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Notes
J’utilise le mot « folklore » en étant consciente de la difficulté à définir le terme et à cerner le champ de son application. Dans une thèse consacrée à Zora Neale Hurston et Toni Morrison, Carline Blanc évoque une tension possible entre une définition anthropologique ou littéraire du folklore en tant qu’objet d’étude. Elle cite le travail de William John Thoms qui, au xixe siècle, tenta de le définir comme « une liste inachevée d’objets identifiables » (Blanc, 2017, p. 18).
« a feather-bed resistance » (notre traduction), Hurston, 1978 [1935], p. 4. La traduction des textes de Hurston pose de nombreux problèmes. Dans cet article, je mets en note de bas de page les textes de Hurston en anglais, car la langue en elle-même est importante, et j’assumerai toutes les traductions du texte de l’anglais vers le français.
McClaurin, 2001, p. 66. Le statut problématique de Hurston en tant qu’anthropologue est évoqué par Dutton, 1993 ; Hemenway, 1976 ; Dorst, 1987 ; Hernandez, 1993 ; Mikell, 1982 ; Blanc, 2017. La thèse de Carline Blanc, consacrée à Hurston et à Toni Morrison, représente l’analyse la plus récente du rapport entre la dimension créative de l’activité de l’écrivain et son activité d’anthropologue. Blanc dépasse notamment le clivage souvent relevé entre ces deux aspects de sa production pour montrer comment Hurston « multiplie les moyens de réhabiliter les savoirs discrédités dans ses travaux variés […] » (Blanc, 2017, p. 31).
« the spy-glass of Anthropology. », Hurston, 1978 [1935], p. 3.
McClaurin, 2001, p. 66. Dutton constate que la pratique de Hurston dans Tell My Horse, le livre qu’elle consacra à l’étude du vaudou en Haïti, ressemble à « l’approche littéraire » évoquée par James Clifford dans l’introduction de Writing Culture : the Poetics and Politics of Ethnography (Dutton, 1993, p. 145). Mikell considère que sa pratique de la méthode de l’ « observation participante » anticipe la popularité de cette méthode à partir des années 1950 et le développement de la relation étique/émique (Mikell, 1982, p. 219).
Il est possible de lier les contes folkloriques à des « traditions verbales pratiquées sous l’esclavage » et qui permettaient aux esclaves de « prononcer à propos de leurs maîtres et surveillants des insultes, qui leur auraient coûté cher si elles avaient été prononcées de façon explicite » (Vettorato, 2008, p. 18-19). Cet aspect du conte africain-américain a été analysé par de nombreux critiques. Henry Louis Gates y fait allusion dans l’introduction à son recueil de contes : « Nous savons que les esclaves répondaient (“talked back”), si ce n’était qu’entre eux et qu’ils défiaient la loi du silence imposée sur eux par les maîtres » (Gates & Tatar, eds., 2018, p. lxxxvi-lxxxvii).
Hurston fait allusion à Malinowski dans une lettre adressée à Eslanda Robeson en 1934. Robeson, qui avait entrepris des études d’anthropologie à la London School of Economics, envisageait de s’installer en Afrique avec son mari. Hurston félicita Robeson pour son désir d’apprendre des langues africaines et regretta de ne pas pouvoir mener des enquêtes en Afrique faute de financement (Kaplan, 2002, emplacement 4256).
Malinowski, 2002 [1935], vième partie. Bourdieu étend la notion de rituel au-delà de la religion, rendant possible une analyse de l’efficacité de la parole « dans la construction des choses sociales » et attribuant à tout « agent social […] ce pouvoir de nommer et de faire le monde en le nommant » (Bourdieu, 1982, p. 99). Sandra Bornand et Cécile Leguy soulignent le rôle de Malinowski comme précurseur de l’anthropologie linguistique par sa prise en compte du contexte de l’énonciation, bien que cette notion chez lui reste floue, englobant à la fois le contexte socioculturel et « les circonstances plus particulières, propres à une situation de communication donnée […] » (Bornand & Leguy, 2013, chapitre 1).
