Architecture d’une histoire
Résumés
Ce travail vise à encadrer, à travers le cas de la place Stalingrad, le rôle de l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) dans les transformations urbaines de l’espace public à Paris entre les années 1974 et 1989. Pendant cette période, I’ Apur apparaît progressivement comme une institution qui traduit une partie des élaborations de la culture architecturale liée à une architecture urbaine dans des décisions et des projets urbains en mesure de transformer la ville. Parallèlement, les mêmes instances sensées s’intéresser à la construction sociale de l’espace semblent, dans le contexte institutionnel parisien, réduire leur démarche à un rapport direct et mécanique entre formes et milieu social. Une démarche qui essaie de sortir du point de vue des architectes chargés des transformations d’une part et d’autre part, des archives croisées, produites soit par les architectes eux-mêmes, soit par I’ Apur. Le cas de la place Stalingrad permet de vérifier cette relation et ouvre de nouvelles questions sur le rapport entre architecture urbaine et société.
Texte intégral
- 1 Guy Burgel, « Logiques anciennes ou rationalités nouvelles ? », dans Georges Duby (dir.), Histoire (...)
- 2 À partir de 1976-1977 jusqu’à la fin des années 1980 ont été réalisés ou dessinés le parc de Bercy (...)
- 3 Par exemple le concours de 2004 pour les Halles de Paris ou encore, toujours en 2004, le projet pou (...)
- 4 En 1974 à Paris et dans l’ensemble du territoire, apparaît une vague de concours d’idées ouverts vi (...)
1Les transformations de l’espace public à Paris entre les années 1970 et 1980 sont le miroir de l’évolution d’un système urbain qui glisse d’une stratégie de croissance à une stratégie de réutilisation et d’intérêt pour l’histoire urbaine dans le projet1. Les espaces produits par ce processus constituent aujourd’hui une partie importante des espaces publics dans la capitale2, qui dans certains cas sont le théâtre de changements à moins de trente ans de leur achèvement3. Dans ce contexte s’inscrit une étude sur les mécanismes de transformation de l’espace public à Paris dans les projets d’initiative publique entre 1974 et 1989, période qui peut être considérée comme cruciale dans le changement de paradigme que l’on vient d’évoquer. D’un côté, le début du septennat de Valéry Giscard d’Estaing correspond à un changement de la politique de développement territorial en France4 et de l’autre, le début du second septennat de François Mitterrand est caractérisé sur le territoire parisien par les concours pour le parc de Bercy ou l’achèvement de la place Stalingrad d’où émerge une attention pour la forme urbaine.
- 5 Clifford Geertz, « Thick description », dans The Interpretation of Culture, New York, Basic Books, (...)
- 6 Parmi les œuvres qui constituent, dans le contexte de l’histoire urbaine, un point de repère méthod (...)
- 7 Cette opération bénéficie aujourd’hui d’une littérature vaste, plutôt sectorielle ou liée à la succ (...)
- 8 Les relations directes évoquées s’explicitent dans le transfert du marché de la viande à la Villett (...)
2La perspective de la recherche, plutôt que d’analyser la relation entre histoire de la ville et nouvelles formes de composition de l’espace public, vise à explorer les contaminations entre projets, décisions politiques et acteurs sociaux avec une thick description (description dense)5 ; des contaminations produisant des processus qui ne sont qu’en partie miroités dans les papiers du concepteur. Cette perspective croise les démarches déjà explorées par des historiens tels que Marcel Roncayolo, Bernard Lepetit ou Carlo Olmo6, qui montrent les origines et les implications sociales des modifications de l’espace de la ville. Dans ce cadre, deux cas d’étude ont été identifiés, pouvant être à la fois liés aux élaborations de la culture architecturale française et connectés, soit entre eux par des relations directes, soit aux politiques urbaines de la Ville de Paris : d’un côté, la recherche analyse l’opération des Halles centrales de Paris, notamment après l’intervention en 1974 de Valéry Giscard d’Estaing7 ; et de l’autre, le secteur de la Villette, théâtre d’opérations emblématiques, le parc de la Villette et la place Stalingrad8.
- 9 Un exemple : les élaborations de l’Apur dans le cadre du concours pour la Villette en 1976, qui ont (...)
3En reliant le niveau des projets d’aménagement de l’espace public et celui des décisions politiques du Conseil de Paris et de l’État ainsi que les procédures de sélection de ces projets, ce qui ressort c’est l’hypo- thèse d’un rôle fondamental des organismes intermédiaires entre conception et politique, entre stratégie et projet, dans le changement de perspective des stratégies de transformation urbaine de l’espace public : avec en particulier le rôle joué par l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) dans le panorama des transformations urbaines à Paris9. Cependant ce rapport fait surgir une seconde hypothèse. Dans le cadre de ces institutions intermédiaires, les mêmes instances défendant une construction sociale de l’espace semblent, dans le contexte institutionnel parisien, se réduire peu à peu à un rapport direct et mécanique entre formes et milieu social. Nous tenterons d’explorer ces deux hypothèses dans un cas d’étude analysé dans cette recherche : la place Stalingrad.
