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Dossier

La valeur du travail de care : les nourrices à l’hôpital marseillais du Saint-Esprit (1306-1457)

The value placed on care work: wet-nurses at the Hôpital du Saint-Esprit, Marseille 1306-1457
Caley McCarthy
Traduction de Christiane Klapisch-Zuber
p. 43-68

Résumés

Cet article, qui porte sur la valeur accordée au travail de care fourni par les nourrices de l’Hôpital du Saint-Esprit à Marseille entre 1306 et 1457, montre que si l’allaitement peut être défini comme une fonction physiologique, il relève également, en tant qu’occupation, d’une construction sociale. En comparant les salaires des nourrices de l’hôpital avec ceux d’autres domestiques, on peut démontrer que la société marseillaise accordait une grande valeur au travail de care fourni par les nourrices. Bien que cette valeur ait en partie dépendu de la rareté des corps pourvoyeurs à la suite de la Grande peste, elle reposait également sur l’appréciation de ce type de soins par la société. Dans l’emploi privé, étudié par d’autres chercheurs, la valeur accordée aux nourrices était liée aux priorités des classes moyennes et supérieures ; alors que dans le cas de l’institution hospitalière du Saint-Esprit, elle provenait d’un impératif de charité à fournir aux membres les plus vulnérables de la société

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Notes de la rédaction

Traduit de l’anglais par Christiane Klapisch-Zuber

Texte intégral

  • 1 […] l’an mil iiiic xxxi sie manifest que ia filha es estada portada en l’espital de sant speri (...)

1En mars 1431, un bébé de sexe féminin fut abandonné à l’hôpital du Saint-Esprit de Marseille. Une note l’accompagnait, disant qu’elle était baptisée et prénommée Johaneta. L’hôpital s’occupa de Johaneta pendant deux jours puis l’envoya chez une nourrice, la fille de Peyre Silne. La nourrice devait recevoir près de 18 florins et une livre d’huile par année de service, payables mensuellement et ne devait pas quitter Johaneta pour un autre bébé. Elle s’occupa de Johaneta durant quatre mois seulement, jusqu’au 6 juillet, date de la mort de la petite fille1.

  • 2 « Mesions de bailas dels enfantz gitatz » [ADBdR 1 HD E9, f. 47r].
  • 3 « Los loguies de las baillas guls noiron los enfants del espital de sant esperit » [ADBdR 1 HD (...)
  • 4 Cette section de la série comporte plusieurs lacunes, en particuliers les années 1308-1322. De (...)

2La fille de Peyre Silne était l’une des nombreuses femmes que l’Hôpital du Saint-Esprit engagea pendant tout le Moyen Âge pour prendre soin des nourrissons abandonnés de Marseille. On les trouve dans les comptes de l’hôpital, aux chapitres intitulés « Dépenses pour les nourrices d’enfants abandonnés »2 ou « Gages des nourrices de bébés de l’hôpital du Saint-Esprit »3. Le présent article s’appuie sur de telles rubriques dans quarante-cinq livres de comptes de l’hôpital tenus entre 1306 et 14574. Leurs notices, rédigées en provençal, détaillent les entrées et les dépenses annuelles. La fonction quotidienne de ces comptes fait qu’ils ne contiennent que peu d’éléments narratifs et aucune expression personnelle. À peu d’exceptions près, la façon dont sont tenus ces registres ne permet pas de voir comment les nourrices elles-mêmes percevaient et comprenaient les soins qu’elles prodiguaient aux enfants. En revanche, s’y trouvent détaillées à la fois l’identité des nourrices et les indemnités reçues pour leurs soins.

  • 5 Le sujet de l’assistance institutionnalisée aux enfants abandonnés a suscité récemment une imp (...)

3L’argument ici développé est que, bien que l’acte d’allaiter soit physiologique– caractéristique qui assurait à ces femmes le monopole du marché –, l’emploi d’une nourrice relève quant à lui d’une construction dépendant de la valeur socialement accordée à ce type de soins. Ceci est spécialement vrai des nourrices employées par des personnes privées – car elles trouvaient à s’employer dans des milieux où l’on considérait leur activité comme un signe de distinction sociale – mais s’applique également aux enfants abandonnés envoyés en nourrice par les institutions qui les prenaient en charge5. Les détails des livres de comptes de Saint-Esprit sur les soins à donner et leur rétribution, ainsi que la littérature normative et la documentation portant sur d’autres villes d’Europe du Sud mettent en évidence les valeurs associées à leur activité. L’identité des nourrices et les soins attendus d’elles relevaient ainsi autant d’une pratique biologique que d’une pratique sociale, définie par une idéologie de l’élevage des nourrissons. Qui plus est, leur salaire relativement élevé reflète la grande estime qu’avait la société médiévale de ce qui est alors perçu comme un travail. Par ce dernier, les nourrices des enfants marseillais abandonnés contribuaient à réaliser les idéaux civiques et religieux promus par l’hôpital du Saint-Esprit.

  • 6 Cabré 2008 : 31-36.
  • 7 Ibid. : 31.
  • 8 Ibid. : 18.

4Cette analyse repose sur une conceptualisation des nourrices comme donneuses de soins, autrement dit des individus qui pourvoient aux besoins d’autrui. L’hôpital engageait des nourrices pour noirir et sostenir les bébés qui leur étaient confiés. Ces verbes ambigus, qui renvoient au fait de nourrir et d’entretenir les nourrissons, s’inscrivent dans le registre sémantique du care et éclairent des tâches souvent peu perceptibles dans le contexte domestique où ces femmes œuvraient. Montserrat Cabré a ainsi montré comment l’interchangeabilité de mots catalans comme « femme », « sage-femme » et « nourrice » témoigne des liens entre les métiers des femmes et leurs activités domestiques courantes6. Pour elle, ces associations illustrent le fait que « les significations attribuées aux mots “mère” et “femme” se référaient au champ sémantique du care »7 et que « les significations des mots “femmes”, “mères”, “sages-femmes” et “nourrices” insistent sur et décrivent un continuum d’activités propres à la maison mais s’étendant à la communauté »8. De la même façon, les archives de Saint-Esprit concernant la rémunération des nourrices éclairent ce continuum, en soulignant que les soins aux enfants abandonnés, une tâche relevant à l’ordinaire du monde domestique, constituent un enjeu pour l’institution et la communauté.

5Cette étude recourt à la notion de care en tant que catégorie d’analyse historique pertinente pour retracer la construction, l’accomplissement et la valeur accordée à des activités répondant aux besoins d’autres personnes et qui, d’un point de vue physiologique, étaient du seul ressort des femmes. Elle explore brièvement le cadre institutionnel dans lequel les nourrices d’enfants abandonnés à l’hôpital exerçaient leur office dans la Marseille médiévale. Sont ensuite discutées les normes des textes médicaux traitant à la fois des donneuses de soins, de la nature de leurs soins, et de la conformité de leurs pratiques avec ces normes. Pour finir, cette contribution discute la valeur accordée aux soins apportés par les nourrices aux enfants abandonnés, en comparant leur rétribution avec les gages des femmes qui entraient comme domestiques dans les familles marseillaises.

L’abandon des enfants et l’hôpital du Saint-Esprit

  • 9 Voir Vauchez 1993 pour une analyse de la piété des laïcs au Moyen Âge.
  • 10 Michaud 2009 : 279.
  • 11 En l’absence de la charte de fondation, la question reste disputée mais ne relève pas directem (...)

