Bibliographie
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Notes
Cet article a été rédigé dans le cadre du projet PDR FNRS T.0243.23 « Singularités littéraires depuis 1985 ».
Laélia Véron, avec Karine Abiven, Trahir et venger : paradoxes des récits de transfuges de classe, Paris, La Découverte, 2024, p. 11-12.
C’est notamment le cas de Didier Eribon et Gérald Bronner.
On pense ici à Richard Hoggart, Norbert Alter, Pierre Bourdieu et Rose-Marie Lagrave.
La question s’est posée de savoir s’il fallait retenir Les Armoires vides, publié neuf ans avant La Place, comme premier récit de transfuges de classe de l’œuvre ernausienne. Dans la mesure où il s’agit d’un roman et non d’un récit, on lui a préféré La Place. Ce choix est également celui d’Ernaux qui, à partir des années 2000, a répété avoir trouvé sa manière avec La Place, livre à partir duquel elle abandonnera définitivement le roman, sans pour autant renier totalement sa production antérieure.
Rose-Marie Lagrave, Se ressaisir : enquête autobiographique d’une transfuge de classe féministe, Paris, La Découverte, « Poche », 2023 [2021], p. 303.
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Michel Lacroix, Cécile et Marx : héritages de liens et de luttes, Montréal, Éditions Varia, 2024, p. 193.
Didier Eribon, Retour à Reims, Paris, Flammarion, « Champs Essais », 2018 [Fayard, 2009], p. 109.
Annie Ernaux, La Place, Paris, Gallimard, « Folio », 2005 [1983], p. 79.
Ibid., p. 91.
Par exemple lorsqu’elle s’installe à Annecy avec son mari – elle « gliss[e] dans cette moitié du monde pour laquelle l’autre n’est qu’un décor » (p. 96) – ou qu’elle prend le train avec son fils en première classe après la mort de son père – elle se surprend à penser : « “maintenant, je suis vraiment une bourgeoise” » (p. 23).
Didier Eribon, Retour à Reims, op. cit., p. 239.
Ce prix récompense un engagement ou une contribution académique dans le champ des études LGBT+.
Didier Eribon, Retour à Reims, op. cit., p. 246.
Rose-Marie Lagrave, Se ressaisir, op. cit., p. 92.
Ibid., p. 20.
Voir « Entretien avec Fabien Truong » ici-même. L’auteur y évoque notamment « le sentiment d’être en permanence déplacé, illégitime et d’avoir honte, puis honte d’avoir eu honte ».
Pierre Bourdieu « L’invention de la vie d’artiste », Actes de la recherche en sciences sociales, no 2, mars 1975, p. 75. Cette définition, Bourdieu ne l’a jamais amendée, à la différence de celles qu’il a proposées pour d’autres concepts centraux de sa théorie comme ceux d’habitus ou d’illusio. On la retrouve en effet presque mot pour mot dans Microcosmes : théorie des champs, publié à titre posthume : « [C]haque changement de position […] marque une étape du processus de vieillissement social qui pourrait se mesurer au nombre de ces alternatives décisives (qui n’impliquent pas nécessairement la décision), bifurcations de l’arbre aux innombrables branches mortes qui figure l’histoire d’une vie. » (Paris, Éditions Raisons d’agir, « Microcosmes », 2021, p. 260.)
Ainsi, en se positionnant à l’avant-garde du champ poétique au terme d’une série de scandales (dont le célèbre pamphlet contre Anatole France, « Un cadavre »), le surréalisme a automatiquement provoqué le déplacement des anciens tenants de cette position : il « relègue au magasin des accessoires, au service de la vieillerie poétique, Goll et Dermée, littérateurs timorés qui n’oseraient s’associer à l’agressivité un peu folle des surréalistes ». Voir Jean-Pierre Bertrand, Jacques Dubois & Pascal Durand, « Approche institutionnelle du premier surréalisme (1919-1924) », Pratiques, no 38, juin 1983, p. 50.
Que ces phases soient les plus décrites théoriquement ne signifie pas qu’elles sont les plus fréquentes dans la pratique : les agents qui parviennent à la consécration au sein d’un champ sont moins nombreux que ceux qui y entrent, par exemple. Corollaire de la remarque précédente, une trajectoire ne passe pas nécessairement pas ces trois étapes.
