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Dossiê especial n°70

Le sexe des régions

O sexo das regiões
The gender of regions
François Moriconi-Ebrard.

Résumés

Le texte explore la dimension genrée des territoires en analysant comment les régions, comme constructions sociales et historiques, s’articulent autour d’une double origine : une matrice territoriale (assimilée à une figure maternelle) et une force extérieure (paternelle), souvent distancée ou exclue pour fonder une identité collective. Avec des exemples comme la France issue des Francs de Tournai ou l’Allemagne unifiée par la Prusse, il montre que les récits nationaux reposent sur cette séparation symbolique, reproduisant un schéma où l’espace doit être « fécondé » pour exister. Deux modèles régionaux sont examinés : la région homogène, perçue comme une entité passive avant son activation par une influence extérieure, et la région polarisée, organisée selon une logique centre-périphérie qui reflète des rapports de pouvoir inégaux, le centre dominant jouant le rôle d’un principe actif face à une périphérie féminisée et soumise.

Critiquant cette vision traditionnellement masculine, le texte propose le concept de vacuum comme alternative. Inspiré de la géographie structurale, il désigne un espace interdit, porteur de valeurs collectives mais non appropriable, comparable à un lieu sacré ou originel. Contrairement aux modèles hiérarchisés, il suggère une organisation spatiale fondée sur des gradients plutôt que sur la domination, remettant en cause les héritages néolithiques où l’agriculture et la propriété terrienne ont instauré des lignages patriarcaux. En s’appuyant sur des travaux ethnologiques, l’auteur souligne que les premières sociétés vénéraient des figures féminines de fertilité, avant que les structures patriarcales ne s’imposent. Aujourd’hui, la remise en question de ces schémas ouvre la voie à une géographie plus équilibrée, où le vacuum pourrait symboliser une régionalisation post-hiérarchique, fondée sur le partage plutôt que sur l’exclusion ou la domination.

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Texte intégral

1Raillant les écologistes radicaux, des élus Corse comparaient l’île de Beauté à une « jeune fille vierge et pure condamnée à vieillir sans avoir été fécondée » (Le Monde, 13/09/2001). Au-delà de l’art de la formule politique, cette métaphore fleurie pose une question que nous allons prendre au sérieux : celle du sexe des territoires institués.

2La définition de la géographie régionale de Larousse propose l’essentiel de ce qui nous intéresse ici. « [Elle] regroupe les études qui s’intéressent à tous les aspects d’une portion délimitée de l’espace humain. […]. L’approche régionale s’intéresse à des entités géographiques singulières (nations, communautés, « pays », aires culturelles, etc.) et représente donc l’approche du singulier, du spécifique, de l’unique en géographie ». Le géographe peut ainsi décider et démontrer avec ses méthodes particulières que tel ou tel espace constitue une région. Cependant, de même que le prêt-à-porter propose au client des vêtements déjà taillés, les institutions proposent au géographe des collections d’objets prédécoupés : des États, des régions, provinces, départements, cantons, municipalités –entités que nous désignerons sous le terme générique de « région ».

3De nos jours, au minimum depuis le traité de Berlin, et de manière encore plus systématique depuis 1945 après la création de l’ONU, il n’existe plus aucun pays sans frontières internationales et, à l’intérieur de ces pays, plus aucun territoire non administré, souvent au moyen d’un empilement hiérarchique d’administrations.

4La région étant une entité vivante et anthropique, pourrait-elle échapper à la règle de la double origine : maternelle et paternelle ? A partir de nombreux exemples, nous verrons tout d’abord qu’il n’en est rien. Nous opposerons ensuite les deux grands types d’écoumènes bornés, ou « régions », reconnus par les géographes : sa version matricielle avec la région homogène, puis la région polarisée organisée par un rapport centre-périphérie conçu sur le mode mari-épouse désormais fortement remis en question. Enfin, nous évoquerons le cas de l’écoumène non borné, qui permet d’envisager un mode d’organisation de l’espace post-régional et peut-être post-néolithique fondé sur le concept de vacuum.

L’origine double de la région : ex-ister pour con-sister 

5Partons du cas de région le plus simple : celui des Etats. Leur singularité est reconnue dans le monde contemporain par la communauté internationale et, hormis quelques exceptions, validée par l’ONU. Comme tout objet anthropique, aucun Etat ne peut se fonder en Raison sans disposer d’une représentation de son origine. En résonnance avec l’origine du corps de chacun de ses ressortissants, cette représentation a naturellement tendance à être assimilée aux figures parentales. Elle n’est certes pas obligatoire, mais une représentation de l’origine qui colle au plus près de ce schéma est celle qui a le plus de chance de remporter l’adhésion du plus grand nombre, ceux qui deviendront les enfants de la Patrie.