6L’hospice du Saint-Esprit a été fondé en 1188. Comme ailleurs en Europe, Marseille connut entre le xiiie siècle et le xve siècle une prolifération de fondations hospitalières où s’exprimait la piété laïque valorisant une piété active face à la piété contemplative des monastères9. Sept hôpitaux fonctionnaient à Marseille entre la fin du xive siècle et le milieu du xve siècle. Mais selon Francine Michaud, « de loin, l’hôpital Saint-Esprit […] demeure le plus important, blason de la fierté municipale, première création laïque qui, pour un temps, se double d’aspiration politique communale »10. On a beaucoup débattu du rôle qu’ont eu dans cette fondation l’ordre marseillais du Saint-Esprit ou la confrérie du Saint-Esprit de 1212, qui acquit les droits seigneuriaux de la cité vicomtale et exerça de fait pendant un temps le pouvoir des vicomtes11. En 1306, date du plus ancien de nos livres de comptes, le conseil municipal de la ville contrôlait l’administration de l’hôpital. Chacun de ces registres commence par une note rapportant l’élection de ses deux recteurs par le viguier et le conseil municipal, et c’est à ce dernier que les recteurs rendaient leurs comptes.

  • 12 Le Blévec 2000 : 296.
  • 13 Sur les sept œuvres de charité, Vicaire 1978.
  • 14 Otis-Cour 1993.

7La surveillance de Saint-Esprit par le conseil est caractéristique de la municipalisation de la charité qui se fait jour dans la Provence des xiiie et xive siècles12 et qui s’étendra à d’autres institutions charitables durant tout le xive siècle. Municipalisation ne doit toutefois pas être confondue avec sécularisation. Les soins distribués par Saint-Esprit se fondaient sur des impératifs chrétiens institutionnalisés dans le cadre des sept œuvres de charité13. L’hôpital était mené par un ensemble de frères, de sœurs et de donats vivant sous une règle commune. Le régime administré aux malades pauvres qui y étaient admis devait soigner tant le corps que l’âme. Les soins prodigués aux enfants abandonnés relevaient ainsi dans une certaine mesure de la municipalité, mais l’institution où ils prenaient place s’enracinait dans la tradition religieuse. Situation qui ressemble à celle de Montpellier, au xive siècle, où l’hôpital de Saint-Éloi, placé lui aussi sous le contrôle de la municipalité, recevait à l’occasion les enfants abandonnés de la ville, mais où, à la différence de Marseille, les consuls citadins assumaient la responsabilité directe des enfants trouvés14.

  • 15 La fondation en 1344 d’un hôpital pour femmes, Saint-Jacques-de-Galice, témoigne de la différe (...)
  • 16 Le nombre de patients atteignait son sommet à l’arrivée de galères apportant des rameurs malad (...)
  • 17 « La cambra en que solon jaser los enfans » [ADBdR 1 HD E13, f. 5v].

8Saint-Esprit était situé en plein cœur de la ville, près de la Place des Accoules et du Grand Marché. L’hôpital se composait de deux parties séparées, l’une pour les hommes et l’autre pour les femmes ; les inventaires du milieu du xive siècle révèlent une capacité d’entre 51 et 64 lits dans la partie masculine, et d’entre 16 et 27 lits du côté féminin15, encore que les données pour cette période montrent que les patients excédaient rarement 15 personnes16. L’hôpital comportait aussi une salle « où les bébés dorment habituellement »17, un espace sans doute dédié à l’accueil des enfants abandonnés aux soins de l’hôpital. Durant toute la période ici considérée, il accueillit de deux à quatorze enfants simultanément.

  • 18 « Fom pausada a la porta » [ADBdR 1 HD E37, f. 48r].
  • 19 Voir Boswell 1990.
  • 20 Les archives du conseil municipal montrent que Marseille comme ailleurs connut de longues péri (...)
  • 21 Pour une discussion des attitudes envers les enfants illégitimes dans le Midi médiéval, voir L (...)
  • 22 [ADBdR 1 HD E45].

9Un article de 1431 note qu’un bébé nommé Alayeta « a été posé à la porte de l’hôpital »18, où nous pouvons penser que la plupart de ces enfants étaient abandonnés. On sait peu de choses sur les circonstances qui conduisaient à leur abandon19, bien que les taux d’abandon sans précédent des années 1330 et du début des années 1340 suggèrent que la famine et la crise financière ont joué un rôle20, tandis que l’emploi occasionnel des termes bastart/bastarda (encore qu’ils soient parfois ambigus) signale que l’illégitimité d’une naissance pouvait en être le motif21. Plusieurs notices de 1457, par exemple, évoquent « lo bastart Folquet » et « lo bastart Honorat »22. L’hôpital pourvoyait aux besoins matériels et spirituels des enfants trouvés, ce qui comprenait notamment le baptême, des vêtements et chaussures, un abri et leur entretien. Pour ces deux dernières obligations, l’hôpital les déléguait à des nourrices de la ville.

Les nourrices de l’hôpital du Saint-Esprit

  • 23 Voir Orme 2001 : 58 et Hanawalt 1993 : 57.
  • 24 À la différence de la plupart des traités médicaux antérieurs à cette période, qui étaient réd (...)
  • 25 Aldobrandino de Sienne in Wallis (ed.) 2010 : 497.
  • 26 Selon Monica Green, « le Trotula |…] resta de fait l’ensemble le plus diffusé de matériaux sur (...)

10L’allaitement était un métier reconnu dans l’Europe médiévale. Les femmes qui allaitaient pouvaient trouver un complément modeste de salaire en entrant au service soit de personnes privées soit, de plus en plus couramment dans le Midi vers la fin du Moyen Âge, dans une institution. Les textes médicaux et moraux insistaient alors sur les bienfaits de l’allaitement pour la santé du bébé23. Pour les femmes des classes supérieures, à qui cette activité ne seyait guère, ces manuels donnaient des conseils sur le choix d’une nourrice. Aldobrandino de Sienne, un éminent médecin du xiiie siècle, conseille par exemple dans son Regime du corps (1256)24 de bien considérer au moment de ce choix « son âge, sa constitution, ses mœurs, ses seins, si elle avait du bon lait et si beaucoup ou peu de temps s’était écoulé depuis qu’elle avait eu un enfant », et, tout aussi important, son caractère, puisque son lait pouvait transmettre de la « malignité » au nourrisson et en altérer la « noble forme »25. Dans sa section consacrée au « Choix d’une nourrice », le Trotula – le texte qui eut le plus d’influence en matière de médecine des femmes durant cette période26 – recommande que :

  • 27 Green (ed.) 2001 : 84.

[…] la nourrice soit jeune, ait le teint clair, c’est-à-dire rouge mêlé de blanc, qu’elle ait accouché assez récemment, qu’elle soit sans défaut ni blâme et que ses seins ne soient ni flasques ni trop gros, bref une femme qui ait la poitrine large et qui soit un peu grasse27.

  • 28 Ross 1974 : 185.
  • 29 Soranos (Temkin 1991 : 90-91) la définit comme « bien en chair et solide ».
  • 30 Soranos in Temkin 1991 : 90-91.
  • 31 Ibid. : 91.
  • 32 Klapisch-Zuber 1985 : 140.

