- 1 Désormais P.-J., dans le texte, pour éviter la confusion avec l’hebdomadaire Police Journal. Pour b (...)
- 2 Le gouvernement McKenzie desserre, lors de l’entente commerciale avec les États-Unis en 1936, les r (...)
1Le périodique Police Journal (1942-1954) occupe une place centrale dans l’histoire de l’édition québécoise autant par ses thématiques que par sa large diffusion et par le rôle qu’il a joué dans la promotion de l’éditeur éponyme Police-Journal1, le plus important éditeur de littérature populaire des années 1940 et 1950 (Hébert, 2012 et 2015). Pour conquérir un large public, il profite notamment des restrictions imposées pendant la guerre à l’importation de publications françaises et étatsuniennes2 ainsi que de l’essor de la presse appartenant au registre low-brow. Comptant 16 pages en format in-quarto, Police Journal s’adresse d’emblée à un public appartenant aux classes populaires, que ce soit par le recours à une écriture parfois joualisante, par les titres sensationnalistes qui titillent l’intérêt pour le crime (du type « if it bleeds, it leads ») (Wiltenburg, 2004), par le faible prix des numéros (0,05 $), par la qualité médiocre du papier ou par les lieux de vente qui évitent les librairies (kiosques à journaux, tabagies, diners, gares, etc.) (Smith, 2000 ; Nadeau et René, 1984).
- 3 Pour le Canada, lire True Crime, True North: The Golden Age of Canadian Pulp Magazines de Carolyn S (...)
- 4 Pour l’étude des aspects visuels des magazines, on se rapportera à Cyanide and Sin: Visualizing Cri (...)
2À première vue, Police Journal semble s’inscrire dans le créneau des revues de type true crime3. La réalité est plus complexe. D’abord, la présentation matérielle du périodique québécois l’éloigne de ses consœurs américaines et françaises, dont True Detective (fondée à New York en 1924) et Détective (fondée à Paris en 1928), qui font grand usage de photographies racoleuses4. Peu d’iconographie orne Police Journal, hormis quelques illustrations mal exécutées et de très rares photographies. Ensuite, le contenu ne ressemble guère à ce qu’on peut trouver, aux États-Unis ou en France, dans les pages de la presse fait-diversière, voire dans la presse de confession, qui, tout en accueillant des romans et des nouvelles, privilégie les faits censément réels à la fiction (Chabrier et Thérenty, 2018 ; Simard-Houde, 2025). Chaque numéro de Police Journal s’ouvre sur un éditorial tirant à boulets rouges sur différentes instances, dans une posture qui est celle du journal de combat, avant de laisser principalement la place à de courts récits fictifs, sans trop vouloir se cacher d’user des outils de la littérature.
3Si le caractère factuel et véridique du contenu présenté n’a jamais été un enjeu central dans Police Journal, c’est que celui-ci apparaît moins comme un périodique où l’on trouve des histoires de détective que comme — étonnamment — le lieu même où se jouent et se déjouent les histoires de crime. En d’autres termes, Police Journal cherche à créer un univers parallèle qui conjugue des faits réels (vrais noms de policiers, vrais noms de rue de Montréal, etc.) et des faits inventés (faux noms de détectives privés, crimes fantastiques, etc.) afin de se placer, chaque fois, du côté de la justice. Pour le mettre en relief, le présent article examine la posture éditoriale de Guy Verchères, l’un des héros (fictifs) qui occupent les pages de l’hebdomadaire. Dans la première partie, nous cernons les principales caractéristiques de ce personnage, décrit à la fois comme un voleur et un « homme de bien ». Son cousin attitré, Paul Verchères, travaille quant à lui comme journaliste pour Police Journal, dans les pages duquel il publie les multiples aventures de Guy. La deuxième partie de notre contribution s’attache ainsi à souligner comment Paul Verchères, faire-valoir de Guy Verchères, sert à magnifier le rôle de reporter, en tant qu’adjuvant indispensable de la quête de justice du héros. Enfin, dans la troisième partie, nous montrons comment le périodique Police Journal lui-même cherche, tout comme Guy Verchères, à défendre les petits et les faibles contre les grands et les forts. L’hebdomadaire affiche dès ses débuts son préjugé favorable pour les opprimés et les écrasés de la société. Il se veut avant tout, comme il le répète numéro après numéro en reprenant la tirade de L’Aiglon d’Edmond Rostand, « l’organe des petits, des sans-grades, des humbles, des pauvres et des déshérités » (Rédacteur en chef, 1943, p. 2), ce qui n’est pas sans rappeler très exactement le rôle chevaleresque endossé par Guy Verchères. La boucle est ainsi bouclée : les enquêtes de Guy Verchères, créées par Police Journal, sont racontées par le journaliste Paul Verchères, qui écrit pour Police Journal, un organe qui, adjuvant direct et précieux des forces policières, résout lui-même régulièrement des crimes.
