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Application de la méthode QuickScan aux biens culturels non muséaux 

Le patrimoine ecclésiatique de la paroisse Santo Domingo à Sanlúcar de Barrameda (Espagne)
Inés Flores-Fernández

Abstracts

This research aims to apply and evaluate the effectiveness of the QuiskScan method on the ecclesiastical assets of the Parish of Santo Domingo in Sanlúcar de Barrameda (Cádiz, Spain). The objectives are to test the viability of the method in a non-museum environment, assess the loss of value through a global evaluation of the different typologies present in the parish and determine which are more vulnerable to the identified risks. Using the risk analysis methodology applied in museums, an Excel matrix is used to assign values and assess vulnerability to agents of deterioration, the result of which is to determine the level of risk and whether this methodology is effective in assessing as another agent the ‘cult function’ they perform, which is crucial for this category of property.

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Full text

Je remercie ma directrice de thèse, la Dr María José González López, professeur à l'Université de Séville, et le groupe de recherche HUM956 : Conservation et patrimoine. Méthodes et techniques, en particulier Don Raniero Baglioni, ancien responsable de la du département de conservation préventive de l'Institut andalou du patrimoine historique. Cette recherche a été financée par les Contrats Prédoctoraux PIF pour le Développement du Programme Propre de R&D&I de l'Université de Séville. J'exprime également ma gratitude à l'équipe de l’Unité de Conservation Préventive de l'Institut Royal du Patrimoine Artistique (IRPA), notamment à Mrs. Marjolijn Debulpaep et Mrs. Elke Otten, qui m’ont donné les pistes pour travailler sur cette matrice Excel. Mon séjour de recherche chez elles a été possible grâce à la bourse de mobilité pour courts séjours en Espagne et à l'étranger du VIIe Plan de Recherche Propre de l'Université de Séville.

Introduction

1La paroisse de Santo Domingo, située à Sanlúcar de Barrameda, une ville côtière de la province de Cádiz, à l'embouchure du fleuve Guadalquivir, abrite un patrimoine artistique et historique de grande valeur, composé notamment de peintures murales, de peintures sur toile et panneaux, de retables en bois polychromes et dorés, de carrelages, d'orfèvrerie et de textiles, entre autres biens. De nombreux événements liturgiques sont organisés autour d'eux, ce qui, en raison de la situation centrale de l'église dans le quartier Barrio Bajo, génèrent un afflux important de fidèles à certaines périodes de la semaine, du mois, de l'année. Cette situation, ainsi que les actions inhérentes aux cultes célébrés (baisemains, quinaires, sorties processionnelles, etc.) (Fig.1), entraînent des situations de risque qui ont un impact sur leur conservation.

Fig.1 Confrérie des Étudiants

Fig.1 Confrérie des Étudiants

Sortie processionnelle de la Confrérie des Étudiants au milieu des fidèles.

Crédits : Rodríguez, Juan José. Archives de la Confrérie Sacramentelle des Étudiants

2Cela implique des mouvements et des manipulations constants des sculptures, en plus des diverses sorties processionnelles, comme celle qui a lieu les mercredis de la Semaine Sainte, au cours de laquelle est organisée la procession du char de la Confrérie Sacramentelle des Étudiants (Fig.2). Le mystère se compose du Christ des Miracles (1592), œuvre de Miguel Adams, de la Vierge des Peines (1810) attribuée à Juan de Astorga, et des figures de Saint Jean l’Évangéliste et Sainte Marie Madeleine, sculptées en 1966 par le sculpteur Antonio Eslava (Fig.3).

Fig.2 Le mystère de la Confrérie Sacramentelle des Étudiants

Fig.2 Le mystère de la Confrérie Sacramentelle des Étudiants

Le Christ des Miracles et la Vierge des Peines de la Confrérie Sacramentelle des Étudiants dans le maître-autel de la paroisse de Santo Domingo à Sanlúcar de Barrameda.

Crédits : Rodríguez, Juan José. Archives de la Confrérie Sacramentelle des Étudiants

Fig.3 La Vierge des Douleurs de la Confrérie Sacramentelle des Étudiants

Fig.3 La Vierge des Douleurs de la Confrérie Sacramentelle des Étudiants

La Vierge des Douleurs, sur le maître-autel de la paroisse de Santo Domingo à Sanlúcar de Barrameda, avant un baisemain.

