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L’Héritage colonial du mandat français à Beyrouth

D’une modernisation à la tabula rasa vers un symbole patrimonial ?
French Colonial Legacy in Beirut: From “Tabula Rasa” Modernization to Heritage Landmark?
Joseph Salamon

Résumés

Les rapports de force entre acteurs au début des années 1990 ont permis d’imposer un système de traitement de l’héritage colonial assez favorable pour l’époque du mandat français à Beyrouth. Ce dernier a bénéficié d’une conservation et d’une restauration urbaine complètes grâce au portage politique direct du Premier ministre de l’époque et d’une société d’aménagement privé dédiée. Après avoir été imposé dans le cadre d’un aménagement de type « tabula rasa » dans une logique moderniste dans les années 1920 et avoir fait l’objet de débats scientifiques lors des années 1990, cet héritage est dorénavant un symbole patrimonial parmi les grandes villes du Moyen-Orient et auprès d’une grande partie des Libanais.

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Texte intégral

Introduction

Un héritage colonial mis en débat

  • 1 Michael Davie, « Enjeux et identités dans la genèse du patrimoine libanais », dans Ziad Akl et Mich (...)

Composé de quelques objets symboliques d’un héritage tronqué et construit d’a priori historiques, le patrimoine fut, et il est toujours, un instrument propice à marquer des inégalités, plus qu’un legs appartenant au peuple tout entier1.

1Ces mots renvoient à un large débat qui a eu lieu dans les années 1990 sur le projet de reconstruction du centre-ville de Beyrouth, à l’issue de quinze années de guerre. La stratégie de valorisation, de conservation et d’effacement de l’héritage urbain et architectural des dernières périodes coloniales (arabo-ottomane et française) de la ville opposait deux visions principales, que nous résumons dans le schéma ci-dessous, croisant le niveau d’implication des acteurs à celui de leurs lectures patrimoniales.

Figure 1. Système de positionnement des logiques de traitement de l’héritage colonial du projet de reconstruction du centre-ville de Beyrouth

Figure 1. Système de positionnement des logiques de traitement de l’héritage colonial du projet de reconstruction du centre-ville de Beyrouth

Joseph Salamon, 2025

  • 2 Jean-Paul Lebas, « Revitaliser le centre-ville de Beyrouth en intégrant la mémoire des lieux dans l (...)
  • 3 Ziad Akl et Michael Davie (dir.), 1999, op. cit.

2La première vision est en faveur d’une modernité portant un nouveau projet de société tourné vers l’international, visant à créer un centre économique à l’échelle du Moyen-Orient2. Cette vision était soutenue essentiellement par deux grands acteurs assurant un portage politique et administratif : le Premier ministre de l’époque, Rafik Hariri, homme d’affaires d’envergure internationale, et Solidere, une société privée d’aménagement, créée par une loi en 1994, chargée de la reconstruction et de l’aménagement du centre-ville de Beyrouth sous la supervision politique de Rafik Hariri. Quant à la maîtrise foncière, elle a été transférée à Solidere par un décret rendant les anciens propriétaires actionnaires de la société. Dans le cadre de ce projet, un plan de réaménagement des espaces publics a été élaboré, suscitant des contestations3 qui l’accusent d’avoir occulté le volet social et historique, visant ainsi une couche sociale plutôt aisée. Les responsables de ce projet se défendent par un gros travail d’intégration de l’héritage culturel et archéologique au processus de reconstruction. Quant aux services administratifs (État et municipalité), ils ont été relativement écartés du projet, porté directement par le Premier ministre de l’époque et par Solidere.

  • 4 Philippe Subra, Géopolitique de l’aménagement du territoire, Armand Colin (« Perspectives géopoliti (...)
  • 5 Eric Verdeil, « Après l’explosion de Beyrouth, réinventer l’urbanisme ? », Riurba, n° 13, janvier 2 (...)

3La seconde vision est quant à elle favorable à une valorisation culturelle, défendant un patrimoine local et ancien considéré comme menacé et rejeté4. Cette vision était largement soutenue par une série d’acteurs qui voyaient ce changement « moderniste » comme un danger pour l’intérêt historique de la ville (des chercheurs et des architectes) et pour l’intérêt social et individuel (association des commerçants, propriétaires, locataires). Un modèle urbanistique largement critiqué à l’époque5, avec un référentiel jugé sélectif, favorisant une partie de l’histoire de la ville. Quant aux habitants de la ville, ils étaient exclus du projet et sont restés en retrait des débats, aucune démarche de participation citoyenne n’étant prévue à ce niveau.

État de l’art

  • 6 Ziad Akl et Michael Davie (dir.), 1999, op. cit., p. 11.
  • 7 Michael Davie, « Beyrouth, entre urbicide et conflits de culture », Afkar/Idées, 44, 2015.
  • 8 May Davie, « Beyrouth et ses faubourgs (1840-1940) : une intégration inachevée », les cahiers du Ce (...)
  • 9 Franck Mermier, Christophe Varin (dir.), Mémoires de guerres au Liban (1975-1990), Arles/Paris, Sin (...)
  • 10 Sophie Brones, Beyrouth dans ses ruines, Marseille, Parenthèses / MMSH, 2020.

4Le projet de réaménagement du centre-ville de Beyrouth a suscité un large débat scientifique faisant l’objet dans les années 1990 de plusieurs publications et colloques universitaires. Selon le géographe Michael Davie, la valorisation des époques antiques est identifiée comme un choix idéologique prôné par des Occidentaux au détriment du patrimoine islamique et ottoman6. Ainsi, le patrimoine et la culture sont réduits à leur composante folklorique ou nostalgique7. Aussi, l’historienne May Davie8 considère que le mandat français (1920-1943) a constitué un tournant décisif dans l’histoire de la ville de Beyrouth, impliquant une « coupure » historique de la ville. Dans le même sens, Franck Mermier (anthropologue) et Christophe Varin9 (relations internationales) évoquent une manipulation de la mémoire collective par certains acteurs politiques à des fins de revendications identitaires, culturelles et politiques. Ces polémiques ont été évoquées par l’anthropologue Sophie Brones,10 qui parle d’un « projet consumériste au service de la légitimité politique du Premier ministre de l’époque ».

  • 11 Joseph Salamon, « Les espaces publics à Beyrouth entre spécificités locales et modernisation : une (...)

5Ce débat scientifique a également porté sur la place de l’espace public beyrouthin. Nous pouvons résumer les différentes positions en cinq thèses divergentes ou complémentaires, que nous avons caractérisées lors de notre travail de thèse11 et qui sont portées par des chercheurs locaux et français appartenant à plusieurs disciplines.

  • 12 Nabil Beyhum (dir.), « Reconstruire Beyrouth : les paris sur le possible », Études sur le monde ara (...)
  • 13 Jean-Yves Toussaint, Monique Zimmermann (dir.), User, observer, programmer et fabriquer l’espace pu (...)

6La première thèse, dite « néocoloniale », considère que les espaces publics n’auraient jamais existé dans des villes orientales et resteraient une caractéristique occidentale12. Ils auraient été introduits avec le colonialisme du mandat français sous forme de routes, de jardins ou de places publiques13.

  • 14 May Davie, « Les places publiques de Beyrouth, au tournant du xixe siècle », National Museum News, (...)
  • 15 May Davie, « Globalisation et espaces publics du centre-ville de Beyrouth : Une approche historique (...)

