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Notes et documents

Des manuels pour la « Nouvelle théologie » ? (1930-1950)

Textbooks for the ‘New Theology’? (1930–1950)
Étienne Fouilloux
p. 141-153

Résumés

Telle qu’elle a été écrite jusqu’à présent, en France ou en Belgique, l’histoire de la « nouvelle théologie » des années 1930-1960 semble se résumer à la liste des sanctions qu’elle a subies de la part des autorités romaines. Les travaux des historiens se sont le plus souvent efforcés de reconstituer le mécanisme des sanctions ou les efforts infructueux de justification de ceux qui en ont été victimes, avant leur réhabilitation dans le contexte de la convocation et du déroulement du concile Vatican II. La frilosité qui sévit à Rome jusqu’à la veille du concile Vatican II et qui s’étend à nombre d’auteurs potentiels, a été largement responsable de l’échec des projets visant à rédiger un manuel de langue française intégrant l’apport de la « nouvelle théologie ».

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Texte intégral

  • 1  Titre primitif d’un chapitre des mémoires de l’œcuméniste mariste Maurice Villain, Vers l’unité ch (...)
  • 2  Pour le premier cas de figure, cf. Étienne Fouilloux, Marie-Dominique Chenu, 1895-1990, Paris, Sal (...)

1Telle qu’elle a été écrite jusqu’à présent, en France ou en Belgique, l’histoire de la « nouvelle théologie » des années 1930-1960 semble se résumer à la liste des sanctions qu’elle a subies de la part des autorités romaines, la Congrégation du Saint-Office au premier chef : censures multiples qui n’empêchent pas ensuite les retraits du commerce, les refus de traductions, voire les mises à l’Index, pour les publications ; éloignements de l’enseignement, assignations forcées, voire réduction au silence pour leurs auteurs dont les journaux ou les mémoires prennent ainsi des allures d’historiae calamitatum1. Quant aux travaux des historiens, ils se sont le plus souvent efforcés de reconstituer le mécanisme des sanctions ou les efforts infructueux de justification de ceux qui en ont été victimes, avant leur réhabilitation dans le contexte de la convocation et du déroulement du concile Vatican II2.

  • 3  Étienne Fouilloux, « La collection jésuite "Théologie" (1944-1972) », Cristianesimo nella storia, (...)
  • 4  Étienne Fouilloux, La collection « Sources chrétiennes ». Éditer les Pères de l’Église au xxe sièc (...)
  • 5Conversion et grâce chez saint Thomas d’Aquin du père Henri Bouillard (1944), Corpus mysticum (194 (...)

2Les suspects de « nouvelle théologie » n’auraient-ils donc fait que se défendre, dans un épuisant combat en retraite, entre rumeurs de dénonciations ou de condamnations et mesures répressives bien réelles ? N’auraient-ils pas essayé de donner forme positive à la théologie qu’ils souhaitaient substituer à celle des manuels scolastiques en circulation, jugés trop abstraits, trop déductifs, trop juridiques. Ainsi aurait pu prendre corps cette notion de « nouvelle théologie » dont ils réprouvaient l’usage polémique et contestaient même l’existence, n’y voyant qu’un amalgame dépourvu de consistance, construit de toutes pièces par leurs adversaires romains ou romanisés. On a déjà mis en lumière, d’un tel point de vue, l’importance de deux collections inspirées par deux religieux soupçonnés d’être les chefs de file de la « nouvelle théologie » en France, le dominicain Yves Congar et le jésuite Henri de Lubac : la collection « Unam Sanctam », fondée par le premier en 1937 chez ses confrères des Éditions du Cerf ; et la collection « Théologie » publiée à partir de 1944 par Fernand Aubier, avec la participation active du second, mais « sous la direction de la Faculté de théologie s. j. de Lyon-Fourvière »3. Comme son nom l’indique, la première ne concerne toutefois que l’ecclésiologie et l’œcuménisme. Quant à la seconde, elle possède une forte tonalité patristique qu’elle emprunte à la collection « Sources chrétiennes »4, née elle aussi au scolasticat jésuite lyonnais : elle ne prétend pas embrasser l’ensemble de la théologie. Toutes deux ont payé un assez lourd tribut aux sanctions à l’encontre de la « nouvelle théologie » : trois volumes de « Théologie » et cinq volumes d’« Unam Sanctam » ont eu maille à partir avec la censure romaine5.

  • 6  Trois volumes chacun, Tournai, Desclée, Lefebvre et Cie, 1901 et 1905.
  • 7Manuel d’instruction religieuse à l’usage des maisons d’éducation et des catéchistes volontaires. (...)

3On voudrait ici sortir de l’ombre deux tentatives françaises pour remplacer les manuels décriés par des instruments de travail mieux accordés aux divers mouvements de retour aux sources, bibliques, patristiques ou liturgiques qui sont au cœur du renouveau théologique en cours. Les principaux promoteurs de celui-ci n’ont en effet pas de mots assez durs pour stigmatiser ces manuels datant d’un demi-siècle, mais toujours en usage auprès des professeurs dans les séminaires et maisons de formation religieuses : les inusables Synopsis theologiae dogmaticae et Synopsis theologiae moralis et pastoralis du sulpicien Adolphe Tanquerey6 ; ou encore La doctrine catholique de l’abbé Auguste Boulenger, moins ambitieuse car de niveau secondaire et non universitaire7.

