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Point de vue

De la théorie à la pratique : le chantier pictural médiéval à la lumière d’un chantier récent

Claire Boisseau

Notes de la rédaction

Historique
Reçu : 25 août 2025 – Accepté : 17 février 2026

Texte intégral

  • 1 Nous entendons par « mise en œuvre » les différentes étapes de réalisation d’une peinture murale so (...)
  • 2 Notamment : H. Focillon, Peinture romanes des églises de France, Paris, 1967 ; É. Mâle, « La peintu (...)
  • 3 Principalement : A. Leturque, « Sensim per partes discuntur quaelibet artes… Chaque art s’apprend l (...)
  • 4 Concernant les apports de la démarche expérimentale en histoire de l’art, voir : J. Elkins, « Histo (...)
  • 5 Le chantier a été observé par l’autrice : quotidiennement entre le 3 et le 12 février 2025, puis lo (...)

1Depuis la redécouverte des peintures murales médiévales au xixe siècle, l’étude technique est longtemps restée l’angle mort de l’historiographie. Davantage préoccupés par l’iconographie des œuvres ou par des considérations purement formelles, propices à des regroupements stylistiques, beaucoup d’auteurs du xxe siècle ont laissé de côté la réflexion sur les pratiques picturales, c’est-à-dire sur les procédés matériels de mise en œuvre1. Les peintures murales dites romanes, attribuées aux xie-xiie siècles, étaient également maladroitement classées en peintures à fond clair ou à fond sombre, dans une perspective d’étude esthétique du medium pictural, sans porter de plus ample intérêt à leur mise en œuvre2. L’approche plus concrète, développée ces dernières décennies, permet une meilleure prise en compte de ces données matérielles, rendues accessibles, notamment, par le relevé stratigraphique et l’analyse physico-chimique3. Si la connaissance de la technique picturale a largement progressé, spécialement celle des pigments, des matériaux et des procédés d’application, la matière elle-même demeure lointaine et distante, au point que les enjeux propres au chantier pictural médiéval sont difficiles à cerner pour un spécialiste du xxie siècle. Sur ce point, l’analyse outillée des œuvres conservées fournit de plus amples informations. L’intelligence des gestes du peintre et des enjeux matériels qu’il rencontre peut toutefois être facilitée par l’observation d’un peintre au travail sur son chantier. Ces éléments d’observation peuvent ensuite être comparés aux sources techniques médiévales4. Telle est l’opportunité qui s’est présentée à l’occasion de la réalisation a fresco d’une Vierge à l’enfant à Mérigny, dans l’Indre, par une équipe de deux peintres, qu’il nous fut possible d’observer au travail quotidiennement pendant deux semaines, en février 2025 (fig. 1)5.

Fig. 1 – Vierge Hodigitria de Mérigny (cl. C. Boisseau).

Fig. 1 – Vierge Hodigitria de Mérigny (cl. C. Boisseau).

1. Contexte et commande

  • 6 G. Babic, « Les images byzantines et leurs degrés de signification : l’exemple de l’Hodigitria », i (...)

2La fresque observée a été réalisée entre le 3 et le 23 février 2025 dans l’église Notre-Dame-du-Rosaire de Mérigny, commune de l’Indre, frontalière de la Vienne, localisée à 10 km au nord - nord-est de l’abbatiale de Saint-Savin-sur-Gartempe. Il s’agit d’une Vierge à l’enfant du type byzantin dit Hodigitria – Vierge montrant le chemin –, particulièrement répandue en Orient6. Elle tire son nom du geste qu’elle adresse à son enfant. Elle est ici figurée en pied, inscrite dans une bordure décorée d’une frise à rubans pliés entrecroisés. L’inscription latine Virgo singularis iter para tutum [Vierge sans pareille, prépare-nous un chemin sûr] occupe la bordure inférieure. Ces deux vers, tirés de l’Ave Maris Stella attribué à Venance Fortunat, insistent sur le thème du chemin. Placée au-dessus de l’autel de la chapelle latérale nord, dédiée à la Vierge, la fresque en rappelle la dédicace.

3La commande émanait de la communauté religieuse assurant le service paroissial de l’église Notre-Dame du Rosaire, la Fraternité de la Transfiguration. Fondée en 1970, la vocation propre de cette communauté est d’œuvrer à l’unité de l’Église, notamment par le dialogue avec les Églises d’Orient, suivant l’initiative de leur inspirateur, Vladimir Ghika (1873-1954).

1.1. Constitution de l’équipe

  • 7 Sœur Josépha-Marie a suivi plusieurs stages de dessin au cours de son adolescence. À son arrivée la (...)
  • 8 Michel Brillaud, fresquiste à Bressuire, a appris la technique de la fresque au Centre internationa (...)

4L’une des sœurs de la communauté, sœur Josépha-Marie, a été mandatée pour réaliser la figure de la Vierge. Précédemment7, elle avait déjà contribué à la réalisation d’une fresque en 2016, sur un support similaire (mur de parpaings), dans la chapelle privée d’une école des Deux-Sèvres. Elle s’était également entraînée sur les murs du garage de sa communauté en réalisant une Vierge inspirée de l’Annonciation de Rocamadour (xiie siècle), en 2014, sous la supervision de Michel Brillaud, artisan formé au Centre international d’art mural [CIAM] de Saint-Savin-sur-Gartempe, et un ange réalisé seule en 2015. Pour la fresque de Mérigny, sœur Josépha-Marie a bénéficié de l’expertise et des conseils de Marie-Cécile Froment, maître fresquiste, également iconographe, qui fut formatrice au CIAM8.

  • 9 Sa formation artistique, qui remonte à l’enfance, s’est poursuivie à l’âge adulte avec l’année de p (...)

5En vue du chantier de Mérigny, elle s’est adjoint les services d’une assistante occasionnelle, Claire Weismann, artiste peintre travaillant à son compte. Novice en matière de fresque, cette dernière est également iconographe, technique apprise et approfondie auprès de divers maîtres depuis 2013. Sa formation artistique remonte à l’enfance, mais il s’agissait de son premier chantier de fresque9.

6L’équipe fut complétée par deux maçons : un premier maçon, artisan à son compte, qui les assista pour la préparation du mur, et une sœur habituée des travaux manuels, sœur Marie-Solange, qui avait déjà été auxiliaire maçon lors de la réalisation de la fresque en 2016. Son statut religieux lui permettait d’avoir des horaires plus souples que le maçon de métier, sollicité uniquement en amont pour la préparation du mur.

  • 10 André de Fleury, Vie de Gauzlin, abbé de Fleury : Vita Gauzlini, abbatis Floriacensis monasterii, é (...)
  • 11 J. Wirth, L’image à l’époque romane, Paris, 1999, p. 61-66 ; E. Castlenuovo (dir.), Artifex buonus  (...)

7D’une certaine manière, la constitution de l’équipe et le processus de commande observés à Mérigny rejoignent ce que certaines sources médiévales rapportent pour les xie-xiie siècles, puisque c’est un membre de la communauté, en l’occurrence une sœur, dotée d’un savoir-faire pictural et formée durant ses années de vie religieuse, qui reçoit la responsabilité du chantier. Or, en dépit d’une lacune documentaire évidente pour les xie-xiie siècles, la plupart des mentions de peintres dans les textes médiévaux évoquent des clercs, moines ou non, chargés de réaliser un décor peint. Par exemple, la Vita Gauzlini cite un moine de Saint-Julien de Tours sollicité pour réaliser un décor peint en l’abbaye de Fleury, sous l’abbatiat de Gauzlin10. Dans certains cas, comme pour le serf Foulques, signant une convention avec Girard, abbé de Saint-Aubin d’Angers, au xiie siècle, le peintre peut être un laïc, mais ses services sont attachés à une abbaye ou à une communauté fixe11.

1.2. Le choix de la thématique et de la technique

8Initialement, le commanditaire souhaitait une Vierge en buste, peinte au-dessus de l’autel. En tenant compte de la vocation propre de la communauté, tournée vers l’Orient, sœur Josépha-Marie fit plusieurs propositions de Vierges byzantines : une Vierge orante en pied ; une Vierge Hodigitria, en pied également ; et une Vierge byzantine trônant, conciliant à la fois les attributs de la Vierge dans l’iconographie byzantine (maphorion pourpre) et le trône sur lequel elle siège dans l’iconographie médiévale latine. Le choix du commanditaire a finalement porté sur l’Hodigitria, plus proche des icônes auxquels la communauté ainsi que les fidèles sont habitués.

  • 12 Le choix de la thématique et de la technique a été discuté en amont par Sœur Josépha-Marie avec Mar (...)

9Ce choix iconographique reflète donc la double formation d’iconographe et de fresquiste de sœur Josépha-Marie, en lien avec la vocation propre de sa communauté, mais également sa volonté de manifester, par cette fresque, un double héritage pictural : un premier héritage local, à la fois poitevin et berrichon, en référence à la peinture romane, qui justifiait le motif ornemental des rubans pliés entrecroisés ; et un héritage byzantin, lié à la vocation propre de la communauté commanditaire, tournée vers l’Orient. Enfin, la technique de la fresque, qui s’est imposée en raison du contexte monumental12, facilitait également la référence à la peinture romane, dont les conventions formelles, antiquisantes, rejoignent les canons byzantins, eux-mêmes issus des canons antiques et encore utilisés aujourd’hui pour l’écriture des icônes. Le style romano-byzantin assumé pour cette Vierge Hodigitria fait qu’elle se prête idéalement à une observation par des spécialistes de la peinture médiévale, puisque les choix formels appellent un geste qui peut être rapproché de ceux des peintres des ensembles traditionnellement qualifiés de « romans ». Au-delà du bénéfice d’observer des peintres à l’œuvre, l’intérêt des observations faites sur ce chantier résidait dans la proximité formelle et technique entre les peintures murales des xie-xiie siècles et la fresque réalisée à Mérigny. C’est ce que nous allons montrer en nous référant, chaque fois que cela sera pertinent, à des sources écrites et peintes de l’époque romane.