7La deuxième thèse affirme que la ville de Beyrouth regroupait à l’époque ottomane une multitude d’espaces publics14, comme les places et les jardins publics, les souks ou les cafés. Avec le mandat français, un nouveau type d’espaces publics aurait été importé et imposé sans aucune cohérence avec le mode de vie local15.

  • 16 André Raymond, La ville arabe, Alep, à l’époque Ottomane (xviexviiième siècles), Institut françai (...)

8La troisième thèse, dite « orientaliste », considère que la ville arabo-musulmane est conditionnée par l’islam et serait fondée sur l’espace privé et sur le caractère discret de la famille islamique et où l’espace public ne serait qu’un espace résiduel, sans fonction16.

  • 17 Nabil Beyhum, 1991, op. cit., p. 40.

9La quatrième thèse, dite « post-orientaliste », défend l’idée que la ville de Beyrouth regroupe des espaces publics depuis la période ottomane, mais différents de ceux des villes occidentales17.

  • 18 Sofia Saadeh, « Les conséquences du sectarisme sur l’espace public de Beyrouth », dans « Villes et (...)
  • 19 Élizabeth Picard, « Le communautarisme politique et la question de la démocratie au Liban », Revue (...)

10Enfin, la cinquième thèse considère que l’espace public n’a existé à Beyrouth qu’avec l’apparition de la classe moyenne laïque durant les premières années de l’indépendance18 et jusqu’au début de la guerre civile, suite à laquelle il aurait été remplacé par l’espace communautaire19.

Problématique et méthode de recherche

  • 20 Joseph Salamon, Géopolitique de l’aménagement urbain, Voiron, Territorial Éditions (« Les essentiel (...)
  • 21 Philippe Subra, « La géopolitique, une ou plurielle ? Place, enjeux et outils d’une géopolitique lo (...)
  • 22 Philippe Subra, Géopolitique de l’aménagement du territoire, op. cit., 2014.

11Loin d’être seulement une affaire technique et organisationnelle, l’aménagement urbain serait devenu un « sujet géopolitique20 » qui engage des acteurs qui se disputent le contrôle d’un territoire21, traduisant des rapports de force et des rivalités de pouvoir22. Nous considérons que les logiques de positionnement des acteurs concernant le débat sur l’héritage colonial à Beyrouth sont le reflet d’un rapport de force qui était largement favorable au camp du Premier ministre et de la société Solidere.

12La notion d’héritage colonial dans le contexte beyrouthin, telle qu’utilisée et débattue par les différents acteurs politiques, scientifiques et opérationnels (et que nous reprenons dans cet article), ne concerne pas uniquement la période du mandat français (époque coloniale officielle), mais toutes les autres époques historiques au cours desquelles la ville a été perçue comme envahie selon des références idéologiques, confessionnelles ou politiques.

13Ce rapport de force a permis d’imposer un système de traitement de l’héritage colonial croisant deux niveaux de lecture, tel qu’illustré par le schéma ci-dessous : une lecture patrimoniale partielle, traitant l’héritage en tant qu’objet, allant de sa démolition totale (le bâti de l’époque contemporaine postcoloniale, 1943-1990, complètement rasée du centre-ville) jusqu’à sa conservation en tant qu’objet patrimonial isolé (vestiges antiques et bâtiments emblématiques de l’époque ottomane) ; et une lecture patrimoniale complète, traitant l’héritage en tant qu’ensemble urbain, allant d’une démolition-reconstruction à l’identique (les souks arabo-ottomans) jusqu’à la conservation et restauration urbaine totale (l’époque du mandat français).

Figure 2. Système de valorisation, d’effacement et de détournement de l’héritage colonial du projet de reconstruction du centre-ville de Beyrouth

Figure 2. Système de valorisation, d’effacement et de détournement de l’héritage colonial du projet de reconstruction du centre-ville de Beyrouth

Joseph Salamon, 2025

14Après une mise en perspective et une contextualisation des différentes campagnes d’aménagement du centre-ville de Beyrouth, nous nous focaliserons sur l’époque du mandat français, qui a vu naître le quartier de la place de l’Étoile. Le choix de nous concentrer uniquement sur cette époque et sur la place de l’Étoile s’explique par deux raisons principales qui correspondent aux objectifs de ce dossier thématique :

15- Le mandat français représente une période officielle dans laquelle le Liban était géré dans le cadre d’un traité international avec la proclamation juridique de la naissance du Grand Liban en 1920 contrairement aux époques précédentes perçues comme une succession d’invasions et d’occupation historiques sur un vaste territoire du Moyen-Orient ;

16- contrairement aux autres bâtiments des périodes historiques complètement et globalement démolies depuis des siècles et durant les années de guerre civile, les traces du mandat français sont encore intactes et forment un ensemble urbain qui a été réhabilité et a connu une évolution dans son usage.

17Nous évoquerons ensuite la période postcoloniale, en particulier celle du réaménagement du centre-ville en début des années 1990, et présenterons la manière dont cet héritage a été intégré dans le projet de reconstruction. Nous terminerons par les logiques d’évolution et d’appropriation de la place par une nouvelle génération libanaise.

18Nous partons de l’hypothèse que l’héritage du mandat français est passé par plusieurs phases d’acceptabilité sociale et urbaine : l’époque coloniale, qui a permis l’imposition partielle d’un modèle urbain occidental importé et moderne ; l’époque postcoloniale (celle de l’indépendance et celle des années 1990 avec le projet Solidere), qui a permis à cet héritage colonial de devenir un symbole « patrimonial » dans un processus de modernisation de la ville ; l’époque récente (depuis le début des années 2000), qui a consacré cet héritage comme un espace public patrimonial original et différent des autres grandes villes du Moyen-Orient.

Figure 3. Frise chronologique des périodes historiques de Beyrouth

Figure 3. Frise chronologique des périodes historiques de Beyrouth

Joseph Salamon, 2025

  • 23 Essentiellement des documents d’urbanisme : documents d’urbanisme de Solidere (plan vert, schéma di (...)
  • 24 Essentiellement un travail de revue de littérature des principales publications sur le sujet auprès (...)
  • 25 Listes des principaux entretiens réalise entre juillet et septembre 2002 : Ville de Beyrouth (Rola (...)
  • 26 Joseph Salamon, « Les espaces publics à Beyrouth entre spécificités locales et modernisation : une (...)
  • 27 Enquêtes menées entre 2001 et 2004 dans le cadre de notre travail de thèse : quatre campagnes d’obs (...)
  • 28 Date de lancement d’une grande série de manifestations au niveau national (Thaoura, ce qui signifie (...)

19Notre méthodologie repose sur une analyse des sources documentaires23 et scientifiques24 complétée par un travail de terrain approfondi d’enquêtes et d’entretiens25 effectué dans le cadre d’un travail de thèse en 200426 et mis à jour régulièrement lors de séjours annuels jusqu’en 201927, où les différents accès à la place de l’Étoile ont été barricadés pour empêcher les manifestants d’atteindre le Parlement28. La place était très fréquentée, avec ses restaurants et ses magasins, jusqu’à la série d’incidents sécuritaires et d’assassinats politiques (dont celui de Rafic Hariri) qui a secoué le pays à partir de 2005. L’accès à la place étant réouvert depuis le mois de février 2025, on commence à observer un retour gradué des différentes fonctions touristiques, économiques et commerciales.

