Le 8 juillet 2021, après plusieurs heures d’angoisse, marquées par des tirs intenses depuis les hauteurs qu’un groupe criminel avait transformées en forteresse, et par des affrontements armés sur certaines des artères les plus centrales de la ville, le gouvernement lance un assaut contre la Cota 905, une zone escarpée d’habitat informel de Caracas . Dès les premières heures du jour, plus de trois mille membres des forces de sécurité – composées de différents corps policiers, dont les redoutées Forces d’actions spéciales (FAES), ainsi que d’unités militaires – sont déployés dans les zones adjacentes. L’opération « Gran Cacique Indio Guaicaipuro » – nom grandiloquent donné à cette démonstration de force inhabituelle, qui bénéficie même d’un appui aérien – débute par la prise, presque sans résistance, du quartier populaire voisin de La Vega. Les barrios environnants, où opéraient des bandes alliées à celle de la Cota et qui communiquaient par des sentiers cachés par la végétation, tom...
Des rationalités criminelles en tension
Résumés
Entre 2017 et 2021, date à laquelle elle fut reprise par une opération conjointe de différentes forces de sécurité, la zone de quartiers constituant ce que l’on appelle la Cota 905 est devenue le principal marché de drogues de Caracas, la capitale du Venezuela. À partir d’un travail de terrain dans le secteur et d’entretiens menés avec des acteurs clés – notamment des policiers, des responsables publics et des délinquants –, cet article analyse le processus qui a permis l’émergence d’un marché ayant pratiquement monopolisé la vente de drogues au détail et en gros dans la ville. Les politiques publiques erratiques et inefficaces, oscillant entre l’incarcération massive, la violence policière et des pactes informels avec les groupes criminels contrôlant la zone, ont créé les conditions d’un marché largement soustrait à la répression étatique. À cela se sont ajoutés la crise économique – qui a découragé certaines activités prédatrices tout en favorisant l’essor de marchés illégaux à demande inélastique, tels que le trafic de drogues –, les effets des restrictions liées au Covid-19 et, surtout, l’émergence d’une nouvelle rationalité, instrumentale et orientée vers des finalités économiques, qui supplante une rationalité antérieure davantage liée à l’honneur et à la réputation. L’ensemble de ces facteurs a contribué à la croissance et à l’expansion de ce marché, transformant profondément l’activité et la nature des bandes criminelles présentes dans le secteur. Cependant, l’expansion rapide et violente de ces groupes pour conquérir de nouveaux territoires et marchés a entraîné des affrontements fréquents avec d’autres organisations criminelles ainsi que des heurts répétés avec les forces de sécurité. Leur volonté de devenir le pivot d’autres groupes criminels dans la région capitale a finalement précipité leur effondrement et le conflit final avec les autorités, qui a conduit à leur démantèlement.
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Mots-clés :
groupes criminels, marchés illégaux de drogue, rationalités criminelles, économie politique de la violence, VenezuelaKeywords:
criminal groups, illegal drug markets, criminal rationalities, political economy of violence, VenezuelaExtrait du texte
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Référence papier
Andrés Antillano, « Des rationalités criminelles en tension », Cultures & Conflits, 142 | 2026, 97-119.
Référence électronique
Andrés Antillano, « Des rationalités criminelles en tension », Cultures & Conflits [En ligne], 142 | été 2026, mis en ligne le 02 janvier 2029, consulté le 11 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/conflits/28073 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16j6b
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