Crédits : Rodríguez, Juan José. Archives de la Confrérie Sacramentelle des Étudiants

3Des processions sont également organisées pour commémorer des événements historiques ou des anniversaires, comme la procession de la Vierge de Notre-Dame du Rosaire, qui a pris de l'importance après la victoire de la bataille de Lépante le 7 octobre 1571. Cette sculpture a été processionnée le 7 octobre 2022, après 100 ans sans procession, en commémoration du Vème centenaire du premier tour du monde de Magellan-Elcano, en plus des traditionnels triduums annuels en son honneur (Fig. 4).

Fig. 4. Dévotion à la Vierge de Notre-Dame du Rosaire

Fig. 4. Dévotion à la Vierge de Notre-Dame du Rosaire

Messe avant la sortie processionnelle de la Vierge de Notre-Dame du Rosaire.

Crédits : Flores-Fernández, Inés.

4Ainsi, la fonction cultuelle de tels biens culturels nécessite des lignes directrices préventives pour assurer meilleure conservation et une durabilité dans le temps. Cet ensemble patrimonial est en effet exposé à des risques qui peuvent menacer son intégrité, tels que les facteurs environnementaux, l’usure naturelle des matériaux, l’intervention humaine…, ce qui rend nécessaire l’utilisation d’outils efficaces de gestion des risques, mais exécutable par les paroissiens, pour garantir leur préservation.

La méthode QuickScan : un outil adaptable à d’autres contextes ?

5Agnes W. Brokerhof et Anna E. Bülow ont développé la méthode QuiskScan (Brokerhof, A. W. et A. E. Bülow, 2016), une méthode qui vise à guider les équipes de conservation des musées dans l'identification des aléas et des pertes potentielles de valeur du patrimoine culturel. Si on envisage son application dans le contexte précité, il est nécessaire de cerner celui-ci au moyen d’entretiens préalables avec les personnes qui travaillent dans l’église afin de mieux identifier les risques potentiels liés à l'usage de ce type de patrimoine.

6De plus, il est indispensable d'effectuer des visites sur place pour constater de première main l'état de conservation des œuvres et de l'environnement dans lequel elles se trouvent. Lors de ces visites, tous les facteurs de détérioration possibles doivent être identifiés à l'aide des 10 agents de détérioration reconnus en conservation du patrimoine : forces physiques, vol et vandalisme, dissociation, feu, eau, ravageurs, polluants, lumière visible, rayonnement ultraviolet et infrarouge, température incorrecte et humidité relative incorrecte (ICC, 2016). Dans cet article, le risque inhérent à des actes cultuels, comme le toucher ou le baiser, les manipulations, etc, sont inclus dans les forces physiques.

7En général, l'analyse exhaustive comprend la prise de mesures constantes de la température et de l'humidité relative pendant une année complète, afin de détecter les fluctuations saisonnières ou les modèles environnementaux. De même, des mesures de lumière doivent être effectuées car une exposition prolongée à des niveaux d'éclairement. Cette analyse doit également prendre en compte les niveaux de lumière naturelle et artificielle auxquels les œuvres sont exposées à différents moments de la journée et lors des événements liturgiques.

8A partir de ces visites et mesures, il est possible de générer un diagnostic précis des risques qui menacent la conservation des pièces. Ce diagnostic permettra d'établir un plan de gestion des risques efficace, qui comprend à la fois une intervention préventive et une protection active des œuvres contre les facteurs identifiés.

9L'identification des risques s'effectue en évaluant trois paramètres :

  • La valeur du patrimoine culturel

  • La vulnérabilité

  • L’exposition aux risques

10Cette méthode utilise une matrice Excel, dans laquelle des valeurs sont attribuées à la collection et la vulnérabilité est évaluée par rapport aux différents agents de détérioration afin d'établir où une perte significative pourrait survenir dans la collection. L'objectif de cette recherche est de tester la méthode QuiskScan dans un environnement non muséal, comme celui des biens culturels de la paroisse Santo Domingo à Sanlúcar de Barrameda (Cadix, Espagne); il s’agit de mesurer l'éventuelle perte de valeur à travers une analyse globale tout en procédant à une évaluation des différentes typologies patrimoniales qui y sont conservées.

Adaptation de la méthodologie aux biens ecclésiastiques

11L’efficacité de cet outil, conçu pour être utilisé en milieu muséal, ne serait pas possible sans une méthodologie appropriée basée sur un modèle quantitatif d’analyse des risques. Elle est donc abordée sous l’angle d’une application aux biens ecclésiastiques :

  1. COMPRENDRE LE CONTEXTE. La première étape consiste à identifier tous les aspects pertinents entourant le patrimoine, y compris l'environnement physique, administratif, juridique, politique, socioculturel et économique. Il est essentiel de considérer tous les agents de détériorations internes et externes de l'institution qui influencent directement ou indirectement la gestion et la conservation des biens de la paroisse.

