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La Situation (coloniale) : apprendre la complexité. Détours disciplinaires et géographiques pour une pédagogie située en RDC

The (colonial) Situation: Learning Complexity. Disciplinary and Geographical Detours for a Situated Pedagogy (DRC)
Judith le Maire et Dalia Perziani

Résumés

Dans cet article, nous retraçons les fondements d’une pédagogie située en architecture. Pour ce faire, nous allons approfondir le concept de situation à l’aide de la situation coloniale. L’enseignement de l’architecture au regard de la situation nous semble un espace d’héritage colonial, tant en République démocratique du Congo qu’en Belgique, dont les approches sont à décoloniser. Nous identifions des détours importants qui influencent la pensée architecturale occidentale, qui sont les détours géographiques par des territoires éloignés colonisés, et des détours vers des disciplines qui mettent au centre l’humain et la société, telle que la sociologie et l’anthropologie. La lecture a posteriori de références pour une architecture et un urbanisme situés est faite à l’aide d’auteurs de différentes disciplines, avec le prisme d’analyse des différentes studies féministe, subalterne, décoloniales. Un prisme qui éclaire le biais que représente le choix méthodologique de rassembler autour de la notion situation des acteurs occidentaux qui ont eu des expériences en situation coloniale.
Une période clé de la fortune critique pour la notion de situation et de situation coloniale sont les années 1950. Elles coïncident avec l’ouverture d’instituts d’étude sur ou à propos des territoires africains colonisés – notamment au Congo-Brazzaville – et précèdent celle de la principale école d’architecture et d’urbanisme de RDC, l’Isau de Kinshasa en 1962. À la lumière de ces détours, nous proposons un arrière-plan réflexif à l’expérience pédagogique du Master en architecture et aménagement situés de l’université Kongo en RDC, créé avec les enseignants-chercheurs de l’Isau, de l’UK, de l’ULB et de l’ULiège. La conclusion esquisse une réflexion sur les conditions de coopération universitaire et la décolonisation des savoirs en RDC et en Belgique.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 Les premières écoles d’architecture en Afrique apparaissent au Ghana en 1958 (Knust Kumasi), au Con (...)

1Nous tentons une généalogie des fondements théoriques et terminologiques d’une pédagogie située en architecture. Cette description plus fine de ce qu’est « faire en situation », est utile pour saisir les enjeux du master en « architecture et aménagement du territoire situés » créé par l’université Kongo en République démocratique du Congo (RDC) en 2018. Jusque-là, depuis l’indépendance en 1960, qui met fin à la colonisation belge du territoire depuis 1885, l’enseignement de l’architecture est dispensé par une seule école en RDC, l’Institut supérieur d’architecture et urbanisme de Kinshasa (Isau1). Les programmes d’études en architecture hérités des Belges en 1962 y constituent longtemps l’enseignement. Ils sont fondés principalement sur la commande publique et privée (programmes institutionnels, villas, infrastructures) faite à des architectes professionnels, telle qu’elle se présentait en Belgique. Ils ne reflètent pas la réalité du terrain contemporain de la RDC, où les particuliers réalisent les habitations, sans intervention d’un architecte ou de professionnels. En complémentarité du programme de l’Isau, un enseignement situé – dispensé à l’université Kongo, à 150 kilomètres de Kinshasa – permet de répondre à d’autres questions de terrain concrètes et à des maîtres d’ouvrage communautaires ou collectifs. C’est dans ce double contexte – entre héritages institutionnels et expérimentations pédagogiques – que s’inscrit notre essai.

2La première partie revient sur les fondements de la pédagogie située pratiquée dans les années 1990 en Europe, qui se déploie autour d’un architecte coconstructeur des projets avec les collectivités et les habitants. Ces pédagogies offrent un arrière-plan au master en architecture et aménagements situés de l’université Kongo (RDC), dans le contexte du xxie siècle. En effet, c’est dans une coopération universitaire entre la faculté d’architecture de l’Université libre de Bruxelles et l’université Kongo que cette terminologie d’architecture située a été adoptée par la partie congolaise. Il y a donc un mouvement d’une terminologie européenne vers la RDC lors de cette coopération en 2017. Mais il y a aussi un mouvement d’une pratique de l’université Kongo communautaire et territoriale qui relevait de l’idéal d’action en situation des architectes belges. En effet, dans une autre discipline, la médecine, l’université Kongo est réputée pour avoir fondé une faculté en 1990, dont la particularité est qu’outre la formation classique selon les standards internationaux, ils ont une pratique intensive de terrain, utilisent des savoirs faire et relais locaux, etc. Cette université communautaire mettait en pratique une médecine que l’on pourrait dire « située », « une éducation réelle pour un monde réel2 ». C’est ce qu’ils voulaient poursuivre avec un master en architecture située.

3La seconde partie montre des détours, au sens de Georges Balandier:

  • 3 Georges Balandier, « Voir ailleurs, pouvoir ici », Raisons Politiques, 2006, n° 22, p. 15.

L’anthropologie sociale obéit à un principe, celui du détour : voir ailleurs, connaître autrement. De l’anthropologie politique, on pourrait dire semblablement qu’elle mène à voir ailleurs pour pouvoir mieux ici.3

  • 4 Jean-Lucien Bonillo, Claude Massu, Daniel Pinson, La Modernité critique : autour du CIAM 9 d’Aix-e (...)

4Il s’agit de situations coloniales et postcoloniales, caractérisées par un contact forcé entre colonisés et colonisateurs, qui vont avoir un effet sur la notion de situation en occident. Dans notre cas, il s’agit des détours pour réfléchir à une pédagogie située de l’architecture. D’une part, « faire sans la situation » montre dans le Congo belge au début du xxe siècle, une opération d’aménagement et de construction à des fins d’exploitation sans tenir compte de la situation (ses spécificités, sa complexité, ses matériaux et savoir-faire). D’autre part, prendre en compte la situation, notamment en faisant l’architecture et l’aménagement avec les acteurs jusque-là sans voix, est la posture de certains des jeunes architectes du Team Ten qui s’engagent dans les années 1950 vers une modernité critique4. Leur détour par des situations coloniales va en retour influencer la pensée des architectes occidentaux.

  • 5 C’est le parti pris de l’article de s’intéresser aux acteurs occidentaux d’une école de pensée cult (...)

5La méthode utilisée, pour définir la notion de « situation », consiste à pister une terminologie qui la fonde : la spécificité, la complexité, le contexte – physique et humain – l’habitat conçu dans un écosystème régional, l’enquête et la participation… Ces termes sont valorisés par une génération d’architectes et d’urbanistes dits « culturalistes », qui remettent en question l’universalité des modèles modernes5. Ils s’éloignent de la production d’objets architecturaux modernes standardisés. Pour le dire caricaturalement, le champ lexical se détache du grand récit moderne caractérisé par la standardisation, les systèmes de composition autonomes, la table rase du contexte physique et une vision stéréotypée des habitants, des habitations, ou encore un travail de conception à des échelles déliées du système paysager…

6Cette terminologie caractéristique de l’attention à la situation, n’est pas propre à la discipline architecturale. C’est pourquoi d’autres utilisateurs de ce lexique sont convoqués. C’est en suivant l’anthropologue Georges Balandier que nous proposons une réflexion sur les détours faits entre situation au sens des architectes occidentaux et situation coloniale.

  • 6 Quand Geddes utilise en anglais le terme situation, il l’entend dans son acception ordinaire la plu (...)

7La troisième partie va permettre de suivre Balandier et de montrer qu’il recommande, en dénonçant la situation coloniale, de « faire avec » les acteurs, de tenir compte des biais induits par la domination. Balandier, outre qu’il s’intéresse comme les architectes culturalistes aux acteurs sans voix, s’attarde aussi à la spatialité dans la situation coloniale, notamment au Gabon voisin du Congo (ancien royaume Kongo). Il plaide pour la prise en compte d’une aire qui ne suive pas le morcellement opéré par les divisions coloniales, de territoires définis par la géologie et la géographie, ce qui rejoint l’échelle régionale d’analyse de la situation prônée par Patrick Geddes6 et ses disciples. Ces derniers sont des opposants à l’idéologie positiviste de la modernité, au pouvoir démiurgique de l’architecte moderne sur les habitants et à ses standards simplificateurs. La situation coloniale illustre également les biais de pouvoir, indiquant qu’il importe de se méfier des simplifications et des dominations de la pensée des colonisateurs sur les colonisés. La situation est un concept qui voit sa fortune critique au tournant des années 1950 en Europe célébrée par les jeunes architectes du Team Ten et qui est simultanément employé par Balandier pour saisir la complexité de la situation coloniale. Entre anthropologie et architecture, la notion de situation des Occidentaux va bénéficier du détour offert par la notion de situation coloniale.

8La quatrième partie montre, en écho à cette prise en compte d’une aire non morcelée par la colonisation, les propositions de Geddes pour l’échelle régionale. La situation, conceptualisée d’abord autour de la vallée d’Europe de l’Ouest par ce biologiste écossais au début du xxe siècle, est mobilisée par les architectes européens du Team Ten – qui le redécouvrent dans les années 1950 – au moment des enquêtes sur les territoires coloniaux d’Afrique ou d’Amérique du Sud. Ces jeunes architectes redécouvrent l’amplitude nécessaire de la région, pour comprendre les caractéristiques des situations spécifiques. L’enquête régionale qu’ils vont pratiquer complète l’enquête anthropologique locale pour saisir la complexité de la situation et concevoir l’habitat. En effet, pour appréhender la situation, il importe pour ces architectes de considérer que l’enquête doit se faire à l’échelle de la région autant qu’à celle de la ville ou du village, dans un processus itératif. Les détours là aussi sont éloquents : Geddes par l’Inde britannique et son disciple Lewis Mumford par le sud des États-Unis colonisant les territoires mexicains.

