Nouvelles données sur l’église Saint-Étienne de Châtel à Gizia (Jura)
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Reçu : 15 février 2025 – Accepté : 25 avril 2025.
Texte intégral
1Situé à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Lons-le-Saunier, le promontoire de Châtel à Gizia, à la charnière de la Petite Montagne et du Revermont, a attiré l’attention des érudits locaux depuis le xixe siècle en raison de sa situation topographique remarquable, associée à la présence d’une église au vocable de saint Étienne, à l’écart du village de Gizia (fig. 1).
Fig. 1 – Situation de l’église Saint-Étienne de Châtel sur un promontoire pourvu de défenses naturelles dominant une large portion de la plaine de Bresse (cl. M. Lagache).
- 1 Y. Jeannin, « Gizia (Jura). Église refuge de Châtel », in Paysage monumental de la France autour d (...)
2Le toponyme renvoie à un lieu fortifié, masqué en partie par les constructions et les aménagements de l’institution religieuse installée depuis 1829 1. Le site correspond à un éperon détaché du premier plateau du Jura par un ensellement d’une dizaine de mètres de profondeur, qui délimite une plateforme sommitale de forme ovale, d’environ 2 ha, marquée par une succession de terrasses et de fortes pentes renforcées par de puissants murs de soutènement. Il domine de plus de 200 m les paysages de la plaine de Bresse jusqu’à la reculée de Gizia, longue de 2 km, s’interrompant par une impressionnante falaise. L’église occupe le cœur de cet espace, sur le point culminant à 438 m d’altitude, entourée d’un enclos cimétérial circulaire surélevé, d’une emprise de 2 000 m2 (fig. 2).
Fig. 2 – Localisation des sondages sur une vue aérienne de l’église et de son cimetière (cl. M. Lagache, DAO D. Billoin).
- 2 B. Gaspard, Histoire de Gigny, au département du Jura, de sa noble et royale abbaye et de Saint Ta (...)
- 3 P. Lacroix, Églises jurassiennes romanes et gothiques, Besançon, 1981, p. 136-137.
3Selon des traditions légendaires, un édifice « souterrain » remonterait à « l’introduction du christianisme dans la province », succédant tantôt à un temple ou à un castrum gallo-romain, avec une fondation sous Constantin, suivie d’une destruction par les Vandales en 408, puis une reconstruction en 810 2. Un poisson sculpté sur l’un des piliers de la nef a longtemps nourri l’imagination des érudits comme preuve de l’église primitive (fig. 3), bien que le style de ce pilastre ne paraisse pas antérieur au xve siècle 3.
4Cet édifice est mentionné pour la première fois dans un acte de 974 par lequel le comte Manassès III de Coligny la concède, avec celles de Treffort et de Marboz, aux moines bénédictins de Gigny, qui établissent alors un prieuré dépendant directement de Cluny jusqu’à son abandon en 1359. L’église est le chef-lieu d’une vaste paroisse jusqu’à la Saône, comprenant les communes de Cousance, Cuisia, Digna, Rosay, la Chapelle Naude, Dommartin, Frontenaud, Sainte-Croix et Varennes-Saint-Sauveur.
- 4 M. Mangin, B. Jacquet et J.-P. Jacob, Les agglomérations secondaires en Franche-Comté, Paris, 1986
- 5 M.-P. Rothé, Carte archéologique de la Gaule, Jura (39), Paris, 2001.
- 6 A. Rousset, Dictionnaire géographique…, op. cit., t. 2, 1854.
- 7 G. Depeyrot, Le numéraire mérovingien. L’âge d’or, 2 vol., Wetteren, 1998.
- 8 D. Billoin, L’habitat perché…, op. cit.
5L’environnement archéologique correspond à une zone de fort peuplement dès la protohistoire. Il est marqué par le passage de la voie antique principale de Besançon à Lyon, qui longe le massif et polarise de nombreux vestiges repérés à Augea et à Cuisia, interprétés comme une petite agglomération qui constituerait une étape sur cet axe de circulation 4. La description des constructions renvoie cependant davantage à la partie thermale d’une luxueuse villa occupée jusque dans l’Antiquité tardive 5, identifiée, au milieu du xixe siècle, comme la demeure du commandant qui résidait à Châtel 6. La limite départementale entre Ain et Jura reprend sensiblement celles des cités de Lyon et Besançon dans l’Antiquité, et des comtés carolingiens du Revermont et Scodinge ou Escuens. L’existence de six triens mérovingiens en or à la légende GACIACO vaut à Cuisia/Gizia l’attribution d’un lieu d’émission d’un atelier monétaire 7. Quelques tessons de céramique du haut Moyen Âge, recueillis dans les pentes sous Châtel, constituaient les seuls arguments en faveur d’une occupation de ce site de hauteur avant l’intervention archéologique conduite en 2023 8.
