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Racine contre Shakespeare

François Ponsard et le tropisme « moderne » de l’histoire littéraire
Christophe Bertiau

Texte intégral

  • 1 Sur l’histoire de ces deux pièces, voir Olivier Bara, « Le triomphe de Lucrèce de Ponsard (1843) et (...)
  • 2 Nous reprenons les chiffres de Siegbert Himmelsbach, Un fidèle reflet de son époque : le théâtre de (...)

1De François Ponsard (1814‑1867), il ne reste aujourd’hui dans les mémoires – quand toutefois il en reste quelque chose – que le tumulte causé par sa tragédie Lucrèce qui, dès sa première représentation au théâtre de l’Odéon le 22 avril 1843, aurait ressuscité le classicisme et porté un coup fatal au romantisme au théâtre, et en particulier à Victor Hugo, dont Les Burgraves, raconte-t-on, auraient peu avant connu un fiasco1. Fr. Ponsard, pourtant, avait su se maintenir à l’affiche après son premier succès et s’imposer comme l’un des dramaturges les plus en vue de son temps, alors même qu’il ne fut guère prolifique : on lui doit, pour l’essentiel, une dizaine de pièces de théâtre, une quarantaine de poèmes et une traduction (1837) de Manfred de Lord Byron dont tout le monde s’accorde à peu près pour dire qu’elle n’est rien d’autre qu’un essai de jeunesse maladroit. Il ne chercha jamais à être un auteur à la mode enchaînant rapidement les succès ; mais ses pièces étaient attendues d’un public exigeant. Jusqu’en 1910, Lucrèce est représentée, à Paris, environ 110 fois ; Charlotte Corday (1850 pour la première), 128 fois ; Horace et Lydie (1850), 218 fois ; L’Honneur et l’argent (1853), 537 fois ; et Le Lion amoureux (1866), 224 fois2. Ces pièces ne sont plus lues aujourd’hui et sont encore moins représentées.

2Nous ne chercherons pas, ici, à réhabiliter l’écrivain. Ce serait reconduire la logique de classement de l’histoire littéraire, avec laquelle le présent dossier entend prendre ses distances. Il s’agira plutôt de s’interroger sur ladite logique et de mettre en évidence un tropisme « moderne » de l’histoire littéraire, dont Fr. Ponsard semble avoir fait les frais.

La valeur littéraire de l’œuvre de François Ponsard

  • 3 C’est ainsi qu’Olivier Bara interprète le succès de Lucrèce au théâtre de l’Odéon (note 1).
  • 4 On peut lire chez Siegbert Himmelsbach : « Au fur et à mesure que les vagues de cette querelle tumu (...)

3Il serait commode de considérer que l’échec posthume de Fr. Ponsard s’explique tout simplement par la médiocrité de son œuvre et que, si ses pièces ont connu quelque succès, ce ne fut que le résultat d’une bulle médiatique3, d’amitiés en haut lieu, d’un conformisme « bourgeois » qui devait plaire au public ou, sans doute, d’un peu tout cela à la fois. En somme, le temps a fait son œuvre ; les querelles d’antan se sont apaisées, et l’on peut enfin observer en toute sérénité que Fr. Ponsard était le nom d’une imposture4.

4C’est accorder beaucoup de crédit – et de détachement historique – à une partie, et une partie seulement, de la critique. Car pour peu qu’on s’y arrête, force est de constater que l’œuvre de Fr. Ponsard a toujours fait l’objet de jugements contrastés. En 1874, soit sept ans après la mort du dramaturge, le Grand dictionnaire universel de Pierre Larousse s’interrogeait sur ce que serait sa réception par la postérité :

  • 5 « PONSARD (Francis) », dans Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du xixe siècle, t. xii, P (...)

Quoique sa carrière n’ait pas été de longue durée si l’on compte les années, Ponsard a eu le temps d’élever son monument. Sera-t-il plus durable que l’airain, ce monument ? La postérité peut seule le savoir. On peut constater, dès à présent, qu’il s’en exhale un parfum d’honnêteté littéraire qui remonte aux anciens maîtres. Ce n’est pas son moindre mérite, et qui sait ? ce sera peut-être l’originalité et la gloire du poëte d’avoir fait circuler dans les veines de la comédie moderne, après tant de fièvres et de langueurs, un reste de ce sang vigoureux et pur qui semblait tari, et de n’avoir pas craint de nous paraître banal, pour être plus sûr d’être vrai5.

5Autrement dit, à cette époque, il était encore raisonnable de penser, à la lecture des critiques, que Fr. Ponsard passerait à la postérité comme un auteur de qualité car « honnête », « vigoureux », « pur » et « vrai », quoiqu’il pût « nous paraître banal ». Si l’auteur de Lucrèce a fini par tomber dans l’oubli, il a pu toutefois trouver encore longtemps après sa mort des défenseurs.

  • 6 « Le voilà mort : que restera-t-il de lui ? Le temps impitoyable ne garde que les chefs-d’œuvre où (...)
  • 7 Ainsi, par exemple, d’Alphonse Royer dans son Histoire du théâtre contemporain depuis 1800 jusqu’à (...)
  • 8 L[ouis] Petit de Julleville, Le Théâtre en France. Histoire de la littérature dramatique depuis ses (...)

6Pour Francisque Sarcey, Fr. Ponsard pourra, grâce à son talent, « surnager » encore quelque temps après sa mort avant de tomber dans l’oubli6. C’est là, vraisemblablement, le jugement le plus répandu sur son œuvre : les critiques lui reconnaissent un certain mérite, sans toutefois lui accorder les honneurs de la postérité7. Très vite, la prophétie se réalise. Mais il est d’autres critiques qui soulignent l’injustice du sort réservé, ou dont on pense qu’il sera réservé, à Fr. Ponsard. Louis Petit de Julleville, par exemple, signale à la fin du xixe siècle : « Il est probable que Ponsard n’obtiendra pas, chez la postérité, une renommée égale à son mérite, et aux grandes espérances qu’avaient conçues de lui ses admirateurs8. »

  • 9 « Ponsard hat als Dichter (denn ein Dichter war er) das grausamste und ungerechteste Schicksal bei (...)
  • 10 « [...] eine unverdient schlimme Beurteilung [...]. » (V. Klemperer, Geschichte der französischen L (...)

7Outre-Rhin, Victor Klemperer soutient en 1926 que « la postérité a fait subir à Ponsard le sort le plus cruel et le plus injuste que l’on puisse réserver à un poète digne de ce nom9 » ; et de faire l’éloge de Charlotte Corday, chef-d’œuvre unique de l’écrivain, selon lui. En 1956, il parlera encore d’« un jugement sévère immérité10 ».

  • 11 Siegbert Himmelsbach (op. cit.) fournit également un aperçu de la réception de Fr. Ponsard aux p. 7 (...)

8Depuis cette date, à l’exception d’une monographie de Siegbert Himmelsbach sur Fr. Ponsard en 1980 qui se montre critique – sans excès – vis-à-vis de l’œuvre11, on trouve bien peu de choses sur notre auteur. Au vu des erreurs et imprécisions qui émaillent leurs textes, il y a fort à parier que nombre d’historiens de la littérature qui dénigrent alors Fr. Ponsard ne l’ont pas lu et n’en ont qu’une connaissance très limitée.

