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Varia

Écriture de l’histoire et littérature féminine grecque au xixe siècle

Women as writers of history and literature in nineteenth-century Greece
Sophie Coavoux
p. 221-238

Résumés

Les prémices du mouvement pour l’émancipation des femmes coïncident dans l’espace grec avec leur entrée sur la scène littéraire. Les écrivaines participent d’abord largement de la veine patriotique qui caractérise la littérature grecque au xixe siècle. Mais elles s’en éloignent progressivement à partir des années 1880, quand certaines se tournent vers la prose et la fiction, évolution propice à l’expression d’une critique du système de genre qui correspond en outre à un glissement du récit de l’histoire nationale vers celui d’histoires de la sphère privée. Outre l’intérêt intrinsèque qu’elle présente, notamment à travers l’intrication de la question nationale et de la question des femmes, l’étude du rapport des écrivaines grecques à l’histoire au xixe siècle invite à une réflexion historiographique et épistémologique sur l’articulation entre genre, histoire et littérature.

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Texte intégral

  • 1 Varikas 2011.

1La naissance d’une conscience de genre1 et les prémices du mouvement pour l’émancipation des femmes coïncident en Grèce avec leur entrée sur la scène littéraire. Conformément au mouvement général de la littérature grecque du xixe siècle, les écrivaines grecques puisent leur inspiration dans « la question nationale », mais on observe progressivement un amoindrissement de cette veine patriotique. Vers la fin des années 1880, certaines en effet se tournent vers la prose et la fiction et s’illustrent en particulier dans le genre du diigima (nouvelle/récit) qui leur permet d’exprimer des doléances relatives au système de genre. Cette évolution thématique et formelle des écrits féminins coïncide donc en partie avec un glissement du récit de l’histoire nationale vers celui d’histoires de la vie privée. Outre l’intérêt intrinsèque qu’elle présente, à travers notamment l’intrication de la question nationale et de la question des femmes, l’étude du rapport des écrivaines grecques à l’histoire au xixe siècle est aussi l’occasion d’un questionnement, plus théorique, sur l’articulation entre genre, histoire et littérature, et invite à une réflexion historiographique et épistémologique.

Question nationale, question des femmes et littérature féminine

  • 2 Varikas 1993.
  • 3 Avdela & Psarra 2005 ; Tzanaki 2009.
  • 4 Projet nationaliste-irrédentiste né dès les années 1830 visant à construire sous la forme d’un (...)

2Une fois la Grèce devenue un État indépendant en 1830, la « question nationale » et la « question des femmes » se trouvent intimement intriquées2 puisque les revendications de l’égalité des sexes se sont dans un premier temps arrimées à la rhétorique patriotique du nationalisme d’État pour trouver une légitimation3. La résurgence du nationalisme à la fin du xixe siècle rencontre de nouveau les revendications en faveur de l’émancipation féminine, incorporées dans l’idéologie de la Grande Idée4. C’est dans ce contexte que se déploie la première vague du féminisme grec, incarnée par Callirhoé Parren (1859-1940) – figure de proue du mouvement féministe grec et rédactrice en chef du Journal des Dames (I Éphiméris ton Kyrion) –, dominé par les acceptions idéologiques essentialistes de « l’égalité dans la différence ». Les femmes s’y trouvent définies comme citoyennes actives de la nation grecque, au sein d’une rhétorique maternaliste qui met en exergue le rôle messianique de « la » femme, via une idéalisation de la fonction maternelle, indissociable du discours nationaliste.

  • 5 Tonnet 2011 : 198.

3Par ailleurs, bien qu’apparue sous l’impulsion des Lumières, essentiellement après 1790, la production littéraire féminine prend de l’ampleur dans les trois dernières décennies du xixe siècle. Cette expansion va de pair avec un élargissement et une diversification dans le choix des genres littéraires auxquels les femmes auteurs s’exercent : poésie, théâtre, récits, romans, autobiographies, littérature pour enfants. Sont également représentés des types d’écriture qui n’appartiennent pas stricto sensu à la littérature mais ont trait, notamment, à la pédagogie, à la philosophie ou à l’histoire, genres « dont on aurait pu croire qu’ils étaient réservés à des hommes »5.

  • 6 Pour l’emploi du terme en français, voir Planté 2015 : 319.
  • 7 En 1896, l’écrivain et critique Emmanuel Roïdis publie un article intitulé « Les Grecques écri (...)
  • 8 Varikas 1988 : 6.