11Soranos d’Éphèse (96-136 ap. J.-C.), dont les traités sur l’éducation des petits enfants eurent une influence essentielle du xiiie siècle au xvie siècle, écrivait quant à lui dans sa Gynécologie28 qu’on « doit choisir une nourrice de 20 à 40 ans, ayant déjà enfanté deux ou trois fois, de bonne santé et de bon habitus29, de large carrure et de bonne couleur ». Ses seins devraient être « de taille moyenne, élastiques, moelleux et pas ridés, les tétons ni trop grands ni trop petits, ni non plus de grain trop serré ou trop poreux, et ne libérant pas le lait en trop grande abondance »30. Comme Aldobrandino, Soranos émet aussi quelques commentaires sur le caractère de la nourrice « laquelle doit savoir se maîtriser, être empathique et ne pas avoir mauvais caractère »31. La première et la troisième qualité sont requises pour qu’elle ne transmette pas de défauts à l’enfant ; l’empathie quant à elle est nécessaire pour qu’elle se montre affectueuse à son égard. Le travail de Christiane Klapisch-Zuber sur l’emploi de nourrices dans un cadre privé, à Florence, a montré cependant qu’en dépit des prescriptions de la littérature médicale et morale, l’identité sociale de la nourrice importait peu aux parents florentins qui donnaient la priorité à sa jeunesse et à la quantité et qualité de son lait32.

  • 33 La question de l’honneur des servantes et de la famille est abordée dans Klapisch-Zuber 1986 : (...)
  • 34 Smail 2000 : 205.

12L’emploi par des institutions telles que l’hôpital du Saint-Esprit différait toutefois des embauches privées : les besoins hospitaliers étaient immédiats, immenses, et plus préoccupés de la survie des enfants que du respect d’impératifs sociaux et moraux. En outre, l’honneur du chef de la maisonnée n’était pas en jeu comme il l’était quand un couple engageait une femme pour nourrir son petit et la logeait sous son toit33. Les archives de Saint-Esprit ne disent rien des critères de sélection des nourrices (bailas). Les énoncés auxquels les scribes recouraient pour décrire l’identité de ces femmes révèlent cependant certaines des priorités qui jouaient dans leur recrutement. Sur ce point, Daniel Lord Smail a soutenu que les conditions légales requises par les actes, ainsi que les relations entre les parties contractantes, définissaient ces identités34. Bien que les comptes de l’hôpital ne soient pas des actes juridiques, le fréquent usage de l’expression « fag covenent am », « a fait un pacte avec », pour décrire le rapport entre l’hôpital et la nourrice rend bien compte de sa nature contractuelle. Et comme les recteurs de l’hospice présentaient pour contrôle leurs comptes au conseil municipal, on peut dans une certaine mesure voir dans leurs enregistrements les justificatifs de leurs dépenses. Les détails qu’ils intégraient ou omettaient révèlent ainsi certaines de leurs priorités, même en l’absence de tout critère clairement exprimé.

  • 35 Klapisch-Zuber 1990 : 273.
  • 36 En 1348 par exemple, Ugueta Fabreza passe un accord de travail avec l’hôpital « avec la volont (...)
  • 37 Otis 1986 : 84. Selon cet auteur, la majorité des veuves auraient été des « nourrices sèches » (...)
  • 38 Michaud 2016 : 105-106.
  • 39 Ibid. : 133.

13Les nourrices étaient généralement identifiées d’abord par leur prénom et en second lieu par leur statut conjugal. Sur les 219 nourrices identifiables, 196 (soit 89,4%) sont présentées nominalement : 120 d’entre elles par leur nom et surnom, contre 76 par leur seul prénom. Dans les 23 cas qui ne nomment pas la nourrice, l’identification du membre masculin de la famille – père ou mari – permet d’introduire des distinctions. Il y a donc peu de preuves de la « masculinisation » de l’allaitement mercenaire que C. Klapisch-Zuber a observée à Florence dans le secteur privé, où, dans le quart des accords, apparaît le nom du mari mais pas celui de la femme35. De plus, seulement 96 des 219 nourrices de Saint-Esprit (43,8%) sont identifiées par rapport à un époux, dont la permission de prendre en charge un nourrisson était parfois requise36. Ce chiffre contraste fortement avec Montpellier où 88% des nourrices étaient des femmes mariées et 9% des veuves37. Dans les accords conclus par Saint-Esprit qui n’identifient pas la nourrice par rapport à un mari, il est difficile de tirer une conclusion sur leur statut matrimonial. F. Michaud met en garde contre une présomption systématique de célibat en l’absence d’information sur le statut matrimonial dans les témoignages écrits tout en concluant cependant, à partir des archives judiciaires, que les femmes seules, à Marseille, participaient au marché du travail bien plus que les actes notariés ne le suggèrent38. Elle a aussi observé l’importance sociale attachée au statut matrimonial comme identifiant des femmes dans les documents écrits39. Si nous ne pouvons donc inférer le célibat de l’omission du statut matrimonial, cette omission même suggère qu’il ne pesait guère dans le choix d’une nourrice par l’hôpital.

  • 40 Gavitt 1990 : 330.
  • 41 Klapisch-Zuber 1990 : 266.
  • 42 Ce chiffre exclut les 17 cas dont l’adresse est notée mais illisible.
  • 43 Item. Avem donat a guafreza bailla laqual mezem en l’espital per noiri e sostenir los enfantz (...)

14Plus que le statut matrimonial de la nourrice, ce qui importait pour l’institution était, semble-t-il, le lieu de sa résidence. À Florence, l’hospice des Innocenti qui était dédié aux enfants trouvés tendait à embaucher des nourrices habitant les paroisses et bourgades du contado40 et les employeurs privés préféraient de même engager des nourrices habitant la campagne pour un salaire plus bas41. Les scribes de Saint-Esprit ont ainsi enregistré la résidence des nourrices dans 61% des cas (136/219). La façon dont ces lieux sont enregistrés, souvent relative à d’autres lieux ou personnes, rend leur localisation difficile. Si l’on considère que les localisations fondées sur le nom d’une rue ou sur une indication relative renvoient à une habitation intra-muros, puisqu’elles impliquaient une certaine familiarité avec les lieux, on peut conclure que 82% (soit 98 sur 11942) des nourrices vivaient en ville. Le lieu de résidence servait à identifier les nourrices car elles s’occupaient des enfants chez elles et les recteurs de l’hôpital devaient pouvoir les situer. Par ailleurs, l’hôpital employait à l’occasion une nourrice logée dans son enceinte. Par exemple, en 1338, Guafreza y fut introduite « pour nourrir et s’occuper » des enfants abandonnés. L’hôpital lui paya 5 livres annuelles en quatre versements43. Comme les enfants continuèrent d’être envoyés à l’extérieur même quand l’hôpital employait une nourrice sur place, il est probable que cette dernière prenait soin des enfants trouvés jusqu’à ce qu’ils soient envoyés à l’extérieur.

15Le caractère variable des énoncés relatifs à l’identité des femmes suggère donc que l’hôpital ne retenait que peu de critères dans leur sélection : elles n’étaient pas forcément mariées ; si la « jeunesse » de leur lait pouvait être de quelque importance aux yeux des recteurs, comme chez les parents florentins, les scribes n’en disent rien ; et si leur caractère moral était pris en considération, comme Aldobrandino de Sienne et Soranos le conseillaient, ce n’était pas davantage enregistré. Enfin, l’hôpital marquait une claire préférence pour des nourrices vivant en ville, mais il engageait aussi des femmes résidant hors les murs.

  • 44 [ADBdR 1 HD E21, f. 69r].
  • 45 Une notice de 1371 rapporte comment l’hôpital « a payé pour deux termes [de service] des nourr (...)
  • 46 Cité par Fildes 1988 : 33.
  • 47 Ibid.
  • 48 Harkness 2008 : 65.

