L’érudition sigillographique au xviie siècle : le cas des Chifflet
Résumés
En partant de l’exemple des travaux de la dynastie d’érudition franc-comtoise des Chifflet, l’article vise à montrer le poids des études sigillographiques au xviie siècle. Pour ces érudits de l’époque moderne, le sceau est un symbole de la gloire généalogique, locale et même nationale : à leurs yeux, l’intérêt archivistique des actes cède la place à celui des sceaux, dont ils copient les empreintes originales sous la forme de dessins, les insérant ensuite dans leurs publications sous la forme de gravures. En se montrant attentifs à tous les aspects de ces monuments historiques – le matériau des sceaux, leur iconographie et leur apposition au parchemin –, les Chifflet constituent un bon exemple des sigillographes modernes.
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Reçu : 20 février 2025 – Accepté : 28 mai 2025.
Texte intégral
- 1 L. Delobette et P. Delsalle (dir.), Autour des Chifflet : aux origines de l’érudition en Franche-C (...)
- 2 B. de Vregille, « Pierre-François Chifflet S. J. Découvreur et éditeur des Pères de l’Église (1592 (...)
- 3 R. Locatelli et G. Moyse, « Le “Cartulaire de Saint-Claude” constitué par Pierre-François Chifflet (...)
- 4 M. Bloch, Apologie pour l’histoire ou métier d’historien, Paris, 1993, p. 49.
- 5 V. Parent, « Le grand Cartulaire de l’abbaye Saint-Bertin : une source méconnue en sigillographie (...)
- 6 B. Bedos-Rezak, « Outcast. Seals of the Medieval West and their Epistemological Frameworks (XIIth- (...)
1En 2007 est paru un recueil d’études mettant en valeur l’héritage d’une famille d’historiens franc-comtois, les Chifflet 1. Ce travail reste jusqu’à présent le seul qui concerne l’une des dynasties d’érudits du xviie siècle ayant produit des études historiques, hagiographiques et archéologiques précieuses, surtout sur leur patrie. Au sein de la famille Chifflet, c’est Pierre-François (1592-1682) qui se consacre le plus à l’écriture de l’histoire elle-même. Étant jésuite, il travaille au sein de la Société des Bollandistes sur les Fasti Sanctorum et Acta Sanctorum 2. Ayant pour ses ouvrages un goût purement archivistique, il visite et explore beaucoup d’archives, surtout celles de Saint-Claude et Saint-Oyend, dont il copie les cartulaires 3. D’après ces copies, on voit que le domaine de recherches de P.-F. Chifflet ne se limite pas à l’histoire ecclésiastique : il s’intéresse également à la diplomatique avec ses clauses, ses critères externes, ainsi que ses signes de corroboration, tout cela avant le fameux inventeur de la diplomatique, Jean Mabillon 4. Les Chifflet voient le document lui-même en tant que preuve du fait historique, de la généalogie, de l’héraldique, sans s’arrêter sur le texte, mais en copiant et analysant les sceaux scellant les actes. Au sein de leurs études historiques, les Chifflet font du seul sceau la preuve du statut élevé du sigillant, qui sert sous leur plume à glorifier la généalogie des personnes illustres et l’histoire de leur province en général. L’attribution d’une telle valeur à la preuve sigillaire suscite entre les érudits de la « République des lettres » d’importants débats. Ces échanges animés constituent d’ailleurs la base des recherches sigillographiques au sein de la Compagnie de Jésus et dans l’ensemble du royaume. Bien qu’aujourd’hui les études sigillographiques menées par les hommes de lettres à l’époque moderne commencent à intéresser les chercheurs 5, il subsiste une tendance à sous-estimer la qualité de ces études 6, ce qu’il faudrait remettre en cause au regard de l’immense héritage manuscrit laissé par les érudits modernes.
1. Béatrice de Chalon et les sceaux bourguignons
- 7 P.-F. Chifflet, Lettre touchant Béatrix comtesse de Chalon, Dijon, chez Philibert Chavance, 1656, (...)
- 8 A. Duchesne, Histoire des roys, ducs et comtes de Bourgogne et d’Arles, Paris, chez Sébastien Cram (...)
- 9 P. de Saint-Julien, De l’origine des Bourgongnons, et Antiquité des estats de Bourgongne, Paris, N (...)
- 10 É. Pérard, Recueil de plusieurs pièces curieuses servant à l’histoire de Bourgogne, Paris, chez Cl (...)
2La Lettre touchant Béatrix comtesse de Chalon parue en 1637 est à peine mentionnée parmi les ouvrages publiés de P.-F. Chifflet. Selon les usages de l’époque, elle est adressée à une autorité politique, le conseiller du roi à la Chambre des comptes de Bourgogne, Étienne Lantin (1610-1681), dont l’hôtel se trouve à Dijon, rue des Bons Enfants. Celui-ci semble être également un érudit, au moins un collectionneur : dans sa brève introduction à la Lettre, Chifflet explique que la question en débat – le statut de Béatrice de Chalon (1174-1227) – était depuis déjà longtemps discutée, considérée comme étant l’une des « plus difficiles de l’histoire de Bourgogne 7 ». Le cœur du sujet concerne les liens maternels entre Béatrice de Chalon et Jean Ier, comte de Chalon (1228-1237), que P.-F. Chifflet essaie de prouver contre les avis de beaucoup d’historiens, dont principalement André Duchesne 8 (1584-1640). Pour ce faire, le jésuite élabore non seulement le discours généalogique, mais analyse aussi les actes liés à Béatrice, à Jean Ier, à leurs prédécesseurs et successeurs, actes qu’il tire de nombreuses archives – des abbayes de Cluny, de Cîteaux, de Saint-Claude, de La Charité, de Saint-Bénigne de Dijon, des cathédrales Saint-Vincent de Chalon-sur-Saône, du trésor de la Chambre des comptes de Dijon. L’ampleur des archives traitées par P.-F. Chifflet pour cette Lettre est étonnante : il est vrai que la Bourgogne avait déjà fourni plusieurs érudits locaux travaillant précédemment et parallèlement au jésuite, dont Pierre de Saint-Julien (1519-1593), auteur De l’origine des Bourgongnons, et Antiquité des estats de Bourgongne, qui peut être considéré comme l’un des premiers ouvrages d’érudition 9, ou encore Étienne Pérard (1590-1663), maître de la Chambre des comptes de Dijon et conseiller d’État collectant le Recueil de plusieurs Pièces curieuses servant à l’Histoire de Bourgogne (1664) 10. L’un comme l’autre copie tous les textes des actes, P. de Saint-Julien en les insérant dans son récit principal sur les origines bourguignonnes et É. Pérard en faisant la compilation dans ses pièces justificatives. A. Duchesne reconstitue également la généalogie des ducs de Bourgogne (1616) sous la forme du récit et des preuves développées par lui.
- 11 P.-F. Chifflet, Lettre touchant…, op. cit., p. 39.
- 12 Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Lat. 17080-17081.
- 13 Dom Urbain Plancher (1667-1750) publie l’Histoire générale et particulière de Bourgogne (Dijon, ch (...)
- 14 L. Douët d’Arcq, Archives de l’Empire. Inventaires et documents publiés par ordre de l’Empereur. C (...)
3P.-F. Chifflet suit bien ses prédécesseurs dans la volonté de prouver son discours par les actes et le recours non seulement à la diplomatique, mais aussi à la sigillographie : si P. de Saint-Julien ne fait que les décrire, A. Duchesne, P.-F. Chifflet et E. Pérard font, quant à eux, graver les empreintes sigillaires au sein de leurs travaux. Chacun d’entre eux voit dans le sceau la preuve du fait historique, l’expression du statut du sigillant et le monument historique autour duquel ils constituent le discours autonome. Le jésuite commence les preuves de sa Lettre par l’illustration du sceau de son héroïne – Béatrice de Chalon – attaché à son acte de 1180 11, mais qui n’est pourtant cité par aucun érudit, même postérieur à P.-F. Chifflet, comme Jean Bouhier (1673-1746), magistrat et érudit bourguignon qui nous a pourtant laissé les copies précieuses d’actes du cartulaire de l’abbaye de Saint-Bénigne de Dijon 12, et les mauristes 13. On conserve toutefois le moulage de ce même sceau réalisé au xixe siècle par l’équipe de L. Douët d’Arcq 14, aux Archives de l’Empire. D’après sa comparaison avec la représentation chez P.-F. Chifflet, il semble bien s’agir de la même empreinte copiée par l’érudit avec une très grande exactitude (fig. 1a et 1b).