- 5 Il travaille d’abord à L’Événement, à Québec, avant de déménager à Montréal. Il ne semble pas avoir (...)
- 6 « Nous accusons réception du premier numéro d’une nouvelle publication intitulée “Les aventures ext (...)
- 7 Annonce de livres parus et à paraître : Alexandre Huot (1926), La ceinture fléchée : grand roman ca (...)
4L’âme de Police Journal s’appelle Alexandre Huot : il fonde et dirige le journal, écrit les éditoriaux et rédige fort probablement la vaste majorité des autres textes qui s’y retrouvent (Warren, 2024a). Né à Lévis le 24 juillet 1897, Huot est issu de la classe des petits commerçants, son père étant maître cordonnier. Il semble avoir rêvé plus jeune d’être écrivain, tâtant du théâtre et de la poésie et faisant paraître des romans populaires aux Éditions Édouard Garand (Chartier, 2004). Sa carrière bifurque rapidement, comme bien d’autres de ses contemporains littérateurs, vers le journalisme5. Fait notable, il est le premier au Canada français à faire paraître des romans en format fasciculaire : publiés en feuilleton dans L’Événement vers 1922, puis, au moins à l’étape de projet, en fascicules aux Éditions Édouard Garand, en 1924, ils mettent en scène les aventures de Guy Verchères6. La série devait être reprise en livre sous le titre Les aventures extraordinaires de Guy Verchères, voleur et homme de bien canadien-français, mais, pour une raison inconnue, elle ne vit jamais le jour7. Elle sera déclinée dans les années 1940 à 1960 sous deux formats : en feuilleton dans les revues (Le Bavard d’abord, Police Journal ensuite) et en fascicules (aux Éditions A. Huot, puis aux Éditions P.-J.).
5En janvier 1943, un an après la création de Police Journal, Huot semble répondre à une demande du lectorat en reprenant les aventures de Guy Verchères. « Il paraît que les lecteurs de “Police-Journal” adorent lire le récit de tes exploits héroïques. Le directeur me presse de leur donner plus souvent des aventures de Guy Verchères, le seul et unique voleur et homme de bien » (Verchères, 1943a, p. 5). Fidèle à sa stratégie d’autopromotion (Warren et Luneau, 2021), Police Journal assurera la gloire grandissante de Guy Verchères : « Quel est le lecteur assidu de romans policiers qui ne connaît pas Guy Verchères ? […] son nom est devenu légendaire » (Verchères, 1945b, p. 3). La popularité de la série fasciculaire, à partir du moment où elle est reprise par les Éditions P.-J., semble indéniable, compte tenu non seulement du nombre de parutions (937 numéros), mais aussi de sa durée (de 1944 à 1965), qui dépasse celle de son créateur (Huot meurt en 1953). Plus tard, l’écrivain Gilles Archambault (1933-) se rappellera avoir fait une grande consommation des histoires de Guy Verchères, parmi d’autres collections des Éditions P.-J. : « Combien de ces petits romans de trente-deux pages, que l’on vendait dix cents, n’ai-je pas parcourus avec fièvre ? Les aventures d’Albert Brien, du Domino Noir, de Guy Verchères, de l’Agent X-13 m’étaient des nourritures régulières » (1987, p. 11).
6La série Guy Verchères s’inscrit dans une longue tradition littéraire de voleurs héroïques qui remonte au moins à Robin des Bois (Hobsbawm, 2010). Au tournant du xxe siècle, à la faveur d’un essor sans précédent de la presse populaire (sous la forme de feuilletons et de romans de gare), cette tradition est reprise et déclinée en de multiples figures qui vont, en France, de Rocambole (1859) à Fantomas (1911) (Chauvaud et Houte, 2014). Comme le souligne la chercheuse Julie Moucheron,
[à] la toute fin du xixe siècle en France, les personnages de voleurs et les fictions du vol connaissent un engouement extraordinaire — et à notre connaissance inédit — de la part des romanciers et journalistes, dans un contexte plus global d’appétit social pour le récit de crime et la mythologie de la pègre (2021).
7Parmi ces personnages, une « figure de haut vol », pour reprendre l’expression de Dominique Kalifa (2014, p. 10 ; 1995), se détache tout spécialement des textes de fiction de la Belle Époque : celui du gentleman-cambrioleur.
8Parmi la galerie des gentlemen-cambrioleurs imaginés par les écrivains français, le plus célèbre est assurément Arsène Lupin, né en 1905 sous la plume de Maurice Leblanc, dans le magazine Je sais tout. Lupin exerce sa fascination sur le public par sa capacité à allier deux aspects normalement antinomiques : c’est un cambrioleur qui s’introduit par effraction chez les gens, et appartient donc normalement à la catégorie des infréquentables ; par ailleurs, c’est aussi un mondain, habillé finement, aux manières distinguées et irréprochables (Martin, 1979). Il vole avec ruse et intelligence, non sans une touche d’humour, et sans user jamais de violence. Il s’attaque de préférence à de riches oisifs, possesseurs par héritage de biens ostentatoires et inutiles, sinon à des types antipathiques et impliqués dans des activités louches. N’eût été son métier criminel, il aurait tous les attributs de la respectabilité.
