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Dossier

Militantes africaines et organisations féminines internationales dans la guerre froide. Un pragmatisme stratégique (1947-1963)

African women activists and international women’s organizations during the Cold War (1947-1961): strategic pragmatism
Pascale Barthélémy et Sara Panata
p. 23-45

Résumés

À rebours d’une histoire transnationale de la guerre froide centrée sur les acteurs ou les actrices de l’Est et de l’Ouest, cet article considère les militantes africaines comme des protagonistes à part entière de cette histoire, soumises à des contraintes politiques et de genre mais déterminées à faire connaître leurs luttes par-delà les frontières. Il analyse leurs liens avec trois organisations féminines internationales très actives pendant la guerre froide : la Fédération démocratique internationale des femmes, le Conseil international des femmes et l’Alliance internationale des femmes. Par-là, il contribue à une histoire transnationale des femmes d’Afrique comme à une histoire des décolonisations souvent écrite au masculin. En plaçant la focale sur les connexions entre les Africaines et ces organisations, c’est la logique des « blocs » qui est remise en cause. D’abord parce que les Africaines ne suivent pas toujours les choix diplomatiques de leurs pays, qu’ils soient proches de l’Ouest, de l’Est ou non alignés. Mais aussi parce qu’elles entrent souvent en contact avec plusieurs organisations afin d’identifier les interlocutrices les plus susceptibles de soutenir leurs causes et font ainsi preuve de ce que l’on peut appeler un « pragmatisme stratégique ». En s’intéressant à la période antérieure aux conférences féminines onusiennes (1975-1995), il s’agit aussi de proposer une nouvelle chronologie pour penser l’histoire du militantisme international féminin depuis la Seconde Guerre mondiale.

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Texte intégral

  • 1 Nous remercions Gábor T. Rittersporn pour la traduction de cette carte postale qui figure dans une (...)
  • 2 FDIF, World Congress of Women, 1963, Sophia Smith Collection (SSC). https://libraries.smith.edu/spe (...)
  • 3 Les autres cartes postales de la série laissent à penser qu’elle appartenait au Conseil national de (...)
  • 4 FDIF, Une seule volonté de justice, de bonheur et de paix, Congrès mondial des femmes, Copenhague, (...)

1En 1963, Mme Mazurek écrit de Hongrie à Mme Ransome-Kuti : « Je souhaite beaucoup de succès au Congrès mondial des Femmes de Moscou. Je suis avec vous dans mes pensées et je vous embrasse avec toute mon affection »1. La carte postale, rédigée en français et en hongrois, est adressée au « Congrès mondial des femmes, 23 rue Pouchkine » à Moscou, où se réunissent du 24 au 29 juin les déléguées de 113 pays, dont 34 viennent du continent africain2. Si l’identité de l’expéditrice est floue3, Funmilayo Ransome-Kuti est une militante célèbre du Nigeria, élue vice-présidente de la Fédération démocratique internationale des femmes (FDIF) dix ans plus tôt à Copenhague4.

  • 5 Rapport de l’Assemblée Triennale du CIF, Washington DC. 19 juin-30 juin 1963, SSC.
  • 6 Sur Madeleine Azang épouse Mbono-Samba voir Barthélémy 2022 : 247.

2Au moment même où se tient en URSS le 5e congrès de la FDIF, de l’autre côté de l’Atlantique, à Washington, du 19 au 30 juin, le 17e congrès du Conseil international des femmes (CIF) accueille 51 déléguées et 10 observatrices du continent africain5. Une Ougandaise, Pumla Kisosonkole, est élue vice-présidente de l’organisation. Une Camerounaise, Madeleine Mbono-Samba, est intégrée au bureau du CIF comme membre non-votant6. La présence de femmes d’Afrique dans les instances de ces organisations comme leur participation en nombre à ces congrès est inédite. En moins de vingt ans, habitantes de pays sous domination coloniale, elles se sont imposées sur la scène internationale.

  • 7 De Haan 2010 ; Kott 2011 ; Laville 2002 ; Rupp 1994 ; Olcott 2017.
  • 8 Sackeyfio-Lenoch 2016 ; Lewis & Stolte 2019. Sur la dimension internationale des luttes anticolonia (...)
  • 9 Ghodsee 2019.
  • 10 Johnson-Odim & Mba 1997 ; Cummings-John & Denzer 1995.
  • 11 Armstrong 2016 ; Bier 2010 ; Gradskova 2019 & 2021 ; Mackie 2016 ; McGregor 2012 & 2016. Voir égale (...)
  • 12 Rillon & Smirnova 2017 ; Ghodsee 2014 et 2019 ; Olcott 2017.

3À rebours d’une histoire transnationale de la guerre froide centrée sur les acteurs ou les actrices de l’Est et de l’Ouest7, cet article considère les militantes africaines comme des protagonistes à part entière de cette histoire, soumises à des contraintes politiques et de genre mais déterminées à faire connaître leurs luttes par-delà les frontières. Il analyse leurs liens avec trois organisations féminines internationales, la FDIF, le CIF et l’Alliance internationale des femmes (AIF). Par-là, il s’agit d’enrichir une histoire transnationale qui, même quand elle adopte une perspective de genre et s’intéresse aux pays des Suds, aux décolonisations, au développement, fait encore peu de place aux Africaines8. Repérer leur engagement international dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale permet aussi de contribuer à une histoire transnationale des décolonisations souvent écrite au masculin. Enfin, en plaçant la focale sur les connexions entre les Africaines et ces organisations internationales, c’est la logique des « blocs » qui est remise en cause. D’abord, comme Kristen Ghodsee l’a montré pour les années 1970-1990, parce que les Africaines ne suivent pas toujours les choix diplomatiques de leurs pays, qu’ils soient proches de l’Ouest, de l’Est ou non alignés9. Mais aussi parce qu’elles entrent souvent en contact avec plusieurs organisations afin d’identifier les interlocutrices les plus susceptibles de soutenir leurs causes et font ainsi preuve de ce que l’on peut appeler un « pragmatisme stratégique ». Ce pragmatisme se rencontre aussi chez les militants africains, notamment chez les dirigeants politiques, mais ces derniers apparaissent paradoxalement plus dépendants que les femmes des clivages idéologiques de la guerre froide. Considérées comme des actrices secondaires de la politique internationale, les Africaines sont plus libres du contrôle qui pèse sur leurs homologues masculins. Ainsi, par rapport aux biographies de militantes africaines qui décrivent leurs liens avec telle ou telle organisation10 ou aux travaux récents sur les relations entre les femmes des Suds et la FDIF11, cet article traite ensemble plusieurs organisations pour mettre en lumière leur concurrence en Afrique et la multi-positionnalité des Africaines. En s’intéressant à la période antérieure aux conférences féminines onusiennes (1975-1995), il s’agit aussi de proposer une nouvelle chronologie pour penser l’histoire du militantisme international féminin12.

  • 13 Les revendications des Africaines au sein de la FDIF ont été récemment étudiées par Gradskova 2021  (...)

4Notre point de vue est, d’abord et autant que possible, celui des Africaines. Pour quelles raisons et dans quels buts entrent-elles en contact avec le CIF, la FDIF ou l’AIF13 ? Comment négocient-elles leur place entre anticolonialisme, logiques nationales et enjeux liés à la bipolarisation du monde ? Les femmes dont il est question ici ne sont pas nombreuses, en général issues de milieux lettrés et dotées d’un capital scolaire voire économique leur permettant d’échanger de la correspondance avec les femmes du reste du monde, de voyager et de participer à des congrès internationaux. Si l’accent est mis sur les territoires sous domination britannique et française en Afrique de l’Ouest, d’autres pays du continent apparaissent, dès lors qu’ils sont en lien avec les organisations internationales étudiées.

