des vannes (cl. H. Fontaine, 2021).

Fig. 5 – Fut gravier de la chaussée du moulin de la Roche sur la commune de Pocé-les-Bois : les trous correspondent aux tenants latéraux des vannes (cl. H. Fontaine, 2021).

27Dans la plupart des cas, l’arasement est total. La chaussée est alors remplacée par une passerelle, marquant ainsi l’emplacement de l’ancien ouvrage.

28Le pire des scénarios est la destruction des ouvrages régulateurs et le remblaiement des canaux comme au moulin de la Roche-Blossac (com. Vitré) ou au moulin de Harault (com. Saint-M’Hervé).

29Quelques exceptions redonnent espoir. L’immense chaussée de trente mètres de long du moulin de la Courbe (com. Pocé-les-Bois) barre toujours la rivière (fig. 6). Cependant, le vannage de décharge n’est plus présent. Le moulin des Épronnières a encore toutes ses infrastructures, même si le coursier et le canal de fuite ont été modernisés. Le moulin du Pont Troton (com. Saint-M’Hervé ; fig. 7) possède des ouvrages régulateurs fonctionnels et entretenus à l’instar du moulin de Rivet (com. Montreuil-sous-Pérouse).

Fig. 6 – Chaussée du moulin de la Courbe : le vannage a été arasé (à gauche), mais le déversoir est toujours présent (à droite) (cl. H. Fontaine, 2021).

Fig. 6 – Chaussée du moulin de la Courbe : le vannage a été arasé (à gauche), mais le déversoir est toujours présent (à droite) (cl. H. Fontaine, 2021).

Fig. 7 – Chaussée du moulin du Pont Troton sur la commune de Saint-M’Hervé, avec ses quatre vannes refaites en 2007 (cl. H. Fontaine, 2021).

Fig. 7 – Chaussée du moulin du Pont Troton sur la commune de Saint-M’Hervé, avec ses quatre vannes refaites en 2007 (cl. H. Fontaine, 2021).

2.2.1. Un bâti de l’époque moderne

  • 20 J. Lemoine et al., Le pays de Vitré, Rennes, 1996. Je tiens aussi à remercier Jean-Jacques Rioult, (...)

30Pour dater les moulins, nous nous sommes basés sur l’ouvrage Pays de Vitré, dirigé par J. Lemoine20.

31Une dizaine de moulins présentent des ouvertures réalisées entre le xvie et le xviiie siècle. Le moulin aux Moines d’Argentré-le-Plessis a les ouvertures les plus remarquables. Parmi les éléments anciens, une ancienne porte avec un arc en plein cintre, réalisée en gros blocs de granit et surmonté d’un blason semble remonter à la fin du xvie siècle ou au début du xviie siècle (fig. 8).

Fig. 8 – Porte en plein cintre au moulin aux Moines sur la commune d’Argentré-du-Plessis. La forme et le blason datent la porte du xvie ou du xviie siècle (cl. H. Fontaine, 2022).

Fig. 8 – Porte en plein cintre au moulin aux Moines sur la commune d’Argentré-du-Plessis. La forme et le blason datent la porte du xvie ou du xviie siècle (cl. H. Fontaine, 2022).

32Le mur sud est percé par une fenêtre haute barrée de fer et par une porte avec un linteau droit en bois. Ces deux ouvertures sont caractéristiques des xviie-xviiie siècles (fig. 9).

Fig. 9 – Fenêtre barrée de fer au moulin aux Moines sur la commune d’Argentré-du-Plessis. Cette ouverture est un élément typique des xviie-xviiie siècles (cl. H. Fontaine, 2022).

Fig. 9 – Fenêtre barrée de fer au moulin aux Moines sur la commune d’Argentré-du-Plessis. Cette ouverture est un élément typique des xviie-xviiie siècles (cl. H. Fontaine, 2022).

