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Écrire (et penser) ensemble

Corinne Ferrero et Fanny Margras

Résumés

Ce numéro explore la richesse et les enjeux de l’écriture collaborative, non comme simple partage de tâches mais comme processus relationnel, instable, traversé d’influences et de tensions. Ébauchant une critique des approches dominantes, trop focalisées sur la fusion des auteurs ou l’attribution technique, nous nous proposons de penser la coécriture comme un acte politique et éthique, porteur d’une autre vision de la création. Les contributions réunies dans ce numéro prolongent cette réflexion à travers des études de cas variées, allant de la science-fiction aux dynamiques postcoloniales, et font de la cosignature un geste de résistance contre le mythe de l’auteur unique et lieu d’émergence d’un « nous » créatif.

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Texte intégral

  • 1 Corinne Ferrero, « L’œuvre en collaboration d’Adolfo Bioy Casares et de Jorge Luis Borges : la litt (...)
  • 2 Michel Lafon et Benoît Peeters, Nous est un autre : enquête sur les duos d’écrivains, Paris, Flamma (...)
  • 3 Jérôme Meizoz, « Ce que l’on fait dire au silence : posture, ethos, image d’auteur », Argumentation (...)
  • 4 Nicolas Donin et Daniel Ferrer, Genesis, nᵒ 41, « Créer à plusieurs mains », 2015.

1Nul ne s’étonnera que ce numéro soit lui-même né d’une collaboration, d’une entente fructueuse entre deux chercheuses ayant toutes deux consacré leur thèse au sujet de l’écriture à plusieurs mains, à près de vingt ans d’écart1. À l’instar de tant de duos d’écrivains, dont, au premier chef, Michel Lafon et Benoît Peeters2, nous pourrions proposer ici le récit mythifié3 d’une rencontre, une fiction par laquelle se construirait la posture auctoriale de collaboratrices se posant la question de la création en commun, et fédérant autour d’elles chercheuses et chercheurs engagés dans des réflexions novatrices sur la question de « l’écrire (et penser) ensemble ». Cependant, là n’est pas l’objet de ce numéro, inscrit dans le sillon creusé, il y a dix ans, par Nicolas Donin et Daniel Ferrer dans la revue Genesis4, qui, les premiers, envisageaient une proposition d’analyse de la collaboration littéraire par le prisme des études génétiques :

Le travail de la critique génétique est précisément d’identifier ces instances multiples, de dé-niveler le texte de l’œuvre, d’y révéler la sédimentation des volontés diverses. En ce sens, la problématique de la création pluriauctoriale ne fait que rendre visible, incarnée dans des « mains » différenciées, un feuilleté polyphonique présent de façon parfois moins saisissable dans toute genèse, même la plus solitaire5.

  • 6 Michel Butor, « Michel Butor », L’Arc, nᵒ 39, 1969, p. 2-4.
  • 7 Jack Stillinger, Multiple Authorship and the Myth of the Solitary Genius, New York, Oxford, Univers (...)
  • 8 Ibid.
  • 9 M. Lafon et B. Peeters, op. cit., p. 8.

2Cette perspective aura contribué à asseoir et accréditer l’idée – à la fois neuve et ancienne – selon laquelle « il n’y a pas d’œuvre individuelle6 », qu’on la considère comme une sorte de nœud intertextuel toujours redevable de la parole (de l’intervention ou de la création) d’un autre, ou que l’on fasse explicitement de la pluralité d’auteurs (la co-auctorialité, ou « l’auctorialité multiple7 » de Stillinger) une vérité première toujours à redécouvrir dans l’histoire des productions de la pensée humaine, notamment là où sévit encore « le mythe du génie solitaire8 » ou « l’idéologie de l’ego9 ».

3Pour celles et ceux qui se sont donné « pour objet [la] dimension temporelle du devenir-texte, en posant pour hypothèse que l’œuvre, dans sa perfection finale, reste l’effet de ses métamorphoses et contient la mémoire de sa propre genèse10 », l’œuvre écrite en collaboration n’apparaît pas comme une exception mais comme une manière de révéler ce qui se joue dans toute création littéraire.

  • 11 R. Barthes, art. cit.
  • 12 En France, le colloque « Faire couple en littérature, de 1880 à nos jours : sociohistoire, pratique (...)
  • 13 « Co-écrire et collaborer en littérature, xxᵉ-xxiᵉ siècles », séminaire organisé par Jean-Marc Baud(...)