  • 14 De nombreux travaux comparatistes entre le CIF, l’AIF et la Ligue internationale des femmes pour la (...)
  • 15 Gubin & Van Molle 2005 ; Jacques 2004.
  • 16 De Haan 2010 & 2013 ; De Haan et alii 2012.
  • 17 Cet article ne traite pas du contenu des revendications des Africaines (se référer pour cela aux tr (...)

5Ces dernières ont des positionnements idéologiques différents et une histoire plus ou moins bien connue14. Le CIF, né en 1888 à Washington, est la plus ancienne des associations transnationales de femmes15. L’Alliance internationale pour le suffrage des femmes a été créée à Berlin en 1904, et devient l’AIF en 1946. Très actives dans l’entre-deux-guerres, ces deux organisations entrent en sommeil durant la Seconde Guerre mondiale et se reconstituent au lendemain du conflit. Bien que soucieuses de rassembler des femmes du monde entier, elles ont été fondées à partir de l’Europe, des États-Unis ou des Dominions (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande). Malgré une certaine ouverture aux pays du Moyen-Orient, d’Asie et d’Amérique latine dans les années trente, elles reproduisent des rapports de domination globaux. Durant la guerre froide, elles revendiquent une posture de « neutralité » politique qui masque mal leur volonté de promouvoir les valeurs du « monde libre » et de lutter contre l’influence de la FDIF. Celle-ci est née de la Seconde Guerre mondiale, fondée à Paris en 1945 à l’initiative de femmes résistantes et antifascistes, proches des partis communistes mais aussi d’horizons divers16. Pacifiste et anti-impérialiste, elle affirme dès sa création le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ces trois organisations, pour asseoir leur influence à l’échelle mondiale, s’intéressent dès 1945 aux femmes des pays colonisés. Des Africaines entrent en contact avec elles à partir de 1947, à la recherche de tribunes pour dénoncer les violences coloniales et discuter des droits des femmes17. Actrices politiques à part entière dès cette époque, elles voyagent, écrivent, s’expriment dans des assemblées internationales et naviguent entre les deux blocs, entre adhésion idéologique et volonté d’indépendance.

  • 18 Au Nigeria, les Archives de Funmilayo Ransome-Kuti (FRK), les archives d’Elizabeth Adekogbe (AG), l (...)
  • 19 Nous tenons à remercier ici très vivement Elizabeth Flour, du CARHIF, pour l’aide qu’elle nous a ap (...)
  • 20 Voir note 2.

6Pour écrire cette histoire, des matériaux ont été recueillis sur trois continents, dans des fonds d’archives différents. En Afrique, les sources coloniales consultées aux Archives nationales du Sénégal (ANS) et du Ghana (PRAAD) ont été confrontées aux archives privées et aux témoignages de militantes du Nigeria, de Guinée, de Madagascar et du Cameroun18. En Europe, des sources sur la FDIF ont été consultées en France aux Archives départementales de la Seine-Saint-Denis, à la Contemporaine à Nanterre et aux archives coloniales britanniques de Kew Garden (NAK). La collection de la Women’s Library de la London School of Economics a été utile pour les relations entre l’AIF et les militantes africaines. En Belgique, les archives du CIF déposées au CARHIF (Centre d’archives et de documentation pour l’histoire des femmes) se sont révélées d’une très grande richesse tant sur les associations de femmes africaines que sur les relations du CIF avec l’AIF et la FDIF19. En Amérique du Nord, le fonds numérisé « Sophia Smith Collection (SSC) » a fourni une documentation nombreuse sur ces organisations internationales20. À partir de ces sources, le récit se déploie en trois temps : les années 1947-1951 sont celles des premiers contacts dans un monde qui se polarise ; les années 1951-1957 voient un durcissement de la guerre froide qui se répercute sur les militantes ; la période 1957-1963 est marquée par l’intensification des relations entre Africaines et organisations internationales mais aussi par l’affirmation autonome des premières, devenues citoyennes de pays indépendants, déterminées à se regrouper pour faire entendre leurs voix.

Le temps des premiers contacts (1947-1951)

  • 21 Johnson-Odim & Mba 1997.
  • 22 Cette prise de contact a lieu après la publication de l’article « We had Equality Till Britain Came (...)
  • 23 Byfield 2022.

7En 1947, Funmilayo Ransome-Kuti se rend à Londres avec une délégation du parti nationaliste National Council of Nigeria and the Cameroons (NCNC) chargée de discuter avec les Britanniques d’une réforme de la Constitution nigériane21. C’est à cette occasion qu’elle entre en contact avec des membres du Parti communiste britannique qui lui parlent de la FDIF22. Présidente de l’Abeokuta Women’s Union, une association créée en 1946 et militant pour les droits des femmes et contre les abus coloniaux23, Funmilayo Ransome-Kuti s’intéresse à la FIDF et devient la première femme d’Afrique de l’Ouest à correspondre avec cette organisation.

8D’autres Africaines échangent ensuite avec le CIF, l’AIF et la FDIF de leur propre initiative. Les liens se tissent souvent par l’intermédiaire des femmes de la métropole, dictés à la fois par le désir des militantes africaines de faire connaître leurs combats à une autre échelle et de s’inspirer des luttes et discours des femmes du reste du monde. En parallèle, dans le contexte de la guerre froide, les organisations féminines internationales sont en compétition pour étendre leur influence en Afrique qui apparaît comme un espace à « conquérir » idéologiquement.

  • 24 Gradskova 2021.
  • 25 Seule une Algérienne musulmane, membre de l’Union des femmes d’Algérie qui compte cinq déléguées, e (...)
  • 26 Barthélémy 2022 : 104‑105.

9C’est vers la FDIF que se tournent d’abord les Africaines. Bien que fondée à l’initiative de l’Union des femmes françaises proche du Parti communiste français (PCF), la FDIF entend à ses débuts transcender les clivages politiques et rassembler des femmes du monde entier au nom de l’antifascisme, du pacifisme et de la défense des droits des femmes et des enfants24. Ses mots d’ordre ne sont pas très différents de ceux des organisations internationales de femmes plus anciennes mais, dès sa création, ses prises de position sur la colonisation bousculent le paysage des organisations internationales. Lors du congrès fondateur en 194525, des femmes des colonies prennent la parole. La représentante vietnamienne de l’Union des femmes indochinoises de Paris dénonce l’oppression coloniale dans son pays. Des déléguées du Maroc et d’Algérie s’expriment également26. Ces discours sont isolés, mais totalement nouveaux au sein d’une organisation féminine internationale.

