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Fonder un idéal de l’habitat japonais moderne sur le pavillon de thé : Katsuya Yasuoka face à l’occidentalisation du logement à l’ère Taishō (1912‑1926)

Article
Shaping an Ideal of Modern Japanese Dwelling on the Tea House: Katsuya Yasuoka and the westernization of housing in the Taishō era (1912-1926)
Thomas Swierzinski

Résumés

À partir de la fin des années 1890, les réflexions sur un modèle d’habitation moderne adapté au Japon se développent parallèlement à la recherche d’un nouvel idéal de vie domestique. Ces débats contribuent à la diffusion du logement occidental dans l’archipel. Ce processus atteint son apogée à l’ère Taishō (1912-1926), au moment où l'habitat devient une préoccupation majeure en architecture en raison du besoin croissant de logements et de l'évolution des modes de vie. C’est dans ce contexte qu’apparaît la notion d’habitation idéale, portée dans un premier temps par les architectes pour promouvoir la modernisation de l’habitation japonaise face à l’adoption du modèle occidental. Un architecte en particulier, Katsuya Yasuoka (1877-1942), s’empare de cette notion et y associe une réflexion originale sur le pavillon de thé. Ce dernier est érigé comme un espace nécessaire et son architecture est intégrée à celle du logement. S’il n’est pas le seul à s’intéresser au pavillon de thé à cette époque, il se distingue par la publication d’ouvrages dédiés sur le sujet, dans lesquels il l’érige comme le modèle du goût japonais prémoderne, celui-là même qu’il recherche dans ces habitations modernes, fondant ainsi un idéal de l’habitat japonais moderne.
Cette étude analyse les débats sur l’habitation idéale à l’ère Taishō ainsi que la pensée de Yasuoka sur le logement et le pavillon de thé. Elle met en lumière la manière dont l’architecture du thé fonde un idéal de l’habitat dans la pensée de l’architecte et la manière dont sa réflexion s’inscrit dans les débats de son temps. S’il est aujourd’hui considéré comme le premier théoricien du logement au Japon, sa théorie sur le pavillon de thé est restée ignorée par la recherche. Or, cette dernière fait partie intégrante de sa réflexion sur l’habitation et offre un éclairage nouveau sur la définition d’un idéal de l’habitat japonais moderne. Cet article clarifie le rôle de Yasuoka en recontextualisant sa réflexion sur le pavillon de thé dans les débats architecturaux de son époque.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 Risō no jūtaku 理想の住宅.
  • 2 Dans le corps du texte, les noms japonais suivent l’ordre d’usage français, avec le prénom précédan (...)
  • 3 Yasuoka Katsuya 保岡勝也, Risō no jūtaku 理想の住宅 (Habitation idéale), Tokyo, Nanbokusha, 1915.
  • 4 Alain-Marc Rieu, « Le Japon et la question de la modernité. Avant-propos au Dépassement de la moder (...)
  • 5 Yasuoka Katsuya 保岡勝也, Chashitsu to chaniwa 茶室と茶庭 (Pavillon de thé et jardin de thé), Tokyo, Suzuki (...)

1La question d’une « habitation idéale1 » émerge au Japon durant l’ère Taishō (1912-1926). À cette époque, les intellectuels s’affrontent pour en définir la forme et les fondements. Parmi eux, l’architecte Katsuya Yasuoka 保岡勝也2 (1877-1942) est l’un des premiers à s’emparer de cette notion dans son ouvrage Risō no jūtaku (Habitation idéale) paru en 19153. Il y promeut une résidence japonaise améliorée et adaptée à la société moderne. Le terme « moderne » est ici compris selon la double acception que formule le philosophe Alain-Marc Rieux : un mode de développement dont l’Occident est le modèle accompagné d’une technicisation du monde et des modes de vie4. Pourtant, par sa volonté d’améliorer l’habitation japonaise, Yasuoka s’écarte de l’idéologie dominante favorisant la promotion du logement occidental. Il intègre à sa réflexion le pavillon de thé, un espace spécifiquement japonais conçu pour la voie du thé – pratique née à l’époque médiévale consistant à préparer le thé de façon ritualisée devant des invités. De manière originale, Yasuoka le présente comme un espace nécessaire au logement. Au fil de ses écrits, il développe sa réflexion sur le pavillon de thé puis lui dédie trois livres entre 1927 et 1930, concluant sa pensée sur le sujet5.

