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Atelier cinéma, genre et politique Cinélatino 2019

Extraits de l’entretien réalisé par Magali Kabous avec Claudia Calviño, productrice cubaine

Claudia Calviño et Magali Kabous
Traduction de Magali Kabous
p. 158-161
Cet article est une traduction de :
Fragmentos de la entrevista realizada por Magali Kabous con Claudia Calviño, productora cubana [es]

Notes de la rédaction

La totalité de cet entretien est consultable parmi la collection “Atelier Cinéma, genre et politique” sur le site web de Canal-U.

Texte intégral

Histoire de la création de la maison de production de Claudia Calviño

Inti Herrera et Alejandro Brugués, producteur et réalisateur, sont les fondateurs des Productions de la Cinquième Avenue. En 2004, leur idée était de créer cette entreprise pour produire le premier film d’Alejandro, Personal belongings. En 2006, j’ai commencé à travailler avec eux parce qu’à ce moment-là, Carlos Lechuga et moi étions sur un projet qui devait être son premier film et le mien également. Nous avions déjà fait un court-métrage ensemble en 2004, Cuca y el pollo, et nous développions alors ce premier film qui ne s’est finalement jamais concrétisé. Mais c’est ainsi que j’ai rencontré Inti et Alejandro et qu’ils m’ont invitée à m’associer avec eux. Donc, dans un premier temps, ils étaient deux, ensuite on a été trois, puis un autre associé – Alejandro Tovar, qui est plutôt producteur exécutif – nous a rejoints. Actuellement, nous sommes deux, Alejandro et moi. C’est fluctuant. Au final, on est un groupe de production cubain… Et je dis groupe parce qu’à Cuba, les entreprises privées à grande échelle n’existent pas, c’est un pays socialiste, l’entreprise privée se résume pour l’essentiel à des restaurants, des bars et quelques petits magasins, des esthéticiennes, etc. Voilà pourquoi nous appelons cela un “groupe”. Et je crois que de toutes les maisons de production indépendantes à Cuba – et il y en a beaucoup –, Productions de la Cinquième Avenue est celle qui a véritablement réussi à assurer une production régulière de ses propres films. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de films auxquels nous ne faisons que participer en organisant par exemple le tournage à Cuba – ce qui est une activité très courante maintenant pour de nombreuses maisons de production indépendantes à Cuba. Nous, nous générons nos propres productions.

Claudia Calviño

Claudia Calviño

Les missions du producteur

Le producteur est presque toujours là dès le départ, aux côtés du scénariste et du réalisateur. Ceci dit, ça n’est pas toujours le cas, il n’existe pas une seule manière de faire ; parfois, un réalisateur peut rallier le projet longtemps après que le producteur a commencé à travailler avec le scénariste. Mais disons qu’il accompagne tout le processus, il développe l’intégralité du projet : depuis l’idée initiale, jusqu’à ce qu’elle se transforme en scénario, lequel va connaître différentes versions ; le producteur travaille en fait sur la conceptualisation artistique du projet... Il accompagne toutes ces étapes. Et si la relation fonctionne bien, le producteur participe aussi à la conception et aux discussions liées aux aspects créatifs. Il travaille à l’élaboration d’une méthode et d’un planning qui donneront forme à ce travail créatif. Cela implique l’obtention de moyens financiers pour chaque étape du projet, du développement au tournage, jusqu’à la post-production. Cela englobe l’organisation du travail, le recrutement de toutes les personnes nécessaires à l’accomplissement de chacune des étapes. Disons que la responsabilité du producteur, dès le départ, est de mettre une idée de film sur de bons rails, jusqu’à ce qu’il se concrétise.

  • 1 Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographiques.

Retour sur la production institutionnelle et la mission historique de l’ICAIC1

Je crois qu’il serait intéressant d’expliquer la manière dont on produit historiquement les films à Cuba parce que la particularité de notre cinéma national, de ce que nous considérons comme le cinéma cubain, du triomphe de la Révolution le 1er janvier 1959 jusqu’à il y a un peu moins d’une quinzaine d’années, c’est qu’il s’agit d’un cinéma réalisé depuis l’ICAIC, l’Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographiques. Cet institut a une particularité, qui n’existe selon moi nulle part ailleurs, c’est qu’en plus de faire office d’institution cinématographique, au même titre que les autres instituts partout dans le monde, il est la principale entreprise de production du pays et la seule jusqu’à récemment. C’est aussi le principal organe national de distribution. Nous pouvons penser qu’il existe d’autres réseaux, mais disons pour résumer que c’est la principale entité de distribution, qui en plus est en charge de toutes les salles de cinéma, ce qui signifie qu’elle s’occupe aussi de la programmation et de la diffusion du cinéma à Cuba. L’ICAIC est donc à la fois Institut national mais aussi l’équivalent d’une major comme Sony Pictures, sans aucune concurrence.