- 8 « Arsène Lupin est un personnage connu de tous les Canadiens français qui ont quelque lecture. Il y (...)
- 9 Guy Verchères serait même l’« excellent ami » d’Arsène Lupin, ce qui révèle une intertextualité typ (...)
- 10 Guy Verchères habite, dans certains épisodes, un « luxueux cottage » situé sur le boulevard Westmou (...)
9Lupin connaît au Canada français un succès aussi immédiat qu’en France8. C’est de cette figure que s’inspire d’abord Huot pour créer Guy Verchères, surnommé « l’Arsène Lupin canadien-français9 ». À l’instar de Lupin, qualifié de cambrioleur et de gentleman, Verchères est décrit comme un « génie du crime et de la bonté », lui dont l’immense richesse10 est le fruit d’une série de cambriolages commis dans un passé plus ou moins lointain. Un tel étalage de luxe mal acquis lui est pardonné parce qu’en émule de Lupin, Verchères n’hésite jamais à s’en prendre aux « mauvais riches » (Verchères, 1944a, p. 1). De plus, contrairement à des personnages de criminels sadiques comme Fantomas (Chavance, 1978, p. 64-68), Guy Verchères est respectueux de la morale et des bonnes mœurs. Il se rapproche d’autres bandits, comme Rocambole ou Zigomar, « à l’âme indulgente et dont la principale qualité reste la bonté » (ibid., p. 66-67).
- 11 « Verchères, ex-cambrioleur, ex-escroc de grande classe, s’était converti un jour, et voilà qu’il v (...)
10Après avoir abandonné la voie du crime et prouvé à la population « qu’il était revenu dans le droit chemin11 » (Verchères, 1947d), Guy Verchères est scandalisé par « les problèmes de criminalité créés par la guerre » (Verchères, 1942, p. 3). Endossant le rôle de « détective privé extraordinaire » (Verchères, 1947e, p. 1), il se met au service des forces policières pour combattre les injustices et s’en prendre aux exploiteurs (Verchères, 1942, p. 3). Maintes fois, on mentionne que les actions du héros canadien-français sont toujours guidées par la volonté de « fustiger les millionnaires, véreux » (ibid., p. 1) et d’« aider les pauvres et les humbles » (Verchères, 1944a, p. 1). Dans un roman, Guy Verchères part à la poursuite d’un homme qui se fait passer pour la Terreur masquée. Au chef de police qui lui demande d’où lui vient sa haine singulière pour ce bandit, Verchères répond qu’il ne lui pardonne pas d’enchaîner les crimes crapuleux à seule fin de satisfaire ses intérêts personnels, alors qu’à ses yeux, « la vraie Terreur Masquée » devrait être « celle qui opère sans molester personne, celle qui ne tue pas, et ne vole que les riches, en n’oubliant pas les pauvres… » (Verchères, 1945a). Guy Verchères est donc un redresseur de torts qui ne se contente pas, comme Sherlock Holmes ou Hercule Poirot, de résoudre des énigmes criminelles : il agit pour empêcher les puissants d’exploiter les plus démunis (Maso, 2012).
- 12 « Prochain arrêt Gangsterville, autrement dit Montréal » (Verchères, 1947, p. 75).
11Jamais Guy Verchères n’est comparé à Batman, apparu pour la première fois dans Detective Comics en mars 1939. Pourtant, plus encore que Lupin, c’est au superhéros américain qu’il faut sans doute revenir pour comprendre le personnage de Verchères qui, lui aussi, ne se résout à emprunter des solutions extra-légales que lorsqu’il fait face à l’insuffisance des institutions en place (Bainbridge, 2007, p. 457). Comme l’affirme Nickie D. Phillips, « the inadequacy, and at times incompetency, of legitimate law enforcement is the raison d’etre for superheroes » (2010, p. 29). C’est en ce sens que l’on peut dire que Guy Verchères accompagne ou anticipe les nombreux vigilantes de la culture populaire américaine qui font triompher le bien au milieu d’un monde corrompu, Montréal n’étant pas loin de ressembler, dans les pages de Police Journal, à Gotham12 (Rédacteur en chef, 1946, p. 2). Tout comme Batman, le personnage de Police Journal constitue une réponse à la soif de justice des milieux populaires. Ce que la société ne donne pas, la fiction le procurera, en permettant de se projeter dans les aventures de héros qui se mettent au service de l’ordre tout en lui échappant. Dans un grand renversement, ces hors-la-loi se donneront pour mission de sévir contre un ordre vicié que le système judiciaire ordinaire n’arrive plus à corriger.