1. Les sondages archéologiques
6Dans le cadre des travaux de restauration extérieure de l’église Saint-Étienne de Châtel engagés par la municipalité de Gizia, le Service régional de l’archéologie (Drac Bourgogne-Franche-Comté) a prescrit la réalisation de sondages archéologiques. Le projet de pose de drains en profondeur sur le pourtour de la nef de l’édifice, correspondant à la partie la plus ancienne de l’église, nécessitait en effet la réalisation préalable d’une intervention archéologique afin de mesurer l’impact de ces travaux sur le patrimoine enfoui, d’une part, et de renseigner, d’autre part, sur la nature du sous-sol et les témoignages de vestiges antérieurs de ce lieu de culte.
7Toujours utilisé, le cimetière entourant l’église a fortement contraint l’ouverture des sondages en raison de l’exiguïté des lieux marqués par de nombreuses tombes aux abords immédiats de l’édifice – à 1,25 m pour les plus proches. Malgré ces contraintes d’accès, quatre sondages ont été ouverts à l’aplomb de l’édifice, deux sur le bas-côté nord de la nef et deux sur le bas-côté sud, totalisant une emprise cumulée de 10,5 m2 (cf. fig. 2 et fig. 4).
Fig. 4 – Phasage de l’édifice et localisation des sondages (Dao V. Bourson, d’après un plan de Fabien Michel).
8Toutefois, la surface réduite des ouvertures au nord a limité les observations et le terrain naturel n’a pu être atteint dans le sondage 2. Assez similaires dans leurs compositions d’un sondage à l’autre, les remblais présents autour de l’église ne correspondent pas aux habituelles terres de brassage de cimetière beaucoup plus organiques et renfermant de nombreux ossements humains épars. Manifestement, la majorité des tombes médiévales et modernes se tiennent à distance de l’église, à l’exemple des sépultures contemporaines.
2. L’église Saint-Étienne de Châtel
- 9 L’église est inscrite en totalité à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques par un a (...)
9De plan allongé, orientée est-ouest, l’église comporte un clocher-porche de plan rectangulaire (ajout de 1780), une nef en un seul vaisseau voûté en berceau brisé sur deux doubleaux sur des pilastres sans chapiteau, chanfreinés (cf. fig. 4) 9. Le contrebutement est assuré par des contreforts et par les murs de la chapelle latérale sud, qui est voûtée en berceau transversal.
10Le chœur est de plan rectangulaire à chevet plat, en un seul vaisseau vouté de croisées d’ogives avec un doubleau sur des pilastres chanfreinés, sans formerets, et plus basses que celles de la nef. Les clés de voûte et culots présentent trois croix de saint André et deux têtes de personnage. Le contrebutement est constitué par les deux contreforts d’angle du chevet et par les murs ouest des deux chapelles latérales symétriques de la première travée formant un faux transept. Elles sont voûtées de berceaux transversaux.
11Le profil des moulures de la porte et des croisées d’ogives, les congés des chanfreins des pilastres dans la nef, comme dans le chœur, évoquent le gothique finissant de la fin du xve ou du début du xvie siècle et indiquent que la construction de la nef et du chœur fut proche malgré leur différence de structure.
3. Le pavage intérieur de l’église
12Le revêtement de dalles calcaires de la nef de l’église ne constitue pas un sol homogène et intègre plusieurs pierres tombales – de prêtres et divers artisans, vigneron, menuisier… –, certaines manifestement ne se trouvant plus en position primaire. Les différences de modules utilisées évoquent plusieurs reprises, notamment dans la troisième travée, où les tailles des dalles sont plus réduites. On observe, par ailleurs, une anomalie significative à la jonction de la nef et de la chapelle nord, par une sorte de bouchage linéaire et irrégulier sur toute sa largeur (fig. 5, en jaune). Pratiquement au centre, l’agencement des dalles laisse voir un aménagement circulaire obturé de près d’un mètre de diamètre (fig. 5 et 6). Une autre anomalie apparaît dans le pavage de la chapelle nord, revêtue de carreaux de terre cuite, qui laisse apparaître un effondrement quadrangulaire sensiblement au centre de cet espace (fig. 5, en orangé).
