Le site de La Couronne (Molles, Allier) du ixe au xie siècle : une fortification sur les marges de l’Auvergne
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Historique
Reçu : 20 décembre 2025 — Accepté : 08 février 2026
Texte intégral
1. Introduction
1Le site de La Couronne est localisé dans les contreforts de la Montagne bourbonnaise, au nord-est de l’Auvergne (fig. 1).
Fig. 1 – Localisation du site de La Couronne (fond : carte du relief, mise à jour août 2016, https://www.geoportail.gouv.fr/carte, IGN 2024 ; DAO D. Martinez).
- 1 D. Martinez et al., « L’église paléochrétienne de l’établissement fortifié de hauteur de La Couronn (...)
2Il occupe un éperon rocheux surplombant la combe des Malavaux, non loin de Cusset, au sein de laquelle se développait, probablement dès l’époque romaine, sinon la protohistoire, un axe routier est-ouest partant du bassin de Vichy et traversant le massif montagneux. Le site fait l’objet de fouilles archéologiques programmées depuis 2010, reprenant de premières investigations conduites à la fin des années 18701. Ces recherches permettent aujourd’hui d’écrire l’histoire d’un établissement de hauteur fortifié sur le temps long du haut Moyen Âge, mais surtout de décrypter les processus à l’œuvre dans la transformation d’une forteresse tardo-romaine en un château à motte autour de l’an Mil (fig. 2).
Fig. 2 – Plan de masse du site de La Couronne (relevé topographique J. Ducreux ; DAO D. Martinez et O. Veissière).
3Par sa localisation géographique et topographique, l’établissement de La Couronne se trouve, dès le ve siècle, dans une zone de frontière politique, en limite des territoires placés respectivement sous la tutelle des Wisigoths et des Burgondes. Cette situation perdure pendant la période mérovingienne, hormis lors des rares épisodes d’unification du regnum Francorum, ainsi qu’au moment du partage de Verdun, où le site se retrouve cette fois à l’interface entre les royaumes de Charles le Chauve et de Lothaire. Plus tard, au xie siècle, il marque la frontière orientale du royaume capétien et, plus localement, du territoire des comtes d’Auvergne. Cette position de marge, qui se maintient encore plusieurs siècles, doit sans nul doute être prise en compte pour appréhender les dynamiques d’évolution du site à l’échelle d’un micro-territoire, situé par ailleurs à la transition entre plaine et montagne.
- 2 D. Martinez et al., « L’église paléochrétienne de l’établissement fortifié… », ibid. ; C. Mureau et (...)
- 3 Cet article prolonge une communication effectuée lors du colloque qui s’est tenu à Mâcon du 8 au 10 (...)
4Les vestiges les plus riches mis au jour sur l’éperon relèvent des premières phases d’occupation du site et correspondent à de nombreuses maçonneries, sols et structures diverses, dans un état de conservation pour le moins exceptionnel, offrant une vue privilégiée sur l’organisation et l’évolution d’un domaine aristocratique fortifié de l’Antiquité tardive et de la période mérovingienne (début ve-viie siècle). Les structures postérieures à cette période se révèlent bien plus discrètes et leur compréhension s’avère complexe. Elles consistent essentiellement en des fragments de maçonneries et en une multitude de trous de poteaux, dont l’agencement est difficile à interpréter. À ces défis s’ajoutent un mobilier relativement pauvre et peu caractérisable chronologiquement, ainsi que l’absence de sources textuelles mentionnant directement le site. Jusqu’à présent, les publications monographiques ou thématiques portant sur ce site se sont concentrées quasi exclusivement sur les ve-viie siècles2, laissant quelque peu dans l’ombre les horizons chronologiques postérieurs. Le présent article offre donc l’occasion de mettre en lumière l’évolution de l’établissement au cours des périodes carolingienne et post-carolingienne, en soulignant les défis méthodologiques posés par l’analyse des vestiges de cette époque et en insistant sur l’intérêt d’une étude inscrite dans le temps long de l’archéologie programmée3.
5Après une brève présentation de la périodisation du site entre le ve et le xiie siècle, cet article examinera le contexte dans lequel le site a connu une réorganisation significative au ixe siècle, à partir des sources textuelles, avant de présenter successivement les données archéologiques des phases carolingienne (ixe-xe siècles) et du Moyen Âge central (xie-xiie siècles).
2. De la forteresse romaine au château à motte féodal
6Les fouilles menées depuis plus d’une décennie ont permis d’identifier trois grandes phases dans l’occupation du site, structurées autour de cinq principaux états d’occupation (fig. 3).
Fig. 3 – Proposition d’évolution du site de La Couronne entre le ve et le viiie siècle (DAO D. Martinez).
7Les trois premiers correspondent à l’établissement tardo-antique et à ses évolutions jusqu’au viiie siècle, période marquée par des destructions et par l’abandon de certains édifices. Le quatrième état reflète un renouveau de l’occupation, caractérisé par des transformations significatives dans l’organisation des bâtiments au cours du ixe siècle. Au plus tard au début du xie siècle, une partie de ces installations sont détruites, sinon transformées au profit de la construction d’un château à motte (cinquième état).
2.1. L’établissement aristocratique des ve-viiie siècles
8La construction de l’établissement fortifié est située dans le premier tiers du ve siècle. Des travaux d’envergure sont entrepris pour exploiter la topographie accidentée de l’éperon rocheux, qui forme une crête atteignant au maximum une trentaine de mètres de largeur (dans un axe nord-sud). Le mur d’enceinte, délimitant une surface d’un peu plus de 4 000 m², est érigé dans la pente, notamment au nord, à l’ouest et au sud, où il présente une largeur comprise entre 1,10 et 1,30 m. Ainsi, d’importants travaux de remblaiement sont réalisés pour aménager des plateformes, permettant de niveler le rez-de-chaussée des premiers édifices appuyés contre le mur d’enceinte et le replat sommital. En partie sud-est, le mur barre la racine de l’éperon et mesure 3,30 m d’épaisseur.
9Dès le premier état d’aménagement, l’organisation spatiale du complexe fortifié semble structurée autour de trois ensembles principaux (cf. fig. 3A). Dans le tiers oriental du site, en appui contre les courtines est, nord-est et sud-est, se développent des bâtiments à vocation résidentielle et artisanale. Un appentis sur poteaux, abritant diverses activités, dont de la forge, est édifié contre l’imposant front de rempart. Non loin, contre la portion nord-est de l’enceinte, plusieurs édifices sont construits, parmi lesquels on distingue des pièces de séjour et des chambres, ainsi qu’un vaste bâtiment sur cave dont le rez-de-chaussée, par ses dimensions, pourrait correspondre à un espace de réception. Au nord-ouest de ce dernier se trouve un édifice largement détruit lors de travaux postérieurs, mais qui conserve au moins deux pièces carrées mitoyennes, dont l’une présente un sol en terrazzo. À cet ensemble, il convient certainement d’associer, en partie centrale, un édifice – ou une partie d’un édifice – qui se distingue par son dispositif de chauffage par hypocauste à canaux périphériques et rayonnants. Le tiers médian du site est, quant à lui, composé d’une esplanade bordée de part et d’autre par des bâtiments de stockage, voire de stabulation, ainsi que par des bâtiments artisanaux, en particulier contre la courtine sud où la présence d’un pressoir est envisagée. Enfin, le tiers occidental du site est occupé par trois édifices. Le premier, situé à l’angle sud-ouest, est de forme quadrangulaire et couvre une superficie d’environ 170 m². Construit à la faveur de la pente – en direction du sud-ouest –, sa moitié sud-ouest repose sur une cave. Bien que sa fonction demeure inconnue, ses dimensions, ainsi que sa position proche de l’accès principal à l’établissement fortifié, suggèrent qu’il pourrait s’agir d’un édifice à vocation collective. Il est bordé, au sud, par un dispositif de huit caissons maçonnés, dont les quatre situés à l’ouest correspondent à des citernes. Ce bâtiment est implanté à l’arrière d’une tour quadrangulaire construite à l’angle sud-ouest de l’enceinte. À l’angle opposé, de l’autre côté d’un chemin qui mène à la porte d’accès du site, se trouve un imposant édifice (près de 250 m²) situé également dans la pente, mais cette fois orienté vers le nord-ouest. Il se compose de trois larges vaisseaux, dont l’un, à l’ouest, repose sur un dispositif de caissons de soutènement. Son plan et sa localisation invitent à y voir un vaste entrepôt.
10Le deuxième état d’aménagement, datable de la seconde moitié du ve siècle, se caractérise par des transformations importantes dans différents secteurs de l’établissement fortifié (cf. fig. 3B). Dans le tiers oriental, l’appentis sur poteaux est remplacé par un édifice d’environ 300 m², divisé en deux pièces. La première abrite des cuisines et un espace de restauration, tandis que la seconde semble être dédiée à une activité de boucherie. Les pièces résidentielles, situées contre la portion nord de l’enceinte, sont désormais précédées de galeries donnant sur la cour centrale. L’existence du bâtiment abritant le dispositif de chauffage par hypocauste est confirmée pour cet état. Dans le tiers occidental du site, la principale évolution concerne le bâtiment rectangulaire, auquel on ajoute, au nord-est, une abside semi-circulaire, marquant ainsi sa transformation en une vaste église. L’édifice devient la nef du lieu de culte, et sa cave est par conséquent remblayée. Au moins une des citernes est également colmatée, et une partie des édicules situés contre le mur gouttereau sud de l’édifice est désormais intégrée au petit complexe ecclésial.