Beyrouth : contextualisation d’une ville chargée d’histoire et de récits urbains

20Avant l’indépendance du Liban en 1943, la ville de Beyrouth a connu plusieurs sortes d’invasion et de colonisation de l’époque phénicienne (5 000 av. J.-C.) jusqu’à jusqu’au mandat français (1920-1943) en passant par les périodes hellénistique, romaine, byzantine, byzantine et arabo-ottomane (636-1918). Ces époques ont eu des impacts et des perceptions plus ou moins importantes sur les différentes communautés confessionnelles de la ville et du pays, nourrissant des récits plus ou moins idéologiques et plus ou moins géopolitiques. Loin de présenter l’ensemble de l’histoire de Beyrouth, une brève présentation des deux périodes arabo-ottomane et française permettra de mieux comprendre le contexte et les enjeux du débat sur la place de l’espace public et de l’héritage urbain évoqué préalablement.

L’époque médiévale et arabo-ottomane. (636 apr. J.-C. - 1918 apr. J.-C.). Un espace public « local » … et le début d’un long processus de modernisation

21Peu d’éléments matériels nous restent de la ville arabe de Beyrouth et de ses espaces publics, hormis les recherches effectuées sur ce sujet. La plupart de ces vestiges et monuments ont été rasés dans le cadre d’un long processus de modernisation et d’occidentalisation de la ville : un processus qui a démarré avant la fin de l’Empire ottoman, qui s’est poursuivi avec le mandat français (1920-1943), durant l’indépendance, la guerre (1975-1990), ainsi qu’avec le lancement du projet Solidere (1991) qui s’est perpétué jusqu’à nos jours.

  • 29 Candice Raymond, « Beyrouth avant Beyrouth : historiographies contemporaines d’une « ville arabe ot (...)
  • 30 Hassan Hallaq, Bayrût al-maḥrûsa fî-l-‘ahd al-‘uthmânî (« Beyrouth la bien-gardée à l’époque ottoma (...)
  • 31 May Davie, Beyrouth 1825-1975, un siècle et demi d’urbanisme, ordres des ingénieurs et architectes, (...)
  • 32 May Davie, op. cit., 2001, p. 31.

22Les travaux de recherche sur l’époque arabo-ottomane de Beyrouth ont été surtout développés par deux historiens, Hassan Hallaq et May Davie, qui se sont essentiellement fondés sur les archives de la communauté sunnite pour le premier et celle des Grecs orthodoxes pour la deuxième29. Hassan Hallaq retrace une ville « traditionnelle » à l’identité fondamentalement arabo-islamique30, et May Davie décrit, à travers la carte ci-dessous, une ville ancienne mixte, avec des places publiques désignées par sahat31 et occupées par un café, des boutiques, une fontaine, une auberge et un bain public. Elle présente également les places publiques qui existaient hors des murailles de la ville et le maydan (champ d’entraînement militaire), utilisés pour des fonctions de représentation du pouvoir, le marché de bétail, les foires et les rassemblements populaires ainsi que de promenades32.

Figure 4. Beyrouth en 1840

Figure 4. Beyrouth en 1840

May Davie, 2001

  • 33 C’était une réponse pour assurer la survie de l’Empire, fortement affaibli, en proie à des contesta (...)
  • 34 Marlène Ghorayeb, Beyrouth sous mandat français. Construction d’une ville moderne, Paris, Karthala, (...)
  • 35 May Davie, 2001, op. cit., p. 69.
  • 36 May Davie, « Globalisation et espaces publics du centre-ville de Beyrouth… », op. cit. p. 6.
  • 37 May Davie, 2007, op. cit.

23Avec le début du xixe siècle, Beyrouth connaît une modernisation touchant ses espaces publics en premier lieu : les Ottomans33 veulent faire de la ville une vitrine de la présence française34. Un programme de réforme fondamental, les Tanzimats (1839-1878), est mis en œuvre pour occidentaliser les villes de l’Empire et mettre fin à l’ancien type arabe existant à l’époque 35. Ces réformes donnent naissance au conseil municipal de Beyrouth en 1863, afin d’assurer la production et la gestion urbaine. Concernant les espaces publics, un projet urbain est préparé par le nouveau conseil municipal, visant à aménager des espaces publics en périphérie de la ville : des promenades, des jardins, une série de places publiques, dont la place As Sour (Riad A Soulh aujourd’hui), et un centre civique, la place Hamidiyeh en l’honneur du sultan Abdelhamid II36 Voient ainsi le jour. Le maydan principal est aménagé en centre civique et ludique (actuelle place des Canons), avec un sérail, un jardin, des hôtels, des casinos, des cafés et des équipements publics37.

L’époque du mandat français : symbole d’une « création » - modernisation des espaces publics ? (1920-1943)

24Le dualisme spatial de l’urbanisme colonial tel qu’il fut appliqué en Afrique du Nord n’a pas été instauré à Beyrouth : pas de création d’une ville nouvelle moderne, pas de séparation des quartiers européens, pas de préservation du patrimoine urbain existant. Le processus de modernisation entamé par les Ottomans a facilité un tel choix urbanistique. Rappelons ici le contexte particulier de colonisation mis en place : le mandat est intervenu dans le cadre des accords de Sykes-Picot (16 mai 1916) prévoyant le découpage du Proche-Orient à la fin de la Première Guerre mondiale (en éclatant l’Empire ottoman) entre deux puissances coloniales (la France et le Royaume-Uni). Cela a été perçu positivement pour une partie des Libanais à l’époque (les chrétiens) qui y voyaient une forme de protection et de libération du pouvoir ottoman dans le cadre de la création concomitante d’un État-nation (le Grand Liban) leur conférant le pouvoir de gouverner. La colonisation s’est s’affichée comme une étape de libération (des Ottomans), de formalisation d’une entité juridique (le Grand Liban) et de modernisation (occidentalisation de la ville).

  • 38 Carla Eddé, Beyrouth, Naissance d’une capitale (1918-1924), Arles, Actes Sud, 2009.

25En effet, l’urbanisme du mandat français se caractérise par une occidentalisation-modernisation sous forme de tabula rasa : la vieille ville est nettoyée, voire disparaît au profit d’une nouvelle composition géométrique et esthétique la transformant en une vitrine européenne d’un pouvoir mandataire portant la mission « civilisatrice » de la France au Levant38. Voulant créer une nouvelle centralité au détriment de l’ancienne – la place des Canons « Sahat al Bourj » –, un nouveau centre – la place de l’Étoile  s’installe au cœur de la ville, exprimant ainsi une rupture avec l’ancien tissu, où s’installe le nouveau Parlement.

Figure 5. Tracé historique de la place de l’Étoile

Figure 5. Tracé historique de la place de l’Étoile

May Davie, 2001

26Comme nous le voyons sur les figures 4 et 5, un système radial d’avenues bordées de galeries et d’immeubles de rapports élevés convergents vers la place de l’Étoile est créé à la place du secteur méridional de la ville intra-muros, ses ruelles, ses marchés et ses ateliers. Ce système est resté inachevé à cause de la présence d’édifices religieux.

Figure 6. Place de l’Étoile, Beyrouth, Liban

Figure 6. Place de l’Étoile, Beyrouth, Liban

Source : www.solidere-online.com, 2002

27Parallèlement à ce projet mis en œuvre durant le mandat français, deux plans d’aménagement pour la ville de Beyrouth commandités par le pouvoir mandataire, avec des concepts transportés d’Europe, ont été proposés au détriment des spécificités locales de la ville.