  2. FACTEURS DE DÉTÉRIORATION DIRECTS ET INDIRECTS. A cette fin, les facteurs externes et internes affectant la conservation du patrimoine sont pris en compte. Il s'agit, d'une part, des facteurs externes liés à l'environnement immédiat (bâtiment et contexte) et, d'autre part, de la fonctionnalité du bien en tant qu'objet de culte. Par exemple, dans le cas d'un retable en bois polychrome, les changements soudains de température et d'humidité dus à l'ouverture constante des portes pour les célébrations liturgiques peuvent provoquer des mouvements hygroscopiques dans le bois et la perte de la couche polychrome. De même, l'emplacement de l'église dans une zone proche de la mer, comme Sanlúcar de Barrameda, expose les pièces à la salinité de l'air, ce qui peut accélérer la corrosion des objets métalliques ou la dégradation des textiles sacrés utilisés sur les autels. D'autre part, des facteurs internes sont pris en compte, tels que la matérialité des biens et leur évolution dans le temps. Le passage du temps fragilise le tissu. Les textiles liturgiques, tels que les capes de procession ou les vêtements de curé, se détériorent également en raison de l'usure naturelle causée par l'utilisation répétée dans les actes de culte, avec des ruptures de fils, des décolorations ou des taches permanentes.

  3. IDENTIFICATION DES RISQUES. L'analyse fournit des outils et des données pour évaluer les risques encourus, leur impact sur les oeuvres et la définition des actions de contrôle-efficacité ; elle détermine également leur probabilité, leur gravité et leur étendue afin d'établir le degré de priorité d’action. Cela permet de définir une proposition d’actions programmées dans un temps court et, en même temps, un plan de conservation préventive spécifiquement conçu pour ces biens. Les risques qui menacent les biens culturels doivent être identifiés, en se concentrant sur les éventuels dommages entraînant une perte de valeur des biens en question. (ICCROM et ICC, 2016 : 22). Ainsi, pour étudier les risques nous partons du schéma des dix agents de détérioration de l'Institut Canadien de Conservation (ICC) :

  • Forces physiques

  • Vol et vandalisme

  • Dissociation

  • Feu

  • Eau

  • Ravageurs

  • Polluants

  • Lumière visible, rayonnement ultraviolet et infrarouge

  • Température incorrecte

  • Humidité relative incorrecte (ICC, 2016)

12Dans cette évaluation, nous avons analysé un total de 69 pièces (Fig. 5), parmi lesquelles des retables, des peintures sur toiles, des sculptures en bois polychrome, des peintures murales à la détrempe et des carrelages, ce qui permet d'avoir une vision globale des risques auxquels ils sont exposés ces œuvres (Fig. 6).

Fig.5 Disposition du patrimoine culturel de la paroisse de Santo Domingo à Sanlúcar de Barrameda

Fig.5 Disposition du patrimoine culturel de la paroisse de Santo Domingo à Sanlúcar de Barrameda

Plan de la paroisse montrant les différentes chapelles et la répartition des retables, peintures, sculptures, peintures murales et carrelages, avec un total de 69 pièces patrimoniales répertoriées dans le tableau.

Crédits : Flores-Fernández, Inés.

Fig.6 La chapelle de l'Annonciation

Fig.6 La chapelle de l'Annonciation

Nous pouvons voir les dommages, avec des signes d'usure et d'humidité, aux murs de la chapelle de l'Annonciation dans la paroisse d'étude.

Crédits : Flores-Fernández, Inés.

13La méthodologie utilisée lors de l’utilisation de cet outil est développée en trois phases :

  1. Attribution de valeurs

  2. Attribution de la vulnérabilité aux agents de détérioration

  3. Lecture des résultats

Phase I. Attribution de valeurs

14Tout d’abord, on a divisé la collection d'étude en groupes, en suivant un critère unique pour établir des catégories où les éléments qui composent la collection présentent des similitudes entre eux. Dans ce cas, on a constitué les groupes par typologie, de sorte que l’anatomie de la collection est la suivante :

  1. Retables

  2. Sculptures

  3. Peintures sur toile

  4. Peinture murale

  5. Carrelages

15Ces catégories se voient attribuer une valeur faible, moyenne ou élevée, ainsi que le poids correspondant au sein de la collection. Ce poids est proportionnel à chaque valeur (0,1; 1; ou 10), selon les barèmes établis dans la méthode originale, où l’on peut établir :

  • Low (L) : vert – poids : 0,1

  • Medium (M) : jaune – poids : 1

  • High (H) : rouge – poids : 10

16Dans notre cas, on a attribué une valeur relative Medium aux « retables », aux « peintures sur toile » et aux « sculptures », et donc une note de 1 à chaque groupe tandis qu'aux « peintures murales » et aux « carrelages » une valeur relative Low et donc un poids de 0,1 (Fig.7).