- 10 Louis Arretche a été architecte conseil de l’Apur et concepteur du jardin des Halles ; Jean-Claude (...)
- 11 L’activité de critique et de théoricien de Bernard Huet se traduit en une série d’articles sur les (...)
4En ce qui concerne la première hypothèse, l’Apur a joué en effet un rôle majeur qui va bien au-delà de l’étude urbaine ou de la conception de plan-masse, avec par exemple des avant-projets visant au projet architectural à l’échelle urbaine. Parallèlement, la trajectoire de personnages importants du milieu culturel de l’architecture française croise celle de l’Apur : Louis Arretche, Émile Aillaud, Jean-Claude Bernard, Henri Bernard travaillent en tant que concepteurs en collabo- ration avec l’Atelier. Leur activité reste cantonnée pour l’essentiel au cadre professionnel, et les liens avec les débats culturels ne sont établis qu’indirectement10. En revanche, avec Bernard Huet, une liaison directe s’établit entre les opérations des Halles et du secteur de la Villette11, la pensée architecturale sur la ville et les actions opérationnelles et techniques de l’Apur.
- 12 Cette méthode est évoquée par exemple dans B. Huet, « Le avventure di una grande composizione », Ra (...)
5Dans ce cadre, le cas de la place Stalingrad – projet paradigmatique pour la diffusion en Europe d’une méthode de conception qui traduisait les théories liées à l’architecture urbaine et qui a été analysé en détail par l’historiographie contemporaine12 – permet d’explorer le lien que l’on vient d’évoquer entre l’élaboration culturelle, le niveau de décisions et le rôle de l’Apur.
- 13 Juliette Pommier, Vers une architecture urbaine. La trajectoire de Bernard Huet, université Paris 8 (...)
6Si l’on consulte les publications critiques, contemporaines à la réalisation de la place, celles-ci adoptent le point de vue du concepteur en tant qu’horizon interprétatif de l’œuvre. Aussi les travaux les plus récents proposent-ils l’analyse de la place avec les instruments de l’analyse urbaine (c’est-à-dire avec une orientation typo-morphologique) et la catégorie du genius loci, en s’appuyant sur les études historiques dont Huet avait fait un instrument de projet, sans oublier les références à la sémiotique. Par exemple la thèse de Juliette Pommier sur cette perspective de lecture, essentielle pour comprendre la pensée théorique de Huet, s’oriente vers celle du concepteur et souligne ainsi la relation entre espace et société : « Non seulement le type permet l’articulation entre ville et architecture, mais il assure aussi la correspondance entre espace et société, entre organisation spatiale et structure sociale13. »
- 14 Travaux cités dans la note 12.
- 15 B. Huet, Dossier d’étude d’impact, 1985, Archives Bernard Huet.
7La plupart des analyses existantes se placent dans une même perspective et proposent une étude de la place Stalingrad selon les principes qui sont établis par le concepteur lui-même, en suivant les textes qu’il a publiés : il est possible d’en retrouver une preuve dans la correspondance entre les iconographies utilisées dans ces études14 et les matériaux présentés par Huet lui-même dans le dossier d’enquête publique rédigé pour la réalisation de la place15. Les études évoquées ont été fondamentales pour comprendre le passage d’une énonciation théorique à la pratique architecturale, mais, en restant uniquement du point de vue du concepteur, elles n’ont pas permis de dévoiler les relations du projet avec le niveau des décisions et de la négociation.
- 16 Michel de Certeau, L’invention du quotidien. Arts de faire, Paris, Union générale d’éditions, 1980, (...)
- 17 Michel Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975.