Fig. 1a et 1b – Le moulage du sceau de Béatrice, comtesse de Chalon (L. Douët d’Arcq, Archives de l’Empire. Inventaires et documents publiés par ordre de l’Empereur. Collection de sceaux, Paris, t. 1, 1863, p. 342, n° 500), et sa gravure dans de la Lettre de P.-F. Chifflet (p. 39).
4Il est donc impossible de ne pas faire confiance au jésuite : si l’empreinte, dont il est question, est conservée en tant qu’original ou moulage, elle est très proche des gravures reproduites dans la Lettre. Selon les copies sigillaires, il semble que l’impartialité historique domine sous la plume de l’érudit sur les buts glorificateurs de la dynastie de Chalon, des ducs de Bourgogne et de toute la province également mis devant lui.
- 15 P.-F. Chifflet, Lettre touchant…, op. cit., p. 178-179.
5Le sujet central de toutes ces études concerne les premiers sceaux des princes provinciaux et l’apparition sur ce sceau des armoiries. Passionnés de longue date par la généalogie, les auteurs s’intéressent aux armoiries qu’ils cherchent, notamment sur les sceaux, bien que leur intérêt pour la sigillographie dépasse largement celui pour l’héraldique. Les études des premières armoiries et des premiers sceaux princiers sont ainsi interdépendantes et questionnent surtout les érudits locaux qui essaient de trouver dans l’histoire de la province, le plus souvent leur propre patrie, le premier prince sigillant ou les premières armoiries dans toute la France. Cette dispute engage également P.-F. Chifflet. Le plus ancien sceau cité dans sa Lettre date de 1106 et appartient à Hugues II, duc de Bourgogne (1103-1143) (fig. 2a et 2b) 15.
Fig. 2a et 2b – Les gravures de deux sceaux de 1106 d’Hugues II, duc de Bourgogne, dans la Lettre de P.-F. Chifflet (p. 178-179).
- 16 M. Pastoureau, « L’apparition des armoiries en Occident. État du problème », Bibliothèque de l’Éco (...)
- 17 C.-F. Toustain et R.-P. Tassin, Nouveau traité de diplomatique…, Paris, chez Guillaume Desprez, t. (...)
6Aucune empreinte ni moulage de ce sceau d’Hugues II ne nous sont toutefois parvenus, c’est pourquoi il reste difficile d’évaluer l’exactitude des données de P.-F. Chifflet. Le fait de posséder son propre sceau princier dès le tout début du xiie siècle n’est pas improbable : d’après nos connaissances sigillographiques actuelles, la seconde moitié du xie et le début du xiie siècle furent bien marqués par l’apparition et la propagation des sceaux princiers équestres 16. Certains érudits, par fierté patriotique, rendent cette pratique encore plus ancienne et trouvent des sceaux princiers dès le xe siècle, d’autant plus que le mauvais état de conservation des empreintes sigillaires des xe-xie siècles permet aux érudits d’appliquer leur imagination en les reconstituant. Tels Dom Charles-François Toustain et Dom René-Prosper Tassin qui font représenter et analysent, dans leur Nouveau traité de diplomatique, le sceau d’Arnoul Ier de Flandre (918-964), qui scelle, selon les mauristes, un diplôme de 941 (fig. 3) 17.
Fig. 3 – La gravure du sceau d’Arnoul Ier de Flandre dans le Nouveau traité de diplomatique de Doms C.-F. Toustain et R.-P. Tassin, Paris, chez Guillaume Desprez, t. 4, 1759, p. 221.
- 18 O. De Wrée, Les seaux des comtes de Flandres et inscriptions des chartes par eux…, trad. du latin (...)
- 19 J.-F. Nieus, « L’invention des armoiries en contexte. Haute aristocratie, identités familiales et (...)
- 20 L. Douët d’Arcq, Archives de l’Empire…, op. cit., t. 1, 1863, p. 272, n° 32. Voir le tome 2 du Cor (...)
7Doms Toustain et Tassin tirent ce sceau de l’ouvrage d’un autre érudit du xviie siècle, Olivier De Wrée, avocat et grand historien flamand, qui consacre en 1639 un ouvrage entier aux sceaux de la Flandre 18. L’iconographie de ce sceau d’Arnoul Ier de Flandre est néanmoins assez inventive, notamment en tant que celle du premier sceau princier en France. Selon la tradition sigillographique, on s’attendrait plutôt à trouver ici un sceau équestre de guerre 19. À sa place, les érudits figurent le type de majesté avec la figure masculine assise sur une sorte de banquette tenant d’une main droite une épée et un bouclier couvrant l’épaule. D’ailleurs, Dom Tassin et Dom Toustain proposent même de voir l’homme sur ce sceau couronné d’« une espèce de diadème ». Ils construisent donc un sceau de majesté paré des attributs des figures équestres, ce qui remet en cause la crédibilité de leurs témoignages, surtout si l’on considère, comme l’affirment les auteurs, qu’il s’agit du premier sceau princier connu en France. Même chez le roi de France, la représentation d’une figure assise en majesté ne se trouve qu’à partir d’Henri Ier 20.
- 21 P.-F. Chifflet, Lettre touchant…, op. cit., p. 187.
8Contrairement à la représentation du sceau d’Arnoul Ier de Flandre, daté de 941 par Olivier De Wrée, le sceau de 1106 d’Hugues II de Bourgogne chez P.-F. Chifflet semble être beaucoup plus pertinent, surtout si l’on tient compte de l’exactitude du jésuite dans les copies d’autres empreintes : le chevalier chevauchant à droite tient à la main gauche un bouclier qui nous est invisible et à la main droite une lance avec une bannière. Un détail attire surtout l’attention : la présence sur la bannière d’un écusson bandé aux armes de Bourgogne. L’invention de ces armoiries semble vraiment trop précoce, d’autant plus que, pour une représentation gravée du sceau du même duc attaché cette-fois à son acte de 1131 21, l’image diffère et l’on voit sur le bouclier tenu par le chevalier un rai d’escarboucle vraiment inattendu dans le cas des ducs de Bourgogne, tant du point de vue héraldique que généalogique (fig. 4).
Fig. 4. – La gravure du sceau de 1131 d’Hugues II, duc de Bourgogne, dans la Lettre de P.-F. Chifflet (p. 187).
- 22 P.-F. Chifflet, Lettre touchant…, ibid., p. 36.
- 23 A. Coulon, Inventaire des sceaux de la Bourgogne…, Paris, 1912, p. 13, n° 53 (Eudes, fils d’Hugues (...)
9P.-F. Chifflet semble également gêné par ce désaccord héraldique qui le conduit à proposer que la version assez extraordinaire de la figure du rai ne constitue pas des armoiries à proprement parler mais une sorte de « façonnement du bouclier du chevalier à la romaine 22 ». La conclusion du jésuite se fonde sur l’analyse d’autres sceaux d’Hugues II de Bourgogne et de ses successeurs qui ne portent aucune figure évoquant le rai d’escarboucle. En revanche, l’écusson bandé du sceau d’Hugues II en 1106 ne pose pas question à P.-F. Chifflet, bien qu’aucun élément du matériau sigillographique bourguignon ne témoigne des armes ducales de Bourgogne avant 1187 23.
- 24 Leurs ouvrages imprimés contiennent largement les gravures sigillaires et leurs papiers conservés (...)
- 25 J.-F. Pommeraye, Histoire de l’abbaye royale de S. Ouen de Rouen, Rouen, Richard Lallemant et Loui (...)
- 26 Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Baluze 144, fol. 51.