Fig.7 L’attribution de valeur

Fig.7 L’attribution de valeur

Capture d’écran du tableau relatif à l'attribution des valeurs dans Excel.

Crédits : Flores-Fernández, Inés.

17Nous avons attribué une valeur moyenne relative aux « retables », aux « peintures sur toile » et aux « sculptures », avec un score de 1 pour chaque groupe. Bien que ces biens soient d'une grande valeur artistique et historique, la plupart d'entre eux sont d'auteurs anonymes, ce qui influe sur leur évaluation. Après avoir analysé le patrimoine, non seulement de l'église étudiée, mais aussi de la localité, nous avons conclu qu'il existe quelques pièces renommées, comme la peinture de la Descente de Croix de Jacob Jordaens (XVIIe siècle). Cependant, dans cette évaluation globale par typologie, les œuvres d'auteurs inconnus prédominent. Il en va de même pour les sculptures et les retables : d'un point de vue dévotionnel, ceux qui sont associés au mystère de la Confrérie des Étudiants ont une valeur plus élevée que beaucoup d'autres sans auteur identifié, ce qui justifie l'attribution d'une valeur moyenne à ces groupes.

18En revanche, nous avons attribué une faible valeur relative aux « peintures murales » et aux « carrelages », avec une pondération de 0,1. Ces biens, directement intégrés dans la structure architecturale du bâtiment, ont un lien inhérent avec le bâtiment. Les peintures murales ont reçu cette faible valeur en raison de leur état de conservation actuel, tandis que les carreaux, qui font partie de l'ensemble architectural, ont une valeur plus fonctionnelle et décorative, ce qui contribue à leur classification à ce niveau.

19Pour réaliser cette attribution de valeur, il est nécessaire d'effectuer un travail de terrain en équipe, au cours duquel la valeur subjective de chacune des typologies analysées est déterminée en collaboration avec d'autres experts. Il est essentiel d'établir un lien entre les connaissances des fidèles, la perception du personnel ecclésiastique et les risques identifiés par les experts. Ceci est particulièrement difficile dans le domaine ecclésiastique en raison de l'absence d'un inventaire qui identifie ces biens. Il est donc essentiel d'avoir la collaboration d'experts en sciences humaines, de conservateurs-restaurateurs de biens culturels, d'historiens et de personnel paroissial pour parvenir à une valeur consensuelle.

20En poursuivant la méthode, pour connaître la répartition du poids de la collection entre les différents groupes, il faut multiplier le nombre de pièces de chaque groupe par le poids attribué. Ensuite, pour établir le poids de la valeur de la collection par rapport à l'ensemble, il faut trouver le pourcentage du résultat que l'on observe dans la colonne « nº x p ». Où on obtiendra :

  • La proportion de chaque typologie par rapport au nombre total de pièces de chaque groupe et leur poids relatif au sein de la collection.

  • Le poids en pourcentage que représente chaque typologie dans la valeur globale de la collection, ce qui permet d'identifier les biens les plus représentatifs.

21Cette phase fournit un calcul clé pour obtenir une image claire de l'importance relative de chaque groupe patrimonial, ce qui facilitera la priorisation des futures actions de conservation préventive.

22Nous avons obtenu un premier résultat d’attribution de la valeur au sein de la collection : la majorité des pièces ont une valeur Medium.

Phase II. Attribution de vulnérabilité aux agents de détérioration

23L'attribution de vulnérabilité nécessite plusieurs étapes. Dans un premier temps, on établira pour chaque groupe la probabilité (P) et la conséquence (C) des 10 agents de détérioration du CCI: forces physiques, vol et vandalisme, dissociation, feu, eau, ravageurs, polluants, lumière visible, rayonnement ultraviolet et infrarouge, température incorrecte e humidité relative incorrecte (ICC, 2016).

24Pour ce faire, on établit une échelle colorimétrique et numérique (Fig. 8), où « 1 » est Low (L), « 2 » est Medium (M) et « 3 » est High (H), selon l'incidence de l'agent de détérioration. Une fois le score attribué, la somme des deux colonnes générera le niveau de risque de ce groupe pour l'agent de détérioration analysé. La somme des deux colonnes nous offre une échelle colorimétrique et numérique entre 0-6 (Fig. 9).