28Le premier, établi par le cabinet Danger en 1931, se traduit par trois concepts : l’assainissement de la ville, des grandes voies de circulation et des grands espaces de respiration paysagère (le bois des Pins). Bien que ce plan n’ait pas été appliqué, il a suscité des débats sur la réglementation et sur le permis de construire.

  • 39 Elie El-Achkar, « Réglementation et formes urbaines, le cas de Beyrouth », Les cahiers du Cermoc(...)
  • 40 Jade Tabet, Marlène Ghorayeb, Eric Verdeil, Eric Huybretchts, Beyrouth, Paris, IFA (« Portrait de v (...)

29Dix ans plus tard, vers 1943, un autre urbaniste français, Michel Écochard, est sollicité pour établir un autre plan pour la ville de Beyrouth. Ce plan évoque en trois grandes orientations : l’aménagement de grandes voies de circulation, la création d’une ville nouvelle (moderne et zonée39) et l’urgence des réalisations. Ce plan ne sera pas non plus appliqué, mais deviendra en revanche une référence pour tous les projets d’aménagement qui vont suivre40.

De l’indépendance (1943) jusqu’à la fin de la guerre libanaise (1975-1990) : maturation et mort de l’espace public beyrouthin ?

  • 41 Nabil Beyhum, 1991, op. cit., p. 363.

30L’époque de l’indépendance voit naître des vrais espaces publics intercommunautaires : le quartier moderne Hamra, la corniche de Beyrouth, la place des Canons… Quelques espaces publics sont aussi aménagés durant ces années (comme le jardin Siouffi, en 1960). « Le centre-ville se donnait à voir comme l’agora de toutes les mixitudes41. »

  • 42 Nabil Beyhum, « Les démarcations au Liban d’hier à aujourd’hui, dans Fadia Kiwan (dir.), Le Liban a (...)
  • 43 Le centre-ville était situé sur la ligne verte de démarcation entre les deux parties est et ouest d (...)
  • 44 Atelier parisien d’urbanisme.
  • 45 Chafic Wazzan est Premier ministre du Liban sous la présidence d’Elias Sarkis (1980-1982) et d’Amin (...)
  • 46 Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme
  • 47 Mona Fawaz, « Le Beyrouth du IIIe millénaire », Magazine, n° 2199, décembre 1999, p. 55.
  • 48 Le CDR est un établissement public qui dépend directement du conseil des ministres.

31Durant les années de guerre, la ville de Beyrouth est divisée en deux parties contrôlées par des milices et peuplées majoritairement de chrétiens (côté est) ou de musulmans (côté ouest), impliquant des déplacements massifs de la population vers chacune des deux zones selon leur confession. Les espaces publics se transforment alors en espaces communautaires42 et le centre-ville, symbole de la coexistence intercommunautaire, devient un no man’s land43. Plusieurs tentatives ont ainsi été proposées pour reconstruire le centre-ville et ses espaces publics. En 1977, l’Apur44, associé à des architectes libanais, propose une première reconstruction du centre-ville écartée à cause de la reprise des combats. En 1982-1983, une deuxième tentative, associée à Oger Liban, un bureau privé du Premier ministre de l’époque45, préconise la réhabilitation du centre-ville, idée bloquée à cause de la reprise des combats. Évincé durant les années 1970 à cause d’autres priorités, un SDAU46 de la région métropolitaine de Beyrouth (RMB), –  délimitée par Nahr el Damour au sud, Nahr el Kaleb à l’est et par une ligne fictive à la cote plus 400 mètres à l’est – est établi entre 1983 et 198647. Ce SDAU définit la maîtrise de l’urbanisation du Grand Beyrouth et sera adopté dès les années 1990 comme plan de référence pour le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR)48 et la Direction générale de l’urbanisme (DGU) pour certains grands projets publics.

Des espaces publics contemporains aux espaces communautaires à la reconstruction du centre-ville : le retour de l’espace public par l’héritage colonial ?

32Avec la fin de la guerre civile libanaise en 1990, la ville de Beyrouth a connu un moment de répit et de développement avec le lancement du projet de reconstruction et de réaménagement du centre-ville. Ce projet a fait l’objet de plusieurs débats scientifiques sur ses modalités opérationnelles (de privatisation du centre-ville sans aucune concertation citoyenne ou politique) et patrimoniales (la place du patrimoine bâti des différentes époques dans la requalification urbaine et d’espaces publics jugée sélective selon des choix idéologiques).

Le projet d’aménagement du centre-ville de Beyrouth : quand le patrimoine réhabilite l’espace public

  • 49 Brochure d’information de Solidere, 1995

33Comme nous l’avons déjà évoqué, la reconstruction et le réaménagement du centre-ville ont été confiés en 1991 à une société privée nommée Solidere. Ce projet de reconstruction s’étend sur plus de 1,8 million de mètres carrés (soit 8 % de la superficie de Beyrouth). La société Solidere a été créée pour une durée de vingt-cinq ans. D’après une brochure d’information (1995)49, nous pouvons signaler plusieurs objectifs intéressants : réintégrer le centre-ville dans l’aire métropolitaine de Beyrouth (alors que la majorité des plans représentent le centre-ville isolé de son entourage, cf. figure 6) ; préserver le cœur historique de la ville ; rebâtir les anciens souks ; restaurer de nombreuses demeures libanaises traditionnelles ; intégrer et mettre en valeur les vestiges archéologiques découverts…

Figure 7. Schéma directeur de Solidere

Figure 7. Schéma directeur de Solidere

Brochure d’information de Solidere, 1995

34Dans ce cadre, un schéma directeur des espaces verts et des espaces publics est mis en place en 1994, visant une connexion avec le reste de la ville d’un côté (toujours non réalisée, le centre-ville étant bordé de grandes voies de circulation rapide) et avec le passé de l’autre côté (dans le cadre d’une stratégie patrimoniale).

Figure 8. Schéma directeur vert de Solidere

Figure 8. Schéma directeur vert de Solidere

Source : www.solidere-online.com

  • 50 Nouha Ghoussayni, « Espaces publics et patrimoine dans le projet de reconstruction du centre-ville (...)

35Le schéma directeur vert de Solidere évoque deux objectifs d’aménagements50 (fig. 7) : le premier considère les espaces publics comme une exposition en plein air des découvertes archéologiques qui tracent l’histoire urbaine de Beyrouth ; le second considère que la mise en valeur des espaces publics patrimoniaux ne vise pas seulement leur image, mais aussi leur usage pour devenir des lieux centraux ouverts à tous.

De l’époque phénicienne à l’époque ottomane : un espace public requalifié par le patrimoine antique ?

36Nous évoquerons ici deux références principales qui ont été reprises de façons différentes lors du projet de réaménagement : celle des vestiges archéologiques (notamment phéniciens et romains) et celle de quelques bâtiments arabo-ottomans.

Les vestiges archéologiques pour réinventer l’espace public beyrouthin ?

37Les vestiges antiques ont été largement réhabilités et réintégrés dans l’espace public, en particulier les fouilles archéologiques datant des époques phéniciennes et romaines.

  • 51 Stéphane Loret, « Les objets patrimoniaux au service de la représentation de la reconstruction du c (...)
  • 52 Boutros Daou, Histoire religieuse, culturelle et politique des maronites, Beyrouth, Le livre préfér (...)
  • 53 May Davie, « Enjeux et identités dans la genèse du patrimoine libanais », dans Ziad Akl et Michael  (...)