33L’usage du grès ou du granit pour la souche de la cheminée et la présence de contreforts renforçant le mur en aval sont des indices d’une construction de l’Ancien Régime.

34À l’inverse, une souche de cheminée ou des encadrements d’ouverture en brique sont la preuve d’une construction de la seconde moitié du xixe siècle. Ainsi, certains moulins ont été agrandis ou réaménagés au cours du xixe siècle, voire entièrement reconstruits (fig. 10).

Fig. 10 – Usage de la brique pour l’encadrement des ouvertures et de la souche de la cheminée au moulin Neuf (com. Argentré-du-Plessis), signe d’un aménagement ou d’une reconstruction de la seconde moitié du xixe siècle. La présence d’un linteau de bois et d’une souche de cheminée en grès atteste une construction plus ancienne du moulin (cl. H. Fontaine, 2022).

Fig. 10 – Usage de la brique pour l’encadrement des ouvertures et de la souche de la cheminée au moulin Neuf (com. Argentré-du-Plessis), signe d’un aménagement ou d’une reconstruction de la seconde moitié du xixe siècle. La présence d’un linteau de bois et d’une souche de cheminée en grès atteste une construction plus ancienne du moulin (cl. H. Fontaine, 2022).

2.2.2. L’absence de mécanisme

35Le nombre de moulins possédant encore une partie de leur mécanisme est assez faible. Seul le moulin du bas des Hurlières (com. Châtillon-en-Vendelais) possède encore sa roue (fig. 11). Cette dernière est une roue à augets, fortement ruinée, d’un mètre de diamètre, réalisée en bois avec des renforts d’acier. Les vestiges d’une roue à aubes ont été trouvés au moulin d’Ingollier (com. Saint-M’Hervé), son diamètre est estimé à 3,15 m pour une largeur de 0,95 m.

Fig. 11 – Roue à augets du moulin du bas des Hurlières sur la commune de Châtillon-en-Vendelais. Cette roue, fortement ruinée, est la seule encore présente sur le bassin versant de la Haute-Vilaine (cl. H. Fontaine, 2022).

Fig. 11 – Roue à augets du moulin du bas des Hurlières sur la commune de Châtillon-en-Vendelais. Cette roue, fortement ruinée, est la seule encore présente sur le bassin versant de la Haute-Vilaine (cl. H. Fontaine, 2022).

36Les axes moteurs, supportant la roue se font également rares. Quatre moulins possèdent encore leur arbre moteur : le moulin des Épronnières (com. Juvigné), le moulin d’Ingollier, le moulin Neuf (com. Argentré-du-Plessis) et le moulin de Rivet. Pour le moulin d’Ingollier et le moulin Neuf, les engrenages du renvoi d’angle sont encore présents (fig. 12). Le renvoi d’angle est aussi présent au moulin de Gérard (com. Champeaux). Ces trois mécanismes, en acier, remontent au xixe siècle.

Fig. 12 – Renvoi d’angle du moulin d’Ingollier sur la commune de Saint-M’Hervé (cl. H. Fontaine, 2022).

Fig. 12 – Renvoi d’angle du moulin d’Ingollier sur la commune de Saint-M’Hervé (cl. H. Fontaine, 2022).

37Parmi les trente-sept moulins visités, deux ont conservé au moins une meule. Le moulin d’Ingollier possède une meule dormante, servant aujourd’hui de support pour un escalier. Le moulin aux Moines (com. Argentré-sur-Plessis) possède trois paires de meules, dont les meules dormantes sont en position primaire. Deux des trois meules tournantes ont été relevées, sans doute pour les rhabiller (fig. 13).

Fig. 13 – Meules du moulin aux Moines sur la commune d’Argentré-du-Plessis. Seulement une paire de meules est en position fonctionnelle, les deux autres ont leur meule tournante déposée, sans doute pour réaliser leur entretien (cl. H. Fontaine, 2022).