Fig.8 L'attribution de vulnérabilité aux agents de détérioration

Fig.8 L'attribution de vulnérabilité aux agents de détérioration

Capture d’écran du tableau relatif à l'attribution de vulnérabilité aux agents de détérioration dans Excel.

Crédits : Flores-Fernández, Inés.

Fig.9 Code colorimétrique du niveau de risque

Fig.9 Code colorimétrique du niveau de risque

L'image montre un tableau de couleurs qui attribue des codes numériques à différents niveaux de risque, allant de « Insuffisant » (0) à « Très élevé » (6), avec des couleurs allant du bleu au rouge.

Crédits : Flores-Fernández, Inés.

25Il faut adapter cette nomenclature, de 0 à 6, à une hiérarchie à trois valeurs. De cette manière, on obtient un code colorimétrique avec trois valeurs qui indiquent le niveau de risque auquel sont exposées les différentes typologies qui composent les groupes, en fonction des différents agents de détérioration (Fig.10). Il est important de rappeler que nous travaillons avec une typologie qui a une fonctionnalité et une utilisation spécifiques, qui doivent être prises en compte pour pouvoir analyser et attribuer correctement la probabilité et les conséquences de chaque agent de détérioration.

Fig.10 Tableau d'équivalence des niveaux de risque

Fig.10 Tableau d'équivalence des niveaux de risque

L'image montre un tableau d'équivalence qui classe les niveaux de risque (R) en trois catégories : "Low" pour les codes 0, 2, 3 (couleur verte), "Medium" pour le code 4 (couleur jaune) et "High" pour les codes 5 et 6 (couleur rouge). Elle présente également un tableau relatif à l'attribution de vulnérabilité aux agents de détérioration dans Excel, en utilisant ces mêmes catégories.

Crédits : Flores-Fernández, Inés.

26Pour ce faire, il est indispensable d’effectuer un travail de terrain préalable qui inclut l'étude du contexte, en comprenant le bâtiment ecclésiastique comme un facteur susceptible d'augmenter les risques pour les biens qu'il abrite. Contrairement à un musée, la paroisse ne dispose pas de mesures préventives (comme mesures de climat, lumière), ni de systèmes de protection (contre le feu et l’eau), et les œuvres sont en utilisation continue, sans environnement stable et contrôlé.

27De cette manière, il a fallu étudier les différents espaces, réaliser l'étude d'éclairage, l'étude climatique (humidité relative et température). Dans ce cas, il était également crucial de comprendre la fonctionnalité et la régularité de son utilisation en rassemblant les différents événements dans un calendrier de culte.

28En poursuivant la méthode QuiskScan, pour obtenir le résultat final, il faut multiplier la valeur relative (Low, Medium et High) attribuée à chaque groupe dans le tableau de valeurs généré lors de la première phase avec le code colorimétrique de trois valeurs (Low, Medium et High) indiquées dans le tableau de vulnérabilité aux agents de détérioration.

29Selon les créatrices de la méthode, Agnes W. Brokerhof et Anna E. Bülow, et adapté par Elke Otten de la cellule de conservation préventive de l’IRPA, il faut obtenir un maximum de 5 échelles de couleurs (Fig. 11). On obtiendra cette échelle après avoir multiplié la valeur relative donnée et le code de niveau de risque attribué. Par la suite, pour calculer la véritable perte de valeur due à la vulnérabilité aux risques, on récupérera le pourcentage de la valeur de chaque groupe par rapport à la collection, et on additionnera chaque colonne par groupe de couleur pour obtenir le résultat final : la perte de valeur de l’ensemble de la collection lors de l’exposition à chacun des 10 agents de détérioration.

Fig.11 Tableau relatif au risque de perte de valeur

Fig.11 Tableau relatif au risque de perte de valeur

L'image montre un tableau de couleurs correspondant à l’échelle après avoir multiplié la valeur relative donnée par le code de niveau de risque attribué. Elle présente également un tableau relatif au risque de perte de valeur dans Excel, en utilisant la même échelle.

Crédits : Flores-Fernández, Inés.

Phase III. Lire les résultats

30Comme résultats préliminaires après les graphiques générés (Fig. 12), on peut déterminer que les agents de détérioration qui influencent le plus la perte de valeur du patrimoine culturel dans ce contexte ecclésiastique sont la dissociation, l'eau et l'humidité relative. Pour la dissociation, ses résultats sont le produit du manque de documentation, d'inventaire et de registre des œuvres qui composent le patrimoine mobilier de la paroisse de Santo Domingo.