6La cosmogonie grecque expliquait déjà que, tant que le corps d’Ouranos recouvrait celui de Gaïa, aucun enfant ne pouvait advenir. Cette séparation des corps est opérée par Chronos, qui crée un espace entre les corps de la mère et du père, en même temps que, comme son nom l’indique, il invente la flèche du temps. Le temps anthropologique se compte en générations, des générations qui s’engendrent sans se mélanger en vertu de l’interdit universel d’inceste (Lévi-Strauss, 1949). Les figures maternelle et paternelle doivent ainsi être soigneusement séparées ce qui, du point de vue du géographe, signifie spatialement distinctes.

7Sur le versant de la psychanalyse lacanienne, on retrouve une interprétation assez claire de cette représentation, en partant du concept d’existence. Selon Lacan, il implique que le signifiant (celui qu’il nomme l’élément S1) est la limite extérieure de la structure. Le concept d’existence relève à la fois de l’ordre de l’Un et de l’ordre de l’extériorité. Le schéma qui pousse à ex-ister le père pour que la région puisse con-sister n’est donc guère éloigné de celui de la horde primitive (Nasio, 2001, pp.79-80) :

8« Le schéma logique lacanien peut s’appliquer à diverses configurations comme, par exemple au mythe du Père de la horde primitive exposé par Freud dans Totem et Tabou. Les fils de la horde doivent tuer le père primitif et solennellement le dévorer pour consister comme clan. Il faut mettre le Un au dehors pour rester ensemble sous son égide. Or celui que l’on exclut, c’est précisément le père. La figure du père est l’une des prototypes les plus remarquables de l’exclusion. »

9Ainsi, suivant l’hypothèse que nous proposons, chaque Etat aurait besoin de disposer de représentations originales qui mettent en scène la présence de deux figures parentales symboliques, indispensables à la construction d’une identité commune à tous les sujets. Une multitude d’exemple - pour ne pas dire la totalité des Etats – viennent illustrer ce schéma.

10Commençons par la France. Comme chacun le sait, le nom vient de la tribu germaine des Francs. Clovis est né et résidait principalement à Tournai. Or, après plusieurs aller-retour (873-947, 1119-1191, 1195-1513, 1668-1713, puis la période Napoléonienne), la région de Tournai passe définitivement en Belgique (1815). Matrice territoriale et lieu d’origine du Père symbolique sont donc bien séparés dans l’espace.

11Plus à l’est, l’Etat moderne dont le toponyme est incertain (Allemagne, Germany, Deutschland, Nemetska) a été unifié sous l'égide de la Prusse. L’apparition de la Prusse sur la scène des Etats est elle-même liée au sort de la Pologne, qui fut le premier Etat romano-chrétien d'Europe de l'Est. La Pologne avait en effet été unifiée sous l'empereur Mieszko Ier (970), puis agrandie par Boleslaw Ier (1018). Malheureusement, dès le XIIIème siècle, elle sombra dans l'anarchie féodale et la corruption généralisée : Alfred Jarry a immortalisé cette situation dans sa célèbre pièce de théâtre Ubu roi. Comme, à cette époque, la Pologne constituait le front de la Chrétienté, sa décadence menaçait directement l’avancée de l’Eglise romaine. Au nord et à l’Est des frontières, on ne trouvait en effet plus que des peuples semi-nomades que Rome considérait comme des barbares et des païens : Prussiens, Lithuaniens, Zemgaliens, Cours, Livoniens, Esths et quelques Vikings. Affaibli de l’intérieur, la Pologne ne cessa de rétrécir et le coup de grâce fut porté par deux invasions mongoles (1241 et 1259). Dès 1228 les souverains polonais avaient ainsi été contraints d'accepter l'installation de Chevaliers Teutoniques sur leurs frontières nord et est. Les Chevaliers Teutoniques étaient très pieux et avaient la confiance du pape, qui légitimait leur autorité et bénissait leur action civilisatrice pour le compte du monde chrétien. Ils christianisèrent rapidement leurs voisins immédiats, qui étaient les Prussiens, peuple dont on donna le nom à la région. Ces territoires correspondent à l'emplacement de la future Prusse Orientale du IIème Reich (voir carte). Dès le milieu du XIVème siècle, un territoire autonome se constitua sous l'autorité des Chevaliers Teutoniques : il devint plus tard la Prusse (XVIIIème siècle). C’est sur une dynamique de conquête religieuse que la Prusse entreprit de reconquérir le nord-ouest de l'Europe continentale et c’est sous son égide que l’Allemagne fut « unifiée ». Or, le territoire originel, que l’Allemagne avait réussi à conserver en 1919 en est définitivement exclu en 1945 (carte 1). Les Allemands retrouvent la paix lorsque la figure du Père est exclue de la matrice territoriale.

