Le chartrier de Beaumont-sur-Oise (xiie-xiiie siècles) : transmissions et reconfigurations archivistiques du Moyen Âge au xixe siècle
Résumés
Le chartrier des seigneurs-comtes de Beaumont-sur-Oise est un ensemble documentaire particulièrement riche, couvrant une période allant de la seconde moitié du xiie au xiiie siècle. Ce chartrier, conservé aujourd’hui dans le Trésor des chartes aux Archives nationales (J//168), n’a jamais été étudié en tant que tel. Cet article propose de reconstituer l’histoire de sa conservation depuis son entrée au dépôt royal vers 1223 jusqu’aux travaux des archivistes-historiens du xixe siècle qui ont progressivement participé à l’effacement de l’état originel du chartrier aux yeux des historiens actuels. La mise en évidence d’un inventaire du chartrier consigné dans les « registres du Trésor des chartes » au moment de son dépôt vers 1223 a permis de retrouver cet état originel et d’affiner, grâce à la trace des chartes manquantes aujourd’hui, l’étude des pratiques de l’écrit laïque et de la féodalité dans le comté aux xiie-xiiie siècles.
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Mots-clés :
Beaumont-sur-Oise, Trésor des chartes, chartrier, chartes, écrit, archives, archivistique, inventaire, féodalité, Moyen Âge, XIXe sièclePlan
Notes de la rédaction
Historique
Reçu : 6 mars 2025 – Accepté : 30 mars 2026
Texte intégral
Nous tenons à remercier vivement Pierre Chastang et Jean-François Moufflet pour leur aide précieuse durant la réalisation de ce travail.
1. Introduction
- 1 J.-F. Nieus, « Des “archives de famille” en France du nord au Moyen Âge central : le chartrier des (...)
1Dans sa contribution à l’ouvrage collectif Les archives familiales dans l’Occident médiéval et moderne (2021), Jean-François Nieus compare le chartrier des comtes de Beaumont-sur-Oise à celui des sires de Béthune, considérant ce dernier comme un « unicum spectaculaire en France septentrionale » du fait de son contenu remarquable – d’un point de vue diplomatique et administratif –, de sa précocité – démarrant au xiie siècle – et du nombre important d’originaux qu’il contient1. Le chartrier de Beaumont-sur-Oise est un ensemble documentaire particulièrement bien conservé, mais qui ne nous est pas parvenu intact pour autant, et pour lequel les interventions archivistiques propres au Trésor des chartes sont particulièrement marquées. Il nous a donc paru intéressant de revenir sur l’histoire de ses reconfigurations successives et de ses différentes strates d’archivage, reflétant l’évolution des dynamiques sociales propres aux pratiques archivistiques et historiographiques de la fin du Moyen Âge au xixe siècle.
- 2 Cet article fait suite à deux mémoires de master portant sur les comtes et le comté de Beaumont-sur (...)
- 3 Citons néanmoins ces synthèses récentes sur les seigneurs d’Île-de-France qui s’intéressent aux com (...)
- 4 J. Depoin, Les comtes de Beaumont-sur-Oise et le prieuré de Conflans-Sainte-Honorine, Pontoise, 19 (...)
- 5 L. Douët d’Arcq, Recherches historiques et critiques sur les anciens comtes de Beaumont-sur- Oise d (...)
2Les comtes de Beaumont-sur-Oise se voient attribuer leur titre comtal par Robert le Pieux vers 1022 et font partie des rares seigneurs franciliens à le porter. Leur seigneurie riche et fructueuse occupe une place stratégique dans la basse vallée de l’Oise et leur lignage acquiert une place centrale dans le réseau aristocratique francilien du xie au xiiie siècle, avant de s’éteindre sans héritier en 1223. Philippe Auguste intervient alors dans le conflit successoral qui s’ouvre entre les cohéritiers et rachète le comté de Beaumont-sur-Oise en 1223, le faisant basculer directement dans le domaine royal capétien, tandis que le chartrier seigneurial intègre le dépôt d’archives royales en pleine constitution. C’est d’ailleurs à partir du repérage de cet ensemble documentaire conservé au Trésor des chartes que nous avons commencé à nous intéresser à l’histoire de ces comtes franciliens encore trop peu connus2. Les comtes de Beaumont-sur-Oise n’avaient en effet été étudiés qu’entre la seconde moitié du xixe et le début du xxe siècle3, à travers l’étude de Joseph Depoin en 19154, qui insiste surtout sur les origines du lignage sans exploiter véritablement le chartrier, et celle de l’archiviste et historien Louis Douët d’Arcq en 18555. Ce dernier rassemble dans cette étude les « preuves » (sources), souvent inédites, qu’il a pu trouver sur les comtes de Beaumont-sur-Oise, en les publiant de manière chronologique, pour donner une vision globale de leur vie et de leurs actions. Ces sources sont tirées, pour la plupart, des cartulaires des établissements religieux présents sur le comté – cartulaire blanc de Saint-Denis, cartulaire de Saint-Martin-des-Champs, de Saint-Martin de Pontoise, de l’abbaye du Val, de Saint-Germain-l’Auxerrois, de l’abbaye de Beaupré et de l’abbaye de Royaumont –, mais également du chartrier seigneurial, sans pour autant qu’il soit étudié comme un objet historique en soi.
- 6 P. Contamine et L. Vissière (dir.), Les chartriers seigneuriaux : défendre ses droits, construire s (...)
- 7 J. Morsel, « En guise d’introduction : les chartriers entre “retour aux sources” et déconstruction (...)
- 8 E. Anheim et O. Poncet, « Fabrique des archives, fabrique de l’histoire », Revue de synthèse, 125 ( (...)
- 9 Citons notamment : J. Morsel, « Les sources sont-elles “le pain de l’historien” ? », Hypothèses, 7(...)
- 10 O. Guyotjeannin, « Les méthodes de travail des archivistes du roi de France (xiiie-début xvie s.) » (...)
- 11 Voir également : B. Galland, « La participation de l’archiviste à la recherche historique : un rôl (...)
3La typologie difficilement définissable du « chartrier » a fait l’objet d’un colloque en 2006 à Thouars6. Joseph Morsel y rappelait, en introduction du volume, les trois axes historiques à prendre en compte pour une meilleure compréhension de cet objet complexe : le sens social historique de la production écrite, le sens social historique de la conservation et de l’archivage, et, enfin, la question de l’usage par l’historien des « sources » ou documents archivés7. L’histoire du chartrier des comtes de Beaumont-sur-Oise, conservé jusqu’à aujourd’hui grâce à son intégration au Trésor des chartes en 1223, puis soumis aux reclassements des archivistes médiévaux, nous a donc paru un cas intéressant pour réfléchir à ces questions. Dans le contexte historiographique du « tournant documentaire » des années 1990 et depuis l’article d’Olivier Poncet et d’Étienne Anheim, paru en 20048, suivi notamment des travaux épistémologiques de J. Morsel9 et des études d’Olivier Guyotjeannin, puis de Yann Potin sur la « mise en archives » du Trésor des chartes10, l’accent a bien été mis sur la nécessaire collaboration entre historiens et archivistes pour une meilleure compréhension des logiques de production de l’écrit et de mise en archives des documents, afin d’inclure au travail historique une réflexion sur les biais des corpus qui puisse éclairer les logiques sociales étudiées dans le temps11.
4Ces questionnements nous ont donc fourni des clés de lecture supplémentaires en vue de nos propres interrogations sur la production documentaire laïque francilienne aux xiie-xiiie siècles et sur les processus de transmission des archives dites « seigneuriales » : Pourquoi et comment le chartrier a-t-il rejoint le Trésor des chartes ? Comment est-il arrivé jusqu’à nous ? Comment lire et comprendre son état matériel actuel ? Et surtout, en quoi cette histoire des archives impacte-t-elle aujourd’hui notre compréhension de l’aristocratie francilienne des xiie-xiiie siècles ?
5Nous reviendrons donc sur l’histoire de la mise en archives du chartrier comtal au Trésor des chartes ayant servi de base à l’écriture de l’histoire des comtes de Beaumont-sur-Oise au xixe siècle, avant de revenir sur la composition et les reconfigurations du chartrier par l’intermédiaire d’un ancien inventaire consigné dans les « registres du Trésor des chartes », permettant d’affiner l’histoire des pratiques de l’écrit et de la féodalité dans le comté aux xiie-xiiie siècles.
2. De la mise en archives à la mise en histoire des comtes et du comté de Beaumont-sur-Oise (xiiie-xixe siècle)
- 12 O. Guyotjeannin, « Les méthodes de travail… », op. cit., p. 296.
6Sous la cote J//168, c’est aujourd’hui dans la partie « Île-de-France » des « Gouvernements » des layettes du Trésor des chartes que l’historien peut retrouver le chartrier des comtes de Beaumont-sur-Oise, incorporé aux archives royales peu après la vente du comté à Philippe Auguste en 1223. L’histoire de sa conservation est indissociable de celle du prestigieux dépôt qui l’a recueilli, dont Olivier Guyotjeannin a bien montré qu’il fut « l’un des plus actifs laboratoires archivistiques du Moyen Âge occidental12 ».
2.1. L’entrée du chartrier comtal au Trésor des chartes : de la layette aux registres (xiiie siècle)
- 13 N. Civel, La fleur de France…, op. cit., p. 124 ; J. Baldwin, Philippe Auguste et son gouvernement. (...)
- 14 J. Baldwin, Philippe Auguste…, ibid., p. 430.
7L’achat du comté de Beaumont-sur-Oise par Philippe Auguste s’inscrit dans le dernier mouvement d’annexions territoriales du règne, celui des comtés d’Île-de-France entre 1203 et 1223, avec la récupération des comtés de Meulan, d’Alençon, de Ponthieu, de Dammartin et de Clermont13. Philippe Auguste s’appuie sur le droit féodal et la légitimité de la suzeraineté royale pour renforcer la hiérarchie féodale à son profit et intervenir dans les seigneuries châtelaines lors de conflits successoraux, notamment lors d’absence d’héritier, comme à la mort du comte Jean de Beaumont en 1223, lorsque le comté est revendiqué par les cousins de la branche cadette du lignage. L’affaire est portée en jugement devant la cour du roi à Vernon et le comté échoit au cousin le plus proche, Thibaut d’Ully, seigneur de Luzarches, qui le revend immédiatement au roi avec tous ses droits contre dédommagement en avril 1223. Cette vente se fait très peu de temps avant la mort de Philippe Auguste, survenue le 14 juillet 1223, et ce sont en grande partie les officiers royaux qui gèrent alors les affaires administratives du souverain, veillant au bon fonctionnement des nouveaux rouages administratifs de la royauté. Guérin, élu évêque de Senlis en 1213, est à cette période le second du roi et participe ainsi à tous les jugements de la cour royale14.
- 15 Y. Potin, « La royauté française et la science des archives à la fin du Moyen Âge », in Trésor, écr (...)
8Dans ce contexte de développement étatique, les conquêtes du domaine royal sont à l’origine d’une croissance documentaire et d’une réorganisation des fonds demandant un système d’archivage plus systématique des actes royaux. Le plus ancien « cartulaire-registre » royal conservé, le registrum veterius, selon l’appellation du garde du Trésor Gérard de Montaigu au xive siècle, débute en 1204, date du rattachement de la Normandie au domaine royal par Philippe Auguste. Les « cartulaires-registres », copiés et recopiés en différentes versions, compilent les actes et listent les titres domaniaux acquis par le roi. Progressivement, l’usage de ces codex thématiques uniques est abandonné pour des registres chronologiques, les actes étant toujours organisés dans des coffres par dossiers autour d’affaires et de domaines particuliers. Ce seront ensuite les inventaires du garde des chartes Pierre d’Étampes qui prendront le relais des « cartulaires-registres » pour organiser le Trésor des chartes qui demande une gestion permanente dès 130715.
- 16 Paris, Archives nationales [désormais abrégé AN], JJ//26. Cartulaire de Philippe Auguste dit Regist (...)
9C’est justement Guérin, évêque de Senlis et second du roi, qui lance la rédaction du registre E vers 1220, dit Guarini, préparé par le clerc Étienne de Gallardon pour mettre à jour le registre C (1205-1212)16. On entend alors :
- 17 O. Guyotjeannin, « Les méthodes de travail… », op. cit., p. 301-302.
compiler, sous forme ramassée, commode de consultation, tout ce qu’il est utile d’avoir sous la main : des actes royaux […], des actes adressés au roi, des listes variées [...], des comptes, des inventaires, et même quelques textes historiographiques, généalogiques ou prophétiques17.