- 4 D. Martinez et al., « L’église paléochrétienne de l’établissement… », op. cit.
- 5 Molles-SEP 10 (Poznan) : âge 14C = 1335 +/- 30 ; 652-759 AD (âge calibré 1 sigma 68 %) ; 645-770 AD (...)
- 6 Beta-356711 : âge 14C = 1280 +/- 30 ; 680-770 AD (âge calibré 1 sigma 68 %) ; 660-780 AD (âge calib (...)
11Cette configuration perdure durant toute l’époque mérovingienne (cf. fig. 3C). Toutefois, les données archéologiques offrent une vision sensiblement différente, pour le troisième état d’aménagement, entre le « quartier ecclésial » et l’extrémité orientale correspondant au pôle résidentiel4. Si l’église connaît a priori un essor assez marqué au cours de cette phase, on est en droit de s’interroger, en effet, sur les modalités d’occupation de la résidence. Le lieu de culte, lui, est agrandi, probablement au cours du vie siècle, en tout cas au plus tard dans la première moitié du viie siècle. Le chevet se voit augmenté de deux annexes latérales et une cuve baptismale est aménagée dans une petite pièce adossée à l’édifice au sud. Une galerie d’entrée ainsi qu’une petite annexe funéraire sont également construites contre le mur gouttereau nord. En outre, des inhumations sont pratiquées à l’intérieur et autour de l’église. Parmi les tombes de cet horizon chronologique, cinq sarcophages se distinguent, correspondant à un type largement répandu dans la région aux vie et viie siècles. Deux tombes ont également été fouillées au chevet de l’église, contre l’annexe sud. Elles ont fait l’objet d’analyses par le radiocarbone, offrant des dates respectivement comprises entre 645 et 7705 (SEP 10) et entre 660 et 7806 de notre ère (SEP 45). Ces tombes témoignent du maintien significatif de l’occupation du site, bien que cette continuité ne soit pas visible dans les espaces résidentiels de la partie orientale. Le mobilier de cette époque y est, en effet, quasiment inexistant et les traces d’occupation restent discrètes. Hormis un nouveau mur – peut-être une banquette ? – adossé au mur d’enceinte dans la pièce ESP 27 et une modification du dispositif d’accès à la cave d’un des bâtiments (ESP 32), aucune trace tangible d’une occupation par des propriétaires de statut notable n’y est perceptible. Ces quelques structures sont recouvertes par un niveau d’incendie et de démolition datables du viiie siècle, également repéré dans la partie ouest du site, au niveau du chemin, d’une portion de l’église et des entrepôts (fig. 4).
Fig. 4 – Les niveaux de démolition en différentes zones du site de La Couronne (DAO D. Martinez et O. Veissière ; cl. D. Martinez).
- 7 D. Martinez et al., « L’église paléochrétienne de l’établissement fortifié… », op. cit., § 22.
- 8 D. Martinez, A. Gagne, A. Lafont-Chardin et al., Le site de La Couronne (Molles, Allier). Établisse (...)
12L’apparente disparité dans l’occupation des deux principaux pôles reflète certainement un changement dans le mode d’occupation résidentiel de l’établissement fortifié. Parmi les défunts, on note la présence de personnes d’un statut a priori aisé, comme le suggèrent les sarcophages et, plus encore, les plaques funéraires mérovingiennes en marbre blanc découvertes au xixe siècle7. Il faut certainement y voir encore des membres du lignage propriétaire du site. S’ils se font toujours inhumer à l’intérieur de l’église familiale, ils n’habitent vraisemblablement plus au sein de l’établissement fortifié. Celui-ci n’est peut-être plus qu’un pôle de prélèvement de l’impôt – sans doute en nature –, tout en conservant un rôle de premier plan dans la topographie religieuse des environs. Dans le meilleur des cas, il pourrait servir de refuge pour le « seigneur » et sa famille en période de conflit. L’église, par ses dimensions et par le maintien apparent de son appareil liturgique d’origine, renforcé par l’ajout d’un baptistère et de petites annexes latérales à l’abside, possède toutes les caractéristiques d’une parochia. Les raisons précises de la destruction partielle des bâtiments de la forteresse, consécutive au violent incendie dont les stigmates sont visibles en plusieurs endroits du site, restent inconnues. Le contexte fragile du viiie siècle, en particulier en Aquitaine lors de l’avènement du pouvoir carolingien, pourrait toutefois fournir un élément d’explication8.
2.2. Une occupation carolingienne peu lisible
- 9 Beta-356713 : âge 14C = 1220 +/- 30 ; 690-890 AD (âge calibré 1 sigma 68 %) ; 760-890 AD (âge calib (...)
- 10 D. Martinez et al., « L’église paléochrétienne de l’établissement fortifié… », op. cit., § 133.
13À l’issue des premières campagnes de fouilles, menées entre 2010 et 2015 dans le secteur occidental de l’établissement fortifié, les données ont conduit à conclure à l’abandon du site après l’incendie mentionné précédemment. Le site aurait été déserté (ou quasi déserté) tout au long de la période carolingienne, avant un réinvestissement au xie siècle, marqué, dans la zone étudiée, par des modifications apportées à l’abside de l’église paléochrétienne (cf. infra 5.3). En l’absence de mobilier caractéristique (ou clairement datable) et d’aménagement spécifique, en effet, aucun indice ne permettait de supposer une continuité d’occupation de l’éperon rocheux entre les viiie et xe siècles. Une seule tombe, aménagée dans le niveau de démolition recouvrant le chemin longeant l’église, a livré une datation par radiocarbone située entre 760 et 8909 (fig. 5). Celle-ci permettait, tout au plus, d’envisager la persistance de la mémoire des lieux et le maintien, dans un cadre restreint, d’une pratique d’inhumation en lien avec le lieu de culte10.
Fig. 5 – La tombe d’époque carolingienne au nord de l’église (DAO D. Martinez ; cl. R. Monod et D. Martinez).
14Les recherches menées les années suivantes sur l’extrémité orientale et la partie centrale du site ont permis de mieux cerner l’occupation post-mérovingienne et, ainsi, de reconsidérer les premières hypothèses formulées (fig. 6).
Fig. 6 – Plan des vestiges des ixe-xe siècles (relevé topographique J. Ducreux ; DAO D. Martinez et O. Veissière).
15Les données archéologiques ont en effet révélé une transformation significative de l’organisation de l’établissement, marquée par une refonte des espaces oriental et central, suggérant un changement probable de fonction du site. Toutefois, les structures témoignant de cette continuité se sont révélées relativement modestes, en comparaison avec les vestiges des états antérieurs. À la base de l’éperon, cette occupation est marquée par la construction d’un imposant bâtiment, interprété comme le principal édifice résidentiel du site pour cette période (cf. infra 4.1). Il a été identifié au prix d’une lecture de terrain assez difficile, puisque la quasi-intégralité du bâtiment a fait l’objet d’un épierrement avant la mise en place de la motte castrale de l’état suivant. Une partie de l’édifice a été observée en négatif, grâce aux tranchées de récupération des murs jusqu’en fondations. Ces tranchées, remplies de blocs, se distinguaient à peine de leur encaissant, constitué en grande partie de l’épais niveau de destruction des bâtiments antérieurs, également composé essentiellement de blocs. Ailleurs, en partie centrale de l’éperon rocheux, l’observation d’une concentration de trous de poteaux creusés dans le substrat a permis de discriminer la présence d’au moins deux édifices, dont l’attribution à l’occupation carolingienne repose essentiellement sur la morphologie des structures ainsi que sur la chronologie relative, le rare mobilier associé offrant des datations trop larges, généralement situées entre les ixe et xiie siècles, englobant ainsi l’état d’occupation suivant.
2.3. Une occupation des environs de l’an Mil tout aussi discrète
16Les changements qui caractérisent l’occupation du site à la charnière de l’an Mil se sont révélés particulièrement difficiles à saisir, en raison de la ténuité des vestiges et d’un mobilier dont la chronologie demeure délicate à affiner (fig. 7).
Fig. 7 – Plan des vestiges des xie-xiie siècles (relevé topographique J. Ducreux ; DAO D. Martinez et O. Veissière).