12Chez Verchères, autant que chez Batman, la méfiance par rapport aux autorités s’exprime dans une opinion très peu favorable de la police. Les meilleurs éléments des forces policières sont bien intentionnés, mais ils manquent cruellement d’imagination et d’intelligence. Dépassés par les événements, ils sont constamment désemparés et déboussolés. Poussés dans leurs derniers retranchements, ils acceptent, en désespoir de cause, de quémander l’aide de celui qui serait autrement leur ennemi juré. Animé par son sens du devoir, Guy Verchères ne refuse pas d’épauler des forces policières incompétentes. Les politiciens mêmes reconnaissent qu’ils ne sauraient se passer du concours de Guy Verchères. Dans Le mariage de Guy Verchères, une bande appelée Les Barbus terrorise la population montréalaise. Les autorités sont à court de solutions. Pendant un débat animé du conseil municipal, un élu affirme qu’« [i]l n’y a qu’un seul moyen, un seul homme pour venir à bout des Barbus ! […] Guy Verchères » (Verchères, 1947d, p. 12). Œuvrant en dehors du cadre légal, Guy Verchères personnifie donc l’ultime justicier, sans qui la société québécoise serait désespérée, dépourvue de recours contre les traîtres et les vilains.
- 13 « De temps en temps, Paul Verchères, parent rapproché de Guy, relatera ses nouveaux exploits dans “ (...)
- 14 Les liens entre Alexandre Huot et Paul Verchères sont nets. Huot est l’auteur d’une saynète sur la (...)
13La seule création du personnage de Guy Verchères ne suffit pas : Huot sent le besoin d’inventer un autre être fictif pour assurer la célébrité du premier, puisque son personnage agit la plupart du temps dans l’ombre ou déguisé et ne cherche pas la gloire en récompense de ses exploits. Ce qui est intéressant, c’est que Huot choisit de faire de ce nouveau personnage un journaliste de Police Journal. En effet, celui qui est chargé de raconter les actions de Guy Verchères n’est nul autre que son cousin germain, Paul Verchères13, présenté comme un reporter travaillant à Police Journal, et qui agit même parfois comme rédacteur en chef de l’hebdomadaire (Verchères, 1947, p. 4)14. Le patron de Police Journal accepte que Paul « accompagne la plupart du temps [Guy] dans ses pérégrinations aventurières » (Verchères, 1944b, p. 5), sachant qu’il y trouvera peut-être, à le suivre, matière à rédaction d’« une nouvelle qui sort de l’ordinaire » (Verchères, 1944c, p. 5). C’est ainsi que Police Journal « raconte régulièrement les prouesses » (Verchères, 1944a, p. 1) de Guy Verchères en ouvrant ses pages à des textes de celui qui est désigné dans la série comme son « biographe ».
14Dans une intéressante mise en abyme, c’est donc grâce à un journaliste de Police Journal que le public montréalais peut lire et connaître les aventures de « l’Arsène Lupin canadien-français ». Tant d’histoires insistent sur les liens entre Guy et Paul que des policiers, quand ce ne sont pas de simples citoyennes ou citoyens en détresse, appellent, écrivent ou rendent visite aux bureaux de Police Journal pour demander à Paul d’intercéder en leur faveur auprès de son cousin. Par exemple, dans un roman en fascicules, on trouve Paul Verchères « installé confortablement devant son bureau à Police Journal » (Verchères, 1947c, p. 1), en train de dépouiller son courrier du matin. Une enveloppe adressée à « Monsieur Paul Verchères, a/s de Police Journal » (ibid.) attire son attention. L’auteur de la lettre, un habitant de Sainte-Adèle, confie qu’il « li[t] avec beaucoup d’intérêt les merveilleuses aventures de votre cousin Guy Verchères, l’Arsène Lupin canadien, la terreur des policemen et l’épouvante des bandits » (ibid.). Il souhaite que le héros l’aide à résoudre une mystérieuse affaire de fantômes qui perturbent son village. Dans un post-scriptum, il ajoute : « Si vous désirez accompagner votre cousin, vous êtes le bienvenu. Je suis certain que cette histoire de fantôme ferait un roman palpitant pour les lecteurs de POLICE JOURNAL » (ibid.).
- 15 Huot, qui est le rédacteur de Police Journal, est aussi responsable des collections des Éditons P.- (...)
15La dernière citation dénote comment, chevauchant la réalité et la fiction, la série Guy Verchères ne cesse de brouiller la frontière entre le réel et l’imaginaire. Par exemple, dans La maison des désastres, une jeune fille demande à Paul s’il est « le journaliste ou le voleur honnête » (Verchères, 1944c, p. 7). Il se décrit comme écrivain, ce à quoi elle lui répond : « Oh, que je suis contente, j’adore les littérateurs » (ibid.). Dans une autre histoire, Paul est curieux d’en savoir davantage au sujet de certains événements, croyant « qu’il y avait là un bon commencement de roman policier » (Verchères, 1947a, p. 18). On dit d’ailleurs que le bureau de Paul Verchères à Police Journal est rempli de « dossiers littéraires accumulés […] sur [s]on pupitre » (Verchères, 1944a, p. 2), comme si le journaliste était d’abord un écrivain (Verchères, 1947, p. 7). Le brouillage est complet quand on sait que le journaliste de Police Journal est romancier aux Éditions P.-J. En effet, de nombreux romans en fascicules de différentes séries (non seulement celle de Guy Verchères, mais aussi celles du Domino Noir, d’Albert Brien et de cowboys, en passant par la collection « Roman d’amour ») ont été signés du pseudonyme Paul Verchères15.