Pierre Bourdieu, « Le champ littéraire », Actes de la recherche en sciences sociales, no 89, 1991, p 24.
Alain Viala, « Éléments de sociopoétique », dans Alain Viala et Georges Molinié, Approches de la réception, Paris, PUF, 1993, p. 206.
Laélia Véron et Karine Abiven ont déjà retracé l’histoire du genre dans le troisième chapitre de leur ouvrage Trahir et venger, op. cit., p. 69-95. L’analyse proposée dans ces pages confirme globalement la leur tout en apportant des éclairages complémentaires.
Laure Depretto propose ici même la dénomination de « biographie d’ascendants » pour qualifier cette pratique. Voir « Généalogies transfuges : contribution à l’étude des récits familiaux de la mobilité sociale. »
Annie Ernaux, La place, op. cit., p. 23.
Annie Ernaux, Une femme, Paris, Gallimard, « Folio », 2005 [1987], p. 106.
Isabelle Charpentier, « “Quelque part entre la littérature, la sociologie et l’histoire…” », COnTEXTES, no 1, 2006, mis en ligne le 15 septembre 2006, consulté le 28 août 2024. URL : http://journals.openedition.org/contextes/74 ; DOI : https://doi.org/10.4000/contextes.74
Ce silence contraste avec la réception de son œuvre en sociologie. Annie Ernaux est en effet lue et commentée par des sociologues dès les années 1980. Jean-Pierre Terrail mêle ainsi l’analyse de récits de personnes de milieux populaires en mobilité sociale ascendante à des citations tirées de deux textes d’Annie Ernaux, son premier roman, Les armoires vides, paru en 1974, et La place (« De quelques histoires de transfuges », Cahiers du LASA, no 2, 1984, p. 35-76). De son côté, Vincent de Gaulejac emprunte de nombreux exemples à La Place dans La Névrose de classe : trajectoires sociales et conflits d’identité, Paris, Hommes et Groupe, 1987.
Dominique Viart, « Filiations littéraires », dans États du roman contemporain, sous la direction du même et de Jan Baetens, Paris, Lettres Modernes Minard, « écritures contemporaines », 1999 [2024], p. 115-139. Cet article est la version écrite d’une communication prononcée en juillet 1996 au colloque de Calaceite.
En plus des articles de Viart parus au fil des ans, plusieurs études d’importance ont porté sur ce genre. Voir notamment Laurent Demanze, Encres orphelines : Bergounioux, Macé, Michon, Paris, José Corti, 2008 ; Aurélie Adler, Éclats des vies muettes : figures du minuscule et du marginal dans les récits de vie d’Annie Ernaux, Pierre Michon, Pierre Bergounioux et François Bon, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2012 ; Guy Larroux, Et moi avec eux : le récit de filiation contemporain, Genève, Éditions La Baconnière, 2020.
Voir à ce sujet l’étude de Guy Larroux, Et moi après eux : le récit de filiation contemporain, op. cit., en particulier son premier chapitre, p. 49-83.
Ces deux récits étaient déjà au cœur de la première étude de Viart. Par la suite, il en ferait les modèles du genre, tant ils « dessinent l’empan du récit de filiation » par leurs choix formels opposés : refus de la fiction chez Ernaux, fréquence de l’autofiction chez Michon ; écriture « plate » chez la première, baroque et luxuriante chez le second ; défiance envers la littérature d’une part, adhésion à sa sacralité de l’autre, etc. Voir « Récits de filiation », dans Dominique Viart et Bruno Vercier, La Littérature française au présent, Paris, Bordas, 2e édition augmentée, 2008 [2005], p. 81.
Présente dans la réflexion de Viart dès le départ, la notion de défaut de transmission est approfondie dans : « Le silence des pères au principe du “récit de filiation” », Études françaises, vol. 45, no 3, 2009, p. 95-112.
Laurent Demanze, Encres orphelines, op. cit., p. 66.
Ibid. Voir notamment p. 157.
Aurélie Adler, Éclats des vies muettes, op. cit., p. 12.
Ibid., p. 13.