Au Saulchoir avant-guerre

4La première de ces tentatives, sans lendemain, naît avant 1939 au couvent dominicain du Saulchoir, studium de la province de France des frères prêcheurs qui est un des principaux foyers du renouveau théologique, sous la forme d’un thomisme historicisé, ancré dans le xiiie siècle de l’Aquinate, celui de la naissance des communes urbaines ou des universités ; mais attentif aussi à ce que l’on appelle pas encore les « signes des temps », c’est-à-dire à quelques-uns des traits distinctifs de l’histoire du xxe siècle. Trois de ses professeurs, liés par une profonde connivence intellectuelle et spirituelle, rêvent d’un nouvel instrument de niveau supérieur, qui rompe avec l’antimodernisme spéculatif des manuels anciens et qui prenne en compte, outre le retour aux sources en cours, les développements les plus récents de la vie de l’Église : le régent des études et recteur des faculté canoniques Marie-Dominique Chenu (1895-1990) ; le professeur d’ecclésiologie Yves Congar (1904-1995) et le professeur d’histoire de l’Église Henri-Marie Féret (1904-1992). On ne sait toutefois que peu de choses sur ce projet ; seulement le témoignage succinct qu’en a fourni le père Congar dans son Journal en 1946.

  • 8  Yves Congar, Journal d’un théologien 1946-1966, op. cit., p. 60-61. François Trémolières, « "Théol (...)

Notre désir de travailler qui devait se produire dans le labeur propre à chacun […] se concrétisa dès 1932, sinon même 1931, dans le projet d’un travail commun : une Histoire de la Théologie. Nous prenions des notes, nous tenions au courant des commencements de percées, avons même été, à plusieurs reprises soit jusqu’à poser les très grandes lignes d’un plan, soit jusqu’à projeter de nous donner quinze jours ensemble, tranquilles, pour élaborer ce plan. J’ai encore mes notes prises pour cette Histoire de la Théologie. Un certain nombre m’ont servi à rédiger, en 1938-39, l’article « Théologie » du Dictionnaire de Théologie Catholique… Notre projet a tenu assez longtemps ; peut-être jusque vers 1938. Je ne me rappelle pas exactement si nous convînmes d’y renoncer et, si oui, pourquoi. Peut-être les premières difficultés du Père Chenu, ou bien notre engagement, les uns et les autres, dans des besognes diverses, nous fît-il prendre conscience de ce qu’il y avait de chimérique dans ce beau projet8.

  • 9  Étienne Fouilloux, Marie-Dominique Chenu 1895-1990, Paris, Salvator, 2023, p. 82-98.

5Les deux raisons avancées se sont en fait conjuguées pour entraver sa réalisation. Les trois compères, éléments moteurs du Saulchoir, sont certes chargés de tâches de plus en plus absorbantes. Mais la convocation du père Chenu à l’Angelicum, en février 1938, pour s’expliquer sur son manifeste, Une école de théologie : le Saulchoir, fait entrer la maison dans une cascade de soupçons qui iront croissant jusqu’à sa mise au pas par le Saint-Office en 1942-19439. Une telle atmosphère y était devenue défavorable à un travail de fond d’une certaine audace.

Après guerre autour de Mgr de Solages

6Le second projet a eu plus de consistance et il est mieux documenté. Il est né en 1945 autour de Mgr Bruno de Solages (1895-1983), recteur de l’Institut catholique de Toulouse, avec la coopération étroite du père Marie-Dominique Chenu et du père Henri de Lubac (1896-1991), chefs de file des deux lieux emblématiques de la so called « nouvelle théologie » : le studium dominicain du Saulchoir et le scolasticat jésuite de Lyon-Fourvière. Les trois hommes, qui se connaissent bien, souhaitent confier chacun des traités du futur manuel aux meilleurs spécialistes et en faire ainsi un instrument de travail de niveau universitaire pour les professeurs de théologie. Le choix des meilleurs implique de ne pas tenir compte de leurs références philosophiques et théologiques, qu’elles soient thomistes, blondéliennes ou autres. Le seul pré-requis exigé est une volonté de renouveler l’enseignement de la théologie.

7Deux de ses promoteurs ont évoqué le projet de Solages dans leurs souvenirs. Si c’est un livre d’entretiens du père Chenu qui a rappelé son existence au père de Lubac, l’évocation du jésuite dans ses Mémoires est la plus fidèle et la plus complète.

  • 10Mémoire sur l’occasion de mes écrits, op. cit., pp. 144-145.

8Parmi tous ces mort-nés, il en est un dont l’ambition était plus grande et qui devait être une œuvre collective. C’était un traité de théologie, conçu dans un autre esprit et sur un nouveau plan que les manuels encore en usage ; nous le voulions à la fois moins systématique et plus profondément traditionnel, intégrant le meilleur des travaux du siècle en fait d’exégèse, de patristique, de liturgie, d’histoire, de réflexion philosophique… La première idée en venait de Mgr de Solages, qui s’en était ouvert à moi ; nous avions l’assentiment des PP. Congar et Chenu […] ; la collaboration de M. Jean Mouroux, du chanoine Dondeyne, des Pères Malevez, Holstein, Baumgartner, de M. Chavasse, de quelques autres encore, nous était acquise. Il s’agissait d’une entreprise, dans toute la force et l’extension du terme, catholique. Le plan général en eut été simple ; six volumes environ, dans un ordre qui présentement m’échappe : « Anthropologie », « Christologie », « Ecclésiologie », « Eschatologie », « Théologie » ( = sur Dieu), peut-être « Œcuménisme ». Le besoin était grand, mais la conjoncture peu favorable ; je dus avertir mes collègues que ma collaboration leur serait compromise. Puis le coup de foudre d’Humani generis enterra le projet10.

