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Vers un corpus international

Souffrances, rejets et séparations dans Hunger of Memory (1982) de Richard Rodriguez

Nicolas Balutet

Résumés

Après avoir mis en lumière certains aspects de l’écriture de la mobilité sociale dans le monde hispanique, cet article se penche sur Hunger of Memory (1982) de l’écrivain et essayiste chicano Richard Rodriguez. Ce récit autobiographique retrace le parcours personnel et intellectuel de l’auteur, né dans une famille modeste d’origine mexicaine, qui a réussi de brillantes études avant de mener une carrière médiatique remarquable. Cela étant, cette ascension sociale ne s’est pas accomplie sans difficultés et a entraîné, chez l’auteur, une rupture avec ses racines ainsi qu’une totale remise en question de son identité ethnique. Ces bouleversements se traduisent par une critique acerbe de la discrimination positive et une défense de l’assimilation. L’article s’attache donc à mettre en lumière les souffrances, rejets et séparations qui ont jalonné le parcours de Richard Rodriguez en tant que transfuge de classe. De plus, bien que l’écrivain estime s’être totalement éloigné de son milieu d’origine au prix de ces épreuves, cette étude cherche également à montrer qu’il demeure un être hybride, occupant, comme de nombreux transclasses, une position singulière, celle de l’entre-deux.

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Texte intégral

L’écriture de la mobilité sociale dans le monde hispanique

  • 1 Nous préférons ce néologisme introduit en français par Chantal Jaquet au qualificatif de « transfug (...)

1Depuis plusieurs années, nous nous intéressons à la figure du transclasse1 en Espagne et en Amérique, qu’elle soit latine ou anglo-saxonne dans la mesure où les populations latinas constituent, depuis le début du nouveau millénaire, la plus grande minorité ethnique aux États-Unis, représentant environ un cinquième de la population totale. Plusieurs constats émergent de nos recherches, notamment lorsque nous adoptons une perspective comparative avec d’autres aires socio-culturelles.

  • 2 Annie Ernaux, L’écriture comme un couteau. Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet, Paris, Gallimard, (...)
  • 3 Notre corpus principal se compose des récits suivants, dans lesquels la mobilité sociale constitue (...)
  • 4 « […] larga distancia », Marcelo Boado Martínez, La movilidad social en el Uruguay contemporáneo, M (...)

2Tout d’abord, il est frappant de constater le nombre réduit de récits évoquant la mobilité sociale dans le monde hispanique au cours des cinquante dernières années, qu’il s’agisse de fictions ou d’ego-documents, c’est-à-dire des textes autobiographiques ou « auto-socio-biographiques », pour reprendre une expression d’Annie Ernaux2. Il est vrai que notre corpus3 repose sur des critères assez restrictifs, parmi lesquels figure principalement l’intérêt pour les seuls parcours de « longue distance4 », c’est-à-dire ceux qui vont des milieux les plus défavorisés aux plus privilégiés, tant sur le plan économique que symbolique, lesquels restent rares. Le choix de ces secteurs sociaux s’est imposé pour deux raisons principales : d’une part, bien que la structure des classes sociales puisse varier d’un pays à un autre, les polarités demeurent présentes dans la plupart des sociétés, ce qui facilite notre approche transnationale. De plus, cela nous permet d’éviter l’écueil de la définition complexe de la classe moyenne, toujours difficile à cerner, quel que soit le contexte géographique ou historique. D’autre part, l’analyse de ces écarts sociaux prononcés permet de mettre en lumière des bouleversements identitaires majeurs, qui sont au cœur de notre réflexion sur la fabrique et la psychologie des transclasses.

  • 5 Voir Édouard Louis, Changer : méthode, Paris, Seuil, 2021.
  • 6 Lionel Ruffel, « Transfuges : la fin d’un récit », dans ce numéro.

3Quoi qu’il en soit, il est surprenant, notamment pour l’Espagne qui a connu un phénomène de massification scolaire assez similaire à celui de la France, de constater ce relatif désintérêt pour les récits d’ascension sociale au cours des dernières décennies. Nous avançons une idée pour tenter d’expliquer cette situation : l’importance accordée, dans la littérature hispanique, depuis le milieu du xvie siècle, à la figure du pícaro, personnage marginal qui accède à une promotion sociale par le biais de multiples transgressions morales, n’a-t-elle pas freiné le développement de narrations transclasses aux xxe et xxie siècles ? En effet, les récits de transfuges présentent souvent, bien que pas toujours comme l’attitude cynique et manipulatrice d’un Édouard Louis ne manque pas de le signaler5, des parcours assez conformistes, proches d’une forme de soumission aux diverses formes de domination. La question de la méritocratie, sur laquelle nous reviendrons plus avant, en constitue un bon exemple. En ce sens, ces textes qui présentent fréquemment leurs auteurs sous un jour positif entrent en conflit avec le genre du récit picaresque, aujourd’hui réinvesti par de nombreux écrivains hispaniques contemporains – pensons, par exemple, à La Ciudad de los prodigios de l’Espagnol Eduardo Mendoza –, qui aborde la question de la mobilité sociale à travers des personnages dénigrés et ridiculisés tentant de s’extraire de leur milieu d’origine. Cette hypothèse mériterait une analyse approfondie qui dépasse largement le cadre de cet article. Toutefois, il est à parier que les récits de transclasses se développeront dans les années à venir en Espagne et en Amérique hispanique pour deux raisons : l’accès à l’instruction scolaire aujourd’hui davantage facilité dans les pays hispano-américains, et, comme le signale Lionel Ruffel dans le présent numéro, l’essor des écritures personnelles sur le marché éditorial6. D’ailleurs, la plupart des œuvres hispaniques de notre corpus ont été publiées au cours de la dernière décennie.

  • 7 Miguel Ángel Hernández, El dolor de los demás, Barcelona, Editorial Anagrama, 2018.
  • 8 Silvia Giaganti, Donde brilla el tibio sol, Buenos Aires, Mansalva, 2022.
  • 9 Valentín Roma, El capitalista simbólico, Cáceres, Editorial Periférica, 2022.

4Dans tous ces textes, contrairement à ce qui se passe en France, en Allemagne ou dans le monde anglo-saxon, les références à Annie Ernaux sont quasiment absentes, à l’exception d’une brève mention chez Miguel Ángel Hernández7. De son côté, Silvia Giaganti, dans Donde brilla el tibio sol8, cite Retour à Reims de Didier Eribon, traduit en espagnol en 2017. Cependant, son récit autobiographique, relativement court (62 pages), n’accorde pas une grande place à la question de la classe sociale, privilégiant plutôt des thèmes comme l’homosexualité féminine et la passion pour le football. Quant à l’œuvre d’Édouard Louis, elle n’apparaît pas dans ces récits. En revanche, il semble que les auteurs hispaniques actuels, bien qu’ils n’y fassent que rarement allusion, connaissent bien les travaux de Pierre Bourdieu sur la domination, comme en témoigne, par exemple, le dernier roman autofictionnel de Valentín Roma, El capitalista simbólico9.

  • 10 Anna Pacheco, Listas, guapas, limpias, Barcelona, Caballo de Troya, 2020 [2019] ; Silvia Giaganti, (...)
  • 11 Bibiana Collado Cabrera, Yeguas exhaustas, Logroño, Los Aciertos & Pepitas, 2024 [2023].
  • 12 Carlos Acosta, Sin mirar atrás. La historia de un bailarín cubano, Barcelona, Plataforma Editorial, (...)
  • 13 Ce terme, parfois utilisé péjorativement, désigne un États-Unien d’origine mexicaine.