10En effet, ni le CIF ni l’AIF n’ont fait beaucoup de place aux femmes d’Afrique depuis leur création. Leur extension géographique au lendemain du conflit mondial reflète ce désintérêt. Implanté dans deux colonies de peuplement d’Afrique australe (Union sud-africaine depuis 1911, Sud-Ouest Africain depuis 1938), le CIF étend son influence au Nyassaland en 1945, à la Rhodésie du Sud en 1946. Mais ses interlocutrices sont les femmes blanches de ces pays. Du côté de l’AIF, seule l’Union sud-africaine est devenue membre en 1913, rejointe par la Rhodésie en 192927. Se définissant comme apolitiques, ces organisations se tiennent à distance des problèmes nationaux spécifiques des pays membres, comme l’ont montré dans les années trente les tensions avec l’Egyptian Feminist Union qui, après avoir rejoint l’AIF en 1923 réclama sans succès que l’organisation soutienne la cause des femmes palestiniennes opprimées par les Britanniques28.

  • 29 Bulletin d’information de la FDIF, juillet 1946, p. 2.
  • 30 Gradskova 2021 : 78-79 ; Barthélémy 2022 : 108.
  • 31 Barthélémy 2016 & 2022 : 127.

11À l’inverse, l’orientation anti-impérialiste de la FDIF s’affirme entre 1946 et 1951, attirant de plus en plus d’Africaines. Dans les colonies françaises, les pays où la présence communiste est structurée sont les premiers à entrer en contact avec l’organisation. L’Union des femmes de Tunisie et l’Union des femmes de Madagascar deviennent adhérentes tandis que les échanges sont réguliers avec l’Union des femmes algériennes. En 1946, le comité exécutif de la FDIF décide de rassembler de la documentation sur les « problèmes concernant les femmes des pays coloniaux et des minorités raciales »29 et la Française Jeannette Vermeersch, membre du comité central du PCF, écrit à Nina Popova, présidente du Comité antifasciste des femmes soviétiques, pour proposer la création d’une commission spéciale sur les colonies. L’idée se concrétise en 1947 et une commission d’enquête sur les femmes africaines et asiatiques est constituée tandis que le Bulletin de la FDIF publie un long article de Funmilayo Ransome-Kuti sur la répression des femmes de son pays par les Britanniques30. Au printemps 1948, la FDIF commence à diffuser des informations sur les premiers comités féminins du Rassemblement démocratique africain (RDA) en Côte d’Ivoire31. Pour les militantes, la FDIF permet de faire connaître à l’échelle internationale leurs luttes contre la répression coloniale et représente aussi une plateforme pour discuter, par exemple, des inégalités salariales entre Africaines et Européennes ou des besoins en matière éducative et sanitaire.

  • 32 Compte rendu du 15e congrès de l’AIF à Amsterdam. Archives CIF, dossier 2967.

12Ces premiers échanges des femmes d’Afrique avec la FDIF préoccupent le CIF et l’AIF. En 1946, les dirigeantes de deux organisations s’étaient rencontrées pour discuter d’un projet de fusion entre le CIF et l’AIF qui remontait aux années trente et dont l’objectif était, entre autres, de parler d’une seule voix dans les « pays neufs » où il n’existait pas encore, à leurs yeux, de groupements bien organisés. L’exclusion des associations yougoslaves de la FDIF après la rupture de Tito avec l’URSS en 1948 puis le renforcement des liens entre la FDIF et la Chine maoïste en 1949 accentuent les rivalités. Les discussions sur une fusion s’intensifient en février 1949, et lors de son 15e congrès organisé à Amsterdam en juillet 1949, l’AIF invite Jane Vialle, sénatrice de l’Oubangui-Chari en France, à s’exprimer sur la question du renforcement des liens entre l’AIF et les pays « les moins développés »32.

  • 33 Lettre du CIF à Miss Clark du Ghana, 4 janvier 1950. Archives CIF, dossier 1323.
  • 34 Lettre de Ransome-Kuti à la secrétaire générale de la FDIF, 16 mars 1948. Archives FRK, carton 95.
  • 35 Johnson-Odim & Mba 1997 : 126-129.
  • 36 Barthélémy 2016. Le congrès réunit 198 déléguées qui représentent 23 pays.
  • 37 Rabearimanana 2005 ; Rabesahala 2006.
  • 38 Barthélémy 2016.
  • 39 Renseignements politiques, 1949 et janvier-avril 1950, semaine du 27 février au 2 mars 1950, ANS 17 (...)

13Au même moment, en décembre 1949, un groupe de femmes de la Gold Coast (actuel Ghana) s’informe auprès du National Council of Women of Great Britain sur les possibilités d’affiliation au CIF. La présidente américaine du CIF, Jeanne Eder-Schwyzer, répond en envoyant une documentation détaillée, mais ce premier échange reste sans suite33. De son côté, Ransome-Kuti décline pendant cinq ans les invitations de la FDIF à s’affilier officiellement, sous prétexte que son association au Nigeria n’est pas encore mûre pour participer à des conférences internationales34. En réalité, la réputation communiste de la fédération ne convainc pas la militante qui entend développer des liens mais rester indépendante35. Certaines Africaines font d’autres choix, comme la Malgache Gisèle Rabesahala et l’Ivoirienne Célestine Ouezzin Coulibaly qui se rendent à Pékin pour participer à la conférence des femmes d’Afrique et d’Asie organisée par la FDIF en décembre 194936. Toutes deux appartiennent à des partis africains proches du PCF. Gisèle Rabesahala, fille d’une grande famille de notables de Tananarive, est surnommée « la Vierge rouge » par les autorités françaises37. Célestine Ouezzin Coulibaly, institutrice, a été à l’origine du regroupement des femmes du Rassemblement démocratique africain (RDA)38. À son retour en Côte d’Ivoire au début de l’année 1950, alors que la répression anticommuniste menée par les autorités coloniales françaises s’est intensifiée, elle multiplie les interventions publiques contre les « oppresseurs » colonialistes, ce qui lui vaut un mois de prison39.

14Les premiers liens qui se tissent entre organisations internationales et militantes africaines au lendemain du second conflit mondial prennent donc la forme d’échanges épistolaires ou de participation à des congrès internationaux. Liés au désir des organisations internationales d’étendre leur influence mondiale et des Africaines, en retour, de faire connaître et de renforcer leurs revendications anticolonialistes et/ou féministes, ils évoluent au tournant des années 1950. La lutte anticommuniste internationale, le durcissement de la guerre froide, mais aussi le développement des combats anticolonialistes en Afrique et la violence de la répression coloniale pèsent sur l’investissement international des Africaines.

Un militantisme international sous contrainte (1951-1957)

15Au début des années 1950, la guerre froide est à son paroxysme, les sphères d’influence se structurent au niveau mondial et les organisations féminines internationales entrent de plus en plus dans les logiques des blocs. En janvier 1951, le siège de la FDIF est expulsé de Paris et s’installe dans le secteur soviétique de Berlin. Dans ce contexte, l’affiliation des Africaines à des organisations de l’Est ou de l’Ouest et leur participation à des rencontres internationales suscitent la méfiance des autorités. Certaines parviennent néanmoins à rejoindre les capitales européennes, d’autres en sont empêchées par l’administration coloniale ou les partis politiques africains qui soutiennent ou contrecarrent l’action des militantes, en fonction de leurs impératifs nationalistes. Dans les colonies britanniques, le tissu associatif plus développé et diversifié semble permettre aux militantes de multiplier les stratégies de contournement des obstacles.

  • 40 Notes, Archives FRK, carton 1, « Autobiography ».
  • 41 Lettre confidentielle notée « très urgent » du 8 avril 1952 et lettre du 3 avril 1952 du commandant (...)
  • 42 PRAAD, ADM.13/1/22 ; Ngapeth-Biyong 2009.
  • 43 La FDIF compte 11 vice-présidentes.