17Ces transformations ont toutefois été perçues dès les premières campagnes conduites dans le secteur de l’église, où les modifications architecturales du chevet de l’édifice paléochrétien ont été attribuées au xie siècle (cf. infra 5.3). À l’autre extrémité du site, à la racine de l’éperon, la topographie était marquée par un léger bombement, haut de deux à trois mètres, fortement arasé et difficile à caractériser en raison du couvert végétal, mais aussi des nombreux creusements qui l’affectaient, liés soit à des fouilles anciennes, soit à des tranchées d’extraction de matériaux. L’hypothèse d’un apport volontaire, susceptible de correspondre à une motte, ne pouvait alors être formulée qu’avec prudence ; elle n’a été véritablement confirmée qu’au terme de plusieurs campagnes dans ce secteur, en particulier en 2024, avec la découverte du fossé qui barrait cette éminence à l’ouest (cf. infra 5.1). Dans la partie centrale du site, certains des très nombreux trous de poteau précédemment évoqués peuvent également être rattachés à cette phase et participer à l’organisation d’un possible espace de basse-cour (cf. infra 5.2). Ces indices, dispersés et souvent peu lisibles, montrent combien la méthode de fouille conditionne ici l’interprétation : une intervention limitée au seul édifice de culte aurait occulté l’occupation carolingienne et conduit à sous-estimer les transformations du xie siècle. Inversement, une fouille cantonnée à la racine de l’éperon aurait privilégié l’image d’un abandon du site à la fin du vie ou dans le courant du viie siècle, suivi d’un réinvestissement carolingien ponctuel et difficile à caractériser. C’est donc seulement grâce à une approche extensive, stratigraphique et inscrite dans le temps long de l’archéologie programmée que ces occupations récentes, parmi les plus délicates à identifier, ont pu être reconnues et mises en relation.
3. Un site anonyme et des sources textuelles localement indigentes
18Malgré l’absence de mentions directes du site, les sources textuelles relatives à son environnement proche, notamment Vichy, Cusset et leurs abords, peuvent fournir de premières pistes de réflexion sur sa fonction à partir de l’époque carolingienne. Dès le ixe siècle, certains documents font en effet référence à des transactions impliquant le comte d’Auvergne et, plus significativement, à la fondation de l’abbaye féminine de Cusset. Bien que ces informations ne suffisent pas à apporter un éclairage complet, elles permettent d’esquisser le cadre des luttes de pouvoir en Auvergne, dans lesquelles l’établissement de La Couronne pourrait avoir joué un rôle.
3.1. Les sources textuelles relatives à Vichy et Cusset (ixe-xie siècle)
19Une église Sainte-Marie, sise dans la villa de Vichy, fait l’objet d’un échange en 864 entre le comte d’Auvergne Bernard II et l’abbé de Mozac (près de Clermont). Cette église, dont l’existence à l’époque mérovingienne est possible 9, traduit l’implantation patrimoniale du comte d’Auvergne dans la région de Vichy au moins à cette période, ainsi que les liens entre la localité et Clermont :
- 11 Cartulaire de Brioude, éd. H. Doniol, Clermont-Ferrand, 1863, charte n° 176, p. 187-189.
[…] Similiter in compensationem hujus rei seu meriti supradicti, Bernardus comes et uxor ejus Ermengardis pariter dederunt partibus Lanfredi abbatis ejusque monachorum, ad opus sanctorum Petri et Caprasii, ecclesiam quæ est in honorem Sanctæ Mariæ constructa in villa cujus vocabulum est Viciaco, cum mansis, hortis, pratis, vineis et aratrariis […]11.
20Deux décennies plus tard, cette fois-ci du côté de Cusset, un monastère féminin est fondé en 886 par Eumène, évêque de Nevers, fondation ensuite confirmée par Charles III. L’abbaye Saint-Martin de Nevers possédait alors la villa de Cusset, qu’elle aurait confiée à Eumène pour y fonder un monastère. L’acte est assorti d’un diplôme d’immunité accordé par Charles le Gros :
- 12 L’original est perdu. Le texte latin est connu par des copies des xviie et xviiie siècles, établies (...)
[…] Sit ergo cognitum cunctis fidelibus sanctae dei ecclesiae tam praesentibus quam et futuris, quia Emmenus venerabilis episcopus Nevernensis ecclesiae ad nostram clementiam veniens indicavit nobis, quod monasterium in villa sancti Martini de suburbio Nevernis in Cuciaco, qui est in Arvernensi comitatu, fundabat et sanctimoniales feminas divinae militiae famulaturas ibi constituebat12.
21L’église abbatiale aurait été consacrée au Saint-Sauveur à la fin du xe siècle ou au début du xie siècle par Fulcran, évêque de Lodève (949-1006), probablement à la suite de la reconstruction de l’église primitive :
- 13 Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Lat. 2663, fol. 26v°-29 ; F. D (...)
[…] Preteriens namque isdem gloriosissimus vir rura Aruernica, devenit ad coenobium quod nomen obtinet Cuziacum, et ibi susceptus est a sanctimonialibus feminis aptissime, quae eum rogaverunt vehementissime ut dedicationem faceret eis ecclesiae, fecitque devotissime. Deinde proficiens Saluiniacum archisterium nisus est appetere […]13.
- 14 Cartulaire de Saint-Cyr de Nevers, éd. R. de Lespinasse, Nevers/Paris, 1916, charte n° 100, p. 167.
- 15 Cusset, Archives municipales, AA1 ; M. Fazy, Catalogue des actes concernant l’histoire du Bourbonna (...)
22Un siècle plus tard, à la fin du xie siècle, l’abbaye de Cusset entre dans les biens des sires de Bourbon : […] Haec sunt que dominus Archembaudus de Borbonio habet de casamento episcopi Nivernensis : […] abbatiam de Cuccia […]14. Enfin, en 1171, Louis VII signe un nouveau diplôme d’immunité en faveur de l’abbaye de Cusset, marquant un nouveau basculement en faveur des moniales. Le document énumère le temporel de l’établissement religieux et précise qu’il possède plusieurs terres en Montagne bourbonnaise, dont la terre des « Malavents »15. Cette mention, bien qu’anecdotique, constitue finalement l’une des seules références potentielles au secteur où se tenait l’établissement fortifié de La Couronne – sur les hauteurs de la combe des Malavaux.
23Que nous disent concrètement ces textes ? En premier lieu, ils reflètent assez clairement les jeux de pouvoir à l’œuvre dans le bassin de Vichy dans la seconde moitié du ixe siècle. On croit saisir l’effacement, du moins partiel, du pouvoir comtal, dont l’ancrage local est peut-être ancien et en lien avec le site de La Couronne. Ceci profite au développement d’une abbaye autonome, créée à l’initiative du chapitre de l’abbaye suburbaine de Saint-Martin de Nevers, laquelle, apprend-on, possède une villa à Cusset. Cette possession est très certainement le résultat d’une donation, possiblement ancienne, de la part d’une élite locale, dont l’un des membres a fait don de l’un de ses domaines à un monastère de la cité nivernaise. On pressent la volonté de créer ou de renforcer l’assise d’un pouvoir local au travers du diplôme d’immunité accordé par le souverain carolingien. L’autonomie de l’abbaye féminine de Cusset semble encore effective à la fin du xe siècle, dans la mesure où elle autorise un évêque extérieur à la cité, Fulcran de Lodève, à procéder à la consécration de l’église abbatiale. On sent toutefois que cette autonomie est amenée à vaciller au gré des vicissitudes politiques, comme le suggère l’accaparement du monastère par les seigneurs de Bourbon à la fin du xie siècle. Néanmoins, des luttes de pouvoir semblent à l’œuvre, si bien que le roi de France Louis VII doit accorder un nouveau diplôme d’immunité à l’abbaye, dont on apprend au passage qu’elle possède un temporel largement développé du côté de la Montagne bourbonnaise, notamment dans le secteur où se tenait encore au xiie siècle l’établissement fortifié de La Couronne.
3.2. Comment envisager la trajectoire du site de La Couronne à la lumière de ces sources ?
- 16 Sur l’avouerie, voir C. West, « The significance of the Carolingian advocate », Early Medieval Euro (...)
24Replacer le site de La Couronne dans l’histoire du bassin de Vichy est un exercice délicat. Dans le meilleur des cas, on peut supposer que l’appartenance des terres des « Malavents » à l’abbaye de Cusset en 1171 reflète des liens potentiellement anciens entre le monastère et cet établissement perché. Il est tout à fait envisageable que le site, refondé au cours du ixe siècle, ait été intégré à la villa de Cusset, puis rattaché à l’abbaye féminine. Ce lieu aurait alors servi, comme on peut le supposer dès le viiie siècle, de pôle de prélèvement de l’impôt et des récoltes, comprenant une résidence et des bâtiments de stockage administrés par un ou plusieurs individus (un avoué) pour le compte de l’établissement religieux16. À l’inverse, on peut également interpréter cette restructuration comme une affirmation du pouvoir d’un seigneur local, issu ou non du lignage antérieur. Quoi qu’il en soit, la dimension fortement élitaire perceptible pour la forteresse tardo-antique et mérovingienne semble s’être estompée : les installations et le mobilier associés à l’occupation carolingienne suggèrent un statut a priori plus modeste, bien qu’encore élevé. Les mêmes hypothèses s’appliquent au dernier état d’occupation du site, où le bâtiment au sommet d’une motte, accompagné d’édifices d’habitat et de stockage, pourrait relever de l’autorité de l’abbaye. Il pourrait tout aussi bien s’inscrire dans la continuité du petit établissement seigneurial antérieur, avec des restructurations visant à répondre à de nouveaux impératifs défensifs et de contrôle territorial. Ces transformations pourraient également indiquer un changement de seigneur entre les deux états d’occupation, bien que les seules observations archéologiques ne permettent pas de le confirmer.