38L’époque phénicienne représente le mythe des origines, le point « zéro51 ». Elle symbolise pour une partie des Libanais (les chrétiens) leur genèse et leur différenciation des Arabes52. May Davie parle d’une référence idéologique favorisée durant le mandat français pour « créer » des identités nationales diversifiées53.

  • 54 Adeline Borde, « Aménagement et archéologie ; le cas de Beyrouth », mémoire de fin d’études, ENTPE, (...)

39Le lieu de l’ancien tell situé au nord de la place des Martyrs a dévoilé des enceintes successives allant du bronze ancien (2200 av. J.-C.) aux Perses (vie et ve siècle av. J.-C.)54. Il a bénéficié d’une protection par décret ministériel. D’autre part, un quartier phénico-perse a été retrouvé sous les souks, protégé par décret et intégré dans le cadre du nouveau projet de reconstruction en 2012 (fig. 8).

Figure 9. Localisation des vestiges phénico-perses

Figure 9. Localisation des vestiges phénico-perses

Joseph Salamon, 2004

40Les vestiges de la ville romaine de Beyrouth (332 av. J.-C. - 395 ap. J.-C.) ont été largement médiatisés par Solidere qui a su valoriser cela par des aménagements de qualité symbolisant en premier lieu les mythes de la citadinité : le forum romain et l’espace public des citadins. Les principaux vestiges retrouvés (fig. 9) ont été intégrés dans un parc archéologique in situ ainsi que dans un jardin public (les thermes romains).

Figure 10. Localisation des vestiges romains

Figure 10. Localisation des vestiges romains

Joseph Salamon, 2004

L’époque ottomane (636 apr. J.-C. - 1918 apr. J.-C.): un espace public qui a fait l’objet de plusieurs débats… et le début d’un long processus de modernisation

41L’époque ottomane a été relativement occultée du projet actuel : les anciennes trames urbaines ont été ravagées. Une grande partie de la vieille ville a été rasée à la fin de l’époque ottomane et durant le mandat français et remplacée par la place de l’Étoile. Quant aux souks, ils sont rasés durant les années 1990 dans le cadre du projet urbain et reconstruits de façon moderne avec un rappel de l’identité arabo-ottomane. Spatialement parlant, ce projet se présente aujourd’hui comme un grand centre commercial plus qu’un souk à l’orientale… Toutefois, plusieurs édifices ont été conservés (fig. 10) : le Grand Sérail (1853), ancienne caserne turque devenue siège du gouvernement libanais, les mosquées de l’émir Mansour Assaf et d’Al-Majidiyyah (xviiie siècle), la cathédrale Saint-Georges des maronites, la cathédrale Saint-Élie des Grecs catholiques et l’église Saint-Louis des capucins (xixe siècle).

Figure 11. Localisation des vestiges et monuments ottomans

Figure 11. Localisation des vestiges et monuments ottomans

Joseph Salamon, 2004

L’époque du mandat français : symbole d’une « création » - modernisation des espaces publics ? (1920-1943)

42Largement conservés comme ensemble urbain, les espaces de l’époque du mandat français sont devenus, pour les Beyrouthins, un symbole patrimonial caractéristique de la ville actuelle de Beyrouth. De cette époque nous reste une grande partie des bâtiments restaurés dans le cadre du projet urbain : l’hôtel de ville, le siège du Parlement libanais, et d’autres immeubles conservés dans un ensemble urbain homogène. Le quartier Maarad, la place de l’Étoile et le quartier Foch-Allenby témoignent de cette époque. Des ensembles urbains restaurés avec une grande qualité urbaine et architecturale (mobilier urbain cohérent et unifié).

43La place de l’Étoile représente l’espace public moderne du mandat français. Elle est devenue jusqu’en 2019 l’espace public majeur du centre-ville. Comme nous l’avons dit, elle a été aménagée selon le modèle français du système radioconcentrique, incomplet pour des raisons sociopolitiques. Ceci a engendré une forme originale d’une étoile à six ailes au lieu de huit (fig. 11).

Figure 12 Place de l’Étoile, Beyrouth, 2003

Figure 12 Place de l’Étoile, Beyrouth, 2003

Joseph Salamon, 2003

44Ce lieu regroupe des chantiers archéologiques et des bâtiments historiques : la grande mosquée Omari (ex-cathédrale Saint-Jean-des-Croisés, bâtie au xiie siècle), la mosquée de l’émir Mansour Assaf, bâtie au xviiie siècle, les deux sérails bâtis à l’époque ottomane, les cathédrales Saint-Georges des maronites et des orthodoxes, le bâtiment de la Municipalité bâti à l’époque ottomane, le bâtiment du Parlement…

45Quant aux façades des bâtiments qui entourent la place de l’Étoile, elles ont été réhabilitées dans leur état d’origine avec un travail de très grande qualité. Le mobilier urbain assure aussi une certaine homogénéité des espaces publics de Solidere à travers des bancs, des poubelles et d’autres outils et supports de signalisation urbaine.

46Les nouveaux bâtiments intégrés dans ce site semblent respecter les façades traditionnelles existantes en termes de hauteur, de trame ou de couleur (pastels), comme l’ensemble résidentiel Al Sayfi, situé à la périphérie sud-est du centre-ville (fig. 12).

Figure 13. Les nouveaux espaces publics du quartier Sayfi

Figure 13. Les nouveaux espaces publics du quartier Sayfi

Source : www.solidere-online.com

L’héritage colonial réhabilité par les pratiques sociales ? La place de l’Étoile : le nouvel espace public beyrouthin ? Pratiques et usages du lieu

47Selon nos enquêtes, l’héritage colonial français à Beyrouth, représenté par la place de l’Étoile, est devenu un symbole d’un nouvel espace public dépassant les fractures confessionnelles, mais encore limité à une partie privilégiée de la population de par son problème accessibilité et le niveau de consommation assez élevé pour les classes moyenne et pauvre. Les crises sanitaires, financières, politiques et sécuritaires survenues depuis 2019 ont eu un impact assez négatif sur la fréquentation et l’usage de cet espace public relativement fermé et assez peu accessible pour des raisons de sécurité. Depuis l’élection du nouveau président de la République en janvier 2025, nous observons un retour encore timide mais croissant à la fois des enseignes mais aussi d’une partie des Beyrouthins suffisament aisés pour se permettre une telle fréquentation.

Une place dense et multifonctionnelle

  • 55 Jusqu’en 2019 avec le déclenchement de la crise financière, de la Covid-19, de l’exposition du port (...)

48Les usages de la place de l’Étoile se sont traduits durant plusieurs années55 (jusqu’en 2019 avec le déclenchement de la crise financière, de la pandémie de Covid-19, de l’explosion du port…) par une utilisation massive des restaurants et cafés qui longent ses trottoirs, surtout le soir. Les principaux usages de cette place très fréquentée sont répartis autour de plusieurs thèmes.

  • Un lieu de restauration et de sortie exceptionnel  : seul espace urbain important dédié aux piétons à Beyrouth, la place de l’Étoile offre une forte capacité d’accueil par la présence de ses nombreux cafés et restaurants. Cet espace regroupe aussi une diversité de magasins de vêtements et de chaussures, de cadeaux, d’artisanat, de bijouterie, d’optique et d’autres produits de bricolage.