4Il y a encore une vingtaine d’années, les solides études proposées sur le sujet de la collaboration littéraire semblaient autant d’étrangetés aux yeux de la critique littéraire encore attachée aux études donnant à voir la singularité d’un auteur, ou accréditant, à l’inverse, dans le sillage des théories structurales du Texte – et de la déconstruction du sujet moderne – la puissante litanie postmoderne de la mort de l’auteur11. Cependant, force est de constater que le sujet au cœur de ce numéro a pu susciter (ne serait-ce que ces derniers mois !), une floraison de colloques12, séminaires13, autant de temps de réflexion dédiés à la question de la collaboration littéraire. Il s’agirait alors de se demander ce que cela dit de nous, chercheuses, chercheurs, mais aussi lecteurs, lectrices, et de notre rapport au monde et à la littérature : que signifie cet intérêt décuplé pour l’écrire [et penser] ensemble, l’importance de mettre au jour des collaborations littéraires oubliées, ou de souligner les rapports qui ont construit une œuvre que l’on pensait singulière mais qui s’avère en réalité co-pensée, co-réalisée ? Pourquoi révéler la collaboration littéraire, au sens photographique du terme, à partir d’un négatif impensé, imposé par le mythe romantique de l’écrivain comme voix unique, inspirée – qui, pourtant, déjà, se présentait comme simple passeur des mots de l’Autre, déïté invisible, obscure, incompréhensible ?

  • 14 Jean-Luc Nancy, La communauté désœuvrée, Paris, Christian Bourgois, 1986, p. 201.
  • 15 J.-L. Nancy, op. cit., p. 17-18.
  • 16 Michel Gaillot, Jean-Luc Nancy. La Communauté, le sens, Paris, Galilée, 2021, p. 11.
  • 17 « L’être-en-commun » est l’un des divers noms (avec « l’en-commun », « l’être singulier pluriel », (...)
  • 18 La dédicace de Nancy à cette communauté de vie (qui incluait aussi les animaux de compagnie) dispar (...)
  • 19 Jean-Luc Nancy et Jean-Christophe Bailly, La comparution, Paris, Christian Bourgois, 2007 [1991], p (...)
  • 20 Jean-Luc Nancy, La déclosion, Paris, Galilée, 2005, p. 12.
  • 21 Jean-Luc Nancy, Cruor, Paris, Galilée, 2021, p. 16. Nancy se réfère ici à l’expression telle qu’ell (...)
  • 22 J.-L. Nancy, Cruor, op. cit., p. 126.
  • 23 J.-L. Nancy, Cruor, op. cit., p. 17.
  • 24 L’écrivaine Sandra Lucbert définit ainsi l’ordre hégémonique contre (ou pour) lequel la littérature (...)

5À cet égard, sans doute nous inscrivons-nous aussi, avec ce numéro de Continents Manuscrits, dans la continuité du travail inachevé – et pionnier – que Michel Lafon et Benoît Peeters consacrèrent des années durant à la question de l’écriture en collaboration, ce « continent caché » qu’il ne s’agissait pas seulement de rendre visible, mais aussi et surtout d’appréhender sui generis dans sa puissance de bouleversement de toutes nos catégories d’analyse (la figure de l’auteur, l’œuvre, la critique), et au passage, peut-être, de l’ontologie classique du sujet elle-même. Et si, derrière cette volonté de mettre le pluriel au centre du jeu, derrière cet entêtement plurivoque et foisonnant, il s’agissait aussi de rétablir une sorte de vérité première ? « L’être est en commun. Quoi de plus simple à constater ? Et pourtant, quoi de plus ignoré, jusqu’ici, par l’ontologie ?14 », écrivait ainsi Jean-Luc Nancy, qui, dans La communauté désœuvrée (1986), fustigeait la logique du sujet absolu de l’ontologie classique (« celle de l’homme absolument considéré […] parfaitement détaché, distinct et clos, sans rapport15 ») et faisait pour sa part de « l’en-commun » (le rapport, le partage, le nous) la véritable matrice et la pierre de touche d’une pensée (de l’être) véritablement conséquente. Une (contre-)« ontologie de la communauté16 », ou de « l’être-en-commun17 », qui prendrait forme, on le sait, dans le giron d’une longue expérience commune de pensée et d’écriture avec le philosophe Philippe Lacoue-Labarthe, qui partagea aussi avec Nancy – on le sait peut-être moins – une communauté de vie (incluant femmes et enfants) à laquelle ce dernier rendra un très discret hommage dans la toute première édition de La communauté désœuvrée18. Autant dire que, dans l’horizon de l’effondrement du communisme dit réel, le concept de « l’en-commun », ou l’idée d’une communauté de l’existence, s’affectait aussi, pour Nancy, d’une exigence impérieuse, celle de démythifier – et mettre en déroute – l’idéologie triomphante de l’individu libéral19 en expérimentant, dans ses textes et dans sa chair, pourrait-on dire, cette « passion de l’être-ensemble20 » qui, loin de l’idéologie consensuelle et plate du « vivre ensemble21 » contemporain, exigeait au contraire d’affronter chaque fois l’« insignifiance de notre commune condition22 » et l’étrangeté absolue de l’autre. Écrire (et penser) ensemble, ce n’est pas « ensemble », pour reprendre les mots de Nancy, « c’est en constante approche et en recul, […] en contact, en collision, en contagion ou en contrainte, en com-passion23 », une vision à la fois démythifiée, âpre et exaltante de la collaboration littéraire – et/ou philosophique – dont bien des expériences collaboratives contemporaines se font aujourd’hui l’écho et en renouvellent les enjeux éthiques et politiques dans ce moment de crise de l’ordre hégémonique qui caractérise notre époque24. Que l’on songe, par exemple, aux multiples expériences collaboratives imaginées par l’écrivaine martiniquaise Nadia Chonville, et racontées dans le bel entretien qui clôt ce numéro, pour libérer la création plurielle de toute forme de finalité imposée et/ou des rapports sociaux de domination (de genre et de classe) ; ou encore, aux expériences des collectifs d’autrices « les ateliers de l’Antémonde » et « les Agglomérées » dont les histoires racontent aussi « l’aventure de leur écriture », mais encore, comme l’analyse J-M. Baud, celle, coopérative et matérialiste, des espaces communautaires et militants dont elles sont issues.