16Outre l’identité des nourrices, les détails enregistrés lors de leur engagement permettent d’observer la nature des soins qu’elles devaient donner aux enfants. Les scribes les décrivent le plus souvent par le terme noirir, c’est-à-dire « nourrir » ou, plus spécifiquement, « donner à manger », mais aussi « soigner ». Le terme plus descriptif alachar, « donner le sein, allaiter », revient rarement sous leur plume : une notice de 1398, par exemple, précise que Batrona a été engagée pour « noyrir e alachar » un bébé anonyme de sexe féminin44. Le recours à ces deux mots suggèrerait que « donner le sein » était une tâche différente de ce que comportait le fait de noirir, encore que la connotation plutôt large de ce verbe n’exclue pas l’allaitement. Il est encore plus rare que le scribe évoque la responsabilité de la nourrice envers l’enfant par le seul verbe sostenir45. Les scribes ne détaillent donc pas les tâches qui, à côté de l’allaitement, entraient dans la définition de la « sustentation ». Mais Bartholomeus Anglicus (1203-1272), moine franciscain et encyclopédiste, décrit dans son livre Des propriétés des choses, « comment une nourrice nourrit l’enfant à la place de sa mère. Comme une mère, la nourrice est heureuse quand l’enfant est heureux, elle souffre quand l’enfant souffre. Elle le relève s’il tombe, lui donne le sein s’il pleure, l’embrasse s’il est malade »46. Selon cet auteur, sa responsabilité ne se limite donc pas à le nourrir. Elle lui apprend à parler, le prend sur elle et le réconforte quand il pleure, lui chante ou siffle un air en le caressant dans son sommeil et lui « administre des médicaments pour le soigner quand il est malade »47. Cette dernière mission fait écho à une observation de Deborah Harkness, selon laquelle, dans la Londres élisabéthaine, les termes « “sick-nurse” [infirmière] et “wet-nurse” [nourrice] n’étaient pas des catégories s’excluant l’une l’autre […] Il est probable que les femmes qui prenaient soin des tout-petits étaient aussi habilitées à soigner les maladies affectant les nouveau-nés »48.

  • 49 Vidal & Zubieta in Rossi & Garbellotti (eds) 2015 : 142.
  • 50 « …retent l’enfant per noirir ses pres negun » [ADBdR 1 HD E3, f. 89r]. On ne peut dire s’il s (...)
  • 51 Otis-Cour 1993 : 326-327.

17La description de Bartholomeus montre ainsi ce qu’on attendait d’une nourrice sur le plan affectif, une attente que Soranos incluait également dans ses recommandations citées plus haut. La nature de notre documentation ne permet guère de discerner les limites de l’affection que les nourrices de Saint-Esprit ressentaient à l’égard de l’enfant qui leur était confié. Vidal et Zubieta ont montré les liens affectifs qui pouvaient se former entre les nourrices et les enfants trouvés dans la Catalogne médiévale, à partir des registres d’enfants trouvés49. Dans les registres de Saint-Esprit, semblable affection n’apparaît que dans le cas d’Avenias et de son mari Bertran Ripert qui, après avoir pris soin du bébé Jomet de décembre à avril 1331, décidèrent de le garder « pour le nourrir sans rien recevoir en retour »50. Dans la Montpellier médiévale, une telle affection s’exprime au niveau institutionnel ; quand la cité assume la responsabilité des enfants trouvés, elle annonce que « les consuls ont fait preuve d’une véritable affection paternelle, appelant ces enfants leurs fils et filles adoptifs »51. Mais cette rhétorique disparaît avec la croissance démographique, quand l’afflux d’enfants abandonnés fit peser sur la ville une charge financière très lourde.

Un travail de care

  • 52 « enfans gitas o autres de vila » [ADBdR 1 HD E31, f. 50r].
  • 53 « …li quita los rectors car es paura los gauges de i mes » [ADBdR 1 HD E40, f. 54r].

18Bien qu’à la différence des archives du conseil montpelliérain, les comptes de Saint-Esprit ne disent rien de l’affection que ses recteurs pouvaient éprouver pour les « enfants abandonnés et autres [enfants] de la cité »52, ils révèlent qu’ils se souciaient du type de soins que les nourrices donnaient à l’enfant dont elles avaient la charge. Le cas de Breuga montre que l’hôpital retirait parfois un enfant à sa nourrice quand elle ne remplissait pas convenablement sa tâche. Breuga avait commencé à s’occuper de Catoya en août 1434 ; elle la nourrit jusqu’en décembre et fut alors engagée pour un nouveau terme de six mois, jusqu’en avril. Cependant, en mars, l’hôpital reprit Catoya parce que Breuga « la nourrissait mal » (car la noyira mal) et la plaça chez une autre nourrice. Les déficiences de Breuga dans ces derniers mois étaient peut-être dues aux circonstances plutôt qu’à de la malveillance ; en effet, Breuga était pauvre et obtint de garder le salaire d’un mois après la fin de son travail53.

  • 54 [ADBdR 1 HD E21, f. 94v]
  • 55 Johaneta Quaralliera s’occupa de Sansa (qui mourut), Peiron (qui mourut), Miquellon et Esparon (...)
  • 56 Otis 1986 : 86.

19Si les archives de Saint-Esprit en disent peu sur le type de soins incombant aux nourrices, elles sont beaucoup plus disertes sur la durée de leur emploi et sur leur rémunération. À une exception près54, les nourrices s’occupaient généralement d’un seul enfant à la fois. Assez souvent, les nourrices prenaient successivement en charge deux enfants ou plus. Dans toute la période considérée, on compte treize nourrices qui reçurent à la suite deux enfants et une autre qui s’occupa de quatre enfants successivement55. Dans la plupart de ces cas, le premier enfant mourut ; dans deux autres seulement, la nourrice ramena le premier à l’hôpital pour y prendre un nouveau nourrisson. La tendance à ne prendre qu’un enfant à la fois se retrouve au xve siècle à Montpellier, où 91% des nourrices ne s’occupaient que d’un enfant. Ceci mène Otis à conclure que « la prise en charge des enfants de l’institution municipale représentait pour la nourrice un moment unique de sa vie »56. La capacité d’une femme à travailler comme nourrice était dictée par son cycle de vie et par conséquent limitée à une certaine tranche d’âge.

  • 57 Item. Avem bailat a sisilia sabatier questa a salans i enfant mascle ques a nom gilhmon que de (...)
  • 58 Voir la discussion sur le nombre de nourrices rapporté à celui des enfants en Catalogne dans V (...)
  • 59 Michaud 2016 : 151.

20La durée de la mission des nourrices a varié de façon significative durant cette période. Entre le milieu et la fin du xive siècle, leur contrat, de mensuel devint annuel, entraînant pour les enfants un séjour plus long chez leur nourrice et apportant à celle-ci une plus grande sécurité. Dans la première moitié du xive siècle, quand les embauches se faisaient sur une base mensuelle, elles prenaient fréquemment un enfant pour un seul mois et le rendaient à l’hôpital qui le plaçait ailleurs. Mais en 1341 Saint-Esprit commença à embaucher ces femmes sur une base annuelle : la première mention d’une nourrice engagée dans ces termes date du 8 avril 1341 et prévoit un salaire de 7 livres par an57. Bien que la nature de notre échantillon ne permette pas de calculer de façon précise la durée moyenne des contrats, une comparaison entre le nombre des nourrices et celui des enfants abandonnés avant et après 1341 (fig. 1) illustre l’instabilité de leur travail avant 134158 : un grand nombre de nourrices pour un moindre nombre d’enfants implique que ceux-ci étaient plus souvent ballottés d’une nourrice à l’autre. À Marseille, les femmes qui s’engageaient comme domestiques optaient généralement pour un contrat annuel leur assurant plus de sécurité contre des gages moindres ; les nourrices font cependant exception. À la différence des servantes, la moitié des nourrices privées travaillaient pour la même famille jusqu’à deux années sans pour autant recevoir un salaire moindre59. Que les nourrices de Saint-Esprit n’aient pas subi une réduction de leur rémunération quand l’hôpital est passé au contrat annuel témoigne de la forte demande de Marseille pour ce type de travail.