- 16 Cette opinion reprend celle de Huot, qui dénonce les « gros propriétaires de journaux », dont Pamph (...)
16En créant le personnage de Paul Verchères, Huot semble reprendre la figure du reporter fictif étudiée par Mélodie Simard-Houde, qui sert de « rempart contre les inégalités sociales » et « se positionne, en pourfendant l’erreur judiciaire, en désignant les inégalités sociales ou en prenant la défense des opprimés » (Simard-Houde, 2017, p. 556). Tout comme Guy Verchères, Paul est un redresseur de torts, et ses motifs s’apparentent à ceux de son cousin : si la population québécoise ne peut compter sur les services d’un corps policier efficace et compétent, elle ne peut pas davantage se fier à la presse mainstream, qui ne fait pas convenablement son travail de mise au jour de la vérité16. En écrivant des articles qui révèlent les gestes cupides et sordides des individus véreux, Paul sert lui aussi le rétablissement de la justice et fait œuvre d’épuration utile.
17Cependant, Paul Verchères ne fait que rapporter les découvertes d’un autre, jouant à merveille le rôle de faire-valoir de son célèbre parent. Il est en définitive plus proche du docteur John Watson, lequel publie les histoires de Sherlock Holmes sous forme de chroniques, souvent dans le Strand Magazine, que de Joseph Rouletabille, journaliste à L’Époque (Couégnas, 2001). Bien que son métier de journaliste exige un esprit « curieux et fureteux » (Verchères, 1944d, p. 8), Paul, à de nombreuses reprises, se montre bien inférieur à son cousin, qui ne cache pas son mépris devant son manque de perspicacité. Mais la ficelle est utile, car Paul agit comme substitut du lecteur face au « surhomme » (Eco, 1997) qu’incarne Guy. Paul, dans le récit, n’en sait jamais plus que le lectorat, suivant le principe du dévoilement progressif des indices, cher au genre policier. Ainsi, comme le remarque Simard-Houde, le reporter qui suit un héros prescient (Guy ayant toujours plusieurs coups d’avance sur tout le monde et gardant souvent son cousin dans le noir) « apparaît comme l’image du lecteur au seuil du livre, la page blanche sur laquelle on s’apprête à écrire l’aventure » (2017, p. 347). Le fait que Paul soit décrit comme le « biographe » ou l’« historiographe » de Guy trahit déjà un statut plus près du chroniqueur que de celui de l’enquêteur, ce qui ne l’empêche en rien de jouer son rôle de justicier.
18Il y a peut-être là également une stratégie pour se protéger, de la part de Police Journal. On sait qu’au tournant du xxe siècle, la presse québécoise a accouché, comme ailleurs (Bromley, 2019), de la figure novatrice du journaliste-enquêteur ; cette figure, qui emprunte « au policier et au détective privé », est incarnée par des reporters qui se spécialisent entre autres dans la description des faits divers, dans le but d’en révéler non seulement le tragique (en insistant sur les traitements infâmes, injustes ou immoraux infligés aux « petites gens »), mais aussi le côté sordide (meurtres, prostitution, vols, etc.). Simard-Houde a formulé l’hypothèse que, dans les revues Détective mystère et Drame judiciaire, l’enquête journalistique sert d’alibi pour « décrire sans retenue les crimes les plus affreux, avec force détails sur les corps des victimes » (2024, p. 176), et l’on pourrait en dire autant du Police Journal : Paul Verchères peut être excusé de suivre les aventures d’un ancien criminel qui opère en parallèle, sinon parfois en contravention de la loi, dans la mesure où il ne fait que son métier et demeure au service de la vérité. Ce qui ne manque pas d’étonner, c’est que le procédé rhétorique identifié par Simard-Houde s’applique ici dans le champ littéraire, les ressorts du désamorçage de l’horreur et du scandale étant apparemment identiques, que le récit se situe dans la réalité ou dans la fiction.
19Selon Moucheron, il faut faire le rapprochement entre l’attrait renouvelé pour les héros cambrioleurs au début du xxe siècle et des débats politiques et sociaux de plus en plus critiques de l’ordre social bourgeois, « notamment en lien avec les répercussions idéologiques des revendications anarchistes » (op. cit.). En France, devant la paupérisation des ouvriers, ils sont nombreux ceux qui commencent à croire que le véritable crime, c’est de tolérer le fait qu’une multitude de gens n’ont rien, pas même de quoi se vêtir ou manger. Moucheron formule l’hypothèse qu’une partie de ces discours trouvent un écho dans les romans et que des personnages comme celui créé par Maurice Leblanc « révèlent et problématisent certaines tensions de l’imaginaire social » (ibid.) à partir de la fiction.