10Le travail de relevé des sceaux occupe donc une place importante dans les études de P.-F. Chifflet. À l’exemple de ses collègues – André Duchesne, Étienne Baluze 24, ainsi que des premiers mauristes, dont, par exemple, Dom Jean-François Pommeraye 25 (1617-1687) –, le jésuite laisse un grand héritage manuscrit, constitué essentiellement de papiers préparatifs aux publications, au sein desquels le travail sur les sceaux est bien visible. Ces derniers y sont copiés avec les textes des actes qu’ils valident, principalement sous deux formes : soit un premier croquis, très approximatif et médiocre, fait « sur place » dans le lieu de dépôt des documents par l’érudit lui-même, soit, quand le motif sigillaire est trop élaboré, une description du sceau assez précise pour permettre l’interprétation des futurs dessinateurs et graveurs. Cette dernière méthode est la plus souvent appliquée par P.-F. Chifflet. Ainsi, par exemple, pour le sceau de Jean Ier de Chalon (1227-1267), il ne donne que le cercle avec la légende bien transcrite, en suivant attentivement les caractères de l’original et décrit l’iconographie en latin : « Johannes comes in equo cataphracto incitato, sinistrum latus devertens, sinistra clipeum, dextra vexillium equestre de extremo hastili ex more suspendum gestans 26 » (fig. 5a).
Fig. 5a et 5b – La description du sceau de Jean Ier de Chalon dans les papiers de P.-F. Chifflet (Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Baluze 144, fol. 51) et sa gravure dans la publication finale de la Lettre de P.-F. Chifflet (p. 47).
- 27 P.-F. Chifflet, Lettre touchant…, op. cit., p. 47. Sur les sceaux de Jean Ier de Chalon, connu par (...)
- 28 Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Baluze 144, fol. 238.
- 29 P.-F. Chifflet, Lettre touchant…, op. cit., p. 76.
11Comme on le voit dans la publication, ses indications ont été bien suivies par le graveur (fig. 5b) 27, à la différence près d’une bande sur le bouclier du chevalier, sur laquelle la description susmentionnée est toutefois silencieuse. Pourtant, parmi les papiers du jésuite se trouve un croquis du sceau assez intéressant, d’abord défini d’après la légende comme appartenant à Jean Ier de Chalon, puis mis sous le nom d’Étienne d’Auxonne 28, attribution conservée dans la version publiée, ce qui semble plus pertinent au vu de l’aigle du contre-sceau (fig. 6a et 6b) 29.
Fig. 6a et 6b – Le dessin du sceau d’Étienne d’Auxonne dans les papiers de P.-F. Chifflet (Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Baluze 144, fol. 238) et sa gravure dans la publication finale de la Lettre de P.-F. Chifflet (p. 76).
- 30 P.-F. Chifflet, Lettre touchant…, ibid., p. 86.
- 31 A. Coulon, Inventaire des sceaux de la Bourgogne…, op. cit., n° 45, en 1197. Voir le dossier dans (...)
12Le sceau d’Étienne d’Auxonne est bien de type équestre, mais, au lieu de l’aigle relevé sur le bouclier par l’érudit sur son sceau de 1227 30, et que l’on retrouve sur le moulage d’une empreinte de la fin du xiie siècle 31, figure une bande. Sur le croquis, cette bande est clairement superposée à un bandé qui semble avoir été prévu initialement à sa place.
13Comme le confirme la comparaison entre ses relevés et les originaux conservés, l’érudit semble avoir voulu rendre la pratique des armoiries locales sur les sceaux princiers plus ancienne qu’elle ne l’était en réalité, afin de glorifier sa patrie et en oubliant hélas les règles de l’impartialité historique, comme l’a fait Olivier De Wrée pour les sceaux des comtes de Flandre.
2. L’histoire de Tournus et la bulle de Charles le Chauve
- 32 P.-F. Chifflet, Histoire de l’abbaye royale et de la ville de Tournus, Dijon, chez la Vefve de Phi (...)
- 33 Voir le dossier dans la base de données SIGILLA : https://sigilla.irht.cnrs.fr/5079.
- 34 P.-F. Chifflet, Histoire de l’abbaye royale…, op. cit., t. 1, p. xciv.
14La Lettre rédigée par P.-F. Chifflet en 1637 pour prouver le statut de Béatrice de Chalon montre bien comment le sceau, en tant que monument et pièce justificative, devient le cœur des études non seulement généalogiques et héraldiques, mais aussi proprement historiques – étant au centre des sujets historiques dont les érudits traitent à l’époque moderne. Ce poids du sceau aux yeux des érudits est confirmé chez P.-F. Chifflet par ses discussions sigillographiques au sein de son ouvrage, cette fois centré sur l’histoire locale, reconstituant l’Histoire de l’abbaye Royale et de la ville de Tournus (1664). Le jésuite y traite du sceau de Louis le Pieux attaché à son diplôme de 839 pour l’abbaye Saint-Philibert de Tournus. L’empreinte est d’ailleurs gravée 32 avec beaucoup de fidélité aux originaux conservés 33, même si les érudits de cette époque avaient souvent l’habitude de singulariser les visages des sigillants à la manière des portraits. C’est dans le texte de l’Histoire lui-même que surgit l’autre grande question sigillographique. Elle concerne le sceau, plus précisément la bulle d’or de Charles le Chauve, attachée à son diplôme de 875 pour cette abbaye, concernant l’établissement en ce lieu de l’abbé Geilon et de ses moines, et prétendument conservée aux archives de cette abbaye. P.-F. Chifflet affirme, en effet, qu’il a bien « manié et consideré cet original » et qu’il n’y a vu « aucune marque de seau d’or, ny d’aucuns laqs, ou fiscelle » 34, prolongeant ainsi la grande querelle autour du scellage en or de ce diplôme, commencée déjà la fin du xvie siècle. C’est à cette époque, en effet, que Pierre de Saint-Julien, déjà cité à propos de son ouvrage De l’origine des Bourgongnons, affirme que le diplôme de Charles le Chauve pour l’abbaye de Tournus est scellé par
- 35 P. de Saint-Julien, De l’origine des Bourgongnons…, p. 509-511.
un seel d’or ou (comme il est dit par les vieils tiltres de Tournus) un besan d’or : qui a d’un costé la medaille d’un roy en relief, jusques à la ceinture, et de l’autre le nom d’iceluy en lettres romaines quarrees, mais bien fort usees et mal-aysees à lire 35.
- 36 Dom Mabillon examine le sceau de Louis le Pieux scellant son « diplôme confirmatif des immunités d (...)
- 37 Dans le Nouveau traité de diplomatique on lit : « Quoiqu’il n’existe plus aujourd’hui de bulles d’ (...)
- 38 J.-M. Heineccius est sûr que cette pratique de scellage en bulle d’or n’a été employée que par Lou (...)
- 39 La notion de « guerres diplomatiques » est développée par l’autrice dans le cadre de sa thèse de l (...)
15P. de Saint-Julien n’avait évidemment pas conscience des controverses que la mention de ce scellage en or de Charles le Chauve allait susciter par la suite, entraînant dans la tourmente à la fois les mauristes, dont J. Mabillon 36, C.-F. Toustain et R.-P. Tassin 37, et les jésuites, dont notre héros P.-F. Chifflet, ainsi que l’Allemand Johann-Michael Heineccius 38, et transformant ce sujet en une véritable « guerre sigillographique » 39.
16La querelle débute par la contestation de l’affirmation de P. de Saint-Julien par P.-F. Chifflet. En allant encore plus loin, le jésuite conclut à l’impossibilité en général du scellage en or à l’époque de Charles le Chauve :
- 40 P.-F. Chifflet, Histoire de l’abbaye royale…, op. cit., t. 1, p. xciv.
Et je puis asseurer qu’ayant veu grand nombre de tiltres originaux des Roix de la seconde lignée, j’ay bien rencontré pour l’ordinaire des seaux de cire, ou de certaine composition de paste, colez immediatement sur le parchemin, des deux costez, sans fiscelles ou laqs quelconques : mais je n’y ay jamais trouvé aucun seau d’or comme j’en ay veus és chartes de Frederic Barberousse et de quelques Empereurs ses successeurs. De façon que si autrefois cette pancharte a porté quelque seau d’or, je me doubte bien fort qu’il n’y ay testé adjousté par quelque moderne, pour releuer dans l’opinion du vulgaire les droits et privileges y contenus : et ne me puis persuader qu’un tel seau soit sorti de la chancellerie du Roy Charle le Chauve 40.
- 41 Rappelons qu’en 1709 J.-M. Heineccius publie son traité entièrement consacré aux sceaux allemands (...)
- 42 P. Juénin, Nouvelle histoire de l’abbaye royale et collégiale de Saint Filibert, et de la ville de (...)
- 43 De Charles le Chauve nous sont parvenus le sceau en cire plaqué à sa donation à son officier Hadeb (...)
- 44 P. Juénin, Nouvelle histoire de l’abbaye…, op. cit., p. 52.
