Notes
Nietzsche fut appelé à l’Université de Bâle en février 1869 à l’instigation de son professeur à Leipzig, F. Ritschl, et fut titularisé comme professeur ordinaire au printemps 1870 en s’étant vu décerner d’office dès le mois de mars 1869 par l’Université de Leipzig le titre de docteur au vu de ses publications dans la revue Rheinisches Museum für Philologie. Avant sa démission en 1879, il prit un congé pour maladie d’un an (année universitaire 1876-1877), durant lequel il séjourna à Sorrente. Dès 1871, il avait pensé quitter la chaire de philologie pour occuper une chaire de philosophie qui se libérait à Bâle. On trouvera en français une chronologie détaillée des premières années de Nietzsche dans l’édition de la Pléiade dirigée par M. de Launay, t. I.
La conférence, dont la version orale avait pour titre « Über die Persönlichkeit Homers », a été publiée par Nietzsche en 1869 sous le titre Homer und die klassische Philologie (KGW II/1, p. 247-269 ; à paraître en français en 2019 aux Belles Lettres, trad. M. de Launay, présentation P. D’Iorio et F. Fronterotta, dans les Écrits philologiques de Nietzsche, dir. P. D’Iorio et A. Merker. L’édition par G. Fillion et Ch. Molinier [Le Passeur-Cecophop, 1992] est de faible valeur scientifique).
Crépuscule des Idoles, « Divagations d’un “inactuel” », § 1. Sénèque par ailleurs est déclaré « sommet de la tromperie morale dans l’Antiquité » (Fragments Posthumes, 1884, 25[347], KSA 11, p. 103).
C’est ce qui ressort de Diogène Laërce, Vies et opinions des philosophes illustres, VI 27 : « [Diogène] s’étonnait que les grammairiens inspectassent les maux d’Ulysse, pendant qu’ils ignoraient les leurs. Et de même, à propos des musiciens, il s’étonnait de les voir soumettre les cordes de leur lyre à l’harmonie, pendant qu’ils laissaient les traits de leur âme désharmonisés ».
Protagoras, 239a-348a, particulièrement 347b-348a.
Par delà bien et mal, I, § 13.
F. Ritschl, Lettre à Nietzsche, 14 février 1872 (italiques de Ritschl) (KGB II/2, p. 542), trad. M. Cohen-Halimi, in : M. Dixsaut, Querelle autour de La naissance de la tragédie, p. 35.
Voir la Notice à ces cinq conférences rédigée par M. Cohen-Halimi dans l’édition de la Pléiade, I, p. 976 sq.
Lettre à E. W. Fritsch, 22 mars 1872 (KGB II/1, p. 300-301).
Sur ce point, voir dans le présent volume les articles de M. de Launay et de Ch. Corbier.
Antichrist, § 52 : « Unter Philologie soll hier, in einem sehr allgemeinen Sinne, die Kunst, gut zu lesen, verstanden werden, – Thatsachen ablesen können, ohne sie durch Interpretation zu fälschen, ohne im Verlangen nach Verständnis die Vorsicht, die Geduld, die Feinheit zu verlieren » (KSA 6, p. 233).
Voir Mazzino Montinari, « La volonté de puissance » n’existe pas.
Encyclopädie der klassischen Philologie und Einleitung in das Studium derselben, KGW II/3, p. 341-437 (à paraître en français en 2019 aux Belles Lettres, traduit par M. de Launay, présenté par P. D’Iorio et F. Fronterotta, dans les Écrits philologiques).
Cicéron, Premiers Académiques, II, xxiii 73, cités en latin par Nietzsche, op. cit., KGW II/3, p. 341, n. 1.
Homer und die klassische Philologie, KGW II/1, p. 250.
Idem, p. 249-250.
Considérations inactuelles, II, § 6 (OPC II, 1, p. 133).
Homer und die klassische Philologie, KGW II/1, p. 252.
Idem, p. 254.
Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement, II, Pléiade, t. I, p. 231 (trad. légèrement modifiée pour les mots gelehrten Bildung, que J.-L. Backès rend par « culture savante ») (KSA 1, p. 689). Voir aussi à propos de Wolf, Considérations inactuelles, III, § 8, ou encore Fragments posthumes, mars 1875, 3[2], etc.