16Ainsi, Funmilayo Ransome-Kuti choisit de se rendre à titre individuel et de financer elle-même son voyage à Vienne pour la Conférence internationale pour la défense de l’Enfance coorganisée par la FDIF en 195240, alors que la Sénégalaise Marianne d’Erneville n’obtient pas son visa des autorités coloniales françaises qui voient en elle une tête de pont de la propagande « rouge » en Afrique Occidentale Française (AOF)41. L’année suivante, au troisième Congrès de la FDIF à Copenhague, seules deux Africaines sont présentes parmi les 1 990 représentantes de 67 pays, les autorités de la Gold Coast et du Cameroun ayant refusé aux militantes leurs passeports ou leurs visas42. Malgré ces entraves, soucieuse de concrétiser les liens avec l’Afrique, la FDIF élit à Copenhague Ransome-Kuti au poste de vice-présidente, seule et première Africaine à occuper ce type de responsabilité dans une organisation internationale43. Face à l’activisme de la FDIF, le CIF et l’AIF multiplient les initiatives.

  • 44 Réunion du bureau de l’AIF, 5 septembre 1952. Archives CIF, dossier 2967.
  • 45 AIF, News Centenary Edition, op. cit.
  • 46 Laville 2002 : 172.
  • 47 Lettre de Miss Alison Raymond, executive director du CC, à Funmilayo Ransome-Kuti, 19 décembre 1956 (...)

17Les organisations féminines de l’Ouganda (en 1951) puis du Tanganyika (en 1952) s’affilient au CIF tandis que les discussions continuent sur une possible fusion entre le CIF et l’AIF qui permettrait de réunir au sein d’une même organisation 47 conseils nationaux : « Ce serait très important pour l’influence féminine dans l’action internationale » estime le bureau de l’AIF en septembre 195244. Le mandat de la quatrième présidente de l’association, la danoise Ester Graff (1952-1958), est consacré au renforcement des liens avec les pays d’Asie et d’Afrique45. En parallèle, en 1952, l’américaine Rose Parsons – vice-présidente du CIF à partir de 1954 – fonde dans son appartement new-yorkais un groupe de pression féminin appelé par la suite le Committee of Correspondence (CC), qui se fixe pour objectif de « rallier les femmes du monde libre pour contrer la propagande communiste »46. Il s’agit de suivre de près les activités de la FDIF pour mener une action de contre-propagande mais aussi, à partir de la deuxième moitié des années 1950, d’entrer en contact avec des militantes africaines pour « servir de centre d’échange d’informations entre les femmes dirigeantes du monde entier, en les faisant largement connaître les unes des autres »47. L’idée est alors d’inviter les Africaines à devenir « amies » du groupe, à s’inscrire à la liste de diffusion pour recevoir du matériel et du soutien pour leurs voyages internationaux.

  • 48 Panata 2020.
  • 49 Lettre de Mrs Cowan à Miss Gmur, 25 août 1953. Archives CIF, dossier 1590.

18Cette offensive occidentale en Afrique est particulièrement visible au Nigeria. Dans ce pays puissant sur la scène ouest-africaine, le CIF, l’AIF et le CC multiplient les initiatives, face à des militantes nigérianes aguerries et qui ont leurs propres stratégies. Elizabeth Adekogbe, enseignante et chroniqueuse, politicienne affiliée au NCNC et présidente du Women Movement (sic, WM) fondé en 1952, recherche d’abord l’affiliation au CIF48. Cette adhésion est vue comme un levier pour s’imposer sur la scène nationale et contrer les tentatives de récupération de son mouvement par le parti politique majoritaire dans la région occidentale du Nigeria, l’Action Group. Elizabeth Adekogbe écrit alors au National Council of Women of Great Britain, comme les militantes du Ghana l’avaient fait quatre ans auparavant49.

  • 50 Lettre de Mrs Cowan à Mrs Adekogbe, 19 février 1954, Archives CIF, dossier 1590, et Circular of The (...)

19Un échange épistolaire commence entre Miss Cowan, secrétaire du National Council of Women of Great Britain, Miss Gmur, secrétaire exécutive du CIF et plusieurs femmes britanniques basées au Nigeria pour enquêter sur le WM. Le 27 novembre 1954, le mouvement nigérian, renommé pour l’occasion Nigerian Council of Women, devient membre du CIF et ainsi le premier conseil national de femmes en Afrique de l’Ouest à faire partie de l’organisation50.

  • 51 Lettre de Mrs Adekogbe à Dr Gmur, 18 août 1955. Archives CIF, dossier 1590.
  • 52 Panata 2020 : 74-76 & 218-219.
  • 53 Organisé sur quatre semaines, ce cours accueille des femmes de 27 pays, parmi lesquelles des Nigéri (...)
  • 54 Tous les précédents congrès se tiennent en Europe, à l’exception de celui de 1935 qui a lieu à Ista (...)

20Au même moment, l’AIF se tourne vers le gouvernement du Nigeria occidental via le ministère des Colonies à Londres, à la recherche de contacts avec des organisations féminines51. Le gouvernement choisit Gladys Tanimowo Ogunlesi, proche de l’Action Group et présidente de la Women’s Improvement Society (WIS), une association bien implantée localement et qui se préoccupe de questions peu sensibles politiquement52. Ainsi, G. T. Ogunlesi représente le Nigeria au premier cycle de formation international pour femmes organisé par l’AIF au Danemark en 195453. La WIS adhère ensuite à l’AIF lors de son 17e congrès à Colombo (17 août-1er septembre 1955), premier rassemblement de l’AIF organisé dans un pays anciennement colonisé54.

  • 55 Nigeria : Russian and Communist Interest in Africa, 1956/1959, NAK, FCO 141/13694.

21Entre temps, la politique anticommuniste s’intensifie en Afrique. Une enquête britannique sur les influences « rouges » dans les colonies et les pays du Commonwealth en Afrique décrit le Ghana et le Nigeria comme les pays courant le plus grand risque d’endoctrinement55. La FDIF perd également cette année-là son statut « consultatif » au sein de l’ECOSOC aux Nations unies. L’influence de l’organisation ne cesse pourtant de se développer en Afrique. En juillet 1955 à Lausanne, lors du congrès mondial des mères dont la FDIF est partenaire, 13 Africaines figurent parmi les quelques 1 000 déléguées et invitées venues de plus de 60 pays. Minoritaires, elles n’en sont pas moins, pour la première fois, aussi nombreuses.

  • 56 From our Diplomatic Correspondent, « Indoctrination of Africans », The Times, 28 mai 1956 : 9.
  • 57 Archives FRK, carton 95, Lettre de Tsao Meng-chun à Ransome-Kuti, 19 juillet 1956. Ransome-Kuti che (...)
  • 58 Balewa 1964 : 8-10.

22Funmilayo Ransome-Kuti se rend ensuite à Pékin pour participer au conseil de la FDIF, un déplacement vivement critiqué par le journal britannique The Times56. Manifestement bouleversée par ce voyage, elle entretient à son retour une correspondance avec la Fédération nationale des femmes chinoises : « Les femmes de Chine et du Nigeria avanceront désormais main dans la main dans l’intérêt de la cause pour la défense de la paix mondiale et des droits des femmes et des enfants » lui écrit d’un ton amical Tsao Meng-chun, une des secrétaires de l’organisation chinoise57. Interrogée par la police, Funmilayo Ransome-Kuti nie avoir participé à la conférence de la FDIF. Toutefois, en 1957, le premier ministre nigérian Tafawa Balewa lui refuse le renouvellement de son passeport invoquant le risque d’endoctrinement d’autres Nigérianes58.