  • 25 Les « pratiques collaboratives » et ou « coopératives » font désormais partie de l’arsenal du « [no (...)
  • 26 Par exemple Frédéric Lordon et Sandra Lucbert, Pulsion. Capitalisme, fascisme et pulsionnalité 1, P (...)
  • 27 A. Gefen, op.cit., p. 355. Le terme est employé par Sandra Lucbert pour désigner des formes littéra (...)

6Il nous semble, ainsi, que le travail sur la collaboration littéraire dit autant de nous que de celles et ceux qui écrivent ensemble. Rebutées des injonctions au faire collectif, qui découlent souvent d’études trop hâtives, et commencent à s’inscrire bien au-delà de la littérature, dans quasiment tous les domaines de nos existences (éducation, entreprise, recherche, pour ne citer qu’eux) conformément à la logique de l’empowerment du sujet néolibéral25, il nous faut revenir, méthodiquement, à ce qu’est la création collective. En effet, tant de perspectives s’inscrivent aujourd’hui dans une volonté d’atteindre un objectif, un but, en utilisant la collaboration ; et pourtant, tous les articles de ce numéro le montrent : elle est moins, intrinsèquement, une finalité qu’un processus dynamique, un mode d’écriture et de création ; moins un résultat qu’un parcours, celui d’essais, de réflexions, de partages et de dialogues, parfois fructueux, mais dont il faut également envisager les limites et les échecs ; moins une finalité que la mise en lumière de doutes, d’interrogations, qui sont le propre de toute écriture, en somme. Un parcours, un processus toujours hasardeux, qui s’inscrit aussi, souvent, comme en témoignent nombre de contributions à ce numéro – et des publications récentes dans le champ de la pensée contemporaine26 – dans une volonté plus large de questionner, non plus seulement le dogme de l’auteur unique, mais des modèles de création (masculins, performatifs, individualistes) solidement ancrés dans nos imaginaires, et d’inventer de nouvelles manières de lier ensemble la création et le désir (l’œuvre et la vie) dans des formes nouvelles (parfois « contre-hégémoniques27 ») à opposer aux formes de vies dominantes et aliénantes. Écrire (et penser) et vivre, ensemble…