Fig. 6 – Anomalies significatives relevées dans le sol à la jonction de la nef et de la chapelle nord (D. Billoin).
13Les anomalies relevées dans le dallage de la nef, et dans une moindre mesure dans la chapelle latérale nord, révèlent plusieurs reprises dans l’agencement de ce sol, vraisemblablement liées à des inhumations successives, comme en témoignent les diverses pierres tombales. Ainsi, l’affaissement observé dans la chapelle nord pourrait correspondre à l’emplacement d’un caveau. En revanche, l’anomalie linéaire observée à la jonction de la nef et de la chapelle latérale nord relève vraisemblablement d’un autre type d’aménagement lié à une contrainte du sous-sol, éventuellement une maçonnerie antérieure à la reconstruction de la fin du xve siècle.
4. Les sondages le long du mur gouttereau nord
- 10 A. Rousset, Dictionnaire géographique…, op. cit., t. 3, 1855, p. 257.
14Les sondages 1 et 2 ouverts au nord se caractérisent par l’apport massif d’un remblai, constitué presque exclusivement de matériaux de démolition, surmonté d’un niveau de sol grossièrement aménagé, vraisemblablement lié à la phase de construction de l’église. Des fragments de laves de toiture et des moellons ébauchés, certains fortement rubéfiés et portant des traces de mortier, correspondent à la démolition d’une partie de l’édifice, manifestement incendiée. Cet incendie pourrait être mis en relation avec les destructions des grandes compagnies au xive siècle, mentionnées par les sources textuelles, qui signalent également une reconstruction de l’église à partir de 1440 10. Ce remblai massif atteint le terrain naturel à la profondeur de - 1,30 m dans le sondage 1, marqué par une couche d’argile jaune en place, au contact de la roche calcaire, et la profondeur d’au moins - 2,20 m dans le sondage 3 – interrompu pour des questions techniques –, le sous-sol géologique se situant apparemment bien plus bas. Cet écart important d’altitudes, de l’ordre de 1 à 1,20 m, témoigne d’une anomalie significative à la hauteur de l’angle du portail nord-ouest de l’église, lié à un aménagement antérieur aux élévations de la fin du xve siècle.
15Les deux portions de fondations du mur gouttereau nord observées sont identiques dans les deux sondages et témoignent d’une même phase de construction dans le prolongement des élévations de l’édifice. Elles posent sur une première assise de gros moellons de calcaire en ressaut de 5 cm par rapport à l’aplomb du mur, au contact du terrain naturel (sondage 1), et prennent appui sur un imposant bloc quadrangulaire comportant des traces de taille obliques à la broche, surmonté d’un moellon en retrait des élévations de la chapelle latérale (fig. 7).
Fig. 7 – Le bloc quadrangulaire massif noyé dans les maçonneries de la chapelle latérale (derrière la mire) et du mur gouttereau nord de l’église (cl. D. Billoin).
16Celles-ci reposent également sur ce bloc, tandis que les fondations s’appuient contre ce dernier. L’intégration de ce bloc massif, différent de tous les autres matériaux, par ses traces de taille et son volume, aux maçonneries à la fois du mur gouttereau et de la chapelle latérale nord constitue des arguments en faveur d’un reliquat d’une construction plus ancienne. Cet élément se situe non loin des anomalies observées dans le pavement du sol interne de l’église.
5. Les sondages le long du mur gouttereau sud
17Dans ces deux sondages, les fondations du mur gouttereau sud et de ses contreforts tranchent singulièrement avec celles observées au nord. Elles se caractérisent en effet par l’emploi de moellons de modules divers, montés en assises très irrégulières sur un large ressaut de fondation, de largeur variable (entre 0,17 m et 0,35 m), constitué de deux assises en calcaire ébauché et l’emploi d’un liant différent (M.5). La tranchée de fondation perfore le terrain naturel (- 1,05 m), sur une largeur de 6 à 9 cm, et recoupe une sépulture (Sp.1), orientée est-ouest, dans le sondage 3 (fig. 8 et 9).