5Enfin, nous observons que peu d’écrivaines espagnoles ou hispano-américaines ont placé la question de la mobilité sociale ascendante au cœur de leur récit. Si des autrices telles que les Espagnoles Anna Pachecho, Iris Simón et Meryem El Mehdati et l’Argentine Silvia Giaganti l’évoquent10, ce thème n’est pas central dans leurs œuvres. Ainsi, la dimension genrée des parcours d’ascension sociale reste en grande partie inexplorée. Toutefois, le récent Yeguas exhaustas de l’Espagnole Bibiana Collado Cabrera, découvert à la fin de la rédaction de cet article, pourrait offrir des pistes intéressantes. En effet, en plus de traiter de la violence psychologique au sein du couple, le parcours transclasse du personnage principal, Beatriz, alter ego de l’autrice, constitue un axe important du récit11. Le rôle de l’ethnicité est, en revanche, mieux établi, ne serait-ce qu’à travers les parcours de l’Afro-Cubain Carlos Acosta, de l’Équatorien d’origine indienne Gerardo Chacón Padilla12, ou encore du chicano13 Richard Rodriguez, sur lequel porte cette étude.

Le parcours de Richard Rodriguez

  • 14 Richard Rodriguez, Hunger of Memory. The Education of Richard Rodriguez. An Autobiography, New York (...)
  • 15 Olga Segura, « Richard Rodriguez Will Not Fit Into Your Categories », America Magazine, 4 février 2 (...)
  • 16 Tomás Rivera, « Richard Rodriguez’ Hunger of Memory as Humanistic Antithesis », MELUS, volume 11, (...)
  • 17 Fernando Pedro Delgado, « Richard Rodriguez and the Culture Wars: The Politics of (Mis)representati (...)
  • 18 Freema Gottlieb, « Against Bilingual Schooling », New Leader, 3 mai 1982, p. 18 ; Olga Segura, art. (...)

6En 1982, cet écrivain et essayiste, né en 1944, publie en anglais un texte à la fois intime et politique intitulé Hunger of Memory14. Ce récit autobiographique s’inscrit dans la lignée d’œuvres d’auteurs mexicains-américains, tels que Barrio Boy (1971) d’Ernesto Galarza ou Mi lucha por la tierra (1978) de Reies Lopez Tijerina. Cependant, une différence majeure le distingue de ces ouvrages, comme le reflète l’accueil mitigé qu’il a reçu. Bien que le livre ait bénéficié d’une large couverture médiatique et remporté plusieurs prix15, il a suscité la controverse16, en raison de sa dénonciation de la discrimination positive et de son apologie de l’assimilation17. Dans le contexte états-unien de l’époque, cette perspective, perçue comme conservatrice et polémique, expliquerait en grande partie pourquoi le manuscrit a été rejeté à huit reprises avant d’être finalement accepté par Bantam Books18.

  • 19 Richard Rodriguez, op. cit., p. 10, 59, 128-130.
  • 20 Paul Guajardo, Chicano Controversy. Oscar Acosta and Richard Rodriguez, New York, Peter Lang, 2002, (...)

7Hunger of Memory a lancé, néanmoins, la carrière médiatique de Richard Rodriguez, troisième d’une fratrie de quatre enfants issus d’un couple de petits employés, arrivés aux États-Unis dans les années 193019. Après de brillantes études au sein d’Universités prestigieuses (Licence de Lettres à Stanford, Master de Philosophie à Columbia, Doctorat non achevé à Berkeley) et le succès public de ses premiers articles et de Hunger of Memory20, l’auteur a collaboré avec des journaux et des maisons d’édition de premier plan, tout en intervenant à la télévision. Il est ainsi devenu l’un des intellectuels d’ascendance mexicaine les plus reconnus et médiatisés aux États-Unis.

  • 21 « I am filled with the gaudy delight, the monstruous grace of the nouveau riche ». Richard Rodrigue (...)
  • 22 François Bégaudeau, Boniments, Paris, Éditions Amsterdam, 2023, p. 69.
  • 23 Hervé Algalarrondo, Deux jeunesses françaises, Paris, Grasset, 2021, p. 16, 111, 161.
  • 24 « Once upon a time, I was a “socially disadvantaged” child ». Richard Rodriguez, op. cit., p. 1. No (...)

8Si Richard Rodriguez assume sans détour sa nouvelle position sociale (« Cela me remplit du plaisir criard, de l’élégance monstrueuse des nouveaux riches21 »), contrairement à d’autres écrivains transclasses, tels qu’Édouard Louis, dont l’attitude ambivalente a été récemment critiquée par François Bégaudeau22 et Hervé Algalarrondo23, peut-on pour autant affirmer que le parcours de l’auteur, qui semble assez exceptionnel, relève d’un conte de fée, comme il tend à le suggérer lui-même dès les premières lignes de son autobiographie : « Il était une fois un enfant “socialement défavorisé” : moi24 » ? Pour y répondre, par une analyse plus thématique que formelle, nous nous attacherons à certains aspects, dont certains sont omniprésents dans les récits de transclasses, à savoir le sentiment de différence par rapport à la famille, l’acharnement presque sacrificiel dans le travail, la position d’entre-deux de l’auteur. Nous nous pencherons également sur les ressorts idéologiques conservateurs de Richard Rodriguez, lequel rejette fortement l’éducation bilingue et la discrimination positive, qu’il considère comme des obstacles à la mobilité sociale ascendante des minorités.

Du sentiment de différence au pari parental

  • 25 « […] niño expósito ». Margo Glantz, Las genealogías, Madrid, Pre-Textos, 2006, p. 182, p. 204.
  • 26 Richard Rodriguez, op. cit., p. 122.
  • 27 « […] ugly ». Ibid., p. 133.
  • 28 « I am the only one in the family whose face is severely cut to the line of ancient Indian ancestor (...)
  • 29 « They regarded the people at work, the faces in crowds, as very distant for us. They were the othe (...)

9Le point de départ de l’ascension sociale de Richard Rodriguez réside dans une souffrance personnelle. Dès son enfance, il éprouve un sentiment de différence au sein de sa propre famille. Bien qu’il ne se considère pas comme un « enfant trouvé25 », à l’instar de Margo Glantz, il se rend compte, comme l’écrivaine judéo-mexicaine, qu’il possède un physique distinct de celui des autres membres de son entourage immédiat26. Or, cette comparaison lui semble défavorable, car il est convaincu d’être « laid27 » en raison de ses traits plus « indianisés », révélant ainsi l’intégration des stéréotypes et hiérarchies racistes chez les descendants des anciens colonisés : « Je suis le seul de la famille dont le visage est sévèrement taillé, à la manière des anciens ancêtres indiens. Mon visage est long, lourd, à la manière classique des Indiens28 ». Au-delà de cette perception de soi, sa condition de chicano, que Richard Rodriguez ne perçoit pas comme une richesse complémentaire à la culture anglo-saxonne, le plonge dans une forme d’extranéité : à ses yeux, sa famille et lui-même (« nous ») ne sont que des étrangers face aux « autres, les gringos29 ».

  • 30 Richard Rodriguez, Days of Obligation. An Argument with My Mexican Father, New York, Viking Penguin (...)
  • 31 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 135.
  • 32 Didier Éribon, Retour à Reims, Paris, Flammarion, 2010 [2009], p. 25, 203 ; Didier Éribon, La socié (...)