17Cette opposition du jésuite est, comme on le voit, très sévère et va jusqu’à accuser les auteurs de falsifications, accusation reprise dès le xviiie siècle par J.-M. Heineccius (1674-1722) 41 contre les mauristes J. Mabillon, C.-F. Toustain et R.-P. Tassin. Les affirmations de P. de Saint-Julien sont à leur tour développées et défendues non seulement par les mauristes, mais aussi par Pierre Juénin, chanoine de l’abbaye de Tournus au xviiie siècle, auteur de la Nouvelle histoire de l’abbaye royale et collégiale de Saint Filibert, et de la ville de Tournus (1733), qui réaffirme qu’au diplôme de Charles le Chauve « pendoit autrefois [nonobstant ce qu’en dit le P. Chifflet] une [sic] sceau ou bulle d’or 42 ». Cette différence terminologique et l’hésitation de P. Juénin entre le sceau et la bulle d’or pose question, mais l’auteur affirme que Saint-Julien a dû voir le sceau original ainsi que les compilateurs des inventaires des archives de l’abbaye datés de 1566 et de 1613 – et donc après la mort de Saint-Julien –, dans les marges desquels on trouve des notes sur le scellage en or – en réalité, c’est l’existence de la bulle d’or que P.-F. Chifflet met en doute. P. Juénin admet cependant qu’il n’observe aucune marque de scellage sur la charte, ce qui semble étrange, dans la mesure où elle a forcément été scellée soit par une bulle de plomb, dont les liens ont laissé des trous au bas de l’acte, soit par un sceau rivé en cire, dont la trace doit être visible 43. Lui-même, P. Juénin, l’explique par une tentative de vol de cet acte, plus précisément de son sceau, conduisant le voleur à couper le pli du parchemin auquel le sceau était attaché 44. De nouvelles accusations sont alors formulées par le chanoine de l’abbaye de Saint-Philibert à l’encontre du jésuite P.-F. Chifflet supposé être le dernier à avoir manipulé l’original.
- 45 G. Tessier, « Diplôme de Charles le Chauve pour Saint-Philibert de Tournus (19 mars 875) », Biblio (...)
- 46 Probablement auraient-elles dû être cachées en tant que trésor spécial au sein de l’abbaye de Tour (...)
- 47 Le De re diplomatica était lui-même rédigé comme une réponse à l’ouvrage du Bollandiste Daniel Van (...)
- 48 Le dessin d’une bulle d’or appendue à l’acte perdu en faveur de Saint-Martin de Tours en 862 est c (...)
18Il reste à définir pourquoi le jésuite demeure si hostile à cette idée du scellage en or par Charles le Chauve, d’autant plus que Georges Tessier, dans les années 1930, a trouvé l’original du diplôme produit pour l’abbaye de Tournus portant bien les trous d’insertion des ficelles ou des lacs pour la bulle 45, détail qui n’avait été relevé par aucun des autres érudits. Néanmoins, en dépit des affirmations de P. de Saint-Julien, aucune bulle d’or de Charles Chauve n’a été trouvée jusqu’à présent en original 46. Cette opposition aux mauristes et à Dom Mabillon est plus certainement un prétexte pour P.-F. Chifflet qui cherche à se positionner en premier lieu en tant que jésuite au sein de ces accusations de falsifications et « guerres diplomatiques » entreprises par Daniel Papenbroeck envers Dom Mabillon 47. Proclamer Frédéric Barberousse – au lieu de Charlemagne, Louis le Pieux ou Charles le Chauve – comme le premier à avoir scellé en or pourrait ainsi ne pas être étranger aux préoccupations patriotiques de P.-F. Chifflet – Frédéric Barberousse était maître de la Franche-Comté par son mariage avec la comtesse héritière Béatrice de Bourgogne – et à son appartenance à la Compagnie de Jésus. Il est intéressant de noter que les partisans d’un scellage en or sous Charles de Chauve, dont surtout les mauristes, ne se fondent pas sur le diplôme pour l’abbaye de Tournus, mais sur celui pour l’abbaye de Saint-Martin de Tours, dont la bulle originale est d’ailleurs perdue avec le diplôme lui-même 48, comme si les mauristes avaient eu eux-mêmes des hésitations quant à l’authenticité du diplôme produit pour l’abbaye de Tournus. La bulle d’or attribuée par P.-F. Chifflet à l’empereur germanique n’a hélas pas suscité de représentations, ni dans son ouvrage publié au sein de l’Histoire de l’abbaye Royale et de la ville de Tournus, ni dans les papiers de l’érudit, contrairement au sceau de Louis le Pieux qui a été gravé.
- 49 Le sujet de la création des gravures sigillaires au sein des entreprises des mauristes est largeme (...)
19En revenant à la Lettre, il est difficile, comme souvent dans le cas des érudits de l’époque moderne, de définir qui a gravé les empreintes sigillaires au cours de la publication. Il est en effet très rare, notamment avant les mauristes 49, que les gravures des sceaux soient signées et les ouvrages de P.-F. Chifflet ne dérogent pas à cette règle, à plus forte raison qu’ils ne contiennent aucun type de gravure mis à part en tant que planches.
20Ainsi, bien que l’Histoire de l’abbaye Royale et de la ville de Tournus soit rédigée dans un autre genre et un autre contexte que la Lettre, elle contient elle aussi un large développement sigillographique, plus important d’ailleurs en ce qui concerne les monarques français. Ainsi, sous la plume des érudits, le sceau devient la principale pièce justificative non seulement de la famille locale ou des princes provinciaux, mais également du pays entier et du pouvoir de ses souverains.
3. La famille des érudits et sigillographes
- 50 J.-J. Chifflet, Vesontio civitas imperialis libera, sequanorum metropolis, Lyon, chez Claude Cayne (...)
- 51 Afin de donner les exemples, voici des sceaux insérés dans les histoires urbaines du xviie siècle (...)
- 52 J.-J. Chifflet, Vesuntio, histoire de Besançon, Lyon, chez Michel Duhan, 1618, p. 58.
21Si les études sigillographiques de P.-F. Chifflet ne sont pas les premières pour son époque, comme nous l’avons constaté, elles restent, comparées aux précédentes, par exemple celles de P. de Saint-Julien, bien plus approfondies et ne se limitent pas à une simple collecte. Pourtant, si le jésuite se consacre à l’histoire locale et généalogique, son frère aîné, également antiquaire, mais aussi archéologue franc-comtois, Jean-Jacques Chifflet (1588-1673), est plus tourné vers l’histoire urbaine, rédigeant notamment la précieuse Histoire de Besançon appelée Vesuntio (1618) 50. Comme son cadet, il n’oublie pas d’exploiter les sceaux dans ses travaux. Insérer les sceaux des villes dans cette sorte d’ouvrages d’histoire urbaine est d’ailleurs une pratique assez répandue au xviie siècle 51 : les érudits de l’époque moderne considèrent, en effet, le sceau urbain comme le symbole du prestige, de l’autonomie et du statut de la ville et de son histoire. Ainsi, J.-J. Chifflet ne néglige-t-il pas le sceau de Besançon : bien qu’il n’organise pas encore son ouvrage de la manière d’A. Duchesne, avec récit et pièces justificatives, dont les copies des monuments historiques, J.-J. Chifflet trouve néanmoins la place pour figurer une gravure de ce sceau de Besançon 52, sans toutefois le lier à aucun acte, ni en donner la datation (fig. 7a et 7b).
Fig. 7a et 7b – La gravure du sceau de Besançon dans le Vesontio de J.-J. Chifflet (p. 58) et ses empreintes conservées (Besançon, Archives municipales, EE 15/1 et FF 3/20).
- 53 Voir le dossier dans la base de données SIGILLA : https://sigilla.irht.cnrs.fr/59762 ; Corpus des (...)
22Pourtant, si l’on compare la représentation de ce sceau chez J.-J. Chifflet avec les originaux des différents sceaux de Besançon du xive siècle 53, on ne peut qu’apprécier l’exactitude de la gravure produite pour l’érudit, figurant à l’avers une aigle aux ailes déployées, flanquée d’une colonne sous chaque aile et, sur le contre-sceau, les quatre colonnes antiques de Besançon reliées par trois frontons gothiques. Soulignons que, sur l’un des originaux, chaque fronton est surmonté d’une croix, détail absent chez J.-J. Chifflet, qui a pu combiner deux matrices distinctes. L’exactitude de la légende du sceau est, en revanche, difficile à évaluer dans la mesure où elles sont très fragmentaires sur les originaux. Livrer ainsi des images de sceaux urbains sans aucune invention reste très rare chez les érudits de l’époque moderne, qui cherchent presque toujours à recréer un monument précieux de la ville, si possible antique et unique en son genre, à la fois beau et complexe. Le sceau est bien une représentation de la ville que les érudits, en sacrifiant l’impartialité historique, tentent de rendre plus « représentative ».