La philologie est revendiquée dans l’Avant-propos de La Généalogie de la morale, § 3 et 7.
On pourrait même rapprocher la dimension métaphorique du terme « classique » de celle du mot « généalogie ». Dans une mise au point précieuse sur la notion et la terminologie de la « généalogie », E. Salanskis souligne la dimension métaphorique de ce dernier terme (dérivant de genos, « race, lignée ») et sa connotation nobiliaire (Nietzsche, p. 235). Ainsi, tant dans le terme de « classique » que dans celui de « généalogie » s’exprime une nuance aristocratique et une problématique axiologique.
Il n’y aura ainsi véritablement d’axiologie au sens le plus propre qu’à partir du moment où, selon la formule de Nietzsche, la valeur des valeurs n’est plus considérée comme donnée et sans question (cf. La Généalogie de la morale, Avant propos, § 6). Voir en ce sens l’ouvrage cité d’E. Salanskis, Nietzsche, et en particulier sa conclusion qui récapitule très clairement la progression – faite à la fois de continuité et de ruptures – de la démarche nietzschéenne.
Wilamowitz (1848-1931) n’était encore à l’époque de la parution de La Naissance de la tragédie (1872) qu’un aspirant et s’était offusqué de la nomination de Nietzsche à Bâle, où il voyait un privilège insensé accordé à un disciple de Ritschl ; la rivalité universitaire entre deux groupes antagonistes de philologues sous-tend d’ailleurs la polémique (voir en ce sens la lettre de Wilamowitz à C. L. Peter, mars 1872, publiée dans Querelle autour de La Naissance de la tragédie, p. 59-60, cf. p. 282).
Sénèque, Lettres à Lucilius, 108.23.
Sénèque dit grammaticus, autre nom du philologus à Rome.
Lettres à Lucilius, 108.23, trad. H. Noblot (légèrement modifiée). Nietzsche cite dans l’Encyclopédie de la philologie classique la phrase quae philosophia fuit etc., et le texte latin d’un passage similaire à celui-ci, situé en 108.30-32 (KGW II/3, p. 343), ce qui montre qu’il s’était pleinement approprié ce texte de Sénèque dans sa totalité.
Lettres à Lucilius, 88.42, trad. H. Noblot.
Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement, éd. cit., p. 275.
« Leçon » (Lesart) est ici un terme de philologie désignant une variante d’un manuscrit par rapport à un autre.
Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement, éd. cit., p. 276.
Considérations inactuelles, II, § 5, OPC II, 1, p. 124.
Idem, II, § 10, OPC II, 1, p. 164.
Lettre à Lucilius, 88.37, trad. H. Noblot.
Sénèque, De la brièveté de la vie, XIII.2-3, trad. A. Bourgery.
Lettre à Lucilius, 88.37, trad. H. Noblot.
Homer und die klassische Philologie, KGW II/1, p. 255.
Philologia : Théétète, 146a. Philologos : Lachès, 188c, 188e ; Théétète, 161a ; Phèdre, 236e ; République, 582e ; Lois, 641e. Misologos : République, 411d ; Lachès, 188c, 188e ; Phédon, 89c. Misologia : Phédon, 89d.
Cette interprétation traverse en particulier le cours sur Platon (Einleitung in das Studium der platonischen Dialoge, KGW II/4, p. 83, 105, 118, 130, 134…).
On lui prête parfois une recension du texte, qu’il aurait offerte à Alexandre le Grand (Plutarque, Vies parallèles : Alexandre, 8.2), mais le cas est douteux. Par ailleurs, le souci de l’établissement d’un texte correct n’a pas trouvé en Aristote son premier représentant ou en tout cas pas de manière exclusive, puisque les autorités athéniennes, en la personne de Lycurgue, se préoccupèrent dans la deuxième moitié du -ive siècle de faire établir le texte de référence des œuvres des trois grands tragiques.