  • 60 Soranos in Temkin 1991 : 117.
  • 61 Klapisch-Zuber 1990 : 282-283 ; Gavitt 1990 : 239 ; Otis-Cour 1993 : 321 ; Michaud 2016 : 151- (...)

21La durée maximale du service des nourrices semble avoir obéi aux pratiques du sevrage. Soranos recommandait d’y procéder « dès que l’enfant accepte sans problème les céréales et que ses dents ont assez poussé pour qu’il puisse mâcher et triturer des aliments plus solides », acquisitions qu’il situe entre 18 et 24 mois. Il préconise un sevrage progressif, prenant place de façon préférable au printemps, saison « de climat tempéré », et prévient d’éviter l’automne, car « le corps dans son entier est enclin à la maladie en raison de l’instabilité du climat »60. Les pratiques du sevrage suivaient ces prescriptions. À Florence, les enfants envoyés à une nourrice par leurs parents étaient sevrés à un âge moyen de 18,7 mois et les enfants trouvés de l’hospice des Innocents entre 18 et 24 mois. À Montpellier, les bébés abandonnés étaient sevrés vers deux ans, de même que les petits Marseillais envoyés en nourrice par leurs parents61.

Fig. 1. Comparaison du nombre de nourrices avec celui des enfants abandonnés

Fig. 1. Comparaison du nombre de nourrices avec celui des enfants abandonnés

Source : ADBdR 1 HD E 1-45

  • 62 Item. An nos mais asinat i enfant femel que a nom Guilhelmona local enfant es desmamat es en l (...)
  • 63 [ADBdR 1 HD E8] (non folioté).
  • 64 Plus. Ay baylat a lasanet raymbaut marit de la bayla que noyre georgi lo qual li fon baylat l’ (...)
  • 65 On trouve cette note dans le chapitre des dépenses de la communauté de Saint-Esprit (capitol d (...)
  • 66 Plus. Lo dich jorn [dimanche 22 avril 1431] que noliam desmamar i enfant que a nom georgi cant (...)
  • 67 Michaud 2016 : 151-152.

22Bien que les notices sur le sevrage (desmamar) des protégés de Saint-Esprit soient rares et en général peu détaillées, elles témoignent de semblables pratiques. D’une part, le document ne rapporte pas leur âge à leur entrée à l’hôpital ; d’autre part, on ne sait si la première référence à un enfant correspond à son admission à l’hôpital. De sorte qu’on ne peut conclure qu’à un âge minimal, plutôt qu’à un âge moyen au sevrage. La documentation, du reste, ne mentionne que quatre cas de sevrage, d’où le caractère anecdotique des réflexions qui suivent. En voici néanmoins deux exemples. Le premier date de 1342 et concerne la petite Guilhelmona, âgée de deux ans, sevrée, et qui mourut à l’hôpital62. La notice, remarquable tant par son détail que par l’absence de toute dépense, n’est pas datée ; mais, vu son âge et le fait que l’hôpital attribuait rarement le nom d’un enfant vivant à un second enfant confié à ses soins, il est probable que cette Guilhelmona était la même que celle qui apparaît dans les registres de 1340-1341. La première référence à cette dernière remonte au 1er décembre 1340, quand elle fut placée en nourrice chez Moneta de Raba. Dans les deux années qui suivirent, Guilhelmona fut donnée à six nourrices différentes avant son sevrage, vers l’âge de deux ans, quand elle mourut63. Le second exemple date de 1431, près d’un siècle plus tard. Le 19 avril 1430, Georgi fut envoyé à la femme de Lasenet Raimbaud pour un an64 et elle reçut son paiement final de 9 florins et 5 gros le 19 avril 1431, une année exactement après qu’elle eût été engagée pour s’occuper de Georgi. Trois jours plus tard, de façon assez exceptionnelle, le scribe nota ailleurs dans le registre65 que, « parce qu’ils ne veulent pas sevrer un enfant nommé Georgi », fut acheté entre autres comestibles valant un gros « du mouton pour la nourrice »66. Que celle-ci ait exigé un supplément de rémunération ou que l’hôpital lui ait offert cela dans l’espoir de la garder à son service n’est pas clair : toujours est-il que Georgi resta sous la garde de la femme de Lasenet Raimbaut jusqu’au 22 décembre 1431, date de la conclusion du registre où nous perdons sa trace. Son histoire montre que l’hôpital avait une préférence pour un âge particulier au sevrage, car même après une année d’allaitement par la femme de Raimbaut, Georgi était trop jeune pour être sevré. S’il était nouveau-né quand il avait été placé chez elle, à la conclusion du registre il avait au moins 22 mois et tétait encore. De ces deux exemples il ressort que la pratique du sevrage dans le cadre institutionnel de Saint-Esprit correspondait à la période coutumière de deux années qu’enregistrent les actes notariés67. Je n’ai du reste trouvé aucune mention d’une nourrice s’occupant d’un enfant plus de 24 mois.

  • 68 [ADBdR 1 HD E8] (non folioté).
  • 69 Les scribes ne notent jamais la raison pour laquelle les nourrices rendent des bébés à Saint-E (...)
  • 70 Item. Avem paguat a sanseta martina que esta en lo borquet dels uves que pres i filla que a no (...)
  • 71 Item. Baillem a Berenguiera giesa molher de durant gai que esta detras sen Gullem folquo – i e (...)

23À de rares exceptions près, les nourrices engagées par Saint-Esprit une même année recevaient toutes le même salaire. Dans les contrats annuels, le salaire était payé par périodes de quatre mois, les tes, et qu’ils fussent annuels ou mensuels, ces paiements étaient toujours réglés en début de terme. Puisque les nourrices recevaient leur salaire par anticipation du travail effectué, elles devaient parfois donner des garants : c’est ainsi qu’en 1340, Alaeta Mona reçut Gilhmona avec la garantie (fermansa) de son époux68. Des hommes comme des femmes apportaient leur caution : 74% des garants étaient des hommes, dont 82,4% les maris des nourrices. Parfois, les nourrices ne pouvaient aller jusqu’au terme du contrat, parce que l’enfant était mort ou avait été rendu à l’hôpital avant terme69. Lorsque la garde n’avait duré que quelques jours, la nourrice était sommée de restituer la totalité du paiement déjà encaissé. Le 2 juin 1330, par exemple, Sanseta Martin reçut 5 sous pour s’occuper de Catarina pendant un mois et sa mère, Dousana de Vifarns, se porta garante ; mais deux ou trois jours plus tard, Sanseta rapporta le bébé et les 5 sous à l’hôpital, qui confia l’enfant le 6 juin à Tomaza Belterna70. De même, le 27 février 1333, Berenguiera Giesa prit pour un mois le petit Peiron, qui mourut le lendemain ; et le 16 mars, l’hôpital lui confia un autre enfant, Esphona. Mais dès le jour suivant, elle rapporta l’enfant et les 5 sous71 ; elle ne reçut pas de second paiement pour Esphona, l’hôpital s’attendant probablement à ce qu’elle remplisse le précédent engagement même s’il s’agissait d’un nouveau bébé ; comme elle ne put le faire, elle dut restituer la somme initiale.