8Par conséquent, est-il possible d’insérer des clés de lecture qui vont au-delà des instruments interprétatifs avancés par l’auteur ou par le milieu culturel auquel il appartient ? En évitant de répondre à cette question, il se pourrait que l’on risque d’étudier une tentative de créer un système de signifiés et de valeurs institués par une culture (architecturale) en rapport avec un système de pouvoirs (publics, sociaux) sans réussir à en comprendre pleinement les relations. Michel de Certeau décrit ce rapport comme une subversion continue qui sort des déclarations officielles : « Ainsi la réussite spectaculaire de la colonisation espagnole auprès des ethnies indiennes a été détournée par l’usage qui en était fait : même soumis, voire consentants, souvent ces Indiens utilisaient les lois, les pratiques, ou les représentations qui leur étaient imposées par la force ou par la séduction à d’autres fins que celles des conquérants ; ils en faisaient autres choses, ils les subvertissaient du dedans16. » Si l’on considère, comme le suggère Michel Foucault17, la transformation de l’espace comme résultat d’un système de pouvoirs constitués, il est possible de s’appuyer sur la suggestion de De Certeau pour dire que les historiographies uniquement créées à partir de systèmes de représentation établis par les promoteurs ou les concepteurs ne prennent pas en compte les « Indiens ». Les horizons de lecture qui sont orientés principalement sur la morphologie urbaine risquent pourtant de ne pas s’avérer exhaustives par rapport à la transformation de l’espace, ou uniquement valables pour les processus dans le cadre d’un des savoirs qui participent à la transformation de l’espace urbain : celui de l’architecte.
- 18 Dans le cadre de la recherche, les sources ne se limitent donc pas seulement aux archives des archi (...)
9Une deuxième question devient alors importante : s’il peut être utile d’intégrer de nouveaux instruments qui prennent en considération les contaminations entre pouvoirs et savoirs, comment pourra-t-on éviter qu’ils soient aléatoires ? Dans le cas de Stalingrad, comme dans toute la recherche, le choix des sources d’archives permet de gérer ce risque : en étudiant des archives de différentes natures, et donc créées à des fins différentes, il est possible de reconstruire les transformations urbaines et les projets en tant que processus de négociation, lieu d’affirmation de rhétoriques et de stratégies, où les architectes ne jouent qu’une partie du match18.
- 19 Centre de documentation et d’urbanisme, Raymond Lopez, Avant-projet d’aménagement du secteur nord-e (...)
- 20 Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris, 1965, Archives de Paris, cote (...)
- 21 Ministère des Affaires culturelles, Bassin de la Villette, Plan de circulation, 1969-1970, Archives (...)
10En revenant à la première hypothèse, la perspective méthodologique ici évoquée souligne, dans le cas de place Stalingrad, un écart par rapport aux positions critiques établies jusqu’à aujourd’hui en ce qui concerne le rôle de Huet dans la conception et celui de l’Apur dans l’ensemble du processus. En prévision de la fermeture de la gare routière qui se trouvait sur l’emplacement de la place Stalingrad actuelle, la fonction de place piétonne est déjà présente dans les premières propositions de transformation du futur secteur de la Villette. Notamment en 1960, l’avant-projet du plan directeur de Raymond Lopez19 définit les berges du bassin et surtout la place comme zone piétonne, créant le précédent principal pour les futures transformations. Au cours des années 1960, le rôle stratégique du secteur devient plus clair pour le développement de Paris au niveau productif : le schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme (SDAU) de 1965 définit les abords du canal et du bassin comme la « zone principale d’activités20 », mais l’orientation qui vise à libérer la rotonde de Ledoux du trafic est maintenue. Le projet élaboré par le ministère des Affaires culturelles en 1969 en est un exemple. Dans celui-ci, une vision schéma- tique du secteur, avec tours et barres dans l’esprit de la conquête de Paris, est complétée par un schéma d’une place piétonne symétrique et divisée en parterres21.
- 22 Bassin de la Villette, schéma d’aménagement, 1976, Archives de Paris, cote 1514W 56
- 23 Le groupe était composé de Bernard Huet, David Bigelman, Bernard Le Roy et, à partir du 1978 de Jea (...)
- 24 Esquisse du projet pour le secteur de la Villette, TAU, 1976, Archives Bernard Huet.
11La transformation de la gare routière en place n’est pas abandonnée en 1976, lors de la première consultation pour le secteur de la Villette au cours de laquelle seront avancées des propositions pour l’aménagement du futur parc, qui offrent une vision d’ensemble sur les stratégies de développement de tout le secteur envisagé par l’Atelier Parisien d’Urbanisme, Apur, en particulier l’aménagement des abords du bassin. Le schéma rédigé établi par l’Apur22 maintient la fonction piétonne, mais préfigure un aménagement du sol complètement asymétrique, organisé sur plusieurs niveaux. Le concours a été également une des premières occasions d’affirmation pour le groupe TAU (Théorie, Architecture, Urbanisme)23 de s’affirmer, groupe avec lequel Bernard Huet a débuté son activité de concepteur d’espaces publics. La proposition du TAU, qui se concentre sur l’espace du futur parc, envisage de toute façon un aménagement pour la place qui rétablit l’ancienne darse spéculaire à la liaison entre le bassin et le canal Saint-Martin tout en gardant une partie de la surface pour la circulation24. L’aménagement piétonnier de la place est définitivement établi avec l’approbation du plan d’ensemble des abords du canal en 1976 avec le schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la Ville de Paris, adopté en 1977. Ce n’est qu’au début des années 1980 que les archives restituent les documents présentant des dessins d’avant-projets de l’Apur qui confirment un aménagement symétrique d’une de la place désormais libérée de toutes formes de circulation de véhicules.