Cf. Homer und die klassische Philologie, KGW II/1, p. 250 : Nietzsche met ici ce genre de propos dans la bouche des ennemis de la philologie, sans le reprendre ouvertement à son compte dans ce cadre solennel…
Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement, éd. cit., p. 244.
Idem, p. 243.
Homer und die klassische Philologie, KGW II/1, p. 269.
Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement, IV, Pléiade, p. 252.
KGW II/1, p. 250.
Ecce Homo, « Les “Inactuelles” », derniers mots, OPC VIII, p. 295.
Lettres à Lucilius, 88.2.
Tous ces textes seront prochainement traduits en français à partir des manuscrits, sous le titre Écrits philologiques (Les Belles Lettres, 2018-2022, 12 volumes, dir. P. D’Iorio & A. Merker).
Section III à VI de la KGW.
Ainsi G. Colli & M. Montinari ont-ils réuni dans la section II de la KGW les philologica et les notes de cours de Nietzsche, ce qui revient à faire une section consacrée à la philologie, puisque Nietzsche donnait ses cours comme professeur de philologie. Cela constitue quelque 2400 pages, auxquelles s’ajoutent des textes dans la section I consacrée aux écrits de jeunesse, sans oublier des fragments posthumes…
Zur Geschichte der Theognideischen Spruchsammlung (Contribution à l’histoire du recueil gnomique de Théognis), Rheinisches Museum für Philologie, N.F. XXII, 1867, p. 161-200 (KGW II/1, p. 3-58).
Théognis, Poèmes élégiaques, Collection des Universités de France (l’édition remonte à 1948, mais elle est réimprimée régulièrement), p. 15, 17 (voir aussi p. 30 pour l’interprétation de la morale émergeant de ces poèmes).
Théognis y est explicitement mentionné dans la 2e dissertation, § 5. Mais, outre des mentions dans les fragments posthumes, on pourrait retrouver sa figure tacitement présente en d’autres endroits du corpus nietzschéen.
Beiträge zur Kritik der griechischen Lyriker. I. Der Danae Klage (Contributions à la critique des lyriques grecs. I. La plainte de Danae), Rhein. Mus. N.F. XXIII, 1868, p. 480-489 (KGW II/1, p. 61-74).
Humain, trop humain, I, § 154 ; cf. Die griechische Lyriker, KGW II/2, p. 150.
Humain, trop humain, II, § 219.
De Laertii Diogenis fontibus (Des sources de Diogène Laërce), parties I & II : Rhein. Mus. N.F. XXIII, 1868, p. 632-653 ; parties III & IV : ibid., XXIV, 1869, p. 181-228 (KGW II/1, p. 77-167). Analecta Laertiana (Morceaux choisis de Diogène Laërce), Rhein. Mus. XXV, 1870, p. 217-231 (KGW II/1, p. 171-190). Beiträge zur Quellenkunde und Kritik des Laertius Diogenes (Contributions à la connaissance des sources et à la critique de Diogène Laërce), Bâle, 1870 (KGW II/1, p. 193-245).
Der florentinische Tractat über Homer und Hesiod, ihr Geschlecht und ihren Wettkampf (Le traité florentin sur Homère et Hésiode, leur lignée et leur joute), parties I & II : Rhein. Mus. N.F. XXV, 1870, p. 528-540 ; parties III & IV : Rhein. Mus. N.F. XXVIII, 1873, p. 211-249 (KGW II/1, p. 273-337).
Certamen quod dicitur Homeri et Hesiodi (La joute légendaire d’Homère et Hésiode), Leipzig, 1871 (KGW II/1, p. 341-364).
Voir J. Latacz, « On Nietzsche’s Philological Beginnings », p. 18-19.
Voir les appréciations faites en 2014 dans H. Heit & A. Jensen (eds.), Nietzsche as a Scholar of Antiquity. On peut porter légitimement un jugement plus sévère sur l’apport de Nietzsche à la philologie (voir le rapport qu’en fait J. Barnes dans son article de 1986, repris dans le recueil cité à l’instant ; comparer avec F. Fronterotta, dans sa présentation des Philosophes préplatoniciens, éd. cit., p. 71 sq. ; cf. article de M. de Launay dans le présent volume), mais on ne doit pas oublier d’une part que c’est le lot commun de tous les philologues que de voir une partie de leurs hypothèses dépassées par l’avancement de la recherche ou critiquées par leurs pairs, et d’autre part que l’activité professionnelle de Nietzsche en philologie au sens étroitement compris n’a été que d’une dizaine d’années.