20Les remarques de Moucheron sont d’autant plus pertinentes en ce qui concerne Huot, lorsqu’on rappelle qu’il épouse dans les années 1930 l’idéologie fasciste. En 1934, Huot collabore à des campagnes antisémites en compagnie d’Adrien Arcand et de Joseph Ménard, les deux fondateurs du Parti national social-chrétien, un parti inspiré par le Parti national-socialiste allemand. En 1940, après un séjour d’un an en prison pour fraude, Huot abjure ses opinions fascistes, vouant aux gémonies ses idées politiques de l’entre-deux-guerres, mais nous croyons que son attitude critique vis-à-vis des puissants, toujours soupçonnés de trahir les véritables intérêts des masses, sera moins abandonnée que retraduite dans le langage populiste de Police Journal.
21Huot est convaincu que la corruption et le crime gangrènent toutes les couches de la société, et peut-être d’abord les classes les plus élevées. Dans ses éditoriaux de Police Journal, il couvre d’injures les dirigeants des compagnies (« bâtards », « écœurants », « cochons ») et les politiciens (« menteurs », « sans cœur », amis « avec les voleurs et autres bandits de la haute pègre, de la haute gomme ») (Rédacteur en chef, 1951, p. 2). Police Journal attribue par exemple la flambée des prix dans l’après-guerre non pas à la rareté des marchandises, mais aux manipulations des prix commises par des compagnies prédatrices (dont les « rackets » de l’électricité, du tabac, de la bière, du tramway, des loyers et de la glace). « Il y a raisonnablement assez de tout pour tout le monde, alors pourquoi certaines pauvres gens sans influence manquent-elles de tout ? » (Notre rédacteur en chef, 1946, p. 2). La réponse, pour Huot, est simple : c’est à cause « des pouilleux, des cochons et des écœurants qui volent le pauvre monde et leur arrachent de la bouche les nourritures les plus élémentaires, telles [sic] les tomates en boîtes, le sel et le corn starch » (ibid.). C’est ainsi que « certains chefs capitalistes canadiens », acoquinés avec des personnes au pouvoir, « usent et abusent de la démocratie dont ils font une vieille putain pour s’en servir à leur gré et à leur profit » (Votre rédacteur en chef, 1950b, p. 3).
- 17 Nous traduisons : « more or less ostentatious sympathy with the underdog, with campaigns against ab (...)
22Il était à prévoir que Huot, après avoir créé un personnage de vigilante (Guy Verchères) et inventé un reporter (Paul Verchères) qui en raconte les exploits, ferait remplir à son périodique une même fonction de redresseur de torts. Il n’y a là rien d’exceptionnel, au fond, puisque c’est une caractéristique que Police Journal partage avec l’ensemble de la « presse jaune », dans la grande tradition du muckraking américain (Warren, 2024b). Comme le montrent les travaux de l’historien des médias Frank Luther Mott, ce qui se dégage des imprimés jaunes de la première moitié du xxe siècle, c’est d’abord une « sympathie plus ou moins ostentatoire envers les underdogs », sympathie qui se traduit par des « campagnes contre les abus dont souffre le monde ordinaire » (1962, p. 53917). À ce chapitre, Police Journal ne laisse pas sa place : dès son premier numéro, il entend lutter contre toutes les injustices. Son programme est clair : « prendre la défense des pauvres, des misérables et des égarés de la vie » (Le rédacteur en chef de Police Journal, 1943, p. 2).
23Huot résume la mission du journal dans la protection des petits contre les gros : « POLICE JOURNAL s’occupe depuis sa fondation […] de secourir les petits et les humbles contre les puissants de notre ville et de notre province qui abusent de leur pouvoir pour écraser sous leurs pieds » (Le rédacteur en chef de Police Journal, 1944b, p. 2). Police Journal ressemble donc étrangement à Guy Verchères, le « voleur et homme de bien » « admiré de ses compatriotes » (Verchères, 1943b, p. 6). De fait, à l’exemple de Guy Verchères, Police Journal affirme, par la voix de Huot, s’être bâti un solide renom, en tant que pourchasseur de bandits. Dans un texte, on avance que la réputation de procureur de l’hebdomadaire est telle qu’on craint désormais ses foudres dans les milieux interlopes, ce qui n’est pas sans rappeler l’effroi que jette, dans l’esprit des malfaiteurs, le seul nom de Guy Verchères. Dans un éditorial, le rédacteur en chef raconte comment un certain Henri, restaurateur et distributeur de Police Journal, est venu le voir au sujet du harcèlement de deux énergumènes.