2. Organisation du chantier : équipe, installation et répartition des tâches

10Précisons que ce chantier était réduit – il s’agissait uniquement de réaliser cette Vierge à l’enfant – en comparaison de la réalisation collective d’un ensemble médiéval d’envergure, comme celui de Saint-Savin, ou, plus humble, comme ceux de Méobecq ou de Brinay, qui tous incluent des cycles narratifs et un nombre plus ou moins important de figures. La Vierge de Mérigny s’apparente davantage à une image de dévotion isolée qu’à un ensemble peint, plus élaboré, réparti en chaque espace de l’édifice.

2.1. Installation matérielle : échafaudage et éclairage

11Un unique échafaudage, dont le positionnement du plateau était réglable en fonction de la hauteur, fut installé contre le mur. Tout autour, différentes tables permettaient de disposer les pigments, pinceaux ainsi que la documentation nécessaire à la poursuite du chantier, à savoir des ouvrages de référence, les notes et travaux préalables de sœur Josépha-Marie et des modèles existants. De part et d’autre de l’échafaudage, des ébauches en taille réelle, réalisées en amont au crayon ou à l’aquarelle, étaient dressées de manière que les peintres s’y réfèrent visuellement sans descendre de l’échafaudage. Enfin, le dispositif d’éclairage de la chapelle avait été revu par l’ajout d’une source lumineuse au-dessus de la fresque (fig. 2). La taille du chantier facilitait l’organisation : il ne fut pas nécessaire de déplacer l’échafaudage et l’éclairage.

Fig. 2 – Organisation du chantier, vue générale (cl. C. Boisseau).

Fig. 2 – Organisation du chantier, vue générale (cl. C. Boisseau).
  • 13 F. Guizard, « Retour sur un monstre marin au Moyen Âge : la baleine », in A. Gautier et C. Martin ( (...)
  • 14 C. Vincent, « Fiat lux » : lumière et luminaires dans la vie religieuse en Occident du xiiie siècle (...)

12Aux xie-xiie siècles, il en allait autrement et la question de l’éclairage se posait en des termes très différents. Naturellement la lumière du jour assurait une part de luminosité non négligeable, mais elle ne suffisait pas. Comment le chantier était-il éclairé lorsque la nuit ou le temps pluvieux obscurcissait l’édifice, ou encore lorsque l’édifice lui-même, comme Notre-Dame-la-Grande de Poitiers, était percé d’un faible nombre de baies ? Quelques textes hagiographiques, tels que la Vita Filiberti, laissent entendre que la graisse de baleine ou de phoque pouvait être utilisée comme combustible pour assurer l’éclairage au sein des abbayes13. On se reportera pour d’autres matières (huile, cire…) aux premiers chapitres de l’ouvrage essentiel de Catherine Vincent14.

2.2. Répartition des tâches

  • 15 La journée type était la suivante : 08 h 00 pose de l’enduit pas la sœur maçon, 10 h 00-13 h 00 ou (...)
  • 16 I. Bonzom, La fresque, art et technique, Paris, 2010. Cet ouvrage a servi de référence aux sœurs de (...)

13L’équipe était composée de trois intervenantes entre lesquelles les différentes tâches étaient réparties : la sœur maçon (sœur Marie-Solange) procédait chaque matin à la préparation du mur avant que la sœur peintre (sœur Josépha-Marie) et son assistante (Claire Weismann) ne commencent à peindre, idéalement vers dix heures15. Cette répartition des tâches présentait l’avantage de faciliter le travail des peintres puisque le travail de maçonnerie préalable est particulièrement physique et fatigant. La technique de la fresque implique de peindre sur un enduit frais, c’est-à-dire tout juste posé. Le phénomène de carbonatation qui s’ensuit fixe la couche picturale sur l’enduit la rendant ineffaçable16. Il faut donc quotidiennement enduire la portion de mur à peindre, puis la peindre dans la journée. Si le partage des tâches rendait le travail des peintres plus confortable, sœur Josépha-Marie vérifiait toutefois la texture de l’enduit et procédait elle-même à son lissage, avant de peindre.

  • 17 Il est d’usage en peinture murale d’emprunter les termes techniques italiens en raison de la redéco (...)

14Du fait de la technique de la fresque, la réalisation de la Vierge était divisée en giornatae, c’est-à-dire en journées de travail17. Initialement cinq journées étaient programmées, mais les contraintes liées au séchage de l’enduit prolongèrent le chantier au-delà du 12 février, date de fin du chantier prévue initialement. Les cinq giornatae initiales furent revues (fig. 3).

Fig. 3 – Calcul des giornatae (cl. C. Boisseau).

Fig. 3 – Calcul des giornatae (cl. C. Boisseau).

15Certaines portions de fresques furent également détruites pour être peintes à nouveau le lendemain en raison d’une mauvaise réaction de l’enduit qui sonnait creux, signe d’un problème dans sa préparation. Ce type de revirement lié à la réaction de la matière fait partie des aléas d’un chantier. Le travail peut être très rapide ou beaucoup plus lent dès lors que les matériaux requis ne sont pas adaptés ou qu’il existe des défauts dans leur préparation. Le temps de carbonatation de l’enduit peut, en effet, être très rapide (deux heures) ou plus lent (huit heures).

16Concernant la fresque de Mérigny, le calcul initial des giornatae tenait compte de la participation de Claire Weismann, assistante peintre chargée de réaliser la frise ornementale, tandis que sœur Josépha-Marie, plus expérimentée, réalisait les personnages. La découpe irrégulière des plages d’enduit s’explique par la prise en compte du nombre d’intervenants simultanément présents sur l’échafaudage. Hors cas exceptionnels, une portion de la frise a toujours été incluse dans une giornata. Ponctuellement, lorsque le temps venait à manquer, Claire Weismann réalisait quelques aplats sur les personnages.

2.3. Collaboration sur le chantier

17En dépit de la répartition nette des rôles, la hiérarchie entre les différentes intervenantes n’était pas stricte. Sœur Josépha-Marie était responsable du chantier et c’est à elle qu’était confiée la réalisation de la fresque. Pour l’occasion, elle constitua son équipe et supervisa la préparation en amont. Son expérience de la technique de la fresque en faisait, de fait, la cheffe de chantier. Connaissant les principes de maçonnerie nécessaires à la réalisation de la fresque, elle conseillait sœur Marie-Solange sur la pose du mortier et de l’enduit, qu’elle lissait elle-même. Concernant ses rapports avec son assistante, Claire Weismann, qui découvrait la technique de la fresque, se référait régulièrement à sœur Josépha-Marie pour comprendre les réactions de la matière et doser la dilution des pigments. Son regard propre, lié à sa formation artistique préalable, lui permettait toutefois de conseiller sœur Josépha-Marie en lui faisant part du rendu des personnages depuis le sol.

  • 18 Sur la notion d’atelier et ses limites pour documenter la réalité des chantiers médiévaux, voir : P (...)

18Il s’agissait donc d’une collaboration, plus proche du fonctionnement d’une équipe d’artisans œuvrant de concert sur un même chantier que d’une école de peinture moderne, où un maître enseigne son élève et l’aide à développer son propre style18. L’équipe réunie opportunément pour ce chantier ne constituait pas un atelier. L’apprentissage était de nature technique et non stylistique, le but étant de découvrir une nouvelle technique picturale.

  • 19 P. Deschamps et M. Thibout, La peinture murale en France, le haut Moyen Âge et l’époque romane, Par (...)
  • 20 A.-N. Didron, Manuel d’iconographie chrétienne grecque et latine, Paris, 1865. Anne Leturque offre (...)

19L’organisation sur le chantier n’avait donc rien de comparable à l’organisation d’un chantier médiéval, tel que supposée par Paul Deschamps et Marc Thibout. Actant la rapidité d’exécution que nécessite la technique de la fresque, ces deux auteurs décrivent un système d’atelier dirigé par un maître assisté de ses élèves. La répartition des tâches correspondantes attribue au maître la réalisation du dessin préparatoire en amont, puis des finitions après la pose des aplats principaux par ses élèves19. La réalité du chantier de Mérigny était très différente également de la description que donne Adolphe-Napoléon Didron du travail des peintres iconographes au mont Athos. Sous sa plume, le maître iconographe est le décalque de l’artiste moderne, figure centrale qui maîtrise son art et autour de laquelle gravite une foule de préparateurs20.

20Certes, la coordination d’une équipe de trois ou d’une équipe de dix personnes peut influer sur les rapports d’autorité entre les différents intervenants d’un chantier. Il semble toutefois peu probable qu’un nombre élevé de peintres puissent être formés simultanément sur un chantier, à la manière du maître enseignant son élève à l’époque moderne. La formation de l’artiste au sein de ces ateliers implique un investissement qui limite le nombre d’élèves à encadrer simultanément. Le constat factuel, notamment dans la nef de Saint-Savin, du travail simultané de plusieurs peintres, oblige à penser le chantier médiéval en termes de collaborations entre artisans plutôt qu’en termes de hiérarchies d’apprentissage. En dépit du faible nombre d’intervenants, comparé à ce que l’on suppose pour Saint-Savin, le chantier de Mérigny fournit quelques clés de compréhension de la réalité d’un chantier médiéval en donnant à voir des rapports hiérarchiques éloignés de ceux que l’histoire de l’art a coutume d’imaginer pour la période médiévale.