  • 12 Patrick Berthier, art. cit.

9Récemment, toutefois, deux chercheurs ont témoigné d’un désir de reconsidérer le théâtre de Fr. Ponsard. Patrick Berthier, tout d’abord, a consacré un article à une « réévaluation » de Lucrèce12. Il s’agit bien d’une « réévaluation » et non d’une « réhabilitation » ; mais, ce faisant, l’auteur signale l’intérêt que la pièce peut encore présenter pour nous. Michel Autrand, ensuite, dans l’ouvrage dirigé par Jean-Claude Yon Les Spectacles sous le Second Empire, nous offre une assez longue présentation de l’ensemble du théâtre de Fr. Ponsard – ce qui est assez rare pour être souligné – auquel il reconnaît, lui aussi, des qualités certaines, tout en déplorant un vieillissement de la langue.

10Doit-on considérer que la valeur réelle d’un auteur s’établit sur la base de la tendance majoritaire des suffrages exprimés par les spécialistes ? Dans ce cas, on admettra que Fr. Ponsard, sans être dépourvu de talent, n’est toutefois pas à ranger parmi les « grands écrivains ». Mais peut-on balayer d’un revers de main les jugements plus favorables dont nous avons donné ici quelques exemples significatifs ? Ces jugements ne devraient-ils pas nous inviter à appréhender la valeur littéraire non pas comme un donné, mais comme l’objet d’une lutte, quel que soit par ailleurs le talent de l’auteur ? On verra en tout cas ci-dessous comment une certaine conception de l’évolution littéraire a parasité jusqu’à aujourd’hui l’évaluation des mérites littéraires du théâtre de Fr. Ponsard.

Racine et Shakespeare, le débat rejoué

  • 13 Œuvres complètes de F. Ponsard de l’Académie française, t. i, Paris, Michel Lévy frères, 1865, p. 2 (...)
  • 14 Sur la vogue shakespearienne et la querelle autour de J. Racine et de W. Shakespeare, voir notammen (...)
  • 15 Œuvres complètes de F. Ponsard de l’Académie française, op. cit., p. 27.

11Dans son discours de réception tenu à l’Académie française le 4 décembre 1856, Fr. Ponsard rejoue la querelle de « Racine et Shakespeare ». Il y réclame le droit d’être critique aussi bien envers Jean Racine qu’envers William Shakespeare : « Pourquoi donc être si indulgent envers lui [Shakespeare] et si rigoureux envers Racine13 ? » Malgré l’apparence de conciliation, sa position est résolument polémique : Fr. Ponsard s’en prend ici à une tendance d’époque puisque W. Shakespeare connaissait alors une véritable vogue14. En proclamant l’égale valeur de J. Racine et de W. Shakespeare, il s’attaque à tous ceux qui avaient fait de W. Shakespeare un mot d’ordre : « Pour moi, j’ai peine à croire que ceux qui admirent ses folies et les transforment en profondeurs comprennent ses véritables beautés ; je doute que ceux qui ne savent pas aimer Racine sachent aimer Shakespeare15. »

  • 16 En Allemagne, où Shakespeare avait fini par passer pour un auteur « national » (voir Christine Roge (...)

12Les réactions ne se firent pas attendre16. La première d’entre elles fut certainement la plus significative. Dans la réponse académique qu’il adresse au nouvel entrant, Désiré Nisard, alors même qu’il se montre plus pointilleux sur la question des unités au théâtre et peut passer, à ce titre, pour plus classique que son vis-à-vis, réclame que l’on cesse de chercher des défauts à W. Shakespeare. Non que celui-ci n’ait pas de défauts, mais parce que :

  • 17 Œuvres complètes de F. Ponsard de l’Académie française, op. cit., p. 47.

Le temps a élevé Shakespeare au-dessus de la critique, peut-être parce qu’il l’a élevé au-dessus de l’éloge. Les mots mêmes de beautés et de défauts appartiennent à une langue relative, en dehors de laquelle il faut chercher des termes, si l’on tient à définir le charme ou à caractériser les imperfections de ces œuvres étonnantes17.

  • 18 Idem.

13Tout poète, en tant qu’être humain, est nécessairement imparfait, selon D. Nisard ; pourquoi donc rappeler les imperfections de W. Shakespeare, qui n’en demeure pas moins « une des plus grandes sources de la poésie créatrice18 » ? Si même D. Nisard, considéré comme l’un des chantres du conservatisme littéraire en France, reproche à Fr. Ponsard son aversion pour W. Shakespeare, c’est que Fr. Ponsard accuse, sur ce point, un vrai retard sur son temps.

14Comme de juste, le regard critique porté sur W. Shakespeare a déplu à bien d’autres commentateurs. On peut lire ainsi sous la plume d’Auguste Lacaussade :

  • 19 Revue contemporaine et Athenaeum français, t. 29, 15 décembre 1856, p. 188.

Envers ce dernier [Shakespeare] surtout, le récipiendaire a été d’un dédain.... naïf. Par opposition à la dignité soutenue et polie de Racine, il a énuméré avec complaisance les enflures et bouffissures, les extravagances et bouffonneries, les puérilités, les grossièretés, les obscénités, les brutalités du poète anglais. Il y a de tout cela, en effet, dans le grand Williams [sic], nous le reconnaissons ; mais loin d’appeler les yeux sur ces nudités du génie, nous voudrions, comme le fils du patriarche, pouvoir nous les voiler à nous-même. Quoi qu’il en soit, il est de ces grosseurs de mots qui sont pénibles à rencontrer sur des lèvres de poète parlant d’un poète, – et de quel poète ! la meilleure tête de l’univers19 !

15Dans la Revue des deux mondes, Charles de Mazade formule une critique analogue :

  • 20 Revue des deux mondes, xxvie année, 2de période, Paris, Bureau de la Revue des deux mondes, 1856, p (...)

Un certain sens vigoureux est la qualité du talent de M. Ponsard, et, par une conséquence qui n’a rien d’étrange, le lieu commun est son écueil. C’est ainsi qu’il s’est lancé l’autre jour dans des thèses assez inutiles ou assez ingrates, défendant Racine, notant des grossièretés dans Shakspeare comme des taches dans le soleil [...]20.

16On souligne encore l’occasion que Fr. Ponsard a fournie à D. Nisard de paraître « plus libéral » ou « un peu moins classique » que lui. C. de Mazade ajoute dans le même article :

  • 21 Idem.

Et voyez la fortune singulière : dans cette séance où la parole était aux classiques, où rien ne semblait appeler la polémique, M. Ponsard a donné lieu à toute sorte de contradictions et de rectifications ingénieuses. Il a offert à M. Nisard l’occasion d’être un libéral, de défendre spirituellement Racine contre des réhabilitations inutiles, de mettre le génie de Shakspeare hors de toute atteinte et de faire un discours élégant et juste où d’une main savante le directeur de l’Académie a dégagé l’esprit littéraire français de ce que M. Ponsard lui avait donné de trop négatif et de trop étroit21.

  • 22 E. Hervé, Revue de l’instruction publique en France et dans les pays étrangers, 11 décembre 1856, p (...)