23Au cours des années 1950, la compétition entre des organisations féminines de plus en plus insérées dans des logiques de « blocs » entre en interaction avec la volonté des militantes africaines de trouver des espaces d’échanges et de rencontres, des soutiens susceptibles de donner une envergure internationale à leurs combats nationaux mais aussi des moments de parole libre du contrôle politique interne. Deux ans après la Conférence de Bandung, l’indépendance du Ghana, le 6 mars 1957, marque un tournant. Alors que les deux blocs essaient d’asseoir leur influence sur les pays nouvellement indépendants, les associations féminines des nouveaux États suivent leurs propres logiques nationales et internationales, ou se rapprochent d’autres pays des Suds.

Au tournant des indépendances : concurrences internationales, contraintes nationales et panafricanisme au féminin (1957‑1963)

  • 59 Bier 2011 : 154-176 ; Panata 2021.

24Entre 1957 et 1963, 25 pays d’Afrique accèdent à l’indépendance politique. Dans ce contexte de libération, les organisations internationales féminines sont plus que jamais désireuses d’attirer des associations de femmes africaines. Les correspondances entre ces dernières et les dirigeantes de la FDIF, du CIF et de l’AIF montrent la grande diversité des relations qui se nouent. La concurrence augmente dans ces années-là, non seulement entre la FDIF et les organisations « occidentales », mais également entre le CIF et l’AIF. Plusieurs militantes, davantage du côté anglophone que francophone, se multi-positionnent entre les deux réseaux du « bloc occidental » pour renforcer leur marge de manœuvre. Au sein même des pays africains, des tensions naissent entre les femmes elles-mêmes ou entre les femmes et les nouveaux gouvernements indépendants, liées au désir d’affiliation à telle ou telle organisation. Mais une nouvelle dynamique émerge aussi durant cette période d’effervescence politique. Dans la continuité de l’« esprit de Bandung », des militantes d’Afrique de l’Ouest décident de s’unir entre elles, puis entre militantes du continent tout entier, indépendamment des rapports de force Nord/Sud et des enjeux politiques des nouveaux gouvernements nationaux59. Car dans le contexte des négociations pour l’indépendance, des hommes politiques africains entendent plus que jamais contrôler les relations entre les militantes de leurs pays et certaines organisations internationales.

  • 60 Cummings-John & Denzer 1995.
  • 61 Cummings-John & Denzer 1995 : 109.

25En Sierra Léone, en 1961, alors que la Sierra Leone Women’s Movement (SLWM) souhaite inviter ses « amies soviétiques » de la FDIF aux célébrations de son indépendance60, le gouverneur britannique Dorman, désigné pour assurer la transition du pays vers l’indépendance, refuse d’accorder leurs visas aux représentantes de la FDIF. Le premier ministre sierra-léonais Milton Margai conseille alors au SLWM d’inviter plutôt l’AIF. La question est fortement débattue à l’intérieur du SLWM qui finit par accepter, à son grand regret, mais de façon pragmatique : « Après tout, nous avions gagné notre indépendance et n’avions plus besoin de courber l’échine devant les Britanniques »61. Malgré le contrôle politique qui s’exerce sur les militantes, celles-ci cherchent à conserver leur marge de manœuvre, se multi-positionnent dans plusieurs organisations voire résistent aux demandes d’affiliation qui leur sont faites.

  • 62 Ancienne résistante engagée en politique au lendemain de la guerre, chrétienne-démocrate, elle a mu (...)

26Ainsi, le prosélytisme de la Française Marie-Hélène Lefaucheux, présidente du CIF de 1957 à 1963, peine à convaincre certaines Africaines62. Durant toute la durée de son mandat, elle déploie une énergie considérable pour que des conseils nationaux de femmes en Afrique adhèrent à l’organisation. Présenté comme un espace international de partage et de coopération, le CIF se désintéresse néanmoins des situations particulières vécues par les militantes. Malgré la cordialité des échanges, si certaines participent aux travaux du CIF, d’autres se montrent plus réticentes voire dialoguent avec le CIF comme avec l’AIF pour multiplier leurs atouts.

  • 63 Archives DEA, The Ghanaian Woman, avril-juin 1960 : 19.

27C’est le cas au Ghana. En 1958, la Federation of Ghana Women (FGW) s’affilie à l’AIF mais demande également une affiliation au CIF. Dans les mois qui précédent le congrès du CIF prévu à Istanbul du 23 août au 1er septembre 1960, Dr Evelyn Amarteifio, secrétaire de la FGW et membre du Committee of Correspondence63, devient une interlocutrice privilégiée du CIF. Rose Parsons multiplie les correspondances et demande l’aide de la militante pour affilier d’autres conseils d’Afrique. Sur un ton amical, elle écrit à Amarteifio en février 1960 :

  • 64 Lettre personnelle de Rose Parsons à Evelyn Amarteifio, 17 février 1960. Archives CIF, dossier 1323

Je suis convaincue que si le CIF […] ne recherche pas la coopération de ses conseils d’Amérique latine, d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Extrême-Orient, nous ne serons pas d’une grande utilité à l’avenir. Nous avons besoin de ton aide dans ce domaine, Evelyn, car je sens que tu as cette vision d’avenir. Cela peut sembler un rêve utopique, mais je pense que c’est possible si nous le voulons vraiment et si nous y travaillons64.

  • 65 Lettre de Marie-Hélène Lefaucheux à Rose Parsons, 10 novembre 1960. Archives CIF, dossier 1323.

28Cette amitié tourne cependant court dans les mois suivants. Sous la pression du gouvernement ghanéen, la FGW est dissoute avant le congrès d’Istanbul et Evelyn Amarteifio ne répond plus aux nombreuses lettres que divers membres du CIF lui adressent. En septembre 1960, le gouvernement ghanéen fonde une nouvelle organisation féminine nationale, le National Council of Ghana Women, composé de femmes proches du gouvernement. Evelyn Amarteifio explique à Marie-Hélène Lefaucheux ces difficultés internes et son souhait de continuer les échanges avec le CIF mais cette dernière, uniquement préoccupée de contrecarrer l’influence de la FDIF, a déjà mobilisé plusieurs contacts pour affilier au CIF la nouvelle organisation féminine étatique : « Il faudrait éviter que la nouvelle Organisation ne s’affilie à la FIDF et peut-être n’avons-nous pas de temps à perdre »65 écrit-elle à Rose Parsons. Malgré cette insistance, le Ghana ne rejoindra le CIF qu’en 1969.

  • 66 Rapport d’activité présenté par l’Ufemto, Yaoundé, 2-8 juillet 1962. Archives CIF, dossier 2594.
  • 67 Lettre de Dina S. Olympio, à Marguerite Trenou, 4 août 1960. Archives CIF, dossier 1848.
  • 68 Lettre de Marie-Hélène Lefaucheux à M. Issembé, ambassadeur du Gabon en France, 22 mars 1960. Archi (...)
  • 69 Le CIF compte alors sept conseils nationaux africains affiliés officiellement : Afrique du Sud, Rho (...)