4La génération née après 1870 et 1880 compte un nombre significatif de femmes de lettres dont les œuvres sont largement diffusées et jouissent, du moins pour certaines, de la reconnaissance de leurs contemporains, passant parfois à la postérité. Jusqu’à ce que le phénomène se banalise progressivement au début du xxe siècle, l’accès des femmes au monde des lettres se place sous le signe de l’hétérodoxie puisque les écrivaines sont réputées outrepasser de facto la place sociale assignée au « sexe faible ». La querelle d’Emmanuel Roïdis et des « écrivantes »6 en 1896, qui correspond à l’épisode polémique le plus notable des mouvements de résistance à l’accès des femmes à la littérature7, est révélatrice à cet égard. L’histoire littéraire au féminin, telle qu’elle se dessine durant tout le xixe siècle pour l’hellénisme, fait apparaître que la pratique même de l’écriture – et encore davantage la publication – constitue en soi un acte de transgression et en certains cas une pratique de résistance8 qui permet aux femmes de découvrir leur individualité. Les pratiques de l’écriture, mais aussi de la lecture, constituent ainsi l’un des premiers organes d’expression d’une identité féminine autonome. Ainsi, perçue d’abord comme une incursion, voire une intrusion, dans un domaine réservé aux hommes, l’entrée des femmes sur la scène littéraire marque aussi leur entrée dans la sphère publique, du moins en tant qu’espace d’expression.

L’histoire par les femmes et la veine patriotique

  • 9 Rizaki 2007 ; Denissi 2014.

5Dans l’histoire littéraire grecque, le corpus féminin du xixe siècle, longtemps resté dans l’oubli, n’a été que très récemment complété par les travaux successifs d’Irini Rizaki et de Sophia Denissi qui ont pratiqué un recensement systématique et analytique9. Cette restitution généalogique de l’ensemble des pratiques d’écriture, venue combler en partie les « lacunes » de l’historiographie et de l’historiographie littéraire grecque au xixe siècle, permet une analyse du corpus du point de vue de l’écriture de l’histoire.

  • 10 Denissi 2014 : 513.
  • 11 Ibid. : 478.
  • 12 Rizaki 2007 : 239 sq.
  • 13 Psarra 2006.

6À première vue, rares sont les femmes qui puisent leur inspiration dans l’histoire, nationale ou non. En tout cas, rares sont les écrits féminins relevant d’études historiques et se présentant comme telles, qu’il s’agisse de traductions, d’articles de presse ou de biographies historiques. Malgré tout, dès les années 1810, Rallou Karatza-Argyropoulou10 traduit, sans la publier, L’Histoire de la Grèce de John Gillies (sur la Grèce antique). De même, à partir de 1845, Euphrossini Samartsidou publie dans la presse plusieurs articles portant essentiellement sur l’Antiquité grecque, romaine mais aussi chinoise et égyptienne11. D’autres exemples sporadiques apparaissent en outre à partir des années 1860, notamment en 1873 une publication d’Agapi Lambissi sur l’Antiquité grecque, ou une biographie de la reine de Grèce, Amalia, publiée par Sotiria Aliberti en 189612. Signalons enfin l’ouvrage fondateur de l’histoire des femmes publié en 1889 par Callirhoé Parren (Histoire de la femme) qui rompt avec la double absence qui caractérisait jusqu’alors le rapport des femmes à l’histoire, comme historiennes et comme sujet d’histoire13.

7Si les écrits présentés comme historiques sont rares sous la plume de femmes auteurs (phénomène d’ailleurs révélateur en soi de la partition sexuée des champs du savoir), les exemples d’insertion de l’histoire dans les écrits fictionnels féminins sont en revanche nombreux. Le recensement de la production écrite par des femmes au xixe siècle révèle par ailleurs que les seuls sujets historiques évoqués sont en lien avec le combat pour l’indépendance. Aussi les premières femmes à mettre en scène l’histoire dans leurs écrits fictionnels s’inscrivent-elles, du point de vue de l’histoire littéraire, dans le large mouvement de la littérature patriotique qui domine pourrait-on dire les lettres grecques durant tout le xixe siècle.

  • 14 Dimaras 1977 : 210.
  • 15 Elle publiera également dans la presse deux lettres sur le sujet, enjoignant les femmes grecqu (...)
  • 16 Stivanaki 2000.
  • 17 Psarra 2006 et Rizaki 2007 : 54.

8La première écrivaine recensée est Évanthia Kaïri, première femme dont l’œuvre a véritablement marqué l’histoire des lettres grecques14. Elle publie en 1826 à Nauplie Nicératos, première œuvre théâtrale originale écrite par une femme dont le sujet est directement inspiré par la Guerre d’indépendance15. Cette source d’inspiration est par ailleurs inédite au théâtre. Très bien reçue par la critique, Nicératos16 est d’abord publiée anonymement. Dans son prologue, Évanthia Kaïri s’adresse directement aux Grecques (soulignant la fonction didactique et la mission patriotique du texte). Évoquant la « vérité historique », elle en appelle par ailleurs à l’indulgence de son lectorat face à ses failles et oublis et souligne qu’elle a conscience que le choix de son sujet est audacieux. Quelques années auparavant, en 1820, elle déclarait rêver d’écrire une histoire des femmes, à destination des jeunes filles, mais se considérait incapable d’une telle entreprise et espérait qu’un historien se chargerait à l’avenir d’une telle entreprise17. Ainsi cohabitent chez elle une tentation de l’Histoire et la conscience claire de la nécessité d’écrire une histoire des femmes. Mais ces deux aspirations sont contrées par une forme d’autocensure, probablement liée à son sexe, qui ne tombe, partiellement, que lorsqu’il s’agit d’écrire sous le couvert de l’imagination et de la fiction (même si Nicératos a bel et bien des bases historiques).