Les salaires des nourrices de l’hôpital du Saint-Esprit

  • 72 Voir par exemple Munro 2009. Pour Marseille, voir Michaud 2016 ; Braid 2003 ; Smail 1996.
  • 73 Baratier (ed.) 1973 : 102.
  • 74 Les essais de régulation du marché du travail ne firent pas seulement l’objet d’ordonnances ma (...)
  • 75 L’ordonnance de Raymond d’Agoult de 1348, trad. de Robert Braid et Dominique Stutzmann, in « “(...)
  • 76 L’enquête menée par F. Michaud dans les actes notariés montre que les nourrices touchaient en (...)

24La rémunération des soins donnés aux enfants abandonnés reste relativement stable jusqu’à la Peste noire. Entre 1306 et 1330, les gages mensuels n’augmentèrent que d’un sou, passant de 4 à 5 sous : mais en 1348, ils bondirent à 26,6 sous et continuèrent de croître jusqu’au milieu du xve siècle, tombant alors de 64 à 53 sous en 1434 (fig. 2). L’historiographie a solidement établi les effets de la peste sur la main-d’œuvre72. Édouard Baratier estime que Marseille perdit jusqu’à 40% de sa population dans les différentes crises du xive siècle et passa de 25 000 à 10 000 habitants73. Ce déclin démographique dramatique se traduisit par la rareté de la main-d’œuvre, ce qui permit aux survivants de vendre leurs produits ou leurs services beaucoup plus cher. En septembre 1348, le sénéchal et comte de Provence et de Forcalquier, Raymond d’Agoult, rendit, comme beaucoup d’autorités centrales, une ordonnance cherchant à réguler les prix des produits et des services dans le sillage de la Peste noire74. Les nourrices figurent parmi ses cibles : l’ordonnance prescrit pour ces femmes un salaire annuel de moins de 6 livres (soit 120 sous, ou 10 sous mensuels)75. Manifestement, on passa outre aux avertissements du comte, au moins en ce qui concerne les nourrices, que l’hôpital paya 12 livres par an en 1348 et 1349, soit le double de la somme préconisée par l’ordonnance – mais seulement 63,3% des salaires versés par des personnes privées aux mêmes dates76. Un livre de comptes de la famille del Dragon (1326-1339) montre que pareille discordance existait avant même la pénurie en main-d’œuvre qui suivit la Grande peste : en 1328, Sibilia del Dragon paya à la nourrice de son plus jeune fils, Auguier, un salaire annuel de 5 livres 10 sous (soit 110 sous) alors qu’en 1330 l’hôpital accordait à ses nourrices un salaire mensuel de 5 sous, soit 54,5% de celui accordé par Sibilia à la sienne.

Fig. 2. Les salaires mensuels des nourrices de Saint-Esprit

Fig. 2. Les salaires mensuels des nourrices de Saint-Esprit

Source : ADBdR 1 HD E 1-45

  • 77 Cela incluait souvent une culotte, une chemise et des chaussures.
  • 78 Braid 2003 : 479 : Item quod ancille sufficientes et ydonee non recipiant pro annuali pensione (...)
  • 79 Michaud 2016 : 156, tableau 34.

25La comparaison des salaires des nourrices de Saint-Esprit avec ceux d’autres travailleurs éclaire la valeur attribuée à l’allaitement à Marseille. Les comptes de l’hôpital abondent en indications sur les salaires de toutes sortes de travailleurs, depuis les ouvriers jusqu’aux médecins. Les servantes, cela dit, en sont généralement absentes. L’hôpital employait certes des serviteurs « pour toutes sortes de services dans et hors la maison » (far tot lo servire en l’espital en la mazon dedins e deforas), mais ils étaient tous de sexe masculin et pour la plupart payés tant en nature qu’en espèces77, ce qui ne permet pas de comparer leur rétribution à celle des nourrices. Le service domestique et des soins aux malades pauvres était largement assuré par les frères, les sœurs et les donatz qui s’étaient « donnés » à l’hôpital pour y trouver la sécurité matérielle et sociale et qui, de ce fait, ont laissé peu de traces dans les comptes, sauf pour leur habillement ; aussi fournissent-ils peu de données permettant de les comparer aux gages d’une nourrice. Retournons toutefois à l’ordonnance de Raymond d’Agoult qui interdisait qu’un salaire annuel de plus de 40 sous (soit 3,2 sous par mois) fût versé aux servantes « qualifiées et expérimentées »78 (encore que les contrats notariés étudiés par F. Michaud mettent en évidence un salaire mensuel moyen de 11,1 sous entre 1348 et 135979). Selon cette ordonnance, une servante pouvait compter sur le tiers de ce qu’une nourrice touchait, bien qu’en pratique, ces servantes aient reçu 55% du salaire d’une nourrice de Saint-Esprit et 35% d’une nourrice privée.

Fig. 3. L’augmentation relative du salaire selon l’activité

Fig. 3. L’augmentation relative du salaire selon l’activité

source : ADBdR 1 HD E 1-10

  • 80 Klapisch-Zuber 1986 : 57.

26Les pratiques comme les prescriptions de l’Ordonnance sur les rémunérations montrent que la vision des nourrices médiévales comme « une sorte d’aristocratie qualifiée au sein de l’emploi salarié féminin80 » s’applique tout à fait aux nourrices de l’institution marseillaise. Leur statut privilégié relevait largement (mais pas totalement) du caractère biologique de leurs prestations, que mettent en évidence les effets de la Peste noire sur les salaires. La figure 3 prouve que leurs salaires ont plus que quadruplé (+ 433%) en 1348. Seul le salaire des barbiers employés par Saint-Esprit (+ 380%) peut s’y comparer. Mais à la différence des nourrices, un barbier était un professionnel instruit et pouvait compter sur la pénurie affectant les services qu’il rendait. Bien que les textes médicaux et moraux suggèrent que les nourrices devaient avoir de l’expérience, elles profitaient avant tout de la pénurie en corps capables de nourrir les enfants qui continuaient à être mis au monde.

  • 81 Laumonier 2017 : 138.
  • 82 Le cas de Breuga discuté plus haut illustre la prégnance de la pauvreté chez quelques-unes des (...)

27Les salaires que les nourrices pouvaient demander, qui étaient élevés par rapport à ceux d’autres domestiques, permettent de comprendre le rôle joué par l’évaluation sociale dans les rapports de travail, un facteur souligné par la hiérarchie des salaires à l’intérieur du métier. Dans la hiérarchie de la domesticité, les nourrices engagées par les institutions occupaient une position inférieure à celle des nourrices privées. L’idéologie qui sous-tendait l’emploi institutionnel des nourrices différait de celle qui gouvernait leur emploi privé, ce qui explique en partie cette divergence des salaires. On l’a vu, l’institutionnalisation des soins accordés aux enfants abandonnés, qui découle de la valorisation de la piété active à la fin du Moyen Âge, établit un nouveau cadre pour l’emploi de nourrices, ce qu’exprima la prolifération des fondations hospitalières. Le souci du sort des enfants trouvés se concrétisa dans les idéaux charitables de ces institutions, reprises en nombre toujours plus important par les municipalités. Aussi le contexte de l’emploi des nourrices de Saint-Esprit diffère-t-il de celui des nourrices engagées par les familles de la ville. Les activités de ces nourrices privées étaient inspirées par les usages qui y voyaient un marqueur de distinction sociale81. Et bien que les nourrices, qu’elles fussent institutionnelles ou privées, aient accordé aux nourrissons qui leur étaient confiés sensiblement les mêmes soins, le contexte de leur activité influait sur leur rémunération. Encore que cette divergence persistante des salaires ait pu répondre aux besoins financiers des nourrices engagées par Saint-Esprit, qui poussées par la nécessité, ont pu accepter des salaires inférieurs à ceux des nourrices privées82, elle atteste également la valeur sociale imputée aux activités de soins et à ceux ou celles qui les accomplissaient. Les nourrices privées étaient en mesure d’exiger une rémunération plus élevée en raison de la distinction sociale attachée à leur métier.