Du récit au style : connaître et reconnaître la coécriture

7Lorsqu’il s’agit d’aborder la question des collaborations littéraires, deux types d’approches dominent dans le champ critique contemporain. La première, que l’on peut qualifier de biographique-narrative, et que développent notamment Benoît Peeters et Michel Lafon dans Nous est un autre, repose sur le récit – souvent linéaire et téléologique – d’une genèse auctoriale des binômes ou collectifs, proposé par les écrivains eux-mêmes ou par des médiateurs critiques. En privilégiant une lecture de la collaboration comme phénomène essentiellement fusionnel, voire mythique, cette approche tend à légitimer la double signature en la rattachant à une narration de la symbiose créative, mais conduit à une forme de hiérarchisation implicite des collaborations, depuis les modèles jugés organiques, indissociables et donc légitimes (les frères Goncourt, emblèmes d’une fusion scripturale indépassable), jusqu’aux collaborations considérées comme secondaires, artificielles ou asymétriques (telle celle d’Alexandre Dumas et Auguste Maquet). Ce classement (ré)interroge une croyance implicite dans l’authenticité d’une voix commune – croyance que Peeters et Lafon reconduisent eux-mêmes en rédigeant, non sans ironie, une « petite fiction » de leur propre coécriture, comme pour mieux naturaliser le processus. À moins qu’il ne s’agisse, une fois encore, dans cet épilogue au second degré de Nous est un autre28, qui force volontairement le trait sur la complicité du duo d’écrivains – dont il ne reste plus qu’un pour raconter l’histoire commune – d’insister, une fois de plus, sur les logiques d’effacement, d’invisibilisation ou d’escamotage de la pluralité créatrice dans le champ critique ou éditorial29. Que celles-ci soient à rechercher du côté de la vieille métaphysique de « l’être comme ab-solu, […] distinct et clos, sans rapport30 » dont parle Nancy, ou des rapports sociaux antagoniques de classe, de race ou de genre, comme cela semble encore être le cas pour l’écrivaine Sandra Lucbert, qui raconte, dans un petit texte savoureux, sa propre disparition, en tant que co-autrice, de l’ouvrage Pulsion (paru début 2025) co-écrit avec le philosophe Frédéric Lordon31 : « la pensée [c’est] pas pour tout le monde32 », ironise Lucbert. Dans le récit de sa disparition du champ intellectuel et médiatique au moment de la parution du livre Pulsion, elle pointe ici un phénomène – celui de l’effacement des femmes du champ intellectuel – qui déborde le cas de la création plurielle proprement dite et doit être vu, pour l’autrice, comme la manifestation des rapports sociaux qui composent l’ordre symbolique patriarcal, celui-là même, ironie suprême, que cet ouvrage pluriel s’est donné pour tâche de dénaturaliser et de contester33.

8À l’opposé de cette approche biographique-narrative, une seconde branche s’attache au « style », c’est-à-dire à ce qui, dans le texte, serait le reflet exact fiable d’une personnalité et d’une écriture inimitable et reconnaissable. Cette seconde approche trouve son apogée dans l’analyse stylométrique, issue des humanités numériques, qui entend objectiver les contributions respectives des auteurs à partir de données lexicales, syntaxiques ou statistiques34. Cette méthode, fondée sur l’analyse quantitative, cherche à discriminer les styles individuels au sein d’un même texte, à extraire l’empreinte langagière de chacun des contributeurs, et à reconstituer, en quelque sorte, une cartographie de l’écriture partagée : tel auteur peut légitimement revendiquer tel mot, telle phrase, tel paragraphe. Sa plume est celle qui lui a donné vie. C’est une approche rigoureuse et scientifique, mais qui repose sur une conception essentialiste du style, et omet tout ce qui se joue hors de l’acte même d’écrire. Elle prend de plus le risque d’ignorer les logiques d’imbrication, de transformation ou d’intertextualité qui traversent les processus collaboratifs, et de faire abstraction des dimensions socio-historiques, biographiques ou institutionnelles qui conditionnent ces collaborations, réduisant l’acte littéraire à un phénomène linguistique mesurable. Bref, elle échoue, une fois de plus, pourrait-on dire, par cette logique d’attribution (« qui fait quoi ? »), à faire droit au phénomène de l’écriture en collaboration, aux « mystères de l’élaboration commune35 », mais plus encore, peut-être, à la configuration de « l’en-commun » qu’elle met en jeu dans des productions souvent marquées par l’exigence politique de faire advenir un autre « nous ».

9Ces deux approches, bien qu’antagonistes dans leurs outils et leurs postulats, partagent un même impensé : celui du processus de création comme dynamique relationnelle, traversée d’influences, de tensions et de médiations invisibles. L’une reconduit un imaginaire romantique de la fusion créatrice, l’autre épouse une objectivation technicienne des styles. Or, ce dont il s’agit, et le plus important selon nous, serait de pouvoir saisir pleinement les enjeux esthétiques, politiques et éthiques de l’écriture à plusieurs voix, et d’appréhender la collaboration littéraire comme pratique transformatrice, profondément instable.

Signer, co-signer ? Une marque au service du lecteur ou de l’auteur ?

  • 36 Pierre Bayard, Et si les œuvres changeaient d’auteur ?, Paris, Éditions de Minuit, 2010.

10La première question posée par les processus de collaboration littéraire reste toujours, immanquablement, celle de la signature, qui rend visible, aux yeux du lecteur, l’engagement d’une pluralité de voix. La cosignature tend en effet à ébranler les cadres traditionnels de lecture du champ littéraire et invite à une remise en question des catégories habituelles de la critique littéraire : l’auteur, soudain, devient double, duel, pluriel, et c’est en tant que tel qu’il doit être appréhendé et compris. Loin de se réduire à un dispositif éditorial ou à une stratégie de visibilité (même si elle y participe), la cosignature engage surtout une reconfiguration profonde du rapport à l’œuvre, au sujet écrivant et à la réception critique. Si « tout nom d’auteur est un roman36 », celui de la cosignature en est également un, qui, dépassant le cadre strict du récit d’une rencontre, parle tant de la démarche que de la volonté de celles et ceux qui signent.