3. La mise en œuvre : étapes et observations

3.1. La préparation du mur

21Le mur est d’abord préparé en quatre étapes afin de s’assurer de la bonne accroche de la fresque : piquetage, pose du gobetis une semaine avant, puis du mortier (arricio) la veille, et enfin de l’enduit (intonaco) le jour même (fig. 4). Les matériaux constituant le mur sont pris en compte dans la préparation, car certaines pierres ou certains supports comme le bois absorbent rapidement l’humidité, entraînant un temps de séchage et une carbonatation plus rapide. Le gobetis, l’arricio et l’intocano sont tous trois composés de sable et de chaux dans des proportions différentes.

Fig. 4 – Lissage de l’enduit (cl. C. Boisseau).

Fig. 4 – Lissage de l’enduit (cl. C. Boisseau).
  • 21 Il est communément admis qu’en dessous de 8 °C la fresque ne prend pas.

22Le peintre ne peut intervenir que lorsque l’enduit a commencé à durcir. S’il est trop mou, le peintre arrache l’enduit avec son pinceau. Pour déterminer s’il était prêt à l’emploi, les sœurs procédaient au test de la feuille : si la feuille tient sur l’enduit c’est qu’il est encore trop humide, si la feuille s’envole alors l’enduit est prêt à l’emploi. En revanche, si l’enduit est déjà trop dur et que le peintre tarde à peindre alors la carbonatation ne prendra pas et le peintre devra utiliser un liant pour réaliser ou terminer son travail a secco. Le temps d’action dépend d’un nombre de facteurs difficiles à anticiper qui requièrent une vigilance constante. Le temps de séchage et la réaction de la matière sont autant liés à la qualité des matériaux employés et à leur préparation qu’à la saison et au temps qu’il fait. En hiver, l’enduit sèche moins vite et les températures compliquent le travail des peintres, pour lesquels il est très difficile d’intervenir rapidement avec des doigts gelés21.

  • 22 Le maçon de métier sollicité pour la préparation du mur n’avait pas conscience des contraintes liée (...)

23Sur le chantier de Mérigny, les aléas furent nombreux. À plusieurs reprises, l’enduit trop humide sécha difficilement au point qu’il fut parfois nécessaire de s’aider d’un déshumidificateur d’air pour accélérer le processus. Le temps pluvieux augmentait le taux d’humidité dans l’air, ralentissant l’absorption de l’humidité par le mur, mouillé à l’extérieur. Certains jours, il fallait attendre près d’une journée pour peindre. D’autres jours, l’enduit faisait des bulles lors du lissage, s’affaissait, ou finissait par sonner creux une fois peint, ce qui nécessitait la destruction de tout ou partie de certaines giornatae. Plus rarement, la carbonatation de l’enduit était trop rapide, nécessitant de terminer à la caséine, c’est-à-dire a secco. La plupart des difficultés rencontrées sur le chantier de Mérigny furent liées aux matériaux modernes utilisés pour la construction du mur, en l’occurrence le parpaing, fortement déconseillé pour la fresque en raison de sa forte porosité. Réaliser une fresque sur un mur en parpaings nécessite d’appliquer une résine spécifique qui freine l’absorption de l’humidité par le mur sans l’empêcher totalement22.

24L’observation des multiples complications liée à la maçonnerie laisse entendre que la technique mixte, en partie a fresco, en partie a secco, c’est-à-dire sur enduit sec, avec un liant, peut résulter d’une adaptation du peintre à la matière du support comme de l’enduit, et non d’un choix technique. À Mérigny, il était possible de détruire certaines plages d’enduit pour les recommencer le lendemain et réaliser ainsi une véritable fresque comptant uniquement quelques retouches a secco. Dans le cadre d’un chantier plus ambitieux, il est difficile d’imaginer les peintres recommencer ainsi leur travail dans le seul et unique but de respecter la plus pure technique a fresco, préoccupation anachronique pour la période médiévale, la pureté technique n’étant pas la préoccupation majeure des artisans du Moyen Âge.

  • 23 Sur cette question voir A. Marzais, « Peindre sur les murs en Touraine au Moyen Âge (xie-xve siècle (...)
  • 24 Concernant la nef, voir P. Hugon et D. Martos, « Étude scientifique des peintures murales de Saint- (...)

25Cela interroge donc le choix des peintres médiévaux de recourir à la technique mixte, issue de la fresque, mais terminée a secco. Celle-ci résulte en partie d’un choix qui permet de contourner des contraintes propres à la fresque, notamment en facilitant l’utilisation de certains pigments comme le minium, qui réagit mal au contact de la chaux contenue dans l’enduit23. Elle peut résulter également d’une adaptation des peintres à la réaction de la matière : la technique mixte est évidemment plus confortable lorsqu’il s’agit de réaliser un ensemble incluant des giornatae de plusieurs mètres. Sur les chantiers médiévaux, les sources lumineuses qui s’ajoutaient à la lumière du jour étaient également des sources de chaleur, elles impactaient donc très certainement le temps de séchage en le facilitant pendant l’hiver ou, au contraire, en l’accélérant considérablement pendant l’été. Enfin, outre la météo, le temps de séchage pouvait varier selon la hauteur de la zone à peindre par rapport au sol et éventuellement la proximité d’un point d’eau, source d’humidité. Autant de paramètres difficiles à anticiper sur un chantier qui pourraient expliquer, au moins en partie, l’absence d’homogénéité technique observée sur certains ensembles particulièrement ambitieux, telle que la nef de Saint-Savin-sur-Gartempe, où la proportion de peinture a fresco et a secco est variable selon les scènes. On remarque également l’utilisation ponctuelle de badigeons par-dessus l’enduit, ce qui atteste d’une forme d’empirisme, du moins pour ce chantier-ci. Cette adaptation aux contraintes matérielles propres à l’édifice n’est toutefois pas toujours observable sur d’autres sites contemporains, ni même dans les autres espaces de l’abbatiale de Saint-Savin (crypte, tribune, vestibule)24. Seule une étude systématique des enduits, mortiers et des matériaux utilisés pour la construction du mur, apporterait un éclairage certain sur cette question.

3.2. Le transfert du dessin

26Une fois l’enduit prêt et lissé, la première étape est le transfert du dessin sur le mur (fig. 5 et 6).

Fig. 5 – Transfert du dessin par piquetage (cl. C. Boisseau).

Fig. 5 – Transfert du dessin par piquetage (cl. C. Boisseau).

Fig. 6 – Transfert du dessin par incisions (cl. C. Boisseau).

Fig. 6 – Transfert du dessin par incisions (cl. C. Boisseau).

27Le dessin est réalisé en taille 1 sur un papier transparent, de type papier-calque, préalablement piqueté au niveau de la frise. Après l’avoir positionné sur l’enduit, l’assistante peintre utilise une poupée, c’est-à-dire un sachet d’ocre, avec lequel elle tapote doucement le calque pour transposer le dessin sur l’enduit. Pour les visages des personnages, plus délicats à transposer, la technique des incisions a été retenue : sœur Josépha-Marie redessinait les traits du visage sur le papier avec un crayon pointu en appuyant suffisamment pour que le dessin s’imprime dans l’enduit sous la forme d’incisions peu profondes. Une fois transposé sur l’enduit, le dessin était repris à l’ocre rouge ou jaune, c’est ce que l’on appelle le dessin préparatoire (sinopia ; fig. 7).

Fig. 7 – Reprise du dessin préparatoire à l’ocre jaune (cl. C. Boisseau).

Fig. 7 – Reprise du dessin préparatoire à l’ocre jaune (cl. C. Boisseau).
  • 25 A. Leturque, « Concevoir et réaliser un décor monumental au Moyen Âge en Catalogne : l’exemple de S (...)
  • 26 L.-B. Bord et B. Pilot, « Le banquet d’Hérode de l’abbaye Saint-Martin de Ligugé, contribution à l’ (...)

28Le papier-calque utilisé à Mérigny est évidemment anachronique si l’on conserve notre comparatif avec la période médiévale. Anne Leturque évoque l’utilisation de condermenia fectum de carta, c’est-à-dire de patrons, pochoirs ou gabarits en carton facilitant la reproduction de certains motifs ornementaux, tel que l’autrice l’a observé sur les lions affrontés de Saint-Michel de Cruïlles en Catalogne25. Les patrons pouvaient aussi être réalisés en cuir et réemployés sur d’autres chantiers. Si le recours à des patrons ou pochoirs est facilement envisageable pour les motifs ornementaux destinés à être répétés au sein d’un même édifice, l’existence de patrons figuratifs est moins certaine. L’on suppose son usage à la voûte de Saint-Savin et dans la tribune (fig. 8) pour dessiner la silhouette de certains personnages, notamment ceux à l’attitude dansante, mais aussi pour les bustes de personnages trônant à Saint-Savin et à Ligugé (fig. 9)26.

Fig. 8 – Attitudes dansantes, abbaye de Saint-Savin.

Fig. 8 – Attitudes dansantes, abbaye de Saint-Savin.