  • 11Un théologien en liberté. Jacques Duquesne interroge le Père Chenu, Paris, Le Centurion, 1975, p.  (...)

9Les souvenirs du père Chenu sont moins précis. Il se rappelle surtout « une séance où j’avais exposé les premières traces que je voyais renaître – non pas chez les grands théologiens, mais chez le petit peuple chrétien – du sens eschatologique, c’est-à-dire, avec le sens de l’histoire, le dynamisme de l’espérance dans un monde en marche. Mes partenaires et moi regardions cela avec beaucoup d’espoir et une grande joie. Là-dessus paraît Humani generis. Notre petit collège de travail n’avait plus qu’à fermer ses portes »11.

  • 12  Fonds Bruno de Solages, Les Alliers, Mézens (Tarn) et fonds Henri de Lubac, Archives françaises de (...)
  • 13  Lettre manuscrite du 31 août, fonds Henri de Lubac

10L’accès aux papiers des principaux protagonistes permet aujourd’hui de mieux connaître l’épisode12. Tout part en effet de Mgr Bruno de Solages, recteur de l’Institut catholique de Toulouse depuis 1932. À peine sorti du camp de concentration où il a été déporté par l’occupant allemand, il communique le 31 août 1945 au père de Lubac « un vieux projet qui s’est accentué dans mes méditations à Neuengamme. Nous réunir tous les trois : vous, le P. Chenu et moi pour envisager sous tous ses aspects ce que devrait être le rôle présent de la théologie française. Réunion toute amicale où nous essayerions de mettre de la méthode ». Le père Chenu, vu à Toulouse en juillet 1945, lors de la Semaine sociale est « d’accord sur le principe », mais Solages lui écrit par le même courrier pour confirmation13.

  • 14Monseigneur Bruno de Solages, actes du colloque de Toulouse des 13-15 décembre 1996, Bulletin de l (...)
  • 15  Lettre à Jacques Maritain du 6 octobre 1927, Bulletin de littérature ecclésiastique, janvier-juin (...)
  • 16  Lettre au dominicain Marie-Vincent Bernadot, 18 novembre 1928, Archives de la province dominicaine (...)
  • 17  « La crise moderniste et les études ecclésiastiques. Réflexions en marge de sa plus récente histoi (...)
  • 18  Lettre de Beauchesne du 1er novembre 1931 et réponse de Solages du 9 novembre, en copies dans la l (...)
  • 19  Christianus, « La gangue », La Vie Intellectuelle, 10 octobre 1932, pp. 6-9 ; Solages et Mauriès r (...)
  • 20  Note remise fin octobre 1937 à l’assesseur du Saint-Office, Mgr Alfredo Ottaviani, Archives du Dic (...)
  • 21  Il figure en tête d’une liste de promouvables dressée par Georges Bidault, André Latreille, De Gau (...)

11Petit par la taille, mais vif d’esprit et volontiers combatif, Bruno de Solages s’est tôt fait un nom au sein de l’Église de France14. Né en 1895 dans la famille propriétaire des mines de Carmaux, il a été ordonné prêtre pour le diocèse d’Albi en 1922 avant de compléter sa formation cléricale à Rome (1922-1924) et à l’école biblique de Jérusalem (1924-1925), ce qui lui a ouvert de larges horizons. Aussi ne satisfait-il pas longtemps de ses fonctions de professeur au petit séminaire diocésain de Saint-Sulpice-la-Pointe : il devient en 1926 le rédacteur en chef de la Revue apologétique, dont il entreprend avec succès de redorer le blason. S’il se réclame personnellement du thomisme, il en critique la tentation absolutiste15 et prête attention à l’œuvre de Maurice Blondel, sans pour autant adhérer à sa philosophie de L’Action16. Il se fait connaître en 1930 par une leçon à la Semaine sociale de Marseille sur les « Devoirs et droits des puissances coloniales » ; mais aussi par un article de la Revue apologétique dans lequel il suggère qu’il est temps de tourner la page de la crise moderniste17. Il claque la porte de la revue en 1932, devant le refus du propriétaire, l’éditeur Gabriel Beauchesne, de publier « Maurras et l’ordre chrétien », article de son mentor, le chanoine Clément Mauriès, jugé inopportun dans une conjoncture d’apaisement18. Il n’est donc pas étonnant que le tandem Mauriès-Solages accepte, dans la foulée, de rédiger une bonne partie des éditoriaux de la revue dominicaine La Vie intellectuelle signés « Christianus », éditoriaux dans lesquels les deux prêtres du diocèse d’Albi s’attachent à dissocier le catholicisme français de sa « gangue » conservatrice19. Conférencier attitré des Semaines sociales de France et membre de sa Commission générale, professeur de théologie à l’Institut catholique de Toulouse depuis 1931, Solages en devient l’année suivante le jeune recteur du fait de sa proximité avec l’archevêque, Mgr Saliège, auquel il sert assez souvent de plume : c’est Solages qui rédige la note par laquelle Saliège proteste auprès de Rome contre la suppression de l’hebdomadaire dominicain Sept en 193720. Et le recteur est le principal animateur de la Résistance spirituelle toulousaine, tant dans son Institut qu’auprès de son archevêque. Il paie d’ailleurs cette Résistance d’une déportation à Compiègne puis à Neuengamme en 1944-1945. Cela lui vaut une grande notoriété dans les milieux résistants qui souhaitent, en vain, sa promotion à l’épiscopat21.