  • La place comme espace de repos et de promenade : selon nos enquêtes menées dans des quartiers avoisinant la place, la gratuité de l’espace comme lieu de récréation et de repos est le premier choix recherché chez une grande partie des usagers. Pouvant accueillir un grand nombre de personnes, la place de l’Étoile est devenue un lieu fréquent pour les promenades.

  • La place comme lieu de tourisme significatif : avant l’intégration des vestiges archéologiques dans les nouveaux espaces publics, c’étaient plutôt les sites archéologiques éparpillés dans les montagnes qui attiraient les touristes occidentaux : aujourd’hui, c’est la place de l’Étoile qui est devenue un rendez-vous incontournable pour les touristes arabes et étrangers.

  • La place comme centre de pouvoir politique et de manifestation : la place regroupe le siège du Parlement libanais et les bureaux des députés, placés au centre, face à l’horloge Abed. Cela engendre des fonctions politiques qui s’ajoutent aux usages de cette place : des députés, des ministres, des responsables politiques, des ambassadeurs, des hommes politiques étrangers en visite officielle… C’est là que le nouveau président de la République libanaise, Joseph Aoun, est élu en janvier 2025 après quelques années de blocage politique.

  • La place, un lieu de rencontre : la place de l’Étoile est devenue ainsi un lieu de rendez-vous de premier choix pour une grande partie de la population. Tout le monde s’y repère ; en effet, l’horloge au centre est le point de rencontre. S’y ajoutent les restaurants qui commencent à s’imposer par leurs renommée. Des rendez-vous professionnels s’y déroulent à midi ou le soir, attirant le tourisme d’affaire, des responsables locaux, des étudiants, des familles…

Une grande diversité des usagers

49La place de l’Étoile est unique en son genre : il s’agit d’une place publique historique complètement réaménagée. Elle représente un espace de respiration dans une ville de chaos et de béton armé qui étouffe. En plus, c’est l’un des rares espaces urbains de la ville qui permet les pratiques de repos dans une ambiance singulière. L’originalité de son aménagement et de son emplacement géographique, avec la présence du Parlement, affirme la dimension de centralité de ce lieu : une place centrale à l’échelle de la capitale, voire de l’agglomération et du pays. Les nombreuses personnes rencontrées sur la place de l’Étoile se caractérisent par une diversité très importante marquée par des différences de générations, d’appartenance sociale, politique, confessionnelle, de nationalité… avec un brassage social plutôt encore réservé aux plus aisés.

50Une remarquable mixité entre les différentes communautés confessionnelles est largement observée sur la place à divers moments de la journée et de la semaine : une coprésence intercommunautaire semble ouvrir la porte à une réconciliation toujours inachevée, pour ne pas dire absente. Mais cette coprésence s’explique plutôt par l’originalité du lieu et par sa localisation géographique comme espace neutre n’appartenant à aucune confession. En effet, et selon nos enquêtes, les utilisateurs de la place viennent presque à parts égales à la fois des secteurs est (à majorité chrétienne) et ouest de la ville (à majorité musulmane).

51La place de l’Étoile attire en premier lieu une classe plutôt riche : des familles, des touristes, des cadres, des hommes politiques, des hommes d’affaires… En effet, quelques restaurants attirent une certaine clientèle assez spécifique : 54 % des enquêtés affirment que la cherté de l’espace est le problème majeur qui limite leurs usages : il faut compter en moyenne 40 euros par personne par repas. Quant aux catégories moyennes et pauvres, elles semblent absentes.

52La place de l’Étoile regroupe une diversité d’usages appartenant à plusieurs tranches d’âges : le centre est plutôt utilisé par les jeunes adultes et par les enfants qui jouent avec leurs parents. Les ailes remplies de restaurants et de cafés regroupent plutôt une tranche d’âge moyenne et moins jeune. Quant aux plus âgés, ils sont moins représentés dans cette place. Tous ces usagers se côtoient durant la journée, avec des usages complémentaires sans conflits importants.

53La place est également jugée difficilement accessible : il suffit de regarder le schéma directeur de Solidere (fig. 6), pour remarquer son isolement du reste de la ville. Alors que les responsables de Solidere parlent d’un projet intégré dans son environnement la réalité semble affirmer le contraire. En effet, une simple observation des quartiers avoisinants le centre-ville nous permet de comprendre l’ampleur des différences entre le centre et le reste de la ville : avec l’absence de trottoirs dédiés reliant le centre-ville au reste de la ville et les grandes voies qui le bordent, la voiture reste le moyen majeur d’accessibilité, pour ne pas dire le seul pour la place de l’Étoile.

La place de l’Étoile : un seul espace, plusieurs identités ?

54Selon nos enquêtes réalisées en 2004 sur la place de l’Étoile, elle représente plusieurs images et symboles reflétant ainsi plusieurs identités : 75 % des enquêtés la désignent comme « centre-ville » ou « down town » en référence au centre de la ville, 15 % la nomment « Solidere » en référence au pouvoir politique qui soutient l’aménageur privé et 5 % des enquêtés l’appellent le « balad » qui signifie « pays » en arabe. Enfin, seuls 5 % des enquêtés ont utilisé l’expression « place de l’Étoile » pour la désigner. Dans les documents de Solidere, la place devient « Nijmeh Square » : le terme nijmeh, qui signifie « étoile », est ainsi conservé en langue arabe dans la nomenclature officielle sur les plans et sur le site, rappelant ainsi la mémoire du lieu. Selon nos enquêtes renouvelées en 2010 et en 2019, ces réponses ont légèrement évolué en faveur de la première nomination au détriment de Solidere : 85 % pour l’appellation « centre-ville » ou « down town » et 5 % pour Solidere, la nouvelle génération étant loin des débats qui ont façonné le projet et Solidere dans les années 1990.

55Quant à l’échelle de la ville, nos observations de 2004 et de 2010 montrent quelques nuances de nomenclature entre la zone est (à majorité chrétienne) et la zone ouest (à majorité musulmane) de la ville : dans la zone est, 66 % des usagers de la place la nomment en français « centre-ville » ; 18 % parlent de  « Solidere » et seuls 16 % évoquent « balad ». Les nomenclatures en arabe de « place de l’Étoile » et celle de « down town » sont quasiment absentes. Les enquêtes réalisées en 2019 confirment une nouvelle tendance : celle de l’émergence de l’appellation anglaise « down town » (25 %) au détriment de « centre-ville » (50 %) et de « Solidere » (4 %). Dans la zone ouest de la ville, l’intitulé « Solidere » était largement évoqué (33 %) pour désigner la place sous une certaine influence du pouvoir sunnite représenté à l’époque par le Premier ministre, ainsi que celle de « down town » (33 %). Et, enfin, 13 % utilisent le terme arabe « balad » et 13 % évoquent l’appellation française, « place de l’Étoile ». Là aussi, nous observons une évolution en 2019 du terme « down town » (55 %) au détriment de « Solidere » (15 %).