12En ce qui concerne la succession de ces schémas, on peut donc imaginer une liaison culturelle entre la pensée de Huet sur la ville (qui avec l’esquisse de 1976 commence à prendre forme sur la place) et les avant- projets de l’Apur, mais il est difficile de démontrer une relation directe entre l’architecte et l’Atelier au sujet du projet de la place avant les années 1980.
- 25 Archives de Paris, cote 3431W 629.
- 26 APUR, Plan principe pour la place Stalingrad, 1985, Archives de Paris, cote 3431W 629.
13Le premier document qui fait le lien entre Huet et le projet de la place est une note du 29 janvier 198625 adressée à Alain Grellety Bosviel, directeur de l’aménagement urbain de la Ville de Paris, dans laquelle le directeur de l’Apur, Nicolas Politis, envisage les critères pour la sélection du concepteur. Les noms de Nicolas Soulier, Alain Borie et Bernard Huet sont avancés et seulement en avril de la même année les documents de l’Apur confirment Huet en tant qu’architecte de la place. Dans le même temps, au sein de l’Atelier des schémas détaillés de la place qui soulevaient plusieurs problèmes liés à la « piétonnalisation26 » avaient été déjà développés, proposant :
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la solution des problèmes de circulation des automobiles ;
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l’emploi des terrasses pour couvrir tous les locaux de services des eaux municipales ;
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la symétrie et les axes de composition ;
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le maintien des prises d’eaux et le camouflage de tout signe de services souterrains liés au métro.
- 27 B. Huet, première proposition pour l’aménagement de la place Stalingrad, environ 1986, Archives Ber (...)
- 28 Huit propositions pour le bassin de la Villette, 1984, Archives de Paris, cote 3431W 236.
- 29 Direction de la voirie, direction de l’Aménagement urbain, Apur, Bassin de la Villette. Aménagement (...)
14Dans une première phase, le projet de Bernard Huet s’appuie beaucoup sur ce schéma tout en en gardant tous les points principaux27. En 1986, au cours des phases successives, d’autres éléments apparaissent, à savoir la démolition du petit bâtiment des eaux municipales, la création d’un bassin décoratif sur l’axe du monument de Ledoux et du bassin et enfin, un obélisque qui marque la symétrie de la composition. Si l’on prend en considération ces nouveaux éléments, à l’exception de l’obélisque qui ne sera pas réalisé, on constate qu’ils existaient déjà dans des propositions précédentes avancées par les acteurs institutionnels : la suppression du petit bâtiment est déjà présente dans des documents de l’Apur de juin 198428, et le bassin décoratif apparaît dans le contrat régional pour l’aménagement du bassin de la Villette en 198229. S’il est probable que, dans l’élaboration du schéma Apur de la place, rédigé vers 1985, l’influence de Huet, qui n’avait pas encore été sélectionné comme concepteur, était bien présente, il serait plus difficile de soutenir cette thèse par rapport aux documents qui datent du début des années 1980.
- 30 Bernard Huet ne cache jamais cette relation et au contraire la souligne dans le Dossier d’étude d’i (...)
15Ce qui résulte de ce croisement de sources, est donc le fait qu’au sein de l’Apur, les lignes fondamentales du schéma d’aménagement étaient déjà définies30, probablement sous l’influence de Huet, mais surtout que dans une institution publique, il y avait un milieu culturel capable en moins de cinq ans de passer d’une orientation qui ne prenait pas en considération la forme urbaine, à l’élaboration d’un schéma prenant en compte une architecture urbaine. Le rôle clé de l’Apur en tant que traducteur des instances culturelles liées à l’architecture urbaine dans les années 1980 pourrait ainsi trouver avec ces exemples un important élément de confirmation.
- 31 Ici, il est fait référence aux textes cités dans la note 12. D’autres textes qui intègrent une atte (...)
- 32 La requalification de la place commencée en 2004 est un des éléments qui indiquent ces « usages imp (...)