  • 22  Étienne Fouilloux, « Dialogue théologique ? (1946-1948) », Saint Thomas au xxe siècle (sous la dir (...)
  • 23  Étienne Fouilloux, « Solages versus Garrigou-Lagrange (1947) », Louvain, Belgium and beyond. Studi (...)
  • 24  « La pensée chrétienne face à l’évolution », discours de rentrée de l’Institut catholique de Toulo (...)
  • 25  Sur cet épisode, Étienne Fouilloux, Eugène, cardinal Tisserant. Une biographie, Paris, Desclée de (...)

12Mgr de Solages joue de cette notoriété, et de celle de Saliège, promu cardinal en 1946, pour revendiquer un rôle majeur dans les débats intellectuels qui agitent le catholicisme français au lendemain de la Libération : médiateur et artisan de paix en France ; avocat des suspects en cour de Rome pour tenter de leur éviter des sanctions. Entre 1945 et 1950, c’est-à-dire au moment de la gestation du traité de théologie dont il a pris l’initiative, Solages tente en vain de réconcilier les thomistes dominicains de Saint-Maximin et les jésuites de Fourvière en désaccord sur la nature de la théologie22 ; il défend vigoureusement les seconds contre les assauts du père Garrigou-Lagrange23 ; il soutient publiquement les thèses sur l’évolution du père Teilhard de Chardin qu’il aide, avec le père de Lubac, à mettre au point le manuscrit du Phénomène humain24 ; il a rédigé la supplique à Rome qui entraîne en 1948 la lettre de la Commission biblique au cardinal Suhard sur l’interprétation des premiers chapitres de la Genèse25. C’est dans un tel contexte où il fait figure de paladin des idées nouvelles en France, et de mouche du coche à Rome, que prend place le projet restitué ici.

  • 26  Chenu et Solages sont nés en 1895 et Lubac en 1896.
  • 27  Ses trois livres Catholicisme. Les aspects sociaux du dogme (1938), Corpus mysticum. L’Eucharistie (...)
  • 28  Ce qui n’était pas le cas sur le moment : « Tout ce qui compte dans le monde théologique a été dou (...)

13Pour le mener à bien, il sollicite deux hommes de sa génération, qu’il connaît bien depuis le début des années 1930 et dans lesquels il a toute confiance. En pleine maturité intellectuelle26, ils incarnent chacun a sa manière le renouveau de la pensée catholique française. Le père Marie-Dominique Chenu illustrait l’école du Saulchoir où il proposait un thomisme revitalisé par l’histoire. Le père de Lubac illustre l’école de Fourvière qui puise dans le retour aux sources bibliques, patristiques et liturgiques une présentation renouvelée de la foi chrétienne face aux défis de l’athéisme27. Au jésuite qui lui a fait remarquer que son travail inquiète les autorités, Solages répond : « Je comprends les scrupules qui vous dictent votre lettre, mais à dire vrai, c’est plus vrai du P. Chenu que de vous, à cause du malheureux accident ». Ainsi euphémisée28, la mise à l’Index en 1942 de la brochure programme de Chenu Une école de théologie : le Saulchoir n’empêche pas le recteur de Toulouse d’aller de l’avant ; ni les menaces sur l’œuvre du père de Lubac qu’accroît la sortie de Surnaturel en 1946. « Je compte pour la pénétration dans le milieu visé sur la valeur intrinsèque du travail. Impossible de faire qu’il soit à la fois progressiste et considéré comme conservateur, écrit-il à celui-ci le 1er novembre 1945. Ce serait poursuivre la quadrature du cercle. Ce qui me préoccupe le plus à ce sujet c’est de le faire passer sans accident. Nous verrons le moment venu – il y en a pour quelques années – comment nous y prendre ». 

  • 29  Pour péché originel sans doute.
  • 30  Lettre citée au père de Lubac.
  • 31  Lettre de Solages au père de Lubac, 1er novembre 1945, AFSJ.
  • 32  Pour lesquelles sont sollicités les abbés Laurent Remillieux, de Lyon, et René de Naurois, cousin (...)
  • 33  Lettre au père de Lubac du 27 novembre 1945, AFSJ.
  • 34  Lettre de Solages au père Chenu, 2 mars 1946, ADF ; lettre au père de Lubac du 23 mars, AFSJ.
  • 35  « Pour nos réunions voici : je prévois lundi, mardi, mercredi 6, 7 et 8 janvier pour la réunion av (...)