9La cinquième partie reprend ces éléments pour discuter de la pédagogie située en RDC. Ces mêmes postures et terminologies, fondées dans les années 1950, seront plus tard développées par les auteurs des études féministes, postcoloniales et subalternes. Cet essai n’a pas pour objet de s’y étendre mais c’est bien à leur éclairage qu’en conclusion, nous reviendrons sur l’importance des détours afin de rendre opérationnel le concept de situation dans le monde contemporain, notamment dans le cas du Congo et selon une pédagogie faite d’échanges réels avec les acteurs du terrain (habitants, collectivités, …).

10Si la généalogie qui lie Geddes au Team Ten est bien connue, nous proposons ici d’esquisser les liens avec l’anthropologie et les détours par les situations coloniales d’alors et d’aujourd’hui.

Des architectes coconstructeurs pour une architecture située

  • 7 Judith le Maire, Lieux, biens, liens communs. Émergence d’une grammaire participative en architectu (...)
  • 8 Des enseignants-praticiens (ateliers fondés sur une interaction intensive avec des comités d’habita (...)

11Les pratiques participatives montrent des architectes coconstructeurs impliqués dans les collectivités, travaillant avec les habitants plutôt que pour eux7. Cette posture, qui trouve sa source dans les travaux fondateurs de Patrick Geddes (1854-1932), a inspiré plusieurs enseignements dans les écoles d’architecture européennes dans les années 1990. Ces ateliers d’architecture vont utiliser le terme « situé » pour qualifier des processus de projet incluant une phase importante d’enquête et d’analyse et surtout une interaction avec des citoyens pour répondre à des questions d’aménagement en situation réelle8. Ces pédagogies visent l’apprentissage de processus de participation avec les acteurs de terrain. C’est par une immersion dans une situation et un contexte, à l’écoute des savoirs des autres participants, que l’architecte peut de façon progressive proposer des solutions constructives dont l’ambition dépasse les particularités.

  • 9 Patrick Geddes, Cities in Evolution. An Introduction to the Town Planning Movement and to the Study (...)

Notre expérience montre déjà que dans cette tâche inspirante – celle d’enquêter d’ordinaire pour la première fois sur toute la situation et la vie d’une communauté dans le passé et le présent, afin de préparer le plan d’aménagement qui doit prévoir, voire décider en grande partie, de son avenir matériel – nous avons les prémices d’un nouveau mouvement, caractérisé par un sentiment civique et l’éveil correspondant pour une citoyenneté plus éclairée et plus généreuse9.

  • 10 Deux textes éclairent la notion, Anne-Monique Bardagot et Nathalie Sabatier, « Architecture et cons (...)

12Les deux savoirs – du savant et du profane – se nourrissent lors des échanges. Les savoirs profanes acquis lors de l’usage, issus d’expériences de terrain, au gré des traditions qui constituent un lieu, un peuple… ne s’appuient pas sur la logique ou la démonstration. Ils sont transmis par des médiums autres que les plans, les conventions graphiques ou les discours théoriques des architectes : ce sont des récits, des visites, des rencontres, des activités collectives. Dans ces pédagogies, les membres de la collectivité sont aussi reconnus comme créatifs et expressifs par les architectes. Pourtant, l’architecture située n’a pas fait l’objet d’écrits pour la définir10, la notion reste relative à des pratiques diverses.

  • 11 Les réflexions pour la fondation du master ont débuté dans une coopération universitaire coordonnée (...)

13En 2017, a ouvert à l’université Kongo en RDC une faculté dont le master est fondé sur ce concept d’architecture et d’aménagement du territoire situés11. Pour ne pas former des architectes uniquement prescripteurs de travaux, l’objectif ici est que l’architecte soit particulièrement accessible et attentif à son environnement, comme un médecin de campagne. Il s’agit d’insuffler, en plus de la formation classique, une posture qui lui permette de valoriser les savoir-faire, l’expertise d’usage et culturelle des constructeurs et habitants. Ensemble, ils pourraient concevoir une architecture contemporaine située et pérenne.

  • 12 Cette affirmation est un constat d’expérience et de réflexions collectives lors de la création du m (...)

14En effet, tandis qu’a priori, l’on forme la majorité des architectes au Nord de la planète, c’est au Sud que la majorité de l’habitat est construit par les populations12. Les associations et les bailleurs de fonds internationaux y interviennent dans les domaines urgents de la santé et de l’enseignement, par exemple. Néanmoins, ils omettent souvent le fait que les architectures et les infrastructures sont un enjeu transversal et que l’espace conçu doit être approprié par les usagers pour perdurer. D’autre part, un large patrimoine de constructions et d’aménagements existe déjà sur le terrain et, parfois, mieux vaut le réhabiliter qu’amener des bâtiments standardisés inadaptés aux coutumes, aux climats, etc., comme cela a souvent été le cas durant la période coloniale, selon une approche qui a fortement influencé l’enseignement de l’architecture et dont les traces sont encore visibles aujourd’hui. Au contraire, il s’agit donc, à l’université Kongo, de sauvegarder des savoirs faire constructifs et des habitats adaptés aux ressources actuelles. Les architectes offrent une valeur ajoutée grâce à des compétences technique et esthétique pour améliorer le confort et amener des enjeux contemporains.

15Cette volonté de valoriser des pratiques adaptées et situées trouve un écho dans certaines réflexions développées dès les années 1950, par une génération d’architectes et d’urbanistes qui remettent en question l’universalité des modèles modernes.

Les détours : faire sans la situation, faire avec les acteurs, faire la situation en Occident avec la situation coloniale.

Faire sans la situation au Congo belge.

  • 13 Par exemple les hôtels ABC, montés le long de la première ligne de chemin de fer à Matadi, Mbanza-N (...)
  • 14 Dalia Perziani a étudié la tropicalisation des architectures préfabriquées en trois temps, d’un dép (...)
  • 15 Georges Balandier, « La Situation coloniale : approche théorique », dans Cahiers internationaux de (...)

16Ces démarches contrastées sont visibles dans le développement du bâti par l’importation de bâtiments métalliques préfabriqués au Congo belge au tournant du xxsiècle13. En effet, même si ce cas est anecdotique, il offre une manière de réfléchir aux concepts de situation et de détour dans une situation coloniale dans ce cadre14. Ces formes imposées, standardisées et préfabriquées – manifestation d’une manière stéréotypée et universaliste de voir les « Tropiques » et plus précisément la colonie belge – se heurtent aux conditions locales de la situation coloniale. Ce sont d’abord les militaires, les médecins et les ingénieurs qui en font usage pendant les années de « conflit, d’ajustement15 », ici lors des premières décennies d’exploitation du territoire par l’État indépendant du Congo qui sera nommé à partir de 1908 « Congo belge ». En effet, le montage de constructions préfabriquées importées évite d’utiliser des matériaux locaux mal connus et de dépendre d’une expertise locale peu disponible et, parfois même, hostile. La préfabrication ne demande pas de connaître les spécificités du territoire en question, car elle est issue de l’industrialisation et donc est une création répétitive des mêmes formes, expédiées, sans distinction, partout dans lesdits pays tropicaux.

Figure 1. Hôtel destiné à la ville de Matadi réalisé par les Forges d’Aiseau, monté et exposé à Aiseau

Figure 1. Hôtel destiné à la ville de Matadi réalisé par les Forges d’Aiseau, monté et exposé à Aiseau

L’image montre un hôtel conçu par la société des Forges d’Aiseau vers 1891 pour être érigé à Matadi, dans l’État indépendant du Congo. Il est présenté entièrement monté à Aiseau, en Belgique, tel qu’il devait l’être ensuite à Matadi (à l’exception éventuelle de certains ajustements des pilotis pour s’adapter au terrain). L’édifice est ici visité par des curieux européens, intéressés par l’État indépendant du Congo et par les exportations européennes.

CC BY 4.0 KIK-IRPA, Brussels (Belgium), cliché M187557.

  • 16 Valentin Yves Mudimbe, L’Invention de l’Afrique, CNL, Paris, Présence africaine éditions, 2021 (198 (...)
  • 17 Dans L’Urbanisme, utopies et réalités. Une anthologie, Paris, Le Seuil, 1965, Françoise Choay oppos (...)

17Cette approche de la construction perpétue une vision dogmatique et « inventée16 » des pays colonisés dont on considère « depuis le centre » occidental qu’ils sont sans architecture, sans villes et sans histoire. Cette architecture qui ne tient peu compte de la complexité de la situation coloniale est assez proche de certains standards modernistes et progressistes qui voient la tabula rasa comme situation idéale à partir de laquelle construire des formes internationales, universelles. C’est à cette vision architecturale que vont réagir les architectes qui visent un urbanisme plus culturaliste mais pas nostalgique et qui reconnaissent « l’originalité historique du présent et la spécificité de ses problèmes17 ».

Faire avec les acteurs

  • 18 Le théoricien de l’architecture Reyner Banham s’intéresse au début des années 1950 aux artistes qui (...)
  • 19 Ces groupements feront l’objet des études féministes et des subaltern studies, conceptualisées en I (...)
  • 20 Pour la généalogie et les fondements de l’approche participative voir Judith le Maire, 2014, op.cit(...)
  • 21 Jean-Louis Harouel, Histoire de l’urbanisme, Paris, PUF (Que Sais Je ?) 1981, p. 103.