56Enfin, et à l’échelle de l’agglomération, quelques différences de nomenclatures ressortent encore de notre enquête : dans les zones est et nord, 52 % nomment la place en français comme le « centre-ville » pour désigner un cadre urbain original. Ensuite, 25 % évoquent la société « Solidere » pour symboliser la reconstruction. Et enfin, 15 % parlent de « sahat al nijmeh » (« place de l’Étoile » en arabe) et 8 % de « balad » (« le pays » en arabe). Là aussi, nos enquêtes récentes de 2019 ont confirmé une large évolution de l’appellation française « place de l’étoile », qui est passée à 70 % au détriment de celle de Solidere qui a chuté à 7 %. Quant à la zone sud, 40 % des usagers de la place la nomment en anglais par le terme « down town » pour représenter et selon eux, la modernisation. 13 % la désignent en français comme le « centre-ville » et 30 % la nomment comme « Solidere ». Enfin, 13 % font référence en arabe au « balad » pour représenter les anciennes pratiques du centre-ville et 4 % en arabe, comme la « place de l’Étoile ». Là aussi, nous observons une montée de l’appellation « down town » (60 %) au détriment de « Solidere » (10 %).

Conclusion. L’espace public de l’héritage colonial français à Beyrouth : l’Étoile, entre spécificités locales et modernisation

57L’étude de la place de l’Étoile, symbole du mandat français, révèle l’importance de deux mots-clés : spécificités locales et modernisation. La place fut d’abord le premier symbole de la modernisation recherchée par les Ottomans et complétée durant le mandat français à travers l’imposition d’un système radiocentrique qui changea ses formes et ses fonctions. La place est imposée au détriment des spécificités locales de la ville, à savoir la partie arabe qui préexistait. Lors du processus de réaménagement lancé à la fin de la guerre civile, et contrairement à ce qui fut fait à l’époque du mandat français, la place est conservée et réaménagée à l’identique, comme si, cette fois, la modernisation d’après-guerre avait bien tenu compte des spécificités locales du lieu.

58Loin des polémiques scientifiques qui évoquaient le centre-ville comme un désert excisé de son propre contexte historique, fonctionnel et sociologique, une chose semble au moins être confirmée : la place de l’Étoile est un espace public qui a été rénové depuis quelques années et qui s’affirme de jour en jour comme un nouveau lieu de rencontre proposé pour les Beyrouthins et, pour les Libanais, au moins les plus jeunes et les plus aisés, dans l’attente qu’il soit accessible au reste de la population, notamment aux classes moyennes et populaires. L’exemple de la place de l’Étoile nous montre comment l’héritage bâti du mandat français a constitué un outil majeur pour la reconstitution de l’identité urbaine de la ville dans les années 1990 : imposé à l’origine comme un symbole urbain de modernisation d’un pouvoir colonial, cet héritage urbain représente plus que jamais un nouvel espace public beyrouthin qui manque encore d’appropriation sociale populaire.

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Notes

1 Michael Davie, « Enjeux et identités dans la genèse du patrimoine libanais », dans Ziad Akl et Michael Davie (dir.), Questions sur le patrimoine architectural et urbain au Liban, Beyrouth, Alba, Urbama, 1999, p. 67.

2 Jean-Paul Lebas, « Revitaliser le centre-ville de Beyrouth en intégrant la mémoire des lieux dans la reconstruction », dans Ziad Akl, Michael Davie (dir.), 1999, op. cit., p. 213.

3 Ziad Akl et Michael Davie (dir.), 1999, op. cit.

4 Philippe Subra, Géopolitique de l’aménagement du territoire, Armand Colin (« Perspectives géopolitiques »), 2014.

5 Eric Verdeil, « Après l’explosion de Beyrouth, réinventer l’urbanisme ? », Riurba, n° 13, janvier 2022.

6 Ziad Akl et Michael Davie (dir.), 1999, op. cit., p. 11.

7 Michael Davie, « Beyrouth, entre urbicide et conflits de culture », Afkar/Idées, 44, 2015.

8 May Davie, « Beyrouth et ses faubourgs (1840-1940) : une intégration inachevée », les cahiers du Cermoc, n°15, 1996

9 Franck Mermier, Christophe Varin (dir.), Mémoires de guerres au Liban (1975-1990), Arles/Paris, Sindbad/Actes Sud, 2010.

10 Sophie Brones, Beyrouth dans ses ruines, Marseille, Parenthèses / MMSH, 2020.

11 Joseph Salamon, « Les espaces publics à Beyrouth entre spécificités locales et modernisation : une ville en projet à la recherche d’un nouveau référentiel », mémoire de thèse en géographie, aménagement et urbanisme, sous la direction de Marc Bonneville, université Lumière-Lyon-2, 2004.

12 Nabil Beyhum (dir.), « Reconstruire Beyrouth : les paris sur le possible », Études sur le monde arabe, n° 5, Maison de l’Orient méditerranéen, Lyon, 1991, p. 23.

13 Jean-Yves Toussaint, Monique Zimmermann (dir.), User, observer, programmer et fabriquer l’espace public, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2001, p. 269.

14 May Davie, « Les places publiques de Beyrouth, au tournant du xixe siècle », National Museum News, Issue 9, mai 1999, p. 8.

15 May Davie, « Globalisation et espaces publics du centre-ville de Beyrouth : Une approche historique », op. cit., 1999, p. 8.

16 André Raymond, La ville arabe, Alep, à l’époque Ottomane (xviexviiième siècles), Institut français d’études arabes de Damas, Damas, 1998.

17 Nabil Beyhum, 1991, op. cit., p. 40.

18 Sofia Saadeh, « Les conséquences du sectarisme sur l’espace public de Beyrouth », dans « Villes et religions », Cahiers de la Villa Gillet, n° 15, p. 67.

19 Élizabeth Picard, « Le communautarisme politique et la question de la démocratie au Liban », Revue internationale de politique comparée, 1997, p. 652.

20 Joseph Salamon, Géopolitique de l’aménagement urbain, Voiron, Territorial Éditions (« Les essentiels »), 2022.

21 Philippe Subra, « La géopolitique, une ou plurielle ? Place, enjeux et outils d’une géopolitique locale », Hérodote, n° 146-147, 2012.

22 Philippe Subra, Géopolitique de l’aménagement du territoire, op. cit., 2014.

23 Essentiellement des documents d’urbanisme : documents d’urbanisme de Solidere (plan vert, schéma directeur des espaces publics) ; schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région métropolitaine de Beyrouth ; le plan vert de la ville de Beyrouth ; appels à projets et plans de projets urbains (concours international du projet des souks, jardin des bains romains, jardin du pardon…).

24 Essentiellement un travail de revue de littérature des principales publications sur le sujet auprès de chercheurs libanais et français ainsi que des travaux et publications de l’Institut français du Proche-Orient.

25 Listes des principaux entretiens réalise entre juillet et septembre 2002 : Ville de Beyrouth (Rola Ajouz, Kheir Kadi, élus en charge des espaces verts) ; Direction générale de l’urbanisme (Joseph Abdel Ahad, directeur général de l’Urbanisme, Leila Bteddini, architecte urbaniste) ; Conseil de développement et de reconstruction (CDR) : Wafa Charafeddine, responsable du service aménagement, Solidere, Noha Ghossaini, ex-responsable de l’aménagement des espaces publics et verts ; Jad Tabet, architecte urbaniste en charge du projet de reconstruction des souks de Beyrouth.

26 Joseph Salamon, « Les espaces publics à Beyrouth entre spécificités locales et modernisation : une ville en projet à la recherche d’un nouveau référentiel », mémoire de thèse en géographie, aménagement et urbanisme, , sous la direction de Marc Bonneville, université Lumière-Lyon-2, 2004.