Carte 1 : Des chevaliers teutoniques à l’Allemagne moderne

Carte 1 : Des chevaliers teutoniques à l’Allemagne moderne

12Poursuivons avec d’autres pays européens. Le premier État Espagnol fut organisé par les Wisigoths. Ce royaume fut fondé à Toulouse en 418, si bien que le lieu d’origine de cet ancêtre qui réorganisa le peuple matriciel ibère est situé en France. Plus à l’ouest, la formation du territoire portugais est partie de la Galice. Avec l'aide des chevaliers bourguignons, les rois de Galice repoussèrent les musulmans et fondèrent le Portugal sur les terres reconquises. Or, bien que la langue galicienne soit très proche du Portugais, la Galice est restée jusqu’à nos jours une province espagnole. Le même schéma est applicable à la naissance de l’Italie moderne, dont le mouvement d’unification est parti de Nice, patrie de son artisan, Garibaldi. Or, simultanément, en 1860, le Comté de Nice fut annexé par la France. Quant à l’Angleterre, elle fut fondée en 1066 par Guillaume le Conquérant, qui était Normand, et la Normandie fut définitivement annexée par la France en 1204. Les Turcs, les Bulgares aussi bien que les Ukrainiens venaient des grandes plaines du nord de l’Eurasie. L’origine de la Russie est la Rus de Kiev, située en Ukraine. De même, la Grèce antique fut unifiée par Alexandre le Grand, qui, né à Pella, était macédonien. Moïse, qui installa son peuple en Palestine venait d’Egypte. La Chine fut unifiée par les Mongols de Gengis Khan : c’est son petit-fils, Qubilai Khan, qui fonde l’actuelle capitale, Beijing et devient le premier empereur de Chine en 1276. Ce schéma peut être étendu à tous les pays contemporains d’Amérique, à toutes les anciennes colonies africaines, asiatiques ou océaniennes. Les exemples sont si nombreux qu’il est inutile de continuer à les énumérer.

13En résumé : l’espèce humaine ne peut se reproduire qu’au prix de la mise à distance des corps de la mère et du père, qui à l’origine du sujet, marque le temps zéro de notre existence. De même, le récit fondateur des Etats met en scène les figures parentales. Bien qu’invisibles sur le terrain, les frontières délimitent des singularités spatiales assimilées à une enveloppe matricielle, d’un corps symbolique dont la figure du père semble devoir être exclue, qu’elle soit localisée sur un territoire voisin comme dans le cas des pays européens ou de la Chine, ou au-delà des océans comme au Brésil, au Mexique, en Australie ou dans les pays africains.

La « région homogène » : l’enveloppe matricielle

14Les géographes s’accordent à distinguer deux types de région : la région homogène est un espace continu où chaque partie présente des caractéristiques similaires, tandis que la région polarisée, qui est organisée autour d'un ou plusieurs centres d'attraction qui influencent son développement (Julliard, 1962 ; Chauvet, 1991).

15Commençons par la « région homogène », un espace borné occupé par un peuple présentant des caractéristiques similaires telles la langue, la religion, l’organisation familiale ou autre représentant l’instance matricielle. Cette matrice aurait été fécondée à un moment donné par une instance extérieure à elle, assimilée à une figure paternelle. A l’instar du spermatozoïde, cette dernière représente l’élément mobile, c’est-à-dire « actif ». Au contraire, le peuple-territoire matriciel est réputé immobile, « passif » avant la fécondation. Telle la Belle au Bois Dormant, la tradition nous présente le corps de la matrice comme le pays éternel. Plongée dans un long sommeil, elle émerge lorsque le prince charmant vient la stimuler, l’éveiller dans la jouissance.

16Avant d’être clivée, la matrice est présentée comme inféconde. C’est généralement un ensemble de tribus désorganisé, des peuples perpétuellement en guerre entre eux. Le peuple et son territoire ne se développaient pas. Ce passé obscur de la matrice appartient moins à l’Histoire critique qu’à la légende et au dogme. La préhistoire se perd dans la nuit des temps. On parle au mieux de peuple, de région ou de pays en gestation. Selon des préjugés bien établis, l’Afrique n’avait pas d’Histoire. La « vraie » histoire du Brésil commence avec l’arrivée des portugais, et les Gaulois sont les ancêtres des français. Alors que les valeurs anciennes étaient éternelles, la courbe de l’Histoire se déploie à partir de la rencontre entre X et Y. Cette rencontre est non seulement à l’origine du corps de la nation, matérialisé symboliquement dans ses frontières invisibles, mais aussi de celle du temps historique. L’origine est marquée par une date qui oppose un « avant » et un « après » fécondation. Ce qui précède le temps « zéro », d’une certaine manière, ne nous concerne pas vraiment. Ainsi, les Gaulois ne sont pas vraiment des Français et le Brésilien du XXIe siècle se sent peu concerné par la vie des indigènes avant la colonisation.

17Répétés, enseignés, mis en scène par les œuvres d’art, les monuments, la poésie, ces récits ont pour fonction de rassurer les sujets sur une origine commune. Ils leur permettent d’accepter de vivre ensemble, mais aussi d’exclure éventuellement les étrangers, les émigrés, voire d’expulser certaines minorités désignées comme étrangères à la matrice. Fait bien connu des démographes, dans tous les pays du monde, on a constaté un bond prodigieux de la natalité. Comme si, une fois la matrice nationale fécondée, la jouissance était enfin autorisée pour tout le monde.