14Au départ, le projet est vaste et pas précisément fixé sur la rédaction d’un manuel de théologie : « Voici, en vrac, quelques thèmes auxquels je songe ; 1) les problèmes à résoudre ex. : PO29. 2) les réunions à organiser (théologiques, philosophiques, etc.). 3) les institutions à créer, à réorganiser… 5) informations mutuelles », écrivait Solages le 31 août 194530. C’est sur cette base très large que se tient à Carmaux les 27-29 septembre 1945, dans la propriété de son cousin dont les houillères sont réquisitionnées, une première réunion tripartite qui affine quelque peu le projet. D’une part, elle entame un « recensement méthodique des théologiens français (et belges) », dont deux collaborateurs de Solages à l’Institut catholique de Toulouse, les abbés Aimé-Georges Martimort (pour la théologie) et l’oratorien Gérard Viatte (pour la philosophie), plus le père de Lubac pour les jésuites, doivent tenir le fichier qui comportera au total une quarantaine de noms connus des facultés de théologie, scolasticats et couvents d’études en France et en Belgique. Elle se focalise d’autre part sur la rédaction d’un traité de théologie dont l’idée ne peut que plaire au père Chenu, encore marri de l’avortement du projet du Saulchoir. La concrétisation en est certes lointaine. « Pour l’instant l’essentiel est de préparer le travail ; plan, méthode, directives, liste des collaborateurs possibles. C’est après seulement je crois qu’il faudra sonder les collaborateurs, quand nous saurons avec précision que leur demander »31. Mais le projet prend forme au fil des échanges épistolaires. Le terme « notre concile » apparaît dans une lettre du 27 novembre 1945, tout comme l’utilité de relations avec le monde germanique32 ou anglo-saxon, et surtout la préparation par chacun des trois compères d’un projet « a) des directives (du cours de théologie) ; b) du plan général et d’une liste (en vrac) des questions à intégrer dans le cours (celles qui ne s’y trouvent pas d’habitude) »33. Une deuxième rencontre à trois est prévue du 11 au 13 avril 1946. « Encore tout plein du bienfait et de la joie du premier "concile" de Carmaux, je me réjouis grandement de poursuivre la si sympathique conversation engagée », écrit Solages34. Malgré des difficultés de calendrier, une troisième rencontre a lieu du 9 au 11 janvier 1947 juste après celle par laquelle Solages et Lubac mettent au point le manuscrit du Phénomène humain avec Teilhard, d’où la méprise du père Chenu : il a bien fait connaissance avec le savant à Carmaux, mais celui-ci ne participait pas au projet de manuel35.

  • 36  Lettre à Mgr de Solages, ADF, copie.
  • 37  « Je serai doublement heureux de ces journées passées avec vous », lui écrit Chenu fin septembre 1 (...)

15Cette troisième réunion est décisive. Du fait de la convergence des schémas préparés par les trois compères, elle permet d’établir le plan de l’ouvrage et de lancer les invitations à y collaborer. La diversité des réponses manifeste la difficulté de l’entreprise. Certes, nombre d’entre elles sont positives, la plus enthousiaste étant celle du père Congar pour ce qui pourrait devenir, à ses yeux « LA théologie du xxe siècle ». « Je veux vous dire mon accord profond sur l’idée d’une théologie qui assume, dans la construction de la problématique elle-même, la dimension historique ; qui montre les problèmes se construire dans le développement lui-même », répond-il le 7 février 1947 ; mais le souhait d’impliquer son ami Féret dans le projet n’a pas de suite36. De son côté, le père de Lubac obtient l’accord de son confrère de la Faculté de théologie lyonnaise l’abbé Antoine Chavasse pour le volume sur Dieu et des espérances du côté de son ami l’abbé Jean Mouroux, professeur au grand séminaire de Dijon. Il compte aussi sur ses confrères Léopold Malevez du scolasticat de Louvain (sur la grâce, avec Charles Baumgartner du scolasticat d’Enghien) et Henri Holstein alors professeur à la Catho d’Angers (sur Création et péché). En revanche, Chenu et Congar n’obtiennent qu’un refus de l’oratorien Louis Bouyer ; quant au professeur de Louvain Franz Grégoire il décline à regret l’offre du volume sur l’anthropologie pour lequel est alors envisagé un tandem Albert Dondeyne-Roger Aubert, sans suite. Confronté à cette pénurie de disponibilités, Chenu avoue sa perplexité. « Je suis par moments effrayé et découragé devant le grand œuvre que doit représenter pour le xxe siècle, l’entreprise, si elle ne doit pas être seulement un "meilleur" manuel entre vingt autres », écrit-il à Solages le 28 février 1947. Une quatrième réunion fait le point, à Carmaux début octobre 1947 sur les acceptations et les refus, réunion à laquelle Congar a sans doute participé37. Elle est suivie d’une rencontre à Lyon en juillet 1948, avec Chavasse, Baumgartner, Holstein et le mariste Joseph de Baciocchi, professeur au scolasticat de Sainte-Foy-lès-Lyon, introduit dans le circuit par le père de Lubac.

  • 38  Lettre de Solages au père Congar, 20 décembre 1948, ADF. La rencontre devait avoir lieu du 4 au 6 (...)
  • 39  Selon sa propre formulation.
  • 40  Qui se situent plus du côté de l’incarnation que de l’eschatologie ; lettre du 14 mai 1949, Cardin (...)

16Ensuite les rencontres s’espacent. Faut-il y inclure une initiative parallèle de l’infatigable Mgr de Solages ? La rencontre parisienne de mai 1949, au siège de la revue jésuite Études, entre six professeurs des facultés de théologie allemandes (Joseph Lortz, Münster, August Raetz, Mayence, Marcel Reding, Tübingen, Michael Schmaus, Munich, Theodor Steinbüchel, Tübingen, Bernhard Welte, Fribourg) et six Français « recrutés parmi des théologiens ouverts et ayant une certaine connaissance de l’allemand pour faciliter les choses »38 : deux jésuites, Charles Baumgartner (Enghien) et Jean Daniélou (Paris), deux dominicains, Chenu et Congar (Le Saulchoir), deux séculiers, Solages et Naurois (Toulouse). La dissymétrie de la composition des deux délégations saute aux yeux : en France, la théologie dépend bien plus des ordres religieux qu’en Allemagne, dont les facultés canoniques sont partie intégrante des universités d’État. Joseph Lortz évoque le problème de la Kirchengeschichte, Schmaus le rôle de l’eschatologie dans le christianisme, Steinbüchel celui du personnalisme en théologie morale ; Solages parle du problème de l’évolution, Daniélou de « Théologie et histoire » et Congar des « questions posées par l’action pastorale à la théologie contemporaine »39. Le père Daniélou se dit « très content » de la rencontre. « Il y a eu un contact profond et je me suis senti en pleine communion avec eux », écrit-il au père de Lubac à propos des Allemands. « Le meilleur rapport a été celui du P. Congar, très remarquable. Le doyen de Munich, Schmaus a fait sur l’eschatologie une communication avec laquelle j’étais en plein accord, mais qui n’était pas tout à fait dans les idées du P. Chenu et de Mgr de Solages »40.