18Comme nous l’avons dit, le concept de situation voit sa fortune critique au tournant des années 195018. Cette prise en compte du système complexe qu’est la situation relève de plusieurs pratiques qui sont décentrées du savoir disciplinaire, notamment parce que cela implique de porter de l’attention à ceux que l’on écoutait peu jusqu’alors, stigmatisés comme différents, dits « les Autres », aux groupements, aux sans-voix19. Ainsi, en Occident, 1947 est l’année du Ciam (Congrès internationaux d’architecture moderne) de Bridgwater, où sont discutées l’implication et la participation des habitants à l’architecture20. Cette prise en compte s’opère par une connaissance préalable à l’architecture, par des enquêtes d’anthropologie descriptive ou Civic Survey21.

  • 22 Jaqueline Tyrwhitt réédite aussi Cities in Evolution en 1949. Elle est membre et secrétaire des Cia (...)
  • 23 P. Geddes cité par P. Hall, Cities of Tomorrow. An intellectual History of Urban Planning and Desig (...)

19L’année 1947 est aussi celle de la réédition de Geddes in India et de son approche « chirurgicale » du tissu urbain22. Geddes découvre en Inde la situation coloniale – notamment à Lahore en 1917 – où le pouvoir britannique pratique un urbanisme destructeur, sans attention aux modes de vie locaux. Il propose une approche que nous disons située, avec des tracés de ruelles moins rectilignes, en respectant les plantations et les pratiques des habitants dans les espaces publics. Il propose que les habitants travaillent à la construction de leur habitation et que le plan soit réalisé avec une « participation réelle et active23 » des citoyens. Ces écrits influencent les architectes qui seront actifs lors de la présentation des enquêtes africaines au Ciam d’Aix-en-Provence en 1953 et qui rédigent le manifeste de Doorn de 1954.

  • 24 L’Atelier des Bâtisseurs ouvrira notamment la section algérienne, dirigée par G. Candilis à partir (...)

20Enfin, la complexité de la situation tient à l’élargissement de l’objet architectural à un processus à d’autres échelles, celles de la région, de la vallée, de la communauté, des paroisses… donc d’aller vers une compréhension de l’habitat et de l’urbanisation. Ainsi, il convient de rapporter ici que 1947 est aussi la date de la création de l’Institut d’urbanisme appliqué d’Alger par Gaston Bardet et de l’Atbat24 (ou, en 1952, du Groupe des architectes modernes du Maroc Gamma ou du groupe Ciam Alger avec P. A. Emery, L. Miquel et R. Simounet), qui propose des pratiques d’enquête et de connaissance fine de la situation, même s’ils ne travaillent pas directement avec les acteurs. Ces pratiques en situation coloniale ont un impact sur le glissement vers une architecture plus contextualisée et plus située, notamment dans le chef des architectes du Team Ten, par exemple quand les Smithson s’intéressent à la rue et l’ordinaire en Angleterre, c’est au moment où des enquêtes précises, ad hoc, sont menées dans les colonies françaises. Peter Smithson va poursuivre la réflexion sur la notion dans les réunions suivantes comme à Royaumont :

  • 25 André Schimmerling, « Entretiens sur l’architecture à Royaumont », Le Carré Bleu, n° 4, 1962, p. 3. (...)

Comme l’a affirmé l’un des participants (P. Smithson), « la différence qui existe entre la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement et les situations précédentes réside dans le fait que nous ne sommes capables de voir un bâtiment qu’en tant qu’un fragment d’un tout et non pas en tant qu’un acte isolé comme un poème qu’on peut lire, enfermer dans sa mémoire et le conserver isolément25.

21Grâce au contraste des situations coloniales, les acteurs occidentaux et leur pratique en occident sont influencés :

  • 26 Tom Avermaete, Casciato Maristella, Barrada Yto, et Honma Takashi, Casablanca Chandigarh : bilans d (...)

étant donné la prépondérance de la pensée et des pratiques occidentales qui ont historiquement façonné les villes modernes, de nouvelles perspectives illustrées par les pays du Sud peuvent s’avérer fort utiles dans la remise en cause de « postulats jusque-là inébranlables sur la ville moderne [au Nord]26.

  • 27 Marlène Ghorayeb, « Transferts, hybridations et renouvellements des savoirs. Parcours urbanistique (...)
  • 28 Expression utilisée en 2003 par Mercedes Volait et Joe Nasr dans leur ouvrage Urbanism, Imported or (...)

22Diverses études ont documenté de premiers mouvements, ceux d’expertises occidentales qui déploient au contact d’« une réalité violente » coloniale un « urbanisme moderne situé27 ». Ghorayeb utilise les termes d’urbanisme « importé » ou « exporté28 » :

  • 29 Idem, p. 2.

Dans le même temps, les réalisations au Maroc contribuent à renouveler les débats des derniers CIAM à un moment où commençait à s’épuiser l’idéologie de la première génération d’architectes modernes29.

Balandier : détour par le terrain et les acteurs dans la situation coloniale

23Cette énumération de faits dans la sphère architecturale et urbanistique a pour objet d’attirer l’attention sur des détours faits par les architectes européens par d’autres territoires, notamment africains, colonisés. Mais nous attirons aussi l’attention sur des détours par la situation coloniale d’autres disciplines qui sortent l’architecture de son autonomie. En effet, l’anthropologue Georges Balandier part pour l’Afrique en 1946 et y fonde l’Institut d’études centrafricaines à Brazzaville.

L’action coloniale au cours du xixe siècle, est la forme la plus importante, la plus grosse de conséquences prise par cette expansion européenne ; elle a bouleversé brutalement l’histoire des peuples qu’elle soumettait ; elle a en s’établissant, imposé à ceux-ci une situation d’un type bien particulier […] cette situation entraîne des problèmes spécifiques qui doivent provoquer l’attention du sociologue.

  • 30 Georges Balandier, « La Situation coloniale : approche théorique », Cahiers internationaux de socio (...)
  • 31 Ibid., p. 10.
  • 32 Ibid., p. 19.
  • 33 Ibid., p. 9.
  • 34 Ibid., p. 23.

24La notion de « situation coloniale » définie par Georges Balandier est née comme une critique de l’anthropologie moderne. D’abord, cette situation « coloniale » est un moment de l’histoire caractérisé par un contact – forcé – entre au moins deux types de groupements : les colonisés et colonisateurs. La situation coloniale est pour Balandier un système complexe, non dogmatique, qui ne peut pas être considéré partiellement, car « toute analyse partielle est en même temps partiale30 ». Pour ce faire, il faut saisir la situation coloniale dans sa totalité, « visant à une compréhension qui ne sacrifie pas la spécificité pour la commodité d’une schématisation dogmatique31 » qui est l’instrument politique et de domination de la société coloniale32. Chaque « situation entraîne des problèmes spécifiques33 », des « crises spécifiques34 » .

  • 35 C’est la recommandation de P. Geddes également, « ce qui est fondamental pour nous tous est que nou (...)

25La compréhension de ce système complexe nécessite plusieurs points de vue disciplinaires : celui de l’historien, de l’anthropologue, du sociologue, de l’économiste, du psychologue35

  • 36 Ibid., p. 12.
  • 37 Ibid., p. 25.
  • 38 Ibid., p. 27.

26Le groupement colonisé est une minorité subordonnée malgré son avantage numérique. L’anthropologue doit voir « les processus d’adaptation et de refus… les “points de résistance” des sociétés colonisées36 ». Il ne doit plus négliger – comme les « anthropologues coloniaux » – le fait que les relations sont fondamentalement raciales, avant d’être économiques37. De plus, la « situation coloniale se modifie profondément et à un rythme rapide et cela impose donc de la saisir historiquement38 », la situation est évolutive.

  • 39 Catherine Coquery-Vidrovitch, « Contribution de Georges Balandier à la genèse de l’histoire africai (...)
  • 40 Georges Balandier, « Voir ailleurs, pouvoir ici », Raisons Politiques, 2006, n° 22, p. 19.
  • 41 Idem, p. 828.

27Balandier, au-delà de la situation coloniale qui fait écho à la situation, est apparu comme décisif dans le cadre de cet article. D’une part parce qu’il est particulièrement intéressé par les traces dans la culture matérielle et bâtie, et donc par l’architecture. Il va publier en 1955 un « ouvrage pionnier d’histoire et d’analyse urbaine : Sociologie des Brazzavilles noires39 » qui montre son intérêt pour la spatialité de la situation et Les Villages gabonais sur lequel nous reviendrons. D’autre part, parce qu’il explore la situation coloniale dans les territoires du royaume Kongo, le Gabon voisin de la RDC actuelle, il s’agit donc de l’aire culturelle de l’université Kongo. En 1965, La Vie quotidienne au royaume de Kongo du xvie au xviiie siècle, réédité plusieurs fois dans les années 1990, s’intéresse à la « dynamique des relations extérieures et ses effets40 ». Il a « une connaissance intime du terrain liée à l’immersion dans toutes les sources écrites utilisables dans les archives et les récits41 ».

  • 42 Georges Balandier, « La Situation coloniale : approche théorique », op. cit., p. 21.
  • 43 Marie-Claude Smouts, La Situation postcoloniale : les postcolonial studies dans le débat français, (...)

28Finalement, Balandier déplore que « l’arbitraire du partage entre nations coloniales et les découpages administratifs abouti[sse]ou vise à fragmenter les ethnies importantes42 ». Le découpage a aussi dénaturé l’appréhension de la région au cœur de laquelle se trouve la vallée du fleuve Congo ; celle-ci est divisée dans sa longueur, entre deux pouvoirs coloniaux (français au nord du fleuve et belge au sud) lors de la conférence de Berlin à la fin du xixe siècle : Balandier propose d’appréhender le territoire réunifié, à l’échelle de la région, du Gabon, du Congo-Brazzaville, du Congo belge et de l’Angola, comme le feraient les architectes culturalistes. Ses écrits, et le concept de situation coloniale, préfigurent les études subalternes des années 1980 ou les études postcoloniales (Balandier y revient dans la préface de La Situation postcoloniale43).