*

  • 83 Michaud 2016.
  • 84 Voir Vauchez 1993.

28Comme on l’a vu, la société marseillaise médiévale tenait en haute estime le travail des nourrices. Cette estime tenait en partie au besoin qu’on en avait. Des prédispositions physiologiques faisaient que seules des femmes pouvaient se charger de cette tâche et, dans le sillage de la Peste noire et du déclin démographique qu’elle entraîna, la pénurie de corps permit aux femmes de capitaliser sur ce monopole. Mais leur capacité à exiger des gages élevés dépendait autant de l’évaluation socio-culturelle de leur travail d’assistance que de l’offre en corps capables de l’exécuter. La valeur accordée au travail des nourrices relevait ainsi des valeurs culturelles et des priorités du Moyen Âge finissant. Tandis que le privilège dont jouissaient dans la sphère domestique les nourrices du secteur privé83 se trouvait dicté par les préférences des classes moyennes ou supérieures, les nourrices de Saint-Esprit contribuaient à réaliser la vocation charitable d’une institution qui donnait la priorité à l’assistance aux membres marginaux de la société marseillaise. L’appréciation du travail des nourrices doit ainsi être replacée dans le contexte des idéaux civiques et religieux, et de leur institutionnalisation, dans la Marseille de la fin du Moyen Âge84.

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Notes

1 […] l’an mil iiiic xxxi sie manifest que ia filha es estada portada en l’espital de sant sperit de mass[elha] a portat i escrich que era bateyada son nom es johaneta. Dijovs a xxix de mars avem la facha sostenir ii jors e ii mas que a costat gr. ii…fl. gr. ii. Plus, l’an sus dich l’avem baylata a la filha de peyre silne l’an sus dich laqual la deu noyrir i an per p[re]s de x e huech fl. e ia librum d’oli pagar mes per mes a la [1 mot ill.] l’an sus dich a i d’abril que foron pascas e non la deu laysar per noyrir autre enfant agut son marit per son p[ermier] mes fl. i gr. vi…f. i gr. vi. […] Renenbransa a mi mitre malsanc que la dicha filha desus dicha es morta divenres a vi de juilh mil iiiic xxxi [ADBdR 1 HD E37, f. 47v] (ADBdR = abr. pour Archives départementales des Bouches-du-Rhône)

2 « Mesions de bailas dels enfantz gitatz » [ADBdR 1 HD E9, f. 47r].

3 « Los loguies de las baillas guls noiron los enfants del espital de sant esperit » [ADBdR 1 HD E25, f. 36r].

4 Cette section de la série comporte plusieurs lacunes, en particuliers les années 1308-1322. Des registres existent ensuite dans la série pour certains des trous chronologiques mais ils seront étudiés ultérieurement. J’ai choisi de centrer l’analyse sur les 45 premiers registres pour embrasser la période, mais l’étude de registres couvrant les années intermédiaires permettra d’approfondir notre sujet [ADBdR 1 HD E 1-45].

5 Le sujet de l’assistance institutionnalisée aux enfants abandonnés a suscité récemment une importante attention des historiens. Voir par exemple Terpstra 2005 ; Bianchi 2005 ; Rossi & Garbellotti 2015 ; Laumonier 2015.

6 Cabré 2008 : 31-36.

7 Ibid. : 31.

8 Ibid. : 18.

9 Voir Vauchez 1993 pour une analyse de la piété des laïcs au Moyen Âge.

10 Michaud 2009 : 279.

11 En l’absence de la charte de fondation, la question reste disputée mais ne relève pas directement de notre propos. Voir quelques perspectives sur la fondation de l’hôpital dans Fabre 1854 : 35-44 ; Bourrilly 1926 : 48 ; Mortreuil 1866 : 143-148 ; Amargier 1978 : 241 ; Durand-Dol 2013.

12 Le Blévec 2000 : 296.

13 Sur les sept œuvres de charité, Vicaire 1978.

14 Otis-Cour 1993.

15 La fondation en 1344 d’un hôpital pour femmes, Saint-Jacques-de-Galice, témoigne de la différence entre le nombre de lits dans les hôpitaux d’hommes et dans les hôpitaux de femmes

16 Le nombre de patients atteignait son sommet à l’arrivée de galères apportant des rameurs malades ou blessés.

17 « La cambra en que solon jaser los enfans » [ADBdR 1 HD E13, f. 5v].

18 « Fom pausada a la porta » [ADBdR 1 HD E37, f. 48r].

19 Voir Boswell 1990.

20 Les archives du conseil municipal montrent que Marseille comme ailleurs connut de longues périodes de famine entre 1319 et les années 1340.

21 Pour une discussion des attitudes envers les enfants illégitimes dans le Midi médiéval, voir Laumonier 2016.

22 [ADBdR 1 HD E45].

23 Voir Orme 2001 : 58 et Hanawalt 1993 : 57.

24 À la différence de la plupart des traités médicaux antérieurs à cette période, qui étaient rédigés en latin, le Regime du corps a été écrit en français vernaculaire. Voir Jacquart 1979 : 96-97.

25 Aldobrandino de Sienne in Wallis (ed.) 2010 : 497.

26 Selon Monica Green, « le Trotula |…] resta de fait l’ensemble le plus diffusé de matériaux sur la médecine des femmes entre la fin du xiie siècle et la fin du xve » ; il fut traduit au xve siècle dans la plupart des langues vernaculaires ; Green (ed.) 2001 : xi.

27 Green (ed.) 2001 : 84.

28 Ross 1974 : 185.

29 Soranos (Temkin 1991 : 90-91) la définit comme « bien en chair et solide ».

30 Soranos in Temkin 1991 : 90-91.

31 Ibid. : 91.

32 Klapisch-Zuber 1985 : 140.

33 La question de l’honneur des servantes et de la famille est abordée dans Klapisch-Zuber 1986 : 72.

34 Smail 2000 : 205.

35 Klapisch-Zuber 1990 : 273.

36 En 1348 par exemple, Ugueta Fabreza passe un accord de travail avec l’hôpital « avec la volonté de son mari » Peire Fabre : « A xiiii jors de febrier fezem covenent am ugueta fabreza moller de p. fabre qui esta en la travesa dels pos de velaus am volontat de son marit e deu aver l’an… xvi lib. pro nouri, r ia filla gitada qui za nom Guillema » [ADBdR 1 HD E10].

37 Otis 1986 : 84. Selon cet auteur, la majorité des veuves auraient été des « nourrices sèches ».

38 Michaud 2016 : 105-106.

39 Ibid. : 133.

40 Gavitt 1990 : 330.

41 Klapisch-Zuber 1990 : 266.

42 Ce chiffre exclut les 17 cas dont l’adresse est notée mais illisible.

43 Item. Avem donat a guafreza bailla laqual mezem en l’espital per noiri e sostenir los enfantz gitatz a far de v lib. L’an ez estet iii mes de que li done[m] quo[n]tans… i lib. v s. [ADBdR 1 HD E7, f. 12r].

44 [ADBdR 1 HD E21, f. 69r].

45 Une notice de 1371 rapporte comment l’hôpital « a payé pour deux termes [de service] des nourrices pour sostenir les enfants abandonnés » : Item. Paguem pro ii ves a bailas pro sostenir los enfantz gitatz [ADBdR 1 HD E17, f. 57v] ; une autre, en date de 1398, enregistre le paiement par les recteurs d’1 livre et 12 sous donnés « pour l’amour de Dieu à une bona femina pour sostenir un petit enfant pauvre » : Item. A quell jort paguiey a ia bona femena que lian donat lo senhors rectos per amor de dieu per sostenir i paure enfantet…i lib. xii s. d. [ADBdR 1 HD E21, f. 83v].