  • 37 Mikhaïl Mikhaïlovitch Bakhtine, trad. Isabelle Kolitcheff, La poétique de Dostoïevski, Paris, Éditi (...)

11Co-signer devient alors un acte délibéré, à rebours des attentes d’un milieu où l’auteur tend à être de plus en plus individualisé, refusant une logique de propriété et de signature individuelle. Plus encore, elle est une manière de revendiquer une posture dialogique, un refus de réduire l’énonciation à une voix unique. Comme chez Dostoïevski, selon la lecture qu’en propose Mikhaïl Bakhtine37, ce n’est pas le devenir qui prévaut, mais la coexistence, la coprésence. L’échange se fait capital, expérience fondamentale et fondatrice, chez Simone et André Schwarz-Bart :

  • 38 André Schwarz-Bart, « André Schwarz-Bart s’explique sur huit ans de silence : “pourquoi j’ai écrit (...)

Depuis que nous travaillons ensemble, nous avons consacré des centaines d’heures à la discussion. Il nous est devenu impossible, à tous deux, de déterminer à qui appartenait telle idée, telle vue, telle conception philosophique, psychologique ou sociale de l’âme antillaise. Et dans le même temps que notre rapport respectif avec les Antilles se transformait, la substance profonde du projet initial s’en trouvait modifiée38.

  • 39 « Les parents d’un enfant se plaisent parfois à répertorier les traits d’un enfant, selon qu’ils re (...)
  • 40 Fanny Margras, « Adieu Bogota. Naissance d’un écrit bifrons », Nouvelles études francophones, vol.  (...)
  • 41 Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille plateaux, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Critique », 19 (...)

12Organique, la création commune se fait enfantement39. Il apparaît alors comme une évidence à André Schwarz-Bart de signer avec Simone Schwarz-Bart Un plat de porc aux bananes vertes (Seuil, 1967), ouvrage né et nourri de dialogues, d’échanges et devenu projet commun, à l’instar d’Adieu Bogota (Seuil, 2018), pourtant publié après la disparition de l’écrivain : collaborer par-delà la mort elle-même, continuer d’écrire, et de co-signer40. « Nous avons été aidés, aspirés, multipliés41 » diront Deleuze et Guattari. Par la cosignature, la littérature devient un monde conçu non dans la linéarité temporelle mais dans l’épaisseur relationnelle d’un espace partagé. Est collaborateur, dès lors, non seulement celui dont la contribution est effective, constante et structurante, mais aussi celui dont la présence révèle et active le réseau d’interactions qui innerve le processus créatif (pour reprendre ici l’image chère à André Schwarz-Bart). La collaboration littéraire engage à repenser la textualité comme champ de forces et d’échanges, mais surtout comme le lieu d’émergence d’une œuvre plus que d’un auteur. C’est pourquoi

[le] domaine des manuscrits de travail des écrivains ouvre des perspectives neuves pour l’approche du style. Alors que le style est souvent présenté comme une catégorie stable, ou comme l’ornement d’une pensée déjà formée (l’elocutio de la rhétorique), il est défini dans [l’approche génétique] comme un ensemble de processus contribuant à la mise en forme singulière d’une œuvre, inachevée ou aboutie. Le style est alors un travail continué de l’œuvre, à travers ses différents états. Mettre ainsi l’accent sur la production conduit vers l’étude d’un style en mouvement, un style pluriel, spécifique de chaque genèse42.

13Dans cette optique, il nous a semblé important de déplacer la question critique de la seule répartition des tâches (« qui écrit quoi ») – doublement négatrice, selon nous, de la pluralité créatrice et de la profondeur de ses enjeux éthiques et politiques – vers l’analyse des dynamiques de co-construction, des formes d’hybridation, des devenirs textuels que l’écriture collaborative rend possibles.

  • 43 Édouard Glissant, Poétique de la relation, Paris, Gallimard, 1990.

14Pensant la collaboration littéraire à l’aune de la Relation telle que conceptualisée par Édouard Glissant43 (non comme fusion ou synthèse, mais comme co-présence dynamique d’instances distinctes qui s’affectent mutuellement), il est possible d’articuler le biographique, le génétique et le poétique. La littérature « relie », « relaie », « relate » (pour reprendre la polysémie active du verbe glissantien), et met en circulation des voix, des mémoires et des imaginaires multiples. La coécriture devient alors le lieu visible d’une poétique relationnelle, fondée sur l’interaction, et qui, dans un même mouvement tisse un lien entre plusieurs entités et défait le mythe moderne de l’auteur souverain.

