L’anticléricalisme intra-protestant en Europe continentale (XVIIe-XVIIIe siècles)
Notes de la rédaction
Les actes de cette table ronde ont été publiés en 2005 sous la direction d’Yves Krumenacker, L’anticléricalisme intra-protestant en Europe continentale (XVIIe-XVIIIe siècles), Lyon, Institut d’Histoire du Christianisme de l’Université Jean Moulin – Lyon 3, 2003, 127 p.
Texte intégral
1L’anticléricalisme accompagne la naissance de la Réforme. Sur le plan théologique, il prend la forme d’un rejet du sacerdotalisme, de l’idée que l’ordination puisse être un sacrement. Aussi ne devrait-il pas y avoir d’anticléricalisme intra-protestant, dirigé contre les pasteurs. Paradoxale pouvait donc apparaître la Table ronde organisée par l’Institut d’Histoire du Christianisme, dans le cadre du programme « L’anticléricalisme croyant » dirigé par Thierry Waneggfelen, au sein du GDR 2342 (CNRS) « L’esprit moderne en religion ». Elle a pourtant été fructueuse, aussi bien pour la connaissance du protestantisme que pour mieux définir l’anticléricalisme.
2Françoise Chevalier a pu montrer que l’autorité du pasteur est déjà contestée au XVIIe siècle, en donnant l’exemple d’un conflit, à Saumur, qui voit se multiplier les procédures, les assemblées illégales, l’appel aux chefs de famille. Est-ce de l’anticléricalisme ? On conteste autant le pasteur que le consistoire, qui peut être ainsi considéré comme un « clerc collectif », selon l’heureuse expression de B. Roussel. L’anticléricalisme peut ainsi être diffracté, portant sur tous les détenteurs d’une autorité religieuse. Mais c’est surtout au moment de la Révocation de l’Édit de Nantes (1685), lorsque la quasi-totalité des pasteurs quitte la France, laissant leurs fidèles sans ministres, que la contestation devient importante. Cela suscite d’amples débats, analysés par Agnieszka Stelegowska, à partir d’un corpus de treize lettres pastorales écrites à cette occasion. Les écrits de l’un des critiques de cette désertion des pasteurs, Claude Brousson, ont pu ensuite être étudiés par Hubert Bost. Dans la plupart des cas, il s’agit d’un anticléricalisme suscité par une vision cléricale des pasteurs : ils ne sont pas à la hauteur de l’idéal proclamé au XVIIe siècle. Cela contribuera à leur enlever une part de leur autorité. Yves Krumenacker, en tentant une typologie des attitudes d’opposition aux pasteurs au cours du XVIIIe siècle, pose à nouveau la question de la nature de l’anticléricalisme. Certaines contestations prolongent celles du siècle précédent, mais on peut également proposer de parler d’anticléricalisme « par défaut », lorsque des laïcs, « inspirés », « prophètes » se substituent aux pasteurs, même sans les critiquer ouvertement. Les conflits sont particulièrement forts lorsque des pasteurs formés à l’étranger ont tenté de prendre en mains les Églises qui s’étaient maintenues malgré la persécution, à partir de 1729-1730.
3Ces premières communications étaient centrées sur le cas français. Deux autres permettaient de donner une dimension européenne. Joris van Eijnatten a analysé les sources du traité De Magistratu qui refuse aux clercs le droit d’attaquer le magistrat ; c’est l’œuvre d’un protestant français réfugié à l’étranger, Barbeyrac. Son anticléricalisme trouve son origine dans son latitudinarisme, opposé à toute orthodoxie. J. van Eijnatten a ensuite dressé un tableau de l’anticléricalisme aux Pays-Bas, montrant toute sa diversité. Marie Drut-Hours, en présentant les débats sur le statut du pasteur dans les communautés luthérienne et calviniste du duché de Deux-Ponts (Allemagne), a pu montrer une évolution de l’anticléricalisme : conséquence, au début du XVIIIe siècle, d’une demande de retour au sacerdoce universel, aux sources de la Réforme, il devient de plus en plus une revendication du sujet autonome, dans la ligne de l’Aufklärung.
4Cette Table ronde a permis d’aborder des sujets divers et d’enrichir la problématique de l’anticléricalisme, pas seulement protestant d’ailleurs. Il apparaît complexe, multiple et ne peut pas être envisagé sans tenir compte des motifs qui le sous-tendent. En définitive, il est aussi varié que les conceptions que l’on peut se faire des clercs et de leurs rapports avec les laïcs.
5Les communications étaient les suivantes :
Françoise Chevalier (Centre d’Histoire des Religions du Livre, EPHE, Paris) : « La contestation de l’autorité du pasteur par l’Assemblée des chefs de familles : Saumur 1655-1660 »
Agnieszka Stelegowska (Univ. de Varsovie et EPHE Paris) : « Débats au sein de la communauté réformée en France aux alentours de la Révocation de l’Edit de Nantes »
Hubert Bost (Centre d’Études du XVIIIe siècle, Montpellier) : « De la désertion des ministres au Désert des prédicants. Les reproches de Brousson aux pasteurs exilés à la Révocation de l’Edit de Nantes »
Yves Krumenacker (Univ. Lyon 3) : « Les oppositions aux pasteurs du Désert »
Marie Drut-Hours (Univ. de Metz) : « Contestation de l’autorité ecclésiale et du sacerdotalisme au sein des communautés réformée et luthérienne à Deux-Ponts dans la seconde moitié du XVIIIe siècle »
Joris van Eijnatten (Univ. libre d’Amsterdam) : « Anticlericalism, toleration and intellectual culture in the Netherlands, 17th-18th Centuries ».
Pour citer cet article
Référence papier
Yves Krumenacker, « L’anticléricalisme intra-protestant en Europe continentale (XVIIe-XVIIIe siècles) », Chrétiens et sociétés, 9 | 2002, 183-184.
Référence électronique
Yves Krumenacker, « L’anticléricalisme intra-protestant en Europe continentale (XVIIe-XVIIIe siècles) », Chrétiens et sociétés [En ligne], 9 | 2002, mis en ligne le 27 mai 2016, consulté le 09 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/chretienssocietes/4039 ; DOI : https://doi.org/10.4000/chretienssocietes.4039
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