De gauche à droite :
• disciple du Christ, déploration du Christ, tribune, mur sud (CESCM, cl. L.-O. Crosland) ;
• ange portant un médaillon, tribune, intrados nord (CESCM, cl. L.-O. Crosland) ;
• ange portant un médaillon, tribune, intrados sud (CESCM, cl. L.-O. Crosland) ;
• Dieu donnant ses consignes à Noé, nef, registre supérieur, côté nord (CESCM, cl. Brouard) ;
• Dieu face à la tour de Babel, nef, registre supérieur, côté sud (CESCM, cl. Brouard).

Fig. 9 – Bustes de personnages trônant, abbayes de Saint-Savin et de Ligugé.

Fig. 9 – Bustes de personnages trônant, abbayes de Saint-Savin et de Ligugé.

291. centurion trônant, tribune, abbaye de Saint-Savin (CESCM, cl. L.-O. Crosland) ;
2. Putiphar trônant, comparution de Joseph, nef, abbaye de Saint-Savin (CESCM, cl. Brouard) ;
3. Ladicius trônant, première comparution de Savin et Cyprien devant 4. Ladicius, crypte, registre supérieur, voûte nord (CESCM, cl. Brouard) ;
5. personnage attablé, banquet d’Hérode, ancien réfectoire, abbaye de Ligugé (CESCM, cl. Brouard).

  • 27 C. Sarrade, « Comprendre la technique des peintures romanes par le relevé stratigraphique », In Sit (...)

30Toutefois, en raison du coût de la matière première utilisée pour la confection de ces gabarits, en l’occurrence le cuir, chaque scène ne pouvait être intégralement réalisée en taille un en amont du chantier. Un travail aussi colossal aurait impliqué de respecter scrupuleusement le programme initial sans altération de l’iconographie retenue pour chaque scène. Or, l’étude de la voûte de la nef de Saint-Savin démontre que les repentirs et changements de partis pris iconographiques étaient fréquents27. Les patrons utilisés, si tant est que leur existence soit attestée, se limitaient donc plus probablement à la découpe d’une forme reproduisant la gestuelle ou la posture d’un personnage susceptible d’être répétée au sein d’un édifice – buste d’un personnage trônant (cf. fig. 9), jambes croisées d’un personnage debout (cf. fig. 8), etc.

3.3. Le choix des pigments et l’obtention des couleurs

31Le choix des pigments et l’obtention de certaines couleurs ont fait l’objet d’une réflexion en amont de la réalisation de la frise. Les peintres médiévaux procédaient par superposition de couleurs par transparence pour obtenir la couleur attendue. Sur le chantier de Mérigny, la proximité de Saint-Savin-sur-Gartempe a suscité l’envie, pour la frise perlée bordant le ruban, de trouver le pigment jaune dont le rendu coloré s’approcherait le plus de celui observé sur la même frise perlée à Saint-Savin. Sœur Josépha-Marie disposait d’un nuancier réalisé pour ses icônes. Elle procéda toutefois à un test chromatique sur enduit frais afin de déterminer lequel des pigments donnerait le jaune le plus proche de celui de Saint-Savin. Le choix s’est porté sur le « jaune de Mérigny », terre prélevée directement quelques années auparavant dans leurs fossés, préalablement lavée, décantée et broyée (fig. 10).

Fig. 10 – Broyage de la terre jaune de Mérigny (cl. C. Boisseau).

Fig. 10 – Broyage de la terre jaune de Mérigny (cl. C. Boisseau).
  • 28 P. Hugon et D. Martos, Saint-Savin. Abbaye, nef. Peinture murale de la voûte, xie-xiie siècle. Étud (...)

32Dans les environs de Mérigny, les terres sont de deux couleurs, jaune et rouge. On peut donc en inférer qu’au xie siècle les moines de Saint-Savin s’approvisionnaient localement en pigment. Dans cette perspective, il serait intéressant d’identifier la composition chimique de la terre locale pour la comparer avec le résultat des analyses physico-chimiques du jaune des peintures de Saint-Savin28, sachant que cette terre jaune apparaît dans la crypte, au niveau des marches (fig. 11). Pour la réalisation de la frise à Mérigny, le jaune a été rehaussé par un lavis verdâtre sous-jacent réalisé avec de la terre de Sienne verte (tab. 1).

Tab. 1 – Tableau récapitulatif des pigments utilisés.

Couleur

Pigment (appellation)

Fournisseur

Nature du pigment

Provenance

Rouge

caput mortuum

Paris, quai Voltaire (Sennelier)

pigment artificiel obtenu par calcination du sulfate de fer

ocre rouge de Puisaye

Paris, quai Voltaire (Sennelier)

ocre, terre naturelle composée d’oxyde de fer

terre de Puisaye (Bourgogne)

hématite pure de Puisaye

Paris, quai Voltaire (Sennelier)

ocre, terre naturelle composée d’oxyde de fer (hématite)

terre de Puisaye (Bourgogne)

rouge d’Ercolano

Paris, quai Voltaire (Sennelier)

terre naturelle composée d’oxyde de fer et de sulfate de calcium

terre de San Giovanni Ilarione Veneto (Italie)

terre de Sienne brûlée

Paris, quai Voltaire (Sennelier)

calcination de la terre de Sienne naturelle

terre de Sienne (Italie)

Cadmium pourpre

Paris, quai Voltaire (Sennelier)

Pigment minéral obtenu à partir du Sulfo-Sélémiure de Cadmium

Jaune

ocre Havane

Paris, quai Voltaire (Sennelier)

ocre, terre naturelle composée d’oxyde de fer (Kaolinite-Goethite)

terre du Vaucluse (Provence)

Ocre jaune claire

Old Holland

ocre, terre naturelle composée d’oxyde de fer (Kaolinite-Goethite)

Non précisée

terre de Sienne naturelle

Paris, quai Voltaire (Sennelier)

terre naturelle composée d’oxydes de fer

terre de Sienne (Italie)

terre jaune de Mérigny

aucun fournisseur commercial, production locale

terre naturelle, composition indéterminée

terre de Mérigny (Berry)

Vert

terre de Sienne naturelle verte

Leroux

terre naturelle composée d’oxyde de fer

terre de Sienne (Italie)

terre verte de Nicosie

Paris, quai Voltaire (Sennelier)

terre naturelle argileuse composée d’oxydes de fer et de silicates argileux

terre de Nicosie (Chypre)

Brun-marron

terre d’ombre naturelle, terre d’Italie

Paris, quai Voltaire (Sennelier)

terre naturelle composée d’oxyde de fer

terre d’Ombrie (Italie)

terre d’ombre brûlée, terre d’Italie

Paris, quai Voltaire (Sennelier)

calcination de la terre d’ombre brûlée

terre d’Ombrie (Italie)

Noir

noir de Vigne

Leroux

ceps de vigne calcinés

gris des Ardennes

Paris, quai Voltaire (Sennelier)

pigment naturel obtenu à partir des graviers calcaires des Ardennes

Ardennes (France)

Bleu

bleu de cobalt

Leroux

pigment synthétique composé d’aluminate et de cobalt

Blanc

blanc de Saint-Jean

aucun fournisseur commercial, production locale

recette artisanale à partir de chaux

Fig. 11 – Terre jaune visible dans la crypte de l’abbaye de Saint-Savin (cl. C. Boisseau).

Fig. 11 – Terre jaune visible dans la crypte de l’abbaye de Saint-Savin (cl. C. Boisseau).
  • 29 C. Cennini, Traité de la peinture, trad. française V. Mottez, Paris/Lille, 1858, p. 62-63. D’après (...)

33Sœur Josépha-Marie et Claire Weismann ont également utilisé le blanc de Saint-Jean (fig. 12), dont la recette est rapportée par Cennino Cennini29.

Fig. 12 – Broyage du blanc de Saint-Jean (cl. C. Boisseau).

Fig. 12 – Broyage du blanc de Saint-Jean (cl. C. Boisseau).
  • 30 Le blanc de Saint-Jean est une recette qui permet de travailler la chaux pour obtenir une pâte blan (...)

34Ce pigment s’obtient par un mélange de chaux aérienne et d’eau pour former une pâte consistante qu’il faut laisser sécher au soleil avant de la concasser et de la tamiser. La poudre obtenue doit de nouveau être mélangée à de l’eau et broyée à plusieurs reprises jusqu’à l’obtention d’un pigment fin. Avant d’utiliser le pigment ainsi obtenu, il faut à nouveau le broyer longuement avec une molette pour faire disparaître tous les petits grains de la pâte. La chaux ainsi travaillée limite le blanchiment du blanc après la pose, au contraire de ce qui survient avec le blanc de chaux ou chaux en pâte qui blanchit considérablement sur l’enduit30. En revanche, le blanc de Saint-Jean est particulièrement dur et long à broyer.

35Il faut également composer avec la contrainte que la peinture a fresco impose à d’autres types de pigments, notamment ceux servant aux couleurs bleues, particulièrement fragiles sur un enduit frais. Pour les stabiliser, il est nécessaire d’appliquer une sous-couche d’une autre couleur, généralement du vert ou du gris. Pour la Vierge de Mérigny, les peintres, avant de poser le bleu de cobalt, appliquèrent un premier lavis rouge, puis une couche plus opaque, mais transparente, de gris des Ardennes (cf. tab. 1). La superposition de ces deux couleurs a donné une teinte violet-bleu (fig. 13), avant même l’ajout du bleu de cobalt.

Fig. 13 – Teinte violet-bleu obtenue par superposition de rouge et de gris (cl. C. Boisseau).

Fig. 13 – Teinte violet-bleu obtenue par superposition de rouge et de gris (cl. C. Boisseau).
  • 31 Théophile, Essai sur divers arts en trois livres, trad. française A. Blanc, Paris, 1980, p. 22, 30 (...)
  • 32 C. Coupry et B. Palazzo-Bertholon, « Les pigments verts, jaune et bleu dans les peintures de la fin (...)