La spatialité dans la situation coloniale : la voix des acteurs de terrain, les villages gabonais

29Si Balandier ne parle pas spécifiquement de ville ou d’espace dans « La Situation coloniale », son ouvrage Les Villages gabonais : aspects démographiques, économiques, sociologiques, projets de modernisation de 1952, coécrit avec Jean-Claude Pauvert, montre son application au service de l’aménagement du territoire.

  • 44 Le sud-est du Gabon faisait aussi partie du royaume Kongo.
  • 45 Georges Balandier, Jean-Claude Pauvert, Les Villages gabonais : aspects démographiques, économiques (...)
  • 46 Ibid., p. 6. Ils ajoutent : « Participation des diverses “autorités” (indigènes et européennes) à l (...)
  • 47 Ibid., p. 5.

30Les deux sociologues se penchent sur la modernisation de villages de trois régions gabonaises44, le N’Gounié, le Tchibanga et le Woleu-N’Tem, qui sont dépeuplés des hommes partis pour la ville et des jeunes engagés dans des centres d’exploitations coloniaux. Les deux auteurs militent pour une « fructueuse collaboration de l’action administrative et de la recherche sociologique45 » pour une étude plutôt prescriptive, mais aussi participative pour d’éventuels regroupements ultérieurs entre villages, en remettant en cause les périmètres établis et en envisageant « les solutions proposées par les autorités indigènes ou administratives46 ». Ils saisissent la complexité de la situation coloniale par « une analyse aux aspects multiples : démographie […], économique […], structurel […], psychologique […]. C’est-à-dire que nous avons voulu approcher le fait dans sa totalité47. ».

  • 48 Ibid., p. 62.
  • 49 Georges Balandier, « Voir ailleurs, pouvoir ici », op. cit., p. 15.

31Ils recourent, d’abord, à l’échelle régionale pour comprendre les tendances démographiques, et économiques ; à une échelle plus réduite, par des sondages, ils écoutent les opinions particulières des villageois concernant d’éventuels regroupements, « le regroupement n’aura de sens que s’il s’adresse à des populations décidées à faire l’effort qu’il exige, favorables à la modernisation qu’il entraînera48 ». Ce qui importe à Balandier est que l’administration fasse un détour sur le terrain, par la sociologie et l’anthropologie, pour arriver à s’approprier réellement la situation, et arriver alors à « connaître autrement49 ».

Figure 2. Extrait des Villages gabonais : aspects démographiques, économiques, sociologiques, projets de modernisation

Figure 2. Extrait des Villages gabonais : aspects démographiques, économiques, sociologiques, projets de modernisation

La carte montre les mouvements des groupements, « les gens », ce qui dénote une attention précise aux contextes humains des lieux qu’il observe.

Faire avec la région

32Cette approche fait écho aux recherches menées par Patrick Geddes. En 1909, le biologiste et sociologue, influencé par le chapitre du géographe Élisée Reclus, propose un outil de description et de compréhension des établissements humains à l’aide d’une coupe dans la longueur de la vallée d’un fleuve, de l’amont à l’aval. Il y indique les activités que les hommes développent en fonction des caractéristiques de climat, de l’altitude, de ressources naturelles à différents endroits… La coupe dans la vallée, issue des plans perspectifs du Moyen Âge, présente des vues à vol d’oiseau qui montrent les versants et le cours du fleuve, de sa source jusqu’à la mer où sur l’estuaire s’établit la grande ville. Geddes montre les différentes occupations relatives aux formes de la nature que l’on trouve sur les flancs de la vallée et conclut que la situation sociale des hommes à ces endroits est importante pour connaître la forme urbaine qui les abrite ; par exemple, le fermier s’est implanté sur des terres cultivables peu abruptes et se loge dans une ferme isolée à une distance commerciale raisonnable de la ville peuplée et étendue. Dans une ville développée à l’estuaire du fleuve, sont implantées les maisons de commerce relatives aux métiers primitifs (berger, mineur, bûcherons vivant sur les coteaux). À la limite de la ville se trouvent des manufactures et des stocks. Cette vallée qu’il décrit est l’unité géographique caractéristique de l’Europe de l’Ouest, la région essentielle. Ce schéma est un instrument d’analyse des villes, la section dans la vallée illustre la méthode déductive de P. Geddes qui caractérise la phase d’enquête dans la grammaire participative.

Figure 3. Plan perspectif accompagnant la coupe dans la vallée présentant la végétation typique et les occupations caractéristiques

Figure 3. Plan perspectif accompagnant la coupe dans la vallée présentant la végétation typique et les occupations caractéristiques

Source : Tyrwhitt 1949. Source : Isuru, Bruxelles. (en anglais Tyrwhitt utilise regional occupations.)

  • 50 Lewis Mumford, The South in Architecture, New York, Harcourt, Brace and Company, 1941, p. 51 : « On (...)

33À partir de la fin des années 1920, Lewis Mumford, disciple de Geddes et traducteur de ses idées auprès des architectes et des urbanistes, discerne un « élément régional » qui inclut plus que des caractéristiques géographiques. C’est un élément fondé sur le « local, qui est lié au temps, qui s’adapte aux capacités et circonstances humaines spéciales, qui appartient à un peuple particulier et un sol particulier et à un ensemble particulier d’institutions économique et politique50 ».

34Il lie la coupe dans la vallée de Geddes – qui fait dialoguer la communauté, les activités humaines et la localisation géographique – et l’art de bâtir qui crée et représente à son tour l’environnement spécifique, qui est celui de la région :

  • 51 Ibid., p. 111: « This effort takes form in meeting the practical demands for an environment modifie (...)

Cet effort [l’effort de l’art de bâtir, de représenter les idéaux et les propos d’une époque et d’un peuple particuliers] prend forme dans la satisfaction des exigences pratiques d’un environnement modifié pour l’usage humain ; mais les modifications apportées servent quelque chose de plus que les besoins immédiats : elles témoignent du degré d’ordre, de coopération, d’intelligence, de sensibilité, qui caractérise la communauté. Plus encore : l’architecture reflète inévitablement les croyances les plus profondes d’une époque ; elle témoigne du sentiment actuel sur la nature, sur la société, sur les possibilités mêmes de l’amélioration humaine51.

35Les apports de Mumford sont eux-mêmes fondés sur un détour. En 1941, il écrit un essai intitulé The South in Architecture, qui porte sur le sud des États-Unis. Les échanges entre cultures sont pour Mumford des éléments propices au développement d’une forme de régionalisme :

  • 52 Ibid., p. 31: « It would be useful if we formed the habit of never using the word regional without (...)

Il n’y a jamais eu de culture humaine entièrement autonome dans le temps et dans l’espace [...] Il serait utile que nous prenions l’habitude de ne jamais utiliser le mot régional sans y ajouter mentalement l’idée d’universel, en nous rappelant le contact et l’échange constants entre la scène locale et le vaste monde qui se trouve au-delà52.

  • 53 Liane Lefaivre, « Lewis Mumford Tropicalist », « Architecture, culture, and the challenges of globa (...)

36Il est donc bien en train de définir une situation, mais qui n’est pas exempte de rencontres et de détours. La « situation de contact » créée par la colonisation – celle du sud des États-Unis qu’il étudie, mais aussi la connaissance qu’il a des travaux de Geddes en Inde qu’il contribuera à rééditer quelques années plus tard – fonde donc une approche « régionaliste » qui ne peut pas être dissociée de la notion de multiculturalisme. Liane Lefaivre explique que pour lui le « régionalisme » inclut une communauté qui peut être « multiculturelle, non nécessairement tribale, liée au sang, contre la théorie de communauté du sang et du sol qui avait dominé l’Allemagne53… ».

  • 54 En témoigne l’article de Zeynep Celik, « Learning from the Bidonville: CIAM Looks to Algiers », Har (...)
  • 55 Volker M. Welter, « Post-war CIAM, Team Ten, and P. Geddes influence », 2005, p. 91, [en ligne] [ww (...)
  • 56 La Charte de l’habitat est contemporaine du manifeste de Doorn (Judith le Maire, Grammaire de la pa (...)

37Ainsi, la vallée type d’Europe de l’Ouest décrite par Geddes trouve une autre amplitude. En 1953, elle sera d’ailleurs réinterprétée par les architectes du Team Ten au regard de certains détours, dont des enquêtes sur les territoires coloniaux d’Afrique ou d’Amérique du Sud présentés au Ciam d’Aix-en-Provence54. Pour Geddes c’est toute la région qui fait la ville55, un système d’échelle régionale que les architectes du Team Ten vont revisiter dans le manifeste de Doorn de 1954. Ils lient la coupe dans la vallée de Patrick Geddes au concept de communauté et à ses échelles différentes. Ils utilisent le terme « écologique » qui illustre le fait que l’habitation soit issue de son contexte et influe sur celui-ci, qu’elle est fondée non pas sur les fonctions mais sur les relations humaines. Ainsi, il ne s’agit plus de concevoir des habitations, mais dans un sens plus large, un « habitat », issu des relations humaines et physiques de la région56.

Figure 4. La coupe dans la vallée schématisée dans le manifeste de Doorn

Figure 4. La coupe dans la vallée schématisée dans le manifeste de Doorn

Le manifeste débute par cette phrase, « il est inutile de considérer la maison sinon comme une partie d’une communauté en raison de l’interaction de celles-ci sur les autres(sic). » Il s’agit surtout de remplacer l’approche fonctionnaliste (habiter, travailler, se récréer et circuler) par une approche basée sur les interrelations humaines.

Source : www.team10.org

  • 57 « glisser vers le spécifique » (shift to the specific), Peter Smithson (Volker M. Welter, « Post-wa (...)
  • 58 Volker M. Welter, « Post-war CIAM, Team Ten, and P. Geddes influence », op. cit., p. 225, p. 104.