16Toutes ces considérations qui naissent de la lecture croisée des archives permettent aussi de reconstituer, au moins en partie, le système de relations et de négociations qui rend possible la transformation de la ville. Par ailleurs, elles montrent de nouveaux éléments importants dans l’action de conception de Huet qui, jusqu’à nos jours, sont restés au second plan dans la critique et dans l’historiographie31 mais sont soulignés dans les documents qui décrivent le processus de décision autour de la place. Parmi ces éléments, on trouve la capacité de Huet à coordonner l’opération dans un contexte de maîtrise d’œuvre très complexe qui impliquait la RATP et au moins quatre autres directions de la Ville de Paris, mais aussi son l’habilité à effacer sur la place tous les signes des services techniques tout en conservant la fonctionnalité. En même temps (et cela est un élément clé) la construction de sens que Huet opère, s’appuie sur une morphologie déjà établie, affinée à travers des opérations sémantiques et symboliques : les noms des portes de l’enceinte des Fermiers généraux sur les murs des terrasses, la fontaine en correspondance avec l’ancienne prise d’eau, l’utilisation des matériaux… Tout cela constitue un système de références qui conserve la mémoire du lieu mais qui a été en quelque sorte subverti (selon l’acception donnée par de Certeau) par des « usages impropres32 » (dans la perspective de l’architecte et de l’administration) liés au contexte social du quartier.
- 33 Apur, note du 6 mai 1985, Archives de Paris, cote 3431W 629.
17Parmi ces éléments, le fait que le rapport avec le contexte social soit peu considéré dans le processus de conception, nous amène à penser la conception d’un rapport direct entre espace et société évoqué en tant que deuxième hypothèse. Le rapport du projet avec le contexte social, surtout dans sa conception, est donc un deuxième élément qui sort de l’analyse du processus de transformation de la ville dans lequel s’insère l’opération de Stalingrad. Les différents plans déjà évoqués montrent que le réaménagement de la place est intégré dans un projet plus vaste qui touche l’ensemble des abords du canal de la Villette en prévoyant une grande zone piétonne : une opération qui reflète le processus de désindustrialisation de la ville. De plus, un vaste programme d’interventions autour de la place était prévu à partir de 1983 : environ 800 logements, des bureaux et des équipements publics devaient entourer la place33. Toutes ces transformations étaient prévues dans le cadre du Plan programme de L’Est parisien (PPEP) qui tentait d’organiser les nombreuses opérations d’urbanisme déjà lancées dans Paris. Dans le cadre de ce plan, promu au cours du deuxième mandat de Jacques Chirac, l’opération sur la place Stalingrad s’inscrit dans un programme complexe et multifonctionnel qui devait justifier la création d’un futur espace public et influencer son usage. Toutefois, si l’on prête attention aux relevés des notes et aux articles parus dans les revues d’architecture faisant référence à la place, on note que les aspects sociaux sont toujours mentionnés en deuxième position, et l’attention est concentrée sur la forme urbaine. Les processus stratégiques, la création d’imaginaire et les rapports avec la sphère des décisions politiques, fondamentales dans les études d’urbanisme, sont donc peu explorés.
Figure 1. Bernard Huet, première proposition pour l'aménagement de la place Stalingrad, environ 1986.
SIAF/Cité de l'architecture et du patrimoine/Archives d'architecture du XXe siècle, fonds Bernard Huet, 164 IFA.
Figure 2. Esquisse du projet pour le secteur de la Villette, Bernard Huet, 1976, extrait.
SIAF/Cité de l'architecture et du patrimoine/Archives d'architecture du XXe siècle, fonds Bernard Huet, 164 IFA.
Figure 3. Atelier parisien d'urbanisme, plan principe pour la place Stalingrad, 1985.
Archives de Paris, cote 3431W629.
Figure 4. Atelier parisien d'urbanisme, concours pour l'aménagement du secteur de la Villette, 1976, extrait.
Archives de Paris, cote 3431W417.
Figure 5. Ministère des Affaires culturelles, bassin de la Villette, plan de circulation, avant-projet urbanistique, septembre 1969, extrait.
Archives de Paris, cote 1662W34.
- 34 La correspondance est conservée dans les cartons : Archives de Paris, cotes 3431W 629-626-648.