36L’effet d’optique constaté concorde avec certains bleus optiques identifiés sur quelques ensembles peints des xie-xiie siècles, comme à Nohant-Vic, Tavant ou Rochecorbon. Les analyses physico-chimiques signalent notamment la présence de noir de charbon, de blanc, et parfois d’une infime part de rouge, donnant un résultat gris-bleu proche de la veneda citée par le moine Théophile31. Le bleu optique observé sur ces différents sites pourrait donc résulter d’une éventuelle disparition du pigment bleu réalisé a secco, ou bien du choix ingénieux des peintres de recourir à la recette de la veneda pour compenser l’absence de pigment bleu32.

3.4. La mise en couleur (frise et visage de la Vierge)

  • 33 Le verdaccio désigne un mélange de couleur verdâtre utilisé en sous-couche totale ou partielle pour (...)

37La technique de la fresque implique de procéder par couches de couleurs successives plus ou moins transparentes. Cette superposition vise à obtenir des teintes particulières : une sous-couche jaune pour un rouge plus éclatant, une sous-couche grise pour un bleu plus stable et plus sombre. Selon la dilution du pigment, on parle de lavis – couche très transparente – ou d’aplat – couche plus opaque, mais légèrement transparente. La pose d’un verdaccio33 en sous-couche au niveau des ombres permet de suggérer la profondeur. Les lumières et les graphismes constituent les finitions.

38La frise perlée a été réalisée en alternance avec le ruban (fig. 14 et tab. 2). Une sous-couche verte a été posée avant le jaune et une sous-couche jaune avant le rouge. Les perles ont été ajoutées en dernier au blanc de Saint-Jean, parfois à l’aide de caséine –fromage blanc – ou de blanc d’œuf sur un enduit déjà sec.

Fig. 14 – Principales étapes de la mise en œuvre de la frise (cl. et DAO C. Boisseau).

Fig. 14 – Principales étapes de la mise en œuvre de la frise (cl. et DAO C. Boisseau).

1. verdaccio, lavis rouge des interstices et reprise des graphismes ;
2. aplats rouge et vert du ruban ;
3. aplat gris des interstices (teinte bleutée obtenue) ;
4. aplats rouge et vert du ruban (seconde couche) ;
5. aplat bleu des interstices ;
6. reprise des graphismes ;
7. lumières ;
8. croix.

Tab. 2 – Tableau récapitulatif des étapes de mise en couleur de la frise ornementale.

Étape

Couche picturale

Zone peinte

Pigment utilisé/outil

1

transfert du dessin

frise

poupée d’ocre jaune, calque piqueté

2

dessin préparatoire

frise

ocre jaune

3

verdaccio

plis des rubans, zones d’ombre

blanc de Saint-Jean, ocre jaune et noir de vigne dilués dans l’eau

4

lavis rouge

interstices des rubans

terre rouge Ercolano

5

aplat rouge

ruban rouge

terre rouge Ercolano

6

aplat vert

ruban vert

terre verte de Nicosie

7

aplat léger gris

interstices des rubans

gris des Ardenne

8

graphismes

bords des deux rubans

terre d’ombre et Ercolano sur le ruban rouge ; gris des Ardennes et Nicosie sur le ruban vert

9

second aplat rouge et vert

ruban rouge et ruban vert

terre rouge Ercolano ; terre verte de Nicosie

10

aplat bleu

interstices des rubans

bleu de cobalt

11

lumières

ruban rouge et ruban vert

terre verte de Nicosie et blanc de Saint-Jean pour le vert ; terre rouge et blanc de Saint-Jean pour le rouge

12

croix

dans les interstices

noir de vigne

39La mise en œuvre des visages a été particulièrement élaborée (fig. 15 et tab. 3). Outre les étapes habituelles du verdaccio, des lumières et des graphismes, un soin tout particulier a été accordé au traitement des carnations, dégradées en trois teintes distinctes obtenues à partir de blanc de Saint-Jean et d’ocre jaune mélangés en trois proportions différentes : carnations foncées aux extrémités du visage, près des ombres qu’elles recouvrent par endroits ; carnations moyennes, couleur intermédiaire ; et carnations claires, au centre du visage, proches des lumières. Elles ont été posées en lignes successives, juxtaposées pour suggérer le modelé et estomper les tracés. Les visages n’ont jamais été réalisés seuls sur une giornata, une partie des vêtements a été ajoutée. Quelques retouches ont été réalisées le lendemain à la caséine.

Fig. 15 – Principales étapes de la mise en œuvre du visage de la Vierge (cl. et DAO C. Boisseau).

Fig. 15 – Principales étapes de la mise en œuvre du visage de la Vierge (cl. et DAO C. Boisseau).

Tab. 3 – Tableau récapitulatif des étapes de mise en couleur du visage de la Vierge.

Étape

Couche picturale concernée

Zone peinte

Pigment utilisé/outil

1

transfert du dessin

visage et vêtement

incisions sur le calque

2

dessin préparatoire

visage et vêtement

ocre jaune

3

lavis brun-vert

fond de scène

terre de Sienne verte

4

verdaccio

ombres du maphorion et du visage

blanc de Saint-Jean, ocre jaune et noir de vigne dilués dans l’eau

5

second lavis brun-vert

fond de scène

terre de Sienne verte

6

graphisme

inscriptions et pourtour du nimbe

cadmium pourpre

7

ombres bleues

vêtement

bleu de cobalt

8

graphismes

visage ; manteau ; galon du maphorion

terre de Sienne naturelle ; caput mortuum et terre d’ombre brûlée ; cadmium

9

carnations

visage

trois dosages distincts : carnations claires, moyennes et foncées à base d’ocre jaune pâle et de blanc de Saint-Jean

10

graphismes

robe

terre de Sienne naturelle

11

ombres

bonnet et robe

rouge Ercolano

12

aplat jaune

galon

ocre jaune

13

lavis jaune

nimbe

ocre Havane

14

aplat rouge

robe

rouge Ercolano

15

aplat bleu

bonnet et robe

bleu de cobalt

16

graphismes

visage

terre de Sienne naturelle et terre de Sienne brûlée

17

verdaccio et aplat des joues

visage

verdaccio ; rouge Ercolano

18

aplat jaune (en laissant des réserves blanches)

nimbe

ocre jaune clair de chez Old Holland

19

reprises du visage

visage

verdaccio ; carnations

20

lumières

visage

blanc de Saint-Jean et jaune

21

lumières

robe et bonnet

blanc de Saint-Jean et bleu

22

aplat rouge

maphorion

hématite de Puisaye

23

ombres

maphorion

caput mortuum

24

lumières

maphorion

blanc de Saint-Jean et caput mortuum

25

étoiles

maphorion

blanc de Saint-Jean

26

graphismes

bonnet et manteau

bleu de cobalt et terre d’ombre brûlée

27

aplat vert

doublure du maphorion

terre verte de Nicosie

40La technicité des visages de Mérigny n’a rien de comparable avec le traitement réservé aux visages à Saint-Savin, et de manière générale sur les peintures romanes, où un aplat principal de carnations remplace le dégradé recherché à Mérigny. Le verdaccio ou pseudo-verdaccio, les lumières blanches, les joues et les graphismes rouges sont ajoutés sur les carnations sans en estomper les contours (fig. 16).

Fig. 16 – Échantillons de visages, abbaye de Saint-Savin.

Fig. 16 – Échantillons de visages, abbaye de Saint-Savin.

1. ange, écoinçon nord, chapelle axiale (CESCM, cl. Brouard, 2015) ;
2. saint Marin, scène dite d’allocution, chapelle axiale, registre supérieur sud (CESCM, cl. Brouard, 2015) ;
3. centurion, tribune, intrados de la baie orientale (CESCM, cl. L.-O. Crosland, 2019) ;
4. Vierge Marie, descente de croix, tribune, tympan oriental (CESCM, cl. L.-O. Crosland, 2019) ;
5. moines, scène des fondateurs, vestibule, registre inférieur nord (CESCM, cl. Brouard, 2008).

41À Mérigny, la pratique picturale est beaucoup plus proche de ce qui s’observe sur des ensembles, comme ceux de Berzé-la-Ville (fig. 17) ou de San Giovanni Domnarum à Pavie (fig. 18), où la frontière entre les différentes couleurs est beaucoup plus estompée.

Fig. 17 – Visage du Christ, Berzé-la-Ville (cl. CESCM, L.-O. Crosland).

Fig. 17 – Visage du Christ, Berzé-la-Ville (cl. CESCM, L.-O. Crosland).

Fig. 18 – Visage du Christ, crypte de San Giovanni Domnarum de Pavie (cl. CESCM, L.-O. Crosland).

Fig. 18 – Visage du Christ, crypte de San Giovanni Domnarum de Pavie (cl. CESCM, L.-O. Crosland).

42Par ailleurs, le soin accordé aux visages à Mérigny a nécessité du temps. Pour réaliser le visage de la Vierge, sœur Josépha-Marie a travaillé sept heures sur les échafaudages. La carbonatation de la giornata a été particulièrement longue ce jour-là, ce qui a facilité la réalisation d’un visage aussi technique. Il n’est pas étonnant que certains visages soient réalisés lors d’une giornata distincte, comme celui du Christ de la crypte de Pavie, où les raccords d’enduits, particulièrement visibles autour du visage, signalent qu’il a été peint seul sur une plage d’enduit spécifique.