  • 6 « Wagakuni saisho no jūtaku sakka » わが国最初の住宅作家. Uchida Seizō 内田青蔵, Nihon no kindai jūtaku 日本の近代住宅 ( (...)
  • 7 Jordan Sand, House and Home in Modern Japan. Architecture, Domestic Space and Bourgeois Culture, 18 (...)
  • 8 Par exemple, Yasuoka n’est pas mentionné dans les principales études sur le discours de l’ère moder (...)
  • 9 Cet article s’inscrit dans une thèse de doctorat portant sur le rôle du pavillon de thé comme fonde (...)

2L’œuvre de Yasuoka a été peu abordée par la recherche, à l’exception de l’historien de l’architecture Seizō Uchida. Ce dernier souligne l’importance de l’architecte et le présente comme le « premier théoricien de l’habitation du Japon6 ». Yasuoka apparaît également dans les travaux de l’historien Jordan Sand afin d’illustrer la manière dont les architectes se sont approprié la conception du logement7. Cependant, ces études n’abordent pas sa réflexion sur le pavillon du thé. Cette dernière demeure également ignorée par les recherches sur l’architecture de la voie du thé, probablement en raison de la perception de Yasuoka comme une figure isolée de ses contemporains8. Pourtant, l’étude de sa réflexion sur le pavillon de thé apporte un éclairage nouveau sur la définition d’un idéal de l’habitat japonais moderne9.

  • 10 Augustin Berque, Histoire de l’habitat idéal, Paris, Félin, 2010. Augustin Berque (trad. Toriumi Mo (...)
  • 11 Matsukuma Akira 松隈章 (dir.), Chōchikukyo : Nihonjin no risō no sumai 聴竹居:日本人の理想の住まい (Chōchikukyo : l (...)
  • 12 Baba Eichi 馬場栄一 (éd.), Akogare no sumai to katachi あこがれの住まいとカタチ (Habitats et formes fantasmés), Tok (...)
  • 13 Fujii Kōji 藤井厚二, Nihon no jūtaku 日本の住宅 (L’Habitation japonaise), Tokyo, Iwanami shōten, 1928.
  • 14 Thomas Swierzinski, « Climate and Environment in the Development of Modern Japanese Housing. From A (...)

3Les recherches sur la théorie d’un idéal de l’habitat se sont développées au Japon depuis 2017, notamment à la suite de la traduction d’Histoire de l’habitat idéal du géographe Augustin Berque10. Depuis, des ouvrages ont été publiés sur le sujet comme Chōchikukyo : l’habitat idéal des Japonais11 ou Habitats et formes fantasmés12. Dans ces réflexions, le pavillon de thé est présenté soit comme l’aboutissement architectural d’un idéal de l’habitat japonais, soit comme modèle symbolique de celui-ci. Il sert alors principalement de modèle dans l’architecture prémoderne, à l’exception de Chōchikukyo, la résidence personnelle de l’architecte Kōji Fujii 藤井厚二 (1888-1938) construite en 192813. Or, ce dernier s’inscrit dans une démarche similaire à celle de Yasuoka, élaborée antérieurement et diffusée à partir de 191514. Dès lors, examinons en quoi Yasuoka fonde un idéal de l’habitat japonais moderne sur le pavillon de thé.

4La présente étude s’appuie sur l’analyse de deux corpus distincts : les publications sur l’habitation idéale et les écrits de Yasuoka sur le logement et le pavillon de thé. Les premières sont caractéristiques des années 1913 à 1922. Leur étude permet de définir l’idéal de l’époque, ses fondements et ses formes, et d’observer l’évolution des réflexions à ce sujet. L’étude de la pensée de Yasuoka clarifie, d’une part, l’évolution de ses réflexions en réponse aux changements de son temps, et d’autre part, le rôle du pavillon de thé comme modèle pour la conception des habitations. Ainsi, cet article retrace la généalogie des réflexions sur une habitation idéale au Japon, met en lumière la place de Yasuoka dans ces débats, puis se concentre sur le rôle de l’architecture du thé dans la pensée de cet architecte.