Fig. 13 – Meules du moulin aux Moines sur la commune d’Argentré-du-Plessis. Seulement une paire de meules est en position fonctionnelle, les deux autres ont leur meule tournante déposée, sans doute pour réaliser leur entretien (cl. H. Fontaine, 2022).

38Le moulin du Pont Troton fait encore une fois figure d’exception au sein du bassin versant. Ce dernier, en plus d’avoir conservé ses infrastructures hydrauliques, est théoriquement fonctionnel. Modernisé dans les années 1950, il possède encore sa turbine hydraulique et ses cylindres de minoterie, à l’arrêt depuis les années 1980.

3. Les moulins du bassin versant de la Haute-Vilaine

39Cette étude a permis de révéler plusieurs éléments sur les moulins à eau du bassin versant de la Haute-Vilaine.

3.1. Une majorité de moulins à farine

40Un moulin hydraulique peut être utilisé pour réaliser de multiples actions. Dans le bassin hydrographique de la Haute-Vilaine, la très grande majorité des moulins (43 sur 67) servait à moudre le grain pour en faire de la farine. Trois moulins à draps sont présents, répartis sur la Vilaine, la Valière et la Cantache. Ils seront tous convertis en moulin à farine avant le xviiie siècle. Quelques moulins à tan, présents exclusivement sur la Vilaine, alimentaient les tanneurs de Vitré en matières premières (fig. 14).

Fig. 14 – Répartition des moulins selon leur fonction (DAO H. Fontaine, 2022).

Fig. 14 – Répartition des moulins selon leur fonction (DAO H. Fontaine, 2022).

3.2. Une présence ancienne des moulins

41Le dépouillement archivistique a permis de s’assurer de l’implantation ancienne des moulins dans le pays de Vitré. Onze moulins sont connus dès le Moyen Âge et quarante-six autres au cours de l’époque moderne. La mention la plus ancienne pour les alentours de Vitré date de 1248. Néanmoins, l’établissement des moulins doit être plus ancien.

3.3. Une géographie des types de moulins

  • 21 À une exception, le moulin de Besnard (com. Saint-M’Hervé) sur le ruisseau des Épronnières.

42Les quatre types de moulin sont présents sur le bassin versant (fig. 15). Le moulin de barrage est présent près des sources des cours d’eau. Il est parfaitement adapté au débit faible des premiers kilomètres grâce à son vaste étang. Sur le cours moyen, se trouvent les moulins de dérivation et sur berge. Ils sont présents en faible nombre sur le bassin versant et semblent être des types de transition entre les moulins de barrage et les moulins en bout de chaussée. Ces derniers sont implantés dans la partie aval des rivières et jamais présents sur les ruisseaux21.

Fig. 15 – Répartition des moulins selon la typologie de leurs infrastructures hydrauliques et leur état de conservation (DAO H. Fontaine, 2022).

Fig. 15 – Répartition des moulins selon la typologie de leurs infrastructures hydrauliques et leur état de conservation (DAO H. Fontaine, 2022).

43Cette répartition, tout le long des cours d’eau, permet d’exploiter au mieux les 145 km de rivière. Ainsi, un moulin est présent tous les 2,18 km, en moyenne. Cette moyenne tombe à un moulin tous les 1,4 km pour la Vilaine.

4. Conclusion

44Ce mémoire a traité des moulins présents sur le bassin hydrographique de la Haute-Vilaine. Ainsi, soixante-sept moulins ont été recensés et documentés dans la mesure du possible. Pour certains d’entre eux, le manque de source couplé à une destruction du bâtiment n’a permis qu’un simple recensement. Pour d’autres, ce travail a permis de synthétiser des dizaines de documents d’archives et de réaliser une étude du bâti sur des édifices toujours présents dans le paysage.