17La même idée se retrouve dans un article d’E. Hervé paru dans la Revue de l’instruction publique en France et dans les pays étrangers : « [...] porter sur Shakspeare un jugement où la parcimonie des éloges compense mal la prodigalité des critiques ; c’était évidemment fournir à celui qui répondrait l’occasion d’un facile triomphe [...]22. » Et encore, dans un texte d’Hippolyte Rigault :

  • 23 Hippolyte Rigault, Journal des débats politiques et littéraires, 6 décembre 1856.

Mais le plus grand art de M. Nisard peut-être, ç’a été de prendre contre M. Ponsard la défense de Shakspeare, et de paraître un peu moins classique que le récipiendaire. [...] M. Nisard, plus libéral, n’a pas laissé Shakspeare expier, sous la main trop énergique de M. Ponsard, les torts momentanés du public à l’égard de Racine. Il a pris un rôle à la fois judicieux et spirituel, en retirant cette grande mémoire de la mêlée des partis, et en la plaçant, à côté d’Homère, au-dessus de toutes les critiques et de tous les éloges23.

  • 24 Dans son discours de réception, on peut lire : « Disons plutôt qu’ils [J. Racine et W. Shakespeare] (...)
  • 25 On pourra lire à ce sujet l’article d’O. Bara mentionné dans la note 1.

18À la lecture des critiques, il apparaît que le tort du récipiendaire ne fut sans doute pas tant d’avoir relevé des défauts chez le dramaturge élisabéthain ou d’avoir défendu J. Racine, que de l’avoir fait trop tard. Alors même qu’il ne fait rien d’autre que reconnaître aux deux auteurs un égal mérite et des défauts explicables par leur position historique tels qu’on en trouve, selon lui, chez tout écrivain24, Fr. Ponsard passe pour avoir défendu J. Racine contre W. Shakespeare, puisque ce dernier ne souffrait plus la contradiction. En rejouant la querelle du « Racine et Shakespeare », il rejoue la querelle de Lucrèce : sa tragédie, qui se voulait une tentative de conciliation entre classicisme et romantisme, entre J. Racine et W. Shakespeare, fut annoncée comme un retour au classicisme, et souvent perçue comme telle25.

19L’histoire littéraire oscillera entre deux pôles interprétatifs : d’un côté, la conciliation (le « juste milieu ») ; de l’autre, la réaction (le « classicisme » ou « néo-classicisme »). Mais quelle que soit l’interprétation retenue, le résultat sera le même : Fr. Ponsard sera disqualifié pour n’avoir pas suivi le cours de la modernité.

« Classicisme » et « juste milieu » : les ressorts d’une disqualification

  • 26 En particulier : Antoine Compagnon, Les Cinq paradoxes de la modernité, Paris, Seuil, 1990 ; Id., L (...)

20Il n’est pas toujours simple de diagnostiquer les raisons d’une exclusion de l’histoire littéraire, d’une part parce que celle-ci s’abrite souvent derrière une valeur supposée indiscutable, dont l’évocation seule vaut pour condamnation, d’autre part parce qu’elle se traduit généralement avant tout par un silence. En lisant entre les lignes, il est néanmoins possible d'identifier, dans le dédain pour Fr. Ponsard, un tropisme « moderne » de l’histoire littéraire, que d’autres ont déjà signalé avant nous26.

  • 27 Émile Faguet, Histoire de la littérature française depuis le xviie siècle jusqu’à nos jours, Paris, (...)

21Au début du xxe siècle, le fait que Fr. Ponsard ne se soit pas réclamé du camp romantique ne le disqualifie pas encore systématiquement. On peut lire dans l’Histoire de la littérature française (1900) d’Émile Faguet, peu avant que celui-ci ne traite de notre auteur : « Revenons en arrière pour considérer les écrivains qui n’ont pas subi l’influence romantique, qui ont continué plus ou moins la tradition du xviie et du xviiie siècle, et que nous appelons classiques pour faire court. Ils sont nombreux de 1815 à 1850 et très dignes de ne pas être oubliés27. » Dans le même esprit, Jean Ernest-Charles défend, en 1910, le « juste milieu » de Fr. Ponsard :

  • 28 Jean Ernest-Charles, Le Théâtre des poètes, 2e éd., Paris, Société d’éditions littéraires et artist (...)

Barbey d’Aurevilly prétendait que la littérature de Ponsard était « juste milieu ». Et il avait raison. Le juste milieu, c’est l’éclectisme intelligent et critique. Le juste milieu, c’est le goût épuré. Le juste milieu qui s’affiche n’est peut-être nulle part destiné à vivre plus longtemps qu’une monarchie Louis-Philippe. Mais il ressuscite, sous une forme ou sous une autre forme, et sans être dénaturé jamais. Le juste milieu, c’est le génie même de la littérature française. Le juste milieu c’est Montaigne, c’est Molière et c’est Voltaire. Le juste milieu a de beaux titres de gloire. Et Ponsard assurément ne déshonore pas le juste milieu en l’incarnant à son tour28.

  • 29 P[atrick] E[dward] Charvet, A Literary History of France. Volume iv: The Nineteenth Century 1789‑18 (...)
  • 30 Ibid., p. 167.
  • 31 Claude Pichois, Le Romantisme. II : 1843‑1869, Paris, Arthaud, « Littérature française », 1979, p.  (...)

22Plus tard dans le siècle, comme nous l’avons déjà signalé, il devient presque impossible de trouver une appréciation positive. Dans un ouvrage de 1967, Patrick Edward Charvet proclame une « supériorité évidente » (evident superiority) du théâtre de V. Hugo sur celui de Fr. Ponsard, qui ne fit qu’« arriver au bon moment » (coming at the right moment) : « – the moment of flight from the Romantic drama and of refuge in moderation in all things, le juste milieu29 ! » Et de poursuivre, à propos de Lucrèce : « its high moral tone – the virtue of example, self-sacrifice, conjugal fidelity – is in sharp contrast with the egotism of the Romantic drama ; on this point too Lucrèce appealed to the bourgeois ethos of the day30. » Signalant une « résurrection de la tragédie classique » à partir des années 1840, Claude Pichois commente : « Les dramaturges laissaient les grandes questions de l’heure à la comédie ou ne les traitaient qu’en grisaille. La tragédie classique ou classicisante suffisait aux émotions modérées des spectateurs, dont l’oreille était flattée par des centons de Corneille et de Racine31. » En 1980, Siegbert Himmelsbach dénie au « juste milieu » la possibilité de survivre à son époque ; le « juste milieu », dit-il :

  • 32 Siegbert Himmelsbach, op. cit., p. 151.

ne put donner naissance qu’à des œuvres incapables de survivre à ce temps qui les avait engendrées. Ce n’est donc pas un théâtre du juste milieu qui, pour les historiens de la littérature, succède au drame romantique, mais les théâtres naturaliste et symboliste. Les efforts de Ponsard, s’ils n’ont permis d’ajouter un nouveau chapitre à l’histoire du genre dramatique en France, ont pourtant créé des œuvres qui, tant par leur orientation idéologique que par leur réalisation dramaturgique, reflètent fidèlement les préoccupations d’une époque32.