- 18 Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits [désormais abrégé BnF], Latin 9 (...)
- 19 Paris, AN, JJ//26, fol. 14r° ; Paris, BnF, Latin 9778, fol. 9r° ; L. Douët d’Arcq, Recherches histo (...)
- 20 Paris, AN, JJ//26, fol. 15r° ; Paris, BnF, Latin 9778, fol. 10r° ; L. Douët d’Arcq, Recherches hist (...)
- 21 Paris, AN, JJ//26, fol. 15v° ; Paris, BnF, Latin 9778, fol. 10v° ; L. Douët d’Arcq, Recherches hist (...)
10Complété jusqu’en 1262, le registre E contient des ajouts en caractères cursifs en début et en fin de volume, parmi lesquels on trouve, notamment, parmi les premiers feuillets, des copies de trois types de textes documentant le « moment 1223 » de l’annexion du comté de Beaumont-sur-Oise. Ces textes ont également été publiés dans l’étude de L. Douët d’Arcq d’après le registre F, copie du registre E réalisée vers 1247 pour le départ en croisade de Louis IX et utilisé jusqu’aux dernières années de son règne18 : la notification du jugement tenu à Vernon sur la succession au comté de Beaumont : Judicium factum Vernoni de eschaeta comitatus Bellimontis (Reg. E, fol. 14r°)19, l’inventaire du chartrier comtal (Reg. E, fol. 15r°)20, et des notes expliquant le renoncement par les sept cohéritiers de leurs droits sur le comté de Beaumont et la livraison par eux de plèges (ou cautions) à Pacy-sur-Eure : Hec sunt nomina heredum […] Isti septem constititui in presentia domini Regis, apud Paciacum […] (Reg. E, fol. 15v°)21. Ce dernier texte, pouvant être la transcription d’un acte, est publié par L. Douët d’Arcq dans la première partie de son étude, au sein du chapitre III sur la vente du comté, et non dans la seconde partie des « Preuves », qui regroupe par ailleurs le dossier d’actes relatifs à la succession et la vente du comté (fig. 1).
Fig. 1 – Renoncement par les sept cohéritiers de leurs droits sur le comté de Beaumont-sur-Oise à Pacy-sur-Eure, dans le registre E (non daté). Paris, Archives nationales, JJ//26, fol. 15v°.
- 22 L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, ibid., p. cxxiv.
- 23 Paris, AN, J//26, fol. 222v° ; Paris, BnF, Latin 9778, fol. 179v° ; L. Douët d’Arcq, Recherches his (...)
- 24 J. Baldwin, Philippe Auguste et son gouvernement…, op. cit., p. 432.
- 25 J. Baldwin, « Les premiers registres capétiens, de Philippe Auguste à Louis IX », in X. Hermand, J. (...)
11Il est difficile d’en établir la chronologie exacte, mais l’érudit affirme que cet épisode non daté « a dû évidemment précéder le jugement22 », à l’issue duquel le comté échoit à Thibaut d’Ully, se tenant à Vernon entre la mort du comte Jean, survenue le 15 mars 1223 et avril 1223, date à laquelle Thibaut d’Ully vend ensuite ses droits sur le comté à Philippe Auguste et dont la charte de vente est copiée bien plus loin dans le registre23. Cet épisode de Pacy-sur-Eure, au cours duquel le roi désintéresse de la succession l’ensemble des héritiers, est ainsi complémentaire des actes de vente et du jugement, renforçant « sa juridiction indiscutable sur la succession aux fiefs24 ». L’ensemble ainsi formé par ces textes relatifs à l’annexion du comté, copiés de part et d’autre de l’inventaire du chartrier récupéré lors de cette même annexion, est ainsi un témoignage intéressant de la fonction des archives royales : « rassembler et conserver les actes reçus par le roi et alimenter les chapitres pertinents dans les registres25 ».
- 26 Paris, AN, JJ//1022, n° 3. J. de Laborde, Layettes du Trésor des chartes [1247 à 1260], Paris, 1875 (...)
- 27 Y. Potin, « Archives en sacristie. Le trésor est-il un bâtiment d’archives ? Le cas du “Trésor des (...)
- 28 L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, op. cit., Preuves, p. 225-227, d’après le registre F.
- 29 J. Baldwin, Philippe Auguste et son gouvernement…, op. cit., p. 516 : l’auteur date la copie de cet (...)
12Au folio 15r° du registre E, l’« inventaire », ou tout du moins la liste des chartes contenues dans le chartrier comtal, est titré : Adam consergius habet Parisius, de comitatu Bellimontis, has cartas [Le concierge Adam a à Paris ces chartes concernant le comté de Beaumont]. John Baldwin et Joseph de Laborde avant lui ont noté cette mention du « concierge Adam », personnage connu uniquement par cet inventaire du chartrier de Beaumont vers 1223 et par un ordre royal de Louis IX en 123126. Il s’agit, en effet, de deux rares mentions du premier dépôt connu des Archives royales au palais de la Cité avant que celles-ci ne rejoignent la sacristie de la Sainte-Chapelle vers 125427. Ce précieux inventaire, publié par L. Douët d’Arcq dans ses « Preuves »28, indique donc clairement le rattachement du chartrier au Trésor des chartes après la vente du comté, sans faire connaître néanmoins la date précise à laquelle ces feuillets ont été copiés29. De plus, il semble être le témoignage d’une pratique rare d’inventaire de chartrier seigneurial de la première moitié du xiiie siècle inséré dans un registre du Trésor des chartes (fig. 2 et 3).
Fig. 2 – Inventaire du chartrier de Beaumont-sur-Oise dans le registre E (non daté). Paris, Archives nationales, JJ//26, fol. 15r°.
Fig. 3 – Copie de l’inventaire du chartrier de Beaumont-sur-Oise dans le registre F (non daté). Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Latin 9778, fol. 10r°.
- 30 L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, op. cit., Preuves, p. 225, d’après la note (1).
- 31 O. Guyotjeannin, « Les méthodes de travail… », op. cit., p. 302.
- 32 J. Baldwin, Philippe Auguste et son gouvernement…, op. cit., p. 654, n. 37.
- 33 Paris, AN, L//1541 et L//1542 ; H. Omont, « Cartulaire de l’hôpital de l’abbaye du Val Notre-Dame a (...)
13Les entrées de cette liste sont individualisées par le « C » de Cartam. Les analyses sont brèves, non datées, et pourraient avoir été réalisées d’après les actes originaux, peu de temps après l’acquisition du comté30. Elles sont organisées sur un modèle assez approximatif, comprenant : l’auteur de l’acte, le destinataire, le type d’action, son objet et les lieux concernés. Les chartes sont classées par expéditeurs : dix actes d’ecclésiastiques – d’abord les actes d’abbés, avec six actes de l’abbaye de Saint-Denis (dont une copie, un de l’abbé de Saint-Martin de Pontoise et de l’abbé de Saint-Vincent de Senlis), puis un acte de l’évêque de Paris et enfin un acte de juges délégués par le Saint-Siège –, trois actes royaux – dont un acte de vassal confirmé par le roi – et dix-huit actes produits par des laïcs – neuf actes de vassaux comtaux, trois actes comtaux, un acte du comte de Soissons, un acte du vicomte de Châteaudun, une notification d’accord du comte Beaumont avec le comte de Montmorency, un des Templiers, puis deux actes de Guy, bouteiller de Senlis. Notons que ce mode de classement, proche de celui des cartulaires ecclésiastiques, est également adopté pour le registre E lui-même, comprenant des chapitres par fiefs et communes, par types d’auteurs/destinataires et par matières d’administration et de comptabilité31. En fin de liste, sont également mentionnées quelques chartes conservées à l’abbaye de Notre-Dame du Val – Apud Vallem Nostre Domine sunt iste carte. Cet établissement, fondé vers 1125 par Ansel de L’Isle-Adam, est la seule abbaye cistercienne à se situer sur les terres du comté de Beaumont avant la fondation de l’abbaye de Royaumont par Saint-Louis en 1228. La mention de ces chartes est intéressante, car elle peut laisser penser que le comte conserve une partie de ses archives à l’abbaye du Val en guise de dépôt annexe32. Cette liste, de huit ou neuf chartes, semble avoir été établie rapidement, car elle ne mentionne que le nombre d’actes et leur objet – Due, de fortericiis non faciendis / Due, de compromessione in IIII. or milites. Le nombre d’actes total est assez imprécis, comme en témoigne la dernière ligne ou « deux ou trois » actes sont mentionnés sans qualification – Item, due alie, vel tres –, rendant l’identification des chartes difficile si l’on voulait les rapprocher des actes des cartulaires de l’abbaye du Val33.
- 34 Paris, AN, J//168, n° 12.
- 35 Paris, AN, J//168, n° 13.
- 36 Paris, AN, J//168, n° 15.
- 37 Paris, AN, J//168, n° 33.
- 38 Paris, AN, J//168, n° 16.
14Si l’on s’intéresse ensuite aux originaux du chartrier, seulement six chartes figurant dans cet inventaire présentent des mentions dorsales datant du xiiie siècle pouvant lui être contemporaines. Ces plus anciennes mentions dorsales, portées en bas ou en haut du verso, n’étaient donc pas systématiquement utilisées, et se composent d’une très courte mention de la teneur de l’acte, sans date, se résumant parfois à une simple identification de l’expéditeur et du destinataire. On les trouve sur : une notification de Gilles de Hodan d’une vente au comte Mathieu III en 1205 – Mathei comes Bellimontis. De Gilo34 (fig. 4) –, un aveu d’hommage lige d’Anseau de L’Isle-Adam au comte la même année – Carta homagio inter comitem et dominum insule35 (fig. 5) –, une notification de Mathieu III d’un accord trouvé avec ce dernier en 1206 – Carta inter comitem et dominum insule36 –, une sentence rendue la même année par l’abbé de Notre-Dame du Val et le prieur de Conflans-Sainte-Honorine sur un conflit opposant le comte de Beaumont et le prêtre de Saint-Denis-de-la-Châtre à propos de la chapelle Sainte-Catherine à Paris appartenant au comte – Carta comitis […] de capella parisius37 –, et sur une sentence rendue par les juges délégués du pape sur une affaire entre les Templiers et le comte de Beaumont – Cyrograffum inter templarios et comitem Bellimontis38 (fig. 6).
Fig. 4 – Mentions dorsales présentes au revers d’une charte de Gilles de Hodan à Mathieu III, comte de Beaumont-sur-Oise (1205). Acte en latin, scellé sur lanière de cuir, attaches de lin et de cuir sur chaque côté du revers de l’acte, 18 x 11 cm. Paris, Archives nationales, J//168, n° 12.
Fig. 5 – Mentions dorsales présentes au revers d’un aveu d’hommage lige par Anseau, seigneur de L’Isle-Adam, à Mathieu III, comte de Beaumont-sur-Oise, sur les différents fiefs qu’il tient de ce dernier (1205). Acte en latin, scellé sur lanières de cuir. Paris, Archives nationales, J//168, n° 13.
Fig. 6 – Mentions dorsales présentes au revers d’une sentence rendue par les juges délégués par le pape à l’affaire qui divisait les Templiers et le comte de Beaumont-sur-Oise, sur une aumône assignée par deux frères sur le fief de Vineseuil. Acte en latin, scellé de trois sceaux sur lacs de soie, chirographe. Paris, Archives nationales, J//168, n° 16.
- 39 Paris, AN, J//168, n° 11.
- 40 O. Guyotjeannin, « Les méthodes de travail… », op. cit., p. 315-316.
15Une dernière charte présente une analyse un peu plus longue, il s’agit de la notification d’un accord entre le comte de Beaumont et le seigneur de Montmorency sur les droits de péage dus par les hommes du comte sur les terres de Montmorency : Carta M. comitis de Bellomonte et M. de Montemorenciaco nulli […] reddatur nisi communi assensu […]39. D’autres strates de mentions dorsales, visibles également sur ces exemples, mais présentes cette fois-ci sur l’ensemble du chartrier, deviennent ensuite systématiques au xive siècle, témoignant, comme nous le verrons ensuite, du classement pièce à pièce et du reclassement successif des actes au xive siècle sous Gérard de Montaigu et ses successeurs40.