  • 41  Lettre de Solages au père Congar, 16 mars 1950, ADF.
  • 42  Programme dans les papiers Chenu, ADF.

17Les Allemands souhaitent évidemment rendre la pareille : une seconde rencontre se déroule à Tübingen les 13-15 avril 1950 : le père Henri Bouillard, encore à Fourvière pour quelques semaines, remplace Baumgartner indisponible, et Chenu le père Congar. Un élargissement du côté belge, souhaité par les Allemands, ne peut se concrétiser, malgré plusieurs tentatives41. En revanche, le professeur de Louvain Gustave Thils est présent à Luxembourg lors d’une troisième rencontre, sans lien avéré avec les précédentes, sur la « Communauté chrétienne » (« Christliche Gemeinschaft ») : les dominicains Chenu et Liégé ou le bénédictin de Chevetogne Clément Lialine dialoguent avec un groupe de théologiens germanophones entièrement modifié ; Fridolin Stier (Tübingen), Karl Otto Thieme (Bâle), Ignaz Backes (Trèves), Franz Xaver Arnold (Tübingen) ou Mgr Wendel (Spire) et Mgr Lommel (Luxembourg)42. Il ne s’agit là que de brèves prises de contact entre deux univers théologiques qui s’ignorent encore largement. Elles prouvent néanmoins le désir des trois principaux foyers de la « nouvelle théologie », l’allemand, le belge et le français, de nouer quelques liens par-delà les frontières nationales et linguistiques. On peut y voir une première ébauche de ce que sera le « marché commun » théologique, moteur de la majorité conciliaire dès la première session Vatican II.

18Mais pour le traité de théologie, c’est l’échec. La seconde rencontre franco-allemande a été précédée d’une journée à Paris, le mardi 11 avril 1950, pour tenter de faire avancer le projet. C’est la dernière dont nous ayons la trace. Après quoi l’affaire se perd dans les sables sans qu’on sache précisément pourquoi. Le père Chenu et le père de Lubac en rendent responsables le climat défavorable qu’engendre l’encyclique Humani generis du 12 août 1950, précédée des mesures prises à l’encontre du scolasticat de Fourvière. Elles interdisent tout engagement de la part du père de Lubac, privé de son enseignement, soumis à une lourde censure et assigné à Paris sans outils de travail. Il faut signaler surtout que le projet n’avait pas les moyens de ses ambitions : les ouvriers qualifiés étaient alors trop peu nombreux et, de ce fait, trop chargés de tâches multiples pour avoir la disponibilité requise. La convergence entre ce phénomène structurel, sous-estimé par la mémoire des protagonistes, et la conjoncture néfaste issue d’une encyclique consacrée à « quelques opinions fausses » risquant de « ruiner la doctrine catholique » est venue à bout d’un projet séduisant, mais visiblement prématuré.

  • 43  Sabine Schratz, Daniele Premoli, « "L’Enciclica Pascendi dei tempi moderni". Il progetto per l’ult (...)

19La méfiance romaine envers les idées venues de France, de Belgique ou d’Allemagne se poursuit jusqu’à la fin du pontificat de Pie XII, comme le prouvent les sanctions prises contre les dominicains français en 1954, et surtout le projet de super-Humani generis récemment exhumé des archives du Saint-Office43. Elle conduit la plupart des théologiens impliqués dans le projet de Solages à faire profil bas, d’autant que certains se savent dans le collimateur des censeurs romains.

20La permanence d’un tel climat de frilosité qui sévit à Rome jusqu’à la veille du concile Vatican II et qui s’étend à nombre d’auteurs potentiels, a donc été largement responsable de l’échec des projets visant à rédiger un manuel de langue française intégrant l’apport de la « nouvelle théologie ». Plutôt que de tenter de nouveau l’aventure, dans un contexte pourtant plus favorable, la collection « Cogitatio Fidei », fondée par les Éditions du Cerf au début des années 1960, préfère traduire le Handbuch theologische Grundbegrieffe publié en Allemagne sous la direction d’Heinrich Fries. Avec une introduction explicative du père Congar, ses quatre volumes paraissent entre 1965 et 1967 sous le titre Encyclopédie de la foi.

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Notes

1  Titre primitif d’un chapitre des mémoires de l’œcuméniste mariste Maurice Villain, Vers l’unité chrétienne. Itinéraire d’un pionnier, 1935-1975, Dinard, 1986 ; cf. surtout Yves Congar, Journal d’un théologien, 1946-1956 (édité et présenté par Étienne Fouilloux), Paris, Cerf, 2000 ; et Henri de Lubac, Mémoire sur l’occasion de mes écrits, Œuvres complètes, XXXIII, Paris, Cerf, 2006.