- 11 Beta-659672, datation sur collagène de l’os : 620 +/- 30 BP.
18Cette tombe, relativement étroite, de 1,70 m de longueur, est creusée partiellement dans une argile jaune compacte correspondant au substrat géologique, ainsi que dans un remblai pierreux hétérogène dans sa partie sud. La présence de traces fibreuses de bois sur l’intégralité du squelette ne laisse aucun doute sur l’emploi d’une couverture en bois sur la fosse. Elle accueille un individu masculin, âgé de 15 à 20 ans, inhumé sur le dos et doté d’une boucle de ceinture circulaire en fer pourvue d’un ardillon, prise dans une matrice orangée correspondant aux restes de cuir, en position fonctionnelle à la hauteur du bassin (cf. fig. 8 et 9). Très simple, cet accessoire vestimentaire n’offre aucun argument chronologique ; la tombe a donc été datée par radiocarbone des années 1296-1400 11, offrant ainsi un terminus post quem aux fondations du mur gouttereau de l’église.
19Le remblai argileux, pierreux et hétérogène, dans lequel est en partie creusée la fosse sépulcrale, s’avère être le comblement d’une tranchée (St.8) reconnue sur une largeur de 0,70 m, à fond plat induré de mortier, sensiblement parallèle à l’église (cf. fig. 9, en grisé). Pour des questions de stabilité, les fondations du contrefort à l’est du sondage ont été installées jusqu’à la base de ce creusement à profil incurvé, que l’on peut interpréter comme étant une tranchée d’épierrement. On retrouve, en effet, l’exact prolongement de cette structure dans le sondage 4, mais avec une partie des matériaux de construction du mur en place (M.29), des plaquettes quadrangulaires de calcaire agencées, qui servent d’appui aux fondations du contrefort ouest (fig. 10).
Fig. 10 – Le mur M.29 partiellement conservé sous les fondations du contrefort de l’église (D. Billoin).
20Située à la base de la stratigraphie, cette fondation de mur en tranchée étroite M.29, en grande partie récupérée, est couverte par trois sépultures dans le sondage 4, l’ensemble étant recoupé par les fondations de l’église et de ses contreforts (fig. 11 et 12).
Fig. 12 – Relevé du sondage 4 avec les fondations du mur M.29 (en grisé) recoupées par les fondations de l’église et des sépultures (DAO V. Bourson et D. Billoin).
- 12 Beta-659673, datation sur collagène de l’os : 1360 +/- 30 BP.
- 13 D. Billoin, C. Goy et J. Maetracci, « Saint-Martin de Nanc-lès-Saint-Amour (Jura) : une possible é (...)
21La première tombe (Sp.20) apparaît à - 0,90 m de profondeur selon une orientation est-ouest, mais avec un léger décalage avec le mur gouttereau sud. Elle est recoupée par les fondations du contrefort, à la hauteur de la tête, mais le crâne a été préservé, noyé dans une couche de mortier, et protégé par un long moellon disposé perpendiculairement aux bords de la fosse. Il s’agit d’un individu féminin, âgé de plus de 40 ans, inhumé sur le dos, dans une fosse oblongue d’environ 1,60 m de longueur, le bras droit replié à la hauteur de la ceinture, le gauche fléchi, main sur le bassin, tandis que les membres inférieurs sont en extension. Les effets de contraintes, visibles sur les épaules, le thorax, les coudes, le bassin et les pieds, forment une délimitation non linéaire bien distincte des parois de la fosse et indiquent l’utilisation d’une enveloppe souple, de type linceul. Cette sépulture, au remplissage très similaire à celui de la tombe Sp.1 du sondage voisin, recoupe les deux autres tombes sous-jacentes Sp.23 et Sp.26, lacunaires en raison des recoupements par les murs de l’église et des contreforts. Celles-ci se caractérisent par des comblements d’argile jaune faiblement remaniés issus directement du substrat et par des fosses étroites qui excluent l’utilisation d’un contenant rigide. Les observations taphonomiques réalisées sur la tombe Sp.26, mieux préservée, autorisent la restitution d’une enveloppe souple autour du corps. Elles appartiennent à la période mérovingienne, d’après une date radiocarbone effectuée sur les os de la tombe Sp.23, entre les années 608 et 774 12. Le mode funéraire utilisé privilégie plutôt la fin de cet intervalle chronologique, les tombes rupestres étant d’un emploi plus tardif, du viiie au xiiie siècle 13. Les quelques fragments de céramique recueillis dans les remblais apportent un complément chronologique qui va dans ce sens, avec la présence exclusive de pâte sombre sableuse, notamment un bord à bandeau qui connaît une large amplitude du milieu du vie aux ixe-xe siècles, ainsi que deux fonds légèrement lenticulaires plutôt caractéristiques du ixe-xe siècle.