  • 18 Fournarakis 2011.

9La Crétoise Andonoussa Kambouraki18, poétesse et dramaturge autodidacte, publie en 1840 ses Poèmes tragiques inspirés par la Guerre d’indépendance et plus particulièrement par les événements de Crète. C’est le premier recueil poétique grec publié par une femme sans le recours à l’anonymat et, s’il s’agit davantage de poésie patriotique que de fiction, l’exemple est assez rare pour mériter d’être relevé. Par la suite, à partir de 1847, elle compose en outre des pièces de théâtre d’inspiration patriotique, dont deux mettent en exergue des figures féminines héroïques. Mais elle va plus loin qu’Évanthia Kaïri puisqu’elle prône dans ses textes l’égalité entre les sexes (Lambro en 1861 et La Sortie de Missolonghi en 1875).

  • 19 Pour les références exhaustives, voir Denissi 2014 (Annexe I).
  • 20 Rizaki 2007 : 141.
  • 21 Ioannidou 1995.

10En outre, quelques écrivaines nourrissent leurs fictions par l’histoire en s’inspirant exclusivement des événements de la Guerre d’indépendance19. Il s’agit généralement de récits et plus ponctuellement de poésie : Ode sur les événements de Psara (Aggeliki Pali, 1825), Quelques récits terribles et hauts faits comme la tragédie de la Crète, de Chios et Samos (Melpomeni Kapetanaki, 1848), Alexios ou les derniers jours de Psara, récit historique (Aggeliki Pali, 1860). S’inspirent également de sujets nationaux Aimilia Velianitou, Athina Kakaviatou, Alexandra Papadopoulou ou Evgenia Zographou qui publie en 1904 Gouraina20, premier roman historique écrit par une femme21. Ce dernier exemple est très intéressant parce que non seulement Zographou insiste sur la participation des femmes à la Guerre d’indépendance, mais elle s’intéresse, après Antonoussa Kambouraki, aux rapports entre sexes et pouvoir. Son propos, qui se caractérise par ailleurs par ses idées socialistes, est de souligner qu’après la libération nationale, il reste à lutter contre l’oppression dont sont victimes les femmes.

  • 22 Parren 1889 : 1-3.
  • 23 Varikas 2011 : 341.
  • 24 Avdela & Psarra 2005 ; Tzanaki 2009.

11Un des cas les plus intéressants demeure le traitement de l’histoire par Callirhoé Parren dans ses articles, ses ouvrages historiques et ses fictions qui intègrent une inspiration historique. Elle exploite sur le plan symbolique la concordance entre question nationale et question des femmes : pour mettre en exergue le rôle des femmes dans le contexte national, elle use d’une rhétorique maternaliste messianique à coloration féministe qui s’adosse à la rhétorique patriotique du nationalisme d’État. Elle développe ainsi une vision utilitaire de la femme, dont on souligne désormais le rôle de mère et d’épouse. La mission familiale de la femme se voit doublée d’une mission nationale, civilisatrice, fondée sur les spécificités féminines conçues comme naturelles. La femme se doit d’être une épouse et une mère exemplaire (ou une fille vertueuse, épouse et mère « potentielle »), connaître l’histoire de sa patrie et la langue grecque pour les transmettre à ses enfants, futurs citoyens. La maternité ainsi investie d’une importance politique sans précédent, les femmes se trouvent valorisées socialement dans leur fonction de génitrices, mais aussi et surtout, d’éducatrices, de gardiennes de la tradition et de vecteurs de la régénération nationale. En d’autres termes, la femme devient le vecteur de la conscience nationale et le corps maternel renvoie désormais au corps de la nation. Parren réclame ainsi l’égalité des sexes, ainsi que l’inclusion politique des femmes, argumentaire qui permet aux femmes de passer symboliquement de la sphère privée à la sphère publique, la nation étant pensée comme l’extension de la famille. Aussi encourage-t-elle d’abord les femmes à lire de l’histoire et considère que toute bibliothèque familiale doit compter des ouvrages historiques, puisque « l’histoire a été considérée de tout temps comme le meilleur maître d’humanité »22. Par ailleurs, Parren souhaite créer une mémoire féminine, ce à quoi elle s’attelle elle-même en publiant une Histoire de la femme de l’origine du monde à aujourd’hui en 1889, puis, en 1903, une Histoire de la femme. Grecques contemporaines 1530-189623. Dans ses écrits fictionnels en prose et dans ses pièces de théâtre, la question nationale occupe toujours une place de toute première importance et se trouve systématiquement associée à la question de l’émancipation féminine, ainsi que dans Les livres de l’aube, roman en triptyque qu’elle publie quelques années après la guerre gréco-turque de 1897. L’inscription de l’Histoire dans son roman, indissociable d’une rhétorique patriotique, autorise Parren à revisiter les relations entre les sexes et à proposer un nouveau code et une reconfiguration du système de genre (qui reste malgré tout marqué par une vision essentialiste différentialiste stricte, un puritanisme et un conservatisme très rigides)24.