L’émergence d’un idéal de l’habitat japonais moderne

L’origine des réflexions sur un idéal dans le domaine du logement

  • 15 Pierre-François Souyri, Nouvelle Histoire du Japon, Paris, Perrin, 2023 [2010], p. 453.
  • 16 Yann Nussaume, Une anthologie critique de la théorie architecturale japonaise, Paris, Ousia (Art(s) (...)

5Au Japon, comme le souligne l’historien Pierre François Souyri, « la fièvre d’occidentalisation aboutit parfois au rejet de l’ancienne civilisation. Ainsi, dans les années 1860-1885, la culture japonaise – que l’on commence à qualifier de “traditionnelle” […] – est parfois abandonnée15 ». Or, après ces deux décennies de modernisation de la société sur le modèle occidental, un nouvel intérêt pour la culture japonaise prémoderne apparaît. En parallèle, les techniques modernes sont progressivement « utilisées, puis maîtrisées et finalement retranscrites16 », selon les mots de Yann Nussaume. Cela se manifeste en architecture par l’intégration de formes héritées du passé dans la conception de nouveaux édifices et par l’émergence de recherches sur les constructions prémodernes.

  • 17 Takeda, Goichi 武田五一, « Chashitsu kenchiku ni tsuite » 茶室建築に就て (À propos de l'architecture du pavill (...)
  • 18 Wayō secchū jūtaku 和洋折衷住宅 ou Wayō secchū jūka 和洋折衷住家.
  • 19 Okamoto Sōtarō 岡本銺太郎, « Wayō secchū jūka no chiezu nit suite » 和洋折衷住家の地繪図に就て (À propos de la dispos (...)

6Ainsi, en 1898, l’architecte Goichi Takeda 武田五一 (1872-1938) entame la publication d’une série d’articles sur le pavillon de thé dans Kenchiku zasshi (Revue d’architecture)17. Il est le premier architecte à étudier le sujet. Ses écrits amorcent la lente reconnaissance de cet espace comme objet architectural à part entière. En parallèle, deux autres architectes, Sōtarō Okamoto 岡本銺太郎 (1867-1918) et Kyūichi Kitada 北田九一 (?-?), introduisent dans la même revue, une nouvelle forme d’habitation qu’ils nomment « maison éclectique occidentalo-japonaise18 ». Dans ce style de maison, une partie du logement est construite à la japonaise avec des tatamis, et une partie à l’occidentale avec un plancher, des tables et des chaises (fig 1). Si Okamoto entend développer un habitat moderne adapté au climat et au milieu de l’archipel, Kitada souhaite répondre aux aspirations de la classe moyenne19. Ces publications ouvrent les débats sur le logement chez les architectes. Par ailleurs, l’année 1898 marque le début de la critique des résidences prémodernes par les intellectuels, sur la base de nouveaux critères importés de l’Occident, notamment en matière de distribution et d’usage. C’est à ce moment que se développe dans ces milieux l’idée d’un idéal de vie de l’individu et de son foyer.

Figure 1. L’habitation éclectique occidentalo-japonaise

Figure 1. L’habitation éclectique occidentalo-japonaise

Ce plan est présenté par Kyūichi Kitada dans son article de 1898. La partie à gauche est construite à l’occidentale. Elle comprend l’entrée, la salle de réception et la salle pour l’étude.

Source : Kitada Kyūichi 北田久一, « Wayō secchū jūka » 和洋折衷住家
Maison éclectique occidentalo-japonaise), Kenchiku Zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), vol. 144, Tokyo, Institut d’architecture du Japon, 1898, p. 376-379.