La « région polarisée » : centre-mari et périphérie-épouse

18La région polarisée, organisée par son centre, prolonge clairement cette représentation.

19Le centre est défini par les géographes comme le « lieu d'exercice d'un pouvoir de décision et de domination (…) étendant son influence à un environnement plus ou moins étendu (…) constituant sa périphérie. Ces éléments de définition sont tous extraits des définitions académiques aussi bien de Pierre George (1984), de Jacques Lévy et Michel Lussault (2002) que de Roger Brunet (1993).

20L’étymologie gréco-romaine du vocable « centre » est sans ambiguïté : kentron, en grec, signifie aiguille, pointe, éminence. Kentron a donné centrum en latin, puis centre, centro, centrum, centar dans les langues latines, anglo-saxonnes, germaniques aussi bien que slaves. L’idée se réfère à une représentation masculine. Ce qui est central est saillant, pointu. Le centre est le lieu de l'érection des monuments, des décrets, des lois, des arrêtés … En cartographie, la centralité est représentée par le sommet des indicateurs de densité, de fonction, d’emplois, de populations, de prix du sol, etc. Le centre est un élément actif, fruit d’un processus d’accumulation qui engendre, dans un mouvement montant, un bouillonnement d’activité qui se répand sur la périphérie pour la féconder.

21Tout d’abord, le centre est bien associé au lieu de pouvoir (souligné dans le texte original). Reynaud cite cette phrase de Jean Gottmann : c’est « la place où l’on donne les ordres ».

22S’il précise que l’on distingue « un centre principal » (au singulier) et des « centres secondaires » (au pluriel), il ne peut cependant exister qu’un et un seul « vrai » centre à l’échelle du monde, celui de la civilisation occidentale.

23Ainsi, lorsque Reynaud distingue le concept d’isolat (idem), il évite d’envisager le fait que ce « système qui n’entretient pas de relation avec l’extérieur » puisse posséder une structure interne propre. Ce n’est qu’après avoir réduit l’isolat à un point de dimension 1, que sa relation peut être envisagée dans le paradigme centre-périphérie. De la sorte, la seule relation pensable que lui confère sa condition de point est celle qu’il entretient avec le seul vrai centre. Reynaud rappelle ainsi « [qu’] il n’existe aujourd’hui [que] des isolats relatifs » (p.599). Un isolat absolu ne saurait se reproduire face à la puissance fécondante du centre de la Civilisation : de l’Amazonie à la Papouasie, en passant par la brousse d’Afrique, tous les isolats absolus ont été condamnés à disparaître.

24Le centre, en tant que lieu de pouvoir, est associé exclusivement aux notions d’activité, de plein (p.600), de verticalité. Alain Reynaud cite Dos Passos : « C’est le sommet du Monde ». Rappelant la définition que l’écrivain avait déjà proposée dans Manhattan Transfer - « le centre c’est là où les choses se passent » - il laisse à penser qu’il ne se passe rien de saillant dans les périphéries.

25La notion de pouvoir étant associée à la centralité, ce qui est vrai du point de vue du pouvoir ne peut que l’être du point de vue du géographe. Or comme la centralité est associée, comme on l’a vu, à la figure paternelle, nous pouvons ajouter que ce qui est vrai pour le géographe l’est du point de vue du patriarcat occidental sur le genre.

26Examinons ainsi le couple centre-périphérie. Dans l’article du Dictionnaire des mondialisations qui lui est consacré, Nadine Cattan (2006) écrit : « L’utilisation de ce concept remonterait à Karl Marx pour résumer les relations entre la ville et la campagne. Toutefois, sa signification contemporaine doit beaucoup aux théoriciens des inégalités qui contribuèrent à sa diffusion dans le courant des années soixante. Au début des années 80, Alain Reynaud développe ce concept en géographie ». Dans ce domaine, les travaux de Reynaud ont le mérite d’avoir proposé une typologie des périphéries qui a fait référence. Relisons ce qu’il écrit lui-même à ce propos dans l’Encyclopédie de Géographie. Reynaud indique d’abord que les notions de centre et de périphérie sont « complémentaires » et ne peuvent être détachées l’une de l’autre.

  • 1 Tous les mots en caractères gras le sont également dans le texte original de Reynaud (E.G., 1995).

27Puis il précise (p.601) : « de façon imagée on parlera de centre dominant et de périphérie dominée1, même si un sens trop fort ne doit pas être automatiquement donné à ces mots ». Dans une encyclopédie, ce « doit » et ce « trop », particulièrement hasardeux, frappent par leur manque de rigueur scientifique. Si l’on continue à filer la métaphore, doit-on comprendre ici que le prix à payer pour maintenir la structure serait que le centre-mari « doit » dominer l’épouse-périphérie, mais ne pas « trop » abuser de cette position ? Certes, l’interprétation est scabreuse… mais allons encore plus loin en étudiant comment l’auteur présente les périphéries.