18L’attention à ce rapport (social) est peu présente dans le processus de coordination de l’Apur, axé sur les questions techniques et morphologiques, néanmoins dans les fonds d’archives, des indices en montrent l’importance notamment dans la correspondance entre l’Atelier et la Commission du Vieux Paris. En 1989, la Commission a envoyé plusieurs courriers à l’Apur pour protester contre certaines activités dangereuses qui se passaient avaient lieu sur la place après le réaménagement et pour demander l’installation d’une grille de protection pour la rotonde de Ledoux. En réponse, le 19 juin 1986, l’Apur répondit : « Il ne semble pas possible d’enfermer la rotonde derrière des grilles. En effet, si elles sont proches du bâtiment, ces grilles ne feront que créer un espace résiduel qui deviendra inévitable- ment sale et encombré de papiers gras ; si elles s’en éloignent, elles couperont l’espace de l’esplanade et entreront en contradiction directe avec l’aménagement qui vient d’être réalisé. […] Cette clôture transforme- rait totalement l’image (qui maintenant a été largement publiée) de l’esplanade dans laquelle la Rotonde est totalement intégrée. Elle apparaîtrait comme le symbole d’une méfiance à l’égard des parisiens, déjà amoureux de ce lieu, comme une interdiction d’utiliser les péristyles pour ce qu’ils sont : un lieu ombragé face au plan d’eau où l’on peut s’asseoir pour contempler le bassin, les fontaines et les enfants qui jouent. » Au cadre décrit par l’Apur, la Commission répondit en envoyant des photographies de tâches d’urine et des tags sur les colonnes de la rotonde34.
19En conclusion, avec l’exemple de la place Stalingrad il est important de mettre en avant le fait qu’à travers une approche méthodologique de recherche prenant en considération les systèmes des relations et de rapports, surgissent d’autres questions liées à l’architecture que celles qui ont été soulevées par l’historiographie existante, auxquelles il faudrait trouver des réponses possibles. Pourquoi la puissance de l’influence entre architecture et sciences sociales semble-t-elle s’éteindre dans les années 1980 jusqu’à considérer le volet social des projets comme marginal ? Pourquoi et comment des attitudes, qui concernent une architecture urbaine, ont-elles eu un succès croissant dans le processus de désindustrialisation de la ville ? Une étude sur le rôle qu’ont joué les entités intermédiaires entre projets et transformation réelle de la ville, pouvoir public et culture architecturale, telles que l’Apur, dans la considération du projet d’architecture urbaine à Paris pourrait fournir des éléments interprétatifs. C’est le type de questions auxquelles la méthode de processus vise à trouver une réponse possible, dans une perspective où l’œuvre des concepteurs n’est pas assumée en tant qu’autonome mais insérée dans un système de valeurs, de pouvoirs et de négociations, sans lesquels il nous serait impossible de comprendre la transformation de l’espace urbain.
Notes
1 Guy Burgel, « Logiques anciennes ou rationalités nouvelles ? », dans Georges Duby (dir.), Histoire de la France urbaine. La ville d’aujourd’hui, Paris, Le Seuil, 1985, p. 178-229.
2 À partir de 1976-1977 jusqu’à la fin des années 1980 ont été réalisés ou dessinés le parc de Bercy (concours 1989), le parc Citroën (concours 1985), le jardin des Halles (1979-1986), la place du Centre Pompidou (inauguration en 1977), le parc de la Villette (concours 1976-1982), le parc Georges-Brassens (1980-1985).
3 Par exemple le concours de 2004 pour les Halles de Paris ou encore, toujours en 2004, le projet pour la modification de la place Stalingrad par Patrick Céleste, pour en rester aux exemples évoqués dans cette étude.
4 En 1974 à Paris et dans l’ensemble du territoire, apparaît une vague de concours d’idées ouverts visant à la conception des espaces publics et d’îlots urbains. Il s’agit par exemple des concours pour la place Napoléon à La Roche-sur-Yon (1974) ; pour le quartier de la Vieille-Forme (1976) ou du parc de la Corderie (1974) à Rochefort-sur-Mer, pour l’îlot de la Petite Roquette à Paris (1974).
5 Clifford Geertz, « Thick description », dans The Interpretation of Culture, New York, Basic Books, 1973.
6 Parmi les œuvres qui constituent, dans le contexte de l’histoire urbaine, un point de repère méthodologique de la recherche, citons : Marcel Roncayolo, La Ville et ses territoires, Paris, Gallimard, 1990 ; Bernard Lepetit (dir.), Les formes de l’expérience. Une autre histoire sociale, Paris, Albin Michel, 1995 ; Carlo Olmo, Une architecture imparfaite. La reconstruction de la via Dora Grossa à Turin (1736-1776), Paris, Armand Colin, 1991.
7 Cette opération bénéficie aujourd’hui d’une littérature vaste, plutôt sectorielle ou liée à la succession de projets. Parmi les exemples : André Fermigier, La bataille de Paris, des Halles à la Pyramide, chroniques d’urbanisme, Paris, Gallimard, 1991 (pour ce qui concerne la perception de l’opération au sein de l’opinion publique) ; François Serrand, Le pari des Halles de Paris, Paris, Aubin Éditeur, 2001 (une analyse de tout le processus du point de vue de l’Union des Champeaux). Il faut aussi considérer que les tentatives de synthèse générale du processus sont très rares et proposent surtout une description de la succession des projets. Parmi les tentatives pour présenter l’ensemble des projets : « Dossier Halles », Macadam, 15 septembre-15 octobre 1978, p. 3-9 ; Dossier de la Consultation internationale pour l’aménagement du quartier des Halles à Paris, Paris, Syndicat de l’architecture de l’Île-de- France, 1980 ; Christian Michel, Les Halles. La renaissance d’un quartier. 1966-1988, Paris, Masson, 1988 ; Pierre-François Large, Des Halles au Forum. Métamorphoses au cœur de Paris, Paris, L’Harmattan, 1992.