6. Synthèse
22Bien que limitée à une emprise d’environ 10 m2, cette intervention de sondages archéologiques a révélé un riche potentiel du sous-sol de cette église, renouvelant singulièrement l’histoire de ce remarquable promontoire auréolé de légendes.
23Les observations réalisées sur les maçonneries de l’église révèlent que les fondations du mur gouttereau nord et de ses contreforts tranchent très nettement avec celles du mur gouttereau sud, témoignant de deux phases de construction distinctes, mais qui semblent assez resserrées dans le temps. Au nord, les fondations, régulières et bien assisées, s’inscrivent dans le prolongement des élévations et correspondent à une reconstruction du xve ou du début du xvie siècle, en accord avec le style architectural de l’édifice. L’imposant remblai de matériaux de construction qui comble ce bas-côté, incluant bon nombre d’éléments rubéfiés, pourrait être lié à une démolition partielle de l’église, manifestement incendiée, et faire écho – avec toute la prudence requise – aux destructions des grandes compagnies mentionnées dans les textes au xive siècle et d’une reconstruction dans les années 1440. La présence d’un gros bloc quadrangulaire dans les maçonneries constitue le reliquat d’une phase de construction plus ancienne, non datée, tandis que les anomalies du substrat témoignent d’un aménagement en profondeur vers le portail de l’édifice. Au sud, les élévations reposent sur des fondations bien différentes, qui se caractérisent par l’emploi de moellons de tailles diverses, montés en assises très irrégulières sur un large ressaut de fondation constitué de deux assises et l’emploi d’un liant différent. Celui-ci recoupe deux sépultures Sp.1 et Sp.20, la première ayant livré une petite boucle de ceinture circulaire en fer, datée par radiocarbone des années 1296 à 1400. Deux autres tombes (Sp.23 et 26) sont également recoupées à un niveau inférieur et se caractérisent par des creusements étroits, les corps placés dans des enveloppes souples de type linceul. L’une d’elles a été datée par radiocarbone des années 608 et 774 de notre ère et l’on privilégiera plutôt la fin de cette séquence chronologique en raison du type de tombe en usage, en fosses étroites, ainsi que des fragments de céramiques recueillis dans les remblais.
24La découverte majeure concerne la mise au jour d’une portion maçonnée d’un édifice primitif du haut Moyen Âge, partiellement conservé et repris par les fondations du premier contrefort au sud-ouest, et dont le tracé apparaît sous la forme d’une tranchée d’épierrement dans l’emprise des sondages 3 et 4. Il s’agit donc, à l’origine, d’une maçonnerie d’ampleur, parallèle à l’église reconstruite au xve siècle, et restituable sur 6 m de longueur et 1,20 m de large, suggérant l’hypothèse d’une première église dans ce contexte (cf. fig. 4). Ses matériaux de construction ont été récupérés, notamment pour laisser place aux tombes mérovingiennes qui s’installent en partie sur son tracé dans le courant du viie siècle et plus vraisemblablement au siècle suivant. On note, par ailleurs, l’absence de tout indice d’occupation protohistorique et de l’Antiquité, conforme aux données des prospections réalisées dans les pentes.
Notes
1 Y. Jeannin, « Gizia (Jura). Église refuge de Châtel », in Paysage monumental de la France autour de l’an mil, Paris, 1987, p. 353-354 ; D. Billoin, L’habitat perché et le peuplement entre Antiquité tardive et haut Moyen Âge dans le massif jurassien (ive-ixe siècle), thèse de doctorat sous la direction de Claude Raynaud, Université Paul-Valéry, Montpellier 3, 2 vol., 2020.