Fig.12 Risque de perte de valeur

Fig.12 Risque de perte de valeur

Le graphique montre quels agents de détérioration influencent le plus la perte de valeur.

Crédits : Flores-Fernández, Inés.

31De même, le graphique indique que l'infiltration d'eau et l'humidité relative sont d'autres agents aggravant les risques dans le bâtiment étudié; en raison de l'absence de système d'évacuation des eaux pluviales, ce qui favorise l'infiltration de l'eau à l'intérieur du bâtiment en raison de l'humidité relative et de rainures entre les blocs de pierre qui composent le parement.

32Par exemple, les peintures murales à la détrempe de la chapelle de Notre-Dame du Rosaire sont endommagées par le détachement de la couche picturale. En outre, la mauvaise étanchéité des fenêtres provoque des lavages à la surface des peintures murales, qui présentent des décolorations dues à des infiltrations d'eau. Ce phénomène s'aggrave pendant les pluies, ce qui augmente le risque de détérioration des œuvres.

33Les précipitations à Sanlúcar de Barrameda sont modérées et se répartissent principalement pendant les mois les plus froids. En moyenne, la saison des pluies dure 8,5 mois, tandis que la période sèche dure 3,5 mois. En raison de problèmes et de dysfonctionnements du système d'évacuation des eaux dans les rues (égouts), lorsqu'il pleut excessivement, ils se bouchent et provoquent des inondations dans les rues de la ville. Par exemple, le 17 octobre 2023, Sanlucar a été inondée après la chute de 40 mm de pluie.

34L'impact de l'humidité relative est également important. En général, les variations du taux d'humidité provoquent des déformations, des séparations de pièces et même la perte de la polychromie des retables et des peintures sur toile, affectant même les sculptures conservées dans l’édifice. Les actes de culte peuvent également affecter l'humidité relative, puisque des vases de fleurs (avec de l'eau) sont placés pour décorer les retables à certaines dates de l'année.

35Dans la paroisse de Santo Domingo, par rapport à l'humidité relative, la majorité des moyennes des variations journalières se situe entre 6,2 % et 6,9 %. La moyenne générale de l'humidité relative est de 68 %. La plupart des valeurs moyennes (68 % d'entre elles) se trouvent entre 66,7 % et 69,4 %. La majorité des valeurs minimales (68 % d'entre elles) est comprise entre 39,3 % et 45,5 %. Enfin, la plupart des valeurs maximales (68 % d'entre elles) se situent entre 86,3 % et 91,6 %.

36Outre cela, la mauvaise fermeture des fenêtres génère des lavis à la surface des peintures murales. Tout cela affecte directement les biens ecclésiastiques rattachés aux différents murs concernés.

Évaluation de la méthodologie adaptée

37Dans le cas qui nous concerne, il est essentiel d'étudier la nature d'une œuvre et du bâtiment ou de l’église qui l’abritent comme facteur pouvant accroître les risques pour les oeuvres. En outre, il est très important de tenir compte de l'utilisation de ces biens, y compris les processions, les baisemains, les baisepieds, et, en général, les différents actes liturgiques auxquels ces œuvres sont exposées. Dans le cas des biens ecclésiastiques, il est également prioritaire de considérer la fonctionnalité dévotionnelle de ce patrimoine culturel pour comprendre les dommages actuels et les problèmes auxquels nous sommes exposés dans cet article.

38Cet usage dévotionnel conduit souvent à de mauvaises pratiques, en raison de la méconnaissance des risques découlant d'une manipulation inadéquate. L’absence d’inventaire et l’abandon institutionnel aggravent la situation, générant des risques qui nécessitent la collaboration d’un plus grand nombre d’experts pour affronter les multiples problèmes présents dans cet environnement. En plus, il est essentiel de sensibiliser et d'impliquer les personnes qui travaillent quotidiennement dans l'église afin d'assurer une gestion efficace et une bonne conservation du patrimoine.

39Nous concluons que l’outil QuiskScan est applicable au domaine ecclésiastique, considérant que, dans cette typologie de biens, il est nécessaire d'étudier la fonctionnalité dévotionnelle dès la phase d'études préliminaires afin d'en comprendre les problèmes. La durée de l’enquête in situ et son évaluation est d'une semaine, sans compter la phase d'études préliminaires (étude du climat, étude de l'éclairage, analyse de la pollution environnementale, étude du contexte et analyse de la fonctionnalité des biens, ainsi que diagnostic de l'état de conservation des biens).