38Lors de la réunion préparatoire du Ciam 10, qui se tint à La Sarraz, en septembre 1955, Alison et Peter Smithson veulent montrer comment leur génération sent la « spécificité57 ». Ils ont préparé quatre projets spécialement pour le congrès qui aura lieu à Dubrovnik. Leur présentation se base sur la coupe de la vallée qui illustre le manifeste de Doorn. Ils inscrivent dans ce schéma les situations des éléments de la vallée et non pas uniquement de leur localisation. Ils tiennent donc compte du concept élargi d’habitat : localiser signifie donner des renseignements spatiaux à propos d’une architecture, alors que situer implique à la fois de localiser à l’aide de coordonnées spatiales, mais aussi de contextualiser le point renseigné (géographiquement, fonctionnellement, historiquement, par rapport aux ressources et aux usages des habitants). Ils souhaitent montrer ce qui est spécifique à la situation, dans sa totalité et complexité. À cette fin, ils présentent pour chacun des types urbains ponctuant le schéma une création architecturale58.

  • 59 Tom Avermaete, Maristella Casciato, Yto Barrada, Takashi Honma, Casablanca Chandigarh : bilans d’un (...)
  • 60 « Sociology had begun to emerge from the rain-forest into the street », Peter Smithson, cité par Vo (...)
  • 61 « The steps they made to move away from universal solutions towards solutions specific to situation(...)

39Le détour par des situations coloniales peut-être aussi pisté dans l’« approche sociologique visuelle » que P. et A. Smithson voient naître « ailleurs » et puis utilisée « ici »59 telles que le furent les observations de Geddes : une sociologie qui a commencé à émerger depuis la forêt tropicale se trouve appliquée dans la rue60. Ce que P. Smithson entend faire c’est se positionner en allant vers le spécifique, afin de saisir comme le fait Geddes la particularité de la situation61.

40L’importance du contexte au sens large, de la région, est montrée ici. Nous avons pu montrer une circulation historique de la vallée de Geddes à Mumford et au Team Ten. Mais aussi une circulation géographique de l’Écosse à l’Inde, aux États-Unis, de l’Europe à l’Afrique… des circulations entre espaces dominants et dominés.

41La terminologie employée dans les années cinquante par les anthropologues ou les architectes et urbanistes a été explorée : on a vu les liens entre la situation au sens des architectes, la situation coloniale au sens de l’anthropologue G. Balandier, ceci par un détour et un décentrement hors de l’Europe – notamment par les territoires Kongo.

  • 62 La prise en compte des complexités de la situation dans la production des savoirs, telle que le pro (...)

42Nous avons vu une généalogie d’acteurs occidentaux qui reprennent à différentes époques et endroits du monde l’importance de l’échelle de la région, du survey et de la coupe dans la vallée. Ces architectes, ces penseurs de la ville, ont fait un détour par « le Sud » (ceux du Team Ten autant que Lewis Mumford)62.

  • 63 Dans son essai « Savoirs situés : la question de la science dans le féminisme et le privilège de la (...)
  • 64 Les réflexions décoloniales de penseurs hispanophones (Escobar, Quijano, etc.) mais aussi les trava (...)

43Mais nous observons aussi un jaillissement simultané des termes forgés dans les années 1950, tels que « complexité », « spécificité », « situation », dont les occurrences explosent à partir des années 1980 dans les études postcoloniales, subalternes et féministes anglo-saxonnes63 ou la littérature hispanophone64 notamment sur le rapport à la colonialité.

44Elles influencent aussi sans doute le précurseur qu’était Balandier avec la situation coloniale en 1951.

Faire avec la situation coloniale pour une pédagogie située en République démocratique du Congo

  • 65 S. A. « FP 05. La chaîne opératoire comme représentation », Techniques et culture, 71, 1, 2019, p.  (...)

45La colonisation par les Belges du territoire Kongo est fondée sur l’écrasement dans un arrière-plan primitif des personnes et des pratiques à des fins extractivistes. Dans cette visée, le pays a été présenté comme une terra nullius, notamment en insistant sur l’absence d’architecture ou de villages. Le concept occidental d’architecture était inopérant pour saisir et valoriser l’architecture construite par les habitants du lieu. Celle-ci semble caractérisée par le recours à des ressources naturelles, une pratique collective, sociale et sans architecte, elle est temporaire et parfois déplaçable. Elle est liée à une « chaîne opératoire65 » et sa mise en œuvre est déterminée par la saisonnalité, la disponibilité et la récolte des ressources naturelles ainsi que leur transport. Ses dimensions suivent une métrique humaine pour la manipulation des matériaux. Au Kongo central, cette architecture a largement disparu et est peu, voire pas documentée, notamment parce que sa représentation échappe à celle de l’architecture savante (plan, coupe et façade)… Un faisceau d’autres raisons amplifie sa disparition du territoire au tournant du xxe siècle, par exemple le fait que les explorations ne comprennent pas d’architectes, qu’elles soient menées à un rythme ne permettant pas de saisir le processus constructif, ou encore que l’architecture soit considérée comme un objet ethnographique et extraite d’un contexte sans lequel elle est réduite à des icônes ou des schématisations (forme des constructions livrée sans échelle, sans orientation…). La proposition contemporaine de projet situé faite avec l’université Kongo repose notamment sur la valorisation des attributs de la tradition Kongo dans le projet d’architecture contemporain.

46Ces constats historiques, liés à la disparition de cette architecture et à son invisibilisation dans les outils de représentation dominants, invitent à repenser les cadres d’analyse et de transmission.

47À partir de ces réflexions d’ordre historique mais qui ont des retombées sur la pédagogie contemporaine, cet article est une tentative de généalogie de la notion de situation portée par les acteurs dits culturalistes de l’architecture. En effet, le concept de situation au sens des architectes a nécessité des détours de plusieurs ordres, pour reprendre le terme de Balandier.

  • 66 Valentin Yves Mudimbe (1941-2025) est le philosophe congolais qui conceptualise la notion de biblio (...)
  • 67 Achille Mbembe, « Decolonizing the University: New Directions , Arts and Humanities in Higher Educa (...)

48D’une part, le détour est disciplinaire pour les architectes qui adoptent une pratique située puisqu’il passe par l’anthropologie et la sociologie appliquée. Il est d’autre part un détour géographique par des territoires d’enquêtes et de pratiques, au Nord et au Sud. Sans oublier l’accent important sur lequel insiste Balandier, la situation coloniale est un détour par une attention aux pouvoirs qui s’exercent dans un territoire de projet, de théorisation, d’apprentissage pour ajouter les revendications de Valentin Yves Mudimbe66 à propos de la décolonisation des savoirs de l’enseignement. Avec les études postcoloniales, nous assistons à un autre détour : les savoirs ne se constituent pas seulement du Nord pour le Nord ou le Sud, mais du Sud pour le Nord et le Sud67. Ces études, ainsi que la notion de situation, influencent la philosophie et la pédagogie occidentale. La philosophe Isabelle Stengers indique encore qu’apprendre :

  • 68 Isabelle Stengers, Réinventer la ville, le choix de la complexité, préface d’Alain Berestetsky et T (...)

C’est apprendre avec, créer les liens et les dispositifs qui permettent d’apprendre avec les populations intéressées, et non pas à propos d’elles […]. Apprendre en situation et non pas à propos de la situation. C’est-à-dire réussir à créer des situations correspondant à un apprentissage à double détente : l’apprentissage par les protagonistes intéressés à une situation de la capacité qui est la leur, d’obliger les urbanistes et autres experts à apprendre avec eux, en eux et par eux68

49Au regard des détours nombreux, se pose la question de la nature d’une architecture située, puisque nous avons noté l’ambiguïté des termes de Mumford, le local et l’universel. À la lecture de ce qui précède, nous proposons que cette situation soit faite d’un apprentissage itératif entre le large monde et les collectivités locales. Il nous semble important que les connaissances soient rassemblées sur un périmètre régional qui suive la vallée du fleuve Congo, réunissant de cette façon, les bassins versants qui avaient été divisés lors de la conférence de Berlin en 1885. À Mbanza-Ngungu, les communautés du Kongo-Central construisent l’architecture rurale et urbaine et, dans ce cadre, l’architecte devient une figure de pédagogue importante, c’est ce qui est proposé par l’Université Kongo dans le cadre du master en « architecture et aménagement situés » fondé en 2018.

Conclusion

  • 69 Armelle Choplin, Matière grise de l’urbain : la vie du ciment en Afrique, Genève, MetisPresses, 20 (...)

50La situation « coloniale » est aujourd’hui réactivée par d’autres pouvoirs, ceux de l’internationalisation et de la globalisation, ce qui se marque en RDC par l’arrivée massive de constructeurs étrangers de l’Est du monde et de matériaux venus d’Afrique de l’Ouest69 ou du Sud par exemple.

  • 70 Ce projet de formation Sud a été financé par l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur de (...)
  • 71 Trésor Lumfuankenda Bungiena et Mylène Koko Zola, université Kongo.

