Navigation – Plan du site

AccueilNuméros163UN CERTAIN REGARDLe Parti du cinéma, film document...

UN CERTAIN REGARD

Le Parti du cinéma, film documentaire de Pauline Gallinari et Maxime Grember, 2021, 52 min, diffusé en 2024 sur Arte

Chloé Maurel
p. 209-212

Texte intégral

1Ce film documentaire, pédagogique et très bien illustré avec des archives cinématographiques inédites, montre comment, depuis sa création en décembre 1920, le PCF a constamment promu le cinéma, de manière pionnière, comme vecteur de diffusion de ses idéaux et d’encouragement du militantisme. À l’aide d’extraits de films des années 1920 aux années 1980 et d’interviews de militants et de réalisateurs engagés, on y illustre comment, avec souvent de tout petits moyens (utilisation des images des actualités filmées, remontées avec un autre commentaire en voix off par exemple), des cinéastes militants ont conçu des œuvres enthousiasmantes et stimulantes pour le public.

2En particulier, à la suite de Jean Renoir qui a réalisé en 1936, pendant la campagne électorale du Front populaire, La Vie est à nous, film commandé par le PCF et financé par des collectes militantes effectuées au cours de meetings, avec la participation bénévole des techniciens et artistes, et qui ne sera projeté à sa sortie que dans les cellules et meetings du PCF, l’État lui refusant le visa pour sa projection publique (jusqu’en 1969), plusieurs réalisateurs militants, comme Louis Daquin, Raymond Vogel, Jean-Paul Le Chanois, Jacques Bidou, réalisent des films engagés.

3En 1946, les accords franco-américains Blum-Byrnes, signés par le secrétaire d’État des États-Unis James F. Byrnes et les représentants du gouvernement français, Léon Blum et Jean Monnet, liquident une partie de la dette française envers les États-Unis après la Seconde Guerre mondiale, à hauteur de deux milliards de dollars, en échange de la libre pénétration du cinéma américain en France. Les communistes dénoncent cet accord, mais celui-ci n’est qu’un prélude à l’ancrage de la France dans le camp américain dans la guerre froide naissante, comme viendront le confirmer l’éviction des ministres communistes du gouvernement français en 1947 et l’acceptation par la France du plan Marshall la même année.

4Malgré cela, les cinéastes communistes réalisent de nombreux films durant la décennie 1945-1955. Raymond Vogel réalise avec Jean-Jacques Sirkis en 1951 Terre tunisienne, film anticolonialiste qui nous montre des images rares de la vie quotidienne des colonisés dans la Tunisie de cette époque. Il travaille dans les années 1950 pour Procinex, principal instrument de production et de distribution cinématographiques du PCF jusqu’au milieu des années 1950. Il contribue ainsi à la réalisation de plusieurs films militants pour le PCF, comme D’autres sont seuls au monde ! (1953).

5Jean-Paul Le Chanois, cinéaste communiste d’origine juive et résistant, membre du PCF depuis 1930, réalise Le Temps des cerises en 1936, film militant, puis pendant l’Occupation dirige le Comité de libération du cinéma français, organisme de résistance, sous le pseudonyme de Marceau. Il réalise un film important sur la Résistance, Au cœur de l'orage (1944), tourné à partir de séquences filmées dans le maquis du Vercors. Il s’agit du seul film sur la Résistance tourné sous l’Occupation. Après la guerre, il réalise plusieurs films dans une veine populiste inspirée par le néoréalisme italien et par ses idéaux communistes, comme Sans laisser d’adresse (1950, Ours d’or au Festival de Berlin en 1951).

  • 1 Notice « Louis Daquin » par Louis Marie, dans Dictionnaire Maitron, en ligne sur : <https://maitron (...)
  • 2 Ibid.

6Louis Daquin, avec Les Frères Bouquinquant (1947), qui évoque la vie quotidienne du petit peuple, mais aussi La Grande lutte des mineurs en 1949 et La Bataille de la vie, en 1949 aussi, est entre 1945 et 1955 le « cinéaste quasi officiel du Parti communiste, l’un des très rares réalisateurs à recevoir les éloges publics de la direction du PCF1 ». « Son film le plus souvent cité, Le Point du jour (1949), prix de la mise en scène au festival de Marianske-Lazne, met en scène le monde de la mine dans l’esprit du réalisme socialiste, selon lequel ouvriers et ingénieurs devaient travailler de concert à l’amélioration des conditions de vie des mineurs et à l’avènement d’un monde meilleur. À de rares exceptions près, le film fut bien reçu par la critique de droite comme de gauche2 ».