45L’originalité de ce travail est d’avoir pris le parti d’utiliser la typologie de Claude Rivals. Cette dernière a permis une plus grande considération des infrastructures hydrauliques, trop souvent délaissées au profit du bâtiment en lui-même. Pourtant, ce sont les canaux, barrages et déversoirs qui marquent le paysage de la présence d’un moulin à eau. Ainsi, l’étude des infrastructures hydrauliques nous livre une meilleure connaissance du fonctionnement des moulins et éclaire certaines logiques d’implantation.

46Pour terminer, ces recherches permettent une nouvelle fois de souligner l’urgence qu’il y a à protéger les moulins à eau. Les prochaines recherches devront se concentrer sur les infrastructures hydrauliques, dans l’objectif d’apporter des éléments tangibles pour la protection de ces dernières. Cette documentation scientifique permettra ainsi aux propriétaires des moulins et aux associations de sauvegarde du patrimoine d’établir un dialogue avec les associations écologistes et les acteurs publics en charge des destructions.

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Notes

1 On peut citer les moulins de Venafre (Italie) et de Caracalla (Italie) fouillés en 1908 et 1915.

2 M. Bloch, « Avènement et conquête du moulin à eau », Annales d’histoire économique et sociale, 36 (1935), p. 538-563.

3 Nous pouvons citer Marie-Claire Amouretti, Henri Amouric, Georges Comet, Philippe Leveau ou encore Dietrich Lohrmann…

4 M. Mousnier (éd.), Moulins et meuniers dans les campagnes européennes (ixe-xviiie siècle), Toulouse, 2002.

5 G. Rollier et L. Jaccottey (éd.), Archéologie des moulins hydrauliques, à traction animale et à vent, des origines à l’époque médiévale, Besançon, 2016.

6 L’étude a été menée de septembre 2020 à juin 2022 au cours d’un master recherche en archéologie, sous la direction de Pierre-Yves Laffont (Rennes 2) et en partenariat avec le service de l’Inventaire du patrimoine culturel de Bretagne.

7 Étudier le cheminement de l’eau était un enjeu important de ce mémoire.

8 Les archives nationales, les archives départementales de l’Ille-et-Vilaine et de la Mayenne et les archives de Vitré communauté.

9 Traduit et édité dans B. de Broussillon, Étude historique accompagnée du cartulaire de Laval et de Vitré, Paris, 1898.

10 Rennes, Archives dép. d’Ille-et-Vilaine [désormais abrégé AD 35], 1 F.

11 AD 35, 1 F 1533, compte du xve siècle, réparation du moulin de Villecuite et de Harault, 3 mai 1407.

12 La feuille n° 97 de la carte de Cassini est la feuille cartographiant les régions de Vitré et de Laval.

13 Jean Baptiste Ogée publie en 1771 sa Carte géométrique de la Province de Bretagne.

14 Trois plans pour la Vilaine : AD 35, C 5051 (2), C 5051 (12) et C 5051 (13). Sept moulins du fleuve ont par la même occasion été cartographiés : AD 35, C 5051 (28) à C 5051 (34).

15 Un plan pour la Valière : AD 35, C 5052 (1).

16 Cent seize sources sont issues de ce service (série 7 S : Travaux publics et transports : service hydraulique, syndicats).

17 AD 35, 7 S 1 : Argentré-du-Plessis, Châtillon-en-Vendelais, Erbrée, Étrelles et Princé.

18 C. Rivals, Le moulin, histoire d’un patrimoine. Paris, Fédération française des Amis des moulins, 2000.

19 Poutre posée au fond de l’eau accueillant les vannes de décharge quand elles sont fermées.

20 J. Lemoine et al., Le pays de Vitré, Rennes, 1996. Je tiens aussi à remercier Jean-Jacques Rioult, coordinateur des travaux d’études et de l’expertise du service de l’Inventaire de Bretagne, et Véronique Orain, chargée d’étude à l’Inventaire de Bretagne, qui m’ont aidé à plusieurs reprises pour dater certains vestiges.