51Depuis trois générations, les architectes congolais font des détours par l’Europe notamment et opèrent sur le terrain de la RDC, forgeant à chaque détour la situation – en venant faire de la recherche en Belgique, en enseignant et poursuivant les recherches à l’Isau et à l’UK. Les conditions d’enseignement à l’université Kongo semblent enviables pour les architectes européens qui pourraient souhaiter se former en Afrique subsaharienne afin de bénéficier à leur tour d’un enseignement situé (format d’enseignements intensifs, petit nombre d’étudiants, spécialisation en architecture située reproductible ensuite). Dans les premières années du master, un séminaire sur les moyens d’expression adaptés au relevé de l’architecture réalisée par les habitants et constructeurs locaux a eu lieu, une réflexion sur les pratiques alternatives des architectes et l’économie de la profession etc. Des « workshops par le faire » en architecture située ont été menés à l’université Kongo70 pour des réalisations définies par les professeurs visiteurs congolais : par exemple, la construction d’une paillote en matériaux locaux, ou encore la réhabilitation d’un local en briques de terre crue et enduit terre et chaux pour le laboratoire Terre qui y a été fondé avec le CRATerre, … Les étudiants ont un cours d’architecture Kongo et des visites de terrains nombreuses pour des relevés d’architecture vernaculaire71. Un PDR-FNRS a permis en parallèle la publication de premiers travaux sur l’architecture métallique au Congo et l’architecture vernaculaire Kongo. Comment un architecte devient-il coconstructeur auprès des collectivités locales ? Quelles sont les filières de matériaux disponibles localement et quels savoir-faire situés sont à l’œuvre dans l’architecture contemporaine ? Autant de questions de recherches de doctorat en cours. Pourtant, les collaborations sont toujours sous le joug d’une épistémologie occidentale assez massive dans le référencement des recherches (auteurs majoritairement occidentaux alors qu’il existe une littérature de territoires africains plus proches géographiquement, sud-africaine ou nigériane par exemple et congolaise). Là encore, pour guide nous suivons Mudimbe et son invitation à sans cesse réconcilier épistémologie occidentale et gnose africaine. Les méthodes de recherche que nous avons imposées en Europe aux doctorants de RDC sont fondées sur les sources archivistiques et écrites, alors que, dans le territoire du Kongo Central, les bibliothèques d’architecture sont toujours en constitution et que les archives coloniales ont été ramenées en Belgique en 1960. Ceci induit des biais que nous essayons de contourner, les chercheurs congolais proposant d’avoir recours à l’enquête et à la description graphique pour produire des sources alternatives aux statistiques manquantes ou aux archives absentes. Le financement de la coopération universitaire vient d’Europe et est forcément soumis à la volonté d’un promoteur belge ce qui induit des rapports déséquilibrés quand l’un tient les cordons de la bourse et l’autre pas. Ces éléments méritent d’être considérés plus avant dans les collaborations à venir.

  • 72 Les docteurs en architecture congolais mènent des carrières partagées entre l’Europe et l’Afrique. (...)
  • 73 L’historien congolais I. Ndaywel è Nziem a donné la leçon d’histoire du Congo à l’ULB en mai 2025 ( (...)
  • 74 Co-organisation Donatien Dibwe dia Mwembu, Victor Brunfaut, Trésor Lumfuankenda, Maguy Watunia et G (...)

52De nombreux chercheurs congolais architectes ont obtenu leur doctorat en Europe ces quinze dernières années – et à l’ULB plus particulièrement – et des chercheurs architectes belges se sont rendus dans le Kongo Central, engendrant des échanges fructueux même s’ils sont toujours soumis aux régimes de visa et que la longueur des séjours est inégale entre la RDC et la Belgique72. Nous commençons maintenant à pouvoir inviter les architectes ou historiens congolais à dispenser des cours aux étudiants de l’ULB73. Dans un sens comme dans l’autre, la durée des missions d’enseignement et de recherche reste anecdotique par rapport au cursus, mais elles sont ressourçantes. Il serait souhaitable que des architectes du Sud se penchent aussi sur des questions du Nord. Ceci au-delà des revendications postcoloniales qui remettent en question l’empreinte coloniale dans les espaces publics à Bruxelles, les collections muséales ou les archives d’architecture du Nord. En effet, l’héritage colonial dans l’espace de l’enseignement est à questionner dans l’enseignement de l’architecture en Belgique. Quelques séminaires menés entre la RDC et l’ULB s’intéressent à pister la connaissance héritée sur l’architecture Kongo et Swahilie notamment dans la bibliothèque de Mudimbe74 et à recenser une historiographie plus large dont les auteurs sont congolais et africains.

53Ces échanges, bien que parfois limités, s’inscrivent comme nous l’avons montré dans une histoire plus large des circulations de savoirs entre les Nords et les Suds. Il serait, dès lors, pertinent d’approfondir la généalogie intellectuelle qui sous-tend ces dynamiques, en prolongeant par exemple l’analyse jusqu’à la période contemporaine. Il s’agirait d’identifier les héritiers de figures comme Geddes, Mumford ou Balandier, dont les idées continuent d’influencer des enseignements tant en Belgique qu’en RDC75 mais surtout des architectes congolais ou d’autres pays africains pour diversifier les références et les pratiques pédagogiques.

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Notes

1 Les premières écoles d’architecture en Afrique apparaissent au Ghana en 1958 (Knust Kumasi), au Congo en 1962 (Isau Kinshasa) et au Maroc en 1980 seulement (Ena Rabat). Il existe au Caire une formation polytechnique avec une section architecture où enseignent des Britanniques depuis le début du xxe siècle (H. Fathy y est diplômé en 1926) Mercedes Volait, Architectes et architectures de l’Égypte moderne (1830-1950) : genèse et essor d’une expertise locale, Paris, Maisonneuve et Larose, 2025, p. 289.

2 Voir [en ligne] [https://universitekongo.cd/a-propos/], consulté le 25/08/25.

3 Georges Balandier, « Voir ailleurs, pouvoir ici », Raisons Politiques, 2006, n° 22, p. 15.

4 Jean-Lucien Bonillo, Claude Massu, Daniel Pinson, La Modernité critique : autour du CIAM 9 d’Aix-en-Provence, 1953, Marseille, Editions Imbernon, 2006.

5 C’est le parti pris de l’article de s’intéresser aux acteurs occidentaux d’une école de pensée culturaliste. Une autre étude pourrait valablement s’intéresser à l’utilisation de la terminologie identifiée ici – complexité, contexte, situation – chez des auteurs non occidentaux (Hassan Fathy, Lu Ban Hap, Rifat Chadirki, Ramsès Wissa Wassef…). La rencontre avec certains acteurs non occidentaux a aussi influencé la pensée d’architectes occidentaux (Minnette Da Silva avec Jane Drew et Maxwell Fry par exemple, et d’autres). Le terme « culturaliste » ne sera pas discuté ici, bien que nous mesurions qu’il puisse faire l’objet d’une critique fixiste.

6 Quand Geddes utilise en anglais le terme situation, il l’entend dans son acception ordinaire la plupart du temps. C’est pour lui relatif au Civic Local Survey, une enquête préliminaire qui englobe de façon synoptique tous les aspects d’un lieu. Une enquête que l’on réalise en se rendant sur les lieux, in situ, en les arpentant.

7 Judith le Maire, Lieux, biens, liens communs. Émergence d’une grammaire participative en architecture et urbanisme, 1904-1969, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2014.

8 Des enseignants-praticiens (ateliers fondés sur une interaction intensive avec des comités d’habitants en situation réelle), pour n’en citer que quelques-uns : Thierry Decuypere (ULB) Olivier Bastin (L’Escaut), Judith le Maire pour l’atelier Architecture Située (ISACF La Cambre), Julia Udal (école d’architecture Sheffield), Corinne Sadockh (LRA, Ensa Toulouse), Suzanne Hoffman (VU Berlin), Dag Boutsen (KULeuven), Doina Petrescu (Atelier d’Architecture Autogéré, Paris/Sheffield), Xavier Leibar et Aline Rodrigues (Ensa Bordeaux), etc. De nombreux enseignements dans les années 1970, par exemple en Italie, ressortent d’une même posture – par exemple l’Ilaud de G. De Carlo pour les sessions à Urbino.

9 Patrick Geddes, Cities in Evolution. An Introduction to the Town Planning Movement and to the Study of Civics, Londres, Williams & Norgate, 1915, p. 346 « Our experience already shows that in this inspiring task, of surveying, usually for the first time, the whole situation and life of a community in past and present, and of thus preparing for the planning scheme which is to forecast, indeed largely decide, its material future, we have the beginnings of a new movement one already characterized by an arousal of civic feeling, and the corresponding awakening of more enlightened and more generous citizenship. » C’est nous qui traduisons.

10 Deux textes éclairent la notion, Anne-Monique Bardagot et Nathalie Sabatier, « Architecture et construction : synthèse architecture située et cours de construction », Direction de l’architecture et de l’urbanisme, école d’architecture de Grenoble, HAL, 1986 et Jean-Paul Loubes, Traité d’architecture sauvage : manifeste pour une architecture située, Paris, Sextant, 2010.

11 Les réflexions pour la fondation du master ont débuté dans une coopération universitaire coordonnée par l’université Kongo et l’ULB avec l’ULiège et le CraTerre. Voir [en ligne] [https://moove.ares-ac.be/rd-congo/larchitecte-un-expert-scientifique-ne-pas-negliger]. Des enseignants congolais ont documenté les travaux, notamment : Emeritte Kaleka N’Kole, Corneille Kanene, Pascal Kamufuenkete Luvumbu, Michel Lusamba Kibayu, Romain Tedika, Rapahël Washe Tshilumba, Paul Tambani, Trésor Lumfuankenda Bungiena, Pathy Samba.

12 Cette affirmation est un constat d’expérience et de réflexions collectives lors de la création du master en architecture située en 2017.

13 Par exemple les hôtels ABC, montés le long de la première ligne de chemin de fer à Matadi, Mbanza-Ngungu (aujourd’hui Palais de justice) ou à Kinshasa, ou encore des bâtiments en tôle métallique de la société des Forges d’Aiseau qui ont constitué le noyau des premières villes européennes.

14 Dalia Perziani a étudié la tropicalisation des architectures préfabriquées en trois temps, d’un départ depuis la métropole belge à une destination qui montre les imaginaires à l’œuvre et à une situation d’arrivée sur le territoire congolais, dans sa thèse, Construire en métal pour le Bas-Congo : systèmes, acteurs et adaptations d’une architecture tropicalisée (1885-1930), Université libre de Bruxelles, 2024.