8 Les relations directes évoquées s’explicitent dans le transfert du marché de la viande à la Villette après le départ des Halles centrales et la démolition des pavillons Baltard et surtout dans l’échange des influences sur les secteurs de transformation entre Ville et État entre 1977 et 1978.
9 Un exemple : les élaborations de l’Apur dans le cadre du concours pour la Villette en 1976, qui ont été la base du cahier des charges du concours de l’État en 1982.
10 Louis Arretche a été architecte conseil de l’Apur et concepteur du jardin des Halles ; Jean-Claude Bernard dessine avec le groupe ARC en 1974, le projet en qui sera la base du du futur jardin au cœur de Paris ;Henri Bernard, coordinateur du Collège des architectes en 1975 et promoteur de la consultation sur le quartier des Halles en 1979 (beaucoup des nombreux documents de la consultation organisée par l’ACIH en 1979 sont conservés dans le fonds Henri Bernard auprès de l’Institut français d’architecture : 266 AA 10, 266 AA 72). À l’exclusion d’Émile Aillaud, ces personnes écriront peu et seront concentrées sur leur activité professionnelle pendant la période étudiée.
11 L’activité de critique et de théoricien de Bernard Huet se traduit en une série d’articles sur les Halles qui seront publiées dans L’Architecture d’aujourd’hui pendant qu’il était rédacteur en chef et certains d’entre eux sont signés par Huet lui-même (Bernard Huet, « La revanche du cavalier Bernin », L’Architecture d’aujourd’hui, no 176, novembre-décembre 1974, p. 7). Huet participa avec le groupe TAU au concours pour le secteur de la Villette, organisé par l’Apur en 1976, Par ailleurs, il est l’architecte de la place Stalingrad. Voir Bernard Huet, « Concours pour l’aménagement des anciennes halles de la Villette », L’Architecture d’aujourd’hui, no 187, octobre-novembre 1976, p. 84-100. Au début des années 1990, l’activité professionnelle de Huet se déroule en partie dans le cadre des opérations promues par l’Apur : le projet pour le parc de Bercy (1989), le réaménagement des Champs Élysées (1992-1994) et celui de la place des Fêtes (1991-1996), les concours pour la Goutte-d’Or et pour la ZAC Masséna (1995).
12 Cette méthode est évoquée par exemple dans B. Huet, « Le avventure di una grande composizione », Rassegna, no 29, mars 1987, p. 84-88 ; B. Huet, « Place Stalingrad. A Project of Urban Reconstruction in Paris », Arquitectonica, no 9, mai 1992, p. 13-44. Elle est analysée dans Pierre Pinon, Lire et composer l’espace public, direction de l’Architecture et de l’Urbanisme, service technique de l’Urbanisme, ministère de l’Équipement, du Logement, des Transports et de la Mer, Paris, éditions du STU, 1991 ; Serge Santelli (dir.), Bernard Huet, architecte, urbaniste, Paris, Hartmann, 2003 ; L’Architecture et la ville. Mélanges offerts à Bernard Huet, Paris, Les éditions du Linteau, Énsa de Paris-Belleville. 2000.
13 Juliette Pommier, Vers une architecture urbaine. La trajectoire de Bernard Huet, université Paris 8, Ensa Paris-Malaquais, laboratoire ACS, 2010, p. 308. La liaison entre la pensée de Huet et celle de Lefebvre est plusieurs fois déclarée dans les écrits de l’architecte et confirmée par la présence constante d’Henry Raymond dans les pages de L’Architecture d’aujourd’hui, pendant les années de la direction Huet (1974-1976).
14 Travaux cités dans la note 12.
15 B. Huet, Dossier d’étude d’impact, 1985, Archives Bernard Huet.
16 Michel de Certeau, L’invention du quotidien. Arts de faire, Paris, Union générale d’éditions, 1980, p. 79.
17 Michel Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975.
18 Dans le cadre de la recherche, les sources ne se limitent donc pas seulement aux archives des architectes (de Bernard Huet, dans le cas spécifique présent), mais concernent les archives de l’Apur et les archives de l’État liées aux opérations publiques étudiées.