28Tout comme il existe différents types d’épouses, il existe plusieurs types de périphéries. Si l’on associe la figure du centre à celle du mari, on plonge en effet dans un champ sémantique qui assimile magistralement la périphérie à la figure de l’épouse lorsqu’il distingue périphérie délaissée et périphérie intégrée.

29Concernant la périphérie délaissée, il écrit : « la population de la périphérie délaissée s’abandonne à la résignation (…) ou bien se replie sur la culture pour tenter de retrouver une identité, fût-ce au prix de nostalgies passéistes ».

30a) « Résignation », « délaissée » et « abandonne » : la densité des métaphores anthropomorphiques est si remarquable que l’on pourrait remplacer ici le mot « périphérie » par « épouse » sans générer de contresens.

31b) Ensuite, on notera que « la culture » est associée à un « repli » et à une « nostalgie passéiste ». En effet, le Centre étant porteur des principes actifs qui irriguent le développement universel, il ne peut se réclamer d’aucune tradition au sens anthropologique, précisément parce qu’il est universel. Dès lors la « culture » ne peut être qu’un mouvement de « repli », nécessairement attardé et passéiste.

32Concernant les périphéries intégrées, Reynaud distingue trois sous-types qui sont une nouvelle fois organisés sur le mode dominant-dominé.

33a) Dans le cadre d’une relation centre/périphérie qualifiée par l’auteur de « brutale », la périphérie exploitée, ravale la figure de l’épouse à celle de la putain : le centre s’y vautre dans une jouissance frénétique des ressources, saccageant l’environnement et détruisant le milieu sans aucun respect ni plaisir pour la pauvre périphérie. La violence conjugale ne paie pas : la périphérie reste sous-développée.

34b) La périphérie annexée : le deuxième mode d’intégration associe le problème de l’intégration centre-périphérie à la dévalorisation et à la « médiocrité » de la « qualité » (ibid.) de la périphérie. C’est pour ainsi dire la métaphore d’un mariage de raison, dans lequel l’épouse n’a pas de lieu existentiel propre à côté de son mari. Le développement s’opère, mais sans jouissance.

35c) Le troisième, l’associat, est le plus difficile à traiter. « L’associat correspond à un sous-ensemble territorial en situation de périphérie intégrée qui présente la particularité d’être très éloigné du centre dont il dépend. L’associat a pourtant des liens beaucoup plus intenses avec son centre qu’avec les territoires voisins au milieu desquels il fait figure d’enclave ». Si cette périphérie est présentée comme le prototype de la bonne épouse, elle génère cependant un malaise au regard du continuum de l’espace. Le modèle centre-périphérie ne se déploie plus de manière continue dans l’espace suivant les lois de la gravité, mais selon un modèle que les économistes appellent l’« effet tunnel ». Dès lors, quelle est la différence entre une relation centre-associat et une simple relation de centre à centre ? Reynaud résout ce problème en rappelant que cette périphérie a beau être « associée » au centre, elle ne saurait pour autant être son égal. La hiérarchie centre-périphérie, métaphore de la domination masculine au sein du couple est ainsi préservée. Et cette soumission paie : grâce à son rapport privilégié au centre, cette épouse raisonnable et fidèle bénéficie d’un sort meilleur que les deux précédentes.

36Pour terminer, la question du monocentrisme et du polycentrisme (ibid.) est superficiellement évoquée (p.609) sans que l’on comprenne comment, du point de vue de la structure que l’auteur a exposée, peut fonctionner un modèle qui se référerait à plusieurs centres. Autant la polygamie – le fait que le centre domine plusieurs périphéries - ne pose aucun problème, autant la question de la polyandrie est politiquement inabordable car c’est tout le système fondé sur le couple centre-périphérie qui s’écroulerait. L’hypothèse du polycentrisme suppose en effet que, dans un système centralisé, la périphérie-épouse se réfèrerait à plusieurs centres-maris. Sur le plan anthropologique, la polyandrie implique la perte du pouvoir des hommes sur les femmes, puisque celles-ci peuvent choisir librement leurs partenaires, et donc leur descendance. Cela revient à effacer les pères des lignées.

37De plus, si à l’échelle d’un territoire institué, les périphéries se réfèrent à plusieurs centres, alors sur quoi repose la cohésion globale de l’ensemble ? A qui ou à quoi se réfèrent tous les petits centres-pères, si ce n’est à une figure qui ne peut être que matricielle ? Dans ce cas, l’épouse-périphérie serait placée en position de référence du système. De surcroît, on ne peut pas employer le mot « centre » pour décrire cette référence, puisqu’il renvoie à une figure masculine. Non seulement, une telle conception du monde détruirait les fondements conceptuels du modèle centre-périphérie, mais au-delà, elle remettrait vigoureusement en cause les montages institutionnels qui fondent l’exercice du pouvoir.