27 Enquêtes menées entre 2001 et 2004 dans le cadre de notre travail de thèse : quatre campagnes d’observation entre 2001 et 2004 étalées et ciblées sur des espaces publics majeurs de la ville et accompagnées de plusieurs reportages photographiques : ces campagnes ont visé à faire émerger des typologies d’usagers par sexe et par tranches d’âges accompagnés de questionnaires précisant des éléments qualitatifs ; trois questionnaires élaborés à différents endroits de la ville et de l’agglomération entre 2001 et 2004, dont un questionnaire dédié aux usages et représentations de la place de l’Étoile (100 questionnaires in situ et 100 questionnaires étalés à l’échelle des quartiers proches, dont Achrafieh, Gemmayzeh, Wadi AbouJmil, Ras Ennabeh, Manara et Hamra et des banlieues sud et est de Beyrouth, à savoir Bourg Hammoud, Nabaa, SinelFil, Bourg Bragneh, Ghobeiri et Haret Hreik. Enquêtes reprises sur la même base de 100 questionnaires en 2010 et en 2019.

28 Date de lancement d’une grande série de manifestations au niveau national (Thaoura, ce qui signifie « révolution » en arabe) qui ont eu lieu dans le centre-ville de Beyrouth pour protester contre la crise économique et l’annonce de nouveaux impôts. Ces manifestations ont fait tomber le gouvernement quelques jours après leur déclenchement et ont duré jusqu’en 2021.

29 Candice Raymond, « Beyrouth avant Beyrouth : historiographies contemporaines d’une « ville arabe ottomane » (xvie-xviiie siècles) », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, 148, 2020, p. 131-148.

30 Hassan Hallaq, Bayrût al-maḥrûsa fî-l-‘ahd al-‘uthmânî (« Beyrouth la bien-gardée à l’époque ottomane »), Beyrouth, al-Dâr al-jâmi‘îya, 1987.

31 May Davie, Beyrouth 1825-1975, un siècle et demi d’urbanisme, ordres des ingénieurs et architectes, Beyrouth, 2001.p. 30.

32 May Davie, op. cit., 2001, p. 31.

33 C’était une réponse pour assurer la survie de l’Empire, fortement affaibli, en proie à des contestations internes, et sous pression des puissances européennes.

34 Marlène Ghorayeb, Beyrouth sous mandat français. Construction d’une ville moderne, Paris, Karthala, 2020.

35 May Davie, 2001, op. cit., p. 69.

36 May Davie, « Globalisation et espaces publics du centre-ville de Beyrouth… », op. cit. p. 6.

37 May Davie, 2007, op. cit.

38 Carla Eddé, Beyrouth, Naissance d’une capitale (1918-1924), Arles, Actes Sud, 2009.

39 Elie El-Achkar, « Réglementation et formes urbaines, le cas de Beyrouth », Les cahiers du Cermoc n° 20,1998, p. 65.

40 Jade Tabet, Marlène Ghorayeb, Eric Verdeil, Eric Huybretchts, Beyrouth, Paris, IFA (« Portrait de ville »), 2001, p. 19.

41 Nabil Beyhum, 1991, op. cit., p. 363.

42 Nabil Beyhum, « Les démarcations au Liban d’hier à aujourd’hui, dans Fadia Kiwan (dir.), Le Liban aujourd’hui, Paris, Cermoc/CNRS, , 1994, p. 288.

43 Le centre-ville était situé sur la ligne verte de démarcation entre les deux parties est et ouest de Beyrouth et était devenu la cible de snipers appartenant aux différentes milices et positionnés dans les quartiers avoisinants.

44 Atelier parisien d’urbanisme.

45 Chafic Wazzan est Premier ministre du Liban sous la présidence d’Elias Sarkis (1980-1982) et d’Amine Gemayel (1982-1984).

46 Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme

47 Mona Fawaz, « Le Beyrouth du IIIe millénaire », Magazine, n° 2199, décembre 1999, p. 55.

48 Le CDR est un établissement public qui dépend directement du conseil des ministres.

49 Brochure d’information de Solidere, 1995

50 Nouha Ghoussayni, « Espaces publics et patrimoine dans le projet de reconstruction du centre-ville de Beyrouth », dans Ziad Akl et Michael Davie (dir.), op. cit., , p. 97.

51 Stéphane Loret, « Les objets patrimoniaux au service de la représentation de la reconstruction du centre-ville de Beyrouth », dans Ziad Akl et Michael Davie (dir.), op. cit., p. 116.

52 Boutros Daou, Histoire religieuse, culturelle et politique des maronites, Beyrouth, Le livre préféré, Sid-El-Baoucherieh, 1985.

53 May Davie, « Enjeux et identités dans la genèse du patrimoine libanais », dans Ziad Akl et Michael Davie (dir.), op. cit., p. 67.

54 Adeline Borde, « Aménagement et archéologie ; le cas de Beyrouth », mémoire de fin d’études, ENTPE, 1999, p. 65.

55 Jusqu’en 2019 avec le déclenchement de la crise financière, de la Covid-19, de l’exposition du port en 2020.

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Système de positionnement des logiques de traitement de l’héritage colonial du projet de reconstruction du centre-ville de Beyrouth
Crédits Joseph Salamon, 2025
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Titre Figure 2. Système de valorisation, d’effacement et de détournement de l’héritage colonial du projet de reconstruction du centre-ville de Beyrouth
Crédits Joseph Salamon, 2025
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Titre Figure 3. Frise chronologique des périodes historiques de Beyrouth
Crédits Joseph Salamon, 2025
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Titre Figure 4. Beyrouth en 1840
Crédits May Davie, 2001
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Titre Figure 5. Tracé historique de la place de l’Étoile
Crédits May Davie, 2001
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Titre Figure 6. Place de l’Étoile, Beyrouth, Liban
Crédits Source : www.solidere-online.com, 2002
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Titre Figure 7. Schéma directeur de Solidere
Crédits Brochure d’information de Solidere, 1995
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Titre Figure 8. Schéma directeur vert de Solidere
Crédits Source : www.solidere-online.com
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Titre Figure 9. Localisation des vestiges phénico-perses
Crédits Joseph Salamon, 2004
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Titre Figure 10. Localisation des vestiges romains
Crédits Joseph Salamon, 2004
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Titre Figure 11. Localisation des vestiges et monuments ottomans
Crédits Joseph Salamon, 2004
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Titre Figure 12 Place de l’Étoile, Beyrouth, 2003
Crédits Joseph Salamon, 2003
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Titre Figure 13. Les nouveaux espaces publics du quartier Sayfi
Crédits Source : www.solidere-online.com
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Pour citer cet article

Référence électronique

Joseph Salamon, « L’Héritage colonial du mandat français à Beyrouth »Les Cahiers de la recherche architecturale urbaine et paysagère [En ligne], 23 | 2025, mis en ligne le 15 juin 2025, consulté le 11 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/craup/16607 ; DOI : https://doi.org/10.4000/144to

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Auteur

Joseph Salamon

Joseph Salamon est professeur associé à l’Institut français de géopolitique (IFG) et chercheur associé à l’IFG LAB. Il codirige le master « Géopolitique locale et gouvernance territoriale ». Ses recherches portent sur la géopolitique locale et sur la participation citoyenne. Ses dernières publications : Géopolitique de la participation citoyenne, Territorial Éditions, 2024, Les Politiques publiques, La Documentation française, 4e éd, 2023, Géopolitique de l’aménagement urbain, Territorial Éditions, 2022, La Ville paisible, Territorial Éditions, 2021.
joe_salamon@yahoo.com

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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