2 B. Gaspard, Histoire de Gigny, au département du Jura, de sa noble et royale abbaye et de Saint Taurin, son patron, Lons-le-Saunier, 1843 ; Id., « Notice sur la fondation du hameau de Châtel », Mémoires de la Société d’émulation du Jura, p. 23 ; A. Rousset, Dictionnaire géographique, historique et statistique de communes de la Franche-Comté et des hameaux qui en dépendent, t. 3, Besançon, 1855.
3 P. Lacroix, Églises jurassiennes romanes et gothiques, Besançon, 1981, p. 136-137.
4 M. Mangin, B. Jacquet et J.-P. Jacob, Les agglomérations secondaires en Franche-Comté, Paris, 1986.
5 M.-P. Rothé, Carte archéologique de la Gaule, Jura (39), Paris, 2001.
6 A. Rousset, Dictionnaire géographique…, op. cit., t. 2, 1854.
7 G. Depeyrot, Le numéraire mérovingien. L’âge d’or, 2 vol., Wetteren, 1998.
8 D. Billoin, L’habitat perché…, op. cit.
9 L’église est inscrite en totalité à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques par un arrêté du 23 août 2013.
10 A. Rousset, Dictionnaire géographique…, op. cit., t. 3, 1855, p. 257.
11 Beta-659672, datation sur collagène de l’os : 620 +/- 30 BP.
12 Beta-659673, datation sur collagène de l’os : 1360 +/- 30 BP.
13 D. Billoin, C. Goy et J. Maetracci, « Saint-Martin de Nanc-lès-Saint-Amour (Jura) : une possible église des xe-xie siècles et ses tombes rupestres, 1re partie », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, 24.2 (2020), p. 1-10 ; M. Colardelle, G. Démians d’Archimbaud et C. Raynaud, « Typo-chronologie des sépultures du Bas-Empire à la fin du Moyen Âge dans le Sud-Est de la Gaule », in H. Galinié et É. Zadora-Rio (dir.), Archéologie du cimetière chrétien, Tours, 1996.
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| Titre | Fig. 1 – Situation de l’église Saint-Étienne de Châtel sur un promontoire pourvu de défenses naturelles dominant une large portion de la plaine de Bresse (cl. M. Lagache). |
| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/23597/img-1.jpg |
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| Titre | Fig. 2 – Localisation des sondages sur une vue aérienne de l’église et de son cimetière (cl. M. Lagache, DAO D. Billoin). |
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| Titre | Fig. 3 – Le poisson sculpté sur l’un des piliers de la nef de l’église (cl. D. Billoin). |
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| Titre | Fig. 4 – Phasage de l’édifice et localisation des sondages (Dao V. Bourson, d’après un plan de Fabien Michel). |
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| Titre | Fig. 5 – Relevé des anomalies du pavage de sol de l’église (plan de Fabien Michel). |
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| Titre | Fig. 6 – Anomalies significatives relevées dans le sol à la jonction de la nef et de la chapelle nord (D. Billoin). |
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| Titre | Fig. 7 – Le bloc quadrangulaire massif noyé dans les maçonneries de la chapelle latérale (derrière la mire) et du mur gouttereau nord de l’église (cl. D. Billoin). |
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| Titre | Fig. 8 – La sépulture Sp.1 recoupée par les fondations du mur gouttereau sud (cl. D. Billoin). |
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| Titre | Fig. 9 – Relevé de la tombe Sp.1 installée sur la tranchée 8 (DAO V. Bourson et D. Billoin). |
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| Titre | Fig. 10 – Le mur M.29 partiellement conservé sous les fondations du contrefort de l’église (D. Billoin). |
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| Titre | Fig. 11 – Vue d’ensemble des tombes du sondage 4 (cl. D. Billoin). |
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| Titre | Fig. 12 – Relevé du sondage 4 avec les fondations du mur M.29 (en grisé) recoupées par les fondations de l’église et des sépultures (DAO V. Bourson et D. Billoin). |
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Pour citer cet article
Référence électronique
David Billoin et Jérémy Maestracci, « Nouvelles données sur l’église Saint-Étienne de Châtel à Gizia (Jura) », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA [En ligne], 29.1 | 2025, mis en ligne le 25 juillet 2025, consulté le 09 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/cem/23597 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14ehx
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