  • 25 En effet, on considère alors que la femme, mère ou mère en puissance, est plus à même que l’ho (...)

12Pour clore ce recensement, soulignons enfin que les femmes auteurs se sont beaucoup illustrées dans la littérature pour enfants25 au xixe siècle et que ce fut également pour elles l’occasion d’intégrer dans la fiction la référence à l’Histoire, tout en se conformant à la vision messianique patriotique des femmes et à l’idéologie nationaliste. L’exemple le plus connu est probablement celui de Pinelopi Delta, écrivaine grecque d’Alexandrie. Dans ses ouvrages, elle défend l’idéal national de la « Grande Idée » et montre un intérêt particulier pour l’Histoire, se livrant à des recherches historiques pour nourrir ses écrits. C’est essentiellement la question nationale, telle qu’elle s’exprime au début du xxe siècle, qui l’intéresse et nourrit ses fictions : les Guerres balkaniques, le coup d’État de Goudi, la lutte des Grecs pour le rattachement de la Macédoine au royaume grec, le combat des Grecs contre les Turcs ou les Bulgares. Pinelopi Delta semble avoir pris conscience de sa responsabilité d’historienne de son temps, mais en-dehors de ses écrits autobiographiques, où elle exprime sa difficulté d’être femme, aucune représentation ne tend à mettre en avant le rôle ou le statut spécifique des femmes. En cela elle ne déroge pas à la règle de la littérature pour enfants produite par des femmes, dont les fictions sont dépourvues de toute dimension féministe, mais intègrent au contraire une vision androcentrique des rôles traditionnels et des relations entre les sexes : le patriotisme y prime sur le féminisme. Même constat chez Irini Dentrinou, pourtant engagée dans le féminisme grec, qui n’échappe pas à cette configuration lorsqu’elle publie en 1933 L’étranger et ses jeunes amis (histoires de l’époque des Guerres balkaniques), roman pour enfants qui, au-delà de sa fonction didactique première, apparaît comme un mémento des rôles et statuts sociaux assignés aux sexes.

13La mise en scène de l’Histoire dans les textes fictionnels des écrivaines grecques du xixe siècle semble donc s’inscrire exclusivement dans le cadre de la littérature patriotique et ne s’assortit que rarement d’une remise en question du système de genre. Elle marque néanmoins l’entrée progressive, même détournée ou indirecte, de la parole des femmes dans l’espace public. Aussi la référence à l’histoire nationale dans la littérature féminine peut-elle être interprétée comme un alibi leur permettant l’accès au champ littéraire et être imputée à une stratégie scripturaire qui vise à conditionner la bonne réception de leurs textes. Les femmes auteurs identifient ainsi leur activité d’écriture à une participation à la renaissance nationale et semblent trouver là une légitimité et un argumentaire commun pour « justifier » leur activité d’écriture. Cette légitimation s’articule par ailleurs à un processus de subjectivation par lequel les femmes deviennent sujets de leur histoire.

De l’Histoire nationale aux histoires de la sphère privée

  • 26 Rizaki 1994.
  • 27 Varikas 2011 : 281 ; Rizaki 2007 : 70.
  • 28 Tonnet 1996 : 148.