Blanc, 2017, p. 21.
Dans une lettre adressée à Franz Boas en 1934, dans laquelle elle lui demande d’écrire l’introduction du livre, elle précise que l’éditeur souhaiterait un livre « très lisible que le lecteur non-initié (“average reader”) peut comprendre, mais qui en même temps pourrait servir de livre de référence » (Kaplan, 2001, emplacement 4371). Elle exprime l’espoir que le fait d’avoir inséré les conversations qui servent de lien entre les contes, qu’elle qualifie de matière non-scientifique (“unscientific matter”), ne l’empêchera pas d’accepter de rédiger une introduction.
Cette absence d’appareil scientifique a été commentée (voir par exemple Dorst, 1987, p. 306-307). Dutton parle de la même question par rapport à Tell My Horse (Dutton, 1987, p. 132).
La façon dont Hurston utilise son expérience pour encadrer les contes correspond à la dimension dialogique décrite par James Clifford dans Writing Culture. Clifford considère que la rencontre de l’ethnographe avec les représentants d’une autre culture l’oblige à « trouver différentes façons de présenter des réalités négociées » (Clifford, 2020 [1986], p. 15). Stephen Tyler va plus loin en affirmant que la relation « sujet/observateur » n’a plus de sens et qu’il y a plutôt « la production mutuelle, dialogique d’un discours, d’une forme de narration » (Tyler, 2020 [1986], p. 126).
Bien qu’il soit difficile de donner une définition complète d’une pratique qui prend des formes variées selon la période considérée et la situation géographique, celle fournie par Katrina Hazzard-Donald en saisit les éléments essentiels : « le hoodoo consiste en les traces réorganisées de ce qui devait être, quelle que soit la brièveté de son existence, une véritable religion syncrétisée avec des racines africaines pratiquée par les esclaves africains-américains » (Hazzard-Donald, 2013, p. 12). Dans toute discussion autour du vaudou, les questions de terminologie sont complexes. Dans l’article qu’elle publia dans The Journal of American Folklore, Hurston définit le vaudou (qu’elle écrivait « veaudeau ») comme « le terme européen pour les croyances et pratiques magiques venant d’Afrique, terme qui est inconnu par les Noirs américains ». Elle précise que ceux-ci donnaient le nom « hoodoo » à leurs propres pratiques, et que les deux mots avaient un rapport avec le mot « juju » venant de l’Afrique occidentale. Elle ajoute que le mot « conjure » était utilisé couramment par les Noirs américains pour désigner ces pratiques (Hurston, 1931, p. 22). Jeffrey E. Anderson considère le « voodoo » comme une religion et décrit le « conjure » comme une pratique qui ne repose pas sur une véritable théologie (Anderson, 2005, emplacement 54). Le terme « root doctor » est utilisé également pour désigner les pouvoirs de guérison que possédaient les « conjurers » (Chireau, 2003, p. 97).
Hurston, 1931, p. 317-320.
Ma démonstration s’appuie sur les notions de performance et de performativité telles qu’elles ont été développées dans des disciplines comme la linguistique, la philosophie, la sociologie et l’anthropologie. Si le travail du philosophe J. L. Austin visant à cerner les conditions nécessaires à la production d’énoncés performatifs exclut les contextes de performance (Austin, 1970 [1962], p. 55), celui des anthropologues qui s’intéressent à la notion de performance repose sur une distinction moins nette entre les usages « ordinaires » du langage décrit par Austin et les emplois esthétiques ou poétiques. Richard Bauman et Charles L. Briggs proposent de voir les cadres ludiques comme « des dispositifs dans lesquels la parole et la société peuvent être examinées et transformées » (Bauman & Briggs, 1990, p. 63). Ils affirment (en citant Keenan, 1973 & Briggs, 1990) que « la performance peut par sa nature même interroger l’efficacité de certaines formes de parole, créant ainsi la possibilité d’une négociation entre des énoncés et des forces illocutionnaires » (Bauman & Briggs, 1990, p. 65). Cette affirmation nous invite à considérer l’approche de Hurston, qui consiste à créer un cadre en partie fictionnel autour des contes, comme une performance, une mise en scène destinée à éclairer leur fonctionnement en tant qu’action social.