  • 20 理想.
  • 21 Paru en 1861 dans la revue Fraser’s Magazine sous la forme d’une série de trois articles, cet essai (...)
  • 22 « Kindai Nihon no risō shakai » 近代日本の理想社会. Nōtomi Noburu 納富信留, « “Risō” to wa nani ka. Puraton to k (...)
  • 23 Risō no katei 理想の家庭.
  • 24 Les ouvrages de Ligneul sont publiés directement en japonais. François-Alfred-Désiré Ligneul (trad. (...)

7Le terme risō20 est forgé en 1877 par le philosophe Amane Nishi西周 (1829-1897) pour traduire la notion occidentale d’« idéal » qu’utilise John Stuart Mill (1806-1873) dans son ouvrage Utilitarianism21. Il prend alors la signification d’un état parfait qui n’existe que dans l’imaginaire, puis celle de la forme désirée d’une chose inachevée. À partir des années 1890, ces réflexions s’étendent à tous les domaines pour développer une « société idéale pour le Japon moderne22 », selon les termes du philosophe Noburu Nōtomi. C’est au sujet de la vie de l’individu et de ses modes d’habiter que la pensée d’un « idéal » est la plus féconde. Celle-ci est portée dans un premier temps par le prêtre catholique, François-Alfred-Désiré Ligneul (1847-1922), missionnaire français au Japon de 1880 à 1912. Il publie plusieurs ouvrages sur un mode de vie empreint de valeurs chrétiennes et introduit au Japon en 1900 le concept de « foyer idéal23 » pour promouvoir le modèle occidental de vie familiale24.

  • 25 Yūasa Masaaki 湯浅観明, Risō no katei 理想の家庭 (Le Foyer idéal), Tokyo, Tomita bunyōdō, 1905.

8Cette expression est reprise dès l’année suivante par des auteurs japonais. Parmi eux, le journaliste Masaaki Yūasa 湯浅観明 (1875-1944) intègre la question de l’architecture de la maison dans son livre Risō no katei (Le Foyer idéal)25. Il s’inscrit dans la continuité des critiques sur l’habitation japonaise. Ainsi, il la présente comme insalubre, dispendieuse en ressources et sujette aux incendies. Il propose comme solution l’adoption de la maison éclectique occidentalo-japonaise développée par les architectes. Sa réflexion participe à la promotion de l’habitation occidentale, comme l’ensemble des publications sur le foyer idéal à la fin de l’ère Meiji (1868-1912).

L’essor de l’habitation occidentale

9Les débats sur le logement reposent au début du xxe siècle sur une opposition entre l’habitation japonaise et l’habitation occidentale. En se basant sur la définition de Fujii formulée en 1928, Uchida définit ces termes de la façon suivante :

  • 26 « “Wakan” = “shinkabe-dzukuri”, “seiyōkan” = “ōkabe dzukuri” no kenchiku to iu to ga dekiru. […] So (...)

« Habitation japonaise » = construction shinkabe (le « mur véritable » où la structure bois est apparente) ; « habitation occidentale » = construction ōkabe (le « grand mur » où la structure est dissimulée derrière la paroi). […] Cette classification, basée sur le « mur », n’est pas seulement un problème de structure, mais est étroitement liée à la question du design et des styles de vie. […] Il est ainsi possible de souligner la correspondance suivante : shinkabe = pièce où l’on s’assoit au sol sur des tatamis ; ōkabe = pièce où l’on s’assoit sur des chaises26.

  • 27 Tanabe Junkichi 田邊淳吉, « Seigōshū no jūka » 西濠州の住家 (Maisons d’Australie Occidentale), Kenchiku Zassh (...)
  • 28 « The importation of bungalows, for example, neither served a single ideology nor dictated a partic (...)