10Il y a également la découverte par l’auteur de son attirance pour les hommes, qu’il relatera en 1992 dans un autre ouvrage, Days of Obligation30, mais qui transparaît déjà dans ce premier récit, à travers le désir érotique plus ou moins refoulé, caché sous la quête de masculinité, envers les braceros, ces ouvriers agricoles mexicains31. Dans son essai Les transclasses ou la non-reproduction, Chantal Jaquet évoque d’ailleurs l’homosexualité comme un possible déclencheur de la mobilité sociale chez certaines personnes, rejoignant en cela les travaux de Didier Éribon, Retour à Reims et La société comme verdict. Classes, identités, trajectoires32, notamment.

  • 33 Chantal Jaquet, op. cit., p. 95.
  • 34 Paul Bourget, L’étape, Paris, Plon, 1934 [1902], Tome i, p. 50 ; Chantal Jaquet, op. cit., p. 95 ; (...)
  • 35 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 44-47.
  • 36 « We lived among gringos and only a block from the biggest, whitest houses ». Ibid., p. 10.
  • 37 « They sent their children to parochial schools because the nuns “teach better” ». Ibid., p. 56.
  • 38 Kaoutar Harchi, Comme nous existons, Nîmes, Actes Sud, 2021, p. 96 ; Nicolas Mathieu, op. cit., p. (...)

11Si le sentiment de différence que ressent Richard Rodriguez agit comme un déclencheur, l’auteur souligne également, contrairement à la posture du self-made man qu’il adopte par ailleurs, l’importance du soutien familial. En effet, les parents peuvent considérer leur enfant comme « un héraut porteur d’aspirations personnelles33 », celui ou celle qui réalise leurs désirs frustrés, devenant ainsi une sorte de « réparateur » ou de « consolateur », pour reprendre des termes utilisés dans plusieurs textes et études34. Ceux de Richard Rodriguez l’ont toujours encouragé, en le plaçant dans les conditions optimales pour favoriser son ascension sociale35, quelles qu’en soient les conséquences. Conscients que rester dans le quartier mexicain de Sacramento ne permettrait pas à leur fils de bénéficier de toutes les opportunités nécessaires à sa réussite, comprenant que les destins diffèrent selon la localisation géographique, ils décident d’abord de déménager dans le sud de la ville, parmi les « gringos, à deux pas des maisons les plus grandes et les plus blanches36 ». Ils l’inscrivent ensuite dans « des écoles paroissiales, parce que les religieuses “enseignent mieux”37 ». On retrouve des stratégies similaires dans Comme nous existons de Kaoutar Harchi, Connemara de Nicolas Mathieu et El balcón en invierno de Luis Landero, où les parents placent leurs enfants dans des établissements privés catholiques38.

  • 39 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 18-19.
  • 40 Ibid., p. 19-21.

12C’est donc dans une école confessionnelle irlandaise que Richard Rodriguez fait ses apprentissages scolaires fondamentaux et que se développe, avec la complicité parentale, un trait marquant de sa future personnalité : l’intériorisation des hiérarchies américaines, notamment linguistiques. Dans un premier temps, il a du mal à opérer une distinction claire entre l’espagnol de la sphère privée et l’anglais de la vie publique, jusque-là en marge de son existence. Face à ses difficultés d’apprentissage ou, plutôt, à sa résistance initiale39, les enseignantes exigent et obtiennent des parents qu’ils utilisent exclusivement l’anglais à la maison en présence de leur enfant. Cette mesure va faciliter son ascension40, mais entraîner en même temps une rupture progressive avec certaines caractéristiques culturelles de sa famille.

La séparation par la lecture

  • 41 Jean Guéhenno, Changer la vie. Mon enfance et ma jeunesse, Paris, Grasset, 1961, p. 181.
  • 42 « Four Eyes! ». Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 47.
  • 43 Idem, p. 47, 66-67.
  • 44 Jean-Paul Delahaye, Exception consolante. Un grain de pauvre dans la machine, Amiens, Éditions de l (...)
  • 45 « Reading was for me the key to “knowledge”; I swallowed facts and dates and names and themes ». Ri (...)

13Grâce à cette école, Richard Rodriguez découvre non seulement la langue anglaise mais aussi la lecture. À l’instar de l’écrivain français Jean Guéhenno, issu d’un milieu ouvrier41, il commence à accumuler les livres comme des trésors. Dès lors, surnommé « quatre yeux42 » par son frère, il ne cesse de lire, à tout moment et en tout lieu. L’auteur insiste, à travers de nombreuses anecdotes pittoresques43, sur le plaisir qu’il tire de cette nouvelle activité, tout en soulignant qu’il s’agit aussi pour lui de rattraper le niveau de ses camarades et de s’assurer une place équivalente, conscient de son retard et de ses lacunes, de cette « malnutrition culturelle44 » dont parle Jean-Paul Delahaye : « Pour moi, la lecture était la clé du “savoir” : j’avalais les noms et les dates, les sujets et les faits45 ».

  • 46 Rachid Benzine, Ainsi parlait ma mère, Paris, Stock, 2020, p. 36.
  • 47 Annie Ernaux, Le vrai lieu. Entretiens avec Michelle Porte, Paris, Gallimard, 2014, p. 51.
  • 48 Cécile Rabot, « Et toi, tu lis quoi en ce moment ? », dans Manuel indocile de Sciences Sociales. Po (...)
  • 49 Nicolas Mathieu, op. cit., p. 65-66, 215.
  • 50 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 52.
  • 51 Ibid., p. 55.
  • 52 Ibid., p. 4, 55, 61-62.

14Si cet acharnement, presque sacrificiel, peut être vu comme source de nouvelles souffrances, notamment l’amputation de relations affectives ou amicales, il érige surtout un mur de séparation au sein de la famille, une situation particulièrement exacerbée dans le cas de parents étrangers, comme le signale Rachid Benzine46. En effet, la « double contrainte, s’instruire et rester pareil47 », pour reprendre les mots d’Annie Ernaux, s’avère être une illusion. Les lectures, de plus en plus sélectives et légitimées48, ne sont pas étrangères à cette situation. À l’instar d’Hélène, la protagoniste du roman Connemara de Nicolas Mathieu49, Richard Rodriguez commence à faire la leçon à ses parents, étalant ses nouveaux savoirs50, corrigeant leurs moindres erreurs linguistiques, ne comprenant pas pourquoi sa mère, par exemple, n’apprécie pas vraiment un roman qu’il lui a recommandé51. Cette dynamique finit par engendrer chez lui un sentiment de honte, suivi par un dialogue de plus en plus creux, jusqu’à ce que s’installe le silence52.

Le rejet de l’éducation bilingue et de la discrimination positive

  • 53 « I write this book as a middle-class American man. Assimilated ». Ibid., p. 1. Sur le même sujet, (...)
  • 54 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 28-32.
  • 55 Ce rejet de l’espagnol a visiblement perduré. Julio A. Marzán, « The Art of Being Richard Rodrigue (...)