Henri m’a demandé : Que dois-je faire si ces deux faces de potence reviennent ? Je répondis : — Dis-leur simplement que tu travailles pour « Police Journal ». — Et après ? demanda-t-il. — Comment, après ? —Oui, après, que dirai-je ? J’éclatai de rire : — Après, remarquai-je, tu n’auras plus rien à dire ; car en entendant prononcer le nom de Police Journal, les deux escogriffes prendront la poudre d’escampette (Le rédacteur en chef de Police Journal, 1944a, p. 2).
- 18 Voir à ce sujet Livernois (2024).
24Police Journal pourchasse le crime, tout comme Guy Verchères. Mais alors que le héros des fascicules à dix sous tente d’élucider surtout des kidnappings et des meurtres, le rédacteur en chef de Police Journal s’intéresse à des questions plus sociales et politiques, dénonçant les médecins qui exigent des prix beaucoup trop élevés pour une consultation ou la prescription de médicaments, les manufacturiers d’armements qui fomentent la guerre pour engranger des profits faramineux, les présidents des grosses entreprises, « ces big shots » qui « ont le compte de banque débordant de piastres » et qui « refusent de payer des salaires qui permettront aux ouvriers de dépasser la crevaison par la faim18 » (Votre rédacteur en chef, 1950a, p. 2). Malgré tout, quelques petites remarques ici et là permettent de lier le discours des éditoriaux du journal et celui des textes de fiction. Ainsi, dans le récit fictif « La marche de 11 milles », Guy Verchères rend visite au premier ministre Maurice Duplessis, à Trois-Rivières, pour parler, insinue Paul Verchères, du « vol de nos ressources naturelles québécoises » (Verchères, 1947b, p. 7).
25Il est ainsi possible de dresser un parallèle direct entre Guy Verchères et Police Journal. Dans un journal tout entier consacré aux affaires criminelles, un personnage parvient à faire régner la loi et l’ordre, à mettre un peu d’équilibre dans des mécaniques sociales viciées, à secourir la jeune femme en détresse : Guy Verchères. Mais aussi, une seule publication réussit à dévoiler les manigances des puissants, à éventer les plans de corruption, à mettre au jour les cafouillages de la police : Police Journal. C’est ainsi que le périodique peut se défendre de publier, numéro après numéro, des histoires sordides ou voyeuristes en arguant chercher d’abord à faire enquête. On prétend qu’on appelle à ses bureaux préférablement à ceux de la police, sachant y trouver plus de compétence et de sollicitude. Loin d’encourager le crime par la publication d’histoires d’escrocs et de trafiquants, le rédacteur de Police Journal clame par conséquent remplir une fonction salutaire, égale, dans l’ordre de la fiction, à celle de Guy Verchères. Il joue lui aussi les héros, en se posant lui-même, face à la police et face aux superhéros dont il se veut l’alter ego, comme un protecteur des humbles et des défavorisés.
26À un moment de l’histoire du Québec où la croissance économique n’empêche pas les milieux ouvriers d’être plongés dans la pauvreté, Police Journal est là pour dénoncer les coupables qui, en toute légalité ou à l’abri d’une justice corrompue qui se fait leur complice, vampirisent une prospérité qui devrait bénéficier à toute la population. En affirmant mener des enquêtes, apparentées à des enquêtes policières, « mett[ant] en cause et dénon[çant] les règles du jeu », Police Journal cherche à épouser l’image du « défenseur du peuple contre l’intelligentsia » (Marchetti, 2000, p. 38), ce qui n’est pas sans nourrir une mythologie grandiose, qui élève l’hebdomadaire aux plus hautes responsabilités dans la hiérarchie sociale, étant au pays l’un des piliers de l’ordre, de la justice et de la vérité.