- 41 Paris, AN, JJ//26, fol. 16r°.
- 42 Paris, BnF, Latin 9778, fol. 11.
16Enfin, nous pouvons constater qu’au folio 16 du registre E, le comté de Beaumont-sur-Oise a été ajouté en dernière position sur la liste des fiefs du roi (feodorum domini regis) : feoda comitatus Bellimontis41 (fig. 7). Mais, étonnamment, cet ajout n’a pas été reporté dans le registre F dans lequel le comté de Beaumont manque à la liste des fiefs42.
Fig. 7 – Liste des fiefs du roi avec l’ajout du fief du comté de Beaumont-sur-Oise dans le registre E. Paris, Archives nationales, JJ// 26, fol. 16r°.
17Ce « moment 1223 » de l’annexion territoriale du comté fixe la destinée du chartrier comtal qui est alors clôturé, intégrant les Archives royales, dont le dépôt permanent est en cours de constitution au Palais royal dans le contexte de développement étatique qui caractérise le règne de Philippe Auguste. Il témoigne donc tout autant d’un tournant politique qu’archivistique pour la royauté capétienne.
2.2. Le chartrier comtal au Trésor des chartes : le poids de la « mise en archives » (xive-xviie siècle)
- 43 Y. Potin et O. Guyotjeannin, « La fabrique de la perpétuité. Le Trésor des chartes et les archives (...)
- 44 Y. Potin, « La royauté française… », op. cit., p. 145.
- 45 C. Cavillon, « Les inventaires du Trésor des chartes et de la Chambre des comptes à l’époque modern (...)
18Durant la phase de croissance documentaire que représentent le xiiie et le début du xive siècle, sous les règnes de Philippe le Bel et de ses fils, Pierre d’Étampes, clerc notaire du roi, reçoit, en 1307 ou 1309, l’office de « garde des lettres, chartes et privilèges du roi43 ». Il s’agit du moment de développement d’un discours sur la valeur juridique et mémorielle des archives, mis en œuvre par « des instruments techniques de classification et de recherche44 ». Ces inventaires témoignent d’un système de classification encore peu abouti, chaque unité étant désignée par un titre et portant une cotation alphabétique et numérique45. Petit à petit, les analyses s’affinent et font notamment mention de la présence des sceaux, nous indiquant, par là même, le nombre de chartes contenues dans la layette :
- 46 Paris, AN, J//1166, n° 4, inventaire sommaire de Pierre d’Étampes, cité dans A. Teulet, Layettes du (...)
- 47 Paris, AN, J//1166, n° 7, inventaire d’Adam Boucher, cité dans A. Teulet, Layettes…, ibid., p. xxxi(...)
20 – Littere tangentes comitatum Bellimontis
[Lettres touchant le comté de Beaumont]46
AK – Litterre tangentes comitatum Bellimontis. – XXXVIII littere sigillate
[Lettres touchant le comté de Beaumont. – 38 lettres scellées]47
- 48 O. Guyotjeannin, « Les méthodes de travail… », op. cit., p. 309.
- 49 O. Guyotjeannin, « Les méthodes de travail… », ibid., p. 309-310.
19Pierre d’Étampes fait déjà des « layettes » – petits coffres en bois –, et non plus des armoires, la base du rangement et de la désignation des pièces48, suivant le principe d’une « mise en série sélective des documents » en référence à des actions gouvernementales achevées, principe que reprendra Gérard de Montaigu avec son système de classification et de description des layettes selon des critères domaniaux. Sur les soixante-douze layettes inventoriées par Pierre d’Étampes, soixante et une portent sur des critères géographiques, comme c’est le cas pour la layette du comté de Beaumont-sur-Oise49. Incorporé au Trésor des chartes vers 1223, le chartrier est en effet progressivement « fossilisé » aux côtés des autres territoires passés sous la juridiction directe du roi.
- 50 O. Guyotjeannin, « Les méthodes de travail… », ibid., p. 314.
- 51 Y. Potin et O. Guyotjeannin, « La fabrique de la perpétuité… », op. cit., p. 30-31.
- 52 Paris, AN, JJ//1/25, répertoire alphabétique des layettes, cité dans A. Teulet, Layettes…, op. cit. (...)
- 53 Paris, AN, JJ//278 à JJ//280.
20Au xive siècle, Gérard de Montaigu s’appuie ensuite largement sur le travail de ses prédécesseurs pour classer les layettes selon les provinces royales50. C’est en effet durant cette seconde grande phase d’organisation du Trésor, dans les années 1370, que le classement intellectuel et matériel des layettes est mis en place et que les registres les accompagnant sont numérotés et classés selon les critères fonctionnels d’« utile » à « inutile ». Nommé garde du Trésor en 1371, puis trésorier des chartes en 1379, Gérard de Montaigu réalise un premier inventaire exhaustif du Trésor, sous la forme d’un « Répertoire » alphabétique des layettes, un instrument de recherche plus complexe ayant pour but de pallier l’efficacité perdue des premiers « cartulaires-registres » royaux, devenus inopérants face à l’ampleur des fonds et à l’accroissement documentaire du xiiie et du début du xive siècle51. La cotation numérique de 310 layettes constituées suit alors les territoires placés sous la juridiction du roi ainsi que l’organisation topographique de la salle de la Sainte-Chapelle. La layette contenant le chartrier du comté de Beaumont-sur-Oise est la 238e du répertoire alphabétique et conserve dans son intitulé le terme de « comté »52, qui disparaîtra ensuite chez Pierre Dupuy et Théodore Godefroy au xviie siècle, qui adapteront le nom des provinces à l’appellation de leur temps. Ce n’est qu’ensuite, en 1420, que les successeurs médiévaux de Gérard de Montaigu finaliseront un premier index général des pièces des layettes et des actes des registres53. Ces importants travaux de classement au xive siècle ont laissé sur les chartes une seconde strate de mentions dorsales comportant une analyse plus fournie de l’acte accompagnée de la date du document et d’une cotation numérique, fréquemment raturée et corrigée une à deux fois de suite (cf. fig. 4, 5 et 6).
- 54 Y. Potin, La mise en archives…, op. cit. ; Y. Potin et O. Guyotjeannin, « La fabrique de la perpétu (...)
- 55 O. Guyotjeannin, « Super omnes thesauros… », op. cit., p. 115-116.
21Le chartrier n’étant plus enrichi depuis 1223, c’est à l’image d’une époque féodale révolue que revoie cette layette au xive siècle. Selon Y. Potin, dans son travail sur la très longue « mise en archives du Trésor des chartes », le classement de Gérard de Montaigu témoigne ainsi d’une phase médiévale d’« invention » et de début de « fossilisation » du Trésor54. La layette du comté de Beaumont-sur-Oise, en effet, est bien destinée à conserver l’histoire féodale et la mémoire territoriale d’un domaine acquis par la couronne et dont les actes de gestion sont désormais émis par les nouvelles instances judiciaires et financières que sont le Parlement, dès 1254, et la Chambre des comptes, créée entre 1300 et 1310. Sous les mandats de Gérard de Montaigu et de ses prédécesseurs, cette dernière affirme à la fois son autonomie face au dépôt royal et sa volonté de contrôle sur celui-ci55.
- 56 H.-F. Delaborde, « Étude sur la constitution du Trésor des chartes et les origines de la série des (...)
- 57 O. Guyotjeannin, « Les méthodes de travail… », op. cit., p. 342, n. 121.
22Le classement actuel du Trésor des chartes est issu de la réorganisation du dépôt effectué de 1615 à 1630 par les avocats au Parlement Pierre Dupuy et Théodore Godefroy, entre les « douze gouvernements » et les « Mélanges »56. Y. Potin a ainsi montré comment l’ordre des « douze gouvernements » – Île-de-France, Orléanais, Champagne, Normandie, Picardie, Bretagne, Bourgogne, Lyonnais, Dauphiné, Provence, Guyenne et Languedoc –, inspiré du Traitez touchant les droits du roy du même Pierre Dupuy, correspond à une réalité domaniale propre à l’actualité politique et fiscale du xviie siècle, faisant du Trésor un véritable « théâtre du pouvoir royal57 ». La charge de trésorier des chartes est dévolue durant cette période au procureur général du roi au Parlement et cela jusqu’à la Révolution. Malgré ce nouvel ordonnancement, P. Dupuy et T. Godefroy n’ont fait que reprendre l’unité archivistique et la composition matérielle des « layettes » correspondant aux provinces royales telles que les avait classées Gérard de Montaigu au xive siècle, qui s’était lui-même largement appuyé sur le travail de ses prédécesseurs. À l’intérieur de la layette, les trente-six pièces sont classées chronologiquement et leur numérotation est reportée en noir au dos des chartes. Ces mentions dorsales viennent ainsi s’ajouter à celles des archivistes médiévaux.
- 58 A. Teulet, Layettes…, op. cit., t. 1, p. xx.
23Comme le souligne Alexandre Teulet, qui reprendra le travail des deux archivistes en s’attelant au dépouillement et à la publication des pièces du dépôt, cet ordre « est destiné à régler pour toujours le classement matériel des pièces qui composaient les anciennes layettes du Trésor des chartes58 ». C’est sur cette compréhension domaniale du fonds, commencée par les expérimentations archivistiques de Pierre d’Étampes puis affirmée par Gérard de Montaigu, que s’appuieront les archivistes du xixe siècle pour écrire l’histoire des figures seigneuriales mises en lumière par le Trésor des chartes.
2.3. L’écriture de l’histoire des comtes de Beaumont-sur-Oise au xixe siècle : entre archivistique et historiographie
- 59 Terme employé par Jean-Charles Geslot dans « Génération 2, nés entre 1809 et 1819 - Les épigones », (...)
- 60 L. Halphen, L’histoire en France depuis cent ans, Paris, 1914.
- 61 J.-C. Bedague, M. Bubenicek et O. Poncet (dir.), L’École nationale des chartes. Deux cents ans au s (...)
- 62 F. Hildesheimer, « Les premières publications des archives », in Histoire de France, historiens de (...)
24La génération d’archivistes qui nous occupe maintenant est celle des premiers archivistes paléographes, ou « chartistes-conservateurs »59, issus de la nouvelle École des chartes rouverte en 1829. Durant le Second Empire, en ces années de « fièvre documentaire60 », Alexandre Teulet (1807-1866), et Louis Douët d’Arcq (1808-1883) ont marqué l’histoire des Archives nationales par la réalisation des premières publications d’inventaires sous la direction de Léon de Laborde (1857-1868)61. A. Teulet entre aux Archives nationales en 1834. Affecté à la section historique en 1841, en même temps que L. Douët d’Arcq, il entreprend, dès 1857, l’inventaire chronologique et l’analyse de l’ensemble des pièces du Trésor des chartes, ainsi que la publication d’une partie du dépôt royal, jugée prioritaire pour le travail d’édition. Il ne touche pas à l’organisation interne des layettes, mais publie les pièces en leur donnant un numéro d’ordre qu’il reporte en rouge au dos des chartes (cf. fig. 4, 5 et 6). La tâche est d’une telle ampleur qu’elle n’est d’abord pas prise au sérieux par le garde général des Archives, Pierre Daunou, qui autorise néanmoins A. Teulet à y travailler à titre personnel. Ce n’est que sous la direction de L. de Laborde, en 1859 que celui-ci décide de faire publier ce travail par la direction générale des Archives qui modifie le nom donné à sa collection : d’« Inventaires » on passe à « Inventaires et documents »62. La tâche ne sera finalement effectuée que pour les actes antérieurs à 1270 et les volumes des Layettes d’A. Teulet restent encore aujourd’hui le premier point d’accès au contenu des layettes.
- 63 A. Teulet, Layettes…, op. cit., t. 1 ; Id., Layettes du Trésor des chartes, t. 2 (1224-1246), Paris (...)
- 64 C.-O. Carbonell, Histoire et historiens. Une mutation idéologique des historiens français, 1865-188 (...)