23Il devait réitérer son jugement l’année suivante :

  • 33 Id., « François Ponsard, poète du juste milieu », Revue d’histoire littéraire de la France, 81e ann (...)

Que la tentative de Ponsard de rénover le théâtre français par l’éclectisme serait vouée à l’échec, que « l’esthétique de Ponsard [... resterait] impuissante à fonder un art nouveau », voilà qui était facile à prévoir. Le public n’était point sensible au mélange, si consciencieux soit-il, de deux manières, et par ailleurs l’auteur manquait de métier. On peut donc conclure que l’œuvre de Ponsard repose tout entière sur une erreur, que rachète, en partie du moins, le fait de constituer un exemple curieux de l’application cohérente et persévérante de l’idée du juste milieu au théâtre33.

  • 34 Pour une présentation générale du théâtre romantique en France et de sa postérité, on se reportera (...)

24Ces positions ne se laissent pleinement comprendre qu’une fois pris en considération le regain d’intérêt dont bénéficie le théâtre romantique dans la seconde moitié du xxe siècle34. On insiste alors sur le renouveau bienvenu que le drame romantique a apporté à une scène française enserrée dans des règles absurdes, et sur l’influence qu’il aurait sur les générations futures. On ne peut que se féliciter de ce regain d’intérêt, qui a permis d’élargir nos connaissances sur un pan important du théâtre du xixe siècle ; on se demandera cependant pourquoi le théâtre dit « classique » n’a pas fait l’objet d’un intérêt similaire.

25P. E. Charvet déclare ainsi, à propos du drame romantique : « No doubt its greatest achievement was the destruction of a moribund tradition. » Et il ajoute un peu plus loin :

  • 35 P[atrick] E[dward] Charvet, op. cit., p. 163.

Before 1830 the classical « Epigoni » were still active ; they do not, admittedly, disappear overnight after 1830 but in retrospect, we can see, 1830 was their coup de grâce. Thereafter the dramatist, freed from the unities’ dead hand, could cast his plot in the mould he thought best for his subject ; no question arises of decrying the three unities and their value for dramatic concentration, but of recognizing other forms and, more particularly, that the efforts of the latter-day tragic poets to invigorate tragedy with subjects from history, for example, was, like new wine in old bottles, a strain on the container35.

26Anne Ubersfeld souligne la remarquable postérité du théâtre de Victor Hugo :

  • 36 Anne Ubersfeld, « Hugo et le théâtre », dans Manuel d’histoire littéraire de la France, Tome IV : 1 (...)

Brecht, par l’aspect épique, didactique, non-aristotélicien, la distance que prend le spectateur par rapport au sujet-montre ; Artaud par la suspicion qui pèse sur le discours, par le regard jeté sur les déterminations inconscientes du moi, par l’inconfort brutal et le règne de la violence ; Beckett par la Parole Folle et la contestation du sujet. Le théâtre de Hugo, comme le dit M. Butor, invite « à un nouveau théâtre, lequel ne doit pouvoir advenir que dans une nouvelle société »36.

  • 37 Florence Naugrette, op. cit., p. 15 et 17. L’auteure souligne en même temps très justement la conti (...)

27Florence Naugrette fait de même et met en évidence « l’actualité » du théâtre romantique37. Alain Vaillant, Jean-Pierre Bertrand et Philippe Régnier, qui consacrent à peine quelques lignes à Fr. Ponsard, dressent un tableau peu flatteur de la tragédie du début du siècle :

  • 38 Alain Vaillant, Jean-Pierre Bertrand & Philippe Régnier, Histoire de la littérature française du xi (...)

La tragédie est décidément moribonde. Aveuglément attachée aux règles classiques, faite d’indigestes accumulations de tirades pesamment versifiées, elle est fermée à toute velléité de vrai renouvellement. Mais le prestige du genre est immense, et les successeurs de Racine ou de Voltaire ont apparemment plus le droit d’ennuyer que d’autres38.

  • 39 Ibid., p. 213.

28Si la tragédie a pu survivre, selon eux, c’est avant tout grâce au talent de l’acteur François-Joseph Talma (1763-1826), qui lui a fait subir un renouvellement. Le théâtre hugolien, enfin, opéra une « révolution dramaturgique [...] : fonder, dans une perspective très moderne, la poétique du théâtre sur les contraintes scéniques, non malgré elles39. » Une perspective très moderne : le mot est lancé. Le théâtre romantique est « moderne », il a frappé d’obsolescence une « tradition moribonde », dans laquelle Fr. Ponsard chercha encore à s’inscrire ; comment donc celui-ci aurait-il pu produire une œuvre de qualité ?

La « modernité » du théâtre romantique

  • 40 Dominique Combe, art. cit., p. 443.

29Si, comme l’affirme Dominique Combe, l’œuvre moderne, sans constituer la tendance dominante de la littérature, en est cependant la part « la plus significative et la plus intéressante40 », il semble donc qu’il ne reste pas beaucoup de place pour Fr. Ponsard dans l’histoire littéraire. Le cas du drame romantique invite néanmoins à s’interroger sur les problèmes que peut poser une historiographie qui a fait de la « modernité » son motif central.

  • 41 On ne s’étonnera pas de voir plus généralement le romantisme être associé à la modernité, comme en (...)
  • 42 Antoine Compagnon déplore l’amalgame qui est souvent fait entre avant-garde et modernité, et rappel (...)
  • 43 Hans Robert Jauss, « L’histoire de la littérature : un défi à la théorie littéraire », dans Pour un (...)

30L’histoire littéraire, comme nous l’avons dit, a souligné la modernité du théâtre romantique41. Que le mot soit prononcé ou non, il s’agit toujours d’expliquer que le romantisme théâtral était en phase avec son temps (la modernité baudelairienne), en avance sur celui-ci (la modernité comme avant-garde42) et/ou qu’il a causé un bouleversement de l’horizon d’attente des spectateurs, dont nous sommes aujourd’hui tributaires (l’écart esthétique selon Hans Robert Jauss, source des chefs-d’œuvre43). Fr. Ponsard, à l’inverse, aurait produit une œuvre de circonstance, faite pour plaire au public bourgeois de son époque mais incapable de surmonter l’épreuve du temps, malgré (ou du fait même de) son ancrage historique dans une époque lointaine.

31On sait pourtant aujourd’hui, d’une part, que le théâtre dit « romantique » fut bien moins révolutionnaire qu’on ne l’a longtemps cru, et d’autre part, que le théâtre dit « classique » (auquel on pourrait être tenté de rattacher la production de Fr. Ponsard) a su évoluer avec son temps et demeurer, dans la première moitié du xixe siècle, l’un des fleurons de la vie culturelle parisienne, – ces deux dimensions étant, bien sûr, intimement liées.

  • 44 Florence Naugrette, « La périodisation du romantisme théâtral », dans Les Arts de la scène à l’épre (...)
  • 45 Michel Autrand y voit une prise de liberté par rapport aux unités de temps et de lieu, et une sorti (...)
  • 46 Voir Jean-Marie Thomasseau, Le Mélodrame, Paris, P.U.F., « Que sais-je ? », 1984, et Roxane Martin, (...)
  • 47 Pour une étude d’ensemble sur la tragédie voltairienne, voir Gianni Iotti, Virtù e identità nella t (...)
  • 48 Pour tous ces exemples (et d’autres), voir Michel Autrand, art. cit. Sur l’évolution de la tragédie (...)