- 54 J.-J. Chifflet, Lilium francicum veritate historica, botanica, et heraldica illustratrum, Antverpi (...)
- 55 J. Mabillon, De re diplomatica, libri VI, Lutetiae Parisiorum, sumtibus Ludovici Billaine, 1681, p (...)
- 56 J.-J. Chifflet, Lilium francicum veritate…, op. cit., p. 68 ; J. Mabillon, De re Diplomatica…, ibi (...)
- 57 C.-F. Toustain et R.-P. Tassin, Nouveau traité…, op. cit., p. 131.
- 58 L. Douët d’Arcq (dir.), Archives de l’Empire…, t. 1, 1863, p. 272, n° 38-38bis. Voir M. Dalas, Les (...)
23Si P.-F. Chifflet étudiait principalement l’héraldique pour ses liens avec la généalogie, J.-J. Chifflet examine plutôt des figures héraldiques particulières, notamment la fleur de lis et l’abeille, les deux symboles de la monarchie française. Dans son traité sur la fleur de lis (1658), l’érudit essaie de reconstituer l’utilisation de ce symbole sur les monnaies, les médailles et, bien sûr, les sceaux 54. Par la suite d’ailleurs, la question de l’apparition de la fleur de lis sur le sceau du roi de France va faire couler beaucoup d’encre, notamment avec les travaux de Dom Mabillon 55, même si l’exemple de J.-J. Chifflet montre bien que ces discussions ont commencé beaucoup plus tôt. Le mauriste reprendra l’idée de J.-J. Chifflet selon laquelle la première apparition de la fleur de lys se trouve sur le sceau de Philippe II Auguste, dont la gravure est insérée dans les deux traités 56. Doms Toustain et Tassin vont d’ailleurs revoir cette chronologie de manière fautive, en proposant Louis VII le Jeune comme premier possesseur d’un sceau à fleur de lis 57. Quoi qu’il en soit, la gravure du premier sceau fleurdelisé de Philippe II Auguste chez J.-J. Chifflet est très proche des originaux conservés (fig. 8a et 8b) 58.
Fig. 8a et 8b – La gravure du sceau de Philippe II Auguste dans le traité de J.-J. Chifflet sur la fleur de lys (J.-J. Chifflet, Lilium francicum veritate historica…, p. 68) et ses moulages (L. Douët d’Arcq, Archives de l’Empire…, t. 1, 1863, p. 272, n° 38-38bis).
24Bien que J.-J. Chifflet ne soit pas si minutieux, ni dans la matière archivistique, où il ne distingue pas les actes et leurs sceaux dans la rubrique spécifique des « pièces justificatives », ni dans l’application des règles communes d’édition des actes, ni dans l’indication des dépôts d’archives eux-mêmes, il dépouille néanmoins un grand éventail des sources : récits des chroniques médiévales, armoriaux et mêmes œuvres poétiques. Ainsi, concernant les supports des fleurs de lis, J.-J. Chifflet analyse non seulement les sceaux ou les monnaies, mais aussi les objets et les vêtements. Il exploite donc toutes les sources documentaires, mais, quant aux sceaux, celui de Philippe II Auguste demeure le seul gravé dans le cadre de ce traité. Quoi qu’il en soit, au fil du texte, l’érudit examine régulièrement les sceaux, en y cherchant souvent les sceptres ou les manteaux royaux à fleur de lis.
- 59 J.-J. Chifflet, Le Blason des chevaliers de la Toison d’Or, 1632. Voir Besançon, Bibliothèque muni (...)
- 60 J.-J. Chifflet, Recueil des Traittez de Paix, Treves et Neutralité entre les couronnes d’Espagne e (...)
- 61 Par exemple : Besançon, Bibliothèque municipale, Chifflet 1, fol. 124, 158, 169, 179, 256, 269 et (...)
- 62 Besançon, Bibliothèque municipale, Chifflet 2, fol. 45-55, pour l’avertissement, et fol. 95-98, po (...)
25J.-J. Chifflet produit également des études consacrées au Blason des chevaliers de la Toison d’Or 59 ou au Recueil des Traittez de Paix, Treves et Neutralité entre les couronnes d’Espagne et de France 60, sans cette fois aucune référence aux sceaux. En revanche, ses papiers gardés avec ceux de son fils, Jules Chifflet (1615-1676), également historien et jurisconsulte franc-comtois, conservent plusieurs projets sigillographiques centrés sur les copies des sceaux des comtes de Bourgogne, selon la tradition faites juste après les transcriptions de leurs actes 61. D’ailleurs, J.-J. Chifflet dépouille très consciencieusement les archives bourguignonnes afin d’y trouver ces sources : là encore, ses manuscrits renseignent mieux les intérêts de l’érudit que ses publications. D’après la comparaison des dessins sigillaires avec les empreintes originales et moulages, il est possible de parler d’une assez grande exactitude dans la copie, même si les croquis initiaux restent parfois médiocres. Certains, au contraire, donnent l’impression d’un travail d’artiste professionnel, précisant par exemple, en trois dimensions, la dégradation des matériaux. Il est fort probable que ces copies des actes et des sceaux des comtes de Bourgogne étaient prévues pour servir de preuves à la future Histoire provinciale considérée comme le prolongement et l’approfondissement de la Lettre de P.-F. Chifflet, dont les pages imprimées se trouvent parmi les papiers de J.-J. Chifflet et dont les Mémoires, contenant l’avertissement aux lecteurs rédigé plutôt par son fils 62, sont de bonnes preuves. On y voit également la tentation des auteurs de compiler toutes les connaissances documentaires et littéraires sur la Bourgogne en se référant aux travaux de leurs prédécesseurs et contemporains, dont A. Duchesne. En revanche, pour les sceaux et les actes, les érudits attestent toujours du fait qu’ils ont pris et copiés tout ce matériau d’après les documents originaux.
- 63 Besançon, Bibliothèque municipale, Chifflet 1, fol. 113.
- 64 Ernest Roschach (1837-1909), archiviste du xixe siècle, sigillographe, auteur de l’Histoire graphi (...)
- 65 Besançon, Bibliothèque municipale, Chifflet 2, fol. 132.
26Si, par contre, les papiers de P.-F. Chifflet ne donnent aucune information sur les artistes travaillant sur les sceaux, chez son frère se trouve un témoignage précieux selon lequel c’est bien Jules Chifflet qui a dessiné les croquis préparatoires, d’une assez grande qualité, bien supérieurs aux croquis vus chez P.-F. Chifflet 63. Pourtant, les plus élaborés d’entre eux pourraient vraisemblablement avoir été réalisés par le neveu. Être en même temps érudit, historien dépouillant les archives et dessinateur habile sera plus commun au xixe siècle 64, mais, à l’exemple des Chifflet, il convient de revoir la distribution des rôles au sein des équipes d’érudition. D’après la mise en page des dessins sigillaires, il est même possible de supposer que le père et le fils, Jean-Jacques et Jules Chifflet, pensaient intégrer des planches sigillographiques entières au sein de leur ouvrage, hélas jamais publié. La planche contenant les sceaux d’Étienne d’Auxonne donne une véritable diversité des trois boucliers armoriés du chevalier sur ses sceaux équestres : avec le rai d’escarboucle, l’aigle et la bande (fig. 9) 65.
Fig. 9 – Les dessins des sceaux d’Étienne d’Auxonne tirés des papiers de J.-J. et J. Chifflet (Besançon, Bibliothèque municipale, Chifflet 2, fol. 132).
- 66 Besançon, Bibliothèque municipale, Chifflet 2, fol. 143.
- 67 L. Douët d’Arcq, Archives de l’Empire… Collection de sceaux, t. 1, 1863, p. 341, n° 491, et p. 343 (...)