2  Pour le premier cas de figure, cf. Étienne Fouilloux, Marie-Dominique Chenu, 1895-1990, Paris, Salvator, 2022, p. 63-129 (mise à l’Index d’Une école de théologie : Le Saulchoir, en 1942) ; et pour le second cas, Ward De Pril, Theological Renewal and the Resurgence of Integrism. The René Draguet Case (1942) in its context, Bibliotheca Ephemeridum Theologicarum Lovaniensium, CCLXVI, Leuven, Peeters, 2016 (longue lutte de René Draguet pour retrouver la chaire à la Faculté de théologie de Louvain dont il a été privé la même année 1942). De façon plus générale, cf. Jürgen Mettepenningen, Nouvelle Théologie. New Theology. Inheritor of Modernism, Precursor of Vatican II, Londres/New York, 2010.

3  Étienne Fouilloux, « La collection jésuite "Théologie" (1944-1972) », Cristianesimo nella storia, 45, 2/2024, p. 531-555 ; du même, « Le temps des livres », chapitre VII des Éditions dominicaines du Cerf, 1918-1965 (avec la collaboration de Tangi Cavalin et de Nathalie Viet-Depaule), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2018, pp. 165-187.

4  Étienne Fouilloux, La collection « Sources chrétiennes ». Éditer les Pères de l’Église au xxe siècle, Paris, Cerf, 1995 (deuxième édition en 2011).

5Conversion et grâce chez saint Thomas d’Aquin du père Henri Bouillard (1944), Corpus mysticum (1944) et Surnaturel (1946) du père de Lubac dans le premier cas ; L’Unité dans l’Église de Johann Adam Möhler (1938), Chrétiens désunis (1937), Esquisses du mystère de l’Église (1941), Vraie et fausse réforme dans l’Église (1950) du père Congar et Prêtres d’hier et d’aujourd’hui (1954), dans le second cas.

6  Trois volumes chacun, Tournai, Desclée, Lefebvre et Cie, 1901 et 1905.

7Manuel d’instruction religieuse à l’usage des maisons d’éducation et des catéchistes volontaires. La doctrine catholique, 4 volumes, 1917 (ultime édition en 1950, rééditée en un volume en… 2020).).

8  Yves Congar, Journal d’un théologien 1946-1966, op. cit., p. 60-61. François Trémolières, « "Théologie" » de Congar. Du dictionnaire au manuel », Produire et publier de la théologie dans le monde catholique. Des Restaurations à Vatican II, Sous la direction de Sylvio Hermann De Franceschi, Martin Dutron et Jean-Pascal Gay, Bibliothèque de la Revue d’Histoire Ecclésiastique, 118, Brepols, Turnhout, 2025, p. 229-243.

9  Étienne Fouilloux, Marie-Dominique Chenu 1895-1990, Paris, Salvator, 2023, p. 82-98.

10Mémoire sur l’occasion de mes écrits, op. cit., pp. 144-145.

11Un théologien en liberté. Jacques Duquesne interroge le Père Chenu, Paris, Le Centurion, 1975, p. 130 (qui confirme le témoignage recueilli par nos soins le 1er juin 1972).

12  Fonds Bruno de Solages, Les Alliers, Mézens (Tarn) et fonds Henri de Lubac, Archives françaises de la Société de Jésus (AFSJ, Vanves) ; cf. aussi Marie-Thérèse Duffau, « Faire publier les théologiens. Bruno de Solages et les échanges de Carmaux », Produire et publier de la théologie..., op.cit., p. 319-332.

13  Lettre manuscrite du 31 août, fonds Henri de Lubac

14Monseigneur Bruno de Solages, actes du colloque de Toulouse des 13-15 décembre 1996, Bulletin de littérature ecclésiastique, janvier-juin 1998 ; Marie-Thérèse Duffau, Bruno de Solages. Biographie d’un intellectuel engagé (1895-1983), Paris, Pierre Téqui, 2014.

15  Lettre à Jacques Maritain du 6 octobre 1927, Bulletin de littérature ecclésiastique, janvier-juin 1998, p. 191-195.

16  Lettre au dominicain Marie-Vincent Bernadot, 18 novembre 1928, Archives de la province dominicaine de France (ADF).

17  « La crise moderniste et les études ecclésiastiques. Réflexions en marge de sa plus récente histoire », Revue apologétique, juillet 1930, pp. 5-30 (à propos du livre de l’abbé Jean Rivière, Le modernisme dans l’Église. Étude d’histoire religieuse contemporaine, Paris, Letouzey et Ané, 1929).

18  Lettre de Beauchesne du 1er novembre 1931 et réponse de Solages du 9 novembre, en copies dans la lettre de Solages à Mgr Baudrillart, recteur de l’Institut catholique de Paris, du 7 décembre, Archives de l’Institut catholique, fonds Baudrillart (documents aimablement communiqués par l’archiviste, Serge Sollogoub). Le 8 juin 1939, de Rome, il alerte en vain les cardinaux Gerlier et Saliège sur la prochaine levée des sanctions contre le mouvement maurrassien (Marie-Thérèse Duffau, op. cit., pp. 123-126).

19  Christianus, « La gangue », La Vie Intellectuelle, 10 octobre 1932, pp. 6-9 ; Solages et Mauriès revendiquent ces éditoriaux dans deux volumes qui les rassemblent : Le christianisme dans la vie publique, Paris, Spes, 1937 ; Billets de Christianus, Paris, Spes, 1948.

20  Note remise fin octobre 1937 à l’assesseur du Saint-Office, Mgr Alfredo Ottaviani, Archives du Dicastère pour la doctrine de la foi, Rerum variarum 1938 ; Prot. N. 187/1937, Predicatori Francia ; Marie Thérèse Duffau, Bruno de Solages…, op. cit, p. 190.