38Cette représentation, en tout cas, n’est pas envisagée par Reynaud, qui semble avoir ignoré les travaux, il est vrai plus récents, issus de la géographie structurale québécoise développés, entre autres, par Ritchot (1991), Hubert (1993). Desmarais (1995), ou Rebour (2000).

Le vacuum : l’origine utérine de la région

39Avec la Théorie de la Forme urbaine (TFU) ces auteurs proposent une autre façon d’envisager la géographie régionale à partir d’une notion non pas pleine et centrale de centre, mais vide et creuse de vacuum.

40Dans La Théorie du Rachat, Thierry Rebour oppose « richesse » et « valeur », la richesse étant définie par ce qui circule sur le marché des échanges (ce qui est payable en espèces sonnantes et trébuchantes), tandis que la valeur est ce qui en est soustrait. Dans ce dispositif, le vacuum est l’espace fondateur où réside la valeur. C’est un lieu interdit d’appropriation investi de valeurs symboliques auxquelles se réfère tous les sujets. Le vacuum métaphorise l’interdit d’inceste dans le registre géographique. A l’image du Paradis perdu dont Adam et Eve sont expulsés, à l’image du ventre originel de la mère dans lequel l’enfant est interdit de retour, le vacuum fait objet d’un désir intense.

41Rebour montre que l’instauration de l’interdit exige un coup de force politique préalable. Par la suite, chaque sujet aspire à s’en approcher au plus près. Ainsi, si le vacuum est interdit, il organise autour de lui des gradients richesse. Protégé par la Loi, qui assure son statut interdit d’appropriation particulière au bénéfice de tous, le vacuum met les sujets « à bonne distance » les uns des autres, évitant une confrontation directe qui mettrait en péril la survie même du groupe. Le vacuum est rareté absolue, mais il peut être grignoté sur les bords par les plus riches, par les plus proches du pouvoir. Pour Rebour, le mécanisme du Rachat explique l’accroissement de la masse monétaire à long terme, et donc la croissance car il procède de ce transfert de la valeur vers la richesse sur la longue durée des cycles économiques.

Figure 2 – Vacuum, espace et valeur (représentation en coupe)

Figure 2 – Vacuum, espace et valeur (représentation en coupe)

Lecture verticale (axe des ordonnées : Y)

Au voisinage du centre (O), la courbe des prix tend vers l’infini. Toutefois, la masse monétaire en circulation étant une quantité finie, le prix réel du sol ne peut être infini. Au-delà d’un certain prix, il n’est tout simplement plus solvable. Le trait tireté représente ce seuil, c’est-à-dire le prix maximum solvable sur le marché. Au-dessus du seuil, la valeur du sol est abstraite ; en dessous, les prix s’organisent selon un gradient, en décroissant vers les périphéries.

Lecture horizontale (axe des abscisses X)

Au voisinage du centre (O), l’espace est soustrait du marché. Le rectangle gris représente la projection sur l’axe des X de l’intersection de la courbe de prix avec celui du seuil de solvabilité. L’espace de la valeur est en même temps celui du contrôle. C’est au nom des valeurs abstraites communes au groupe que s’organise le marché concret. La limite du vacuum est la seule véritable discontinuité. La région qui se déploie autour est ainsi un écoumène non borné.

42La limite spatiale entre le lieu interdit du vacuum et l’espace du marché est une discontinuité absolue, radicale. L’espace du marché, organisé en gradients, n’est pas à proprement parler une « région » car c’est, en théorie, un écoumène non borné. Néanmoins, comme on l’a vu, toutes les terres émergées de la Planète sont appropriées et délimitées, ne serait-ce que par des frontières internationales. Ainsi, la théorie, particulièrement efficace lorsqu’on considère le Canada où elle a été conçue, rencontre ses limites dans un monde fini. Le maillage territorial de ce pays prévoit toute une gamme de territoires, du plus administré (municipalité) au moins administré, appelé Territoire Non Organisé (TNO). Plus on se rapproche des zones vides des régions arctiques, plus on trouve de TNO-s. Au Québec, les 96 TNO-s couvrent 831 792 km2, soit 54% de la superficie de la province pour 1 773 habitants recensés en 2016, soit 0.02% de sa population. Le Brésil, au contraire, a choisi de municipaliser totalement son territoire.

43Quelques auteurs se sont risqués à proposer des concepts qui auraient pu conduire à celui de vacuum, comme Joël Bonnemaison (1992) avec le géosymbole. Cependant, ces travaux se gardent d’opérer le lien avec la représentation sexuée. Ils s’appliquent à le réserver au domaine du folklore et du symbolique, comme les travaux d’Olivier Goré sur la Bretagne (2006) ou aux peuples des régions aussi lointaines qu’exotiques de Mélanésie (Bonnemaison).