4. L’établissement fortifié au cours du ixe siècle
4.1. Le complexe résidentiel
25À l’extrémité orientale du site, la résidence aristocratique de l’Antiquité tardive fait place à un édifice de grande envergure, qui se déploie parallèlement à l’imposant front de rempart, lequel est dorénavant détruit (fig. 8).
Fig. 8 – Les bâtiments carolingiens à l’extrémité sud-est de l’établissement fortifié (DAO A. Gagne, C. Besse et D. Martinez).
- 17 CIRAM-AL20 : âge 14C = 1180 +/- 20 ; 772-893 AD (âge calibré 2 sigma 95 %). L’analyse a porté direc (...)
- 18 M. de Boüard, « De l’aula au donjon. Les fouilles de la motte de La Chapelle, à Doué-la-Fontaine (x(...)
- 19 Voir également D. Barz, « Aula – domus – turris : Dominante Bauten der frühen “Adelsburgen” in Mitt (...)
26Le bâtiment qu’il est possible de restituer est de plan barlong. Il mesure au moins 18 m de longueur pour 6 m de largeur. Il possède manifestement un étage, dont témoignent les poteaux partitionnant le rez-de-chaussée en deux nefs et qui ont certainement eu pour rôle de soutenir un plancher. Il a pu être daté du ixe siècle grâce à une analyse par le radiocarbone de la chaux de son mur septentrional, dans un intervalle compris entre 772 et 89317. Cette datation corrobore sans difficultés les fourchettes chronologiques, certes assez larges, apportées par le rare mobilier céramique associé. Elle s’accorde par ailleurs avec la position stratigraphique de l’édifice. La taille de celui-ci – 110 m² au sol minimum –, son plan allongé et le fait qu’il soit construit en maçonnerie invite à le rapprocher des résidences carolingiennes que l’on désigne par le terme d’aula. Elle reste de dimension modeste par rapport à d’autres aula potentiellement contemporaines, telles que celles de Doué-la-Fontaine ou de Langeais18, pour ne citer que ces exemples19. Il faut, quoi qu’il en soit, y voir le bâtiment principal du complexe résidentiel carolingien. Son mur est constitue dorénavant la courtine orientale de l’établissement fortifié et, considérant l’état de conservation de l’enceinte tardo-antique dans ce secteur – sur encore 2,50 m de hauteur environ –, il est tout à fait possible que les ruines de celles-ci aient servi à bloquer un talus destiné à renforcer la nouvelle courtine carolingienne. Au nord-ouest de cet édifice imposant, le corps de bâtiment tardo-antique qui abritait les deux petits espaces de séjour est détruit (ESP 30 et 31). Il semble remplacé par une structure sur poteaux plantés, distinguée par trois trous de poteaux. Ceux-ci matérialisent peut-être l’existence d’une sorte de préau en appui contre la courtine nord-est, lequel serait dès lors situé entre l’aula et l’édifice sur cave de la résidence tardo-antique (ESP 32/37). Contrairement au bloc oriental, cet édifice est encore utilisé à la période carolingienne. Son niveau de circulation interne est rehaussé et, en surface de celui-ci, des dés de pierre – dont un fragment de couvercle de sarcophage mérovingien – sont aménagés en guise de support, soit du nouveau plancher d’un étage, soit d’une charpente. Les bâtiments qui se développent à l’ouest de celui-ci sont peut-être également maintenus, ce que les données stratigraphiques ne permettent pas de préciser.
27Ainsi, malgré des transformations assez significatives et notamment la construction d’un vaste édifice oriental, concomitant d’une restructuration du dispositif défensif de ce secteur de l’éperon, le complexe résidentiel carolingien semble reprendre peu ou prou la configuration antérieure, avec des édifices en appui contre les courtines et ouvrant sur une cour centrale, dont un lambeau de sol a d’ailleurs été reconnu à proximité du bâtiment sur cave.
4.2. Les communs du centre domanial
28Les restructurations les plus significatives se situent toutefois dans la partie centrale de l’assiette de l’ancien établissement tardo-antique, précisément dans le secteur où se développait le bâtiment à hypocauste à canaux rayonnants. Les structures de cette zone, en effet, situées entre les deux courtines nord et sud de l’enceinte du ve siècle, ont été complètement arasées, et leurs matériaux de construction récupérés. Il est même possible que le rocher, un peu plus haut dans ce secteur, ait été aplani, ce qui pourrait expliquer l’absence totale de maçonneries du bâtiment à hypocauste à la surface du sol, y compris le mortier de sa semelle de fondation.
29C’est sur ce replat que de nombreux trous de poteaux ont été creusés dans le rocher entre l’époque carolingienne et le xiie siècle (voire postérieurement). Un ensemble cohérent a toutefois pu être identifié, permettant de restituer au moins deux bâtiments (bâtiments 8A et 8B ; fig. 9), tous deux de grandes dimensions et suivant des plans quadrangulaires.
Fig. 9 – Les bâtiments sur poteaux plantés d’époque carolingienne en partie centrale du site (DAO A. Lafont-Chardin, C.-D. Rosa-Matton, D. Martinez).
30En l’absence de relations stratigraphiques directes entre les trous de poteaux, les rapprochements effectués reposent sur leurs similitudes morphologiques – dimensions des creusements ou des négatifs de poteaux lorsqu’ils sont conservés – ainsi que sur leur répartition en plan – alignements et écartements. Le mobilier céramique contenu dans les calages des poteaux conservés peut également soutenir cette démonstration, malgré les difficultés d’attribution chronologique précise déjà évoquées.
31Le bâtiment 8A est construit dans la moitié sud du secteur central, suivant une orientation sud-est - nord-ouest. Il est organisé autour de deux axes parallèles de 8,50 m de longueur, chacun composé de quatre poteaux. Les trous de poteaux sont distants d’environ 1,40 à 1,80 m, et la distance entre les poteaux peut être estimée à environ 2,70 à 2,90 m, bien que le faible nombre de négatifs conservés (4 sur 10) ne permette pas d’être plus précis. La jonction de ces deux axes, distants d’environ 6 m, est assurée par des poteaux intermédiaires qui semblent matérialiser les façades occidentales et orientales du bâtiment. En l’état actuel des connaissances, il est possible de restituer un bâtiment d’environ 8,50 m de longueur et 6 m de largeur, soit une surface d’environ 50 m². De plan circulaire ou ovalaire, ces dix trous de poteaux porteurs ont un diamètre d’au moins 1,10 m et une profondeur d’au moins 1 m, pouvant atteindre jusqu’à 1,53 m. Les quatre négatifs de poteaux conservés présentent un diamètre oscillant entre 0,25 et 0,40 m. À ces poteaux porteurs principaux, il est peut-être possible d’ajouter un support vertical situé en position centrale du bâtiment, probablement destiné à soutenir la charpente.
32Le bâtiment 8B présente des caractéristiques morphologiques similaires à celles du bâtiment 8A. D’orientation identique, il a été observé sur une longueur d’environ 6,50 m. Sa largeur est à peu près équivalente, lui conférant un plan carré, sinon rectangulaire. Il se prolonge au-delà de l’extrémité ouest du secteur, sous les ruines d’une maison du xixe siècle ; son plan complet n’est donc pas connu. Sa structure porteuse rappelle celle du bâtiment 8A avec des trous de poteaux de 1,10 m de diamètre minimum, pour une profondeur de creusement comprise entre 0,80 et 1,00 m. En l’état, sept trous de poteaux porteurs peuvent lui être associés.
- 20 Étude réalisée par Julie Gérez. D. Martinez et al., Le site de La Couronne (Molles, Allier)…, op. c (...)
33Le diamètre important des poteaux, dont les négatifs étaient conservés, ainsi que la profondeur de leurs fosses d’ancrage, autorise à formuler l’hypothèse de bâtiments étagés, ou du moins composés d’une superstructure assez massive. Leurs parois étaient vraisemblablement constituées de torchis hourdés sur clayonnage, comme l’indique la présence de nombreux fragments de terre crue dans des remblais postérieurs à certains de ces trous de poteaux20. En l’absence de niveaux d’occupation conservés, la fonction de ces bâtiments ne peut cependant pas être déterminée. Néanmoins, l’importance de leurs surfaces peut être soulignée, suggérant des fonctions d’habitat ou de stockage. En ce qui concerne cette dernière fonction, il convient de noter qu’aucun silo n’a été identifié parmi les structures en creux retrouvées sur le plateau du secteur central : aucun profil caractéristique n’a été observé, et les fosses aux volumes les plus importants sont raccordées aux structures porteuses de différents bâtiments. De plus, le rocher naturel, perméable, est a priori peu propice à l’installation de silos. L’un ou l’autre édifice – voire les deux – correspond donc potentiellement à une grange ou un grenier.