27Ce qui fait l’originalité de Police Journal, c’est que la défense des « petits et des faibles » passe largement par la figure du justicier. Ainsi, le personnage de Guy Verchères ne sert pas à « jouer à se faire peur » (Glaudes, 1994) afin d’apprivoiser ou de domestiquer un environnement urbain perçu comme menaçant. Il sert au contraire à formuler une autre morale que la morale conservatrice basée sur « la loi et l’ordre », une morale différente où la violence et la délinquance deviennent paradoxalement des alliées de la justice. Dans les années 1940 et 1950, se souvient Archambault, les romans recommandés par les autorités comportent tous un fort contenu moralisateur : les bons reçoivent leur légitime récompense, les méchants, leur inévitable punition. Archambault croit que la lecture des romans de Maurice Leblanc n’est pas étrangère au désenchantement qu’il a ressenti, à l’adolescence, face à la promesse d’un triomphe du bien. Il lui semblait qu’autour de lui, la justice était sans cesse avortée, compromise, repoussée. Il en était venu à penser que les puissants avaient autant besoin d’une correction que les petits criminels qu’on pourchassait et jetait en prison, et c’est pourquoi Lupin l’attirait. « Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur, remettait les riches à leur place avec élégance. Il donnait l’envie du risque, le goût du désinvolte » (Archambault, op. cit., p. 11). Lupin était pour lui un héros de la révolte, alors qu’il découvrait, adolescent, que les fables providentielles et moralisatrices dont on avait bercé son enfance (depuis les contes de Perrault jusqu’à l’histoire sainte) se brisaient sur la dure réalité d’un monde cruel (Siegfried, 2020). Sans doute, peut-on supposer, Guy Verchères, dont il était particulièrement friand étant jeune, a-t-il eu sur lui un effet similaire…
28Paul Verchères est lui aussi un justicier, mais d’une autre nature, puisqu’il ne fait que raconter les exploits d’un autre. Il est au service de la vérité, annonçant dans sa « gazette » les derniers scandales de la province que Guy a réussi à mettre au jour. Les services policiers lui en tiennent grief, l’avertissant qu’il pourrait pâtir de sa complicité avec son cousin, qui, lui, se moque des forces de l’ordre. Le lieutenant de police Beloeil lui déclare : « Nous finirons bien par le pincer [Guy Verchères], tu verras et cela ne t’avancera pas » (Verchères, 1944e, p. 18). Mais Paul ne peut trahir son cousin, car il a besoin de lui : il emprunte fréquemment à ce dernier de l’argent et récolte auprès de lui des « histoires fantastiques », quand il ne l’accompagne pas « dans ses pérégrinations aventurières ». Dans Le secret de Zita, Paul Verchères avoue franchement à son cousin ne pouvoir dénoncer ses actions : « Comment veux-tu que je te désapprouve, moi, un journaliste. Tu me passes les meilleures nouvelles. » Ce à quoi Guy rétorque, narquois : « Et tu es chanceux, parce que sans cela, tu n’en trouverais pas toi-même. » Nous sommes donc en présence d’un personnage singulier, qui remplit le rôle de « sidekick » (Rioux, 2026, p. 341-350), dont l’une des fonctions est justement de faire connaître le héros, de l’humaniser et d’être (dans les mots de Sherlock Holmes) son Boswell. En d’autres termes, le journaliste n’est pas là pour enquêter et rapporter des nouvelles, mais pour mettre en valeur un enquêteur-justicier, dont il fait le véritable sujet de ses articles. À l’évidence, on ne lit pas les contributions de Paul Verchères à Police Journal pour apprendre qu’un vol ou un meurtre a été résolu dans tel quartier de Montréal ou tel village des Laurentides, mais pour savoir comment, le temps d’une nouvelle ou d’un fascicule, Guy Verchères a fait mieux, pour résoudre l’énigme d’un vol ou d’un assassinat, que tous les limiers de la province réunis.
29Enfin, on peut avancer que « Guy Verchères, ex-escroc converti policier de luxe » (Verchères, 1947b, p. 7), est un reflet de Huot, ex-détenu converti en journaliste de choc. Son périodique se veut le lieu d’expression d’une colère populaire. De manière amusante, dans le roman en fascicules La femme panthère, les journaux se déchaînent contre la police, accusée de bâcler son travail, elle qui est incapable d’arrêter le meurtrier appelé la Terreur Rouge. « Belœil se faisait accuser d’incompétence. On le traitait d’ignorant, de mauvais policier, de lâcheur, de paresseux, enfin de tout ce qui peut être dit à un homme » (Verchères, 1946, p. 70). Un journal en particulier se détache par son ton hargneux. « À l’aide d’insinuations cauteleuses, de sous-entendus, de points d’interrogation, et autres méthodes du métier pour s’éviter la [sic] libelle diffamatoire, on prétendait que la police devait trouver son gain à garder les yeux fermés sur de tels crimes et à laisser aller le criminel… » (ibid.). Or, tout le discours du roman La femme panthère, comme des autres de la série, vise justement à brosser le portrait de forces de l’ordre inefficaces et désordonnées, et à donner raison aux journaux qui s’insurgent contre l’incurie des autorités. De même que Guy Verchères est « en même temps la terreur des policemen et l’épouvante des bandits » (Verchères, 1947a, p. 19), Police Journal expose l’ineptie des policiers et les méfaits des puissants. À la « Terreur Masquée » répond en quelque sorte la « Terreur à visière levée ».
30En somme, Police Journal dessine un univers clos. Le lectorat qui souhaite le nettoyage d’une métropole et d’une province corrompues peut se sentir rassuré à lire les aventures de Guy Verchères dans les numéros du journal. Celui qui se désespère de l’inaction des autorités peut s’imaginer en train d’appeler au bureau du journal pour solliciter son aide. Et celui qui cherche un héros pour terrasser les puissants sait que Police Journal ne lâchera jamais son combat pour la vérité et la justice. En s’abonnant à l’hebdomadaire, le lecteur peut se sentir protégé, du moins d’un point de vue mythique, et soulagé : la fiction lui donne ce que la réalité trop souvent lui refuse.