Ce livre avait connu une première édition, en langue allemande, en octobre 2002, soit quelques mois seulement après la mort de Bourdieu, survenue le 23 janvier de cette année-là. Son contenu n’était pas tout à fait inédit pour les lecteurs français, puisque la dernière section de son livre précédent, paru en octobre 2001, constituait une première version de l’Esquisse (elle en portait d’ailleurs déjà le titre). Voir Pierre Bourdieu, Science de la science et réflexivité : cours du Collège de France 2000-2001, Paris, Éditions Raisons d’agir, « Cours et travaux », 2001, p. 184-220.
Pierre Bourdieu, Esquisse pour une auto-analyse, Paris, Éditions Raisons d’agir, « Cours et travaux », 2004, p. 109.
L’incipit suffit à le faire comprendre : « Je n’ai pas l’intention de sacrifier au genre, dont j’ai assez dit combien il était à la fois convenu et illusoire, de l’autobiographie. » (Ibid., p. 11)
Ibid., 11-12.
Voir Vincent Debaene, L’Adieu au voyage. L’ethnologie française entre science et littérature, Paris, Gallimard, 2010. Plus littéraire que scientifique, ce « deuxième livre » (tel Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss ou L’Afrique fantôme de Leiris), publié après ou parallèlement aux monographies et articles scientifiques, investit le domaine de l’intime sans pour autant se départir totalement des pratiques et réflexes professionnels de l’ethnographe.
Pierre Bourdieu, Esquisse pour une auto-analyse, op. cit., p. 141-142.
Annie Ernaux et Frédéric-Yves Jeannet, L’Écriture comme un couteau, Paris, Gallimard, « Folio », 2011 [Stock, 2003], p. 60-71.
Ibid., p. 72-74.
Ibid., p. 98-101.
Ibid., p. 98.
Annie Ernaux et Frédéric-Yves Jeannet, L’Ecriture comme un couteau, op. cit., p. 34.
Annie Ernaux, La Place, op. cit., p. 24.
Annie Ernaux et Frédéric-Yves Jeannet, L’écriture comme un couteau, op. cit., p. 35.
Ibid., p. 36.
La Place avait déjà remporté un succès public et critique (Prix Renaudot) à sa sortie, mais n’était pas encore identifié alors comme récit de transfuge de classe.
La critique académique est souvent plus réservée au sujet de ce dernier. Voir notamment Jérôme Meizoz, « Belle gueule d’Edouard ou dégoût de classe ? », COnTEXTES, Prises de position, mis en ligne le 10 mars 2014, consulté le 28 août 2024. URL : http://journals.openedition.org/contextes/5879 ; DOI : https://doi.org/10.4000/contextes.5879
Elle sera d’une « grosse dizaine » jusqu’en 2018, et doublera ensuite en quelques années. Voir Laélia Véron, avec Karine Abiven, Trahir et venger, op. cit., p. 73.
L’expression « transfuge de classe » passe ainsi de deux emplois annuels en 2015 dans la presse française à 300 au début des années 2020 (Ibid., p. 12).
Ibid., p. 72.
Dans un entretien avec Martine Laval réalisé en 2013, soit à la sortie de La Société comme verdict, Didier Eribon revient sur le mélange des genres opéré dans Retour à Reims pour préciser qu’il ne l’avait pas imaginé « comme un livre ressortissant au registre de la littérature » mais qu’il a été lu principalement comme tel, ce qui lui a paru « être un grand compliment » (« L’éternel retour », Le Matricule des Anges, no 145, juillet-août 2013, p. 33).
Didier Eribon, Retour à Reims, op. cit., p. 25. Non qu’Annie Ernaux n’emploie pas le mot à son propos, que du contraire. Mais pas encore dans La Place, ni dans Une femme d’ailleurs. Dans les années 1980, c’est en entretien qu’Annie Ernaux emploie ce terme pour se définir.
Didier Eribon, Retour à Reims, op. cit., p. 14.
Ibid., p. 28.
Annie Ernaux, Écrire la vie, Paris, Gallimard, « Quarto », 2011, p. 7.
Annie Ernaux, Retour à Yvetot, Paris, Éditions du Mauconduit, 2013, p. 35.
Annie Ernaux, Le vrai lieu : entretiens avec Michelle Porte, Paris, Gallimard, « Folio », 2022 [2014], p. 76-77.
C’est-à-dire après que s’est tenu l’entretien avec Michelle Porte mais avant sa publication en volume.
Rose-Marie Lagrave, Se ressaisir, op. cit., p. 10.