- 21 Étude réalisée par Sandra Chabert (Inrap). D. Martinez et al., Le site de La Couronne (Molles, Alli (...)
34La chronologie de ces deux édifices est difficile à établir, ne reposant que sur la céramique retrouvée dans les calages de quatre poteaux du bâtiment 8A. Les pâtes des tessons retrouvés peuvent être rattachées à des productions diffusées au cours de l’époque carolingienne ainsi qu’au Moyen Âge central21. Un élément de chronologie relative permet toutefois d’envisager la construction du bâtiment 8A au plus tard avant la fin du xe siècle. Une maçonnerie, en effet, datée de la fin du xe ou du début du xie siècle et associée à un édifice de la phase d’occupation suivante, s’insère dans le comblement de l’un des trous de poteaux du bâtiment 8A. Par ailleurs, il est tentant de rapprocher la mise en place de ces deux édifices de celle du bâtiment résidentiel (aula) précédemment évoqué. Les trois poteaux internes du bâtiment maçonné présentent, en effet, des caractéristiques en tous points similaires à celles des trous de poteaux des ensembles 8A et 8B.
4.3. L’église
35Le devenir de l’église au cours de la période carolingienne est pour le moins incertain. Aucun indice – mobilier, transformation architecturale, sol, etc. – ne permet, en effet, d’affirmer qu’elle était encore en service entre le viiie siècle, moment de l’incendie et de la destruction de certains bâtiments de l’établissement fortifié, et le xie siècle, période durant laquelle elle fait l’objet de travaux (cf. infra 5.3). Les seuls éléments permettant d’envisager son maintien sont, d’une part, les travaux de réfection en question, qui pourraient trahir une continuité d’occupation, et, d’autre part, la présence d’une sépulture – la seule pour cette période – installée dans les niveaux de démolition du viiie siècle, en appui contre le mur nord de l’annexe située au nord-ouest de la nef, datée entre la fin du viiie et la fin du ixe siècle (cf. supra 2.2).
5. Le château à motte (fin xe-début du xie siècle)
5.1. La motte et le fossé
36Le tournant du xie siècle est marqué par l’aménagement d’un tertre à la racine de l’éperon, remplaçant l’ancienne aula carolingienne, dont une partie des matériaux a été préalablement récupérée (cf. fig. 7). En raison des nombreuses perturbations ultérieures ayant affecté cette motte, son extension maximale reste difficile à estimer (cf. supra 2.3). Les observations disponibles permettent toutefois de proposer un diamètre minimum de 30 m. Bien que la forme exacte du tertre reste incertaine et qu’aucune trace de structures implantées à son sommet n’ait été conservée, son mode de construction a pu être documenté.
37Une fois les maçonneries du complexe carolingien entièrement démantelées – pour certaines jusqu’à la base –, un épais remblai de roche concassée a été apporté pour surélever le terrain et former la motte (fig. 10).
- 22 M. de Boüard, « De l’aula au donjon… », op. cit. ; J. Mastrolorenzo, « L’aula carolingienne de Doué (...)
- 23 S. Gaime et al., « De la nécropole à la motte castrale : l’exemple du site d’Olby (Puy-de-Dôme). Pr (...)
- 24 J.-M. Poisson, « Église et château sur le site de Villars (Ain) : archéologie et histoire », in P. (...)
- 25 D. Mouton, Mottes castrales en Provence : les origines de la fortification privée au Moyen Âge, Par (...)
- 26 J. Le Maho, La motte seigneuriale de Mirville (xie-xiie s.) : recherches historiques et archéologiq (...)
- 27 Phases intermédiaires avec une enceinte annulaire entourant la grande maison. Ce cordon de terre es (...)
38Ce procédé d’emmottement est documenté sur plusieurs sites en France : on pense en premier lieu à l’aula du début du xe siècle emmottée dans la première moitié du siècle suivant à Doué-la-Fontaine22, mais aussi, plus localement, à Olby (Puy-de-Dôme)23, ou encore aux exemples rhodano-alpins de Villars-les-Dombes et d’Albon24, bien que plus tardifs, sinon à la roca de Niozelles (Alpes-de-Haute-Provence), où une tour en bois du xe siècle est emmottée dans la première moitié du xie siècle25. À cette liste s’ajoute également le site de Mirville (Seine-Maritime)26, où une curtis caractérisée par plusieurs bâtiments en bois est supplantée par une motte castrale au début du xiie siècle27.
39Sur le site de La Couronne, le remblai formant la motte semble provenir directement de l’éperon rocheux et pourrait avoir été extrait lors du creusement du fossé qui la barre à l’ouest, ainsi que lors d’une large excavation pratiquée au nord-ouest de l’église paléochrétienne (fig. 11).
Fig. 11 – Les vestiges du xie siècle à l’extrémité ouest de l’établissement fortifié (DAO D. Martinez ; cl. O. Veissière et D. Martinez).
40Cette excavation, de forme globalement circulaire, mesure environ 8 m de diamètre, avec des parois marquées par de légers ressauts, formant des « gradins » d’environ 1 m de hauteur. Elle a été explorée jusqu’à une profondeur de 3,50 m, mais il n’a pas été possible de prolonger la fouille au-delà de cette cote pour des raisons de sécurité. La fonction de ce creusement demeure incertaine : recherche d’une résurgence d’eau ? De filons de minerai ? Il est cependant probable qu’il s’agisse au minimum d’une petite carrière, dont la roche concassée a probablement servi à la construction de la motte. Cette interprétation est renforcée par la découverte, dans le remblai formant le tertre, de quelques ossements humains et de fragments de sarcophages. Les tombes étant situées dans et autour de l’édifice de culte, principalement à l’est et au nord de celui-ci, il est plausible que ces éléments aient été déplacés vers la motte lors du transfert de matériaux depuis la zone nord-ouest du site.
41En outre, la motte était délimitée à l’ouest par un fossé presque entièrement creusé dans le rocher. Ce fossé, dont le creusement n’a pour l’instant été observé que dans le tiers nord de son tracé lors de la campagne de fouille de 2024, mesure 6,50 m de largeur à son ouverture et a une profondeur minimale de 3,20 m (fig. 12).
42Sa particularité réside dans le fait qu’il vient s’appuyer au nord contre le mur sud d’un bâtiment tardo-antique. Par conséquent, il ne se prolongeait pas jusqu’à la rupture de pente au nord, mais était bloqué par une plateforme sur laquelle était érigée une palissade délimitant la basse-cour au nord. Cette configuration est corroborée par la présence de trous de poteaux, formant un alignement est-ouest, qui traverse les sols et structures tardo-antiques de cette zone. En revanche, côté est, aucun fossé n’a été observé au pied de la motte, du moins en limite de son emprise supposée. Cependant, à une trentaine de mètres à l’est du front de rempart tardo-antique, la topographie présente une dépression d’environ 10 m de largeur qui barre le terrain. Cette dépression pourrait appartenir au dispositif défensif de la motte, voire à des structures relevant des états antérieurs.
43La chronologie de la mise en place du tertre peut être déterminée principalement grâce aux fragments de céramique collectés à la base des remblais. Cet assemblage comprend cent douze tessons datables entre les ixe et xie siècles, fournissant ainsi un terminus post quem pour son édification. En prenant en compte les données chronologiques concernant l’occupation antérieure, la mise en place de la motte peut être située au plus tôt à la fin du xe ou au début du xie siècle.
5.2. Les bâtiments de la partie centrale de l’éperon : basse-cour ou partie résidentielle du château ?
44La partie centrale de l’éperon subit une transformation notable, marquée principalement par l’agrandissement d’un bâtiment sur poteaux plantés préexistant (bâtiment 8A), qui est reconstruit avec des solins de pierres supportant une superstructure en terre et bois. Cette évolution semble également concerner le second édifice carolingien (bâtiment 8B) durant cette phase (fig. 13).
Fig. 13 – Les bâtiments du xie siècle en partie centrale du site (DAO A. Lafont-Chardin, C.-D. Rosa-Matton et D. Martinez).
- 28 J.-M. Poisson (éd.), avec la coll. de V. Buccio, Le château des comtes d’Albon…, op. cit., p. 94-12 (...)
