Décidément Tchekhov ne laisse pas indifférent… Oïe… comme disent les Russes
Texte intégral
Après la représentation d'Ivanov, création du Théâtre Granit (Belfort, 14-17 Octobre 1996)
1J'ai un rapport à Tchekhov très douloureux, je n'arrive pas à le lire sans tomber immédiatement dans une mélancolie bizarre, une non-envie de vivre, je suis attiré par ce désespoir de salon, les continuelles auto-lamentations, l'idée qu'on a raté notre vie, mais qu'un monde meilleur n'est pas très loin.
Cette relation curieuse qui vient peut-être de mes origines russes fait que j'ai énormément de mal à apprécier les mises en scène des pièces de Tchekhov.
Je suis la plupart du temps frappé par un lourd sommeil enivrant. J'ai toujours l'impression de voir des acteurs qui n'ont pas le centième du minimum de spiritualité et d'investissement exigible pour avoir le droit de jouer du Tchekhov.
Il faut dire que j'en veux toujours aux acteurs professionnels, j'ai toujours la sensation qu'ils sont beaucoup plus à la recherche de cachets que de théâtre. Je n'aime que le théâtre pratiqué par des vraies compagnies cimentées autour d'un projet utopique.
Tout cela pour dire qu'une fois ces préliminaires faits, je ne me sens pas capable de critiquer le spectacle – Ivanov – je n'en ai pas le droit non plus.
2Ce qui m'a paru fort bizarre lors de la représentation d'Ivanov au Granit, c'est que le spectacle était prolongé d'un débat au bar fumoir et que je me suis permis de poser deux questions qui ont provoqué des hurlements de Ludovic Lagarde :
1. Sur le salut. Il est vrai que je trouve les saluts indécents au théâtre. Jouvet avait raison quand il expliquait à un jeune acteur pendant le salut : « Petit, quand on se baisse comme cela, c'est pour demander pardon au public ». Là, on a un coup de feu, un suicide, on n'a pas le temps d'avoir la moindre émotion, déjà il faut applaudir ; les acteurs sont en ligne devant vous, souriants, Ivanov en tête.
2. J'ai interrogé l'acteur – Laurent Poitrenaux – qui joue Ivanov, sur un problème qui me turlupine. J'estime que jouer certains rôles ne laisse pas intacts les acteurs, qu'il y a une perméabilité entre le personnage et la personne, et que, dans certains cas, le théâtre peut être dangereux. J'ai posé la question.
3Et là, le metteur en scène m'a demandé de sortir et a mis fin au débat, sans répondre à aucune de mes questions. Cela m'a laissé une petite amertume. Je me suis dit que, décidément, Tchekhov ne laisse pas indifférent.
Table des illustrations
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| Titre | A mon cher ami Maxime Gorki. 1902 |
| URL | http://journals.openedition.org/coulisses/docannexe/image/4630/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 354k |
Pour citer cet article
Référence papier
Jacques Livchine, « Décidément Tchekhov ne laisse pas indifférent… Oïe… comme disent les Russes », Coulisses, 14 | 1996, 41.
Référence électronique
Jacques Livchine, « Décidément Tchekhov ne laisse pas indifférent… Oïe… comme disent les Russes », Coulisses [En ligne], 14 | Printemps 1996, mis en ligne le 20 mars 2019, consulté le 09 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/coulisses/4630 ; DOI : https://doi.org/10.4000/coulisses.4630
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