27J. Chifflet ne cherche pas à expliquer la diversité héraldique sur les sceaux d’Étienne d’Auxonne qu’il dessine lui-même. Quant aux sceaux de Jean Ier, comte de Chalon, il reproduit également une planche entière de ses sceaux de différents types figurant le sceau et le contre-sceau équestres 66. La comparaison de ce relevé avec les originaux conservés prouve la grande fiabilité du travail de J. Chifflet, comme le confirment encore les moulages de ces sceaux équestres (fig. 10) 67.
Fig. 10 – La gravure du sceau de Jean Ier de Chalon dans la Lettre de P.-F. Chifflet et son dessin fait par J. Chifflet (Besançon, Bibliothèque municipale, Chifflet 2, fol. 143).
- 68 J.-B. Guillaume, Histoire généalogique des sires de Salins au comté de Bourgogne, Besançon, chez J (...)
28En représentant les sceaux négligés avant lui, J. Chifflet crée en quelque sorte un dossier sigillographique pour chaque comte de Bourgogne. Ses travaux montrent comment l’acte cède sa place au sceau dans l’intérêt des érudits, ce qui cause non seulement le détachement du sceau de l’acte à la fois dans les représentations intellectuelles des érudits et au sein de leurs travaux, mais cela conduit aussi plus largement à la transformation du sceau en monument et en trace autonome. Cependant, J. Chifflet rattache parfois le sceau à son acte, en rappelant la pratique de ses prédécesseurs et en voulant, probablement, construire les preuves justificatives à la manière d’A. Duchesne : les carrés de papier contenant les dessins des sceaux, probablement initialement ajoutés ensemble sur une même liste, sont finalement collés juste après les actes qu’ils scellent. Il faut enfin souligner que les dessins de J. Chifflet restés manuscrits seront repris et gravés par son successeur, prêtre, associé de l’Académie de Besançon, Jean-Baptiste Guillaume – sur qui on ne connaît presque rien –, au xviiie siècle dans le cadre des planches sigillographiques particulières pour l’Histoire généalogique des sires de Salins au comté de Bourgogne 68. J.-B. Guillaume a, sans aucun doute, consulté les papiers des Chifflet père et fils : étant académicien à Besançon, l’accès à ces documents n’a pas dû être trop compliqué. Néanmoins, il ne se réfère pas directement à eux et ne mentionne jamais l’immense travail des prédécesseurs dont il utilise l’héritage.
- 69 C.-F. Toustain et R.-P. Tassin, Nouveau traité…, op. cit., p. 231-235.
- 70 A.-M.-L. de Migieu, Recueil des sceaux du moyen âge, dits sceaux gothiques, Paris, chez Antoine Bo (...)
29Il faut toutefois reconnaître que les érudits des générations suivantes, quoiqu’ils puissent contester les avis des Chifflet sur certaines questions, reconnaissent leur contribution dans le domaine sigillographique, notamment le mérite d’avoir fait connaître de nombreux sceaux bourguignons collectés dans des archives locales jusqu’alors inexploitées. Cette reconnaissance est visible dans le Nouveau traité de diplomatique (1750-1765) des Doms Tassin et Toustain, qui ne font qu’analyser les données de P.-F. Chifflet relatives aux premiers sceaux des ducs de Bourgogne 69 ou encore dans le Recueil des sceaux du moyen âge, dits sceaux gothiques (1779) d’Antelme-Michel-Laurent de Migieu, dans lequel les gravures sigillaires des ouvrages de P.-F. Chifflet ont été reprises telles quelles 70. Les travaux des Chifflet demeurent ainsi d’actualité jusqu’à la Révolution, sans parler des nombreuses découvertes qu’il reste à faire, surtout dans les parties de leur œuvre restées manuscrites et contenant des dessins d’empreintes ou des transcriptions totalement inédites et aujourd’hui disparues.
4. Conclusion
30Le cas de la dynastie des Chifflet révèle le grand intérêt des érudits du xviie siècle pour les sceaux, qui deviennent pour eux des preuves du fait historique, de la généalogie et du statut du sigillant. D’abord copié avec le texte de l’acte qu’il valide, le sceau se transforme peu à peu en monument autonome recevant une place particulière dans les histoires provinciales et urbaines. À la fois parce qu’il est perçu comme pièce justificative de la gloire de la province ou de la ville, les érudits vont parfois chercher à perfectionner en quelque sorte les originaux afin de rendre ancienne telle ou telle pratique, comme, par exemple, dans le cas des armoiries de la Bourgogne sur les sceaux de ses princes. L’attention à l’iconographie et la copie des images sigillaires, intégrant le souci de transmettre leur caractère en relief, sont déjà bien présentes chez les Chifflet, qui ont laissé un énorme héritage non seulement publié, mais aussi manuscrit, masse documentaire qui nécessite encore d’être dépouillée comme un véritable trésor rempli des sceaux et d’actes inédits et disparus. Toutes ces recherches sigillographiques interviennent bien avant Dom Mabillon et son De re diplomatica. Si l’on considère que, à l’époque moderne, presque toutes les provinces du royaume ont suscité des travaux comparables à ceux des Chifflet et à leurs études bourguignonnes, il nous reste à mesurer toute l’importance du patrimoine d’érudition qui nous a été légué…
Notes
1 L. Delobette et P. Delsalle (dir.), Autour des Chifflet : aux origines de l’érudition en Franche-Comté : actes des journées d’étude du Groupe Chifflet, Besançon, 2007.
2 B. de Vregille, « Pierre-François Chifflet S. J. Découvreur et éditeur des Pères de l’Église (1592-1682) », in L. Delobette et P. Delsalle (dir.), Autour des Chifflet…, ibid., p. 135-150.
3 R. Locatelli et G. Moyse, « Le “Cartulaire de Saint-Claude” constitué par Pierre-François Chifflet », in L. Delobette et P. Delsalle (dir.), Autour des Chifflet…, ibid., p. 165-170.
4 M. Bloch, Apologie pour l’histoire ou métier d’historien, Paris, 1993, p. 49.
5 V. Parent, « Le grand Cartulaire de l’abbaye Saint-Bertin : une source méconnue en sigillographie », Revue française d’héraldique et de sigillographie, 76 (2006), p. 127-153 (à propos des dessins de Dom Dewitte) ; A. Ritz-Guilbert, « Les sceaux médiévaux au xviie siècle : les dessins de sceaux dans la collection Gaignières (1642-1715) », in J.-L. Chassel et M. Gil, Pourquoi les sceaux ? La sigillographie, nouvel enjeu de l’histoire de l’art, Lille, 2011.
6 B. Bedos-Rezak, « Outcast. Seals of the Medieval West and their Epistemological Frameworks (XIIth-XXIst centuries) », in C. Hourihane (éd.), From Minor to Major : The Minor Arts in Medieval Art History, Princeton, 2012, p. 122-140.
7 P.-F. Chifflet, Lettre touchant Béatrix comtesse de Chalon, Dijon, chez Philibert Chavance, 1656, p. 1-2.
8 A. Duchesne, Histoire des roys, ducs et comtes de Bourgogne et d’Arles, Paris, chez Sébastien Cramoisy, 1619, p. 394-397.
9 P. de Saint-Julien, De l’origine des Bourgongnons, et Antiquité des estats de Bourgongne, Paris, N. Chesneau, 1581.
10 É. Pérard, Recueil de plusieurs pièces curieuses servant à l’histoire de Bourgogne, Paris, chez Claude Cramoisy, 1664.
11 P.-F. Chifflet, Lettre touchant…, op. cit., p. 39.
12 Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Lat. 17080-17081.
13 Dom Urbain Plancher (1667-1750) publie l’Histoire générale et particulière de Bourgogne (Dijon, chez Antoine de Fay, 1739-1748, t. 1-3 ; t. 4, Dijon, chez Louis Nicolas Frantin, 1781), pour lequel lui et son équipe collectent beaucoup d’originaux et copies conservés aujourd’hui dans la collection Bourgogne des Provinces françaises du Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France à Paris.
14 L. Douët d’Arcq, Archives de l’Empire. Inventaires et documents publiés par ordre de l’Empereur. Collection de sceaux, Paris, t. 1, 1863, p. 342, n° 500.