45Le bâtiment 8A de l’état précédent est démantelé, et les trous d’ancrage de ses poteaux sont comblés. Un dispositif original est néanmoins mis en œuvre pour au moins quatre de ces structures : les creusements sont colmatés, totalement ou partiellement, par des maçonneries épousant leurs contours et profils. Deux des trous de poteaux marquant la façade orientale de l’édifice primitif sont par ailleurs reliés par un solin de pierres aménagé dans une partie du conduit ouest du dispositif de chauffage par hypocauste du ve siècle. On peut en déduire que ces maçonneries, solidement ancrées dans le substrat rocheux, ont servi de pieux de fondation pour un nouvel édifice construit avec des soubassements maçonnés. Un dispositif comparable a été observé sur le site de la Tour d’Albon (Drôme), fouillé dans les années 1990 et 2000 sous la direction de Jean-Michel Poisson et de Johnny de Meulemeester28. Il a été constaté qu’au tournant des xiie-xiiie siècles, d’anciens silos des ixe-xe siècles avaient été comblés, tout ou partie, à l’aide de galets pour servir d’assise de fondation aux murs porteurs d’un nouveau bâtiment maçonné. Ces galets, liés par du mortier de chaux, étaient disposés selon des assises plus ou moins régulières sur l’horizon supérieur des silos et, parfois, dans leur partie inférieure, où ils pouvaient également être déposés en vrac ou remplacés par un simple remblai de terre. Cependant, toutes les structures en creux situées sous les murs de ce bâtiment n’avaient pas été comblées de galets. Les archéologues interprétaient ce dispositif avant tout comme un moyen de consolider les fondations du bâtiment sur un terrain dont la stabilité avait été fragilisée par le creusement de multiples silos. Une fonction secondaire de drainage des eaux d’infiltration peut également être considérée.
46En outre, le bâtiment 8A est agrandi vers le sud par la construction de murs prolongeant les façades est et ouest de l’édifice initial. Sa superficie atteint désormais environ 100 m² et il s’appuie contre la courtine sud de l’enceinte tardo-antique, encore en usage à cette époque et constituant manifestement l’enceinte de la basse-cour du château à motte.
47Le second édifice carolingien sur poteaux plantés (bâtiment 8B) semble avoir subi une transformation architecturale similaire, comme en témoignent les massifs maçonnés insérés dans au moins trois de ses anciens trous de poteaux. Cette reconstruction plus élaborée, s’appuyant sur des plans préexistants, témoigne d’un ancrage durable des bâtiments de la phase carolingienne. Elle traduit non seulement une volonté de renforcer leur solidité, mais aussi, et peut-être surtout, d’améliorer leur étanchéité. Ces préoccupations pourraient être liées à une fonction de stockage de denrées, déjà envisagée pour la phase précédente, ou à une fonction d’habitation.
- 29 En l’état des observations, il est impossible de déterminer si l’intégralité des 100 m² au sol étai (...)
48Se pose alors la question d’un éventuel déplacement de la fonction résidentielle de la forteresse, initialement localisée à l’extrémité orientale du site. La motte, en effet, pourrait avoir été trop exiguë pour avoir accueilli un bâtiment résidentiel confortable. Dans cette hypothèse, le bâtiment 8A, avec ses 100 m², pourrait avoir servi de résidence aux maîtres des lieux – si tant est que toute la surface de l’édifice ait été couverte29 – transformant ainsi le secteur central de l’éperon rocheux en une sorte de haute-cour. La portion occidentale, centrée autour de l’église, aurait alors constitué la basse-cour de l’établissement. En revanche, en partant du principe que la fonction résidentielle est cantonnée à la motte, il est possible d’envisager que le reste de l’assiette de la forteresse ait été occupé par une seule et vaste basse-cour.
- 30 Une datation sur la chaux elle-même, l’autre sur un charbon de bois piégé dans la chaux du mortier (...)
- 31 CIRAM-3057 : âge 14C = 1070 +/- 20 ; 896-922 AD (âge calibré 2 sigma 18,7 %) ; 954-1024 AD (âge cal (...)
- 32 CIRAM-3058 : âge 14C = 1040 +/- 20 ; 989-1030 AD (âge calibré 2 sigma 95 %).
49La datation de cet ensemble repose principalement sur l’analyse du mobilier céramique et sur les résultats d’analyses par le radiocarbone. Le mobilier céramique (NR = 13) provenant du seul niveau de sol conservé pour cette phase fournit un terminus post quem situé entre le xe et le xiie siècle. Cette datation concorde avec celle du remblai sous-jacent, où le mobilier céramique était plus abondant (NR = 120). Les datations par le radiocarbone d’échantillons de mortiers de chaux de deux maçonneries30 du bâtiment 8A affinent cette estimation initiale, situant le début de cette phase au plus tard à l’orée du xie siècle. La construction du premier mur est datée entre deux intervalles chronologiques : 896-922 et 954-102431. Quant au massif inséré dans l’un des trous de poteau, il se place dans un intervalle compris entre 989 et 103032. Le croisement de ces données suggère que l’édification de ces deux maçonneries s’est déroulée au plus tôt entre la fin du xe siècle et le premier tiers du siècle suivant.
5.3. L’église
- 33 E. Bouchard et A. Bertrand, « Découvertes de ruines… », op. cit., p. 386-387.
- 34 Des éléments ayant possiblement constitué ce pavement (en pouzzolane et en calcaire oolithique) ont (...)
50Dans le même temps, l’église paléochrétienne, dont l’usage continu durant le haut Moyen Âge demeure incertain, fait l’objet de travaux destinés à sa transformation en petite chapelle. Dans ce cadre, l’abside de l’édifice d’origine est en partie reconstruite (cf. fig. 11). De part et d’autre, des maçonneries sont élevées à l’intérieur, afin d’obstruer les portes qui ouvraient auparavant vers les annexes liturgiques d’époque mérovingienne. Ce chantier comprend également un changement de couverture de l’espace, le cul-de-four d’origine étant vraisemblablement remplacé par une charpente. Toujours à cette fin, le parement externe de l’abside est chemisé, du moins sur sa partie nord, par une seconde maçonnerie semi-circulaire servant de contrefort – cette partie de l’abside devait certainement s’éventrer. Enfin, un mur est érigé pour fermer le chœur au niveau de l’ancien arc triomphal, formant ainsi la façade de ce qui devient une petite chapelle, tandis que la nef et les diverses annexes de l’édifice sont abandonnées. Aucun niveau de sol en lien avec cet état de l’église n’a été mis au jour lors des fouilles conduites à partir de 2010. En revanche, les auteurs des excavations réalisées dans les années 1870 signalent un « pavage en abaculus ou mosaïque [qui] a malheureusement été détruit par le fouilleur qui croyait trouver au-dessous un trésor33 ». Celui-ci était constitué de pavés losangiques et quadrangulaires en basalte, en terre cuite et en calcaire oolithique, correspondant peut-être au sol de la petite chapelle d’époque romane, à moins qu’il n’ait appartenu à un état de sol antérieur encore utilisé au xie siècle34.
- 35 Beta-287346 : âge 14C = 1110 +/- 10 ; 1000-1030 AD (âge calibré 1 sigma 68 %) ; 980-1040 AD (âge ca (...)
- 36 D. Martinez, « Entre plaine et montagne. Gestion du territoire et réseaux de peuplement dans la cit (...)
51Un fragment de charbon de bois, piégé dans le mortier d’un mur participant à ces transformations, a été analysé par le radiocarbone, fournissant une fourchette de datation comprise entre 980 et 105035, en accord avec la chronologie qu’il est possible de proposer pour la motte et pour les bâtiments de la partie centrale du site. Cette évolution architecturale, depuis la vaste basilique paléochrétienne à la petite chapelle romane, est documentée ailleurs en Auvergne, sur le site fortifié de hauteur de Saint-Victor de Massiac, dans le Cantal ; l’abside à pans coupés de l’église datant des vie-viie siècles subit des modifications aux xie-xiie siècles, devenant dès lors une petite chapelle qui restera en usage jusqu’au xviie siècle36.
6. Conclusion
- 37 L. Schneider, « Le château avant le château ou le défi réel du temps long (vie-xie siècles) : quelq (...)
52Les fouilles conduites depuis 2010 sur le site de La Couronne permettent aujourd’hui de brosser le portrait d’une occupation continue entre le ve et le xiie siècle. Du point de vue méthodologique, le temps long et l’ampleur de cette fouille programmée ont permis de mesurer des phénomènes de continuité discrets et des mutations pour le moins silencieuses, en particulier pour les périodes carolingienne et post-carolingienne, pour lesquelles les vestiges et les mobiliers demeurent ténus. Si cette continuité établie entre un établissement fortifié tardo-antique et l’une des premières manifestations du phénomène castral médiéval peut apparaître originale, nous gageons qu’il s’agit là d’une trajectoire bien plus commune qu’il n’y paraît37. Ce constat invite naturellement à considérer l’impact durable de ces premières fortifications résidentielles de la fin d’époque romaine dans la structuration des territoires médiévaux et dans l’évolution progressive des rapports de pouvoir et de production à l’origine de la « féodalité de l’an mil ».
- 38 D. Martinez, « Entre plaine et montagne… », op. cit.
- 39 D. Martinez et al., « L’église paléochrétienne de l’établissement fortifié… », op. cit. ; C. Gay et (...)