40L'identification de la valeur de la collection, ainsi que le code de vulnérabilité au risque, se fait à l'aide de couleurs accompagnées d'une échelle numérique, ce qui confère une certaine objectivité au résultat. La méthode QuiskScan se distingue de l’étude risque Michalski et Waller par son évaluation rapide et efficace, permettant une vision préliminaire des risques affectant les biens culturels. Elle s'adapte efficacement aux environnements autres que les musées, tels que les églises. La méthode facilite également l'identification de la vulnérabilité de la collection, ce qui permet une compréhension détaillée des risques, encourageant la collaboration multidisciplinaire, car elle intègre des experts de différents domaines pour améliorer la précision de l'évaluation.

41D'un autre côté, la méthode présente certains inconvénients. Il est nécessaire de connaître Excel pour pouvoir travailler avec la matrice. Son évaluation peut sembler superficielle, n'offrant qu'une vue préliminaire qui doit être complétée par des méthodes plus complètes, telles que la méthode ABC de Stefan Michalski (Michalski, S. et J.L. Pedersoli Jr., 2016). En plus, elle peut introduire de la subjectivité dans l'attribution des valeurs, car la perception des experts peut influencer les résultats, ce qui est typique dans une évaluation des risques.

Conclusions

42La mise en œuvre de ces méthodes est essentielle pour une gestion adéquate du patrimoine culturel, en particulier dans des contextes où le manque de contrôle institutionnel et la méconnaissance des mesures préventives pour la conservation des biens augmentent les risques de détérioration. Enfin, la méthodologie d'analyse des risques est fondamentale pour identifier les menaces qui pèsent sur les œuvres de la paroisse de Santo Domingo et leur éventuelle perte de valeur. Il ne s'agit pas d'une solution en soi, mais d'une étape préliminaire pour améliorer la gestion des biens de l'église. À court terme, il est nécessaire de sensibiliser les fidèles, les prêtres et le personnel aux risques, par le biais de « coaching » et de procédures préventives. À moyen terme, il est très important de mettre en œuvre des interventions directes pour résoudre les problèmes du bâtiment qui affectent les biens, ainsi que d'améliorer la gestion et la connaissance du patrimoine de la paroisse de Santo Domingo avec la collaboration d'experts. À long terme, un plan complet de conservation préventive devrait être établi, basé sur un suivi continu et des mesures structurelles qui garantissent la préservation des biens.

43La méthode QuiskScan, qui permet une évaluation rapide et efficace des risques affectant les biens culturels, est adaptable aux environnements non muséaux tels que les églises et facile à mettre en œuvre grâce à sa matrice Excel. Elle facilite l'identification des vulnérabilités et encourage la collaboration multidisciplinaire. Cependant, son évaluation peut être superficielle et dépend de la qualité des informations disponibles. Elle présente également des limites dans les contextes sans contrôle environnemental et peut introduire de la subjectivité dans l'attribution des valeurs.