15 Toute collaboration littéraire pourrait donc être pensée non pas comme une perte de repères, mais comme une prise en compte d’une l’altérité inhérente au fait littéraire. De plus, s’inscrivant dans une volonté assumée de se décentrer, de lâcher prise, elle refuse une logique de propriété et de signature individuelles, et propose alors une autre approche, fondée sur l’ouverture, la diversité et l’accueil de l’autre, dans un milieu où l’auteur tend à être de plus en plus individualisé. Le travail à plusieurs vient troubler la réception ancrée dans une logique du « nom propre », et la cosignature, tout en conservant, en apparence, les codes de l’auctoralité, en détourne les règles. Elle répond ainsi aux exigences de visibilité imposées par l’édition, tout en révélant leur caractère artificiel, et s’inscrit dans une logique de subversion, mais surtout d’interrogation d’un champ littéraire marqué par l’individualisation.

Contributions à ce numéro

16Ce numéro s’inscrit donc dans une remise en question des catégories traditionnelles de l’auctorialité, en interrogeant la collaboration littéraire comme modalité de décentrement du sujet écrivant. Dans le champ de la science-fiction, Charline Pluvinet et Zelda Chesnau rappellent combien l’histoire du genre est traversée par des pratiques collaboratives : loin de constituer une simple méthode, l’écriture collective s’inscrit dans un projet esthétique et politique articulé autour du refus de la personnalisation, d’une poétique du partage, et d’une volonté de transparence sur les processus de création. Jean-Marc Baud, analysant également les collectifs contemporains « les ateliers de l’Antémonde » et « les Agglomérées », insiste sur la désacralisation de l’œuvre comme finalité, au profit de l’instauration d’un processus d’écriture collectif conçu comme espace de politisation des formes et de renouvellement des pratiques.

17Charles W. Scheel remet sur le devant de la scène le couple Carbet, autrices martiniquaises dont la dynamique collaborative fut mise à l’épreuve par les enjeux symboliques et juridiques de la signature, révélant les tensions inhérentes à toute entreprise à deux voix. La contribution de Celia Fernandez interroge quant à elle les dispositifs institutionnels que sont les masters de création littéraire en France : si ceux-ci ouvrent des espaces de sociabilité et d’expérimentation, les formes collectives qu’ils rendent possibles demeurent étroitement cadrées, soumises à des contraintes temporelles et structurelles qui en conditionnent l’émergence. La posture collaborative y apparaît comme une figure transitoire, déterminée par des cadres exogènes plutôt que comme un geste pleinement autonome.

18Un entretien avec l’autrice Nadia Chonville vient approfondir et actualiser la réflexion à partir du contexte martiniquais et d’une perspective féministe, en questionnant les conditions d’émergence, les enjeux et les limites de la création collective dans un espace postcolonial. Enfin, une chronique consacrée au travail de l’association « La Souvenance – Maison Schwarz-Bart » donne à voir la collaboration du couple Schwarz-Bart comme forme élargie de co-création, excédant le seul geste scriptural pour investir un lieu, une mémoire partagée, la construction commune d’un héritage artistique.

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Notes

1 Corinne Ferrero, « L’œuvre en collaboration d’Adolfo Bioy Casares et de Jorge Luis Borges : la littérature plurielle en question », thèse de doctorat soutenue à l’université Stendhal, 2004, et Fanny Margras, « Simone et André Schwarz-Bart : analyse d’une collaboration littéraire », thèse de doctorat soutenue à l’université des Antilles, 2022, à paraître aux éditions Champion.

2 Michel Lafon et Benoît Peeters, Nous est un autre : enquête sur les duos d’écrivains, Paris, Flammarion, 2006.

3 Jérôme Meizoz, « Ce que l’on fait dire au silence : posture, ethos, image d’auteur », Argumentation et analyse du Discours, nᵒ 3, 2009 ; Jérôme Meizoz, Postures littéraires. Mises en scène moderne de l’auteur – essai, Genève, Slatkine, 2007 ; Roland Barthes, « La mort de l’auteur », dans Le bruissement de la langue, Paris, Éditions du Seuil, 1984, 61‑67.