10Ainsi, face à la critique de l’habitation japonaise et au développement de nouveaux idéaux, des architectes introduisent des styles importés de l’Occident. Par exemple, Takeda construit plusieurs résidences Art nouveau après son retour d’Europe en 1903. Parmi ces formes importées, le type bungalow connaît un vif succès. Ce terme désigne une maison de plain-pied, construite en bois, sur le modèle de celles des États-Unis et des colonies de l’Empire britannique. Elle est introduite en 1908 par l’architecte Junkichi Tanabe 田邊淳吉 (1879-1926) dans son article « Seigōshū no jūka » (« Maisons d’Australie occidentale ») (fig. 2)27. Il la présente comme étant adaptée au climat, au milieu, aux goûts et aux modes de vie du Japon. Selon Sand : « l’importation du bungalow n’a, par exemple, pas servi une idéologie unique ni dicté un style de vie particulier, elle a fourni un support pour l'élaboration d'un discours sur la maison et pour l'expérimentation de nouveaux modes de pratiques domestiques28 ». Le bungalow est particulièrement plébiscité au cours de l’ère Taishō, période durant laquelle se développent des considérations économiques, pratiques et hygiéniques, valeurs alors associées à une vie moderne. Ce développement est soutenu par une approche consumériste du logement et par l’importation de nouvelles doctrines comme le Taylorisme. S’inscrivant dans cette pensée, l’homme d’affaires Shinsuke Hashiguchi 橋口信助 (1870-1928) est l’une des figures centrales de cette époque.

Figure nº2. Habitation australienne de type bungalow

Figure nº2. Habitation australienne de type bungalow

Cette perspective a été présentée par Junkichi Tanabe en 1908 dans son article « Résidences d’Australie-Occidentale » (1908) afin d’illustrer le type bungalow.

Source : Tanabe Junkichi 田邊淳吉, « Seigōshū no jūka » 西濠州の住家 (Maisons d’Australie occidentale), Kenchiku Zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), no 253, Tokyo, Institut d’architecture du Japon, 1908, p. 24.

  • 29 Jūtaku kairyōkai 住宅改良会.
  • 30 住宅.

11Après son retour des États-Unis en 1909, Hashiguchi crée l’entreprise Amerika-ya, spécialisée dans la construction de maisons occidentales. Elle connaît un grand succès dû à l’engouement pour le type bungalow et la demande croissante de logements liée au développement de la banlieue. Hashiguchi participe également à la création de l’Association pour l’amélioration de l’habitation29. Fondée en 1915, cette institution gouvernementale a pour objectifs la diffusion de connaissances par l’enseignement, l’organisation d’expositions et la publication d’un mensuel. Cette revue, intitulée Jūtaku (Habitation)30, est éditée à partir de 1916 sous la direction d’Hashiguchi lui-même.

  • 31 Heiwa kinen Tōkyō hakurankai 平和記念東京博覧会.
  • 32 Bunka jūtaku 文化住宅.
  • 33 Bunka mura 文化村.
  • 34 Certaines des habitations occidentales qui composent le village culturel intègrent une pièce japona (...)

12Les années suivantes voient fleurir de nombreuses initiatives ayant pour but l’amélioration du logement et des modes de vie. En particulier, l’Exposition commémorative de la paix de Tokyo31 de 1922 participe à l’introduction d’un nouveau concept : l’« habitation culturelle32 ». Un « village culturel33 » y est construit dans le but de retranscrire l’ensemble des dernières avancées en matière de logement dans des maisons économiques accessibles. Il est composé de 14 maisons – 1 de style japonais et 13 de style occidental, dont 9 bungalows34. C’est sur leur modèle qu’est développé le concept d’habitation culturelle au cours des années suivantes, comme le souligne Sand :

  • 35 « A house became a culture house less because it had particular physical characteristics or was ide (...)

Une maison devenait une habitation culturelle moins parce qu'elle présentait des caractéristiques physiques particulières ou qu'elle était associée à une classe de consommateurs, que parce qu'elle était conçue selon les principes de l'idéologie domestique, de l’organisation scientifique et de l'hygiène, ou selon un certain style architectural35.

  • 36 Par exemple : Nose Kyūichirō能瀬久一郎, Bunka jūtaku zuan momogusa 文化住宅図案百種 (Cent plans d’habitation cul (...)
  • 37 « Bunka jūtaku wa, masashiku jūtaku no kindaika no ugoki kasoku saseru yakuwari wo jūbun ninatta no (...)
  • 38 « Jūtaku no jidai » 住宅の時代, Uchida Seizō, Nihon no kindai jūtaku, op. cit., p. 80.
  • 39 Après cette date, les réflexions se concentrent sur l’architecture parasismique, ignifuge et sur la (...)