3.5. Les gestes du peintre

43Les raccords d’enduits, liés à la superposition de deux giornatae, ne sont toutefois pas toujours aussi visibles qu’à Pavie (cf. fig. 18). Certains, plus discrets, ressemblent à des incisions. À Mérigny, une partie de la plage d’enduit était laissée en réserve chaque jour pour être détruite le soir même de manière à dessiner une tranche nette. Le lendemain, la nouvelle plage était posée avec attention, sans déborder sur la précédente. Le résultat est particulièrement propre et discret, similaire à une incision (fig. 19).

Fig. 19 – Raccord d’enduit et raccord chromatique, Mérigny (cl. C. Boisseau).

Fig. 19 – Raccord d’enduit et raccord chromatique, Mérigny (cl. C. Boisseau).

44Aux raccords d’enduit s’ajoute le raccord chromatique : l’enjeu, pour la frise notamment, était d’obtenir la même teinte, à partir d’une dilution de pigment similaire le lendemain, sachant que, d’un jour à l’autre, les couleurs ont tendance à s’estomper, complexifiant le raccord chromatique. Les portions d’enduits laissées en réserve et destinées à être détruites, ont donc permis de tester les dilutions avant de peindre.

  • 34 Les pinceaux utilisés sur le chantier de Mérigny ont été les suivants : pinceaux à fresque en poils (...)
  • 35 Pratique rapportée par Isabelle Bonzom à partir d’observations sur site. L’autrice ne cite aucune s (...)

45Si le principal outil du peintre, fresquiste ou non, est son pinceau34, il peut lui arriver de réaliser certains détails en s’aidant de ses doigts. Sur le chantier de Mérigny, Claire Weismann a testé une pratique rapportée pour la période médiévale35 : la réalisation des perles blanches avec le doigt, en l’occurrence l’index, et parfois le majeur, et non avec un pinceau (fig. 20). C’est en faisant de petits ronds successifs avec le doigt qu’elle a pu assurer la régularité de la forme circulaire de chaque perle. Le résultat est similaire à celui obtenu avec un pinceau.

Fig. 20 – Réalisation des perles au doigt (cl. C. Boisseau).

Fig. 20 – Réalisation des perles au doigt (cl. C. Boisseau).

46Enfin, l’une des chances de ce chantier fut de réunir sur un même échafaudage une peintre droitière et son assistante gauchère. Le constat qui en résulte est que l’utilisation du pinceau varie peu entre droitiers et gauchers. La différence principale réside dans le sens des traits : l’une débutait à gauche pour terminer à droite, tandis que l’autre fonctionnait à l’inverse, à quelques exceptions près. Plus que la main utilisée, c’est donc le sens du tracé, facile à repérer grâce à la goutte finale laissée lorsque le pinceau est levé, qui différencie le travail d’une droitière de celui d’une gauchère. Il faut toutefois noter que la plupart des tracés ne suivent pas une logique horizontale mais verticale ou de biais. Le sens du tracé dépend alors de la main du peintre et de son aisance à tracer des lignes montantes ou descendantes, ce qui n’est pas nécessairement lié à l’usage d’une main en particulier. Afin de faciliter l’apprentissage de Claire Weismann, sœur Josépha-Marie avait dressé une planche de bois enduite à la verticale pour qu’elle puisse faire l’expérience de la matière et trouver les bons gestes avant de peindre la frise (fig. 21).

Fig. 21 – Test préalable, apprentissage de la fresque sur une planche (cl. C. Boisseau).

Fig. 21 – Test préalable, apprentissage de la fresque sur une planche (cl. C. Boisseau).

47À cette occasion, elles discutèrent des gestes à adopter et de la manière de tracer les traits. Il s’avère que la main de Claire Weismann tremblait lorsqu’elle montait mais pas quand elle descendait, au contraire de sœur Josépha-Marie, droitière, dont la main ne tremblait jamais. La main utilisée a donc peu d’incidence sur la qualité du rendu, c’est la posture et la capacité à maîtriser son geste qui font la différence. L’impossibilité de poser la main sur l’enduit réclame une bonne maîtrise de ses gestes. Il faut toutefois signaler que l’usage de la main gauche ne rend pas gauche, car, sur ce chantier, la gauchère a manifesté une véritable dextérité et une aisance impressionnante dans le maniement du pinceau. À plusieurs reprises, elle a tracé l’arrondi de l’arc d’un seul geste ample, bien dosé et sans trembler, alors qu’elle découvrait la technique de la fresque.

4. Conclusion

48L’observation du chantier de fresque de Mérigny, de taille réduite et dénué de toute ambition archéologique, s’est révélée particulièrement profitable. L’expérience permet d’interroger trois aspects de la production picturale romane, habituellement difficiles à appréhender :

  • la commande et la constitution de l’équipe en charge du chantier. Les rares mentions ou citations de peintres aux xie-xiie siècles apparaissent principalement dans des récits hagiographiques. Ces textes ne donnent pas véritablement de clés pour repenser le cadre de la production picturale médiévale en dehors des notions héritées de l’époque moderne, telle que celle de l’atelier. L’équipe constituée à Mérigny n’avait rien de médiéval, mais, sous certains aspects, elle a laissé percevoir une autre réalité possible de l’exercice du métier et du statut du peintre. Qui plus est, les discussions observées sur le chantier, entre deux peintres d’expérience et de bagages artistiques distincts, permettent de repenser les collaborations en dehors de la hiérarchie traditionnelle maître/élève convoquée par le passé ;

  • l’impact des aléas du chantier sur le résultat final. Les aléas peuvent aussi bien résulter des conditions météorologiques que des matériaux utilisés pour la construction du mur ou la composition de l’enduit. Le cas extrême du chantier de Mérigny, où les matériaux modernes se sont révélés inadaptés, invite à prendre davantage en considération la préparation du mur dans l’étude des peintures murales médiévales. Chaque pierre, chaque composant de l’enduit a ses propres propriétés qui, selon le contexte et les conditions météorologiques, ont une incidence sur le rythme du chantier, nécessitant des peintres un certain empirisme dans leurs choix techniques ;

  • le choix des pigments et l’obtention des couleurs. Soucieuses de travailler à l’ancienne, les peintres de Mérigny ont su utiliser des recettes anciennes pour réaliser leur fresque – verdaccio, blanc de Saint-Jean, veneda préparatoire à la pose du bleu de cobalt. Leur capacité à se servir des ressources locales à disposition par l’utilisation d’une terre locale, le jaune de Mérigny, invite par ailleurs à repenser l’approvisionnement local des pigments identifiés dans les ensembles peints médiévaux de la région.

49À l’origine, l’accompagnement de ce chantier visait la découverte de la matière picturale sur site afin de mieux cerner la mise en œuvre. L’expérience, riche d’enseignements, révèle les enjeux matériels qu’implique un chantier de peinture murale en mettant en avant les obstacles et difficultés matérielles à surmonter par le peintre et son équipe pour répondre aux enjeux intellectuels liés à la commande elle-même. Les imprévus multiples, qui n’enlèvent rien à la qualité de l’œuvre, ont des conséquences sur la mise en œuvre. Leur prise en compte contribue à la meilleure intelligence du savoir-faire des peintres et à l’interprétation plus fine des repentirs iconographiques, non nécessairement liés à des choix conceptuels. L’habileté du fresquiste, capable de proposer une solution adaptée aux défis matériels, n’en est que plus évidente. L’expérience mériterait d’être prolongée, dans le cadre scientifique d’un véritable exercice d’archéologie expérimentale, notamment pour éprouver l’hypothèse du remploi de gabarits ou de poncifs figuratifs d’un édifice à l’autre.

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Notes

1 Nous entendons par « mise en œuvre » les différentes étapes de réalisation d’une peinture murale sous ses aspects matériels, depuis la préparation du mur jusqu’à la pose des dernières finitions.

2 Notamment : H. Focillon, Peinture romanes des églises de France, Paris, 1967 ; É. Mâle, « La peinture murale en France », in A. Michel (dir.), Histoire de l’art depuis les premiers temps chrétiens jusqu’à nos jours, Paris, 1905, p. 756-781.

3 Principalement : A. Leturque, « Sensim per partes discuntur quaelibet artes… Chaque art s’apprend lentement, pas à pas… », Bucema, 20.1 (2016), en ligne [https://journals.openedition.org/cem/14409] ; G. Mallet et A. Leturque, Arts picturaux en territoires catalans (xiie-xive siècle) : approches matérielles, techniques et comparatives, Montpellier, 2015 ; C. Sapin (dir.), Peindre à Auxerre au Moyen Âge, ixe-xive siècles. 10 ans de recherches à l’abbaye Saint-Germain et à la cathédrale Saint-Étienne d’Auxerre, Auxerre/Paris, 1999 ; M. Angheben (dir.) et C. Sarrade (collab.), Les peintures de la nef de Saint-Savin, étude interdisciplinaire, Turnhout, 2026 ; C. Boisseau, Ad coronam. Peintures monumentales et culte des saints au xie siècle à Saint-Savin-sur-Gartempe, Bordeaux, à paraître en septembre 2026 ; A. Marzais, De la main à l’esprit : étude sur les techniques et les styles des peintures murales dans l’ancien diocèse de Tours entre les xie et xve siècles, thèse de doctorat, sous la direction d’A. Salamagne et M. Angheben, Université de Tours, 2021.