32S’il est certain que la première d’Hernani à la Comédie-Française fit événement et peut, à ce titre, marquer une date dans l’histoire littéraire, il convient de toujours garder à l’esprit, comme le soulignait Fl. Naugrette, que les bornes chronologiques ne sauraient tenir lieu d’explication ultime, et que les audaces romantiques avaient été préparées de longue date44. Le romantisme n’est pas le premier à mettre en scène un héros issu du peuple (Ruy Blas), ni à brouiller la frontière entre les genres classiques, ni à briser les unités de temps et de lieu, ni à rendre visible sur scène la cruauté, ni à puiser son inspiration dans l’histoire moderne, etc. Les nouveautés proviennent autant de genres considérés comme mineurs (pièces de circonstances45, mélodrames, féeries46) que d’un théâtre plus ambitieux. Bien que dans l’ensemble, les dramaturges d’après 1677 – année de la première représentation de Phèdre – aient respecté assez fidèlement les règles du théâtre classique, cela n’a pas empêché un bon nombre d’entre eux de s’en écarter. On trouve, par exemple, dans Le Triumvirat (1754) de Crébillon père, une monstration de la violence fort peu classique, lorsque la fille de Cicéron se poignarde sur scène après avoir donné à voir la tête coupée de son père du haut de la tribune aux harangues. Marie-Joseph Chénier, auteur en 1789 d’un texte programmatique intitulé De la liberté du théâtre en France, compose des scènes fortes qui annoncent notamment le théâtre d’Alexandre Dumas et de V. Hugo. Les tragédies de Voltaire, fortement applaudies, apportent elles aussi un souffle nouveau à la tragédie classique : violence montrée sur la scène, rupture de l’unité de lieu, sujets nationaux et médiévaux, effets de mise en scène audacieux47. De longues didascalies apparaissent quelquefois, entre autres chez Jean-François Ducis48.

  • 49 Michel Autrand, art. cit., p. 844.
  • 50 Maurizio Melai, op. cit. (note 28).
  • 51 Ibid., p. 365.

33À partir de l’Empire, les infractions se multiplient si bien que l’on peut parler à bon droit, dès cette époque, d’une « tradition classique élargie49 ». Les tragédies classiques tardives préparent et accompagnent le surgissement du drame romantique. Dans un ouvrage récent50, Maurizio Melai a mis au jour les caractéristiques de l’évolution du code tragique en France entre 1814 (première de l’Ulysse de Pierre Lebrun) et 1854 (première de Rosemonde de Latour de Saint-Ybars) : mentionnons l’ouverture croissante aux sources étrangères (W. Shakespeare et Friedrich Schiller), le retour aux sources du théâtre grec antique, plus cru et violent que le théâtre français classique, l’attention nouvelle portée aux éléments visuels et à la « mise en scène » (qui n’existe toutefois pas encore dans son sens moderne), le jeu d’acteurs de plus en plus soucieux de « naturel », la perméabilité au code du mélodrame, les infractions répétées à la règle des trois unités (en particulier à l’unité de lieu), ou encore l’assouplissement de la langue et du vers. La tragédie classique tardive, du reste, séduit le public contemporain par son désir constant d’aborder des questions socio-politiques brûlantes par le prisme de l’histoire. Beaucoup de ces pièces véhiculent l’idéologie libérale, et certaines donnent même à voir des souverains indignes de leur fonction. L’auteur peut ainsi conclure que « le drame romantique résulte bien plus d’une évolution que d’une révolution51 ».

  • 52 Voir la section « Persistance des genres classiques » (Patrick Berthier & Sylvain Ledda) dans Le Th (...)

34Nombre de ces tragédies, qui demeurent le genre noble par excellence, connaissent de véritables succès. Outre des comédies (en particulier celles de Molière), on rejoue d’ailleurs encore régulièrement des tragédies des siècles précédents : Pierre Corneille, Jean Racine, Voltaire sont abondamment représentés52.

  • 53 Michel Autrand, art. cit., p. 843. Outre les travaux de Florence Naugrette cités précédemment, on p (...)
  • 54 Sur la bataille romantique, voir José-Luis Diaz, « Le champ littéraire comme champ de bataille (182 (...)
  • 55 À ce sujet, voir Stéphane Zékian, « Sommes-nous sortis du xixe siècle ? Le romantisme français comm (...)
  • 56 Michel Autrand, art. cit., p. 845.

35En somme, quand survient le tumulte causé par la Préface de Cromwell et les représentations d’Hernani, la bataille est, en quelque sorte, déjà gagnée. La Préface n’apporte guère de nouveautés et Hernani « pour l’audace dramatique se place dans le droit fil de très nombreuses pièces antérieures53 ». Il est difficile de soutenir aujourd’hui qu’au xixe siècle, la tragédie classique était « moribonde », qu’elle ne plaisait plus « au public » (à quel public ?), ou même que les innovations du drame romantique ont influencé des dramaturges du xxe siècle, dans la mesure où ces innovations ne furent pas vraiment les siennes. S’il y a une différence véritable entre la tragédie classique tardive et le drame romantique, elle se situe sans doute moins dans la qualité des déviances que dans leur quantité, et surtout dans la volonté de mener la bataille des discours54. Cette bataille, les romantiques l’ont si bien remportée que leur récit continue d’imprégner l’imaginaire littéraire contemporain55, encore obsédé par la quête du « moderne ». Cette quête a conduit à accorder une importance démesurée à un événement parmi d’autres de la vie théâtrale, au point de négliger la tradition dans laquelle il s’inscrivait. Mais si le théâtre romantique n’est plus révolutionnaire, le théâtre de Fr. Ponsard, dont certaines pièces « n’aurai[en]t pas [été] désavouées [par] un romantique de 183056 », est-il encore « réactionnaire » ?

Conclusion

  • 57 Antoine Compagnon, op. cit., p. 8.
  • 58 C’est ainsi par exemple que Solenn Dupas étudie la modernité de certaines fables de la fin du xixe  (...)

36Nous ne rejouerons pas, en conclusion, la carte de la modernité de l’auteur que l’on a cru hostile à la modernité, comme le fait Antoine Compagnon quand il affirme que « [l]es antimodernes [...] ne seraient autres que les modernes, les vrais modernes, non dupes du moderne, déniaisés57 ». C’est précisément cette logique qui veut que pour être sauvé de la méconnaissance ou de l’oubli, pour éveiller l’intérêt des chercheurs, un auteur devienne « moderne », que nous souhaitions mettre en question58.

  • 59 Sur D. Nisard, voir Mariane Bury (dir.), Redécouvrir Désiré Nisard, 1806‑1888. Un critique humanist (...)
  • 60 Michel Autrand, art. cit., p. 847.
  • 61 Id., « François Ponsard et l’“école du Bon sens” », dans Les Spectacles sous le Second Empire, sous (...)
  • 62 Nous avons ainsi montré dans notre thèse de doctorat comment le poète néo-latin Jean Dominique Fuss (...)
  • 63 Voir notre article « Die deutsche Bühne sucht einen Autor. François Ponsards ‚Lucrèce‛ (1843) im Vo (...)