13Ainsi, l’habitation culturelle n’est pas définie par une construction particulière. Si elle peut être de style japonais comme l’illustrent les collections de plans publiées à cette époque36, le style occidental reste privilégié. Selon Uchida, « l’habitation culturelle a véritablement joué un rôle dans l’accélération du mouvement de modernisation du logement37 ». Elle marque l’aboutissement de ce qu’il nomme « l’ère de l’habitation38 », décennie durant laquelle ce thème domine les réflexions architecturales. Cette période s’achève en 1923 avec le grand tremblement de terre du Kantō39.

Les réflexions sur l’habitation idéale

  • 40 Mitsuhashi Shirō 三橋四郎, Risō no Kaoku 理想の家屋 (Maison idéale), Tokyo, Ōkura shoten, 1913.
  • 41 Eguchi Momotarō 江口百太郎, « Waga risō no jūtaku kenchiku (ue) » 予が理想の住宅建築 (L’Architecture de mon habit (...)

14La notion d’« habitation idéale » apparaît en 1913 en réaction à la forte influence du style occidental dans le logement. Ce concept est alors associé à une architecture japonaise modernisée. Il est introduit par l’architecte Shirō Mitsuhashi 三橋四郎 (1867-1915) dans Risō no kaoku (Maison idéale), un ouvrage en deux volumes40. Dans le premier, il retrace l’histoire de l’architecture résidentielle japonaise et identifie les idéaux de chaque époque. Dans le second, il présente les principes d’une habitation idéale moderne. Il exprime alors sa volonté de développer une maison de style japonais construite en béton afin de pallier ses défauts comme sa faible résistance aux incendies. Son objectif est de revenir aux formes de l’architecture japonaise et de les moderniser. Cette même année, Momotarō Eguchi 江口百太郎 (?-?), publie dans la Kenchiku kōgei sōshi (Revue d’architecture et d’artisanat) une série de quatre articles intitulée « L’architecture de mon habitation idéale41 ». Il y présente une vision personnelle. Son idéal prend la forme d’une maison japonaise dont il améliore certains points comme la ventilation. Il refuse toute compromission avec l’architecture occidentale dont il critique le coût élevé et les lacunes en matière d’hygiène, retournant contre elle les thématiques qui ont fait son succès. Aux cours des années suivantes, deux architectes s’emparent du sujet dans une approche similaire à celle de Mitsuhashi. Il s’agit de Katsuya Yasuoka en 1915 et Kenzō Kamata 鎌田賢三 (?-?) en 1918.

Figure nº3. L’habitation idéale de Katsuya Yasuoka

Figure nº3. L’habitation idéale de Katsuya Yasuoka

Cette habitation conçue par Yasuoka correspond à l’exemple type présenté dans son ouvrage Risō no jūtaku (Habitation idéale) en 1915. Datant de 1917, elle comprend une pièce occidentale pour la réception et l’étude et un pavillon de thé.

Source : Yasuoka Katsuya, Ōbeikashitaru nihon ko jūtaku 欧米化したる日本 小住宅 (Petites habitations japonaises occidentalisées), Tokyo, Suzuki shōten, 1925, figure 10.

  • 42 Yasuoka emploie ici le terme Wagakuni bunka no takashio ni tasshi 我国は文化の高潮に達し, littéralement « notr (...)
  • 43 Ibidem, p. 18.
  • 44 Kamata Kenzō 鎌田賢三, Sen en ika de dekiru risō no jūtaku 千圓以下で出來る理想の住宅 (Habitation idéale à moins de (...)