« On a given night I had a front seat in his hall. There were the usual camp-followers sitting upon the platform and bustling around performing chores. Two or three songs and a prayer were the preliminary. » Hurston, 1978 [1935], p. 221.
« At last Father Watson appeared in a satin garment of royal purple, belted by a gold cord. He had the figure for wearing that sort of thing and he probably knew it. Between prayers and songs he talked, setting forth his powers. He could curse anybody he wished–and make the curse stick. He could remove curses, no matter who had laid them on whom. » Ibid.
« [...] voodoo ritualistic orgies of Broadway and popular fiction […] » Ibid., p. 195.
« drum beating and dancing » Ibid.
Favret-Saada, 1977, p. 49. Bien que Favret-Saada ait mené son enquête dans le Bocage en Normandie, les mécanismes observés sont applicables à d’autres contextes. Dans le contexte américain, les pratiques de sorcellerie venues d’Europe influencèrent le vaudou africain-américain de façon différenciée selon les régions concernées (voir Anderson, chapitre 2 ; Chireau, p. 84-89).
« “Them big old lies we tell when we’re jus’ sittin’ around here on the store porch doin’ nothin’?” » Hurston, 1978 [1935], p. 9.
« “They are a lot more valuable than you might think.” » Ibid.
« “Dat’s de way to do”. » Ibid., p. 10.
Brown, 1990, p. 6.
Ibid., p. 21. Brown cite ici Bourdieu, 1977, p. 1-2.
« One is thus “condemned to see all practice as spectacle”. » Ibid., 1990, p. 22.
Favret-Saada, 1977, p. 32.
« The way we tell it […]. », Hurston, 1978 [1935], p. 193.
« Where I could find a good hoodoo doctor. » Ibid., p. 195.
« “Ah don’t see how nobody could do none of dat work, do you?” » Ibid., p. 196.
« “People can do things to you. I done seen things happen.” » Ibid., p. 196.
« “Sho nuff ? Well, well, well. Maybe things kin be done tuh harm yuh, cause Ah done heard good folks—folks dat ought to know—say dat it sho is a fact. Anyhow Ah figger it pays tuh be keerful”. » Ibid.
« “Ah knowed de man dat done dat trick”. » Ibid.
« “And I sprinkles mustard seed ‘round my door every night before Ah goes tuh bed.” » Ibid., p. 197.
Il s’agit ici d’une autre femme, connue de Mrs. Viney, mais également de Rachel Silas, qui a la réputation de faire du mal. Hurston elle-même se perd dans cette conversation et demande des explications quant à l’identité de la personne à laquelle ses interlocutrices font référence : « ‘Who you talkin’ ‘bout,’ I asked ». Ibid.
« “Ah got something buried at dat gate dat she can’t cross. She done been dere several times, but she can’t cross.” » Ibid.
« “She don’t do nothin’ but good”. » Ibid.
« “Ah been hearin’ bout dat mess ever since I been big enough tuh know mahself [...]” » Ibid., p. 196.
Il s’agit de nouveau de la personne qui a la réputation de faire du mal.
« “She even throwed at me once, but she can’t do nothin.” » Ibid., p. 197.
« “[...] Ah wouldn’t mess with it if Ah wuz you. Dat’s a thing dat’s got to be handled just so, do it’ll kill you.” » Ibid.
Chireau, 2003, p. 75.
Favret-Saada, 1977, p. 16.
Ibid., p. 43.
Ibid., p. 35. C’est l’auteure qui souligne.
« Mouths don’t empty themselves unless the ears are sympathetic and knowing. » Hurston, 1978 [1935], p. 195.
« “Is somebody done throwed a old shoe at you ?” » Ibid., p. 197.