37Nous aurions sans doute beaucoup à gagner à prendre en considération les laissés-pour-compte, les victimes de ce que nous avons appelé le tropisme « moderne » de l’histoire littéraire : les François Ponsard, Casimir Delavigne, Désiré Nisard, Jean-Pons-Guillaume Viennet, et bien d’autres que l’on condamne souvent avant même de les avoir lus. Des travaux plus ou moins récents sont allés dans ce sens59, mais il reste beaucoup à faire. À la fin de son article sur « la légende du drame romantique », Michel Autrand invitait à « [m]ettre en place une histoire littéraire apaisée qui ne se croit plus, en guise de repères, obligée d’aller de rupture en rupture mais qui tente de mettre en place une évolution profonde dont l’idée de progrès n’est pas la seule et inévitable clé60. » À propos de Fr. Ponsard, il déclarait ailleurs : « [i]l n’est pas question de le réhabiliter mais de le connaître, en cessant de structurer l’histoire littéraire à partir des catégories indigentes de révolutionnaires et de conservateurs61. » En cherchant à dépasser par une étude approfondie la doxa de l’histoire littéraire sur les auteurs révolutionnaires et les auteurs conservateurs, on découvrira certainement que beaucoup de ceux-là furent bien moins révolutionnaires, et beaucoup de ceux-ci, à l’instar de Fr. Ponsard, bien moins conservateurs qu’on ne l’avait cru62. On comprend difficilement le phénomène du théâtre romantique si l’on ignore la tradition dans laquelle il s’est inscrit. On comprend difficilement le champ théâtral de la Confédération germanique durant le Vormärz si l’on ignore que Fr. Ponsard, fort du tumulte causé par la première représentation de sa Lucrèce à Paris, a pu s’avérer pour nombre d’auteurs allemands de sa génération un modèle à imiter, et incarner pour une partie de l’intelligentsia du pays l’espoir d’un renouveau théâtral63. À trop se concentrer sur une partie infime de la production littéraire sous prétexte d’une « modernité » dont nous avons vu les limites, l’histoire littéraire se prive certainement d’instruments de connaissance qui autoriseraient une compréhension plus fine de son objet d’étude.

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Notes

1 Sur l’histoire de ces deux pièces, voir Olivier Bara, « Le triomphe de Lucrèce de Ponsard (1843) et la mort annoncée du drame romantique : construction médiatique d’un événement théâtral », dans Qu’est-ce qu’un événement littéraire au xixe siècle ?, sous la direction de Corinne Saminadayar-Perrin, Saint-Étienne, Publication de l’Université de Saint-Étienne, « Le xixe siècle en représentation(s) », 2008, p. 151‑168, et Patrick Berthier, « L’“échec” des Burgraves », Revue d’histoire du théâtre, no 187, 1995, p. 257‑270. On consultera aussi l’article d’Agathe Giraud dans ce numéro.

2 Nous reprenons les chiffres de Siegbert Himmelsbach, Un fidèle reflet de son époque : le théâtre de François Ponsard, Frankfurt am Main/Bern/Cirencester (U.K.), Lang, « Europäische Hochschulschriften. Reihe 13 : Französische Sprache und Literatur », 1980, p. 153‑154. À titre de comparaison, Les Burgraves, lors de leur création, restent à l’affiche de la Comédie-Française l’espace de trente-trois représentations, nombre honorable pour l’époque (Patrick Berthier, art. cit., p. 257).

3 C’est ainsi qu’Olivier Bara interprète le succès de Lucrèce au théâtre de l’Odéon (note 1).

4 On peut lire chez Siegbert Himmelsbach : « Au fur et à mesure que les vagues de cette querelle tumultueuse [opposant classiques et romantiques] s’apaisaient, l’appréciation des mérites de Ponsard gagnait en objectivité ». (op. cit., p. 20.)

5 « PONSARD (Francis) », dans Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du xixe siècle, t. xii, Paris, Administration du Grand dictionnaire universel, 1874, p. 1395.

6 « Le voilà mort : que restera-t-il de lui ? Le temps impitoyable ne garde que les chefs-d’œuvre où éclate le génie dans sa perfection la plus haute. Mais il laisse, plus ou moins d’années, surnager les œuvres de talent qui se recommandent encore à la postérité par des qualités de premier ordre. Une honnêteté rare de sentiments, une grande vigueur de pensée, un style sobre et ferme, un vers toujours correct, harmonieux et noble, garderont longtemps encore de vieillir Agnès de Méranie, Charlotte Corday, l’Honneur et l’Argent. » (Francisque Sarcey, Quarante ans de théâtre, Paris, Bibliothèque des Annales, 1901, p. 315.)

7 Ainsi, par exemple, d’Alphonse Royer dans son Histoire du théâtre contemporain depuis 1800 jusqu’à 1875 (Paris, Ollendorff, 1878, p. 243) : « Je n’ai pas cherché, on le voit, à pallier les défauts de Ponsard ; mais il serait souverainement injuste de ne pas reconnaître hautement ses précieuses qualités ; elles sont de celles qui font vivre un auteur : la moralité et le style. Ces qualités sont devenues si rares que l’on doit leur tirer bien bas son chapeau. »

8 L[ouis] Petit de Julleville, Le Théâtre en France. Histoire de la littérature dramatique depuis ses origines jusqu’à nos jours, 2e éd., Paris, Armand Colin, [vers 1897], p. 403.

9 « Ponsard hat als Dichter (denn ein Dichter war er) das grausamste und ungerechteste Schicksal bei der Nachwelt erfahren. » (Victor Klemperer, Die französische Literatur von Napoleon bis zur Gegenwart, Bd. 2 : Der Positivismus, Leipzig, Teubner, 1926, p. 169.) Nous empruntons la traduction à Siegbert Himmelsbach, op. cit., p. 22‑23.

10 « [...] eine unverdient schlimme Beurteilung [...]. » (V. Klemperer, Geschichte der französischen Literatur im 19. und 20. Jahrhundert 1800‑1925, Bd. 1, Berlin, VEB Deutscher Verlag der Wissenschaften, 1956, p. 323.)

11 Siegbert Himmelsbach (op. cit.) fournit également un aperçu de la réception de Fr. Ponsard aux p. 7‑24.

12 Patrick Berthier, art. cit.

13 Œuvres complètes de F. Ponsard de l’Académie française, t. i, Paris, Michel Lévy frères, 1865, p. 25.

14 Sur la vogue shakespearienne et la querelle autour de J. Racine et de W. Shakespeare, voir notamment Camille Latreille, « Un épisode de l’histoire de Shakespeare en France », Revue d’histoire littéraire de la France, 23e année, no 1/2, 1916, p. 53‑62 ; Catherine Treilhou Balaudé, Shakespeare romantique. La réception de Shakespeare en France de Guizot à Scribe (1821‑1851), thèse de doctorat (dir. Anne Ubersfeld & Pierre Brunel), Université de la Sorbonne nouvelle – Paris iii, 1994, 3 vol. ; Mariane Bury, « Racine et Shakespeare dans la bataille romantique : beaucoup de bruit pour rien », dans, Jean Racine 1699‑1999, sous la direction de Gilles Declercq & Michèle Rosellini, Actes du colloque Île-de-France – La Ferté-Milon 25‑30 mai 1999, Paris, P.U.F., 2003, p. 645‑666 ; Catherine Treilhou Balaudé, « De l’imitation à l’inspiration. Shakespeare, contre-modèle et figure tutélaire au cœur de la bataille romantique en France », dans Shakespeare après Shakespeare, no 35, 2017, de Actes des congrès de la Société française Shakespeare, https://journals.openedition.org/shakespeare/3832.