29Les liens interpersonnels entre Marie-Hélène Lefaucheux et certaines militantes d’Afrique anciennement française ne suffisent pas non plus à emporter l’adhésion de toutes les associations au CIF. Lors des préparatifs du congrès d’Istanbul, Marie-Hélène Lefaucheux sollicite l’Union des femmes du Togo (Ufemto) créée en octobre 1959 et officiellement reconnue en janvier 196066. La présidente, Dina Olympio, et la secrétaire générale, Marguerite Trenou, demandent la procédure à suivre afin de participer au congrès67. Marie-Hélène Lefaucheux invite aussi à Istanbul une observatrice du Gabon68 et une Sénégalaise, Émilie Mathurin. 14 Africaines déléguées de conseils nationaux féminins sont finalement présentes et 4 Africaines à titre d’observatrices, venues du Libéria, du Sénégal et du Togo69. Au lendemain du congrès, ces deux derniers pays prolongent les échanges avec Marie-Hélène Lefaucheux mais n’adhèrent pas à l’organisation. En 1962, Marguerite Trénou écrit à Marie-Hélène Lefaucheux qu’elle n’a pas réussi à convaincre ses compatriotes :

  • 70 Lettre de Marguerite Trenou à Marie-Hélène Lefaucheux, 18 janvier 1962. Archives CIF, dossier 1848.

J’ai rencontré des difficultés auprès de nos personnalités togolaises qui préfèreraient voir l’Association se donner une assise solide avant de s’engager dans les mouvements internationaux. Malgré tous mes efforts, je ne suis pas parvenue à les convaincre du contraire70.

  • 71 Barthélémy 2022 : 238 et suiv.
  • 72 Lettre de Claude Hettier de Boislambert, ambassadeur de France au Sénégal, à Marie-Hélène Lefaucheu (...)
  • 73 Lettre de Marie-Hélène Lefaucheux à Annette M’Baye d’Erneville, 3 janvier 1963. Archives CIF, dossi (...)
  • 74 Lettre d’Annette M’Baye d’Erneville à Marie-Hélène Lefaucheux, 1er février 1963. Archives CIF, doss (...)

30Si des conseils nationaux de femmes affiliés au CIF se sont créés au Congo-Brazzaville et au Gabon, Marie-Hélène Lefaucheux se heurte à une fin de non-recevoir de la part du Mali dont la principale femme politique, la sage-femme Aoua Keita, n’apprécie guère ce qu’elle interprète comme une tentative d’ingérence de l’ancienne puissance coloniale71. Par ailleurs, l’orientation socialiste du régime de Modibo Keita a facilité l’approfondissement des liens avec la FDIF, dont une délégation a été reçue en 1961 et qui organise son bureau exécutif à Bamako en janvier 1962. Marie-Hélène Lefaucheux tente aussi de multiplier les contacts avec le Sénégal mais doit composer avec le paysage associatif et politique national. Lors du cycle d’études destiné aux représentantes des associations féminines africaines qu’elle organise à Yaoundé en juillet 1962, le Sénégal envoie deux déléguées : l’une, Fatou Gueye, désignée par l’Assemblée des femmes sénégalaises, l’autre, Caroline Faye, institutrice et future députée, choisie et financée par le gouvernement du Sénégal72. À partir de 1963, Marie-Hélène Lefaucheux s’adresse aussi à Annette M’Baye d’Erneville, première femme journaliste sénégalaise en 1956, fondatrice de la revue AWA, revue de la femme noire. C’est auprès d’elle qu’elle déplore « la lenteur des Associations féminines en Afrique noire d’expression française à participer au travail international alors que nous comptons des branches si actives en pays anglophones » et regrette que l’on en reste « toujours au stade des conversations »73. Annette M’Baye d’Erneville répond qu’il faut attendre « encore quelques temps » pour affilier le Sénégal car la « situation des associations féminines sénégalaises reste à définir »74. L’agacement de Marie-Hélène Lefaucheux se lit entre les lignes lors des échanges suivants. Le CIF obtient finalement l’adhésion officielle de la Gambie, de la Sierra Léone et de l’Union des femmes du Niger lors de l’Assemblée générale à Washington en 1963, après celle du Conseil national des femmes du Cameroun et de l’Association des femmes du Congo en 1962. Si la présence des Africaines dans les congrès internationaux permet aux organisations internationales de justifier leur dimension « mondiale », elle est aussi décisive pour celles qui s’y rencontrent, échangent et développent leur propre projet panafricain dès la fin des années cinquante.

  • 75 Armstrong 2016 : 305-331.
  • 76 Cissé 2009 : 84.
  • 77 Barthélémy 2022 : 211 et suiv.
  • 78 Panata 2021.
  • 79 Panata 2020.

31Dans la continuité de la Conférence de Bandung et de la Conférence de solidarité afro-asiatique organisée au Caire du 26 décembre 1957 au 1er janvier 1958, des femmes d’Afrique et d’Asie se retrouvent lors de la première Asian-African Conference of Women à Colombo en février 195875. Au mois de juin de la même année, le IVe congrès de la FDIF à Vienne est l’occasion de discuter de la possibilité de se regrouper, d’abord entre femmes de l’Ouest africain, puis à l’échelle du continent. Jeanne Martin Cissé (Sénégal), Bassata Djire Dembele (Soudan français), Gertrude Omog et Marthe Ouandié (Cameroun), Rachel Razafindramisa (Madagascar) figurent parmi les représentantes de 70 pays76. À la suite de cette rencontre, les futures fondatrices de l’Union des Femmes de l’Ouest Africain (UFOA) se retrouvent en septembre 1958 lors du premier festival de la jeunesse d’Afrique noire organisé à Bamako. Elles y discutent à nouveau de leur projet qui se concrétise lors du congrès fondateur de l’UFOA à Bamako, du 20 au 23 juillet 195977. En 1958, c’est aussi au cours d’un congrès international organisé cette fois par l’AIF à Athènes, que la nigériane Felicia Adetowun Ogunsheye, première Africaine élue au conseil exécutif de l’AIF, propose l’idée d’une conférence réunissant pour la première fois les Africaines francophones et anglophones. Organisée avec l’aide économique de l’AIF et de l’UNESCO, cette conférence s’ouvre en août 1960 à Ibadan au Nigeria78. À la suite de cette rencontre, les militantes se retrouvent à nouveau en Guinée, du 20 au 30 juillet 1961, et fondent un premier congrès régional, nommé Conseil des femmes de l’Ouest africain. Si ce congrès disparait rapidement, du fait des impératifs nationaux des pays membres, l’idée d’une organisation panafricaine des femmes perdure79. C’est à Dar es-Salaam, la capitale de la future Tanzanie, qu’elle est concrétisée en juillet 1962 avec la création de l’organisation la Panafricaine.

32Les représentantes d’une trentaine de pays du continent à la première Conférence des femmes africaines affirment leur unité et leur indépendance à l’égard des orientations politiques des deux blocs et font le choix de nouer des contacts, sans exclusive, avec le CIF, la FDIF ou l’AIF. Comme l’explique Jeanne Martin Cissé, secrétaire générale de la Panafricaine à sa création :

  • 80 J. M. Cissé, « La Conférence des femmes africaines », AWA, la revue de la femme noire, janvier 1964 (...)