19 Centre de documentation et d’urbanisme, Raymond Lopez, Avant-projet d’aménagement du secteur nord-est de Paris, mars 1960, Archives de Paris, cote 1662W 30.
20 Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris, 1965, Archives de Paris, cote 1515W 614.
21 Ministère des Affaires culturelles, Bassin de la Villette, Plan de circulation, 1969-1970, Archives de Paris, cote 1662W 34. Dans ce document, il est prévu, dans le sous-sol de la place et des berges du bassin, un système de voiries souterraines.
22 Bassin de la Villette, schéma d’aménagement, 1976, Archives de Paris, cote 1514W 56
23 Le groupe était composé de Bernard Huet, David Bigelman, Bernard Le Roy et, à partir du 1978 de Jean-Pierre Feugas.
24 Esquisse du projet pour le secteur de la Villette, TAU, 1976, Archives Bernard Huet.
25 Archives de Paris, cote 3431W 629.
26 APUR, Plan principe pour la place Stalingrad, 1985, Archives de Paris, cote 3431W 629.
27 B. Huet, première proposition pour l’aménagement de la place Stalingrad, environ 1986, Archives Bernard Huet.
28 Huit propositions pour le bassin de la Villette, 1984, Archives de Paris, cote 3431W 236.
29 Direction de la voirie, direction de l’Aménagement urbain, Apur, Bassin de la Villette. Aménagement des berges. Plan de situation et de phasage, juin 1982, Archives de Paris, cote 1662W 34.
30 Bernard Huet ne cache jamais cette relation et au contraire la souligne dans le Dossier d’étude d’impact en 1985. À la fois dans Rassegna, no 29, mars 1987 (avec également un article de François Grether et Christiane Blancot qui avaient travaillé à l’APUR sur le schéma de la place).
31 Ici, il est fait référence aux textes cités dans la note 12. D’autres textes qui intègrent une attention envers l’opération sémiotique sont : Mario Zaffagnini, « Il completamento dei « luoghi della memoria » : la place de Stalingrad », Dalla regione all’Europa 1. Progettare nel tessuto urbano, Florence, Alinea, 1993, p. 105-114. Odile Seyler, « Bernard Huet : Paris, place Stalingrad », Ottagono, no 93 décembre 1989, p. 60-73.
32 La requalification de la place commencée en 2004 est un des éléments qui indiquent ces « usages impropres ».
33 Apur, note du 6 mai 1985, Archives de Paris, cote 3431W 629.
34 La correspondance est conservée dans les cartons : Archives de Paris, cotes 3431W 629-626-648.
Haut de pageTable des illustrations
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|---|---|
| Titre | Figure 1. Bernard Huet, première proposition pour l'aménagement de la place Stalingrad, environ 1986. |
| Crédits | SIAF/Cité de l'architecture et du patrimoine/Archives d'architecture du XXe siècle, fonds Bernard Huet, 164 IFA. |
| URL | http://journals.openedition.org/crau/docannexe/image/377/img-1.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 212k |
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| Titre | Figure 2. Esquisse du projet pour le secteur de la Villette, Bernard Huet, 1976, extrait. |
| Crédits | SIAF/Cité de l'architecture et du patrimoine/Archives d'architecture du XXe siècle, fonds Bernard Huet, 164 IFA. |
| URL | http://journals.openedition.org/crau/docannexe/image/377/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 136k |
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| Titre | Figure 3. Atelier parisien d'urbanisme, plan principe pour la place Stalingrad, 1985. |
| Crédits | Archives de Paris, cote 3431W629. |
| URL | http://journals.openedition.org/crau/docannexe/image/377/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 368k |
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| Titre | Figure 4. Atelier parisien d'urbanisme, concours pour l'aménagement du secteur de la Villette, 1976, extrait. |
| Crédits | Archives de Paris, cote 3431W417. |
| URL | http://journals.openedition.org/crau/docannexe/image/377/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 184k |
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| Titre | Figure 5. Ministère des Affaires culturelles, bassin de la Villette, plan de circulation, avant-projet urbanistique, septembre 1969, extrait. |
| Crédits | Archives de Paris, cote 1662W34. |
| URL | http://journals.openedition.org/crau/docannexe/image/377/img-5.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 171k |
Pour citer cet article
Référence papier
Daniele Campobenedetto, « Architecture d’une histoire », Les Cahiers de la recherche architecturale et urbaine, 30/31 | 2014, 59-66.
Référence électronique
Daniele Campobenedetto, « Architecture d’une histoire », Les Cahiers de la recherche architecturale et urbaine [En ligne], 30/31 | 2014, mis en ligne le 14 septembre 2017, consulté le 03 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/crau/377 ; DOI : https://doi.org/10.4000/crau.377
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