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Bibliography

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List of illustrations

Title Fig.1 Confrérie des Étudiants
Caption Sortie processionnelle de la Confrérie des Étudiants au milieu des fidèles.
Credits Crédits : Rodríguez, Juan José. Archives de la Confrérie Sacramentelle des Étudiants
URL http://journals.openedition.org/ceroart/docannexe/image/9107/img-1.jpg
File image/jpeg, 698k
Title Fig.2 Le mystère de la Confrérie Sacramentelle des Étudiants
Caption Le Christ des Miracles et la Vierge des Peines de la Confrérie Sacramentelle des Étudiants dans le maître-autel de la paroisse de Santo Domingo à Sanlúcar de Barrameda.
Credits Crédits : Rodríguez, Juan José. Archives de la Confrérie Sacramentelle des Étudiants
URL http://journals.openedition.org/ceroart/docannexe/image/9107/img-2.jpg
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Title Fig.3 La Vierge des Douleurs de la Confrérie Sacramentelle des Étudiants
Caption La Vierge des Douleurs, sur le maître-autel de la paroisse de Santo Domingo à Sanlúcar de Barrameda, avant un baisemain.
Credits Crédits : Rodríguez, Juan José. Archives de la Confrérie Sacramentelle des Étudiants
URL http://journals.openedition.org/ceroart/docannexe/image/9107/img-3.jpg
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Title Fig. 4. Dévotion à la Vierge de Notre-Dame du Rosaire
Caption Messe avant la sortie processionnelle de la Vierge de Notre-Dame du Rosaire.
Credits Crédits : Flores-Fernández, Inés.
URL http://journals.openedition.org/ceroart/docannexe/image/9107/img-4.jpg
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Title Fig.5 Disposition du patrimoine culturel de la paroisse de Santo Domingo à Sanlúcar de Barrameda
Caption Plan de la paroisse montrant les différentes chapelles et la répartition des retables, peintures, sculptures, peintures murales et carrelages, avec un total de 69 pièces patrimoniales répertoriées dans le tableau.
Credits Crédits : Flores-Fernández, Inés.
URL http://journals.openedition.org/ceroart/docannexe/image/9107/img-5.jpg
File image/jpeg, 110k
Title Fig.6 La chapelle de l'Annonciation
Caption Nous pouvons voir les dommages, avec des signes d'usure et d'humidité, aux murs de la chapelle de l'Annonciation dans la paroisse d'étude.
Credits Crédits : Flores-Fernández, Inés.
URL http://journals.openedition.org/ceroart/docannexe/image/9107/img-6.jpg
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Title Fig.7 L’attribution de valeur
Caption Capture d’écran du tableau relatif à l'attribution des valeurs dans Excel.
Credits Crédits : Flores-Fernández, Inés.
URL http://journals.openedition.org/ceroart/docannexe/image/9107/img-7.jpg
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Title Fig.8 L'attribution de vulnérabilité aux agents de détérioration
Caption Capture d’écran du tableau relatif à l'attribution de vulnérabilité aux agents de détérioration dans Excel.
Credits Crédits : Flores-Fernández, Inés.
URL http://journals.openedition.org/ceroart/docannexe/image/9107/img-8.jpg
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Title Fig.9 Code colorimétrique du niveau de risque
Caption L'image montre un tableau de couleurs qui attribue des codes numériques à différents niveaux de risque, allant de « Insuffisant » (0) à « Très élevé » (6), avec des couleurs allant du bleu au rouge.
Credits Crédits : Flores-Fernández, Inés.
URL http://journals.openedition.org/ceroart/docannexe/image/9107/img-9.jpg
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Title Fig.10 Tableau d'équivalence des niveaux de risque
Caption L'image montre un tableau d'équivalence qui classe les niveaux de risque (R) en trois catégories : "Low" pour les codes 0, 2, 3 (couleur verte), "Medium" pour le code 4 (couleur jaune) et "High" pour les codes 5 et 6 (couleur rouge). Elle présente également un tableau relatif à l'attribution de vulnérabilité aux agents de détérioration dans Excel, en utilisant ces mêmes catégories.
Credits Crédits : Flores-Fernández, Inés.
URL http://journals.openedition.org/ceroart/docannexe/image/9107/img-10.jpg
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Title Fig.11 Tableau relatif au risque de perte de valeur
Caption L'image montre un tableau de couleurs correspondant à l’échelle après avoir multiplié la valeur relative donnée par le code de niveau de risque attribué. Elle présente également un tableau relatif au risque de perte de valeur dans Excel, en utilisant la même échelle.
Credits Crédits : Flores-Fernández, Inés.
URL http://journals.openedition.org/ceroart/docannexe/image/9107/img-11.jpg
File image/jpeg, 130k
Title Fig.12 Risque de perte de valeur
Caption Le graphique montre quels agents de détérioration influencent le plus la perte de valeur.
Credits Crédits : Flores-Fernández, Inés.
URL http://journals.openedition.org/ceroart/docannexe/image/9107/img-12.jpg
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References

Electronic reference

Inés Flores-Fernández, Application de la méthode QuickScan aux biens culturels non muséaux CeROArt [Online], 13 | 2024, Online since 29 October 2024, connection on 05 September 2026. URL: http://journals.openedition.org/ceroart/9107; DOI: https://doi.org/10.4000/12ldi

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About the author

Inés Flores-Fernández

Personnel de recherche et de formation à l'Université de Séville, enseigne dans le cadre de la formation en Conservation et Restauration des Biens Culturels. Diplômée en Conservation et Restauration des Biens Culturels (2019) et Master en Architecture et Patrimoine Historique (2021). Elle développe actuellement sa thèse de doctorat dans le cadre du Programme de Doctorat en Art et Patrimoine, axé sur la conservation préventive dans le domaine ecclésiastique. Elle a effectué un séjour de recherche à l'Institut royal du Patrimoine artistique (IRPA) en Belgique (2023). Avant son contrat prédoctoral, elle a participé à des projets de conservation des retables et au Plan directeur du patrimoine historique municipal de Séville.

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