Résumés
L’entretien qui suit s’inscrit dans le cadre des « thèmes récurrents » (running themes) traités par Cultures & Conflits sur le droit international et les libertés académiques. Il réunit deux universitaires – Nahed Samour et Aurélia Kalisky – membres d’un collectif appelé Palestinian and Jewish Academics (PJA), fondé en Allemagne en 2024 en réponse aux atteintes aux libertés académiques dans le contexte de la guerre génocidaire menée par Israël à Gaza. Il porte sur l’Allemagne, un pays qui s’est singularisé par l’ampleur de son soutien à Israël, les attaques contre les spécialistes du sujet et contre les étudiant et étudiantes engagées pour les droits humains en Israël/Palestine. Au-delà de son intérêt idiosyncratique, le cas allemand s’apparente à un miroir grossissant des tendances à l’œuvre en France et dans de nombreux autres pays. L’entretien est divisé en deux parties. La première présente l’analyse des personnes interviewées sur le soutien apporté par l’Allemagne à Israël depuis le 7 octobre 2023, et sur sa justification en termes de « responsabilité historique » et de Staatsräson (raison d’État). La seconde examine les atteintes aux libertés académiques en Allemagne, en particulier celles menées au nom de la lutte contre l’antisémitisme.
The interview that follows is part of the “recurring themes” addressed by Cultures & Conflits concerning international law and academic freedoms. It brings together two academics, Nahed Samour and Aurélia Kalisky, members of a collective called Palestinian and Jewish Academics (PJA), founded in Germany in 2024 in response to violations of academic freedom in the context of the genocidal war waged by Israel in Gaza. The interview focuses on Germany, a country distinguished by the extent of its support for Israel, as well as by attacks against specialists in the field and against students engaged in defending human rights in Israel/Palestine. Beyond its idiosyncratic interest, the German case appears as a magnifying mirror of trends at work in France and in many other countries. The interview is divided into two parts. The first presents the interviewees’ analysis of Germany’s support for Israel since 7 October 2023, and of its justification in terms of “historical responsibility” and Staatsräson (reason of state). The second examines attacks on academic freedoms in Germany, particularly those carried out in the name of the fight against antisemitism.
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Notes de la rédaction
Une première version de cet entretien a été publiée en anglais dans Political Anthropological Research on International Social Sciences (PARISS), vol. 6, n° 2, 2026, pp. 223-257.
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Plan
Comprendre le soutien de l’Allemagne à la guerre génocidaire menée par Israël à Gaza
Les atteintes aux libertés académiques en Allemagne
Aperçu du texte
Comprendre le soutien de l’Allemagne à la guerre génocidaire menée par Israël à Gaza
Mathias Delori (M. D.) : L’Allemagne a été vivement critiquée pour son soutien à Israël, alors que la nature génocidaire de la guerre à Gaza depuis 2023 devenait de plus en plus évidente. Pour ne citer que deux exemples : certains artistes ont lancé une campagne de boycott intitulée « Strike Germany » et le Nicaragua a engagé une procédure devant la Cour Internationale de Justice (CIJ) pour complicité dans le génocide en cours à Gaza. L’ampleur du soutien de l’Allemagne à Israël a étonné car l’Allemagne de l’Ouest, puis l’Allemagne réunifiée, jouissait d’une réputation de « bonne élève » en matière de respect du droit international. Nahed, pouvez-vous nous rappeler quel rôle le droit international joue (ou a joué) dans la culture juridique allemande après la Seconde Guerre mondiale ?
Nahed Samour (N. S.) : Le cadre constitutionnel allemand d’après-guerre, post-nazi, intègre un engagement de principe e...
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Pour citer cet article
Référence papier
Aurélia Kalisky, Nahed Samour et Mathias Delori, « La raison d’État, la mémoire et le droit : l’Allemagne face à Gaza », Cultures & Conflits, 142 | 2026, 121-158.
Référence électronique
Aurélia Kalisky, Nahed Samour et Mathias Delori, « La raison d’État, la mémoire et le droit : l’Allemagne face à Gaza », Cultures & Conflits [En ligne], 142 | été 2026, mis en ligne le 02 janvier 2029, consulté le 10 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/conflits/28138 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16j6c
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Auteurs
Aurélia Kalisky est chercheuse en littérature comparée. Elle a travaillé pendant de nombreuses années à Berlin au Leibniz-Zentrum für Literatur- und Kulturforschung et au Centre Marc Bloch, où elle a participé et codirigé des projets de la DFG (Deutsche Forschungsgesellschaft, l’équivalent de l’ANR) sur l’histoire culturelle du témoignage et sur les pratiques savantes et les styles d’écriture des intellectuels juifs après l’Holocauste, ainsi que plus généralement sur les formes de savoir et de mémoire après la Shoah et le génocide des Tutsi au Rwanda, dans une perspective comparée. Elle a été chercheuse invitée dans de nombreux instituts en Europe, notamment au NIOD à Amsterdam, au VWI à Vienne et au MMZ à Potsdam. Ses travaux portent sur les témoignages issus de catastrophes historiques liées à des violences politiques extrêmes, ainsi que sur les formes de mémoire et d’écriture historique qui émergent de ces événements.
Nahed Samour est chercheuse associée à l’université Radboud. Elle a étudié le droit et les études islamiques aux universités de Bonn, Birzeit/Ramallah, Londres (SOAS), Berlin (HU), Harvard et Damas. Elle a réalisé son doctorat à l’Institut Max Planck d’histoire du droit européen à Francfort-sur-le-Main. Elle a été greffière à la Cour d’appel de Berlin, chercheuse post-doctorante à l’Institut Éric Castrén de droit international et des droits de l’homme de l’université d’Helsinki, en Finlande, et boursière en début de carrière au Lichtenberg-Kolleg, l’Institut d’études avancées de Göttingen. Elle a été professeure adjointe à la Harvard Law School, Institute for Global Law & Policy, de 2014 à 2018, et chercheuse principale associée au Law & Society Institute, Faculté de droit, Université Humboldt.
Mathias Delori, l’intervieweur, est politiste au CNRS et au CERI de Sciences Po Paris. Son principal domaine de spécialité est l’étude critique de la guerre, de la paix et de la sécurité. Il s’intéresse aussi aux débats normatifs sur le rapport au passé nazi. Il a publié un article dans Cultures & Conflits (n° 137, 2025) sur le soutien de l’Allemagne à Israël dans le contexte de la guerre génocidaire à Gaza et sa curieuse justification en termes de « responsabilité historique » et de « Staatsräson ». Cette interview s’inscrit dans la continuité de cet article.
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