15Cette séparation conduit l’auteur à plusieurs rejets. Ainsi, adoptant un ton de justification politique, l’essayiste exprime le désir de ne plus être perçu comme un chicano ou un Américain à trait d’union. Il considère, en effet, son héritage identitaire non pas comme une complémentarité vis-à-vis du modèle dominant anglo-saxon, mais comme un obstacle à l’assimilation totale qu’il cherche à atteindre, ce qui transparaît dès la première page de son ouvrage : « […] j’écris ce livre en tant que Nord-Américain de classe moyenne. Assimilé53 ». D’ailleurs, sa famille restée au pays, ainsi que des amis de ses parents, le qualifient souvent de pocho, un terme péjoratif désignant ceux qui ont perdu certains traits culturels de la communauté mexicaine d’origine54 ou qui ne maîtrisent plus correctement l’espagnol, une langue que l’auteur rejette désormais55.

  • 56 Astrid Haas, « Canon y Cálculo: Jaime Escalante, Richard Rodriguez y el discurso educativo latino (...)
  • 57 Se reporter au premier chapitre intitulé « Aria ». Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p (...)
  • 58 Le parcours personnel de la Canadienne Lori Saint-Martin n’est pas loin d’appuyer les propos de Ric (...)

16Devenu adulte, Richard Rodriguez prend son propre parcours comme exemple pour critiquer l’éducation bilingue. Aux États-Unis, depuis la fin des années 1960, avec des lois telles que le Bilingual Education Act (1968) et l’Equal Educational Opportunity Act (1974), les minorités linguistiques reçoivent des enseignements différenciés56. L’auteur critique ces mesures, estimant qu’elles donnent l’impression qu’il serait aisé de passer d’une langue, et donc d’une culture, à une autre, et qu’elles exagèrent en présentant l’assimilation comme une pratique « colonialiste », voire « ethnocidaire », conduisant à la disparition totale de la culture d’origine au profit de la culture dominante57. Selon lui, l’ascension sociale, en particulier pour ceux issus de milieux défavorisés comme le sien, exige de désapprendre la langue d’origine et d’accepter de perdre une partie de soi pour en gagner davantage58.

  • 59 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 153.
  • 60 Ce sentiment le pousse à renoncer à une carrière en tant qu’enseignant universitaire dans la mesure (...)
  • 61 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 153, 156.
  • 62 « One Mexican-American said I was a minority whether I wanted to be or not. And he said that the re (...)
  • 63 « Americans were able to take seriously, say, the woman business executive’s claim to be the victim (...)

17Un autre point de friction entre l’auteur et la communauté chicana états-unienne réside dans la mise en place de la discrimination positive. Instaurée dans le pays au début des années 1960, dans le sillage de la lutte pour les droits civiques et l’abolition de la ségrégation raciale, l’affirmative action vise à faciliter l’accès à l’emploi et à l’Université pour les membres de groupes minoritaires, dont la singularité peut relever de l’origine ethnique, de la sexualité, du genre ou des croyances religieuses. Issu d’une famille d’origine mexicaine, l’auteur a pu bénéficier de cette mesure d’« égalité des chances » tout au long de son parcours académique59. Néanmoins, Richard Rodriguez semble mal à l’aise avec l’idée que sa réussite, du moins une partie, puisse ne pas dépendre de ses seules compétences scolaires et professionnelles60, d’autant que les autorités universitaires ont fait de lui un exemplum61. Percevoir la discrimination uniquement sous l’angle ethnique (« Un Mexicain-Américain affirma que j’étais minoritaire, que je le veuille ou non. Et il dit que la raison pour laquelle j’étais bénéficiaire de programmes de discrimination positive était très simple : j’étais un Chicano, n’est-ce pas ? C’était juste une question de race62 ») suscite chez lui un certain malaise. Il souligne, en contrepoint, combien ce regard unifocal sur une singularité, quelle qu’elle soit, peut parfois engendrer des situations absurdes : « Les Américains étaient capables de prendre au sérieux, par exemple, une femme travaillant comme cadre dans une grande entreprise se disant victime d’oppression sociale63 ».

  • 64 « […] danger ». Idem.
  • 65 « […] to underestimate, even to ignore altogether, the importance of class ». Idem.
  • 66 Ibid., p. 155, 157-158, 161-162.
  • 67 « […] a reform of primary and secondary schools ». Ibid., p. 162.
  • 68 « […] national literacy campaign for children of the poor – white and nonwhite – at the earliest le (...)

18Pour Richard Rodriguez, cette évolution cache un réel « danger64 » : « […] minimiser et même sous-estimer, voire ignorer complètement, la pertinence de la classe sociale65 ». Selon lui, plus que toute autre particularité, c’est la classe sociale qui constitue le nœud du problème. En se concentrant exclusivement sur l’origine ethnique, on passe sous silence le fait que tous les bénéficiaires de la discrimination positive ne sont pas « aliénés » de la même manière et que seules les personnes issues des classes moyennes en tirent véritablement profit66. Plutôt que d’intervenir directement au niveau universitaire, il aurait été préférable d’entreprendre « une réforme de l’enseignement primaire et secondaire67 », c’est-à-dire la mise en place d’un véritable programme de transformation sociale, incluant notamment l’augmentation du nombre d’enseignants et une « campagne nationale pour l’alphabétisation des enfants issus des milieux les plus défavorisés, blancs et non blancs confondus68 ».

  • 69 Voir par exemple Jennifer Browdy de Hernandez, « Postcolonial Blues: Ambivalence and Alienation in (...)
  • 70 Albert Memmi, Portrait du colonisé précédé de Portrait du colonisateur, Paris, Folio, 2002, p. 40-4 (...)
  • 71 Pierre Bourdieu & Monique Saint-Martin, « La sainte famille. L’épiscopat français dans le champ du (...)
  • 72 David Guilbaud, L’illusion méritocratique, Paris, Odile Jacob, 2018, p. 12, 21, 50 ; Stéphanie Chai (...)
  • 73 Alain, cité par Sophie Coignard, La Tyrannie de la médiocrité, Paris, Éditions de l’Observatoire, 2 (...)
  • 74 David Guilbaud, op. cit., p. 50, 77 ; Patrick Dubéchot, op. cit., p. 31 ; Michael J. Sandel, op. ci (...)
  • 75 François Dubet, op. cit., p. 221.

19Ce point de vue a été vivement critiqué par les mouvements identitaires chicanos et la « gauche » états-unienne, qui y ont vu un comportement similaire à celui d’un colonisé69, rappelant le portrait qu’en dresse l’écrivain franco-tunisien Albert Memmi70. L’attitude de l’écrivain peut simplement traduire son caractère « oblat », c’est-à-dire, selon Pierre Bourdieu et Monique Saint-Martin qui empruntent le terme au registre religieux71, celui ou celle qui, redevable de tout à l’institution (ici scolaire), en promeut les valeurs corps et âme. En effet, Richard Rodriguez est un fervent défenseur de la méritocratie, une notion extrêmement puissante en Amérique où la figure du self-made man est essentielle, sans comprendre qu’elle masque en réalité la force des héritages, c’est-à-dire les attentes culturelles et intellectuelles qui favorisent les élites, et fait peser la responsabilité de la réussite ou de l’échec uniquement sur les individus, isolés de leur contexte72. En proposant un discours où il brille tels ces quelques « pics superbes, […] rois nés du peuple73 » dont parle le philosophe Alain, l’auteur n’apparaît rien moins que comme un alibi justifiant l’ordre social établi et le maintien d’un statu quo74. Le sociologue François Dubet décrit ce processus à merveille75.

L’entre-deux identitaire

  • 76 Vincent de Gaulejac, La névrose de classe. Trajectoire et conflits d’identité, Paris, Éditions Payo (...)
  • 77 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 110.
  • 78 Ibid., p. 47-48, 51, 61, 72, 195.
  • 79 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 139-146.