15 P.-F. Chifflet, Lettre touchant…, op. cit., p. 178-179.
16 M. Pastoureau, « L’apparition des armoiries en Occident. État du problème », Bibliothèque de l’École des chartes, 134 (1976), p. 281-300 ; J.-L. Chassel, « L’usage du sceau au xiie siècle », in Le xiie siècle. Mutations et renouveau en France dans la première moitié du xiie siècle, éd. F. Gasparri, Paris, 1994, p. 61-102 ; J.-F. Nieus, « Early arisocratic seals : an Anglo-Norman success story », Anglo Norman Studies, 28 (2016), p. 97-123, et « L’introduction du sceau équestre dans l’Empire », in M. Libert et J.-F. Nieus (éd.), Le sceau dans les Pays-Bas méridionaux, xe-xvie siècle. Entre contrainte sociale et affirmation de soi, Bruxelles, 2017, p. 125-156.
17 C.-F. Toustain et R.-P. Tassin, Nouveau traité de diplomatique…, Paris, chez Guillaume Desprez, t. 4, 1759, p. 221.
18 O. De Wrée, Les seaux des comtes de Flandres et inscriptions des chartes par eux…, trad. du latin par L. V. R. Bruge, chez Jean-Baptiste et Lucas Van den Kerchove, 1639, p. 2-3. Sur ce sceau, considéré comme faux, voir R. Laurent, Les sceaux des princes territoriaux belges, Bruxelles, 1993, t. 1/1, Flandre, n° 1, p. 148, et t. 3, pl. 1/1.
19 J.-F. Nieus, « L’invention des armoiries en contexte. Haute aristocratie, identités familiales et culture chevaleresque entre France et Angleterre. 1100-1160 », Journal des savants, 2017, p. 93-155.
20 L. Douët d’Arcq, Archives de l’Empire…, op. cit., t. 1, 1863, p. 272, n° 32. Voir le tome 2 du Corpus des sceaux du Moyen Âge (M. Dalas, Les sceaux des rois et de régence, Paris, 1991, n° 62, p. 141), et « Les sceaux royaux et princiers : étude iconographique », in M. Dalas, Les sceaux des rois et de régence, p. 51 sqq. ; R.-H. Bautier, « Échanges d’influences dans les chancelleries souveraines du Moyen Âge d’après les types des sceaux de majesté », Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Comptes rendus des séances, 1968, p. 192-220, repris dans R.-H. Bautier, Chartes, sceaux et chancelleries, Paris, 1990, t. 2, p. 563-591.
21 P.-F. Chifflet, Lettre touchant…, op. cit., p. 187.
22 P.-F. Chifflet, Lettre touchant…, ibid., p. 36.
23 A. Coulon, Inventaire des sceaux de la Bourgogne…, Paris, 1912, p. 13, n° 53 (Eudes, fils d’Hugues III, en 1187, avec un bandé que Coulon n’a pas discerné), et n° 54 (le même devenu Eudes III, en 1193, avec un barré à la bordure) ; voir les dossiers dans la base de données SIGILLA : https://sigilla.irht.cnrs.fr/193 et https://sigilla.irht.cnrs.fr/16.
24 Leurs ouvrages imprimés contiennent largement les gravures sigillaires et leurs papiers conservés dans les collections de leurs noms dans la section Érudits et bibliophiles du Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France à Paris.
25 J.-F. Pommeraye, Histoire de l’abbaye royale de S. Ouen de Rouen, Rouen, Richard Lallemant et Louis du Mesnil, 1662.
26 Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Baluze 144, fol. 51.
27 P.-F. Chifflet, Lettre touchant…, op. cit., p. 47. Sur les sceaux de Jean Ier de Chalon, connu par bon nombre d’empreintes de 1231 à 1261, voir le dossier dans la base de données SIGILLA : https://sigilla.irht.cnrs.fr/10874.
28 Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Baluze 144, fol. 238.
29 P.-F. Chifflet, Lettre touchant…, op. cit., p. 76.
30 P.-F. Chifflet, Lettre touchant…, ibid., p. 86.
31 A. Coulon, Inventaire des sceaux de la Bourgogne…, op. cit., n° 45, en 1197. Voir le dossier dans la base de données SIGILLA : https://sigilla.irht.cnrs.fr/180.
32 P.-F. Chifflet, Histoire de l’abbaye royale et de la ville de Tournus, Dijon, chez la Vefve de Philibert Chavance, 1664, t. 2, p. 262.
33 Voir le dossier dans la base de données SIGILLA : https://sigilla.irht.cnrs.fr/5079.
34 P.-F. Chifflet, Histoire de l’abbaye royale…, op. cit., t. 1, p. xciv.
35 P. de Saint-Julien, De l’origine des Bourgongnons…, p. 509-511.
36 Dom Mabillon examine le sceau de Louis le Pieux scellant son « diplôme confirmatif des immunités de l’église de Saint-Martin de Tours ». Voir J. Mabillon, Librorum de re diplomatica supplementum, Luteciae Parisiorum, sumtibus Caroli Robustel, 1704, p. 48.
37 Dans le Nouveau traité de diplomatique on lit : « Quoiqu’il n’existe plus aujourd’hui de bulles d’or de Charlemagne, il est certain que ce grand monarque s’en servait pour sceller ses diplômes les plus importants ». Voir C.-F. Toustain et R.-P. Tassin, Nouveau traité…, op. cit., p. 111.
38 J.-M. Heineccius est sûr que cette pratique de scellage en bulle d’or n’a été employée que par Louis le Pieux et surtout empruntée aux empereurs byzantins. Cette idée de la réception de l’Orient est complètement rejetée autant par les mauristes (dont Doms Toustain et Tassin) que par les jésuites, car, d’après leurs études des sources, le premier usage de bulle d’or remonte à Théophile. Ils citent Georges Cédrène, historien byzantin du xie siècle, qui atteste en 829 un diplôme scellé en or. Voir J.-M. Heineccius, De Veteribus Germanorum, aliarumque nationum sigillis, Frankfort et Leipzig, Sumtibus N. Foersteri, 1709, p. 88.
39 La notion de « guerres diplomatiques » est développée par l’autrice dans le cadre de sa thèse de l’École nationale des chartes : Le mauriste et le sceau. Érudition bénédictine et sigillographie (1681-1792) (la position à paraître).
40 P.-F. Chifflet, Histoire de l’abbaye royale…, op. cit., t. 1, p. xciv.
41 Rappelons qu’en 1709 J.-M. Heineccius publie son traité entièrement consacré aux sceaux allemands : De Veteribus Germanorum, aliarumque nationum sigillis (1709), voir ici, p. 88.
42 P. Juénin, Nouvelle histoire de l’abbaye royale et collégiale de Saint Filibert, et de la ville de Tournus, Dijon, Antoine de Fay, 1733, p. 50.
43 De Charles le Chauve nous sont parvenus le sceau en cire plaqué à sa donation à son officier Hadebert, datée de 870, et deux bulles de plomb détachées des diplômes avec l’iconographie du buste en profil. La bulle de plomb de Charles le Chauve est également mentionnée par Dom Mabillon, Charles Ducange et Étienne Baluze. Voir R.-H. Bautier, « Le sceau royal dans la France médiévale et le mécanisme de scellage des actes », in Corpus des sceaux français du Moyen Âge, t. 2, M. Dalas, Les sceaux des rois…, op. cit., p. 16.
44 P. Juénin, Nouvelle histoire de l’abbaye…, op. cit., p. 52.
45 G. Tessier, « Diplôme de Charles le Chauve pour Saint-Philibert de Tournus (19 mars 875) », Bibliothèque de l’École des chartes, 93 (1932), p. 197-207 ; G. Tessier, Recueil des actes de Charles II le Chauve, roi de France, 3 vol., Paris, 1943-1955, t. 3, p. 342-347, n° 378.
46 Probablement auraient-elles dû être cachées en tant que trésor spécial au sein de l’abbaye de Tournus sous l’exemple des bulles d’or de Charles le Chauve attachées à son diplôme pour l’abbaye de Saint-Martin de Tours, dont on trouve les preuves dans les Olim. Voir A.-A. Begnot (éd.), Les Olim, ou Registres des arrêts rendus par la Cour du Roi, Paris, 1839, t. 1, p. 859, sect. 19.
47 Le De re diplomatica était lui-même rédigé comme une réponse à l’ouvrage du Bollandiste Daniel Van Papenbroeck (1628-1714) Propylæum antiquarium circa veri et falsi discrimen in vetustis membranis (Anvers, 1675, apud Michaelem Cnobarum), où ce dernier, d’une manière assez sévère, proclame la fausseté des diplômes mérovingiens conservés à Saint-Denis et liés à la question de la fondation de cette abbaye, le cœur de l’ordre bénédictin. Voir B. Barret-Kriegel, Les historiens et la monarchie, t. 1, Jean Mabillon, Paris, 1988, p. 60-64.