53En ce qui concerne le site de La Couronne, il demeure difficile de préciser le statut exact du commanditaire de la fortification du début du ve siècle. En scrutant ce phénomène de fortification des territoires à une échelle géographique plus large, on peut envisager l’hypothèse d’une initiative concertée émanant de la puissance publique, dont le périmètre reste toutefois à définir – la cité ? la province ? L’objectif de cette initiative aurait été de créer un dispositif de verrous le long de la frontière nord-est de l’ancienne cité de Clermont, voire de l’ancienne Aquitania38. Toujours est-il que cet établissement fortifié semble tenu par un dominus au moins à partir du milieu du ve siècle, qui y établit sa résidence, ou du moins en fait l’une de ses résidences ; dominus dont la puissance et le rang aristocratique sont difficiles à déterminer, mais qu’il y a tout lieu de situer dans les strates supérieures des dignités romaines. Le rôle stratégique du site est renforcé par l’aménagement d’une imposante basilique dotée d’un équipement liturgique assez fourni, faisant de cet établissement fortifié un point d’ancrage de l’Église de Clermont sur les marges de sa juridiction. Ce lieu de pouvoir connaît une prospérité notable durant la période mérovingienne, comme en témoignent les agrandissements apportés au lieu de culte, et semble toujours tenu par une famille puissante, dont le statut élevé transparaît à travers le domaine funéraire ainsi que par les éléments de parure et/ou militaire associés à cette époque39. À partir de la seconde moitié du viie siècle, l’importance stratégique du site semble progressivement s’atténuer. S’il semble toujours appartenir à une famille aristocratique, il ne paraît plus jouir du statut dont il bénéficiait auparavant. Cette phase de déclin se solde par une destruction qui scelle le sort de la forteresse, dans le courant du viiie siècle, dans un contexte de crise du modèle aristocratique mérovingien. Les conditions du renouveau du site au ixe siècle restent également difficiles à saisir, mais ce nouvel élan s’inscrit dans la dynamique de l’émergence d’une nouvelle autorité locale, incarnée par l’abbaye de Cusset. Bien qu’aucun lien de dépendance n’ait pu être établi entre l’établissement religieux et la propriété fortifiée du site de La Couronne, il est évident que les deux lieux de pouvoir ont nécessairement interagi dans la gestion de ce territoire situé à la transition entre le bassin de Vichy et la Montagne bourbonnaise. On ignore également si ce lien éventuel a perduré durant le Moyen Âge central, et si le château des Malavaux (ou Malavents ?), fondé au xie siècle, a constitué un point de contrôle du territoire et de prélèvement des impôts pour l’établissement religieux, ou, au contraire, s’il appartenait à un seigneur local, dans le cadre des jeux de pouvoir propres à l’époque féodale.
Notes
1 D. Martinez et al., « L’église paléochrétienne de l’établissement fortifié de hauteur de La Couronne à Molles (Allier, Auvergne) », Archéologie médiévale, 48 (2018), p. 1‑36 ; E. Bouchard et A. Bertrand, « Découvertes de ruines gallo-romaines et mérovingiennes à la Couronne, commune de Molles », in Bulletin de la Société d’émulation de l’Allier, 16 (1882), p. 381‑391.
2 D. Martinez et al., « L’église paléochrétienne de l’établissement fortifié… », ibid. ; C. Mureau et D. Martinez, « L’acquisition des ressources animales sur l’établissement fortifié de hauteur de La Couronne (Molles, Allier) aux ve-viie siècles », in S. Desbrosse-Degobertière et M.-C. Truc (éd.), Cherchez la (petite) bête : l’animal au haut Moyen Âge, Saint-Germain-en-Laye, 2020, p. 215‑232 ; D. Martinez et C. Mureau, « La forteresse aristocratique tardo-antique et médiévale de La Couronne à Molles (ve-xie siècle) : retour sur plus d’une décennie de recherches archéologiques. Focus sur l’apport de l’étude archéozoologique », Bulletin de la Société d’histoire et d’archéologie de Vichy et des environs, 179 (2022), p. 27‑40 ; C. Gay et D. Martinez, « Des objets en contexte d’habitat élitaire », in DUMONT G. (éd.), L’objet mérovingien. De sa fabrication à sa (re-)découverte, Actes des 43e Journées internationales de l’AFAM (5-7 oct. 2023 à Liège), Agence wallonne du Patrimoine (collection Études et Documents), Namur, 2025, p. 243-258.
3 Cet article prolonge une communication effectuée lors du colloque qui s’est tenu à Mâcon du 8 au 10 novembre 2023 (Du traité de Verdun à l’an mil : frontières, pouvoirs, économies) organisé par G. Rollier et D. Barthélemy. En raison d’un problème d’éditeur, la publication des actes est reportée sine die. En accord avec les directeurs de publication, nous avons fait le choix de proposer cet article dans un autre support, afin que les données présentées ne soient pas obsolètes au moment de la publication des actes du colloque.
4 D. Martinez et al., « L’église paléochrétienne de l’établissement… », op. cit.
5 Molles-SEP 10 (Poznan) : âge 14C = 1335 +/- 30 ; 652-759 AD (âge calibré 1 sigma 68 %) ; 645-770 AD (âge calibré 2 sigma 95 %).
6 Beta-356711 : âge 14C = 1280 +/- 30 ; 680-770 AD (âge calibré 1 sigma 68 %) ; 660-780 AD (âge calibré 2 sigma 95 %).
7 D. Martinez et al., « L’église paléochrétienne de l’établissement fortifié… », op. cit., § 22.
8 D. Martinez, A. Gagne, A. Lafont-Chardin et al., Le site de La Couronne (Molles, Allier). Établissement fortifié de hauteur de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge. Rapport final du programme pluriannuel 2020-2023, DRAC/SRA Auvergne-Rhône-Alpes, Clermont-Ferrand, 2023, 3 vol. ; G. Fournier, « Les campagnes de Pépin le Bref en Auvergne et la question des fortifications rurales au viiie siècle », Francia – Forschungen zur westeuropäischen Geschichte, 2 (1974), p. 123‑135 ; D. Martinez, De la cité arverne au diocèse de Clermont. Topographie ecclésiale, fortifications et peuplements de l’Auvergne entre Antiquité tardive et haut Moyen Âge (ve-xe siècles) : une approche archéologique, thèse de doctorat en archéologie, sous la dir. de B. Phalip, Université Clermont Auvergne, Clermont-Ferrand, 2017, p. 355-374.
9 Beta-356713 : âge 14C = 1220 +/- 30 ; 690-890 AD (âge calibré 1 sigma 68 %) ; 760-890 AD (âge calibré 2 sigma 95 %).
10 D. Martinez et al., « L’église paléochrétienne de l’établissement fortifié… », op. cit., § 133.
11 Cartulaire de Brioude, éd. H. Doniol, Clermont-Ferrand, 1863, charte n° 176, p. 187-189.
12 L’original est perdu. Le texte latin est connu par des copies des xviie et xviiie siècles, établies visiblement à partir d’une copie du xiie siècle également perdue (Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, coll. Gaignères, Lat. 9207, fol. 10 et 275 ; coll. Baluze, vol. 74, fol. 288 et 332). Die Urkunden Karls III., éd. P. Kehr, Monumenta Germaniae historica. Die Urkunden der Deutschen Karolinger, 2, Berlin, 1937, n° 138, p. 221 (diplôme du 16 août 886, Attigny).
13 Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Lat. 2663, fol. 26v°-29 ; F. Dolbeau, « Vie inédite de saint Fulcran, évêque de Lodève », Analecta Bollandiana, 100 (1982), p. 515‑544, ici p. 538, § 8.1.
14 Cartulaire de Saint-Cyr de Nevers, éd. R. de Lespinasse, Nevers/Paris, 1916, charte n° 100, p. 167.
15 Cusset, Archives municipales, AA1 ; M. Fazy, Catalogue des actes concernant l’histoire du Bourbonnais jusqu’au xiiie siècle accompagné d’un Régeste des documents narratifs, Moulins, 1924.
16 Sur l’avouerie, voir C. West, « The significance of the Carolingian advocate », Early Medieval Europe, 17.2 (2009), p. 186‑206 ; C. West, « Advocating change : monasteries, territories and justice between East and West Francia, 11th-12th centuries », 2012, en ligne [https://publikationen.uni-tuebingen.de/xmlui/handle/10900/47062] ; F. Mazel, « De quoi la principauté territoriale est-elle le nom ? Réflexion sur les enjeux spatiaux des principautés “françaises” (xe-début xiie siècle) », in G. Bührer-Thierry, S. Patzold et J. Schneider (dir.), Genèse des espaces politiques (ixe-xiie siècle). Autour de la question spatiale dans les royaumes francs et post-carolingiens, Turnhout, 2017, p. 65‑88.