Prêtresse vaudou célèbre. Turner fait allusion à la fille, née en 1827, de la prêtresse légendaire qui vécut à la Nouvelles Orléans entre 1801 et 1881 . C’est Hurston qui écrit le nom « Leveau ».
« He talked about Marie Leveau because I asked. » Ibid., p. 201.
« “She go to her great Altar and seek until she become the same as the spirit, then she come out into the room where she listens to them that come to ask.” » Ibid., p. 204.
Carline Blanc analyse en détail la « forte fluctuation dans la prise en charge » qui affecte la perception que peut avoir le lecteur du rapport de Hurston avec le vaudou (Blanc, 2017, p. 227–233).
« I have been crowned in other places with flowers, with ornamental paper, with cloth, with sycamore bark, with egg-shells. » Hurston, 1978 [1935], p. 207.
« Promptly on the stoke of ten Death mounted his black draped throne and assumed his regal crown, Death being represented by a rudely carved wooden statue, bust length. » Ibid., p. 247.
« He had the physique of Paul Robeson with the sex appeal and what-ever-you-might-call-it of Rasputin. » Ibid., p. 222. Paul Robeson était un chanteur célèbre des années 1930.
« He could “read” anybody at sight. He could “read” anyone who remained out of his sight if they but stuck two fingers inside the door. He could “read” anyone, no matter how far away, if he were given their height and color. He begged to be challenged. » Ibid., p. 221.
« His wife Mary knew how slight her hold was and continually planned to leave him. » Ibid., p. 222.
Le corail cerveau, appelé « brain coral » en anglais, se trouve dans les eaux autour des îles de la Caraïbe.
« The snake had told him God’s making words. […] But God let Moses make. » Hurston, 1978 [1935], p. 194.
« Speak gently to ghosts [...]. » Ibid., p. 236.
Katrina Hazzard-Donald évoque ce phénomène en parlant des pratiques ayant une relation directe avec l’Afrique. Elle explique qu’il était facile de ramasser les traces laissées par quelqu’un dans la poussière dans un environnement rural comme un village africain ou un village dans le sud des États-Unis sans routes pavées. Elle affirme que « le pouvoir de la trace ramassée était tel que beaucoup d’Africains-Américains craignaient profondément que quelqu’un puisse leur jeter un sort en utilisant les traces de leurs pas. » Hazzard-Donald, 2013, p. 153.
Chireau, 2003, p. 81.
Ibid., p. 82.
Brown, 1990, p. 4.
« “Yeah, he should be dead long time ago. Long before he spy upon me, before he tell lies, lies, lies.” » Hurston, 1978 [1935], p. 212.
« “I can see you got trouble.” He shivered. “It is all in the room, I feel the pain of it; Anger, Malice.” » Ibid., p. 213.
Chireau, 2003, p. 12.
Ibid., p. 74.
Whitten, 1962, p. 320.
Ibid.
Le mot « trickster » fait référence à un type de personnage qui, grâce aux tours qu’il joue, (« tour » se dit « trick » en anglais), révèle les contradictions de la nature humaine. Dans la culture afro-américaine il est l’héritier du dieu Esu Elegbara de la culture Yoruba, le messager des dieux, un personnage que l’on rencontre aux croisements des chemins et qui, comme le fait remarquer Maria Tatar, « navigue entre le bien et le mal, la vérité et les mensonges, la révélation et le déguisement, les surfaces et les choses essentielles […] ». (Maria Tatar, ”Introduction : Recovering a Cultural Tradition” in Gates & Tatar, eds, 2018, p. liii-xcii, p. lxxvi). En, désignant le diable comme un trickster, Hurston fait allusion à ce statut ambigu du personnage.
Brown, 1990, p. 11.
« The devil is not the terror that he is in European folk-lore. He is a powerful trickster who often competes successfully with God. » Hurston, 1978 [1935], p. 254.
« “[…] I kill nobody, I send him away if you want so he never come back.” » Ibid., p. 213.
« Dr. Duke, like all of the conjure masters, has more than one way of doing every job. People are different and what will win with one person has no effect on another. » Ibid., p. 231.
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