25Les deux premiers volumes des Layettes du Trésor des chartes sont publiés en 1863 et 1866, puis c’est l’archiviste Joseph de Laborde qui publie le troisième volume en 1875, sous l’œil averti de L. Douët d’Arcq, promu chef de la section historique en 187363. Les Layettes correspondent à un nouveau type de travail pour ces « archivistes-historiens »64, à la frontière entre inventaires et éditions de sources. L’objectif visé par A. Teulet est en effet l’édition complète ou par extraits des documents « inédits et intéressants » du dépôt, afin de remédier aux inexactitudes de l’inventaire de P. Dupuy et T. Godefroy.
- 65 L. Douët d’Arcq, Collection de sceaux, 3 vol., Paris, 1863, 1867 et 1868.
- 66 H. Bordier, « Louis-Claude Douët d’Arcq (1808-1883) », Bibliothèque de l’École des chartes, 446 (18 (...)
- 67 L. Douët d’Arcq, Recherches historiques et critiques sur les anciens comtes de Beaumont-sur-Oise du (...)
26Entré aux Archives nationales et intégrant la section historique en 1844, L. Douët d’Arcq entreprend ses grands travaux d’éditions dans les années 1850. Parallèlement au travail de son confrère A. Teulet, il réalise l’indexation sur fiches des noms de personnes, lieux et matières d’environ 150 000 actes transcrits dans les registres du Trésor des chartes, mais également une table alphabétique sur fiches de l’ensemble des séries de la section historique (séries J à M), le fameux « fichier Douët d’Arcq ». Il se voit également confier en 1857 par Natalis de Wailly, chef de la section administrative, la direction du service des sceaux, afin de réaliser l’inventaire des moulages, qui aboutira aux trois volumes de la Collection de sceaux parus en 1863, 1867 et 186865. Son confrère Henri Bordier, qui rédigea sa nécrologie, distingue bien son travail de réalisation d’inventaires pour la section historique de son travail d’historien, bien que les deux versants du travail soient liés : « Il avait le don de saisir au passage, dans les innombrables documents qui lui passaient sous les yeux, ceux qui pouvaient fournir le sujet d’une étude piquante66. » Contrairement à A. Teulet, qui semble complètement absorbé par le travail de publication des Layettes, L. Douët d’Arcq passe davantage de temps à l’étude historique des documents et c’est en 1855 qu’il publie sa plus volumineuse étude : Recherches historiques et critiques sur les anciens comtes de Beaumont-sur-Oise du xie au xiiie siècle67.
27Ce titre est représentatif des ouvrages des archivistes-historiens de la période, attirés par :
- 68 C.-O. Carbonnell, Histoire et historiens…, op. cit., p. 257.
l’inédit plus que l’authentique. Cette âme de dénicheur, cette âme de découvreur ou de collectionneur, transparaissent à travers les titres d’ouvrages, pourtant élaborés […]. Recherches ? Disons plutôt trouvailles68.
- 69 L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, Preuves, p. 225, note (1).
28La première partie de l’ouvrage est dédiée à l’étude historique et comprend trois chapitres – sur l’histoire du comté, du lignage, puis sur la vente du comté. La seconde partie, représentant les deux tiers de l’ouvrage, est ensuite dédiée à la publication des 231 « preuves », présentées par ordre chronologique, avec des renvois vers les pages de l’étude historique s’appuyant sur les documents en question. L’ouvrage se clôt par une table chronologique des pièces et une table des noms de personne et de lieux. Cependant, cet agencement chronologique de l’ensemble des « preuves », sans critère de provenance – si ce n’est la liste des cartulaires en page 2 –, rend aujourd’hui difficile l’identification des logiques documentaires et archivistiques qui ont prévalu à la sélection du corpus. Les actes du chartrier sont publiés indépendamment les uns des autres, la priorité étant donnée, pour cette génération d’archivistes-historiens, à l’accès au contenu des documents inédits. L’inventaire du chartrier constitue la dernière « preuve » publiée du volume, incluant pour chaque item des notes renvoyant vers « les pièces que nous avons retrouvées et que nous donnons dans nos Preuves69 ». Mais l’érudit ne dit rien de l’analyse des pièces non « retrouvées », tout aussi intéressantes pour étudier la structure originelle du chartrier.
3. À la recherche d’un chartrier seigneurial
3.1. Les ajouts postérieurs à 1223 et la fossilisation du chartrier
29L’inventaire du chartrier datant du xiiie siècle, copié aux registres E puis F, nous donne la possibilité de mesurer de manière assez précise le taux de perte et de conservation des chartes, en le comparant avec la liste des pièces actuellement conservées sous la cote J//168 : sur les trente-six chartes conservées aujourd’hui, vingt et une figurent bien dans l’inventaire du xiiie siècle et quinze n’y figurent pas. À l’inverse, dix chartes de l’inventaire du xiiie siècle sont manquantes aujourd’hui.
- 70 Y. Potin et O. Guyotjeannin, « La fabrique de la perpétuité… », op. cit., p. 27.
30Le taux de conservation des chartes est donc plutôt important (plus de 50 %). Le cas d’un chartrier clôturé à son entrée au Trésor des chartes n’est pas un cas isolé, car, selon les chiffres de Y. Potin, parmi les 310 layettes identifiées par G. de Montaigu en 1370, 116 ne sont déjà plus alimentées à cette date et 75 d’entre elles ne l’étaient plus depuis 134070.
- 71 Paris, AN, J//1166, n° 7, inventaire d’Adam Boucher, cité dans A. Teulet, Layettes…, op. cit., p. x (...)
- 72 Paris, AN, J//168, n° 21-1, 21-2 et 21-3 (A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 1235, n° 1236 et n° (...)
- 73 Paris, AN, J//168, n° 22 (A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 2, n° 1572 [p. 560] ; L. Douët d’Arcq, Re (...)
- 74 Paris, AN, J//168, n° 24 (A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 2, n° 1621 [p. 18-21] ; L. Douët d’Arcq, (...)
- 75 Paris, AN, J//168, n° 28 (A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 2, n° 1923 [p. 121] ; L. Douët d’Arcq, Re (...)
- 76 Paris, AN, J//168, n° 2, AE II 181 (A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 282 [p. 115-116] ; L. Dou (...)
- 77 Paris, AN, J//168, n° 29 et 30.
31Les mentions dorsales du xive siècle, présentes systématiquement au dos de l’ensemble des chartes, nous ont permis de constater les reclassements successifs subis par le chartrier, bien qu’il soit difficile d’en établir la chronologie exacte. Même si l’inventaire du XIIIe siècle peut également être incomplet, les quinze chartes manquantes dans l’inventaire, mais présentes aujourd’hui, ont vraisemblablement été ajoutées entre le dépôt du chartrier vers 1223 et le moment où Pierre d’Étampes jusqu’à Gérard de Montaigu et ses successeurs figent la composition de la layette. L’analyse de cette dernière dans l’inventaire dit d’Adam Boucher, vu plus haut, indique que le chartrier comptait trente-huit pièces dès le début du xive siècle [AK – Litterre tangentes comitatum Bellimontis. – XXXVIII littere sigillate]71. Ces quinze chartes absentes de l’inventaire du xiiie siècle sont des actes à valeur probatoire et significatifs pour l’histoire du comté que les archivistes médiévaux ont pu logiquement ajouter au chartrier dans une logique de classement domanial : les dossiers relatifs à la succession de Guillaume de Garlande en 1217 (trois chartes72), le dossier relatif à la vente du comté de Beaumont en 1223 (cinq chartes73), la charte de franchise donnée par Louis VIII à la ville de Beaumont-sur-Oise (1228)74 et un échange entre Louis VIII et l’abbaye de Saint-Denis (1267)75. Enfin, deux chartes concernant des échanges avec l’abbaye de Saint-Martin-de-Pontoise (1177 et 1199) sont également absentes de l’inventaire initial, dont le fameux chirographe du Christ en croix, pièce remarquable ayant intégré le nouveau musée des Archives, créé par Léon de Laborde en 1867 76. On compte également trois pièces reclassées par erreur dans le chartrier : une charte concernant le seigneur de Beaumont-le-Roger et deux chartes issues du chartrier d’Alphonse de Poitiers77.
- 78 A. Teulet, Notice préliminaire en introduction à Layettes du Trésor des chartes, t. 1, p. xx.
32À partir du xviie siècle, les archivistes ne sont plus intervenus sur le classement physique des trente-six chartes de la layette78, et ces dernières ont été numérotées de manière chronologique par P. Dupuy et T. Godefroy avant d’être éditées par A. Teulet. Les remaniements du Trésor des chartes et les nombreuses strates de traitement archivistique visibles par les mentions dorsales témoignent de la fascination qu’a pu exercer ce chartrier sur les générations d’archivistes qui se sont succédé depuis la fin du Moyen Âge. L’ensemble constitué du chartrier (layette J//168) et de l’inventaire du xiiie siècle, « métadonnée » médiévale clé inscrite dans les registres, nous permet aujourd’hui de remonter au contenu originel de ce chartrier seigneurial francilien couvrant les années 1170 à 1220 environ, période d’essor de la production documentaire laïque.
Tab. 1 – Concordance entre l’inventaire du xiiie siècle et les documents aujourd’hui conservés ou manquants en J//168.