4 Nicolas Donin et Daniel Ferrer, Genesis, nᵒ 41, « Créer à plusieurs mains », 2015.

5 Nicolas Donin et Daniel Ferrer, « Présentation : auteur(s) et acteurs de la genèse », Genesis, nᵒ 41, 2015, p. 27.

6 Michel Butor, « Michel Butor », L’Arc, nᵒ 39, 1969, p. 2-4.

7 Jack Stillinger, Multiple Authorship and the Myth of the Solitary Genius, New York, Oxford, University Press, 1994.

8 Ibid.

9 M. Lafon et B. Peeters, op. cit., p. 8.

10 N. Donin et D. Ferrer, art. cit.

11 R. Barthes, art. cit.

12 En France, le colloque « Faire couple en littérature, de 1880 à nos jours : sociohistoire, pratiques et représentations d’une institution littéraire », organisé par Esther Demoulin (université Paris Cité, CERILAC) et Claire Ducournau (université de Montpellier Paul-Valéry, RIRRA21, institut universitaire de France) ; ou, plus tôt, le colloque « Les écritures collectives : poétique et pratiques de la collaboration et du partage », organisé par les universités Paris Nanterre, Paris-Est Créteil et Picardie-Jules Verne, 18-19 octobre 2018, mais aussi à l’étranger, avec le congrès international : « Écrire à plusieurs mains : espaces et enjeux de la création littéraire en France au xixᵉ siècle », 17 et 18 juin 2025, organisé par le département de Langues et littératures étrangères, université de Lleida (Espagne), ou le colloque « Assemblages et collaborations », 2-4 octobre 2025, organisé à l’université Mount Allison, Sackville, Nouveau-Brunswick/Acadie/Mi’kma’ki (Canada).

13 « Co-écrire et collaborer en littérature, xxᵉ-xxiᵉ siècles », séminaire organisé par Jean-Marc Baud (FNRS, université de Namur) et Esther Demoulin (CERILAC, université Paris Cité), 2024-2025.

14 Jean-Luc Nancy, La communauté désœuvrée, Paris, Christian Bourgois, 1986, p. 201.

15 J.-L. Nancy, op. cit., p. 17-18.

16 Michel Gaillot, Jean-Luc Nancy. La Communauté, le sens, Paris, Galilée, 2021, p. 11.

17 « L’être-en-commun » est l’un des divers noms (avec « l’en-commun », « l’être singulier pluriel », « le toucher », etc.) que prend, dans la philosophie de Nancy, la question du commun, ou de la communauté. Cf. M. Gaillot, op. cit., p. 11-12.

18 La dédicace de Nancy à cette communauté de vie (qui incluait aussi les animaux de compagnie) disparaîtra des éditions postérieures de La communauté désœuvrée.

19 Jean-Luc Nancy et Jean-Christophe Bailly, La comparution, Paris, Christian Bourgois, 2007 [1991], p. 40-41. Dans cet ouvrage pluriel, qui poursuit le travail entamé par Nancy sur « l’en-commun » dans ses précédents ouvrages, il ne s’agit pas seulement de penser la question du commun dans « l’après du communisme », mais de se prémunir contre « l’infini du libéralisme à perte de vue » qui, pour Bailly et Nancy, s’ouvre alors dans les discours de la fin (« fin de l’histoire », « fin du marxisme », etc.). Voir à ce sujet Corinne Ferrero, « Chroniques de la fin du monde : J.-L. Nancy, M. Caparrós, B. Stiegler. Le présent au prisme de la pandémie de Covid-19 : contours d’une communauté d’époque », dans Corinne Ferrero et Juan Manuel Aragües (éd.), Créer le présent, imaginer l’avenir. Dissidences po/éthiques de la littérature et de la philosophie contemporaines, Pessac-Pau, PUPPA, coll. « Dissidences/Disidenci@s 2 », 2024, p. 15-32.

20 Jean-Luc Nancy, La déclosion, Paris, Galilée, 2005, p. 12.

21 Jean-Luc Nancy, Cruor, Paris, Galilée, 2021, p. 16. Nancy se réfère ici à l’expression telle qu’elle est couramment employée dans les discours politico-médiatiques, et en tant qu’elle est devenue « l’expression d’une pénurie de sens pour le commun ».

22 J.-L. Nancy, Cruor, op. cit., p. 126.

23 J.-L. Nancy, Cruor, op. cit., p. 17.

24 L’écrivaine Sandra Lucbert définit ainsi l’ordre hégémonique contre (ou pour) lequel la littérature contemporaine s’engage : « le capitalisme néolibéral et les sous-ordres hégémoniques avec lesquels il compose – la domination blanche, masculine, hétérosexuelle. ». Cf. Alexandre Gefen, La littérature est une affaire politique, Paris, Éditions de l’Observatoire, 2022, p. 353.

25 Les « pratiques collaboratives » et ou « coopératives » font désormais partie de l’arsenal du « [nouveau] sujet néolibéral » tel que décrit par les philosophes Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale, Paris, La Découverte, 2009.