20Dans son essai La Névrose de classe. Trajectoire et conflits d’identité, Vincent de Gaulejac observe que la migration vers la classe dite « supérieure » « aboutit généralement à une rupture dans la famille entre ceux qui restent dans leur milieu d’origine et ceux qui sont en promotion76 ». C’est précisément le cas de Richard Rodriguez, qui rappelle avoir changé77, soulignant que l’instruction qu’il a reçue a provoqué en lui une profonde mutation identitaire78. L’épisode de son travail estival aux côtés de manœuvres mexicains est particulièrement révélateur à cet égard79.

  • 80 An Van Hecke, art. cit., p. 53.
  • 81 « Sad. I became the prized student – anxious and eager to learn. Too eager, too anxious ». Richard (...)

21Cependant, en y regardant de plus près, on constate que l’auteur n’a pas complètement oublié ses origines, comme en témoignent les souffrances qui continuent de l’affliger. An van Hecke a raison de signaler que l’autobiographie de Richard Rodriguez ne peut se résumer simplement à « une histoire de succès80 ». L’auteur rappelle à de nombreuses reprises combien il est tourmenté et angoissé : « J’étais triste. Je suis devenu un étudiant parmi les meilleurs, mais toujours anxieux, inquiet à l’idée d'apprendre. Trop inquiet, trop anxieux81 ». Par ailleurs, son récit laisse parfois entrevoir, en contraste avec l’image de parvenu qu’il projette le plus souvent, une forme de lamentation sur la perte et la culpabilité. Comme de nombreux autres transclasses, Richard Rodriguez exprime une culpabilité envers sa famille, comme s’il l’avait trahie. Ce sentiment découle en grande partie de son éloignement, voire de son abandon de la langue espagnole. À ce propos, on remarque l’usage d’un lexique religieux, peu courant dans les récits de transfuges, qui appuie l’hypothèse précédente sur le caractère oblat de l’auteur :

  • 82 « For my part, I felt that I had somehow committed a sin of betrayal by learning English. […] No, I (...)

Pour ma part, j’avais l’impression d’avoir commis un péché, une trahison en apprenant l’anglais. […] Non, j’avais l'impression d’avoir trahi ma famille proche. […] Mais dès que j'ai commencé à parler couramment l’anglais, j’ai commencé à me sentir coupable. […] J’avais l’impression d’avoir brisé le lien intime qui avait auparavant uni la famille de manière si étroite. Ce péché originel contre ma famille résonnait chaque fois que quelqu’un s'adressait à moi en espagnol et que je répondais avec confusion82.

  • 83 Ibid., p. 46.
  • 84 « […] the great mimic; a collector of thoughts, not a thinker ». Ibid., p. 71-72.
  • 85 Julia Scialpi, « “Fake it ‘till you make it” : une résilience problématique dans Changer : méthode (...)
  • 86 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 132.
  • 87 Ibid., p. 52, 58, 172.

22Richard Rodriguez se perçoit avant tout comme un imitateur. Non seulement il souffre d’un manque d’originalité83 – il ne serait qu’un « […] grand mime, [un] collecteur de pensées, mais pas [un] penseur84 » – mais son attitude tout au long de son parcours évoque de manière frappante celui dépeint par Édouard Louis dans Changer : méthode. L’écrivain français relate combien sa rencontre avec Elena et sa mère Nadya, issues de la bourgeoisie amiénoise, a été déterminante. Comme le souligne avec justesse Julia Scialpi85, c’est à leurs côtés que le futur écrivain se sociabilise et assimile les habitus de ce milieu, déléguant d’abord à ses deux amies la formation de son identité avant d’adopter la stratégie de l’imitation. Richard Rodriguez fait de même. Fasciné par les visites occasionnelles chez ses camarades de classe (luxe de la décoration intérieure et du service de table, courtoisie et délicatesse de ses hôtes86), il ne cesse de copier les accents et la diction de ses professeurs, de suivre leurs conseils et de faire siens, sans la moindre distance critique, leurs idées et points de vue87.

  • 88 Franz Fanon, Peau noire, masques blancs, Paris, Seuil, 1952.
  • 89 Dereck Walcott, « The Caribbean: Culture or Mimicry? », Journal of Interamerican Studies and World (...)
  • 90 Homi Bhabha, Les lieux de la culture. Une théorie postcoloniale, Paris, Payot, 2007.
  • 91 Chantal Jaquet, op. cit., p. 106.
  • 92 Adrien Naselli, Et tes parents, ils font quoi ? Enquête sur les transfuges de classe et leurs paren (...)
  • 93 Norbert Alter, Sans classe ni place. L’improbable histoire d’un garçon venu de nulle part, Paris, P (...)

23Cette absorption des codes de la bourgeoisie, qui n’est pas sans rappeler le mimétisme de l’endoctrinement colonial évoqué par Franz Fanon88, Dereck Walcott89 ou Homi Bhabha90, n’est pourtant qu’un leurre. En effet, contrairement à ce qu’il affirme souvent, malgré la conviction d’être devenu un parvenu inaltérable, Richard Rodriguez demeure un être hybride, une « créature à faces multiples91 », un « caméléon92 ». Comme le souligne justement le sociologue Norbert Alter, « [t]ous ceux qui ont quitté un village pour aller dans un autre, tous ceux qui ont changé de place, de classe, de statut ou de genre […] n’abandonnent ni leur identité ni leur culture d’hier pour endosser celle d’aujourd’hui […]. Ils ne parviennent jamais à être complètement ici, pas plus qu’ils ne demeurent ailleurs. […] Ils se socialisent dans l’entre-deux, le ni ici ni ailleurs, le nulle part93 ».

Conclusion

  • 94 David Guilbaud, op. cit., p. 206 ; Norbert Alter, op. cit, p. 296-297.
  • 95 Pierre Bourdieu, Esquisse pour une auto-analyse, Paris, Raisons d’agir, 2004, p. 89, 131, 134-135 ; (...)
  • 96 Yann Le Bihan, op. cit., p. 144.
  • 97 Nicolas Mathieu, « Les mots les plus justes, les plus denses », Cahier de l’Herne, « Annie Ernaux » (...)
  • 98 Pierre Bourdieu, Interventions, 1961-2001. Science sociale & action politique, Marseille, Agone, 20 (...)

24Le parcours social de Richard Rodriguez relève-t-il d’un conte de fée ? Cette contribution montre que ce n’est pas le cas, malgré les apparences. Bien que l’auteur privilégie la plupart du temps le monde d’arrivée au détriment de celui de départ, il se trouve, comme nombre de transclasses, dans une position singulière, celle de l’entre-deux. Cette situation, si elle présente souvent des aspects positifs, tels qu’une grande capacité d’adaptation, un recul critique94 et une pensée créative95, peut également s’avérer inconfortable96. Il n’est guère étonnant, dans ce contexte, que Richard Rodriguez, souffrant du « sentiment d’apatride97 » dont parle Nicolas Matthieu, ait préféré s’ancrer dans une patrie stable, celle de l’assimilation sans compromis. En cela, son attitude rejoint les observations de Pierre Bourdieu sur les miraculés du système scolaire : ils peuvent avoir tendance à universaliser leur propre situation et, ce faisant, à adopter une posture conservatrice : « Ceux que l’école a libérés sont plus que tous les autres enclins à croire en l’école libératrice, ce par quoi l’école conservatrice a encore raison d’eux. Aliénés par leur libération, ils doivent payer de la foi en l’école libératrice leur succès. Ils mettent leur foi en l’école libératrice au service de l’école conservatrice qui doit au mythe de l’école libératrice une part de son pouvoir de conservation98 ».