46 Cité par Fildes 1988 : 33.

47 Ibid.

48 Harkness 2008 : 65.

49 Vidal & Zubieta in Rossi & Garbellotti (eds) 2015 : 142.

50 « …retent l’enfant per noirir ses pres negun » [ADBdR 1 HD E3, f. 89r]. On ne peut dire s’il s’agit là d’une adoption, un sujet discuté par Marie Clara Rossi (2015) et Laumonier (2015).

51 Otis-Cour 1993 : 326-327.

52 « enfans gitas o autres de vila » [ADBdR 1 HD E31, f. 50r].

53 « …li quita los rectors car es paura los gauges de i mes » [ADBdR 1 HD E40, f. 54r].

54 [ADBdR 1 HD E21, f. 94v]

55 Johaneta Quaralliera s’occupa de Sansa (qui mourut), Peiron (qui mourut), Miquellon et Esparona [ADBdR 1 HD E5 et 1 HD E6].

56 Otis 1986 : 86.

57 Item. Avem bailat a sisilia sabatier questa a salans i enfant mascle ques a nom gilhmon que deu tenier i an e deu aver vii lib. L’an e d’aiso a reseuput a quel jorn meseme a viii d’abril… v s… « Avons donné à Sisilia Sabatier, demeurant à Salans, un enfant mâle nommé Gilhmon qu’elle doit garder une année et recevoir 7 livres pour l’année, et elle a reçu ce jour du 8 avril 5 sous » [ADBdR 1 HD E8] (non folioté).

58 Voir la discussion sur le nombre de nourrices rapporté à celui des enfants en Catalogne dans Vidal & Zubieta in Rossi & Garbellotti 2015 : 132.

59 Michaud 2016 : 151.

60 Soranos in Temkin 1991 : 117.

61 Klapisch-Zuber 1990 : 282-283 ; Gavitt 1990 : 239 ; Otis-Cour 1993 : 321 ; Michaud 2016 : 151-152.

62 Item. An nos mais asinat i enfant femel que a nom Guilhelmona local enfant es desmamat es en l’espital a nostra man a ii antz aquest enfant mori [ADBdR 1 HD E9, f. 48r].

63 [ADBdR 1 HD E8] (non folioté).

64 Plus. Ay baylat a lasanet raymbaut marit de la bayla que noyre georgi lo qual li fon baylat l’an mil iiiic e xxx a xix d’abril … [ADBdR 1 HD E37, f. 47r].

65 On trouve cette note dans le chapitre des dépenses de la communauté de Saint-Esprit (capitol de las despensas fachas per ordenari de ostal).

66 Plus. Lo dich jorn [dimanche 22 avril 1431] que noliam desmamar i enfant que a nom georgi cant per ii pat[at] de monton que compriey lo sapte per far lo [1 mot ill.] e per pan blanch e per coliadre e per monton que doniey a la bayla cant lach recobrat dimenge a xxii d’abril montan... gr. i [ADBdR 1 HD E37, f. 39v].

67 Michaud 2016 : 151-152.

68 [ADBdR 1 HD E8] (non folioté).

69 Les scribes ne notent jamais la raison pour laquelle les nourrices rendent des bébés à Saint-Esprit.

70 Item. Avem paguat a sanseta martina que esta en lo borquet dels uves que pres i filla que a nom quatarina e fan a ii jorns de juin fan paguada per i mes…v s./ fermansa sa maire na dusana de vifarns/ rendet l’enfant e rendet los v s. [ADBdR 1 HD E 2] (non folioté)

71 Item. Baillem a Berenguiera giesa molher de durant gai que esta detras sen Gullem folquo – i enfant mascle quez a nom peiron e baillem lo li dimengue a xxvii de febrier...v s./ quest enfant mort lendeman e baillem li [1 mot ill.] i enfant femelh dimercres a xvi de marz que a nom esphona/ rendet aquest enfant lendeman e rendet los v s. [ADBdR 1 HD E6] (non folioté)

72 Voir par exemple Munro 2009. Pour Marseille, voir Michaud 2016 ; Braid 2003 ; Smail 1996.

73 Baratier (ed.) 1973 : 102.

74 Les essais de régulation du marché du travail ne firent pas seulement l’objet d’ordonnances mais apparaissent aussi dans des mesures prises localement. Le conseil municipal de Marseille fixa ses propres maxima de salaires pour les laboratores, à des niveaux supérieurs à ceux des ordonnances, et « deux syndics jurés élus par rue devaient identifier les contrevenants et les dénoncer publiquement en langue vernaculaire dans toute la ville, au nom du “bien public” » ; Michaud 2016 : 148. Voir aussi Braid 2003 : 454.

75 L’ordonnance de Raymond d’Agoult de 1348, trad. de Robert Braid et Dominique Stutzmann, in « “Et non ultra” : Politiques royales du travail en Europe occidentale au xive siècle », Bibliothèque de l’École des chartres, 161/2, 2003, p. 479 : Item. Quod bajule seu puerorum nutrices non recipiant pro salario unius anni ultra sex libras.

76 L’enquête menée par F. Michaud dans les actes notariés montre que les nourrices touchaient en moyenne 31,6 sous par mois entre 1348 et 1359 ; Michaud 2016 : 156.

77 Cela incluait souvent une culotte, une chemise et des chaussures.

78 Braid 2003 : 479 : Item quod ancille sufficientes et ydonee non recipiant pro annuali pensione seu salario ultra solidos XL.

79 Michaud 2016 : 156, tableau 34.

80 Klapisch-Zuber 1986 : 57.

81 Laumonier 2017 : 138.

82 Le cas de Breuga discuté plus haut illustre la prégnance de la pauvreté chez quelques-unes des nourrices engagées par l’hôpital.

83 Michaud 2016.

84 Voir Vauchez 1993.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Comparaison du nombre de nourrices avec celui des enfants abandonnés
Crédits Source : ADBdR 1 HD E 1-45
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Titre Fig. 2. Les salaires mensuels des nourrices de Saint-Esprit
Crédits Source : ADBdR 1 HD E 1-45
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Titre Fig. 3. L’augmentation relative du salaire selon l’activité
Crédits source : ADBdR 1 HD E 1-10
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Pour citer cet article

Référence papier

Caley McCarthy, « La valeur du travail de care : les nourrices à l’hôpital marseillais du Saint-Esprit (1306-1457) », Clio, 49 | 2019, 43-68.

Référence électronique

Caley McCarthy, « La valeur du travail de care : les nourrices à l’hôpital marseillais du Saint-Esprit (1306-1457) », Clio [En ligne], 49 | 2019, mis en ligne le 01 janvier 2023, consulté le 07 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/clio/16130 ; DOI : https://doi.org/10.4000/clio.16130

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Auteur

Caley McCarthy

McCarthy Caley est doctorante à McGill University (Canada). Spécialiste du Moyen Âge tardif, elle mène des recherches sur la question du soin à l’Hôpital de Saint-Esprit à Marseille. Elle a publié : Steven Bednarski (avec), « A Late Medieval Criminal Prosecution for Poisoning: The Failed Murder Trial of Margarida de Portu », in Philip Trexler (ed.), Toxicology in the Middle Ages and Renaissance, London, Academic Press, 2017, p. 141-150. caley.mccarthy@mail.mcgill.ca

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Droits d’auteur

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