4 Concernant les apports de la démarche expérimentale en histoire de l’art, voir : J. Elkins, « Histoire de l’art et pratiques d’atelier », Histoire de l’art, 29-30 (1995), p. 103-112 ; D. Govantes Edwards et J. Pearson, « Medieval Technical Texts and Experimental Approaches : A Theoretical Perspective on the Value of Technical Recipes as Sources to Reconstruct the History of Medieval Glassmaking Practices », Meridies. Estudios de Historia y Patrimonio de la Edad Media, 14 (2023), p. 62-77, en ligne [https://journals.uco.es/meridies/article/view/16252].

5 Le chantier a été observé par l’autrice : quotidiennement entre le 3 et le 12 février 2025, puis lors d’une visite ponctuelle le 20 février, et enfin au cours d’une observation de la fresque achevée le 25 mars, jour de sa bénédiction. Le chantier n’était pas un exercice d’archéologie expérimentale, mais un projet indépendant de création picturale observé sur site. Nous remercions tous les acteurs de ce chantier pour leur collaboration, notamment : sœur Josépha-Marie, peintre ; sœur Marie-Solange, maçon ; et Claire Weizmann, assistante peintre. Les informations et réflexions qui en sont issues ont fait l’objet d’une conférence commune avec Carolina Sarrade au CESCM, le 10 avril 2025 : C. Boisseau et C. Sarrade, « Peintures murales : making of », Cycle ReMED, CESCM, Poitiers, 10 avril 2025. Seule la partie concernant la réalisation de cette fresque est retenue dans cet article.

6 G. Babic, « Les images byzantines et leurs degrés de signification : l’exemple de l’Hodigitria », in A. Guillou et J. Durand (dir.), Byzance et les images, Paris, 1994, p. 189-222 ; N. Hélou, « Le baptême du Christ sur l’icône bilatérale de Kaftoun et son rapport avec la Vierge Hodigitria », Syria, 98 (2021), en ligne [https://journals.openedition.org/syria/13225].

7 Sœur Josépha-Marie a suivi plusieurs stages de dessin au cours de son adolescence. À son arrivée la Fraternité de la Transfiguration, en 2000, elle a été formée à la technique de l’icône et à celle de la fresque, qu’elle apprit auprès de différents maîtres, principalement Michel Brillaud et Marie-Cécile Froment. Elle a effectué deux stages d’iconographie sous la direction de Marie-Cécile Froment en 2018 et 2019 pour réaliser deux icônes de 1,60 m. Son projet et son épure pour la fresque de 2016 avaient été supervisés assez précisément, par correspondance, par Marie-Cécile Froment.

8 Michel Brillaud, fresquiste à Bressuire, a appris la technique de la fresque au Centre international d’art mural [CIAM] de Saint-Savin lorsque Marie-Cécile Froment y enseignait. Marie-Cécile Froment, titulaire d’un doctorat en esthétique a enseigné l’histoire de l’art à l’Université. Elle a appris l’iconographie auprès de Georges Drobot, iconographe russe à Paris. Le CIAM, installé à Saint-Savin entre 1995 et 2003, avait pour vocation d’œuvrer à la valorisation de l’abbatiale de Saint-Savin-sur-Gartempe et à la connaissance de l’art de la fresque, notamment par la formation de professionnels.

9 Sa formation artistique, qui remonte à l’enfance, s’est poursuivie à l’âge adulte avec l’année de préparation de l’école Met de Penninghen (Paris), puis cinq ans à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, section image imprimée.

10 André de Fleury, Vie de Gauzlin, abbé de Fleury : Vita Gauzlini, abbatis Floriacensis monasterii, éd., trad. française et notes par A. de Fleury, R.-H. Bautier et G. Labory, Paris, 1969, p. 118-119.

11 J. Wirth, L’image à l’époque romane, Paris, 1999, p. 61-66 ; E. Castlenuovo (dir.), Artifex buonus : il mondo dell’artista medievale, Rome, 2004.

12 Le choix de la thématique et de la technique a été discuté en amont par Sœur Josépha-Marie avec Marie-Cécile Froment, maître iconographe. Le choix de la technique d’exécution a été soulevé : icône, mosaïque ou fresque. La fresque a été retenue en raison du contexte monumental, car cette technique, plus économique que la mosaïque, permet à l’image de faire corps avec le mur et de rayonner dans l’espace alentour.

13 F. Guizard, « Retour sur un monstre marin au Moyen Âge : la baleine », in A. Gautier et C. Martin (dir.), Échanges, communications et réseaux dans le haut Moyen Âge, Turnhout, 2011, p. 261-276 ; F. Guizard, « Delfines nec non et ballenae… Les cétacés de l’Atlantique nord au haut Moyen Âge : représentation, identification et consommation », Anthropozoologica, 53 (2018), p. 115-123 ; S. Lebecq, « Scènes de chasse aux mammifères marins (mers du Nord, vie-xiie siècles) », in É. Mornet et F. Morenzoni (dir.), Milieux naturels, espaces sociaux, Paris, 1997, p. 240-253. Je remercie Henrique Sarmento Pedro de m’avoir signalé l’usage de la graisse de baleine comme combustible.

14 C. Vincent, « Fiat lux » : lumière et luminaires dans la vie religieuse en Occident du xiiie siècle au début du xvie siècle, Paris, 2004.

15 La journée type était la suivante : 08 h 00 pose de l’enduit pas la sœur maçon, 10 h 00-13 h 00 ou 13 h 00-16 h 00, travail des peintres (mais parfois 10 h 00-17 h 00), puis pose du mortier à 17 h 00 en prévision du lendemain. Ce programme a été difficile à respecter et il est arrivé que la sœur peintre termine de nuit. Le visage de l’enfant a été achevé un samedi à 23 h 50 !

16 I. Bonzom, La fresque, art et technique, Paris, 2010. Cet ouvrage a servi de référence aux sœurs de Mérigny. Isabelle Bonzom a elle-même été formatrice à la technique de la fresque à Saint-Savin-sur-Gartempe du temps du CIAM. Elle est membre du collectif de fresquistes Paris affresco [https://www.paris-affresco.org/].

17 Il est d’usage en peinture murale d’emprunter les termes techniques italiens en raison de la redécouverte et de la transmission de la technique de la fresque au xvie siècle par des auteurs italiens (Cennino Cennini, Giorgio Vasari). Concernant leur définition, il faut se reporter à S. Bergeon Langle et P. Curie, Peinture et dessin. Vocabulaire typologique et technique, 2 vol., Paris, 2009.

18 Sur la notion d’atelier et ses limites pour documenter la réalité des chantiers médiévaux, voir : P. Griener, « La notion d’atelier de l’Antiquité au xixe siècle : chronique d’un appauvrissement sémantique », L’atelier, Perspective, 2014.1, p. 13-26 ; J.-M. Guillouët, C. A. Jones, P.-M. Menger et S. Sofio, « Enquête sur l’atelier : histoire, fonctions, transformations », L’atelier, Perspective, 2014.1, p. 27-42 ; S. Cassagnes-Brouquet, « Les ateliers d’artistes au Moyen Âge : entre théorie et pratiques », L’atelier, Perspective, 2014.1, p. 83-98 ; C. Boisseau, « La notion d’“atelier” dans l’étude des peintures murales médiévales (xie-xiie siècles) », In-Scription : revue en ligne d’études épigraphiques, 6 (2026), en ligne [https://in-scription.edel.univ-poitiers.fr/index.php?id=819].

19 P. Deschamps et M. Thibout, La peinture murale en France, le haut Moyen Âge et l’époque romane, Paris, 1951, p. 79 : « L’art de la fresque où l’on doit appliquer les couleurs sur du mortier frais exige une extraordinaire rapidité. Le chef d’équipe, le maître, fait l’esquisse, trace les silhouettes, ses aides exécutent les “à plat”, le maître revient derrière pour accuser les contours, les plis des vêtements et donner l’accent aux visages. »

20 A.-N. Didron, Manuel d’iconographie chrétienne grecque et latine, Paris, 1865. Anne Leturque offre une synthèse de ses observations en un schéma, cf. A. Leturque, « Concevoir et réaliser un décor monumental au Moyen Âge en Catalogne : l’exemple de Saint-Martin de Fenollar », Les cahiers de Saint-Michel de Cuxa, 47 (2016), p. 117-128.

21 Il est communément admis qu’en dessous de 8 °C la fresque ne prend pas.

22 Le maçon de métier sollicité pour la préparation du mur n’avait pas conscience des contraintes liées à la technique de la fresque. La résine doit être posée au pinceau sur le gobetis en ne traçant que quelques lignes croisées, en treillis, ce fut le choix effectué en 2016 lors d’un précédent chantier de sœur Josépha-Marie. Malheureusement, le maçon retenu en 2025 a placé arbitrairement la résine dans la fabrication du gobetis, ce qui a empêché l’absorption correcte de l’humidité par le mur. Cette inexpérience explique la plupart des soucis de maçonnerie rencontrés sur le chantier. Concernant l’usage de la résine, voir I. Bonzom, La fresque…, op. cit., p. 98-99.

23 Sur cette question voir A. Marzais, « Peindre sur les murs en Touraine au Moyen Âge (xie-xve siècle) : processus créatifs et mises en œuvre », Bucema, 29.2 (2025), en ligne [https://journals.openedition.org/cem/24579].

24 Concernant la nef, voir P. Hugon et D. Martos, « Étude scientifique des peintures murales de Saint-Savin-sur-Gartempe », In Situ, 22 (2013), en ligne [https://journals.openedition.org/insitu/10632].

25 A. Leturque, « Concevoir et réaliser un décor monumental au Moyen Âge en Catalogne : l’exemple de Saint-Martin de Fenollar », Les cahiers de Saint-Michel de Cuxa, 47 (2016), p. 117-128. Le poncif est un calque transparent, parfois piqueté, qui permet de reproduire les contours d’un dessin, tandis que le patron est une forme découpée.