15 Georges Balandier, « La Situation coloniale : approche théorique », dans Cahiers internationaux de sociologie, n° 11, 1951, p. 32.

16 Valentin Yves Mudimbe, L’Invention de l’Afrique, CNL, Paris, Présence africaine éditions, 2021 (1988).

17 Dans L’Urbanisme, utopies et réalités. Une anthologie, Paris, Le Seuil, 1965, Françoise Choay oppose des discours progressistes – ceux des modernes –, à des discours culturalistes fondés sur des modèles historiques. Elle voit dans les écrits de P. Geddes et puis de L. Mumford la fondation d’une pensée évolutionniste de la ville, informée par le présent : « [...] la somme des renseignements ne suffit pas à fonder une solution [...] dans la pensée de P. Geddes, une intuition profonde de la situation concrète doit incontestablement conduire à la bonne solution » (p. 63).

18 Le théoricien de l’architecture Reyner Banham s’intéresse au début des années 1950 aux artistes qui se nourrissent de la culture populaire comme l’Independant Group (dont il fait partie avec les Smithson) et il étudie les travaux des situationnistes. Il est passionné par l’arpentage proposé dans la psychogéographie de Guy Debord qui fonde l’Internationale situationniste en 1957. Jean-Paul Sartre va aussi utiliser le terme dans ses écrits publiés entre 1938 et 1975, le terme de « situation », emprunté à la philosophie existentialiste de L’Être et le Néant, définit la position de l’individu dans le monde avec ses déterminations sociales et physiques, dont la liberté ne peut faire abstraction. » Voir [en ligne] [https://www.larousse.fr/encyclopedie/oeuvre/Situations/181706], consulté le 27/05/25.

19 Ces groupements feront l’objet des études féministes et des subaltern studies, conceptualisées en Inde par des historiens au tournant des années 1980.

20 Pour la généalogie et les fondements de l’approche participative voir Judith le Maire, 2014, op.cit.

21 Jean-Louis Harouel, Histoire de l’urbanisme, Paris, PUF (Que Sais Je ?) 1981, p. 103.

22 Jaqueline Tyrwhitt réédite aussi Cities in Evolution en 1949. Elle est membre et secrétaire des Ciam.

23 P. Geddes cité par P. Hall, Cities of Tomorrow. An intellectual History of Urban Planning and Design in the Twentieth Century, op. cit. p. 47, (le rapport sur Lahore est daté de 1917 dans Geddes in India). Patrick Geddes utilise dans ses ouvrages la terminologie participation et coopération.

24 L’Atelier des Bâtisseurs ouvrira notamment la section algérienne, dirigée par G. Candilis à partir de 1949.

25 André Schimmerling, « Entretiens sur l’architecture à Royaumont », Le Carré Bleu, n° 4, 1962, p. 3. C’est nous qui soulignons. Le cahier est bilingue et le terme situation est utilisé dans les deux langues.

26 Tom Avermaete, Casciato Maristella, Barrada Yto, et Honma Takashi, Casablanca Chandigarh : bilans d’une modernisation, Montréal, Centre canadien d’architecture, 2014, p. 345. Nous ajoutons « au nord ».

27 Marlène Ghorayeb, « Transferts, hybridations et renouvellements des savoirs. Parcours urbanistique et architectural de Michel Écochard de 1932 à 1974 », Les Cahiers de la recherche architecturale, urbaine et paysagère, n° 2, 2018, [en ligne] [https://doi.org/10.4000/craup.544], p. 6.

28 Expression utilisée en 2003 par Mercedes Volait et Joe Nasr dans leur ouvrage Urbanism, Imported or Exported.

29 Idem, p. 2.

30 Georges Balandier, « La Situation coloniale : approche théorique », Cahiers internationaux de sociologie, n° 11, 1951, p. 26. Nous avons choisi la version de 1951, puisque nous procédions par un recensement à une période donnée, les années 1950, identifiée comme le moment de surgissement de la situation. Il est intéressant de travailler avec ce texte et les contradictions qu’il contient. Il a été republié et les formules les « plus coloniales » de cette première version (ex : « peuples dits attardés, archaïques ou primitifs ») disparaissent dans la seconde (1955) et la troisième (1963). Voir la relecture historique de la Situation coloniale par Isabelle Merle en 2013.

31 Ibid., p. 10.

32 Ibid., p. 19.

33 Ibid., p. 9.

34 Ibid., p. 23.

35 C’est la recommandation de P. Geddes également, « ce qui est fondamental pour nous tous est que nous devenions de plus en plus des “enquêteurs”, que nous ranimions et rationalisions notre propre expérience, qui est toujours unique ; que nous coordonnions ainsi nos observations et nos idées avec celles des autres ». Geddes Patrick, Cities in Evolution, 1915, p. 398.

36 Ibid., p. 12.

37 Ibid., p. 25.

38 Ibid., p. 27.

39 Catherine Coquery-Vidrovitch, « Contribution de Georges Balandier à la genèse de l’histoire africaine de langue française », Cahiers d’études africaines, n° 228, 2017, p. 829.

40 Georges Balandier, « Voir ailleurs, pouvoir ici », Raisons Politiques, 2006, n° 22, p. 19.

41 Idem, p. 828.

42 Georges Balandier, « La Situation coloniale : approche théorique », op. cit., p. 21.

43 Marie-Claude Smouts, La Situation postcoloniale : les postcolonial studies dans le débat français, Paris, Presses de Sciences Po, 2007, [en ligne] [https://doi.org/10.3917/scpo.smout.2007.01.0009], consulté le 10/11/25.

44 Le sud-est du Gabon faisait aussi partie du royaume Kongo.

45 Georges Balandier, Jean-Claude Pauvert, Les Villages gabonais : aspects démographiques, économiques, sociologiques, projets de modernisation, Mémoires de l’Institut d’Études Centrafricaines, n°5, Brazzaville (A.E.F), 1952, p. 6.

46 Ibid., p. 6. Ils ajoutent : « Participation des diverses “autorités” (indigènes et européennes) à l’enquête, du sociologue à la réalisation ; on ne peut imaginer collaboration plus complète. »

47 Ibid., p. 5.

48 Ibid., p. 62.

49 Georges Balandier, « Voir ailleurs, pouvoir ici », op. cit., p. 15.

50 Lewis Mumford, The South in Architecture, New York, Harcourt, Brace and Company, 1941, p. 51 : « One of them is the local, the time-bound, that which adapts itself to special human capacities and circumstances, that belongs to a particular people and a particular soil and a particular set of economic and political institutions. » C’est nous qui traduisons.

51 Ibid., p. 111: « This effort takes form in meeting the practical demands for an environment modified for human use ; but the modifications that are made serve something more than the immediate needs : they testify to the degree of order, of co-operation, of intelligence, of sensitiveness, that characterize the community. More than that : architecture inevitably reflects the deeper beliefs of an age ; it hears witness to current feeling about nature, about society, about the very possibilities of human improvement. » C’est nous qui traduisons.

52 Ibid., p. 31: « It would be useful if we formed the habit of never using the word regional without mentally adding to it the idea of universal remembering the constant contact and interchange between the local scene and the wide world that lies beyond it. » C’est nous qui traduisons.

53 Liane Lefaivre, « Lewis Mumford Tropicalist », « Architecture, culture, and the challenges of globalization », ACSA International Conference, Havana, 2002, p. 276.

54 En témoigne l’article de Zeynep Celik, « Learning from the Bidonville: CIAM Looks to Algiers », Harvard Design Magazine, été 2003.

55 Volker M. Welter, « Post-war CIAM, Team Ten, and P. Geddes influence », 2005, p. 91, [en ligne] [www.team10.org], consulté le 10/11/25.

56 La Charte de l’habitat est contemporaine du manifeste de Doorn (Judith le Maire, Grammaire de la participation. Théories et pratiques architecturales et urbaines. 1904-1968, thèse de doctorat, Université Paris I-Sorbonne, 2009, p. 221 et suivantes).

57 « glisser vers le spécifique » (shift to the specific), Peter Smithson (Volker M. Welter, « Post-war CIAM, Team Ten, and P. Geddes influence », op. cit., p. 185 ; Dirk Van Den Heuvel, « Team 10 and its Topicalities », 2006, , p 17, [en ligne] [http://www.team10online.org/research/papers/delft2/heuvel.pdf], consulté le 10/11/25).

58 Volker M. Welter, « Post-war CIAM, Team Ten, and P. Geddes influence », op. cit., p. 225, p. 104.

59 Tom Avermaete, Maristella Casciato, Yto Barrada, Takashi Honma, Casablanca Chandigarh : bilans d’une modernisation, Montréal, Centre canadien d’architecture, 2014.

60 « Sociology had begun to emerge from the rain-forest into the street », Peter Smithson, cité par Volker Welter dans Talking Squares. Grids and Grilles as ArchitecturalAnalytical and Communicative Tools, 2005, p. 182.

61 « The steps they made to move away from universal solutions towards solutions specific to situation » (Dirk Van Den Heuvel, « Team Ten and his Context », 2003, p. 5., [en ligne] [http://www.team10online.org/research/studies_and_papers.html], consulté le 10/11/25. 

62 La prise en compte des complexités de la situation dans la production des savoirs, telle que le propose D. Haraway, nécessiterait dans une étude ultérieure d’élargir les acteurs aux constructeurs et habitants congolais. Ainsi, certains architectes africains, non occidentaux, tel Hassan Fathy – formé au Caire et auteur du village New Gourna, en Égypte, par exemple – pourraient aussi faire l’objet d’une étude terminologique pour montrer qu’ils s’intéressent à la situation, à la complexité, au contexte, etc. (Mercedes Volait, Architectes et architectures de l’Égypte moderne (1830-1950) : genèse et essor d’une expertise locale, Paris, Maisonneuve et Larose, 2005).