Nous avons en effet accepté la collaboration avec toutes ces différentes organisations parce que nous pensons qu’en dehors de tout problème idéologique, de races, de croyances, les femmes du monde doivent s’unir. Ce qui les unit est à notre sens plus important que ce qui peut les diviser. […] La Conférence des femmes africaines ne devait donc pas se confiner dans l’isolement – après s’être retrouvées entre sœurs du même continent – elle se devait de tendre une main fraternelle aux autres femmes du monde entier80.

33Les Africaines inventent à Dar es-Salaam un nouvel internationalisme féminin, indépendant des logiques de la guerre froide, un espace temporairement plus libre aussi des contraintes politiques et de genre.

34Durant les deux premières décennies de la guerre froide, les relations tissées par plusieurs militantes francophones et anglophones africaines avec l’AIF et le CIF, proches du bloc occidental, et la FDIF, proche du bloc soviétique, montrent qu’elles ont porté leurs combats anticoloniaux et féministes au-delà des frontières nationales. Dans un contexte de bipolarisation du monde, le CIF, l’AIF et la FDIF ont cherché à étendre leur influence en Afrique et à affilier des organisations féminines locales. Mais cette vision bipolaire de l’internationalisme au féminin s’est heurtée aux stratégies des militantes africaines. Ces dernières se tournent vers les organisations qui sont les plus à même d’écouter et de soutenir leurs combats. Parfois, elles se multi-positionnent entre plusieurs organisations pour profiter au maximum de ce rayonnement international. Les impératifs nationaux voire nationalistes l’emportent quelquefois mais, le plus souvent, l’internationalisme des militantes emprunte des voies différentes de celles choisies par les leaders politiques de leurs pays. Si la ligne de partage n’est pas le rideau de fer pour les Africaines, le conflit international pèse néanmoins : l’administration coloniale ou/ et les hommes politiques des colonies ou des pays indépendants entravent, réorganisent ou contrôlent les relations internationales des militantes. Après deux décennies de rencontres et d’échanges avec des femmes du monde entier, les militantes s’ouvrent, au début des années 1960, à de nouvelles formes d’internationalisme entre Africaines et femmes des pays des Suds. Sans renoncer aux échanges avec les organisations féminines internationales plus anciennes, elles cherchent de nouveaux espaces pour parler de leurs préoccupations nationales et panafricaines, moins déterminées par des enjeux de pouvoir liés à la guerre froide et libres de toute forme d’héritage idéologique colonial.

  • 81 Sackeyfio-Lenoch 2016 ; Rupp 1999.

35Cet article propose ainsi une autre histoire transnationale de la guerre froide et des décolonisations, écrite à partir des expériences des militantes africaines. Il invite à complexifier l’histoire du militantisme international féminin, et à faire remonter la chronologie des échanges Nords/Suds à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il montre également que les associations féminines internationales ainsi que les multiples organisations féminines africaines, souvent présentées comme politiquement neutres81, participent aux logiques des blocs. Enfin, il replace le militantisme des Africaines dans l’histoire globale d’un militantisme féminin dont de nombreux aspects restent encore à explorer.

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Bibliographie

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Notes

1 Nous remercions Gábor T. Rittersporn pour la traduction de cette carte postale qui figure dans une série de 19 cartes dont la majorité sont envoyées de Hongrie en Russie en 1963. Archives FRK, Kenneth Dike Library, Ibadan (Nigeria).

2 FDIF, World Congress of Women, 1963, Sophia Smith Collection (SSC). https://libraries.smith.edu/special-collections/about/sophia-smith-collection-womens-history

3 Les autres cartes postales de la série laissent à penser qu’elle appartenait au Conseil national des femmes hongroises.

4 FDIF, Une seule volonté de justice, de bonheur et de paix, Congrès mondial des femmes, Copenhague, 5‑10 juin 1953, SSC.

5 Rapport de l’Assemblée Triennale du CIF, Washington DC. 19 juin-30 juin 1963, SSC.

6 Sur Madeleine Azang épouse Mbono-Samba voir Barthélémy 2022 : 247.

7 De Haan 2010 ; Kott 2011 ; Laville 2002 ; Rupp 1994 ; Olcott 2017.

8 Sackeyfio-Lenoch 2016 ; Lewis & Stolte 2019. Sur la dimension internationale des luttes anticoloniales des femmes du Cameroun et du Ghana, voir Terretta 2013 ; Opong 2020 ; Sackeyfio-Lenoch 2018.

9 Ghodsee 2019.

10 Johnson-Odim & Mba 1997 ; Cummings-John & Denzer 1995.

11 Armstrong 2016 ; Bier 2010 ; Gradskova 2019 & 2021 ; Mackie 2016 ; McGregor 2012 & 2016. Voir également la contribution de Gradskova à ce numéro.

12 Rillon & Smirnova 2017 ; Ghodsee 2014 et 2019 ; Olcott 2017.

13 Les revendications des Africaines au sein de la FDIF ont été récemment étudiées par Gradskova 2021 : chap. 6.

14 De nombreux travaux comparatistes entre le CIF, l’AIF et la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté ont été menés par Leila Rupp mais s’interrompent à la fin des années trente. Rupp 1994, 1996 & 1997 ; Rupp & Taylor 1999.

15 Gubin & Van Molle 2005 ; Jacques 2004.

16 De Haan 2010 & 2013 ; De Haan et alii 2012.

17 Cet article ne traite pas du contenu des revendications des Africaines (se référer pour cela aux travaux des autrices cités en bibliographie) mais des modalités de leur insertion dans les réseaux des organisations féminines internationales.

18 Au Nigeria, les Archives de Funmilayo Ransome-Kuti (FRK), les archives d’Elizabeth Adekogbe (AG), l’Ogunsheye Foundation (OGFAD). Au Ghana, les archives de Dr Evelyn Mansa Amarteifio (DEA). Des témoignages publiés ont aussi été mobilisés : Cissé 2009 ; Rabesahala 2006 ; Ngapeth-Biyong 2009.

19 Nous tenons à remercier ici très vivement Elizabeth Flour, du CARHIF, pour l’aide qu’elle nous a apportée en nous permettant de consulter les archives numérisées du CIF.

20 Voir note 2.

21 Johnson-Odim & Mba 1997.

22 Cette prise de contact a lieu après la publication de l’article « We had Equality Till Britain Came » écrit par Ransome-Kuti dans le journal du Parti communiste britannique, le Daily Worker, le 8 août 1947. Notes, archives FRK, carton 1, « Autobiography ».

23 Byfield 2022.

24 Gradskova 2021.

25 Seule une Algérienne musulmane, membre de l’Union des femmes d’Algérie qui compte cinq déléguées, et une Vietnamienne représentent les femmes des colonies. Barthélémy 2022 : 66‑71.

26 Barthélémy 2022 : 104‑105.

27 AIF, News Centenary Edition, 1904-2004, consulté le 30 avril 2022. URL : https://womenalliance.org/old/pdf/IAWCentenaryEdition19042004webversion.pdf.