21  Il figure en tête d’une liste de promouvables dressée par Georges Bidault, André Latreille, De Gaulle, la Libération et l’Église catholique, Paris, Cerf, 1978, p. 32.

22  Étienne Fouilloux, « Dialogue théologique ? (1946-1948) », Saint Thomas au xxe siècle (sous la direction de Serge-Thomas Bonino), Paris, Éditions Saint-Paul, 1995, pp. 153-195.

23  Étienne Fouilloux, « Solages versus Garrigou-Lagrange (1947) », Louvain, Belgium and beyond. Studies in religious history in honour of Leo Kenis, edited by Mathijs Lamberigts and Ward De Pril, Bibliotheca Ephemeridum Theologicarum Lovaniensium, CCXCIX, Leuven, Peeters, 2018, pp. 343-356.

24  « La pensée chrétienne face à l’évolution », discours de rentrée de l’Institut catholique de Toulouse, 18 novembre 1947 ; cf. Mercè Prats, Une parole attendue. La circulation des polycopiés de Teihard de Chardin, (préface d’Étienne Fouilloux), Paris, Salvator, 2022.

25  Sur cet épisode, Étienne Fouilloux, Eugène, cardinal Tisserant. Une biographie, Paris, Desclée de Brouwer, 2011, p. 269-272.

26  Chenu et Solages sont nés en 1895 et Lubac en 1896.

27  Ses trois livres Catholicisme. Les aspects sociaux du dogme (1938), Corpus mysticum. L’Eucharistie et l’Église au Moyen Âge (1944) et surtout Le drame de l’humanisme athée (1944), en font le grand espoir de la théologie française à la Libération (Étienne Fouilloux, « Henri de Lubac au moment de la publication de Surnaturel », Revue thomiste, janvier-juin 2001, pp. 13-30).

28  Ce qui n’était pas le cas sur le moment : « Tout ce qui compte dans le monde théologique a été douloureusement ému de ce qui arrive au Père Chenu et les suites m’inquiètent fort », écrivait Solages au cardinal Tisserant le 28 juillet 1942, Bulletin de littérature ecclésiastique, janvier-juin 1998, p. 126. Après la guerre, il demandera avec insistance au Saint-Office des explications sur cette sanction dont il conteste le bien- fondé (lettres des 4 juillet et 31 décembre 1946, Archives du Dicastère pour la doctrine de la foi, Censura librorum, dossier Chenu, 472/55).

29  Pour péché originel sans doute.

30  Lettre citée au père de Lubac.

31  Lettre de Solages au père de Lubac, 1er novembre 1945, AFSJ.

32  Pour lesquelles sont sollicités les abbés Laurent Remillieux, de Lyon, et René de Naurois, cousin de Solages.

33  Lettre au père de Lubac du 27 novembre 1945, AFSJ.

34  Lettre de Solages au père Chenu, 2 mars 1946, ADF ; lettre au père de Lubac du 23 mars, AFSJ.

35  « Pour nos réunions voici : je prévois lundi, mardi, mercredi 6, 7 et 8 janvier pour la réunion avec le P. Teilhard ; jeudi, vendredi, samedi 9, 10 et 11 janvier pour celle avec le P. Chenu » (lettre de Solages à Lubac, 6 décembre 1946) ; « Le mercredi 8 le P. Chenu nous rejoindra pour voir un peu le P. Teilhard » (lettre de Solages à Lubac, 27 décembre). Ce qui permet de corriger Un théologien en liberté. Jacques Duquesne interroge le P. Chenu, op. cit., p. 130.

36  Lettre à Mgr de Solages, ADF, copie.

37  « Je serai doublement heureux de ces journées passées avec vous », lui écrit Chenu fin septembre 1947, ADF ; le père Congar disait n’être allé qu’une fois à Carmaux, témoignage oral du 30 mai 1972.

38  Lettre de Solages au père Congar, 20 décembre 1948, ADF. La rencontre devait avoir lieu du 4 au 6 janvier ; elle a été reportée en mai du fait de l’indisponibilité de Congar.

39  Selon sa propre formulation.

40  Qui se situent plus du côté de l’incarnation que de l’eschatologie ; lettre du 14 mai 1949, Cardinal Jean Daniélou Cardinal Henri de Lubac, Correspondance 1939-1974, Paris, Cerf, 2021, pp. 355-356.

41  Lettre de Solages au père Congar, 16 mars 1950, ADF.

42  Programme dans les papiers Chenu, ADF.

43  Sabine Schratz, Daniele Premoli, « "L’Enciclica Pascendi dei tempi moderni". Il progetto per l’ultima enciclica di Pio XII (1956-1958) », Journal of Modern and Contemporary Christianity (JoMaCC), vol. 3 Num. 1, April 2024, p. 153-174.

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Pour citer cet article

Référence papier

Étienne Fouilloux, « Des manuels pour la « Nouvelle théologie » ? (1930-1950) »Chrétiens et sociétés, 32 | 2026, 141-153.

Référence électronique

Étienne Fouilloux, « Des manuels pour la « Nouvelle théologie » ? (1930-1950) »Chrétiens et sociétés [En ligne], 32 | 2025, mis en ligne le 02 juin 2026, consulté le 15 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/chretienssocietes/11932 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16cgt

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Auteur

Étienne Fouilloux

UMR CNRS 5190 LARHRA

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