15 Œuvres complètes de F. Ponsard de l’Académie française, op. cit., p. 27.

16 En Allemagne, où Shakespeare avait fini par passer pour un auteur « national » (voir Christine Roger, La Réception de Shakespeare en Allemagne de 1815 à 1850. Propagation et assimilation de la référence étrangère, Berne, Peter Lang, « CONTACTS. Série I - Theatrica », 2008), l’indignation fut encore plus grande. On ne tolérait pas non plus les critiques, pourtant minces, que Fr. Ponsard avait formulées en passant à l’égard de J. W. Goethe. À ce sujet, voir, entre autres, Allgemeine Zeitung, no 344, 8 décembre 1856 ; Die Presse, no 284, 10 décembre 1856 ; Neue Münchener Zeitung (Morgenblatt), no 299, 15 décembre 1856 ; Morgenblatt für gebildete Leser, no 1, 4 janvier 1857.

17 Œuvres complètes de F. Ponsard de l’Académie française, op. cit., p. 47.

18 Idem.

19 Revue contemporaine et Athenaeum français, t. 29, 15 décembre 1856, p. 188.

20 Revue des deux mondes, xxvie année, 2de période, Paris, Bureau de la Revue des deux mondes, 1856, p. 947.

21 Idem.

22 E. Hervé, Revue de l’instruction publique en France et dans les pays étrangers, 11 décembre 1856, p. 542.

23 Hippolyte Rigault, Journal des débats politiques et littéraires, 6 décembre 1856.

24 Dans son discours de réception, on peut lire : « Disons plutôt qu’ils [J. Racine et W. Shakespeare] sont du même ordre ; que ni l’un ni l’autre n’ont échappé à l’influence de leur siècle, et que l’un et l’autre vivront, parce que, sous la dignité trop polie, comme sous la brutalité trop grossière, on voit, on entend, on touche la nature et la vérité. » (Œuvres complètes de F. Ponsard de l’Académie française, op. cit., p. 25‑26.) Par ailleurs, comme il le déclare dans la Revue de Vienne (3e année, 1839, p. 492), Fr. Ponsard souhaitait « qu’un poète surgît qui corrigeât Shakespeare par Racine, et qui complétât Racine par Shakespeare. »

25 On pourra lire à ce sujet l’article d’O. Bara mentionné dans la note 1.

26 En particulier : Antoine Compagnon, Les Cinq paradoxes de la modernité, Paris, Seuil, 1990 ; Id., Les Antimodernes. De Joseph de Maistre à Roland Barthes, [Paris], Gallimard, « Bibliothèque des idées », 2005 ; Dominique Combe, « L’œuvre moderne », dans Histoire de la France littéraire. Tome 3 : Modernités xixe-xxie siècles, sous la direction de Michel Prigent, Paris, P.U.F., « Quadrige. Dicos poche », 2006, p. 433‑443.

27 Émile Faguet, Histoire de la littérature française depuis le xviie siècle jusqu’à nos jours, Paris, Plon, 1900, p. 362‑363.

28 Jean Ernest-Charles, Le Théâtre des poètes, 2e éd., Paris, Société d’éditions littéraires et artistiques, 1910, p. 3. Dans le chapitre 7 de son ouvrage Les Derniers feux de la tragédie classique au temps du romantisme, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, « Theatrum mundi », 2015 (p. 143‑161), Maurizio Melai étudie la réception du « juste milieu » par les contemporains. Il observe que la voie du compromis plaît généralement assez peu aux critiques (partagés entre le camp classique et le camp romantique), mais trouve toutefois grâce aux yeux de certains d’entre eux.

29 P[atrick] E[dward] Charvet, A Literary History of France. Volume iv: The Nineteenth Century 1789‑1870, London/New York, Ernest Benn Limited/Barnes & Noble Inc, 1967, p. 166.

30 Ibid., p. 167.

31 Claude Pichois, Le Romantisme. II : 1843‑1869, Paris, Arthaud, « Littérature française », 1979, p. 235.

32 Siegbert Himmelsbach, op. cit., p. 151.

33 Id., « François Ponsard, poète du juste milieu », Revue d’histoire littéraire de la France, 81e année, no 1, 1981, p. 109. La citation entre guillemets est de Jacques Vier, « La comtesse d’Agoult et François Ponsard d’après une correspondance inédite », Revue d’histoire littéraire de la France, 49e année, no 4, 1949, p. 342.

34 Pour une présentation générale du théâtre romantique en France et de sa postérité, on se reportera à Florence Naugrette, Le Théâtre romantique. Histoire, écriture, mise en scène, Paris, Seuil, « Points Essais. Lettres », 2001.

35 P[atrick] E[dward] Charvet, op. cit., p. 163.

36 Anne Ubersfeld, « Hugo et le théâtre », dans Manuel d’histoire littéraire de la France, Tome IV : 1789-1848, sous la direction de Pierre Barbéris & Claude Duchet, Paris, Messidor/Éditions sociales, 1972, p. 983.

37 Florence Naugrette, op. cit., p. 15 et 17. L’auteure souligne en même temps très justement la continuité historique dans laquelle s’inscrit le théâtre romantique et le caractère non classique de Lucrèce.

38 Alain Vaillant, Jean-Pierre Bertrand & Philippe Régnier, Histoire de la littérature française du xixe siècle, 2e éd. actualisée, Rennes, Presses universitaires de Rennes, « Histoire de la littérature française du Moyen Âge à nos jours », 2006, p. 91.

39 Ibid., p. 213.

40 Dominique Combe, art. cit., p. 443.

41 On ne s’étonnera pas de voir plus généralement le romantisme être associé à la modernité, comme en témoigne notamment le titre suivant : Jean-Pierre Bertrand & Pascal Durand, La Modernité romantique. De Lamartine à Nerval, Paris/Bruxelles, Les impressions nouvelles, 2006.

42 Antoine Compagnon déplore l’amalgame qui est souvent fait entre avant-garde et modernité, et rappelle que les premiers modernes n’ont pas connu l’avant-garde (Les Cinq paradoxes de la modernité, op. cit., p. 48). Nous maintenons ici la double acception du terme, dans la mesure où elle est très répandue.

43 Hans Robert Jauss, « L’histoire de la littérature : un défi à la théorie littéraire », dans Pour une esthétique de la réception, trad. de l’allemand par Claude Maillard, préf. de Jean Starobinski, Paris, Gallimard, « Tel », 1978, p. 53‑54.