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Notes

1 Nous préférons ce néologisme introduit en français par Chantal Jaquet au qualificatif de « transfuge de classe », lequel, d’une part, ne semble faire référence qu’aux changements vers le haut en omettant l’existence des déclassements et, d’autre part, possède une connotation péjorative en lien avec l’idée de traîtrise : un transfuge n’est-il pas un militaire déserteur qui passe dans le camp ennemi ou un homme ou une femme politique qui rallie le parti adverse ? S’il dépolitise quelque peu la question de la mobilité sociale, raison pour laquelle certains auteurs comme Annie Ernaux ou Didier Éribon préfèrent continuer à se définir comme des « transfuges de classe », le terme « transclasse », à travers le préfixe trans- qui marque « le mouvement de transition, du passage de l’autre côté », est plus neutre. Lire Chantal Jaquet, Les transclasses ou la non-reproduction, Paris, PUF, 2015 [2014], p. 13-14.

2 Annie Ernaux, L’écriture comme un couteau. Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet, Paris, Gallimard, 2011, p. 138-139. Sur ce genre, lire Philipp Lammers & Marcus Twellmann, « L’autosociobiographie, une forme itinérante », COnTEXTES, 16/12/2021, consulté le 20/12/2021. URL : http://journals.openedition.org/contextes/10515.

3 Notre corpus principal se compose des récits suivants, dans lesquels la mobilité sociale constitue le ou l’un des thèmes structurants : Hunger of Memory (1982) de Richard Rodriguez (États-Unis d’Amérique), « Biografía de un ascenso social a través de la educación » (1987) de Gerardo Chacón Padilla (Équateur), El balcón en invierno (2014) de Luis Landero (Espagne), El dolor de los demás (2018) de Miguel Ángel Hernández (Espagne), Roy. De abajo hacia arriba (2017) d’Ángel Beccassino / Roy Barreras (Colombie), Sin mirar atrás (2018) de Carlos Acosta (Cuba) et Mientras estamos muertos (2022) de José Ovejero (Espagne). D’autres récits abordent la problématique transclasse de manière plus ponctuelle : Oscura monótona sangre (2010) de Sergio Olguín (Argentine), Casi nada que ponerte (2016) de Lucía Lijtmaer (Argentine/Espagne), El enfermero de Lenín (2017), Retrato del futbolista adolescente (2019) et El capitalista simbólico (2021) de Valentín Roma (Espagne), Para morir iguales (2018) de Rafael Reig (Espagne), Cuando fuimos los peripatéticos. La novela de Merlí (2018) et Yo, Pol Rubio (2020) de Héctor Lozano (Espagne), Listas, guapas, limpias (2020) d’Anna Pacheco (Espagne), Feria (2020) d’Ana Iris Simón (Espagne), Cachivaches (2020) de Diego Riveros (Chili), Donde brilla el tibio sol (2022) de Silvia Giaganti (Argentine), Lugar seguro (2022) d’Isaac Rosa (Espagne) et Supersaurio (2023) de Meryem El Mehdati (Espagne). Pour plus de détails, nous renvoyons à notre récent ouvrage Transclasses hispaniques. Écrire la mobilité sociale ascendante, Paris, L’Harmattan, Collection « Logiques sociales », 2024.

4 « […] larga distancia », Marcelo Boado Martínez, La movilidad social en el Uruguay contemporáneo, Montevideo, IUPERJ, Universidade Candido Mendes, 2008, p. 31.

5 Voir Édouard Louis, Changer : méthode, Paris, Seuil, 2021.

6 Lionel Ruffel, « Transfuges : la fin d’un récit », dans ce numéro.

7 Miguel Ángel Hernández, El dolor de los demás, Barcelona, Editorial Anagrama, 2018.

8 Silvia Giaganti, Donde brilla el tibio sol, Buenos Aires, Mansalva, 2022.

9 Valentín Roma, El capitalista simbólico, Cáceres, Editorial Periférica, 2022.

10 Anna Pacheco, Listas, guapas, limpias, Barcelona, Caballo de Troya, 2020 [2019] ; Silvia Giaganti, op. cit. ; Ana Iris Simón, Feria, Madrid, Debolsillo, 2023 [2020] ; Meryen El Mehdati, Supersaurio, Barcelona, Blackie Books, 2023.

11 Bibiana Collado Cabrera, Yeguas exhaustas, Logroño, Los Aciertos & Pepitas, 2024 [2023].

12 Carlos Acosta, Sin mirar atrás. La historia de un bailarín cubano, Barcelona, Plataforma Editorial, 2018 ; Gerardo Chacón Padilla, « Biografía de un “ascenso social” a través de la educación. Autorreflexión de un caso en Latinoamérica (1960-1982) », Revista de historia de las ideas, n°8, 1987, p. 199-242.

13 Ce terme, parfois utilisé péjorativement, désigne un États-Unien d’origine mexicaine.

14 Richard Rodriguez, Hunger of Memory. The Education of Richard Rodriguez. An Autobiography, New York, Bantam Books, 2004. Toutes les citations en anglais renvoient à cette édition.

15 Olga Segura, « Richard Rodriguez Will Not Fit Into Your Categories », America Magazine, 4 février 2019, p. 41 ; An Van Hecke, « La pérdida de una lengua y la intraducibilidad en Hunger of Memory de Richard Rodriguez », Iberoamericana, volume XX, no 75, 2020, p. 52.

16 Tomás Rivera, « Richard Rodriguez’ Hunger of Memory as Humanistic Antithesis », MELUS, volume 11, no 4, 1984, p. 5 ; Renny Christopher, « Unhappy Narratives of Upward Mobility: Martin Eden, Bread Givers, Delia’s Song, and Hunger of Memory », College Literature, volume 29, no  4, 2002, p. 98 ; Jorge E. Mancillas, El ser racializado: el concepto de raza en las experiencias autobiográficas de Richard Rodriguez y Kevin R. Johnson, Mémoire de Master, Tempe, Arizona State University, 2014, p. 42 ; An Van Hecke, art. cit., p. 52.

17 Fernando Pedro Delgado, « Richard Rodriguez and the Culture Wars: The Politics of (Mis)representation », Howard Journal of Communications, volume 5, no  1-2, 1993, p. 2 ; Aureliano Maria DeSoto, Chicana/o Intellectuals: Politics, Polemics, and Paradigms, Thèse de Doctorat, Santa Cruz, University of California, 2000, p. 121-122 ; Isabel Durán, « Latino Autobiography, the Aesthetic, and Political Criticism: The Case of Hunger of Memory »,  Journal of Transnational American Studies, volume 6, no  1, 2015, p. 94-95 ; An Van Hecke, art. cit., p. 53, 61 ; Teresa McKenna, « On Lies, Secrets and Silence. Hunger of Memory as Autobiography. A Comparative Perspective », Migrant Song, 2021, p. 51.

18 Freema Gottlieb, « Against Bilingual Schooling », New Leader, 3 mai 1982, p. 18 ; Olga Segura, art. cit., p. 42.

19 Richard Rodriguez, op. cit., p. 10, 59, 128-130.

20 Paul Guajardo, Chicano Controversy. Oscar Acosta and Richard Rodriguez, New York, Peter Lang, 2002, p. 69.

21 « I am filled with the gaudy delight, the monstruous grace of the nouveau riche ». Richard Rodriguez, op. cit., p. 147.