48 Le dessin d’une bulle d’or appendue à l’acte perdu en faveur de Saint-Martin de Tours en 862 est connu grâce à J. Mabillon : voir M. Dalas, Les sceaux des rois…, op. cit., p. 107, n° 28-28bis.
49 Le sujet de la création des gravures sigillaires au sein des entreprises des mauristes est largement étudié dans le cadre de la même thèse de l’École des chartes : Le mauriste et le sceau…, op. cit. Voir ici la note 35.
50 J.-J. Chifflet, Vesontio civitas imperialis libera, sequanorum metropolis, Lyon, chez Claude Cayne, 1618. Voir B. de Vregille, « Le Vesontio de Jean-Jacques Chifflet : Histoire d’une histoire », in L. Delobette et P. Delsalle (dir.), Autour des Chifflet…, op. cit., p. 113-134.
51 Afin de donner les exemples, voici des sceaux insérés dans les histoires urbaines du xviie siècle : P. Gariel, Idée de la ville de Montpellier recherchée et présentée aux honestes gens, Montpellier, Daniel Pech, 1665 ; J. Spon, Histoire de la ville et de l’Estat de Genève, Lyon, Thomas Amaury, 1680 ; G. de La Faille, Annales de la ville de Toulouse…, Toulouse, chez G.-L. Colomyez et J. Posuel, 1687 ; A. Ruffi, Histoire de la ville de Marseille…, Marseille, chez Henri Martel, 1696.
52 J.-J. Chifflet, Vesuntio, histoire de Besançon, Lyon, chez Michel Duhan, 1618, p. 58.
53 Voir le dossier dans la base de données SIGILLA : https://sigilla.irht.cnrs.fr/59762 ; Corpus des sceaux français du Moyen Âge, t. 1, B. Bedos, Les sceaux des villes, Paris, 1980, p. 113-118.
54 J.-J. Chifflet, Lilium francicum veritate historica, botanica, et heraldica illustratrum, Antverpiae, ex officina Plantiniana Balthasaris Moreti, 1658.
55 J. Mabillon, De re diplomatica, libri VI, Lutetiae Parisiorum, sumtibus Ludovici Billaine, 1681, p. 145-148 ; C.-F. Toustain et R.-P. Tassin, Nouveau traité…, op. cit., p. 130-134.
56 J.-J. Chifflet, Lilium francicum veritate…, op. cit., p. 68 ; J. Mabillon, De re Diplomatica…, ibid., p. 431.
57 C.-F. Toustain et R.-P. Tassin, Nouveau traité…, op. cit., p. 131.
58 L. Douët d’Arcq (dir.), Archives de l’Empire…, t. 1, 1863, p. 272, n° 38-38bis. Voir M. Dalas, Les sceaux des rois…, op. cit., p. 150, n° 70-70bis.
59 J.-J. Chifflet, Le Blason des chevaliers de la Toison d’Or, 1632. Voir Besançon, Bibliothèque municipale, Chifflet 92.
60 J.-J. Chifflet, Recueil des Traittez de Paix, Treves et Neutralité entre les couronnes d’Espagne et de France. Seconde Edition, Anvers, chez Plantin, 1645.
61 Par exemple : Besançon, Bibliothèque municipale, Chifflet 1, fol. 124, 158, 169, 179, 256, 269 et 487 ; Chifflet 2, fol. 163, 174 et 203.
62 Besançon, Bibliothèque municipale, Chifflet 2, fol. 45-55, pour l’avertissement, et fol. 95-98, pour la Lettre de P.-F Chifflet.
63 Besançon, Bibliothèque municipale, Chifflet 1, fol. 113.
64 Ernest Roschach (1837-1909), archiviste du xixe siècle, sigillographe, auteur de l’Histoire graphique au sein de la troisième édition de l’Histoire générale de Languedoc de Doms C. Devic et J. Vaissète (Toulouse, 1872, t. 16).
65 Besançon, Bibliothèque municipale, Chifflet 2, fol. 132.
66 Besançon, Bibliothèque municipale, Chifflet 2, fol. 143.
67 L. Douët d’Arcq, Archives de l’Empire… Collection de sceaux, t. 1, 1863, p. 341, n° 491, et p. 343, n° 502. Voir le dossier dans la base de données SIGILLA : https://sigilla.irht.cnrs.fr/10874.
68 J.-B. Guillaume, Histoire généalogique des sires de Salins au comté de Bourgogne, Besançon, chez J.-A. Vieuille, 1647-1648.
69 C.-F. Toustain et R.-P. Tassin, Nouveau traité…, op. cit., p. 231-235.
70 A.-M.-L. de Migieu, Recueil des sceaux du moyen âge, dits sceaux gothiques, Paris, chez Antoine Boudet, 1779.
Haut de pageTable des illustrations
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| Titre | Fig. 1a et 1b – Le moulage du sceau de Béatrice, comtesse de Chalon (L. Douët d’Arcq, Archives de l’Empire. Inventaires et documents publiés par ordre de l’Empereur. Collection de sceaux, Paris, t. 1, 1863, p. 342, n° 500), et sa gravure dans de la Lettre de P.-F. Chifflet (p. 39). |
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| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/23043/img-2.jpg |
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| Titre | Fig. 2a et 2b – Les gravures de deux sceaux de 1106 d’Hugues II, duc de Bourgogne, dans la Lettre de P.-F. Chifflet (p. 178-179). |
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| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/23043/img-4.jpg |
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| Titre | Fig. 3 – La gravure du sceau d’Arnoul Ier de Flandre dans le Nouveau traité de diplomatique de Doms C.-F. Toustain et R.-P. Tassin, Paris, chez Guillaume Desprez, t. 4, 1759, p. 221. |
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| Fichier | image/jpeg, 106k |
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| Titre | Fig. 4. – La gravure du sceau de 1131 d’Hugues II, duc de Bourgogne, dans la Lettre de P.-F. Chifflet (p. 187). |
| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/23043/img-6.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 181k |
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| Titre | Fig. 5a et 5b – La description du sceau de Jean Ier de Chalon dans les papiers de P.-F. Chifflet (Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Baluze 144, fol. 51) et sa gravure dans la publication finale de la Lettre de P.-F. Chifflet (p. 47). |
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| Fichier | image/jpeg, 155k |
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| Titre | Fig. 6a et 6b – Le dessin du sceau d’Étienne d’Auxonne dans les papiers de P.-F. Chifflet (Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Baluze 144, fol. 238) et sa gravure dans la publication finale de la Lettre de P.-F. Chifflet (p. 76). |
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| Fichier | image/jpeg, 159k |
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| Titre | Fig. 7a et 7b – La gravure du sceau de Besançon dans le Vesontio de J.-J. Chifflet (p. 58) et ses empreintes conservées (Besançon, Archives municipales, EE 15/1 et FF 3/20). |
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| Fichier | image/jpeg, 141k |
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| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/23043/img-13.jpg |
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| Titre | Fig. 8a et 8b – La gravure du sceau de Philippe II Auguste dans le traité de J.-J. Chifflet sur la fleur de lys (J.-J. Chifflet, Lilium francicum veritate historica…, p. 68) et ses moulages (L. Douët d’Arcq, Archives de l’Empire…, t. 1, 1863, p. 272, n° 38-38bis). |
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| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/23043/img-15.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 613k |
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| Titre | Fig. 9 – Les dessins des sceaux d’Étienne d’Auxonne tirés des papiers de J.-J. et J. Chifflet (Besançon, Bibliothèque municipale, Chifflet 2, fol. 132). |
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| Titre | Fig. 10 – La gravure du sceau de Jean Ier de Chalon dans la Lettre de P.-F. Chifflet et son dessin fait par J. Chifflet (Besançon, Bibliothèque municipale, Chifflet 2, fol. 143). |
| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/23043/img-17.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 1,4M |
Pour citer cet article
Référence électronique
Anna Mikhalchuk, « L’érudition sigillographique au xviie siècle : le cas des Chifflet », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA [En ligne], 29.1 | 2025, mis en ligne le 16 juillet 2025, consulté le 16 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cem/23043 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14cmd
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