44 Florence Naugrette, « La périodisation du romantisme théâtral », dans Les Arts de la scène à l’épreuve de l’histoire. Les objets et les méthodes de l’historiographie des spectacles produits sur la scène française (1635‑1906), sous la direction de Roxane Martin & Marina Nordera, Actes du colloque international tenu à l’Université de Nice-Sophia Antipolis les 12, 13 et 14 mars 2009, Paris, Honoré Champion, « Colloques, congrès et conférences sur la littérature comparée », 2011, p. 145‑154.

45 Michel Autrand y voit une prise de liberté par rapport aux unités de temps et de lieu, et une sortie du cadre gréco-romain. Voir Michel Autrand, « Sur la légende du drame romantique », Revue d’histoire littéraire de la France, vol. 108, no 4, 2008, p. 821‑847, ici p. 824‑825.

46 Voir Jean-Marie Thomasseau, Le Mélodrame, Paris, P.U.F., « Que sais-je ? », 1984, et Roxane Martin, La Féerie romantique sur les scènes parisiennes 1791‑1864, Paris, Honoré Champion, « Romantisme et modernités », 2007.

47 Pour une étude d’ensemble sur la tragédie voltairienne, voir Gianni Iotti, Virtù e identità nella tragedia di Voltaire, Paris/Genève, Honoré Champion/Slatkine, « Textes et études »/« Centre d’études franco-italiennes, Université de Turin et de Savoie. Domaine français », 1995.

48 Pour tous ces exemples (et d’autres), voir Michel Autrand, art. cit. Sur l’évolution de la tragédie après Racine, voir aussi Pierre Frantz & François Jacob (dir.), Tragédies tardives, Actes du colloque de Besançon des 17 et 18 décembre 1998, études publiées dans le cadre des activités de l’équipe Poétique des genres et spiritualité de l’Université de Franche-Comté, Paris, Honoré Champion, « Colloques, congrès et conférences. Époque moderne et contemporaine », 2002, et Jean-Pierre Perchellet, L’Héritage classique. La tragédie entre 1680 et 1814, Paris, Honoré Champion, « Les dix-huitièmes siècles », 2004.

49 Michel Autrand, art. cit., p. 844.

50 Maurizio Melai, op. cit. (note 28).

51 Ibid., p. 365.

52 Voir la section « Persistance des genres classiques » (Patrick Berthier & Sylvain Ledda) dans Le Théâtre français du xixe siècle. Histoire, textes choisis, mises en scène, sous la direction d’Hélène Laplace-Claverie, Sylvain Ledda & Florence Naugrette, Paris, L’avant-scène théâtre, « Anthologie de l'avant-scène théâtre », 2008, p. 44‑67, en particulier les p. 46-47.

53 Michel Autrand, art. cit., p. 843. Outre les travaux de Florence Naugrette cités précédemment, on peut renvoyer ici au dossier « L’autre théâtre romantique » paru dans le no 257 de la Revue d’histoire du théâtre en 2013 et dirigé par Olivier Bara & Barbara T. Cooper, pour une vision plus nuancée et plus juste de l’histoire du théâtre romantique que celle qu’en donne la doxa scolaire.

54 Sur la bataille romantique, voir José-Luis Diaz, « Le champ littéraire comme champ de bataille (1820‑1850) », dans « Querelles d’écrivains (xixe-xxie siècles) : de la dispute à la polémique », no 10 (2012) de COnTEXTES, http://journals.openedition.org/contextes/4943. Nous considérons le combat discursif comme un élément central de l’accumulation de capital symbolique dans le champ littéraire. Nous entendons poursuivre nos recherches dans cette voie, qui nous paraît féconde, dans les années qui viennent.

55 À ce sujet, voir Stéphane Zékian, « Sommes-nous sortis du xixe siècle ? Le romantisme français comme matrice historiographique », dans « Les Classiques d’hier et d’aujourd’hui », sous la direction de Fabrice Malkani & Frédéric Weinmann, no 65, 2013, des Cahiers d’études germaniques, p. 33‑46.

56 Michel Autrand, art. cit., p. 845.

57 Antoine Compagnon, op. cit., p. 8.

58 C’est ainsi par exemple que Solenn Dupas étudie la modernité de certaines fables de la fin du xixe siècle (Solenn Dupas, « Le “pouvoir des fables” à l’épreuve de la modernité : l’exemplarité littéraire en question à la fin du xixe siècle », dans Littérature et exemplarité, sous la direction d’Emmanuel Bouju, et al., Rennes, Presses universitaires de Rennes, « Interférences », 2007, p. 273‑283) ou que, dans un ouvrage grand public, Louis-Marie Lecharny accole à l’art académique, pour le défendre, les étiquettes de « modernité » et d’« avant-gardisme » (Louis-Marie Lécharny, Modernité et avant-gardisme de l’art académique, Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 2018).

59 Sur D. Nisard, voir Mariane Bury (dir.), Redécouvrir Désiré Nisard, 1806‑1888. Un critique humaniste dans la tourmente romantique, [Paris], Klincksieck, 2009. Sur C. Delavigne : Sylvain Ledda & Florence Naugrette (dir.), Casimir Delavigne en son temps. Vie culturelle, théâtre, réception, Actes du colloque de Rouen 24‑25 octobre 2011, Paris, Eurédit, 2012. C. Delavigne a subi le même destin que Fr. Ponsard, vraisemblablement pour les mêmes raisons. L. Petit de Julleville déclarait : « Mais il est arrivé à Casimir Delavigne ce qui arrive à tous ceux qui n’ont pas su prendre nettement parti. Son œuvre, qui tient de deux conceptions dramatiques, n’a pris que les défauts de l’une et de l’autre. Hybride et bâtarde elle n’était pas viable ; elle n’a eu aucune part dans le développement du théâtre ; on lui ferait trop d’honneur en disant qu’elle est morte : elle n’a jamais vécu. » (L[ouis] Petit de Julleville (dir.), Histoire de la langue et de la littérature française des origines à 1900. Tome vii : Dix-neuvième siècle. Période romantique (1800-1850), Paris, Armand Colin & Cie, 1899, p. 390.) Le travail de M. Melai cité plus haut constitue également une étape indispensable dans la redécouverte des écrivains considérés comme manquant de modernité.

60 Michel Autrand, art. cit., p. 847.

61 Id., « François Ponsard et l’“école du Bon sens” », dans Les Spectacles sous le Second Empire, sous la direction de Jean-Claude Yon, Paris, Armand Colin, 2010, p. 124.

62 Nous avons ainsi montré dans notre thèse de doctorat comment le poète néo-latin Jean Dominique Fuss a tenté l’aventure de la « modernité » en langue latine dans la première moitié du xixe siècle : Le Latin entre tradition et modernité. Jean Dominique Fuss (1782‑1860) et son époque, Olms, « Noctes neolatinae », à paraître (2020).

63 Voir notre article « Die deutsche Bühne sucht einen Autor. François Ponsards ‚Lucrèce‛ (1843) im Vormärz », Germanisch-Romanische Monatsschrift, vol. 69, no 2, 2019, p. 173‑187.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Christophe Bertiau, « Racine contre Shakespeare », COnTEXTES [En ligne], 27 | 2020, mis en ligne le 13 juillet 2020, consulté le 06 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/contextes/9048 ; DOI : https://doi.org/10.4000/contextes.9048

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Auteur

Christophe Bertiau

Université libre de Bruxelles

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