Voir Karine Abiven, « Écrire juste la vie : la scène autobiographique de Rose-Marie Lagrave », Fabula / Les colloques, consulté le 30 août 2024. URL : http://www.fabula.org/lodel/colloques/index.php?id=8298
Pierre Nora (dir.), Essais d’ego-histoire, Paris, Gallimard, 1987.
Julie Moucheron, « D’autres vies que la mienne ? Petite réflexion sur l’écriture littéraire de l’histoire à l’ère des smartphones », Acta fabula, vol. 22, no 1, mis en ligne en janvier 2021, consulté le 30 août 2024. URL : http://www.fabula.org/revue/document13320
Dans son récent essai consacré à une critique nuancée de cette perspective historiographique, Enzo Traverso traite aussi bien les propositions d’Ivan Jablonka que celles de Philippe Artières. Voir Passés singuliers : le « je » dans l’écriture de l’histoire, Montréal, Lux, 2020.
Rose-Marie Lagrave, Se ressaisir, op. cit., p. 8.
C’est aussi ce que signalent Laélia Véron et Karine Abiven dans l’introduction de Trahir et venger (op. cit., p. 9-10).
Ce qui fait écrire à Laélia Véron et Karine Abiven que se manifeste là « un biais de réception contemporain, puisqu’il revient à mettre à l’arrière-plan d’autres thèmes centraux de l’œuvre, comme l’expérience féminine, le temps et la mémoire » (ibid., p. 9-10).
Déjà palpable lorsque parurent les premiers travaux de Viart, de Demanze ou d’Adler à ce sujet, elle est encore vive actuellement. Dans le dernier ouvrage en date sur le sujet, Guy Larroux fait ainsi des œuvres d’Annie Ernaux « des récits de filiation au long cours, entièrement pénétrés de la matière familiale » (Et moi après eux, op. cit., p. 10). Plusieurs récits d’Édouard Louis font également partie du corpus de cette étude.
Dans Passés singuliers (op. cit.), Enzo Traverso intègre notamment l’autobiographie d’Hoggart à son corpus.
Voir à ce sujet Jérôme Meizoz, « Un label controversé : les écrivain·e·s transfuges », AOC, mercredi 21 février 2024.
Annie Ernaux et Rose-Marie Lagrave, Une conversation, Paris, Éditions de l’EHESS, 2023, p. 92.
Laélia Véron, avec Karine Abiven, Trahir et venger, op. cit., p. 163.
Sans doute est-elle-même triple, tant le genre connaît, au début des années 2000, un moment d’institutionnalisation en Allemagne, sous la forme d’une production internationale (qui rassemble notamment le britannique Hoggart et le français Bourdieu). Voir à ce sujet Philipp Lammers et Marcus Twellmann, « L’autosociobiographie, une forme itinérante », COnTEXTES, Varia, mis en ligne le 16 décembre 2021, consulté le 28 août 2024. URL : http://journals.openedition.org/contextes/10515 ; DOI : https://doi.org/10.4000/contextes.10515
Comme l’a fait Édouard Louis avec En finir avec Eddy Bellegueule.
Pierric Bailly est un romancier émergent lorsqu’il publie L’Homme des bois chez son éditeur habituel, P.O.L (2017).
Pierre Bourdieu, Les Règles de l’art, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points », 1998 [1992], p. 426.
Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points », 2003 [1997], p. 216.
La liberté relative d’une position dominante, le vieillissement social qui détourne du besoin de faire date à tout prix et une disposition marquée à la polygraphie expliquent grandement l’intérêt développé par Henri Michaux au milieu des années 1950 pour la mescaline, hallucinogène extrait du peyotl : abandonnant pour un temps la poésie qui l’avait fait connaître, il se dédierait à l’écriture d’essais rendant compte des effets de la mescaline sur le langage et la perception. Sans doute est-ce aussi une conjugaison de facteurs proches qui permet à l’écrivain américain Cormac McCarthy de rompre avec les attentes nées de son œuvre antérieure pour proposer, avec Le Passager et Stella Maris, ses derniers romans, « quelque chose qui est fait pour déconcerter », selon le mot de l’un de ses critiques français, Yann Étienne (« Le Passager : Cormac McCarthy sur les abîmes du malentendu », Diacritik, 17 mars 2023).
Pierre Bourdieu, Méditations pascaliennes, op. cit., p. 345.
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