7En 1950, le Breton René Vautier réalise un brûlot anticolonialiste : Afrique 50, qui sera interdit et censuré pendant 40 ans, jusqu’en 1990. Dans ce court-métrage, il dénonce le pillage des ressources de l’Afrique subsaharienne par l’État et les grandes compagnies comme Lesieur, l’exploitation de la force de travail des Africains, ainsi que les représailles et fusillades sommaires contre les villages qui ne paient pas l’impôt colonial. Il y dénonce aussi la propagande de la « mission civilisatrice de la France outre-mer » comme fausse, en montrant que l’école, les hôpitaux, les chemins de fer, les routes, ne servent pas aux colonisés mais aux colons, les enfants africains de l’AOF et de l’AEF n’étant que 2 % à être scolarisés en 1950. Ce court-métrage, à l’origine une commande de la Ligue de l’enseignement, commence comme un reportage neutre, puis devient, avec les images et le commentaire de Vautier en voix off, un brûlant réquisitoire contre le colonialisme, exprimant une indignation communicative.

8Le Marseillais Paul Carpita réalise en 1950-1953 Le Rendez-vous des quais, film de fiction qui se situe dans le milieu des dockers marseillais à l’époque de la guerre d’Indochine (1946-1954). Il montre les ouvriers en train de s’organiser pour faire la grève pour des augmentations de salaire (grève de 1949-50), l’enjeu de l’opposition à la guerre en Indochine, les menées des briseurs de grève et des diviseurs (FO). Il montre bien l’organisation concrète des travailleurs afin de mener à bien une grève victorieuse. Ce film sera interdit à sa sortie en 1955 et ne pourra sortir finalement qu’en 1990.

9Si certains films ont mal vieilli, comme le court-métrage Staline, l’homme que nous aimons le plus, interdit en France mais Prix du court-métrage au festival de Karlovy-Vary en 1950, film dans lequel on voit Maurice Thorez mais aussi de simples paysans et ouvriers exprimer leur dévotion au « petit père des peuples », au « vainqueur de Stalingrad », à « l’homme de la paix », beaucoup de films conservent leur force populaire, leur sincérité et leur élan militant.

10Dans les années 1960, les « groupes Medvedkine », du nom du réalisateur soviétique pionnier Alexandre Medvedkine (inventeur du ciné-train en 1932), avec Chris Marker, sont une expérience sociale audiovisuelle militante, associant des ouvriers de la région de Besançon et de Sochaux entre 1967 et 1974, dans l’esprit de Mai 68, qui préconise une fraternisation entre intellectuels, étudiants et ouvriers. Mais à partir des années 1980, le cinéma militant communiste décline.

11Ce film documentaire constitue donc un parcours enthousiasmant à travers l’histoire du cinéma communiste, et insuffle un élan militant dont nous avons bien besoin en cette période où les forces réactionnaires connaissent une progression effrayante dans de nombreux pays. Le cinéma a été au 20e siècle, et reste toujours aujourd’hui, un puissant moyen d’influence des masses, qu’il convient d’utiliser dans la bataille actuelle des idées.

Haut de page

Notes

1 Notice « Louis Daquin » par Louis Marie, dans Dictionnaire Maitron, en ligne sur : <https://maitron.fr/spip.php?article21430> (consulté le 09/02/2025).

2 Ibid.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Chloé Maurel, « Le Parti du cinéma, film documentaire de Pauline Gallinari et Maxime Grember, 2021, 52 min, diffusé en 2024 sur Arte », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 163 | 2025, 209-212.

Référence électronique

Chloé Maurel, « Le Parti du cinéma, film documentaire de Pauline Gallinari et Maxime Grember, 2021, 52 min, diffusé en 2024 sur Arte », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique [En ligne], 163 | 2025, mis en ligne le 01 septembre 2025, consulté le 09 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/chrhc/26204 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14jxv

Haut de page

Auteur

Chloé Maurel

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search