14L’accès élargi des femmes au monde des lettres dans les dernières décennies du xixe siècle coïncide avec des changements de fond et de forme dans leur production écrite. Du point de vue générique, à partir des années 1880, les femmes auteurs se tournent progressivement vers la prose et la fiction et s’illustrent en particulier dans le genre du diigima (récit ou nouvelle), genre littéraire par ailleurs en développement et « tenu pour “féminin” par les discours critiques du temps »26. Fait significatif : à la manière de la revue Hestia qui propose en 1883 un concours de nouvelles, Le Journal des Dames lance en août 1887 un concours de nouvelles destiné aux femmes et pensé comme moteur potentiel de production littéraire féminine27. Le diigima, comme plus tard le roman, offre manifestement aux femmes un espace de liberté où elles peuvent exprimer sans détour leur critique de la société qui leur assigne une place subalterne, développant sur le sujet des thèmes variés, notamment le travail féminin, le « statut » des femmes sans homme ou la question de la dot. À cet égard, on peut parler du développement d’une prose philogyne ou d’inspiration féministe et d’un foisonnement du discours sur la question des femmes produit par des femmes comme par des hommes. Cette évolution s’inscrit dans une tendance forte de la prose grecque, culminant dans le roman des années 1930, qui fait de l’échec de la famille traditionnelle bourgeoise un thème de prédilection directement corrélé à une réflexion sur la condition féminine et à un intérêt croissant pour le réalisme, notamment pour la thématique urbaine. De ce point de vue, les femmes auteurs s’inscrivent dans un mouvement littéraire plus général puisque les sujets de prédilection de la fiction grecque sont désormais l’amour et le mariage28, et tous les thèmes corollaires que constituent la question des femmes et la combinatoire des rapports entre les sexes. Le récit de l’histoire nationale recule ainsi progressivement au profit d’histoires de la vie privée. Qu’on ne s’y trompe pas : on peut trouver sous la plume d’une même écrivaine des écrits qui appartiennent à ces deux tendances. La nouveauté est l’émergence de sujets réalistes d’inspiration sociale qui contaminent littéralement la production fictionnelle.

  • 29 Pluriel de diigima.
  • 30 Papakostas 1980 : 124.

15La première femme à s’illustrer dans le genre du diigima est Alexandra Papadopoulou, institutrice et femme de lettres qui – seule représentante de son sexe – se trouve citée à ce titre dans la première anthologie du genre (Hellinika diigimata) publiée par Georgios Kasdonis à Athènes en 1896. Elle commence à écrire très jeune et fonde à Constantinople, avec Chariklia Korakidou, Imérologio ton Kyrion (1888-1889), journal destiné à un lectorat féminin, où elle publie ses premiers diigimata29 probablement composés dès 188730. Privilégiant toujours le genre du diigima ou de la nouvella, elle publie par la suite sous son nom ou sous pseudonyme près de 160 textes en prose dans la presse grecque ou en volumes autonomes, notamment Desmis Diigimaton (1889, Constantinople) et les deux volumes de Diigimata (1891, Constantinople) préfacés par Grigorios Xénopoulos. De la génération de 1880 à laquelle l’histoire littéraire l’associe, elle se distingue par la thématique urbaine qui préside à son inspiration puisqu’Alexandra Papadopoulou s’intéresse tout particulièrement à la condition des femmes des classes moyennes et supérieures de Constantinople. Entre satire sociale, étude naturaliste et analyse psychologique, ses diigimata sont le plus souvent des saynètes qui livrent des instantanés de la vie quotidienne, dont elle souligne les drames comme les petits riens. Dans ses premiers diigimata publiés en 1888 dans Imérologio ton Kyrion, elle aborde ainsi la question de l’émancipation des femmes (Monokondylia) ou évoque les stratégies matrimoniales fomentées par les mères (Epaitis, Ek promeletis) pour marier leurs filles. L’essentiel de ses écrits ultérieurs, notamment les diigimata qu’elle publie en 1889-1890 dans la revue Eklekta Mythistorimata sont ensuite tous consacrés à la vie des femmes – femmes pauvres (Oute i proti oute i teleftaia), laides (Aschimi gynaika), institutrices (Chryssi kardia) –, et l’injustice sociale, le drame de la passion amoureuse, ou l’impératif du mariage et l’obsession qui en découle constituent ses sujets de prédilection. Mais Alexandra Papadopoulou ne se contente pas de délivrer de simples descriptions : elle s’attarde, en utilisant parfois le récit à la première personne, à retranscrire le ressenti, les réflexions et la subjectivité de ses personnages féminins. Première femme à écrire des diigimata (même si certains de ses textes n’en revêtent pas toutes les caractéristiques formelles), Alexandra Papadopoulou ouvre en tout cas la voie à des thématiques renouvelées que d’autres femmes auteurs développent dès les années 1890.

16Dans la lignée d’Alexandra Papadopoulou, Evgénia Zographou publie à Athènes trois recueils de nouvelles (tous intitulés Diigimata), successivement en 1896, 1898 et 1900. D’une manière générale, ses écrits, prose et théâtre, rendent compte de sa sensibilité socialiste qui la pousse à dénoncer l’injustice sociale. Journaliste, elle est surtout connue pour avoir livré une véritable enquête sur les conditions de travail des ouvrières du Pirée en 1898. Mettant en scène des personnages féminins dans l’Athènes des années 1890, ses diigimata dénoncent la position subordonnée des femmes dans la famille comme dans la société. Ainsi par exemple Me Chimairas (1896) décrit les espoirs déçus d’une jeune femme de vingt ans, fille de fonctionnaire, qui ne parvient à se marier ; et globalement les personnages féminins de ses récits sont présentés comme des victimes, notamment de l’institution de la dot.