21 À une exception, le moulin de Besnard (com. Saint-M’Hervé) sur le ruisseau des Épronnières.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Localisation des moulins hydrauliques du bassin versant de la Haute-Vilaine (DAO H. Fontaine).
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Titre Fig. 2 – Extrait du plan de la Vilaine de Châteaubourg à Vitré, 1783 (Rennes, Archives dép. d’Ille-et-Vilaine, C 5051 [12]).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/20584/img-2.jpg
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Titre Fig. 3 – Les cinq types d’infrastructures hydrauliques associées aux moulins à eau selon Claude Rivals (C. Rivals, Le moulin, histoire d’un patrimoine, Paris, Fédération française des Amis des moulins, 2000, p. 15).
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Titre Fig. 4 – Vannes ruinées du moulin Lambert sur la commune de Saint-Aubin-des-Landes (cl. H. Fontaine, 2022).
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Titre Fig. 5 – Fut gravier de la chaussée du moulin de la Roche sur la commune de Pocé-les-Bois : les trous correspondent aux tenants latéraux des vannes (cl. H. Fontaine, 2021).
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Titre Fig. 6 – Chaussée du moulin de la Courbe : le vannage a été arasé (à gauche), mais le déversoir est toujours présent (à droite) (cl. H. Fontaine, 2021).
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Titre Fig. 7 – Chaussée du moulin du Pont Troton sur la commune de Saint-M’Hervé, avec ses quatre vannes refaites en 2007 (cl. H. Fontaine, 2021).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/20584/img-7.jpg
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Titre Fig. 8 – Porte en plein cintre au moulin aux Moines sur la commune d’Argentré-du-Plessis. La forme et le blason datent la porte du xvie ou du xviie siècle (cl. H. Fontaine, 2022).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/20584/img-8.jpg
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Titre Fig. 9 – Fenêtre barrée de fer au moulin aux Moines sur la commune d’Argentré-du-Plessis. Cette ouverture est un élément typique des xviie-xviiie siècles (cl. H. Fontaine, 2022).
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Titre Fig. 10 – Usage de la brique pour l’encadrement des ouvertures et de la souche de la cheminée au moulin Neuf (com. Argentré-du-Plessis), signe d’un aménagement ou d’une reconstruction de la seconde moitié du xixe siècle. La présence d’un linteau de bois et d’une souche de cheminée en grès atteste une construction plus ancienne du moulin (cl. H. Fontaine, 2022).
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Titre Fig. 11 – Roue à augets du moulin du bas des Hurlières sur la commune de Châtillon-en-Vendelais. Cette roue, fortement ruinée, est la seule encore présente sur le bassin versant de la Haute-Vilaine (cl. H. Fontaine, 2022).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/20584/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 756k
Titre Fig. 12 – Renvoi d’angle du moulin d’Ingollier sur la commune de Saint-M’Hervé (cl. H. Fontaine, 2022).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/20584/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 544k
Titre Fig. 13 – Meules du moulin aux Moines sur la commune d’Argentré-du-Plessis. Seulement une paire de meules est en position fonctionnelle, les deux autres ont leur meule tournante déposée, sans doute pour réaliser leur entretien (cl. H. Fontaine, 2022).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/20584/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 480k
Titre Fig. 14 – Répartition des moulins selon leur fonction (DAO H. Fontaine, 2022).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/20584/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 628k
Titre Fig. 15 – Répartition des moulins selon la typologie de leurs infrastructures hydrauliques et leur état de conservation (DAO H. Fontaine, 2022).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/20584/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 629k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Hugo Fontaine, « Les moulins hydrauliques du bassin versant de la Haute-Vilaine. Synthèse d’une étude diachronique (xiiie-xxe siècle) »Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA [En ligne], 27.2 | 2023, mis en ligne le 15 mars 2024, consulté le 13 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cem/20584 ; DOI : https://doi.org/10.4000/cem.20584

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Auteur

Hugo Fontaine

Rattachement institutionnel : INRAP Grand-Est

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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