Les évolutions du cinéma cubain des années 1990 à nos jours

Je dirais que jusqu’aux années 1990, ce système a fonctionné et que le cinéma cubain était très présent dans les festivals, c’était une cinématographie importante pour l’Amérique latine dans la mesure où Cuba a incarné une école pour les cinéastes latino-américains. Mais au début des années 1990, avec la chute du bloc communiste, nous avons connu une très forte crise économique, et à partir de ce moment-là, certains cinéastes qui travaillaient avec l’ICAIC mais qui étaient jeunes, ont trouvé une autre manière de tourner des documentaires et quelques petites fictions produits en marge de cette structure que représentait l’ICAIC – avec de la pellicule car c’était ce que l’on utilisait à Cuba à cette époque. L’ICAIC fonctionne avec une subvention de l’État cubain, autrement dit, l’État donne une certaine somme par an à cette institution et, avec cet argent, les films sont produits. Je crois que l’addition de la crise économique et l’émergence d’une génération qui s’est trouvée face à une institution au sein de laquelle on ne faisait plus le même nombre de film, où il n’y avait plus de place, pour des raisons matérielles, pour que tout le monde puisse faire du cinéma, cette génération apparue en l’an 2000 au même moment que la nouvelle technologie numérique, a inauguré ce que nous appelons aujourd’hui le cinéma indépendant à Cuba. C’est ma génération. Je suis née en 1983 et j’étais au lycée au début des années 2000, j’allais déjà au cinéma, je participais aux festivals, je voulais faire des films, je voulais déjà travailler dans le cinéma. J’ai alors compris que ce système de pensée exclusive, celui d’une production forcément assurée par l’ICAIC, n’allait tout simplement plus exister. En premier lieu parce que la manière dont l’ICAIC décide des films qu’elle va produire n’est pas un système ouvert auquel on puisse se présenter. Tout se fait plutôt de façon arbitraire. Ces dernières années, la sélection ne s’appuie pas sur une évaluation réelle des projets, sur un appel à projets ouvert auquel tu puisses répondre et au sein duquel tout le monde est évalué à égalité. On a alors eu la sensation, nous les jeunes cinéastes, que nos films n’allaient pas être choisis par l’ICAIC. Il y avait des cinéastes historiques, des réalisateurs qui travaillaient pour l’institution depuis 20 ou 30 ans et qui allaient rester en place et, de fait, c’est ce qui s’est passé. Ce sont les mêmes réalisateurs qui sont produits chaque année par l’ICAIC. Il a donc bel et bien fallu réfléchir à une nouvelle manière de faire. Et en réalité, quand on parle de cinéma indépendant à Cuba, tout reste à faire, l’académie elle-même n’est pas encore tout à fait sûre de la manière dont on pourrait le décrire… Ce que je comprends, c’est que le cinéma indépendant désigne chez nous ce cinéma qui est fait justement en dehors de la structure de production institutionnelle, qui a recours à différents styles, structures et schémas de production. Mais ce qui assure une unité, et je ne parle pas du contenu mais de la manière de réaliser, c’est que ce sont des productions menées à bien sans l’appui financier de l’Institut du cinéma.

Magali Kabous et Claudia Calviño

Magali Kabous et Claudia Calviño
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Notes

1 Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographiques.

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Table des illustrations

Titre Claudia Calviño
URL http://journals.openedition.org/cinelatino/docannexe/image/8145/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 84k
Titre Magali Kabous et Claudia Calviño
URL http://journals.openedition.org/cinelatino/docannexe/image/8145/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 43k
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Pour citer cet article

Référence papier

Claudia Calviño et Magali Kabous, « Extraits de l’entretien réalisé par Magali Kabous avec Claudia Calviño, productrice cubaine »Cinémas d’Amérique latine, 28 | 2020, 158-161.

Référence électronique

Claudia Calviño et Magali Kabous, « Extraits de l’entretien réalisé par Magali Kabous avec Claudia Calviño, productrice cubaine »Cinémas d’Amérique latine [En ligne], 28 | 2020, mis en ligne le 13 mars 2023, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/cinelatino/8145 ; DOI : https://doi.org/10.4000/cinelatino.8145

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Auteurs

Claudia Calviño

Magali Kabous

Magali Kabous est enseignante-chercheuse à l’Université Lumière – Lyon 2. Elle est spécialiste de cinéma cubain du XXe et XXIe siècles.

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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