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Numéro de pièce d’après l’inventaire de Dupuy et Godefroy (documents présents aujourd’hui) — x : documents manquants aujourd’hui dans le chartrier |
Date |
Analyses des chartes présentées dans l’ordre de l’inventaire du xiiie siècle (registres E et F) |
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J//168, n° 5 |
1189 |
Notification par Hugues, abbé de Saint-Denis, et par Mathieu III, comte de Beaumont, de la concession de deux arpents du bois des Rondeaux aux hommes résidant dans l’enceinte de Beaumont (infra muros) contre plusieurs cens en avoine. Acte en latin, scellé de deux sceaux. Édité dans : A. Teulet, Layettes du Trésor des chartes, t. 1, n° 359 (p. 154) ; L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, Preuves, p. 32-33. |
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J//168, n° 1 |
1170 |
Notification par Yves, abbé de Saint-Denis, de l’accord trouvé entre son abbaye et Mathieu II, comte de Beaumont, sur plusieurs bois, terres, coutumes et hommes de Morancy et sur plusieurs fiefs. Acte en latin, scellé de deux sceaux sur lanières de cuir, chirographe. Édité dans : A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 227 (p. 97-98) ; L. Douët d’Arcq, Recherches…, ibid., Preuves, p. 18-21. |
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J//168, n° 6 |
1189 |
Copie de l’acte n° 5. Acte en latin, scellé de deux sceaux sur lanières de cuir. Édité dans : A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 359, p. 154. |
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J//168, n° 17 |
1210 |
Notification par Henri, abbé de Saint-Denis, de l’accord intervenu entre son monastère et le comte de Beaumont sur les bois de Luath, de Morvillle et sur les revenus de Presles, Prérolles et Courcelles. Acte en latin, scellé de deux sceaux sur cordon de coton, chirographe. Édité dans : A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 938, p. 356 ; L. Douët d’Arcq, Recherches…, op. cit., Preuves, p. 73-74. |
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J//168, n° 31 |
sans date (vers 1153) |
Notification par Eudes, abbé de Saint-Denis, de l’accord trouvé entre l’abbaye et Mathieu II, comte de Beaumont, sur la mise en valeur d’un étang situé à Fontaine Béhu, près de Maffliers. Acte en latin, scellé de deux sceaux, chirographe. Édité dans : A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 134 (p. 71-73) ; L. Douët d’Arcq, Recherches…, ibid., Preuves, p. 10-12. |
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J//168, n° 20 |
1217 |
Notification par Henri, abbé de Saint-Denis, de l’accord trouvé entre son monastère et Jean, comte de Beaumont, sur leurs usages respectifs dans les bois de Fairidel et dans le district de Maffliers. Acte en latin, scellé de deux sceaux, chirographe. Édité dans : A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 1231 (p. 446) ; L. Douët d’Arcq, Recherches…, ibid., Preuves, p. 77. |
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x |
date inconnue |
Notification de l’abbé de Saint-Martin de Pontoise d’un don de Philippe, frère du comte de Beaumont, à l’abbaye. |
|
J//168, n° 10 |
1200 |
Notification de Pierre, abbé de Saint-Vincent de Senlis, de la vente par son abbaye de trois novelles de terre arables situées à Jouy-le-Comte et d’une vigne à Mathieu III, comte de Beaumont. Acte en latin, initialement scellé de deux sceaux, un sceau manquant. Édité dans : A. Teulet, Layettes…, op. cit., t. 1, n° 607 (p. 224) ; L. Douët d’Arcq, Recherches…, op. cit., Preuves, p. 42-43. |
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reclassé dans : J//460, n° 6 |
1206 |
Notification d’Eudes de Sully, évêque de Paris, du don de Mathieu III, comte de Beaumont, d’un lieu situé à Paris vis-à-vis l’église de Saint-Denis de la Châtre, appelé la chapelle Sainte-Catherine, pour se racheter de son vœu de croisé. Original : Paris, Archives nationales, J//460, n° 6. Édité dans : L. Douët d’Arcq, Recherches…, ibid., Preuves, p. 46-47. |
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J//168, n° 33 |
sans date (vers 1206) |
Sentence rendue par Philippe, abbé de Notre-Dame du Val, par P., son prieur et par R., prieur de Conflans-Sainte-Honorine, sur le conflit opposant Mathieu III, comte de Beaumont, et Gervais, prêtre de Saint-Denis-de-la-Chartre, sur la chapelle domestique du comte. Acte en latin, scellé de deux sceaux sur lanières de cuir, dont l’un s’est détaché. Notice dans : A. Teulet, Layettes…, op. cit., t. 1, n° 455 (p. 190). Édité dans : L. Douët d’Arcq, Recherches…, ibid., Preuves, p. 45. |
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J//168, n° 3 |
1180 |
Confirmation par le roi de France, Philippe II, de la donation par Ediève de Mouchy-le-Châtel du fief de Plessis-Godard à Mathieu III, comte de Beaumont, contre un cens annuel de 15 sous. Acte en latin, scellé de cire blanche sur lanière de cuir, monogramme royal. Analyse dans : A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 302 (p. 128). Édité dans : L. Douët d’Arcq, Recherches…, ibid., Preuves, p. 35. |
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J//168, n° 4 |
1180 |
Donation par Ediève de Mouchy-le-Châtel du Plessis-Godard à Mathieu III, comte de Beaumont, contre un cens annuel de 15 sous parisis, à remettre à son prévôt de Mouchy. Acte en latin, scellé sur lanière de cuir. Analyse dans : A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 301 (p. 128). Édité dans : L. Douët d’Arcq, Recherches…, ibid., Preuves, p. 34. |
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reclassé dans : J//231, n° 2 |
1199 |
Notification du roi de France, Philippe II, d’un accord entre Mathieu III, comte de Beaumont, et Henri, abbé de Saint-Denis, sur une maison fortifiée que ce dernier faisait construire à la Morlaye. Original : Paris, Archives nationales, J//231, n° 2. Édité dans : L. Douët d’Arcq, Recherches…, ibid., Preuves, p. 42. |
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J//168, n° 8 |
1191 |
Donation par le roi de France, Philippe II, à Mathieu III, comte de Beaumont, des fiefs d’Attanvillle et de Ronquerolles, en augmentation de son fief de Beaumont-sur-Oise, afin qu’il appartienne au douaire de la comtesse Aliénor. Acte en latin, scellé de cire blanche sur lanière de cuir, attaches de lin sur chaque côté du revers de l’acte et repli de tissu cousu au sommet de la charte. Édité dans : A. Teulet, Layettes…, op. cit., t. 1, n° 397 (p. 169) ; L. Douët d’Arcq, Recherches…, ibid., Preuves, p. 35-36. |
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J//168, n° 12 |
1205 |
Notification par Gilles de Hodan de la vente, avec l’accord des siens, de tout ce qu’il possédait à Méru et dans sa châtellenie, à Mathieu III, comte de Beaumont. Acte en latin, scellé sur lanière de cuir, attaches de lin et de cuir sur chaque côté du revers de l’acte. Analyse dans : A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 793 (p. 300). Édité dans : L. Douët d’Arcq, Recherches…, ibid., Preuves, p. 37. |
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J//168, n° 18 |
1206 |
Approbation par Euphémie, sœur de Gilles de Hodan, de la vente de tout ce que ce dernier possédait à Méru à Mathieu III, comte de Beaumont. Acte en latin, scellé sur lanière de cuir. Édité dans : A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 818 (p. 308) ; L. Douët d’Arcq, Recherches…, ibid., Preuves, p. 37. |
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J//168, n° 13 |
1205 |
Aveu d’hommage-lige par Anseau, seigneur de l’Isle-Adam, à Mathieu III, comte de Beaumont, sur les différents fiefs qu’il tient de ce dernier. Acte en latin, scellé sur lanières de cuir. Édité dans : A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 792 (p. 299-300) ; L. Douët d’Arcq, Recherches…, ibid., Preuves, p. 43-44. |
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x |
date inconnue |
Notification de Raoul de Nesle, comte de Soissons, d’un accord entre le comte de Beaumont et le seigneur de Montmorency sur le fait qu’aucun des deux ne pourra faire construire de forteresse entre Beaumont et Montmorency. |
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J//168, n° 15 |
1206 |
Notification par Mathieu III, comte de Beaumont et Anseau, seigneur de l’Isle-Adam, de l’accord trouvé entre eux au sujet du droit de travers entre l’Isle-Adam et Nesle. Acte en latin, scellé de deux sceaux sur lanières de cuir, chirographe. Édité dans : A. Teulet, Layettes…, op. cit., t. 1, n° 816 (p. 307) ; L. Douët d’Arcq, Recherches…, op. cit., Preuves, p. 45. |
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J//168, n° 7 |
1189 |
Notification par Hugues, vicomte de Châteaudun, de son rachat des fiefs détenus par son cousin, Philippe de Beaumont, et qui lui venaient de sa mère, la tante d’Hugues de Châteaudun. 400 livres angevines sont versées au comte, et une rente de 100 sous de la monnaie circulant à Châteaudun y sera assignée. L’acte est de la main de Geoffroy, scribe du vicomte. Acte en latin, scellé, attaches de lin sur chaque côté du revers de l’acte, chirographe. Édité dans : A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 360 (p. 155) ; L. Douët d’Arcq, Recherches…, ibid., Preuves, p. 66-67. |
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J//168, n° 16 |
1207 |
Sentence rendue par Raoul, abbé de Saint-Martin-aux-Jumeaux, de Raoul, archidiacre de Ponthieu et de Manassès, chancelier de l’église d’Amiens, juges délégués par le pape à l’affaire qui divisait les Templiers et le comte de Beaumont, sur une aumône assignée par deux frères, Thibaud et Robert de Vineseuil, sur le fief de Vineseuil. Acte en latin, scellé de trois sceaux sur lacs de soie, chirographe. Analyse dans : A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 838 (p. 313). Édité dans : L. Douët d’Arcq, Recherches…, ibid., Preuves, p. 41. |
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J//168, n° 11 |
1202 |
Notification de l’accord entre Mathieu III, comte de Beaumont, et Mathieu de Montmorency sur le péage dû par les hommes du comte sur les terres de Mathieu de Montmorency. Acte en latin, scellé de deux sceaux sur lanières de cuir. Analyse dans : A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 660 (p. 239). Édité dans : L. Douët d’Arcq, Recherches…, ibid., Preuves, p. 43. |
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x |
date inconnue |
Notification d’un accord entre Mathieu III, comte de Beaumont, et Guillaume d’Anet, sur les bois du Val-Saint-Germain. |
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J//168, n° 34 |
sans date (avant 1177) |
Notification par Jean de Hodan de la vente à Mathieu II, comte de Beaumont, des bois de Méru ainsi que de son moulin, pour 100 livres beauvaisiennes. Il y conserve néanmoins plusieurs usages. Acte en latin, scellé. Notice dans : A. Teulet, Layettes…, op. cit., t. 1, n° 272 (p. 112). |
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x |
date inconnue |
Acte de Guy, Bouteiller de Senlis, sur les parts de bois partagés avec Jean, comte de Beaumont, à Coye-la-Forêt. |
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J//168, n° 19 |
1218 |
Notification par Payen de Franconville, avec l’accord de sa femme Régine et de ses enfants, du bois de la Senne, à Jean, comte de Beaumont. Acte en latin, scellé. Analyse dans : A. Teulet, Layettes…, op. cit., t. 1, n° 1329 (p. 474). Édité dans : L. Douët d’Arcq, Recherches…, op. cit., Preuves, p. 83. |
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x |
date inconnue |
Acte de Guillaume de Mello qui cède au comte de Beaumont une partie de ses droits féodaux sur le domaine de Coye-la-Forêt. |
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x |
date inconnue |
Acte du comte de Beaumont-sur-Oise sur un don fait à Payen de Presles. |
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x |
date inconnue |
Acte de Simon d’Aneth sur le tiers des bois du Val-Saint-Germain appartenant au comte de Beaumont. |
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x |
date inconnue |
Acte de Guy, Bouteiller de Senlis, sur l’échange des moulins de Coye-la-Forêt avec Jean, comte de Beaumont. |
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J//168, n° 25 |
1220 |
Notification par Jean, comte de Beaumont et seigneur de Luzarches, que si l’un des deux seigneurs de Luzarches recevait la maison de Mareil pour son service, il devrait la rendre fortifiée ainsi qu’il l’a trouvée, à son seigneur. Acte en latin, scellé. Édité dans : A. Teulet, Layettes…, op. cit., t. 1, n° 1398 (p. 499-500) ; L. Douët d’Arcq, Recherches…, op. cit., Preuves, p. 83-84. |
3.2. Les vassaux comtaux au regard de leurs chartes
- 79 J. Baldwin, « The aristocraty of the Paris region during the reign of Philip Augustus, 1179-1223 – (...)
- 80 P. Bertrand, « À propos de la révolution de l’écrit (xe-xiiie siècle). Considérations inactuelles » (...)
33Comme l’a déjà bien montré J. Baldwin, les historiens de l’aristocratie et de la féodalité du nord de la France se trouvent confrontés à des lacunes dans la documentation79. Les relations entre le comte et ses vassaux sont en effet plus faciles à étudier par le prisme de la documentation ecclésiastique que par les actes féodaux entre laïcs, rares avant le tournant des xiie-xiiie siècles, période de la progressive « révolution de l’écrit »80.
- 81 Paris, AN, J//168, n° 1.
- 82 Paris, AN, J/ 168, n° 31.
34L’histoire des comtes de Beaumont-sur-Oise s’écrit, en effet, majoritairement grâce aux actes copiés dans les cartulaires des établissements ecclésiastiques. Il s’agit surtout de donations aux établissements religieux par le comte ou ses vassaux et des accords réglant des conflits fonciers, compilés principalement dans les cartulaires de l’abbaye de Saint-Martin-des-Champs, dont dépend le prieuré Saint-Léonor de Beaumont-sur-Oise, de Saint-Martin de Pontoise et de l’abbaye de Saint-Denis. Parmi les dix actes ecclésiastiques présents dans l’inventaire du chartrier, six sont des notifications d’accords avec l’abbaye de Saint-Denis venant enrichir les actes présents dans le cartulaire de l’établissement. Ces notifications conservées par le comte témoignent d’une alternance de conflits et d’accords sur la répartition du patrimoine foncier, reflétant la difficile cohabitation des seigneuries laïques et ecclésiastiques qui se chevauchent sur le comté. L’accord de 1170 entre Mathieu II et Ives, abbé de Saint-Denis, est ainsi particulièrement important, car il indique les biens tenus en fief de l’abbaye par le comte de Beaumont et, notamment, la tour du château de Beaumont (turrim castri Bellomonte)81. Le comte tient de l’abbaye un grand nombre de localités et de droits avec des domaines boisés et opère des défrichements pour fonder des villages neufs, sources de nouveaux revenus, comme pour le village de Saint-Martin-du-Tertre qu’il demande à construire vers 1153 dans l’acte le plus ancien du chartrier82. Ces deux actes sont des chirographes, ou charte-partie, dont seules les parties revenant au comte ont été conservées, dans un contexte de mise à l’écrit des coutumes avec une exigence d’authentification et de validation très forte.
- 83 J. Baldwin, Philippe Auguste et son gouvernement…, op. cit., p. 516.
- 84 Y. Potin et O. Guyotjeannin, « La fabrique de la perpétuité… », op. cit., p. 22.