17La dernière pionnière de ce tournant vers la nouvelle et les histoires de la vie privée est la Corfiote Irini Dentrinou. Après avoir commencé à publier des poèmes d’inspiration romantique ou patriotique dès 1896 dans le Journal des Dames, elle s’attelle à la prose dès 1898. Elle publie alors des diigimata où elle met en avant des figures féminines, s’inscrivant dans la veine patriotique (Chorismos ou Oneiro) qu’elle délaisse rapidement au profit de nouveaux sujets de prédilection tirés du quotidien, ainsi que l’amour, le mariage et la dot. Mais elle s’est essentiellement distinguée aux yeux de ses contemporains par la publication du Monde des salons, recueil de diigimata qui dénonce les travers des classes moyennes et supérieures de Corfou. À ce titre elle peut être comparée à Alexandra Papadopoulou. Après la parution en 1900 du premier récit dans le Journal des Dames, ses diigimata – publiés en série par la revue Noumas dès 1905 avant d’être édités en volume autonome en 1907 – proposent une réflexion sur la question des femmes et analysent les procédures d’articulation des rapports hiérarchiques entre les sexes. Ces chroniques bourgeoises offrent ainsi des tableaux de mœurs, des historiettes qui plongent le lecteur dans l’intimité, dans la vie privée de ce milieu social, dont le quotidien, régi essentiellement par la valeur de l’argent (et, en théorie, de l’honneur), est fait de jalousie, de cupidité et de stratégies matrimoniales (Mialo prachtiko).

  • 31 Foisil 1999.

18Ainsi, parallèlement à une évolution générique, les sujets d’inspiration évoluent également, et les écrivaines mettent en perspective sphère publique et sphère privée. Mais la nouveauté essentielle réside dans le fait que ce retour du privé se manifeste non plus sur le mode de l’autobiographie ou du lyrisme, mais dans la fiction d’inspiration sociale. En effet, si au xixe siècle, nombre de textes écrits par des femmes répondent à la catégorie des « écrits du for privé », selon l’expression de Madeleine Foisil31 – veine dont l’exemple le plus fameux est celui de l’autobiographie d’Élisabeth Moutzan-Martinengou, critique proto-féministe de la société zantiote de la première moitié du xixe siècle –, à partir de la fin des années 1880, la production féminine s’inscrit en rupture avec cette tradition. C’est comme si l’intime, le quotidien, accédait graduellement au rang du politique et que certaines écrivaines (et écrivains) avaient progressivement l’intuition que « le personnel est politique ». Cette évolution vers l’intime se fait au gré d’un recul de la rhétorique messianique patriotique. Les écrivaines semblent ne plus avoir à emprunter à l’Histoire nationale pour justifier leur activité d’écriture, mais privilégient désormais, avec une dimension critique, l’histoire du quotidien, plus proche d’une histoire sociale fragmentée. Ce glissement de l’Histoire nationale à l’histoire de l’intime est très visible chez les prosatrices grecques de l’époque qui s’attachent à la description de sujets quotidiens et accordent une place croissante à l’individu, proposant dans leurs fictions une analyse minutieuse, juste et parfois satirique, des grandes questions contemporaines (notamment le féminisme, la transformation des mœurs et de la culture, l’émergence et la montée d’une nouvelle bourgeoisie). Ces fictions opèrent donc comme une restitution de la réalité sociale perçue à travers le prisme de la vie privée et des menus faits du quotidien, et se donnent à lire comme des tableaux de mœurs, des instantanés à portée critique portant sur les inégalités sociales, la place croissante et funeste de l’argent, la valeur de l’honneur, la jalousie, la cupidité ou les stratégies matrimoniales.

19S’il faut garder à l’esprit que ces fictions sont une transposition littéraire de la réalité, elles n’en fourmillent pas moins d’anecdotes et de détails de la vie quotidienne de l’époque, les écrivaines se posant ainsi comme témoins de leur temps et comme observatrices critiques. Ces écrits fictionnels constituent des témoignages subjectifs personnels riches d’enseignements qui encapsulent des fragments d’une histoire de l’intime et des histoires oubliées et saisissent une forme d’authenticité, celle de vies minuscules, surtout féminines, faisant partie intégrante de l’histoire. Les écrivaines grecques contribuent ainsi incontestablement à la reconstruction des représentations des femmes et des rapports entre les sexes, bien que cette production littéraire féminine ne constitue pas un tout homogène. Les écrivaines, comme leurs homologues masculins, restent en effet parfois prisonnières de représentations stéréotypées et donc figées.