22 François Bégaudeau, Boniments, Paris, Éditions Amsterdam, 2023, p. 69.

23 Hervé Algalarrondo, Deux jeunesses françaises, Paris, Grasset, 2021, p. 16, 111, 161.

24 « Once upon a time, I was a “socially disadvantaged” child ». Richard Rodriguez, op. cit., p. 1. Nous soulignons.

25 « […] niño expósito ». Margo Glantz, Las genealogías, Madrid, Pre-Textos, 2006, p. 182, p. 204.

26 Richard Rodriguez, op. cit., p. 122.

27 « […] ugly ». Ibid., p. 133.

28 « I am the only one in the family whose face is severely cut to the line of ancient Indian ancestors. My face is mournfully long, in the classical Indian manner ». Ibid., p. 123.

29 « They regarded the people at work, the faces in crowds, as very distant for us. They were the others, los gringos ». Ibid., p. 11.

30 Richard Rodriguez, Days of Obligation. An Argument with My Mexican Father, New York, Viking Penguin, 1992.

31 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 135.

32 Didier Éribon, Retour à Reims, Paris, Flammarion, 2010 [2009], p. 25, 203 ; Didier Éribon, La société comme verdict. Classes, identités, trajectoires, Paris, Flammarion, 2014, p. 36. Lire également Édouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, Paris, Seuil, 2014, p. 143, 165, 197, 201, 217.

33 Chantal Jaquet, op. cit., p. 95.

34 Paul Bourget, L’étape, Paris, Plon, 1934 [1902], Tome i, p. 50 ; Chantal Jaquet, op. cit., p. 95 ; Fabien Truong, « Les trajectoires d’ascension scolaire des jeunes issus de l’immigration », Vie sociale, no 29-30, 2020, p. 78 ; Abdelilah Laloui, Les baskets et le costume, Paris, Jean-Claude Lattès, 2020, p. 24 ; Lori Saint-Martin, Pour qui je me prends, Paris, Éditions de l’Olivier, 2023 [2020], p. 140-151 ; Nicolas Mathieu, Connemara, Arles, Actes Sud, 2022, p. 88 ; Mabrouck Rachedi, Tous les mots qu’on ne s’est pas dits, Paris, Grasset, 2022, p. 14, 16 ; Delphine Laurent, Naisseur, Paris, Albin Michel, 2023, p. 19, 67-68 ; Amaury Barthet, Le diplôme, Paris, Albin Michel, 2023, p. 33 ; Meryem El Mehdati, op. cit., p. 11 ; Christian Signol, Une famille française, Paris, Albin Michel, 2023, p. 13-14, 30, 96.

35 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 44-47.

36 « We lived among gringos and only a block from the biggest, whitest houses ». Ibid., p. 10.

37 « They sent their children to parochial schools because the nuns “teach better” ». Ibid., p. 56.

38 Kaoutar Harchi, Comme nous existons, Nîmes, Actes Sud, 2021, p. 96 ; Nicolas Mathieu, op. cit., p. 79 ; Léa Iribarnegaray, « “Dans ma famille, on avait le sentiment de vivre à deux pas du précipice”. Kaoutar Harchi », Le Monde, 14/07/2023 ; Luis Landero, Entre líneas: el cuento o la vida, Barcelone, Tusquets, 2001, p. 15 ; Luis Landero, « Reflexiones sobre mi obra », Mostrar con propiedad un desatino. La novela española contemporánea, Madrid, Ediciones Eneida, 2004, p. 102 ; Luis Landero, El balcón en invierno, Barcelone, Maxi Tusquets, 2016 [2014], p. 7.

39 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 18-19.

40 Ibid., p. 19-21.

41 Jean Guéhenno, Changer la vie. Mon enfance et ma jeunesse, Paris, Grasset, 1961, p. 181.

42 « Four Eyes! ». Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 47.

43 Idem, p. 47, 66-67.

44 Jean-Paul Delahaye, Exception consolante. Un grain de pauvre dans la machine, Amiens, Éditions de la Librairie du Labyrinthe, 2021, p. 223.

45 « Reading was for me the key to “knowledge”; I swallowed facts and dates and names and themes ». Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 195-196. 

46 Rachid Benzine, Ainsi parlait ma mère, Paris, Stock, 2020, p. 36.

47 Annie Ernaux, Le vrai lieu. Entretiens avec Michelle Porte, Paris, Gallimard, 2014, p. 51.

48 Cécile Rabot, « Et toi, tu lis quoi en ce moment ? », dans Manuel indocile de Sciences Sociales. Pour des savoirs résistants, sous la direction de Philippe Boursier & Willy Pelletier, Paris, La Découverte, 2019, p. 683.

49 Nicolas Mathieu, op. cit., p. 65-66, 215.

50 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 52.

51 Ibid., p. 55.

52 Ibid., p. 4, 55, 61-62.

53 « I write this book as a middle-class American man. Assimilated ». Ibid., p. 1. Sur le même sujet, dans le contexte français, lire Xavier Le Clerc, Un homme sans titre, Paris, Gallimard, 2022, p. 123.

54 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 28-32.

55 Ce rejet de l’espagnol a visiblement perduré. Julio A. Marzán, « The Art of Being Richard Rodriguez », Bilingual Review / La Revista Bilingüe, volume 27, no 1, 2003, p. 49.

56 Astrid Haas, « Canon y Cálculo: Jaime Escalante, Richard Rodriguez y el discurso educativo latino entre asimilación y diferencia cultural », Forum for Inter­american Research, volume 4, no 1, 2011, consulté le 02/06/2023. URL : https://interamerica.de/current-issue/haas/.

57 Se reporter au premier chapitre intitulé « Aria ». Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 9-41.

58 Le parcours personnel de la Canadienne Lori Saint-Martin n’est pas loin d’appuyer les propos de Richard Rodriguez. Dans son cas, l’adoption de la langue française et le rejet de l’anglais signifient « appr[endre ] à respirer », « plong[er] et refai[re] surface ailleurs », « [s]e redonner naissance », « rompre pour vivre ». Lori Saint-Martin, op. cit., p. 9, 12.

59 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 153.

60 Ce sentiment le pousse à renoncer à une carrière en tant qu’enseignant universitaire dans la mesure où il n’est pas convaincu que les offres de postes ressortissent à ses qualités propres plutôt qu’au besoin d’avoir des enseignants issus de la « diversité ».

61 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 153, 156.

62 « One Mexican-American said I was a minority whether I wanted to be or not. And he said that the reason I was a beneficiary of affirmative action was simple: I was a Chicano. (Wasn’t I ?) It was only an issue of race ». Ibid., p. 159. 

63 « Americans were able to take seriously, say, the woman business executive’s claim to be the victim of social oppression ». Ibid., p. 160.

64 « […] danger ». Idem.

65 « […] to underestimate, even to ignore altogether, the importance of class ». Idem.

66 Ibid., p. 155, 157-158, 161-162.

67 « […] a reform of primary and secondary schools ». Ibid., p. 162.

68 « […] national literacy campaign for children of the poor – white and nonwhite – at the earliest levels of learning ». Ibid., p. 163. 

