L'art exige des sacrifices ?!
Texte intégral
1Le TU de Saint-Pétersbourg nous a gratifié d'un spectacle fort intéressant. Son directeur, Vadim Golikov, a tiré un montage intitulé L'art exige des sacrifices ?! de différentes œuvres de Tchekhov. Il rappelle fort opportunément que Tchekhov est, pour les Russes, autant un nouvelliste qu'un auteur dramatique.
2Le spectacle comprend des extraits du premier, du deuxième et du quatrième acte de La Mouette, la pièce de Tchekhov où il est le plus question du théâtre ; Vadim Golikov a ajouté des épisodes tirés de trois nouvelles, Deux scandales, L'imprésario sous le divan, Le Portefeuille. La ligne directrice du spectacle continue à être respectée. Le scandale raconte les amours d'un chef d'orchestre et d'une cantatrice qui a cru à la parole d'un imprésario. Le sujet du Portefeuille est une histoire tragi-comique de comédiens-brigands.
3La troupe comprend une dizaine d'acteurs et d'actrices, les filles sont plus nombreuses que les garçons. Les différents épisodes sont présentés par une jeune actrice aux joues maquillées de rouge, à l'air fripon dont le jeu vif et dansant rappelle celui de la commedia dell'arte. Les acteurs et les actrices ouvrent souvent volontairement leur jeu surtout dans les épisodes tirés des nouvelles. Il est fort amusant de les voir simuler les chanteurs d'opéra qui jouent dans des attitudes fières, la bouche largement ouverte et les joueurs de violon qui paraissent tirer l'archet très loin avec leur bras ; Les spectres des bandits agitent leur bras avec beaucoup d'entrain. La Mouette était plus difficile à jouer. Ce rôle de Nina était tenu par deux actrices. La première ne m'a pas paru rendre suffisamment l'atmosphère symboliste du début de la pièce. La seconde était, dans le quatrième acte, inspirée et émouvante. L'acteur qui jouait Trigorine rendait bien sa lassitude et son tourment d'écrivain conscient de ne jamais pouvoir égaler les maîtres, Tourgueniev et Tolstoï.
4Un résumé en français avait été distribué au début du spectacle. Il a permis aux spectateurs qui, dans leur grande majorité, ignoraient le russe, de tout suivre sans difficultés.
5La communication entre l'acteur et le spectateur s'établissait, là plus qu'ailleurs, grâce à tout l'art de l'acteur et non grâce au seul langage. La troupe russe a recueilli des applaudissements mérités.
Table des illustrations
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| Titre | La plume de Tchekhov. 1890 |
| URL | http://journals.openedition.org/coulisses/docannexe/image/4623/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 620k |
Pour citer cet article
Référence papier
Philippe Baron, « L'art exige des sacrifices ?! », Coulisses, 14 | 1996, 40.
Référence électronique
Philippe Baron, « L'art exige des sacrifices ?! », Coulisses [En ligne], 14 | Printemps 1996, mis en ligne le 20 mars 2019, consulté le 09 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/coulisses/4623 ; DOI : https://doi.org/10.4000/coulisses.4623
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