35Si ces deux chartes les plus anciennes datent de 1153 environ, puis de 1170, c’est surtout à partir des années 1180 que les comtes commencent à conserver de manière plus systématique leurs chartes et que les vassaux comtaux émettent leurs propres actes, reflétant le développement d’une diplomatique laïque. Comme le souligne J. Baldwin, ce chartrier est en effet particulièrement intéressant aux yeux des historiens, car il contient quelques chartes antérieures à 119483, date à partir de laquelle la chancellerie royale semble commencer à conserver originaux et/ou copie des actes : « Seules 400 pièces environ antérieures à 1190 sont présentes dans le Trésor des chartes aujourd’hui84. »
36Une rupture dans le corpus de sources sur le comté de Beaumont-sur-Oise semble coïncider avec le changement de pouvoir du comte Mathieu Ier (1090-1151), qui apparaît essentiellement dans les diplômes royaux du fait de son accession à la charge de chambrier en 1138, à Mathieu II (1151-1174), à partir duquel les chartes comtales se multiplient véritablement dans les cartulaires des établissements religieux. Sous Mathieu III (1176-1208) puis Jean de Beaumont (1209-1223), la documentation se diversifie grâce au chartrier comtal, qui apporte une intéressante série de chartes comtales et de vassaux comtaux concernant des transactions entre laïcs, des affaires féodales variées – hommages, concessions de fiefs –, sur lesquelles nous nous arrêterons maintenant plus spécifiquement.
- 85 Paris, AN, J//168, n° 4, 7, 11, 12, 13, 15, 18, 19, 25 et 34.
- 86 Paris, AN, J//168, n° 4.
37Les actes laïcs conservés dans le chartrier émis par le comte, ses vassaux et des seigneurs voisins sont des transactions avec ce dernier (ventes, donations) et des affaires féodales nous donnant des informations sur l’usage des titulatures, la nature des fiefs et ce que les vassaux en font85. On trouve d’abord des donations et ventes de fiefs ou parties de fiefs au comte. En 1180, Ediève, dame de Mouchy-le-Châtel (domina), donne au comte Mathieu III le Plessis-Godard contre un revenu de quinze sols annuels, ainsi que tout ce qu’il voudra au Belay et au Déluge (fig. 8)86. Ici, la nature du fief change, la feudataire préférant à ses possessions foncières des revenus en argent.
Fig. 8 – Donation d’Ediève de Mouchy-le-Châtel à Mathieu III, comte de Beaumont-sur-Oise (1180). Acte en latin, scellé sur lanière de cuir, 14,5 x 12 cm. Paris, Archives nationales, J//168, n° 4.
- 87 Paris, AN, J//168, n° 3.
38Cette donation est ensuite confirmée à la demande de la dame par Philippe Auguste qui parle du « fief » (feodum) du Plessis-Godard 87. Cette confirmation par le roi souligne également l’intervention très administrative et la tutelle de la figure royale dans le comté, ces interventions pour des petites affaires féodales étant de plus en plus nombreuses à partir du xiiie siècle, annonçant déjà l’emprise féodale du roi sur les seigneurs d’Île-de-France. Il affirme sa suzeraineté, s’imposant de manière croissante dans le comté, jusqu’aux plus petits vassaux comtaux, chevaliers de villages portant progressivement et plus largement le titre de dominus.
- 88 Paris, AN, J//168, n° 12.
- 89 Paris, AN, J//168, n° 18.
39En 1205, Gilles de Hodan vend à Mathieu III tout ce qu’il possède à Méru et dans cette châtellenie, en fief et en domaine, bois champs et villages88. Dans une autre charte extrêmement courte, sa sœur, Vifamme, confirme la vente, nommant son frère dominus (fig. 9)89. Ce terme est donc utilisé par de petits vassaux avec la mention d’un dominium villageois.
Fig. 9 – Approbation par Euphémie, sœur de Gilles de Hodan, de la vente de tout ce que ce dernier possédait à Méru à Mathieu III, comte de Beaumont-sur-Oise (1206). Acte en latin, scellé sur lanière de cuir. Paris, Archives nationales, J//168, n° 18.
- 90 Paris, AN, J//168, n° 8.
- 91 Paris, AN, J// 168, n° 34.
40L’administration écrite est de plus en plus performante et les chartes documentant ces affaires féodales sont de plus en plus nombreuses et de format réduit, sur le modèle de cette charte issue de la chancellerie royale, d’une donation par Philippe Auguste de deux fiefs à Mathieu III (fig. 10)90. Le chartrier contient également une charte de Jean de Hodan, fils de Gilles, qui avait déjà vendu au comte Mathieu II son bois de Méru ainsi qu’un moulin91.
Fig. 10 - Donation par Philippe Auguste des fiefs d’Attainville et Ronquerolles à Mathieu III, comte de Beaumont-sur-Oise (1191). Acte en latin, scellé de cire blanche sur lanière de cuir, attaches de lin sur chaque côté du revers de l’acte et repli de tissu cousu au sommet de la charte, 12 x 5 x 6 cm. Paris, Archives nationales, J//168, n° 8.
- 92 Paris, AN, J//168, n° 13.
41Ces chartes nous permettent également de documenter la pratique de l’hommage lige, qui apparaît dans la documentation à cette période, porté uniquement par les plus grands vassaux comtaux, comme le seigneur de L’Isle-Adam (cf. fig. 11)92. Ce dernier a épousé Alice, sœur du comte Mathieu III, confortant sa position de puissant seigneur renforcée par cet hommage lige en 1205, dans lequel Ansel II se dit, avec ses successeurs, homines ligii du comte de Beaumont, à travers qui il doit également fidélité au roi de France – salva fidelitete domini regis Francie.
Fig. 11 – Aveu d’hommage lige par Anseau, seigneur de L’Isle-Adam, à Mathieu III, comte de Beaumont-sur-Oise, sur les différents fiefs qu’il tient de ce dernier (1205). Acte en latin, scellé sur lanières de cuir, 20 x 10 cm. Paris, Archives nationales, J//168, n° 13.
- 93 L. Douët d’Arcq, Collection de sceaux…, op. cit., n° 2449.
42La relation de vassalité est d’autant plus soulignée symboliquement par la différence de taille des sceaux des deux seigneurs, celui de Mathieu III étant presque deux fois plus grand que celui d’Ansel93.
- 94 Paris, AN, J//168, n° 4 et 18.
- 95 L. Douët d’Arcq, Collection de sceaux…, op. cit., n° 2859 ; J.-L. Chassel, Sceaux et usages de scea (...)
- 96 L. Douët d’Arcq, Collection de sceaux…, op. cit., n° 3578.
43Les chartes sont conservées quasi systématiquement avec leurs sceaux, permettant d’étudier les pratiques de scellement de l’aristocratie laïque francilienne et, notamment, des femmes feudataires et des plus petits vassaux, comme en témoignent ces deux chartes émises par une domina94, les femmes de seigneurs commençant à sceller dans le second tiers du xiie siècle (cf. fig. 8 et 9). La première comporte le sceau d’Ediève, dame de Mouchy-le-Châtel, assez imposant, orné d’une fleur de lys, symbole de la continuité dynastique, avec une forme arrondie et non pas en navette comme c’est généralement l’usage pour les femmes95. Sur le second, Vifamme, sœur du seigneur Gilles de Hodan, se fait représenter de pied en navette avec la robe à longues manches pendantes et la coiffe, s’inscrivant ainsi dans les habitudes de scellement des femmes de l’aristocratie96.
3.3. Un inventaire pour constater l’absence d’archives : un éclairage pour l’étude des vassaux comtaux à un moment de vide documentaire ?
44Dans le tableau ci-dessous, nous avons réalisé une synthèse de la constitution du chartrier tel qu’il se présente aujourd’hui en J//168, au regard de l’inventaire du xiiie siècle du registre E, considéré comme la structure originelle du chartrier, en distinguant les chartes passées avec les établissements ecclésiastiques de celles passées avec les laïcs.
Tab. 2 – Composition du chartrier actuel (J//168) et de l’inventaire du xiiie siècle (registres E et F).
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Nombre de chartes présentes dans l’inventaire du xiiie siècle et conservées |
Nombre de chartes manquantes aujourd’hui, mais présentes dans l’inventaire du xiiie siècle |
Nombre de chartes absentes de l’inventaire du xiiie siècle, mais présentes aujourd’hui |
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Passées avec l’Église |
8 |
2 (dont une déplacée en J//460) |
8 |
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Passées entre laïcs |
11 |
7 |
3 |
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Chartes royales |
2 |
1 (déplacée en J//231) |
1 |
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Extérieures au chartrier (sans lien avec Beaumont-sur-Oise) |
3 |
- 97 L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, op. cit., Preuves, p. 42.
- 98 L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, ibid., Preuves, p. 46-47.
- 99 Cergy-Pontoise, Archives départementales du Val-d’Oise, 9H, carton Demay ; J. Depoin (éd.), Cartula (...)
- 100 Paris, AN, J//168, n° 9.
45Si l’on s’arrête sur les dix chartes présentes dans l’inventaire du xiiie siècle, mais manquantes aujourd’hui dans le chartrier, on s’aperçoit que les deux chartes d’ecclésiastiques et la charte royale ont été reclassées ailleurs dans le Trésor des chartes, certainement au xive siècle : la treizième charte de l’inventaire a été reclassée dans la partie « Picardie » des « Gouvernements » (J//231, n° 2)97, tandis que la neuvième est une charte de l’évêque de Paris se trouvant dans les « Mélanges » (J//460, n° 6)98. Il est également possible que la septième charte de l’inventaire, une charte de l’abbé de Saint-Martin de Pontoise sur un échange que Philippe, frère du comte, a fait avec l’abbaye, soit en lien avec une charte de donation de ce même Philippe d’un muid de blé à Belle-Église se trouvant dans le cartulaire de l’abbaye, non datée, mais certainement passée dans les années 1190 – inconnue de L. Douët d’Arcq99. L’accord du comte Mathieu III avec l’abbaye de Saint-Martin de Pontoise en 1199, reclassé postérieurement dans le chartrier, évoque d’ailleurs ce don de Philippe de Beaumont100.
46Néanmoins, nous ne sommes pas encore parvenus, à ce stade de la recherche, à retrouver les sept autres chartes passées entre laïcs. Il est toutefois important de constater que, d’après l’inventaire du xiiie siècle, le chartrier était constitué à l’origine d’un nombre plus important de chartes passées entre laïcs qu’avec les établissements religieux – vingt et un contre dix. Bien que non datées, les mentions de ces sept chartes manquantes passées entre laïcs permettent de faire grossir significativement le petit corpus d’actes produits par des vassaux comtaux avant 1223.
- 101 Paris, AN, S//189, n° 8 ; L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, op. cit., Preuves, p. 4.
47Le contenu des sept chartes mentionnées dans l’inventaire du xiiie siècle est assez divers, mettant en scène de petits et grands vassaux comtaux. On y trouve les chartes de deux chevaliers de villages (milites) : une vente de Payen de Franconville, membre d’une famille de vassaux que l’on retrouve depuis 1220, ainsi qu’une charte comtale relative à un don de Payen de Presles, fils d’Adam de Presles, chevalier, que l’on retrouve par ailleurs dans une charte de 1110101. Une série de quatre autres chartes nous donne des informations sur les terres des comtes de Beaumont acquises en dehors du comté par des échanges avec de puissants seigneurs : deux chartes sont émises par Guy, bouteiller de Senlis, co-seigneur de Luzarches, avec les comtes de Beaumont depuis le début du xiie siècle, à propos des parts de bois et des moulins partagés avec Jean de Beaumont à Coye-la-Forêt. Dans un troisième acte, Guillaume de Mello cède au comte une partie de ses droits féodaux sur ce même domaine de Coye-la-Forêt. On apprend également, par deux chartes de Guillaume et Simon d’Anet, sûrement passées sous Mathieu III (1176-1208), que ce dernier possède un tiers des bois du Val-Saint-Germain sur les terres des seigneurs d’Anet (en actuelle Essonne). La septième charte est particulièrement intéressante, car émise par le comte de Soisson, Raoul de Nesle, à propos d’un accord entre le comte de Beaumont et le seigneur de Montmorency sur le fait qu’aucun d’entre eux ne pourra faire construire de forteresse entre Beaumont et Montmorency. Le contenu de la charte manquante nous éclairerait encore davantage sur la nature des relations entre ces puissants seigneurs du réseau aristocratique et matrimonial francilien, tous deux proches vassaux du roi de France, présents côte à côte en tant que signataires des actes royaux depuis le xie siècle et en tant qu’acteurs de nombreux actes de l’abbaye de Saint-Denis, avec qui le seigneur de Montmorency entre également régulièrement en conflit.