Figure 3 Le vacuum parisien

Figure 3 Le vacuum parisien

À Paris les îlots hors marché (Champ de Mars, Tuileries, édifice sacrés religieux, du pouvoir, etc.) délimitent le quadrilatère où se rencontrent les prix les plus élevés. C'est également dans cette zone que résident idéalement ceux qui sont proches du pouvoir politique ou économique. De fait de l'histoire mouvementée et longue de la France, de Paris il n'y a pas un seul lieu marquant l'emplacement du vacuum. Soit que chacun corresponde à plusieurs phases de l'Histoire (monarchie, Eglise, militaires...), soit qu'il ait été morcelé. Le schéma est plus simple (plus proche de la théorie) dans les petites océaniennes ou dans les anciennes villes africaines (villes yorubas notamment).

44Il est regrettable que la géographie des représentations se soit contentée de s'occuper de « l'imaginaire géographique [renvoyant] aux images individuelles ou collectives, singulières ou combinées, qui ne correspondent pas dans le réel spatial » (Debarbieux, 1992, p894). Procédant fondamentalement de la coupure psychosomatique qui irrigue la pensée occidentale, cette allégeance a conduit à théoriser séparément les aspects subjectifs (psychologie, phénoménologie, sémantique, sémio-linguistique...).

45Jean Petitot (1989), qui fut le maître à penser de Gilles Richot, soulève les difficultés qui découlent de cette posture :

« Nombre d'auteurs ont remarqué que la déréalisation du phénomène par réduction phénoménologique soulève d'inextricables difficultés lorsqu'il s'agit pour Husserl d'en revenir à la réalité physique. La reprise de l'ontologie aristotélicienne dans un cadre post-galiléen aboutit à une incompréhension radicale des sciences humaines et objectives. Entre les deux constitutions transcendentales, l'une d'une réalité sans apparaître (Kant), l'autre d'un paraître sans réalité (Husserl), le conflit devient insoluble ». (p.717)

46Et il conclut : « Ainsi s'est installé l'évidence fallacieuse d'un conflit irréductible entre une phénoménologie des formes et une physique de la matière ».

Conclusion

47Le modèle gravitaire, qui permet de modéliser le fonctionnement de la région polarisée, métaphorise les flux géographiques dans le très sérieux univers des sciences exactes. Ainsi le vocabulaire objectif met en scène des villes satellites qui gravitent dans l’orbite du centre. On est ici très loin de l’analogie subjective entre la jeune fille vierge et la Corse, par laquelle nous avons introduit notre propos.

48Pourtant, lorsqu’on y réfléchit, l’analogie avec l’astrophysique est-elle vraiment crédible ? A-t-on déjà vu sérieusement une ville tourner à toute vitesse autour d’un centre, tel un satellite autour d’une planète ? Quitte à user de métaphores, pourquoi ne pas déplacer le principe de la centralité dans un registre plus proche du vivant, et même, tant qu’à faire de l’espèce humaine : le registre anthropologique de la division des sexes ? Autant la métaphore newtonienne du modèle gravitaire parait saugrenue, autant la transposition anthropologique du modèle devient au contraire légitime, puisque nulle culture ne peut faire l’économie de la reproduction des sujets qui s’en réclament. Et de ce point de vue, la référence aux figures parentales reste incontournable dans l’espèce humaine.

49Ce fil nous a d’abord conduit à revisiter la représentation des deux grands types de régions classiquement admis par la communauté des géographes : la région homogène et la région polarisée. Dans les deux cas, la figure du père, assimilée au centre, a le rôle princeps. La centralité saisie sous le mode actif est en position d’arbre totémique qui, pour ainsi dire, cache la forêt de l’origine. Lorsque le géographe moderne affirme que le « véritable » centre est « le lieu d’exercice d’un pouvoir, d’une domination […] » il défend une « vérité » scientifique qui est, à son insu, le point de vue de sa culture. Une culture qui a pu imposer au reste du monde ses valeurs culturelles, économiques, religieuses, sociales fondées sur la domination masculine. Or, ces valeurs sont aujourd’hui violemment remises en question, si bien que le point de vue avancé dans cet article est donc loin d’être anecdotique.

50La reconnaissance d’un lieu existentiel propre à la Mère n’est pourtant, ni nouveau, ni révolutionnaire. Dans un monumental ouvrage de 1300 pages intitulé Das Mutterrecht, Johan Jakob Bachofen, philologue bâlois, juriste et historien d'une exceptionnelle érudition affirmait en 1861 que l'origine de la culture se place sous le signe de la Mère, et non du Père. Composé bien avant l'invention de la psychanalyse, il enfreignait un tabou, si bien qu’il subit les critiques les plus acerbes de la part de ses contemporains. L’ouvrage reste toutefois un classique incontournable de l'ethnologie auquel de grands penseurs occidentaux se sont référés (Engels, Marx, Nietzsche, Bebel…). C’est à lui que l’on doit les concepts de Muttertum et Vatertum, que l’on pourrait traduire par « univers maternel » et « univers paternel », qui seront revisités par le fondateur de l’anthropologie dogmatique, Pierre Legendre (1992).