69 Voir par exemple Jennifer Browdy de Hernandez, « Postcolonial Blues: Ambivalence and Alienation in the Autobiographies of Richard Rodriguez and V.S. Naipaul », a/b: Auto/Biography Studies, volume 12, no 2, 1997, p. 151.

70 Albert Memmi, Portrait du colonisé précédé de Portrait du colonisateur, Paris, Folio, 2002, p. 40-41.

71 Pierre Bourdieu & Monique Saint-Martin, « La sainte famille. L’épiscopat français dans le champ du pouvoir », Actes de la recherche en sciences sociales, no 44-45, 1982, p. 5.

72 David Guilbaud, L’illusion méritocratique, Paris, Odile Jacob, 2018, p. 12, 21, 50 ; Stéphanie Chaillou, Le bruit du monde, Paris, Les Éditions Noir sur Blanc, 2018, p. 162-163 ; Annabelle Allouch, « Qui veut peut ? », dans Manuel indocile de Sciences Sociales. Pour des savoirs résistants, sous la direction de Philippe Boursier & Willy Pelletier, Paris, La Découverte, 2019, p. 654 ; Leïla Frouillou, « À l’école, tu bosses, tu réussis ? », dans Manuel indocile de Sciences Sociales. Pour des savoirs résistants, sous la direction de Philippe Boursier & Willy Pelletier, Paris, La Découverte, 2019, p. 671 ; Patrick Dubéchot, « “S’en sortir” ou de la mobilité sociale. Notions et concepts discutables et à discuter », Vie sociale, no 29-30, 2020, p. 30-31 ; Rose-Marie Lagrave, Se ressaisir. Enquête autobiographique d’une transfuge de classe féministe, Paris, La Découverte, 2021, p. 377 ; Michael J. Sandel, La tyrannie du mérite, Paris, Albin Michel, 2021 ; Paul Pasquali, Héritocratie. Les élites, les grandes écoles et les mésaventures du mérite (1870-2020), Paris, La Découverte, 2021 ; Chantal Jaquet & Jean-Marie Durand, Juste en passant, Paris, PUF, 2021, p. 83 ; Rose-Marie Lagrave, op. cit., p. 146-147 ; François Dubet, Tous inégaux, tous singuliers. Repenser la solidarité, Paris, Seuil, 2022, p. 116-117 ; Amaury Barthet, op. cit., p. 10, 127 ; Gaspar Kœnig, Humus, Paris, Les Éditions de l’Observatoire, 2023, p. 202.

73 Alain, cité par Sophie Coignard, La Tyrannie de la médiocrité, Paris, Éditions de l’Observatoire, 2022, p. 78-79.

74 David Guilbaud, op. cit., p. 50, 77 ; Patrick Dubéchot, op. cit., p. 31 ; Michael J. Sandel, op. cit., p. 41 ; Annabelle Allouch, Mérite, Paris, Anamosa, 2021, p. 16 ; Laélia Véron, « Nicolas Mathieu : “Nommer les choses jusqu’à ce qu’elles soient insupportables” », Ballast, 03/05/2021, consulté le 04/12/2023. URL : https://www.revue-ballast.fr/nicolas-mathieu-nommer-les-choses-jusqua-ce-quelles-soient-insupportables ; Samah Karaki, Le Talent est une fiction. Déconstruire les mythes de la réussite et du mérite, Paris, Jean-Claude Lattès, 2023, p. 40.

75 François Dubet, op. cit., p. 221.

76 Vincent de Gaulejac, La névrose de classe. Trajectoire et conflits d’identité, Paris, Éditions Payot, 2016, p. 98. Lire également Edmond Goblod, La Barrière et le niveau. Étude sociologique sur la bourgeoisie française moderne, Paris, Félix Alcan, 1930, p. 22 ; Jules Naudet, Entrer dans l’élite. Parcours de réussite en France, aux États-Unis et en Inde, Paris, PUF, 2012, p. 13, 17-18 ; Paul Pasquali, Passer les frontières sociales. Comment les « filières d’élite » entrouvrent leurs portes, Paris, Fayard, 2014, p. 47, 345 ; Chantal Jaquet, op. cit., p. 132.

77 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 110.

78 Ibid., p. 47-48, 51, 61, 72, 195.

79 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 139-146.

80 An Van Hecke, art. cit., p. 53.

81 « Sad. I became the prized student – anxious and eager to learn. Too eager, too anxious ». Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 46.

82 « For my part, I felt that I had somehow committed a sin of betrayal by learning English. […] No, I felt that I had betrayed my immediate family. […] But one I spoke English with ease, I came to feel guilty. (This guilt defied logic.) I felt that I had shattered the intimate bond that once held the family close. This original sin against my family told whenever anyone addressed me in Spanish and I responded, confounded ». Ibid., p. 30.

83 Ibid., p. 46.

84 « […] the great mimic; a collector of thoughts, not a thinker ». Ibid., p. 71-72.

85 Julia Scialpi, « “Fake it ‘till you make it” : une résilience problématique dans Changer : méthode (2021) d’Édouard Louis », dans La résilience du transclasse : parcours personnels, politiques, littéraires, sous la direction de Nicolas Balutet & Edwige Camp-Pietrain, Lormont, Le Bord de l’eau, 2023, p. 178-182.

86 Richard Rodriguez, Hunger of Memory, op. cit., p. 132.

87 Ibid., p. 52, 58, 172.

88 Franz Fanon, Peau noire, masques blancs, Paris, Seuil, 1952.

89 Dereck Walcott, « The Caribbean: Culture or Mimicry? », Journal of Interamerican Studies and World Affairs, volume 16, no 1, 1974, p. 3-13.

90 Homi Bhabha, Les lieux de la culture. Une théorie postcoloniale, Paris, Payot, 2007.

91 Chantal Jaquet, op. cit., p. 106.

92 Adrien Naselli, Et tes parents, ils font quoi ? Enquête sur les transfuges de classe et leurs parents, Jean-Claude Lattès, Paris, 2021, p. 94.

93 Norbert Alter, Sans classe ni place. L’improbable histoire d’un garçon venu de nulle part, Paris, PUF, 2022, p. 297.

94 David Guilbaud, op. cit., p. 206 ; Norbert Alter, op. cit, p. 296-297.

95 Pierre Bourdieu, Esquisse pour une auto-analyse, Paris, Raisons d’agir, 2004, p. 89, 131, 134-135 ; Nicole Lapierre, Pensons ailleurs, Paris, Gallimard, 2006, p. 19, 142, 277 ; Norbert Alter, La force de la différence. Itinéraires de patrons atypiques, Paris, PUF, 2018 [2012], p. 205 ; Jaquet Chantal, op. cit., pp. 147-148 ; Yann Le Bihan, Confessions impersonnelles. Un transfuge en socioanalyse, Nanterre, Presses Universitaires de Paris Nanterre, 2021, p. 86.

96 Yann Le Bihan, op. cit., p. 144.

97 Nicolas Mathieu, « Les mots les plus justes, les plus denses », Cahier de l’Herne, « Annie Ernaux », 2022, p. 252.

98 Pierre Bourdieu, Interventions, 1961-2001. Science sociale & action politique, Marseille, Agone, 2002, p. 49.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Nicolas Balutet, « Souffrances, rejets et séparations dans Hunger of Memory (1982) de Richard Rodriguez »COnTEXTES [En ligne], 36 | 2025, mis en ligne le 22 juin 2025, consulté le 08 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/contextes/13271 ; DOI : https://doi.org/10.4000/146ix

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