Genre, histoire et littérature

  • 32 Voir sur le sujet les travaux fondateurs de Bonnie G. Smith (1998). Pour le cas français, voir (...)
  • 33 Riot-Sarcey 1988 et 1997 ; Perrot 1998 et 2015 ; Thébaud 2007.

20Ce glissement de la grande Histoire aux petites histoires révèle les tensions entre sphère privée et sphère publique, histoire collective et individuelle, Histoire et histoire, réel et fiction, champ social et champ littéraire. Si l’inspiration de l’histoire de l’intime semble au départ échapper aux grands mouvements de l’Histoire, elle n’est en fait pas vraiment opposée à cette dernière. Pendant longtemps l’Histoire n’a pas, ou si peu, considéré les femmes, que ce soit celles qui faisaient l’Histoire ou celles qui l’écrivaient32. Depuis près d’un demi-siècle, un renouvellement historiographique a créé des conditions propices à l’émergence d’une « histoire des femmes » intégrée avec plus ou moins de succès à l’histoire institutionnelle33, traditionnellement attachée à l’« histoire des grands hommes » qui correspondait à ce que Walter Benjamin appelle l’histoire des « vainqueurs ». Appartenant au quotidien du foyer, les femmes échappaient ainsi à l’Histoire. La dichotomie entre grande Histoire et histoire du quotidien reflète donc la dichotomie sexuée et genrée entre sphères publique et privée.

  • 34 Ariès & Duby (dir.) 1985-1987 ; Fraisse & Perrot (dir.) 1991.

21Le début de l’histoire des femmes a coïncidé avec un intérêt nouveau pour le quotidien et, en tant que mouvement historiographique, avec une volonté de réécriture de l’histoire. Il s’agissait dès lors de s’intéresser à la vie privée, longtemps absente des préoccupations historiennes, et par conséquent de s’intéresser aussi aux femmes – invisibles hormis quelques figures alibi présentes dans la Grande Histoire institutionnelle – et surtout de ne plus penser séparément ces deux histoires34. Aussi les études prenant en compte la perspective du genre ont-elles permis un véritable changement de paradigme puisqu’elles ont contribué à renouveler l’histoire sociale et à bousculer les schémas historiographiques et interprétatifs traditionnels (comme la définition des sources), en complétant une histoire institutionnelle jusque-là tronquée.

  • 35 Williams 1977.
  • 36 Veyne 1971.
  • 37 Jablonka 2014.
  • 38 Riot-Sarcey 1988 : 26.

22La prise en considération de l’histoire de la vie privée est propre à exprimer les bouleversements politiques et les mutations sociales d’une époque, et permet en outre de mettre en valeur et de réévaluer la subjectivité et les représentations culturelles, notamment l’écriture féminine. Par ailleurs, la réconciliation, par le truchement du genre, de la « grande Histoire » et de l’histoire du privé va de pair avec un décloisonnement disciplinaire entre histoire et littérature, en écho à l’idée énoncée par Raymond Williams dans Marxism and literature selon lequel « la littérature constitue un matériau historique à part entière »35. Née largement du linguistic turn, cette conception, relativiste, invite à passer de l’Histoire des vainqueurs à l’histoire des invisibles, et à un retour au privé comme à la littérature. Et surtout, elle invite à pondérer, avec toutes les précautions nécessaires, la prétention de l’histoire à échapper au récit, ainsi que l’a fait Paul Veyne dans son ouvrage Comment on écrit l’histoire36 (l’histoire serait un récit véridique), ou, plus récemment, Ivan Jablonka avec L’histoire est une littérature contemporaine37. En tout cas, la réflexion sur l’histoire des femmes ou l’histoire littéraire au féminin met à mal les frontières perméables entre histoire et littérature et interroge aussi bien l’écriture de l’histoire que la notion même d’événement, de manière à comprendre pourquoi « la parole, les écrits, les actes des femmes ne sont pas considérés comme tels »38.

*

  • 39 Planté 2014 : 58.

