La revue prend position
Les libertés académiques en péril : un enjeu mondial, un défi pour notre revue
Depuis l’élection de Donald Trump, les universités et la recherche scientifique ont été la cible d’attaques frontales aux États-Unis : licenciements massifs, coupes budgétaires, censure lexicale (interdiction de termes tels que femme, diversité, genre, inclusion, changement climatique, justice environnementale) dans les publications financées par l’État fédéral.
Ces mesures s’accompagnent d’une pression croissante sur les sciences humaines et sociales, en particulier sur les recherches portant sur les inégalités sociales et les enjeux climatiques. Menacés dans leur intégrité intellectuelle, de nombreux chercheurs et chercheuses doivent adapter leur langage sous peine de perdre leurs financements.
Mais ce recul des libertés académiques dépasse largement les frontières américaines. D’après l’Academic Freedom Index 2024, la liberté académique régresse à l’échelle mondiale. Seuls 25 pays – soit à peine 14 % des États étudiés – conservent un haut niveau de liberté académique, contre 46 en 2006. Près de la moitié de la population mondiale vit aujourd’hui dans un contexte où cette liberté est sévèrement restreinte. Les cas de la Chine, de la Russie, de l’Inde ou de la Hongrie sont régulièrement cités, mais l’Europe occidentale n’est pas épargnée.
En France, la situation est également préoccupante : classée seulement 25e, notre pays voit sa recherche en sciences sociales régulièrement dénigrée par des discours politiques qui assimilent certaines disciplines à des formes de militantisme. Parmi les exemples récents :
– L’offensive de Frédérique Vidal (alors ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche) contre un supposé « islamo-gauchisme » dans les universités en 2020 ;
– Les accusations de « wokisme » portées par Jean-Michel Blanquer en 2021 (alors ministre de l’Éducation Nationale) ;
– La dénonciation du « militantisme universitaire » par Patrick Hetzel en 2024 (alors ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche).
Ces attaques ne sont pas abstraites : elles nous touchent directement, en tant que revue de sciences humaines et sociales. Au-delà des contraintes budgétaires, c’est la légitimité même de nos objets de recherche – oralité, transmission, mémoire, genre, justice sociale – qui est mise en cause.
Nous avons déjà lancé un appel collectif lors du hors-série Oralités contestataires au moment du mouvement Revues en lutte. Aujourd’hui, nous devons réaffirmer notre position : la revue est un espace de travail scientifique et de vigilance critique.
Et si l’on appliquait aujourd’hui les critères implicites de cette « politique de la suspicion », que resterait-il de nos publications ? Combien de numéros dans leur entier survivraient à cette politique ? Combien se verraient privés de certains articles ? Combien d’articles survivraient à cette censure ? La réponse saute aux yeux.
Nous invitons nos lecteurs et lectrices à les (re)parcourir. Vous y trouverez, non pas des opinions masquées, mais des analyses rigoureuses, informées, critiques, qui font honneur à ce que la recherche peut et doit être : un outil de compréhension et d’émancipation.
Une version de cet appel est téléchargeable en bas de cette page.
Document annexe
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Les libertés académiques en péril – un enjeu mondial, un défi pour notre revue (application/pdf – 3,0M)


