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Actualité

Études littéraires africaines, nᵒ 56, « Relire Senghor »,
dir. Elara Bertho et Étienne Smith, 2023

Laura Gauthier Blasi

Texte intégral

1La revue Études Littéraires Africaines a publié, dans le numéro 56 du mois de décembre 2023, un dossier intitulé « Relire Senghor », coordonné par Elara Bertho et Etienne Smith. Il accueille des contributions de Florian Bobin, Sébastien Heiniger, Edoardo Cagnan, Xavier Garnier, Claire Riffard et Mbaye Gueye, Papa Samba Diop ou encore Sarah Frioux-Salgas. Relire Senghor ou mieux lire Senghor demande sans aucun doute d’affronter ses ambiguïtés et paradoxes d’homme politique et de poète. Les diverses disciplines convoquées dans ce dossier contribuent à une mise en dialogue de ces perspectives, en réexaminant son œuvre politique et poétique à l’aune de récents travaux de recherche. Dans « Relire Senghor », qui est aussi le titre de la présentation et première contribution du dossier, Elara Bertho et Etienne Smith mettent en valeur la richesse et l’actualité des références bibliographiques issues de récents travaux de recherche qui rendent possible une revitalisation des études senghoriennes. Elles élargissent les perspectives, complexifient ou réactualisent leurs champs, nuancent ou permettent de mieux affronter les contradictions d’un colosse politique et poétique. C’est d’ailleurs dans le champ historico-politique que les contributions de Florian Bobin et Sébastien Heiniger vont aborder cette relecture. Tout d’abord, Florian Bobin, dans « À la gauche de Senghor – relire le président en action », s’inscrivant dans un devoir de mémoire, revient sur la période de la présidence de Senghor au Sénégal, de 1960 à 1980. Se déclarant appartenir au socialisme africain, Senghor sera pourtant confronté à une opposition principalement de gauche qui contestera la persistance d’un néo-colonialisme et ses réponses excessivement autoritaires à cette opposition. Florian Bobin propose ainsi une relecture de Senghor-président, dans laquelle il confrontera sa théorisation du pouvoir et l’élaboration d’utopies politiques à son action politique controversée. Sébastien Heiniger, dans « Relire le poète Senghor à la lumière de son fédéralisme politique », aborde la période entre 1940 et 1950, quand Senghor était député à l’Assemblée nationale en représentation des citoyens « de statut civil de droit local ». Il propose d’explorer l’articulation des projets politiques et poétiques chez Senghor et comment celle-ci participe à l’édification d’une communauté utopique franco-africaine. Quant à Sarah Frioux-Salgas, archiviste au Musée du quai Branly-Jacques Chirac et commissaire d’exposition, elle met l’accent sur les politiques culturelles de Senghor, à partir d’expositions comme Un mouvement, une tribune, un réseau en 2009 sur Présence africaine, Dakar 66. Chroniques d’un festival panafricain en 2016, ou encore Senghor et les arts : réinventer l’universel en 2023. Cette contribution, qui se situe à la croisée des arts et des lettres, met en relief une période intense de diplomatie culturelle. Entre le culturel et le politique, Edoardo Cagnan propose dans « Le projet de la série Liberté : un colosse aux pieds d’argile » une réflexion sur les logiques qui ont sous-tendu l’entreprise éditoriale et auctoriale des séries Liberté publiées dès 1964 et sur trois décennies, à partir d’une démarche inspirée par l’analyse du discours. Avec une mise en parallèle de la publication de la série sartrienne des Situations, reflet et de la position qu’occupe chacun des deux colosses dans son champ respectif et de sa façon de l’investir, Edoardo Cagnan cherche à saisir la valeur de l’œuvre de Senghor à la lumière d’un paradoxe : entre sa monumentalisation symbolique et l’absence d’une réédition des volumes dès les années 1990. Enfin, concernant le champ littéraire, trois contributions s’attachent à redynamiser les études de la poésie senghorienne. Tout d’abord, Xavier Garnier propose une relecture des évocations du Royaume de l’enfance de Senghor « sous le regard de Gaïa », reliant, dans une perspective écocritique plus qu’actuelle, le lyrisme de Senghor à la pensée latourienne de « Gaïa ». Claire Riffard et Mbaye Gueye proposent une relecture du poème « Chant pour Yacine Mbaye » à partir d’une approche génétique : l’étude du processus d’écriture à partir de quatre feuillets du fonds Senghor de la Bibliothèque nationale de France révèle le travail d’hybridation entre poèmes d’éloge occidentaux et sérères, assorti de la quête d’un rythme. Enfin, Papa Samba Diop nous livre des notices de son Dictionnaire Senghor en cours d’élaboration, à partir de deux poèmes manuscrits issus de ce qu’il nomme « Le Cahier de Verson », trouvé récemment dans la Maison Senghor en Normandie. Il en dégagera les « mots-ciment », vocables marqueurs de rythme et générateurs des réseaux sémantiques de la poésie de Senghor. La pluralité des perspectives abordées dans ce dossier relève le défi initial d’aborder Senghor dans toutes ses ambigüités et amène à des regards croisés interdisciplinaires qui élargissent et réactualisent le champ des études senghoriennes.

Fig. 1.

Fig. 1.

Études littéraires africaines

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Titre Fig. 1.
Crédits Études littéraires africaines
URL http://journals.openedition.org/coma/docannexe/image/12282/img-1.png
Fichier image/png, 429k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Laura Gauthier Blasi, « Études littéraires africaines, nᵒ 56, « Relire Senghor »,
dir. Elara Bertho et Étienne Smith, 2023 »
, Continents manuscrits [En ligne], 23 – 24 | 2024, mis en ligne le 15 octobre 2024, consulté le 17 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/coma/12282 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12jtn

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Auteur

Laura Gauthier Blasi

Laura Gauthier Blasi est enseignante-chercheuse à l’université d’Alcalá, Espagne.

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