28 Bier 2011 : 159-161.

29 Bulletin d’information de la FDIF, juillet 1946, p. 2.

30 Gradskova 2021 : 78-79 ; Barthélémy 2022 : 108.

31 Barthélémy 2016 & 2022 : 127.

32 Compte rendu du 15e congrès de l’AIF à Amsterdam. Archives CIF, dossier 2967.

33 Lettre du CIF à Miss Clark du Ghana, 4 janvier 1950. Archives CIF, dossier 1323.

34 Lettre de Ransome-Kuti à la secrétaire générale de la FDIF, 16 mars 1948. Archives FRK, carton 95.

35 Johnson-Odim & Mba 1997 : 126-129.

36 Barthélémy 2016. Le congrès réunit 198 déléguées qui représentent 23 pays.

37 Rabearimanana 2005 ; Rabesahala 2006.

38 Barthélémy 2016.

39 Renseignements politiques, 1949 et janvier-avril 1950, semaine du 27 février au 2 mars 1950, ANS 17G532 (144).

40 Notes, Archives FRK, carton 1, « Autobiography ».

41 Lettre confidentielle notée « très urgent » du 8 avril 1952 et lettre du 3 avril 1952 du commandant de cercle de Kaolack au gouverneur du Sénégal, ANS 1C 42 988.

42 PRAAD, ADM.13/1/22 ; Ngapeth-Biyong 2009.

43 La FDIF compte 11 vice-présidentes.

44 Réunion du bureau de l’AIF, 5 septembre 1952. Archives CIF, dossier 2967.

45 AIF, News Centenary Edition, op. cit.

46 Laville 2002 : 172.

47 Lettre de Miss Alison Raymond, executive director du CC, à Funmilayo Ransome-Kuti, 19 décembre 1956, Archives FRK, carton 95.

48 Panata 2020.

49 Lettre de Mrs Cowan à Miss Gmur, 25 août 1953. Archives CIF, dossier 1590.

50 Lettre de Mrs Cowan à Mrs Adekogbe, 19 février 1954, Archives CIF, dossier 1590, et Circular of The Women Movement of Nigeria, 27 mai 1954, archives de Mrs Adekogbe, dossier WM/N/6.

51 Lettre de Mrs Adekogbe à Dr Gmur, 18 août 1955. Archives CIF, dossier 1590.

52 Panata 2020 : 74-76 & 218-219.

53 Organisé sur quatre semaines, ce cours accueille des femmes de 27 pays, parmi lesquelles des Nigérianes et des Sierra-léonaises financées par le Carrie Chapman Catt Memorial Fund. LCIAS, Report of the Seventeenth Congress Colombo, 1955 : 14‑15.

54 Tous les précédents congrès se tiennent en Europe, à l’exception de celui de 1935 qui a lieu à Istanbul. AIF, News Centenary Edition : 106‑108.

55 Nigeria : Russian and Communist Interest in Africa, 1956/1959, NAK, FCO 141/13694.

56 From our Diplomatic Correspondent, « Indoctrination of Africans », The Times, 28 mai 1956 : 9.

57 Archives FRK, carton 95, Lettre de Tsao Meng-chun à Ransome-Kuti, 19 juillet 1956. Ransome-Kuti cherche également à apprendre des rudiments de chinois à la suite de ce voyage. Journal intime du voyage en Chine, 1956, Archives FRK, carton 89. Panata 2020.

58 Balewa 1964 : 8-10.

59 Bier 2011 : 154-176 ; Panata 2021.

60 Cummings-John & Denzer 1995.

61 Cummings-John & Denzer 1995 : 109.

62 Ancienne résistante engagée en politique au lendemain de la guerre, chrétienne-démocrate, elle a multiplié les responsabilités nationales et internationales depuis 1945. Barthélémy 2022.

63 Archives DEA, The Ghanaian Woman, avril-juin 1960 : 19.

64 Lettre personnelle de Rose Parsons à Evelyn Amarteifio, 17 février 1960. Archives CIF, dossier 1323.

65 Lettre de Marie-Hélène Lefaucheux à Rose Parsons, 10 novembre 1960. Archives CIF, dossier 1323.

66 Rapport d’activité présenté par l’Ufemto, Yaoundé, 2-8 juillet 1962. Archives CIF, dossier 2594.

67 Lettre de Dina S. Olympio, à Marguerite Trenou, 4 août 1960. Archives CIF, dossier 1848.

68 Lettre de Marie-Hélène Lefaucheux à M. Issembé, ambassadeur du Gabon en France, 22 mars 1960. Archives CIF, dossier 1832.

69 Le CIF compte alors sept conseils nationaux africains affiliés officiellement : Afrique du Sud, Rhodésie du Sud, Nigeria, Nyassaland, Sud-Ouest africain, Tanganyika et Ouganda.

70 Lettre de Marguerite Trenou à Marie-Hélène Lefaucheux, 18 janvier 1962. Archives CIF, dossier 1848.

71 Barthélémy 2022 : 238 et suiv.

72 Lettre de Claude Hettier de Boislambert, ambassadeur de France au Sénégal, à Marie-Hélène Lefaucheux, 29 juin 1962. Archives CIF, dossier 1843. Sur cette rencontre et le cas du Cameroun, voir Barthélémy 2022 : 246 et suiv.

73 Lettre de Marie-Hélène Lefaucheux à Annette M’Baye d’Erneville, 3 janvier 1963. Archives CIF, dossier 1843.

74 Lettre d’Annette M’Baye d’Erneville à Marie-Hélène Lefaucheux, 1er février 1963. Archives CIF, dossier 1843.

75 Armstrong 2016 : 305-331.

76 Cissé 2009 : 84.

77 Barthélémy 2022 : 211 et suiv.

78 Panata 2021.

79 Panata 2020.

80 J. M. Cissé, « La Conférence des femmes africaines », AWA, la revue de la femme noire, janvier 1964 : 12.

81 Sackeyfio-Lenoch 2016 ; Rupp 1999.

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Pour citer cet article

Référence papier

Pascale Barthélémy et Sara Panata, « Militantes africaines et organisations féminines internationales dans la guerre froide. Un pragmatisme stratégique (1947-1963) »Clio, 57 | 2023, 23-45.

Référence électronique

Pascale Barthélémy et Sara Panata, « Militantes africaines et organisations féminines internationales dans la guerre froide. Un pragmatisme stratégique (1947-1963) »Clio [En ligne], 57 | 2023, mis en ligne le 01 janvier 2026, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/clio/23303 ; DOI : https://doi.org/10.4000/clio.23303

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Auteurs

Pascale Barthélémy

Pascale Barthélémy est historienne, maîtresse de conférences habilitée à diriger des recherches en histoire contemporaine à l’ENS de Lyon, membre du Laboratoire de Recherches Historiques Rhône-Alpes (LARHRA, UMR 5190). Spécialiste de l’histoire des femmes et du genre en Afrique en contexte colonial français, elle a publié, entre autres, Africaines et diplômées à l’époque coloniale (1918‑1957) (PUR, 2010) et Sororité et colonialisme. Françaises et Africaines au temps de la guerre froide (1944‑1962) (Éditions de la Sorbonne, 2022). Elle a coordonné les numéros « Colonisations » et « Citoyennetés » de la revue Clio. Histoire, femmes et sociétés. Elle travaille sur les engagements politiques des femmes d’Afrique de l’Ouest et les relations entre féminisme et colonialisme dans les années 1950-1960. pascale.barthelemy@ens-lyon.fr

Articles du même auteur

Sara Panata

Sara Panata est historienne, chargée de recherche au CNRS, section Histoire des mondes modernes et contemporains et membre du laboratoire Les Afriques dans le Monde (LAM, UMR 5115). Après une thèse consacrée aux mouvements féminins et féministes au Nigéria, ses recherches actuelles portent sur l’histoire sociale et politique du suffrage universel en Afrique de l’Ouest anglophone. sara.panata@cnrs.fr

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