51De même, dans Naissance des divinités, naissance de l'agriculture, le préhistorien Jacques Cauvin (1997) montre que les premières représentations anthropomorphes connues sont exclusivement féminines. Ce sont les « maîtresses de la vie ». Au Moyen-Orient, parmi toutes les représentations, la plus répandue est celle de l'imagerie de la femme et du taureau. Plusieurs fresques représentent la déesse « assise, les jambes écartées, donnant naissance à des taureaux (exceptionnellement des béliers) » ou sous forme de femme obèse, assise sur un trône entre deux panthères, accouchant de fauves ou tenant une panthère dans ses bras. A cette époque, l’élément masculin est représenté comme de petits bonshommes maigres qui semblent s’agiter en brandissant des lances. Surréalisme, fécondité, maternité, royauté et maîtrise des fauves : "Ce sont bien là tous les traits de la déesse-mère qui dominera tout le panthéon oriental jusqu'au monothéisme masculin d'Israël." (Cauvin, p51).

52C’est également à partir de ces hypothèses qu’a travaillé l’ethnologue Germaine Tillion durant toute sa longue carrière. Pour l’ethnologue, la clôture de la terre consécutive de l’invention de l’agriculture au néolithique, a corrélativement et fort logiquement conduit à instaurer la propriété par les hommes. Selon elle, le néolithique a engagé un processus qui a conduit à enchaîner l'ensemble de la société dans un engrenage qui a bouleversé les fondements des rapports sociaux. En effet, la propriété des moyens de production— terres, plantes et bêtes —implique que l'on invente aussi la propriété des moyens de re-production. Autrement dit, la transmission des biens ou encore : l'héritage. Du coup, il fallait inventer le lignage. De même, pour Lévi-Strauss (1949), dans les sociétés primitives, ce ne serait pas la prohibition de l'inceste qui aurait imposé ses systèmes d'alliance, mais ce serait la nécessité d'alliance qui aurait imposé la prohibition de l'inceste.

53De ce point de vue, on peut dire que l’invention de l’agriculture au Néolithique coïncide avec l’invention de la région. La région est un écoumène borné, dont la pérennité dépend de la capacité de ses habitants à transmettre l’appropriation de la terre de génération en génération selon des lignées. La contestation légitime, par les femmes, de cette organisation multimillénaire des sociétés, introduit une révolution aussi radicale que le fut celle du Néolithique, il y a de 8 000 à 10 000 ans. Elle implique, littéralement, la fin d’un monde. Dans ce nouveau monde, le concept de vacuum, fondé sur un écoumène non borné, pourrait permettre d’envisager une nouvelle façon de régionaliser favorable à un monde pacifié.

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Bibliographie

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Claude LÉVI-STRAUSS, 1949, Structures élémentaires de la parenté, PUF, Paris (rééd. + préface, Mouton, La Haye, 1968)

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Notes

1 Tous les mots en caractères gras le sont également dans le texte original de Reynaud (E.G., 1995).

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Table des illustrations

Titre Carte 1 : Des chevaliers teutoniques à l’Allemagne moderne
URL http://journals.openedition.org/confins/docannexe/image/69195/img-1.png
Fichier image/png, 17k
Titre Figure 2 – Vacuum, espace et valeur (représentation en coupe)
Légende Lecture verticale (axe des ordonnées : Y)
URL http://journals.openedition.org/confins/docannexe/image/69195/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 43k
Titre Figure 3 Le vacuum parisien
Légende À Paris les îlots hors marché (Champ de Mars, Tuileries, édifice sacrés religieux, du pouvoir, etc.) délimitent le quadrilatère où se rencontrent les prix les plus élevés. C'est également dans cette zone que résident idéalement ceux qui sont proches du pouvoir politique ou économique. De fait de l'histoire mouvementée et longue de la France, de Paris il n'y a pas un seul lieu marquant l'emplacement du vacuum. Soit que chacun corresponde à plusieurs phases de l'Histoire (monarchie, Eglise, militaires...), soit qu'il ait été morcelé. Le schéma est plus simple (plus proche de la théorie) dans les petites océaniennes ou dans les anciennes villes africaines (villes yorubas notamment).
URL http://journals.openedition.org/confins/docannexe/image/69195/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 500k
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Pour citer cet article

Référence électronique

François Moriconi-Ebrard., « Le sexe des régions »Confins [En ligne], 70 | 2026, mis en ligne le 01 avril 2026, consulté le 18 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/confins/69195 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15zj7

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Auteur

François Moriconi-Ebrard.

LIED (CNRS)/Université Paris Cité (UPC), hme193@gmail.com

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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