17 CIRAM-AL20 : âge 14C = 1180 +/- 20 ; 772-893 AD (âge calibré 2 sigma 95 %). L’analyse a porté directement sur la chaux du mur. Si la fiabilité de cette méthode appelle encore certaines réserves, le résultat obtenu s’accorde ici avec les observations stratigraphiques et les données mobilières. À titre de contrôle, le prestataire a parallèlement travaillé « en aveugle » sur deux échantillons de chaux provenant de murs, dont la chronologie était déjà établie entre les ve et vie siècles. Les résultats obtenus pour ces deux prélèvements se sont révélés conformes à cette datation, ce qui tend à conforter, dans le cas présent, la pertinence de l’analyse réalisée, voir D. Martinez (dir.) et al., Site de La Couronne à Molles (Allier)…, op. cit.
18 M. de Boüard, « De l’aula au donjon. Les fouilles de la motte de La Chapelle, à Doué-la-Fontaine (xe-xie siècle) », Archéologie médiévale, 3 (1973), p. 5‑110 ; J. Mastrolorenzo, « L’aula carolingienne de Doué-la-Fontaine : nouvelles données », Bulletin de liaison de l’AFAM, 25 (2001), p. 58‑80. Synthèse et quelques propositions nouvelles dans L. Bourgeois, « Le site de la Motte de la Chapelle (Doué-en-Anjou, Maine-et-Loire) et le destin d’un palais carolingien d’Aquitaine », in D. Barthélemy, A. Vauchez et N. Grimal (dir.), Langeais, Foulques Nerra et les châteaux de l’an Mil en Pays de Loire, Paris, 2023, p. 29-49.
19 Voir également D. Barz, « Aula – domus – turris : Dominante Bauten der frühen “Adelsburgen” in Mittel- und Westeuropa », in O. Wagener (dir.), Symbole der Macht ? Aspekte mittelalterlicher und frühneuzeitlicher Architektur, Francfort-sur-le-Main, 2012, p. 33‑52.
20 Étude réalisée par Julie Gérez. D. Martinez et al., Le site de La Couronne (Molles, Allier)…, op. cit., p. 237-241.
21 Étude réalisée par Sandra Chabert (Inrap). D. Martinez et al., Le site de La Couronne (Molles, Allier)…, ibid., p. 92-120.
22 M. de Boüard, « De l’aula au donjon… », op. cit. ; J. Mastrolorenzo, « L’aula carolingienne de Doué-la-Fontaine… », op. cit.
23 S. Gaime et al., « De la nécropole à la motte castrale : l’exemple du site d’Olby (Puy-de-Dôme). Premières données de fouilles », Archéologie médiévale, 29 (1999), p. 69‑98.
24 J.-M. Poisson, « Église et château sur le site de Villars (Ain) : archéologie et histoire », in P. Guichard, M.-T. Lorcin et M. Rubellin (éd.), Papauté, monachisme et théories politiques, t. 2 (Les Églises locales), Lyon, 1994, p. 763‑775 ; J.-M. Poisson (éd.), avec la collaboration de V. Buccio, Le château des comtes d’Albon (Drôme) : recherches historiques et archéologiques (1993-2006), Lyon, 2022.
25 D. Mouton, Mottes castrales en Provence : les origines de la fortification privée au Moyen Âge, Paris, 2008, chap. 2 ; Id., La Moutte d’Allemagne-en-Provence : un castrum précoce du Moyen Âge provençal, Arles, 2015.
26 J. Le Maho, La motte seigneuriale de Mirville (xie-xiie s.) : recherches historiques et archéologiques, Rouen, 1984.
27 Phases intermédiaires avec une enceinte annulaire entourant la grande maison. Ce cordon de terre est ensuite rempli de terre et le bâtiment en partie enfoui. La même évolution se retrouve à Pineuilh (Gironde) en 1044, avec enfouissement des structures de 977-995 [L. Bourgeois et F. Prodeo (dir.), Les seigneurs du marais : l’habitat fossoyé de la Mothe de Pineuilh (Gironde, xe-xiie s.), Caen, t. 2, p. 266-275], outre d’autres comparaisons, dont Labatut (Ariège).
28 J.-M. Poisson (éd.), avec la coll. de V. Buccio, Le château des comtes d’Albon…, op. cit., p. 94-123.
29 En l’état des observations, il est impossible de déterminer si l’intégralité des 100 m² au sol était couverte. Il est possible, en effet, que seule la moitié de cet ensemble (nord ou sud) ait constitué l’édifice proprement dit et que l’autre moitié ai été une petite cour, non couverte, délimitée toutefois par des murs.
30 Une datation sur la chaux elle-même, l’autre sur un charbon de bois piégé dans la chaux du mortier de liaison du mur.
31 CIRAM-3057 : âge 14C = 1070 +/- 20 ; 896-922 AD (âge calibré 2 sigma 18,7 %) ; 954-1024 AD (âge calibré 2 sigma 76,7 %).
32 CIRAM-3058 : âge 14C = 1040 +/- 20 ; 989-1030 AD (âge calibré 2 sigma 95 %).
33 E. Bouchard et A. Bertrand, « Découvertes de ruines… », op. cit., p. 386-387.
34 Des éléments ayant possiblement constitué ce pavement (en pouzzolane et en calcaire oolithique) ont été mis au jour dans des remblais tardifs en différents endroits du site au cours des fouilles récentes.
35 Beta-287346 : âge 14C = 1110 +/- 10 ; 1000-1030 AD (âge calibré 1 sigma 68 %) ; 980-1040 AD (âge calibré 2 sigma 95 %).
36 D. Martinez, « Entre plaine et montagne. Gestion du territoire et réseaux de peuplement dans la cité de Clermont durant l’Antiquité tardive (ve-viie siècles) », Archéologie du Midi médiéval, 37‑38 (2019-2020), p. 275‑290, ici p. 283.
37 L. Schneider, « Le château avant le château ou le défi réel du temps long (vie-xie siècles) : quelques repères en guise d’introduction », Patrimoines du Sud, 10 (2019), en ligne [https://journals.openedition.org/pds/2638].
38 D. Martinez, « Entre plaine et montagne… », op. cit.
39 D. Martinez et al., « L’église paléochrétienne de l’établissement fortifié… », op. cit. ; C. Gay et D. Martinez, « Des objets en contexte d’habitat élitaire… », op. cit.
Haut de pageTable des illustrations
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| Titre | Fig. 1 – Localisation du site de La Couronne (fond : carte du relief, mise à jour août 2016, https://www.geoportail.gouv.fr/carte, IGN 2024 ; DAO D. Martinez). |
| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25070/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 616k |
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| Titre | Fig. 2 – Plan de masse du site de La Couronne (relevé topographique J. Ducreux ; DAO D. Martinez et O. Veissière). |
| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25070/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 476k |
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| Titre | Fig. 3 – Proposition d’évolution du site de La Couronne entre le ve et le viiie siècle (DAO D. Martinez). |
| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25070/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 344k |
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| Titre | Fig. 4 – Les niveaux de démolition en différentes zones du site de La Couronne (DAO D. Martinez et O. Veissière ; cl. D. Martinez). |
| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25070/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 564k |
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| Titre | Fig. 5 – La tombe d’époque carolingienne au nord de l’église (DAO D. Martinez ; cl. R. Monod et D. Martinez). |
| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25070/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 572k |
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| Titre | Fig. 6 – Plan des vestiges des ixe-xe siècles (relevé topographique J. Ducreux ; DAO D. Martinez et O. Veissière). |
| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25070/img-6.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 448k |
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| Titre | Fig. 7 – Plan des vestiges des xie-xiie siècles (relevé topographique J. Ducreux ; DAO D. Martinez et O. Veissière). |
| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25070/img-7.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 440k |
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| Titre | Fig. 8 – Les bâtiments carolingiens à l’extrémité sud-est de l’établissement fortifié (DAO A. Gagne, C. Besse et D. Martinez). |
| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25070/img-8.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 152k |
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| Titre | Fig. 9 – Les bâtiments sur poteaux plantés d’époque carolingienne en partie centrale du site (DAO A. Lafont-Chardin, C.-D. Rosa-Matton, D. Martinez). |
| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25070/img-9.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 408k |
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| Titre | Fig. 10 – Coupes stratigraphiques du quart sud-est de la motte castrale (DAO et cl. D. Martinez). |
| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25070/img-10.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 264k |
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| Titre | Fig. 11 – Les vestiges du xie siècle à l’extrémité ouest de l’établissement fortifié (DAO D. Martinez ; cl. O. Veissière et D. Martinez). |
| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25070/img-11.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 616k |
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| Titre | Fig. 12 – Vue en coupe du fossé barrant la motte castrale à l’ouest (cl. A. Gagne). |
| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25070/img-12.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 716k |
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| Titre | Fig. 13 – Les bâtiments du xie siècle en partie centrale du site (DAO A. Lafont-Chardin, C.-D. Rosa-Matton et D. Martinez). |
| URL | http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25070/img-13.jpg |
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Pour citer cet article
Référence électronique
Damien Martinez, Anna Lafont-Chardin et Anne Gagne, « Le site de La Couronne (Molles, Allier) du ixe au xie siècle : une fortification sur les marges de l’Auvergne », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA [En ligne], 30.1 | 2026, mis en ligne le 01 juillet 2026, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cem/25070 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16mac
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