23La question des liens complexes entre genre, histoire et littérature à laquelle nous amène l’examen de la littérature féminine grecque au xixe siècle est vaste et nous ne prétendons pas ici la circonscrire. Mais il semble prudent de réfléchir aux limites de l’objectivité historique et de souligner l’intérêt de rendre compte des subjectivités, en exploitant les ponts interdisciplinaires, voire transdisciplinaires, entre les deux champs historique et littéraire. L’histoire comme la littérature rendent compte de vérités partielles complémentaires, en particulier pour réfléchir aux « invisibles », et une réflexion approfondie ne peut être menée sans dépasser une logique binaire et simpliste qui oppose réalité et fiction, histoire et littérature, grande histoire et histoire de la vie privée. Il importe en tout cas de requalifier la littérature, ainsi que l’a fait l’historienne Michelle Perrot, en se tournant vers des sources littéraires, notamment dans son ouvrage Histoires de chambres paru en 2009. Elle a par ailleurs souligné le poids des « représentations », par rapport à la « réalité matérielle », particulièrement important pour l’histoire des femmes. Plus encore, selon la perspective proposée par Christine Planté à propos de l’ouvrage Une chambre à soi de Virginia Woolf, la prise en considération de la fiction ouvre des voies pour penser une histoire des outsiders, notamment les femmes, et plus encore pour penser la fiction comme histoire des outsiders : « Le retour à la fiction […] permet de se détacher de ce savoir incomplet et d’en rêver un autre, qui cependant ne tourne pas le dos à l’Histoire »39.

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Bibliographie

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Notes

1 Varikas 2011.

2 Varikas 1993.

3 Avdela & Psarra 2005 ; Tzanaki 2009.

4 Projet nationaliste-irrédentiste né dès les années 1830 visant à construire sous la forme d’un immense État-nation la « Grèce des cinq mers et des trois continents », qui reconstituerait les frontières de l’ancien Empire byzantin tout en assurant la cohésion nationale et en rétablissant Constantinople comme capitale.

5 Tonnet 2011 : 198.

6 Pour l’emploi du terme en français, voir Planté 2015 : 319.

7 En 1896, l’écrivain et critique Emmanuel Roïdis publie un article intitulé « Les Grecques écrivantes » (« Ai graphousses Hellinides ») dont le titre est en lui-même révélateur puisque l’emploi péjoratif du terme « graphousses » (« écrivantes ») leur dénie le statut et le nom même d’écrivain. Suite à la parution de l’article polémique de Roïdis s’engage d’abord entre ce dernier et Callirhoé Parren une vive querelle, par articles interposés, qui fera des émules dans la presse entre les partisans d’une critique misogyne ou philogyne.

8 Varikas 1988 : 6.

9 Rizaki 2007 ; Denissi 2014.

10 Denissi 2014 : 513.

11 Ibid. : 478.

12 Rizaki 2007 : 239 sq.

13 Psarra 2006.

14 Dimaras 1977 : 210.

15 Elle publiera également dans la presse deux lettres sur le sujet, enjoignant les femmes grecques à participer au combat national (notamment en 1825 Lettre des Grecques aux philhellènes).

16 Stivanaki 2000.

17 Psarra 2006 et Rizaki 2007 : 54.

18 Fournarakis 2011.

19 Pour les références exhaustives, voir Denissi 2014 (Annexe I).

20 Rizaki 2007 : 141.

21 Ioannidou 1995.

22 Parren 1889 : 1-3.

23 Varikas 2011 : 341.

24 Avdela & Psarra 2005 ; Tzanaki 2009.

25 En effet, on considère alors que la femme, mère ou mère en puissance, est plus à même que l’homme de composer pour les enfants et que ce genre littéraire (de seconde catégorie) convient par ailleurs davantage à ses capacités littéraires « restreintes ».

26 Rizaki 1994.

27 Varikas 2011 : 281 ; Rizaki 2007 : 70.

28 Tonnet 1996 : 148.

29 Pluriel de diigima.

30 Papakostas 1980 : 124.

31 Foisil 1999.

32 Voir sur le sujet les travaux fondateurs de Bonnie G. Smith (1998). Pour le cas français, voir Ernot 2004.

33 Riot-Sarcey 1988 et 1997 ; Perrot 1998 et 2015 ; Thébaud 2007.

34 Ariès & Duby (dir.) 1985-1987 ; Fraisse & Perrot (dir.) 1991.

35 Williams 1977.

36 Veyne 1971.

37 Jablonka 2014.

38 Riot-Sarcey 1988 : 26.

39 Planté 2014 : 58.

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Pour citer cet article

Référence papier

Sophie Coavoux, « Écriture de l’histoire et littérature féminine grecque au xixe siècle », Clio, 49 | 2019, 221-238.

Référence électronique

Sophie Coavoux, « Écriture de l’histoire et littérature féminine grecque au xixe siècle », Clio [En ligne], 49 | 2019, mis en ligne le 01 janvier 2023, consulté le 05 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/clio/16502 ; DOI : https://doi.org/10.4000/clio.16502

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Auteur

Sophie Coavoux

Coavoux Sophie est maître de conférences HDR en Études néo-helléniques à l’université Jean Moulin Lyon 3 et membre de l’Institut des études transculturelles et transtextuelles. Ses recherches portent sur la littérature néo-hellénique, le genre et les sexualités. Elle a notamment publié Le Développement de l’érotisme dans la poésie de Constantin Cavafy (PULM, 2013). sophie.coavoux@univ-lyon3.fr

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