63 Dans son essai « Savoirs situés : la question de la science dans le féminisme et le privilège de la perspective partielle », Manifeste Cyborg et autres essais. Sciences, fictions, féminismes, Paris, Exils éditeur, 2007 [1988], Donna Haraway reprend l’importance du point de vue, et donc de l’unicité de la situation (dans son cas, celle du féminin). Elle s’exprime ici pour supporter une épistémologie, une éthique et une politique qui se tournent d’une position qui se veut objective, impersonnelle et supérieure (et qui en réalité exprime seulement une position : celle de l’homme blanc) vers une vision particulière, partielle et par le bas, objective en tant que bien positionnée dans l’espace et dans le corps, bien située.

64 Les réflexions décoloniales de penseurs hispanophones (Escobar, Quijano, etc.) mais aussi les travaux de Boaventura de Sousa Santos pourraient y aider également mais ne sont pas abordés ici. En effet, dans la généalogie des penseurs de l’invention par les Occidentaux, le mexicain O’Goorman est le premier en 1958 à écrire La Invencion de América.

65 S. A. « FP 05. La chaîne opératoire comme représentation », Techniques et culture, 71, 1, 2019, p. 208‑208. Le concept de chaîne opératoire est aussi repris par Robert Cresswell, qui en donne une définition opérationnelle suite à ses « détours » par des territoires extraeuropéens et des situations postcoloniales (Liban, Maroc).

66 Valentin Yves Mudimbe (1941-2025) est le philosophe congolais qui conceptualise la notion de bibliothèque coloniale, un « ensemble textuel » et iconographique, « produit en Occident, représentant l’Afrique et les Africains et qui a servi de base à la production d’un savoir théorique mais également pratique sur cette partie du monde » Elara Bertho, Cécile van den Avenne, Catherine Mazauric. « De la bibliothèque coloniale aux premières littératures africaines », 2019, hal-02291167, p. 4. La production de savoir colonial écrase dans un arrière-plan primitif les récits récents ou passés. C’est pourquoi Mudimbe plaide également pour une décolonisation des savoirs dans L’Invention de l’Afrique.

67 Achille Mbembe, « Decolonizing the University: New Directions , Arts and Humanities in Higher Education, n° 15, 1, 2016, p. 29-45, [en ligne] [https://doi.org/10.1177/1474022215618513].

68 Isabelle Stengers, Réinventer la ville, le choix de la complexité, préface d’Alain Berestetsky et Thierry Kübler, Édité à l’occasion d’« Urbanités », rencontres pour réinventer la ville, une initiative du Département de la Seine-Saint-Denis organisée par la Fondation 93 dans le cadre de Cités Planète, réalisée en collaboration avec l’ASTS, 2000, non paginé.

69 Armelle Choplin, Matière grise de l’urbain : la vie du ciment en Afrique, Genève, MetisPresses, 2020.

70 Ce projet de formation Sud a été financé par l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur de la Fédération Wallonie Bruxelles (Ares) – avec des financements pour la coopération universitaire du gouvernement fédéral belge. Il s’est déroulé entre 2018 et 2023, trois doctorats sont encore en cours poursuivis avec des fonds Ares et ULB ou ULiège. Deux PFS de l’Ares avaient été financés entre 2015 et 2020 pour la formation doctorale à l’Isau et l’INBTP. Ces projets ont permis de financer cinq doctorats d’architectes congolais aujourd’hui achevés. D’autres architectes congolais ayant participé aux formations doctorales ont poursuivi leurs thèses sur fonds propres et avec les financements de l’ULB notamment. Six de ces docteurs enseignent à l’Isau, à l’UK, à l’université de Lubumbashi. Les collaborations avaient été entamées par la Société des architectes du Congo vers 2010, qui a financé des formations continuées en RDC en invitant des architectes et enseignants chercheurs de l’ULB et de l’ULiège.

71 Trésor Lumfuankenda Bungiena et Mylène Koko Zola, université Kongo.

72 Les docteurs en architecture congolais mènent des carrières partagées entre l’Europe et l’Afrique. Les centres européens sont demandeurs de leur présence et au-delà de leurs apports et de leurs compétences incontestées, de leur présence pour légitimer de nouveaux débats moins déséquilibrés entre Belges et Congolais.

73 L’historien congolais I. Ndaywel è Nziem a donné la leçon d’histoire du Congo à l’ULB en mai 2025 (chaire internationale ULB). Il a encore soulevé la problématique des sources. Création en 2024 ULB UCLouvain ULiège du groupe de contact FNRS « Archives, Architecture, Afrique », labellisé par la chaire Unesco « Les archives au service des nations et des sociétés africaines », qui rassemble ces collègues de l’Unilu, UK, Isau etc. Invitations de stagiaires et professeurs congolais avec les financements Erasmus + international.

74 Co-organisation Donatien Dibwe dia Mwembu, Victor Brunfaut, Trésor Lumfuankenda, Maguy Watunia et Guillaume Nkongolo, d’une semaine d’étude de la Bibliothèque de V. Y. Mudimbe, ULB-UNILU, janvier 2025 (financement Erasmus + mobilité internationale) + séminaire retour de méthodologie de recherche Bach 3 ULB.

75 Diverses rencontres en témoignent tels le colloque et la publication de Pauline Lefebvre, Julie Neuwels, Jean-Philippe Possoz (éds.), Penser-Faire. Thinking-Making. Quand des architectes se mêlent de construction. Il a permis la rencontre d’enseignants aux pédagogies plus expérimentales - Rural Studio par exemple - et dont on voit la filiation théorique dans les auteurs convoqués : Jérémy Till, Tim Ingold…

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Hôtel destiné à la ville de Matadi réalisé par les Forges d’Aiseau, monté et exposé à Aiseau
Légende L’image montre un hôtel conçu par la société des Forges d’Aiseau vers 1891 pour être érigé à Matadi, dans l’État indépendant du Congo. Il est présenté entièrement monté à Aiseau, en Belgique, tel qu’il devait l’être ensuite à Matadi (à l’exception éventuelle de certains ajustements des pilotis pour s’adapter au terrain). L’édifice est ici visité par des curieux européens, intéressés par l’État indépendant du Congo et par les exportations européennes.
Crédits CC BY 4.0 KIK-IRPA, Brussels (Belgium), cliché M187557.
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17074/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 604k
Titre Figure 2. Extrait des Villages gabonais : aspects démographiques, économiques, sociologiques, projets de modernisation
Légende La carte montre les mouvements des groupements, « les gens », ce qui dénote une attention précise aux contextes humains des lieux qu’il observe.
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17074/img-2.png
Fichier image/png, 832k
Titre Figure 3. Plan perspectif accompagnant la coupe dans la vallée présentant la végétation typique et les occupations caractéristiques
Crédits Source : Tyrwhitt 1949. Source : Isuru, Bruxelles. (en anglais Tyrwhitt utilise regional occupations.)
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17074/img-3.png
Fichier image/png, 321k
Titre Figure 4. La coupe dans la vallée schématisée dans le manifeste de Doorn
Légende Le manifeste débute par cette phrase, « il est inutile de considérer la maison sinon comme une partie d’une communauté en raison de l’interaction de celles-ci sur les autres(sic). » Il s’agit surtout de remplacer l’approche fonctionnaliste (habiter, travailler, se récréer et circuler) par une approche basée sur les interrelations humaines.
Crédits Source : www.team10.org
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17074/img-4.png
Fichier image/png, 489k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Judith le Maire et Dalia Perziani, « La Situation (coloniale) : apprendre la complexité. Détours disciplinaires et géographiques pour une pédagogie située en RDC »Les Cahiers de la recherche architecturale urbaine et paysagère [En ligne], 23 | 2025, mis en ligne le 15 juin 2025, consulté le 14 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/craup/17074 ; DOI : https://doi.org/10.4000/144tu

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Auteurs

Judith le Maire

Judith le Maire est diplômée de l’Institut supérieur d’architecture La Cambre (Bruxelles, Belgique) en 1995. Elle obtient son doctorat en 2009 à l’université Paris I-Sorbonne, intitulé « Grammaire de la participation. Théories et pratiques architecturales et urbaines. 1904-1968 ». Elle enseigne à la faculté d’architecture La Cambre-Horta de l’Université libre de Bruxelles la méthodologie de la recherche et dispense le cours de théorie de l’architecture avec I. Strauven. Avec des doctorants et docteurs du Bénin et en République démocratique du Congo notamment, elle interroge les méthodes de recherches en architecture dans une visée de décentrement : « Fondement épistémologique de la recherche en situation – données, concepts, référentiels et historiographie ».
judith.le.maire@ulb.be

Dalia Perziani

Dalia Perziani est docteure en art de bâtir et urbanisme (ULB, 2024), responsable des collections au musée de la Fonderie et collaboratrice scientifique à la faculté d’architecture La Cambre-Horta (ULB). Ses recherches portent sur les relations entre anciens pays colonisateurs et anciens pays colonisés, à travers les prismes de l’histoire de l’art, de la construction et de l’architecture. Sa thèse accorde une attention particulière aux constructions métalliques, étudiées dans la perspective des études postcoloniales et du concept de l’invention de l’Afrique dans l’ex-Congo belge. à paraître : J. le Maire, D. Perziani, J.-F. Demonceau, Y. Robert, Matériaux, architectures, infrastructures et fabrique du territoire au Kongo-Central en République démocratique du Congo, Bruxelles, Éditions de l’Université.
dalia.perziani@ulb.be

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