- 102 J.-F. Nieus, « Des “archives de famille”… », op. cit., p. 241.
- 103 J.-F. Nieus, « Des seigneurs sans chancellerie ? Pratiques de l’écrit documentaire chez les comtes (...)
48Ainsi, comme l’a souligné J.-F. Nieus pour le chartrier des seigneurs de Béthune, un ensemble documentaire comme le chartrier des comtes de Beaumont-sur-Oise nous « apporte un correctif spectaculaire aux chartriers monastiques dont le médiéviste doit généralement faire son pain102 », en nous apportant des informations sur les relations avec les vassaux comtaux, le fonctionnement des fiefs, de l’hommage et en précisant l’organisation du réseau vassalique dans le comté. Cependant, la clôture du chartrier en 1223 ne nous permet pas d’opérer une étude systématique et complète de l’encadrement des pratiques féodo-vassaliques par l’écrit en cette fin du xiie et du début du xiiie siècle, les documents de gestion de l’administration royale prenant désormais le pas sur la production documentaire seigneuriale. Pourtant, les pratiques d’archivage des comtes de Beaumont-sur-Oise semblent bien s’inscrire dans la chronologie établie par J.-F. Nieus pour les seigneurs du nord de la France, pour lesquels l’émergence d’une mémoire écrite se fait entre 1150 et 1250103.
4. Conclusion
- 104 J.-F. Nieus, « Des “archives de famille”… », op. cit., p. 236-237.
49Le chartrier des comtes de Beaumont-sur-Oise nous offre ainsi un éclairage particulièrement intéressant sur la période d’essor de la production documentaire laïque et sur la conservation des archives d’un seigneur-comte d’Île-de-France aux xiie-xiiie siècles. C’est un ensemble documentaire particulièrement bien conservé, qui a vite été « fossilisé » en tant que chartrier « seigneurial » et « féodal » en intégrant les Archives royales. C’est un destin qu’il partage avec d’autres chartriers seigneuriaux du nord de la France, comme celui des seigneurs de Béthune, qui a intégré les archives du comte de Flandre, plus imposant et dont les chartes ont été progressivement dispersées dans différents dépôts d’archives104. Le « chartrier » des comtes de Beaumont-sur-Oise est donc aujourd’hui une source historique et un objet archivistique particulièrement complexe, ayant perdu son état organique, mais gardant en son sein les traces de ses reconfigurations successives. Il renvoie tout autant à la temporalité de la production documentaire et archivistique des xiie-xiiie siècles qu’à celle de la plus longue « mise en archives » du Trésor des chartes, terreau de nouvelles ambitions historiographiques au xixe siècle. Ces différentes clés de lecture, historique, archivistique et historiographique, viennent ainsi s’enrichir mutuellement pour affiner la connaissance de l’histoire des comtes et du comté de Beaumont-sur-Oise.
Notes
1 J.-F. Nieus, « Des “archives de famille” en France du nord au Moyen Âge central : le chartrier des seigneurs de Béthune, 1160-1260 », in V. Lamazou-Duplan (éd.), Les archives familiales dans l’Occident médiéval et moderne – Trésor, arsenal, mémorial, Madrid, 2021, p. 235-246 (n. 7, p. 236).
2 Cet article fait suite à deux mémoires de master portant sur les comtes et le comté de Beaumont-sur-Oise du xie au xive siècle, rédigés sous la direction de Dominique Barthélemy (Sorbonne Université, 2019-2021). Par la suite, ma pratique d’archiviste m’a poussée à revenir plus spécifiquement sur la mise en archives de ce chartrier comtal et sur son usage par les historiens au XIXe siècle.
3 Citons néanmoins ces synthèses récentes sur les seigneurs d’Île-de-France qui s’intéressent aux comtes de Beaumont-sur-Oise : N. Civel, La fleur de France. Les seigneurs d’Île-de-France au xiie siècle, Turnhout, 2006 ; P. Thuillot, Les châtellenies au nord du bassin parisien, du xe au xiiie siècles : étude sur les cadres institutionnels et les lieux de pouvoir, sur la société aristocratique (princes, comtes et chevaliers), Université Paris-Est, 2019.
4 J. Depoin, Les comtes de Beaumont-sur-Oise et le prieuré de Conflans-Sainte-Honorine, Pontoise, 1915.
5 L. Douët d’Arcq, Recherches historiques et critiques sur les anciens comtes de Beaumont-sur- Oise du xie au xiiie siècle, Amiens, 1855.
6 P. Contamine et L. Vissière (dir.), Les chartriers seigneuriaux : défendre ses droits, construire sa mémoire, xiiie-xxie siècle, Paris, 2010.
7 J. Morsel, « En guise d’introduction : les chartriers entre “retour aux sources” et déconstruction des objets historiens », in P. Contamine et L. Vissière (dir.), Les chartriers seigneuriaux, ibid., p. 11 ; J. Morsel, « Du texte aux archives : le problème de la source », Bulletin du Centre d’études médiévales d’Auxerre, hors-série n° 2, 2008, p. 37-38.
8 E. Anheim et O. Poncet, « Fabrique des archives, fabrique de l’histoire », Revue de synthèse, 125 (2004), p. 1-12.
9 Citons notamment : J. Morsel, « Les sources sont-elles “le pain de l’historien” ? », Hypothèses, 7 (2004), p. 271-286 ; Id., « Le médiéviste, le lignage et l’effet de réel – La construction du Geschlecht par l’archive en Haute-Allemagne à partir de la fin du Moyen-Âge », Revue de synthèse, 125 (2004), p. 83-110 ; Id., « Traces ? Quelles traces ? Réflexions pour une histoire non passéiste », Revue historique, 680 (2016), p. 813-868.
10 O. Guyotjeannin, « Les méthodes de travail des archivistes du roi de France (xiiie-début xvie s.) », Archiv für Diplomatik, Schriftgeschichte, Siegel- und Wappenkunde, 42 (1996), p. 259-373 ; O. Guyotjeannin et L. Morelle, « Tradition et réception de l’acte médiéval : jalons pour un bilan des recherches », Archiv für Diplomatik, Schriftgeschichte, Siegel- und Wappenkunde, 53 (2007), p. 367-403 ; O. Guyotjeannin, « Super omnes thesauros rerum temporalium : les fonctions du Trésor des chartes du roi de France (xive-xve siècle) », in K. Fianu et D. J. Guth (éd.), Écrit et pouvoir dans les chancelleries médiévales : espace français, espace anglais, Louvain-la-Neuve, 1997, p. 109-132 ; Y. Potin, La mise en archives du Trésor des chartes (xiiie-xixe siècle), thèse de l’École des chartes, 2007.
11 Voir également : B. Galland, « La participation de l’archiviste à la recherche historique : un rôle à redéfinir ? », La gazette des archives, 204 (2006), p. 211-232 ; O. PONCET, « Archives et histoire : dépasser les tournants », Annales. Histoire, Sciences sociales, 2019/3, p. 711-743.
12 O. Guyotjeannin, « Les méthodes de travail… », op. cit., p. 296.
13 N. Civel, La fleur de France…, op. cit., p. 124 ; J. Baldwin, Philippe Auguste et son gouvernement. Les fondations du pouvoir royal en France au Moyen Âge, Paris, 1990 [1986], p. 432-433.
14 J. Baldwin, Philippe Auguste…, ibid., p. 430.
15 Y. Potin, « La royauté française et la science des archives à la fin du Moyen Âge », in Trésor, écrits, pouvoirs. Archives et bibliothèques d’état en France à la fin du Moyen Âge, Paris, 2020, p. 143-144.
16 Paris, Archives nationales [désormais abrégé AN], JJ//26. Cartulaire de Philippe Auguste dit Registrum Guarini (registre E selon la classification de L. Delisle, Catalogue des actes de Philippe-Auguste, Paris, 1856).
17 O. Guyotjeannin, « Les méthodes de travail… », op. cit., p. 301-302.
18 Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits [désormais abrégé BnF], Latin 9778 (registre F selon la classification de L. Delisle, Catalogue des actes…, op. cit. Coté n° 9852 à la Bibliothèque impériale dans L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, op. cit.).
19 Paris, AN, JJ//26, fol. 14r° ; Paris, BnF, Latin 9778, fol. 9r° ; L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, ibid., Preuves, p. 102-103, d’après le registre F ; J. Baldwin, Les registres de Philippe Auguste, Paris, 1992, n° 90 (p. 530-531).
20 Paris, AN, JJ//26, fol. 15r° ; Paris, BnF, Latin 9778, fol. 10r° ; L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, ibid., Preuves, p. 225-227, d’après le registre F.
21 Paris, AN, JJ//26, fol. 15v° ; Paris, BnF, Latin 9778, fol. 10v° ; L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, ibid., p. cxxiv, d’après le registre F ; J. Baldwin, Les registres…, op. cit., n° 78 (p. 433).
22 L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, ibid., p. cxxiv.
23 Paris, AN, J//26, fol. 222v° ; Paris, BnF, Latin 9778, fol. 179v° ; L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, ibid., Preuves, p. 105-106, d’après le registre F ; J. Baldwin, Les registres…, op. cit., n° 91 (p. 531).
24 J. Baldwin, Philippe Auguste et son gouvernement…, op. cit., p. 432.
25 J. Baldwin, « Les premiers registres capétiens, de Philippe Auguste à Louis IX », in X. Hermand, J.-F. Nieus et E. Renard (dir.), Décrire, inventorier, enregistrer entre Seine et Rhin au Moyen Âge, Paris, 2012, p. 110.
26 Paris, AN, JJ//1022, n° 3. J. de Laborde, Layettes du Trésor des chartes [1247 à 1260], Paris, 1875, p. iv ; J. Baldwin, Philippe Auguste et son gouvernement…, op. cit., p. 653-654, n. 37.
27 Y. Potin, « Archives en sacristie. Le trésor est-il un bâtiment d’archives ? Le cas du “Trésor des chartes” des rois de France (xiiie-xixe siècle) », Livraisons d’histoire de l’architecture, 10 (2005), p. 65-85.
28 L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, op. cit., Preuves, p. 225-227, d’après le registre F.
29 J. Baldwin, Philippe Auguste et son gouvernement…, op. cit., p. 516 : l’auteur date la copie de cet inventaire du règne de Louis IX.
30 L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, op. cit., Preuves, p. 225, d’après la note (1).
31 O. Guyotjeannin, « Les méthodes de travail… », op. cit., p. 302.
32 J. Baldwin, Philippe Auguste et son gouvernement…, op. cit., p. 654, n. 37.
33 Paris, AN, L//1541 et L//1542 ; H. Omont, « Cartulaire de l’hôpital de l’abbaye du Val Notre-Dame au diocèse de Paris (xiiie siècle) », Mémoires de la Société d’histoire de Paris et de l’Île-de-France, 30 (1903) ; M. Helias-Baron, « Le travail de Gaignères sur les archives du Val Notre-Dame. Une porte d’entrée sur un chartrier bien conservé », Les cahiers de l’École du Louvre, 21 (2023), p. 1-2.
34 Paris, AN, J//168, n° 12.
35 Paris, AN, J//168, n° 13.
36 Paris, AN, J//168, n° 15.
37 Paris, AN, J//168, n° 33.
38 Paris, AN, J//168, n° 16.
39 Paris, AN, J//168, n° 11.
40 O. Guyotjeannin, « Les méthodes de travail… », op. cit., p. 315-316.
41 Paris, AN, JJ//26, fol. 16r°.
42 Paris, BnF, Latin 9778, fol. 11.
43 Y. Potin et O. Guyotjeannin, « La fabrique de la perpétuité. Le Trésor des chartes et les archives du royaume (xiiie-xixe siècles) », Revue de synthèse, 125 (2004), p. 25.
44 Y. Potin, « La royauté française… », op. cit., p. 145.
45 C. Cavillon, « Les inventaires du Trésor des chartes et de la Chambre des comptes à l’époque moderne », La gazette des archives, 166 (1994), p. 287.