26 Par exemple Frédéric Lordon et Sandra Lucbert, Pulsion. Capitalisme, fascisme et pulsionnalité 1, Paris, La Découverte, 2025 ; Pierre Dardot et Christian Laval, Instituer les mondes. Pour une cosmopolitique des communs, Paris, La Découverte, 2025.

27 A. Gefen, op.cit., p. 355. Le terme est employé par Sandra Lucbert pour désigner des formes littéraires ayant partie liée avec la contestation de l’ordre hégémonique (le capitalisme néolibéral) dans et par l’écriture. Voir aussi Sandra Lucbert, Défaire voir. Littérature et politique, Paris, Éditions Amsterdam, 2024.

28 M. Lafon et B. Peeters, op. cit., p. 339-345.

29 Voir aussi à ce sujet Corinne Ferrero, « Adolfo Bioy Casares, Silvina Ocampo y Jorge Luis Borges. Una colaboración inédita y anecdótica », Recto/Verso, nᵒ 3, « La création en collaboration », 2008.

30 Jean-Luc Nancy, La communauté désœuvrée, op. cit., p. 17-18.

31 Fr. Lordon et S. Lucbert, op. cit.

32 Sandra Lucbert, « La disparition de Sandra Lucbert », lundimatin, nᵒ 468, 2025.

33 Fr. Lordon et S. Lucbert, op. cit., p. 386-456. Nous renvoyons ici aux pages de la quatrième partie de cet ouvrage (« Symbolique, politique »), dans lesquelles les auteurs proposent une redéfinition de l’ordre symbolique (ou ce qui détermine nos organisations cognitives et perceptives communes) par le prisme de la théorie spinoziste des affects. Ils y défendent notamment l’idée d’une « politique du symbolique » : tout ordre symbolique se stabilisant dans « le jeu des dynamiques passionnelles et conflictuelles », il est, à ce titre, susceptible d’être toujours contesté et redéfini. Ainsi de « l’ordre symbolique patriarcal » dans nos sociétés contemporaines.

34 Cette approche est celle de Cyril Labbé et Dominique Labbé, « Inter-Textual Distance and Authorship Attribution. Corneille and Molière », Journal of Quantitative Linguistics, vol. 8, nᵒ 3, 2000, p. 213‑31. Développée pour déterminer les cas de potentiels plagiats littéraires, elle n’a pas encore été, à notre connaissance, utilisée pour l’étude de textes écrits en collaboration, mais pourrait s’avérer un outil tentant dans cette perspective. Citée dans F. Margras, op. cit.

35 M. Lafon et B. Peeters, op. cit., p. 11.

36 Pierre Bayard, Et si les œuvres changeaient d’auteur ?, Paris, Éditions de Minuit, 2010.

37 Mikhaïl Mikhaïlovitch Bakhtine, trad. Isabelle Kolitcheff, La poétique de Dostoïevski, Paris, Éditions du Seuil, 1970.

38 André Schwarz-Bart, « André Schwarz-Bart s’explique sur huit ans de silence : “pourquoi j’ai écrit La Mulâtresse Solitude” », Le Figaro littéraire, vol. 26, nᵒ 1084, 26 janvier 1967, p. 8-9.

39 « Les parents d’un enfant se plaisent parfois à répertorier les traits d’un enfant, selon qu’ils relèvent de telle ou telle branche familiale. Or s’il est relativement aisé de déterminer à qui appartient tel lobe d’oreille, telle couleur d’yeux, telle forme excellentissime de nez, comment classer les poumons, la texture des os, ou le réseau vasculaire de l’enfant ?… Comment classer l’invisible ?… » écrivait A. Schwarz-Bart, art. cit.. Voir à ce sujet F. Margras, op. cit. ; voir aussi Éléonore Devevey, « Quels je pour quels nous ? Autogenèse et éthique de la création littéraire », Continents manuscrits, nᵒ 21, 2023.

40 Fanny Margras, « Adieu Bogota. Naissance d’un écrit bifrons », Nouvelles études francophones, vol. 35, nᵒ 2, 2020, p. 218‑30.

41 Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille plateaux, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Critique », 1980.

42 Anne Herschberg Pierrot, « Chemins de l’œuvre », Genesis, nᵒ 30, 2010, p. 87-108.

43 Édouard Glissant, Poétique de la relation, Paris, Gallimard, 1990.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Corinne Ferrero et Fanny Margras, « Écrire (et penser) ensemble »Continents manuscrits [En ligne], 25 | 2025, mis en ligne le 02 septembre 2025, consulté le 17 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/coma/13655 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14ksw

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Auteurs

Corinne Ferrero

Corinne Ferrero est maîtresse de conférences, université de Pau.

Fanny Margras

Fanny Margras est chercheuse-associée à l’ITEM.

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