Huit brèves recensions, publiées entre 1868 et 1870 (voir KGW II/1, p. 367-379).
Voir Pléiade, I, p. 738 sq., les projets nietzschéens sur Démocrite en 1868, contemporains d’une critique de Schopenhauer qu’on trouve dans les mêmes pages de notes, le tout permettant de revisiter radicalement la périodisation de l’œuvre de Nietzsche et de considérer la période wagnéro-schopenhauerienne comme une parenthèse entre le rationalisme inhérent aux recherches et intérêts philologiques initiaux de Nietzsche et l’esprit libre de Humain, trop humain (voir la Notice de P. D’Iorio à ces textes, p. 1123‑1224).
Primum Oedipodis Regis carmen choricum, KGW I/3, April 1864 bis September 1864, 17[1], p. 329 sq.
Les datations de ces textes sont parfois complexes selon que le cours a été faits plusieurs fois et augmenté au fil des années. On pourra retrouver la pluralité éventuelle des dates en se reportant à l’édition Colli / Montinari. La liste chronologique des cours de Nietzsche a du reste été établie par Curt P. Janz, « Friedrich Nietzsches akademische Lehrtätigkeit in Basel 1869‑1879 ».
Trois cours sur Les Choéphores (KGW II/2, p. 3-104).
Einleitung in die Tragödie des Sophocles (KGW II/2, p. 7-57). Il existe une traduction de ce texte chez Encre marine par F. Dastur et M. Haar, Introduction aux leçons sur l’Œdipe Roi de Sophocle. Introduction aux études de philologie classique, datant de 1994 ; les deux titres présentent un texte incomplet.
Non moins de quatre cours (KGW II/3, p. 101-338). Les travaux de Nietzsche sont encore cités aujourd’hui, par ex. M. Steinrück, À quoi sert la métrique ?, p. 12 : « F. Nietzsche a été le premier à enseigner dans ses cours qu’il n’y avait pas de position forte ou faible, donc pas d’ictus (accent d’intensité sur la position forte) dans la prononciation du rythme grec » (voir sur ce point dans le présent volume des explications détaillées de Carlotta Santini).
<Einführung in das Studium der platonischen Dialoge> ou <Einleitung in das Studium Platons> (KGW II/4, p. 7-188). La traduction de ce texte donnée aux éditions de L’Éclat par O. Seyden en 1991 est incomplète et fondée sur une ancienne édition du texte (Kröner, 1913).
Die vorplatonischen Philosophen (KGW II/4, p. 211-362), dont existe déjà aux éditions de L’Éclat une présentation et une traduction par, respectivement, P. D’Iorio et N. Ferrand, F. Nietzsche, Les Philosophes préplatoniciens, fondée sur les manuscrits.
<Die διαδοχαί der vorplatonischen Philosophen> (KGW II/4, p. 615-632), dont existe déjà dans le livre indiqué à la note précédente une présentation et une traduction par, respectivement, F. Fronterotta et N. Ferrand.
Geschichte der griechischen Beredsamkeit (1872) ; <Darstellung der antiken Rhetorik> (1874) (KGW II/4, p. 367-502).
<Einleitung zur Rhetorik des Aristoteles> (KGW II/4, p. 523-528). La traduction de la Rhétorique, remontant à la même année, contient : I 1-13 et III 1-4 ; il manque donc I 14-15, le livre II entier, et III 5-19 (KGW II/4, p. 533-611).
Der Gottesdienst der Griechen (KGW II/5, p. 363-520). Il existe une traduction de ce texte par E. Cattin, aux éditions de L’Herne, sous le titre Le Service divin des Grecs, fondée sur le texte d’une ancienne édition (Leipzig : Kröner, 1913).
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