26 L.-B. Bord et B. Pilot, « Le banquet d’Hérode de l’abbaye Saint-Martin de Ligugé, contribution à l’étude des peintures murales romanes en Poitou », Cahiers de civilisation médiévale, 57 (2014), p. 3-19.

27 C. Sarrade, « Comprendre la technique des peintures romanes par le relevé stratigraphique », In Situ, 22 (2013), en ligne [https://journals.openedition.org/insitu/10641] ; M. Angheben, « L’apport des relevés stratigraphiques à Saint-Savin-sur-Gartempe. L’exemple du sacrifice de Noé », In Situ, 22 (2013), en ligne [https://journals.openedition.org/insitu/10636].

28 P. Hugon et D. Martos, Saint-Savin. Abbaye, nef. Peinture murale de la voûte, xie-xiie siècle. Étude technique de la peinture. Étude stratigraphique et analyses physico-chimiques, rapport n° 4Y, 2010.

29 C. Cennini, Traité de la peinture, trad. française V. Mottez, Paris/Lille, 1858, p. 62-63. D’après Anne Leturque, le blanc de Saint-Jean est également évoqué dans le Liber diversarum artium, traité médiéval reprenant en partie le traité du moine Théophile, cf. A. Leturque, Sensim per partes discuntur quaelibet artes… Chaque art s’apprend lentement, pas à pas… Mise en regard d’un savoir écrit sur l’art de peindre au Moyen Âge (le Liber diversarum artium - Ms H277 - Bibliothèque inter-universitaire de Montpellier - Faculté de Médecine) et d’un savoir-faire pratique (les œuvres peintes sur murs et sur panneaux de bois en Catalogne aux xiie et xiiie siècles), thèse de doctorat, sous la direction de G. Mallet et de M. Castiñeiras, Université de Montpellier et Université autonome de Barcelone, 2015, p. 205.

30 Le blanc de Saint-Jean est une recette qui permet de travailler la chaux pour obtenir une pâte blanche plus facile d’utilisation sur une fresque, car il ne blanchit pas avec le temps, contrairement au blanc de chaux qui, peu visible lors de sa pause, blanchit considérablement avec le temps, ce qui nécessite une bonne maîtrise technique de la part du peintre lors de la pose des finitions. Concernant les différents blancs utilisés à fresque, voir I. Bonzom, La fresque…, op. cit., p. 120.

31 Théophile, Essai sur divers arts en trois livres, trad. française A. Blanc, Paris, 1980, p. 22, 30 et 32. Théophile qualifie de veneda un mélange de noir et de blanc, dont il conseille l’utilisation pour peindre la pupille et l’iris des yeux, et comme sous-couche sous le vert ou l’azur pour peindre les vêtements, ou pour l’arc-en-ciel.

32 C. Coupry et B. Palazzo-Bertholon, « Les pigments verts, jaune et bleu dans les peintures de la fin de l’Antiquité et du Haut Moyen Âge », in Décor et architecture en Gaule entre l’Antiquité et le haut Moyen Âge : mosaïque, peinture, stuc, Bordeaux, 2011, p. 689-698 ; P. Ricarrère, F. Daniel, A. Mounier, K. Knoblauch et S. Delord, « Perception de la couleur. La question des “faux bleus” à l’époque médiévale », in Société internationale des médiévistes, 10e symposium [La couleur], Paris, 2013 ; A. Marzais, De la main à l’esprit…, op. cit. Un projet d’étude des faux bleus associant Amaëlle Marzais, Aurélie Mounier et Pascal Ricarrère, est en cours de constitution.

33 Le verdaccio désigne un mélange de couleur verdâtre utilisé en sous-couche totale ou partielle pour suggérer les ombres. On la rencontre le plus souvent dans le traitement des visages, mais la même couleur, employée pour la réalisation d’une frise, permet de suggérer la profondeur. Lorsqu’il est partiel ou remplacé par une teinte jaune, il est d’usage de parler de pseudo-verdaccio. Le verdaccio est cité, notamment, par Cennino Cennini (Traité de la peinture…, op. cit., p. 131-132). Le moine Théophile parle plutôt de posc, mélange de vert et de rouge, pour réaliser les ombres (Essai sur divers arts…, op. cit., p. 21).

34 Les pinceaux utilisés sur le chantier de Mérigny ont été les suivants : pinceaux à fresque en poils naturels pour les grands aplats ; pinceaux à aquarelles en petit-gris et en martre ; quelques pinceaux synthétiques de la marque « Winsor & Newton », et les traceurs « Raphael Sépia déco » de la marque Sennelier.

35 Pratique rapportée par Isabelle Bonzom à partir d’observations sur site. L’autrice ne cite aucune source. I. Bonzom, La fresque…, op. cit., p. 120.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Vierge Hodigitria de Mérigny (cl. C. Boisseau).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-1.jpg
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Titre Fig. 2 – Organisation du chantier, vue générale (cl. C. Boisseau).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-2.jpg
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Titre Fig. 3 – Calcul des giornatae (cl. C. Boisseau).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-3.jpg
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Titre Fig. 4 – Lissage de l’enduit (cl. C. Boisseau).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 664k
Titre Fig. 5 – Transfert du dessin par piquetage (cl. C. Boisseau).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-5.jpg
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Titre Fig. 6 – Transfert du dessin par incisions (cl. C. Boisseau).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 332k
Titre Fig. 7 – Reprise du dessin préparatoire à l’ocre jaune (cl. C. Boisseau).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-7.jpg
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Titre Fig. 8 – Attitudes dansantes, abbaye de Saint-Savin.
Légende De gauche à droite : • disciple du Christ, déploration du Christ, tribune, mur sud (CESCM, cl. L.-O. Crosland) ; • ange portant un médaillon, tribune, intrados nord (CESCM, cl. L.-O. Crosland) ; • ange portant un médaillon, tribune, intrados sud (CESCM, cl. L.-O. Crosland) ; • Dieu donnant ses consignes à Noé, nef, registre supérieur, côté nord (CESCM, cl. Brouard) ; • Dieu face à la tour de Babel, nef, registre supérieur, côté sud (CESCM, cl. Brouard).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-8.jpg
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Titre Fig. 9 – Bustes de personnages trônant, abbayes de Saint-Savin et de Ligugé.
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 376k
Titre Fig. 10 – Broyage de la terre jaune de Mérigny (cl. C. Boisseau).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 392k
Titre Fig. 11 – Terre jaune visible dans la crypte de l’abbaye de Saint-Savin (cl. C. Boisseau).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-11.jpg
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Titre Fig. 12 – Broyage du blanc de Saint-Jean (cl. C. Boisseau).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 356k
Titre Fig. 13 – Teinte violet-bleu obtenue par superposition de rouge et de gris (cl. C. Boisseau).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-13.jpg
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Titre Fig. 14 – Principales étapes de la mise en œuvre de la frise (cl. et DAO C. Boisseau).
Légende 1. verdaccio, lavis rouge des interstices et reprise des graphismes ; 2. aplats rouge et vert du ruban ; 3. aplat gris des interstices (teinte bleutée obtenue) ; 4. aplats rouge et vert du ruban (seconde couche) ; 5. aplat bleu des interstices ; 6. reprise des graphismes ; 7. lumières ; 8. croix.
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 312k
Titre Fig. 15 – Principales étapes de la mise en œuvre du visage de la Vierge (cl. et DAO C. Boisseau).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 768k
Titre Fig. 16 – Échantillons de visages, abbaye de Saint-Savin.
Légende 1. ange, écoinçon nord, chapelle axiale (CESCM, cl. Brouard, 2015) ; 2. saint Marin, scène dite d’allocution, chapelle axiale, registre supérieur sud (CESCM, cl. Brouard, 2015) ; 3. centurion, tribune, intrados de la baie orientale (CESCM, cl. L.-O. Crosland, 2019) ; 4. Vierge Marie, descente de croix, tribune, tympan oriental (CESCM, cl. L.-O. Crosland, 2019) ; 5. moines, scène des fondateurs, vestibule, registre inférieur nord (CESCM, cl. Brouard, 2008).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-16.jpg
Fichier image/jpeg, 416k
Titre Fig. 17 – Visage du Christ, Berzé-la-Ville (cl. CESCM, L.-O. Crosland).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-17.jpg
Fichier image/jpeg, 828k
Titre Fig. 18 – Visage du Christ, crypte de San Giovanni Domnarum de Pavie (cl. CESCM, L.-O. Crosland).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-18.jpg
Fichier image/jpeg, 716k
Titre Fig. 19 – Raccord d’enduit et raccord chromatique, Mérigny (cl. C. Boisseau).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-19.jpg
Fichier image/jpeg, 460k
Titre Fig. 20 – Réalisation des perles au doigt (cl. C. Boisseau).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-20.jpg
Fichier image/jpeg, 304k
Titre Fig. 21 – Test préalable, apprentissage de la fresque sur une planche (cl. C. Boisseau).
URL http://journals.openedition.org/cem/docannexe/image/25105/img-21.jpg
Fichier image/jpeg, 422k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Claire Boisseau, « De la théorie à la pratique : le chantier pictural médiéval à la lumière d’un chantier récent »Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre | BUCEMA [En ligne], 30.1 | 2026, mis en ligne le 01 juillet 2026, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cem/25105 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16mad

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Auteur

Claire Boisseau

Chargée de recherche CNRS, Centre André-Chastel (UMR 8150)

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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