46 Paris, AN, J//1166, n° 4, inventaire sommaire de Pierre d’Étampes, cité dans A. Teulet, Layettes du Trésor des chartes, t. 1 (755-1223), Paris, 1863, p. xxvii.
47 Paris, AN, J//1166, n° 7, inventaire d’Adam Boucher, cité dans A. Teulet, Layettes…, ibid., p. xxxi.
48 O. Guyotjeannin, « Les méthodes de travail… », op. cit., p. 309.
49 O. Guyotjeannin, « Les méthodes de travail… », ibid., p. 309-310.
50 O. Guyotjeannin, « Les méthodes de travail… », ibid., p. 314.
51 Y. Potin et O. Guyotjeannin, « La fabrique de la perpétuité… », op. cit., p. 30-31.
52 Paris, AN, JJ//1/25, répertoire alphabétique des layettes, cité dans A. Teulet, Layettes…, op. cit., p. xlix (« Inventaire sommaire des layettes dans l’ordre numérique établi par Gérard de Montaigu »).
53 Paris, AN, JJ//278 à JJ//280.
54 Y. Potin, La mise en archives…, op. cit. ; Y. Potin et O. Guyotjeannin, « La fabrique de la perpétuité… », op. cit., p. 38.
55 O. Guyotjeannin, « Super omnes thesauros… », op. cit., p. 115-116.
56 H.-F. Delaborde, « Étude sur la constitution du Trésor des chartes et les origines de la série des sacs dites aujourd’hui Supplément du Trésor des chartes », introduction aux Layettes du Trésor des chartes, t. 5, Paris, 1909, p. clxxxxv.
57 O. Guyotjeannin, « Les méthodes de travail… », op. cit., p. 342, n. 121.
58 A. Teulet, Layettes…, op. cit., t. 1, p. xx.
59 Terme employé par Jean-Charles Geslot dans « Génération 2, nés entre 1809 et 1819 - Les épigones », in Y. Potin et J.-F. Sirinelli (dir.), Générations historiennes, xixe-xxie siècles, Paris, 2019, p. 37.
60 L. Halphen, L’histoire en France depuis cent ans, Paris, 1914.
61 J.-C. Bedague, M. Bubenicek et O. Poncet (dir.), L’École nationale des chartes. Deux cents ans au service de l’histoire, Paris, 2020, p. 31.
62 F. Hildesheimer, « Les premières publications des archives », in Histoire de France, historiens de la France, Reims, 1993, p. 287.
63 A. Teulet, Layettes…, op. cit., t. 1 ; Id., Layettes du Trésor des chartes, t. 2 (1224-1246), Paris, 1866 ; J. de Laborde, Layettes…, op. cit.
64 C.-O. Carbonell, Histoire et historiens. Une mutation idéologique des historiens français, 1865-1885, Toulouse, 1976, p. 251.
65 L. Douët d’Arcq, Collection de sceaux, 3 vol., Paris, 1863, 1867 et 1868.
66 H. Bordier, « Louis-Claude Douët d’Arcq (1808-1883) », Bibliothèque de l’École des chartes, 446 (1885), p. 518.
67 L. Douët d’Arcq, Recherches historiques et critiques sur les anciens comtes de Beaumont-sur-Oise du xie au xiiie siècle, Amiens, 1855.
68 C.-O. Carbonnell, Histoire et historiens…, op. cit., p. 257.
69 L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, Preuves, p. 225, note (1).
70 Y. Potin et O. Guyotjeannin, « La fabrique de la perpétuité… », op. cit., p. 27.
71 Paris, AN, J//1166, n° 7, inventaire d’Adam Boucher, cité dans A. Teulet, Layettes…, op. cit., p. xxxi.
72 Paris, AN, J//168, n° 21-1, 21-2 et 21-3 (A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 1235, n° 1236 et n° 1237 (p. 447-448) ; L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, op. cit., Preuves, p. 82-83).
73 Paris, AN, J//168, n° 22 (A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 2, n° 1572 [p. 560] ; L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, ibid., Preuves, p. 108) ; J//168, n° 23 (A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 1571 [p. 560] ; L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, ibid., Preuves, p. 106-107) ; J//168, n° 26 (A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 1576 [p. 561] ; L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, ibid., Preuves, p. 109-110) ; J//168, n° 27 (A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 1696 [p. 49] ; L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, ibid., Preuves, p. 110) ; J//168, n° 32 (A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 1589 [p. 564] ; L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, ibid., Preuves, p. 106-110).
74 Paris, AN, J//168, n° 24 (A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 2, n° 1621 [p. 18-21] ; L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, ibid., Preuves, p. 170-174).
75 Paris, AN, J//168, n° 28 (A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 2, n° 1923 [p. 121] ; L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, ibid., Preuves, p. 170-174).
76 Paris, AN, J//168, n° 2, AE II 181 (A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 282 [p. 115-116] ; L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, ibid., Preuves, p. 18-21) ; Paris, AN, J//168, n° 9 (A. Teulet, Layettes…, ibid., t. 1, n° 310 [p. 210] ; L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, ibid., Preuves, p. 28-29) ; P. Bureau, Couper le corps du Christ en deux, sens et fonctions symboliques d’un chirographe figuré du xiie siècle, Paris, 2012 ; L. Morelle et C. Senséby (dir.), Une mémoire partagée : recherches sur les chirographes en milieu ecclésiastique (France et Lotharingie, xe-mi xiiie siècle), Genève, 2019.
77 Paris, AN, J//168, n° 29 et 30.
78 A. Teulet, Notice préliminaire en introduction à Layettes du Trésor des chartes, t. 1, p. xx.
79 J. Baldwin, « The aristocraty of the Paris region during the reign of Philip Augustus, 1179-1223 – A quantitative approach. Part One », Francia, 39.1 (2012), p. 29-68.
80 P. Bertrand, « À propos de la révolution de l’écrit (xe-xiiie siècle). Considérations inactuelles », Médiévales, 56 (2009) ; J.-F. Nieus, « Et hoc per meas litteras significo. Les débuts de la diplomatique féodale dans le nord de la France (fin xiie-milieu xiiie) », in Le vassal, le fief et l’écrit. Pratiques d’écriture et enjeux documentaires dans le champ de la féodalité (xie-xve siècle), Louvain-la-Neuve, 2007.
81 Paris, AN, J//168, n° 1.
82 Paris, AN, J/ 168, n° 31.
83 J. Baldwin, Philippe Auguste et son gouvernement…, op. cit., p. 516.
84 Y. Potin et O. Guyotjeannin, « La fabrique de la perpétuité… », op. cit., p. 22.
85 Paris, AN, J//168, n° 4, 7, 11, 12, 13, 15, 18, 19, 25 et 34.
86 Paris, AN, J//168, n° 4.
87 Paris, AN, J//168, n° 3.
88 Paris, AN, J//168, n° 12.
89 Paris, AN, J//168, n° 18.
90 Paris, AN, J//168, n° 8.
91 Paris, AN, J// 168, n° 34.
92 Paris, AN, J//168, n° 13.
93 L. Douët d’Arcq, Collection de sceaux…, op. cit., n° 2449.
94 Paris, AN, J//168, n° 4 et 18.
95 L. Douët d’Arcq, Collection de sceaux…, op. cit., n° 2859 ; J.-L. Chassel, Sceaux et usages de sceaux. Images de la Champagne médiévale, Paris, 2003.
96 L. Douët d’Arcq, Collection de sceaux…, op. cit., n° 3578.
97 L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, op. cit., Preuves, p. 42.
98 L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, ibid., Preuves, p. 46-47.
99 Cergy-Pontoise, Archives départementales du Val-d’Oise, 9H, carton Demay ; J. Depoin (éd.), Cartulaire de l’abbaye de Saint-Martin de Pontoise, Pontoise, 1895, n° ccxi.
100 Paris, AN, J//168, n° 9.
101 Paris, AN, S//189, n° 8 ; L. Douët d’Arcq, Recherches historiques…, op. cit., Preuves, p. 4.
102 J.-F. Nieus, « Des “archives de famille”… », op. cit., p. 241.
103 J.-F. Nieus, « Des seigneurs sans chancellerie ? Pratiques de l’écrit documentaire chez les comtes et les barons du nord de la France aux xiie-xiiie siècles », Bulletin de la Commission royale d’histoire. Académie royale de Belgique, 176.2 (2010), p. 285-311.
104 J.-F. Nieus, « Des “archives de famille”… », op. cit., p. 236-237.
Haut de pageTable des illustrations
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|---|---|
| Titre | Fig. 1 – Renoncement par les sept cohéritiers de leurs droits sur le comté de Beaumont-sur-Oise à Pacy-sur-Eure, dans le registre E (non daté). Paris, Archives nationales, JJ//26, fol. 15v°. |
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| Titre | Fig. 2 – Inventaire du chartrier de Beaumont-sur-Oise dans le registre E (non daté). Paris, Archives nationales, JJ//26, fol. 15r°. |
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| Titre | Fig. 3 – Copie de l’inventaire du chartrier de Beaumont-sur-Oise dans le registre F (non daté). Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Latin 9778, fol. 10r°. |
| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25030/img-3.jpg |
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| Titre | Fig. 4 – Mentions dorsales présentes au revers d’une charte de Gilles de Hodan à Mathieu III, comte de Beaumont-sur-Oise (1205). Acte en latin, scellé sur lanière de cuir, attaches de lin et de cuir sur chaque côté du revers de l’acte, 18 x 11 cm. Paris, Archives nationales, J//168, n° 12. |
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| Titre | Fig. 5 – Mentions dorsales présentes au revers d’un aveu d’hommage lige par Anseau, seigneur de L’Isle-Adam, à Mathieu III, comte de Beaumont-sur-Oise, sur les différents fiefs qu’il tient de ce dernier (1205). Acte en latin, scellé sur lanières de cuir. Paris, Archives nationales, J//168, n° 13. |
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| Titre | Fig. 6 – Mentions dorsales présentes au revers d’une sentence rendue par les juges délégués par le pape à l’affaire qui divisait les Templiers et le comte de Beaumont-sur-Oise, sur une aumône assignée par deux frères sur le fief de Vineseuil. Acte en latin, scellé de trois sceaux sur lacs de soie, chirographe. Paris, Archives nationales, J//168, n° 16. |
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| Titre | Fig. 7 – Liste des fiefs du roi avec l’ajout du fief du comté de Beaumont-sur-Oise dans le registre E. Paris, Archives nationales, JJ// 26, fol. 16r°. |
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| Titre | Fig. 8 – Donation d’Ediève de Mouchy-le-Châtel à Mathieu III, comte de Beaumont-sur-Oise (1180). Acte en latin, scellé sur lanière de cuir, 14,5 x 12 cm. Paris, Archives nationales, J//168, n° 4. |
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| Titre | Fig. 9 – Approbation par Euphémie, sœur de Gilles de Hodan, de la vente de tout ce que ce dernier possédait à Méru à Mathieu III, comte de Beaumont-sur-Oise (1206). Acte en latin, scellé sur lanière de cuir. Paris, Archives nationales, J//168, n° 18. |
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| Titre | Fig. 10 - Donation par Philippe Auguste des fiefs d’Attainville et Ronquerolles à Mathieu III, comte de Beaumont-sur-Oise (1191). Acte en latin, scellé de cire blanche sur lanière de cuir, attaches de lin sur chaque côté du revers de l’acte et repli de tissu cousu au sommet de la charte, 12 x 5 x 6 cm. Paris, Archives nationales, J//168, n° 8. |
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| Titre | Fig. 11 – Aveu d’hommage lige par Anseau, seigneur de L’Isle-Adam, à Mathieu III, comte de Beaumont-sur-Oise, sur les différents fiefs qu’il tient de ce dernier (1205). Acte en latin, scellé sur lanières de cuir, 20 x 10 cm. Paris, Archives nationales, J//168, n° 13. |
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Pour citer cet article
Référence électronique
Charlotte Corinaldi, « Le chartrier de Beaumont-sur-Oise (xiie-xiiie siècles) : transmissions et reconfigurations archivistiques du Moyen Âge au xixe siècle », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA [En ligne], 30.1 | 2026, mis en ligne le 01 juillet 2026, consulté le 09 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cem/25030 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16mab
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