15Le logement type présenté par Yasuoka dans son livre Risō no jūtaku (Habitation idéale) prend la forme d’une maison éclectique occidentalo-japonaise conçue sur la base d’une résidence japonaise dans laquelle il intègre une à plusieurs pièces occidentales et des équipements modernes comme un système de chauffage ou d’évacuation des eaux usées (fig. 3). Selon lui, ce modèle est parfaitement adapté aux exigences et aux modes de vie dans un Japon au sommet de la modernité42. L’enjeu de son temps est alors d’harmoniser l’architecture occidentale avec celle de l’archipel, cette dernière étant prédominante43. Au contraire, pour Kamata, il est impossible de les harmoniser. Dans son ouvrage Sen en ika de dekiru risō no jūtaku (Habitation idéale à moins de 1000 yens), il prône une maison japonaise compacte, centrée autour d’une pièce de vie et d’une pièce de réception, dans le but de rendre accessible la vie en banlieue promue par l’idéologie dominante44. Afin de l’adapter à la vie moderne, il l’améliore par une réflexion sur l’usage et la praticité, voire par l’intégration d’équipements occidentaux.

  • 45 Tokonoma 床の間.
  • 46 Shiga Shigenori 滋賀重列, « Jidai shichō to risōteki jūtaku » 時代思潮と理想的住宅 (L’Orientation idéologique de (...)

16Après ces premières réflexions où l’habitation idéale est décrite comme une maison japonaise améliorée, elle est associée à l’architecture occidentale. Ainsi, en janvier 1919, un numéro thématique est publié sur le sujet par la revue Jūtaku. Ce numéro comprend 20 billets et 4 articles. Leurs auteurs, parmi lesquels se trouve un seul architecte : Shigenori Shiga 滋賀重列 (1866-1936), promeuvent l’architecture occidentale. Certains d’entre eux critiquent l’habitation japonaise et ses dispositifs comme l’alcôve d’ornement45. Shiga soutient le type bungalow tout en rappelant l’importance de le japoniser et d’y intégrer des tatamis46. Il définit la notion d’idéal à partir de valeurs universelles comme le confort ou la praticité, bien qu’il en rappelle la dimension personnelle du point de vue du style. Il est le seul architecte identifié qui publie sur ce sujet dans une revue spécialisée. En effet, le débat est investi par des penseurs tels que des médecins, des enseignants, des journalistes ou des romanciers.

  • 47 Résultat d’une lecture exhaustive des revues d'architecture de la fin de la période Meiji à la fin (...)

17Si Jūtaku est le principal mensuel à aborder ce sujet, des articles sont également diffusés par d’autres revues d’architecture comme Kenchiku to shakai (Architecture et société) ou Kenchiku sekai (Le Monde de l’architecture)47. Dans ces revues, les auteurs s’interrogent soit sur les principes qui fondent une habitation idéale mais sans aborder la question du style, soit dans le cadre de réflexions personnelles. Ils préfèrent systématiquement l’architecture occidentale sans pour autant vouloir l’imposer comme c’est le cas des auteurs ayant publié dans Jūtaku. Les architectes se distinguent alors par la volonté de concilier l’architecture japonaise avec celle importée de l’Occident.

  • 48 Thomas Swierzinski, « The Foundations of an Ideal Dwelling in Japan in the Taishō Era. Between the (...)

18Malgré cette variété d’approches, l’habitation idéale est définie d’une même façon, qu’elle soit associée à l’architecture japonaise ou à l’architecture occidentale48. Elle prend la forme d’une maison individuelle fondée sur des valeurs modernes perçues comme universelles, tels que le confort, la praticité ou l’hygiène. Deux autres éléments s’avèrent toutefois primordiaux : la question du lien avec la nature – comprenant dans certains cas une réflexion sur le climat et l’environnement – et celle du goût. Cette définition élargie rejoint celle que formule l’architecte Kōji Fujii plusieurs années après la fin de ces débats.

  • 49 Thomas Swierzinski, « Fujii Kōji no “risōtekina jūtaku” no teigi ni okeru chashitsu no ichi ni tsui (...)
  • 50 Jūtaku ni yōsuru shitsu 住宅に要する室. Yasuoka, Risō no jūtaku, op. cit., p. 153.
  • 51 Kenzō Kamata retranscrit dans son livre l’intégralité du chapitre présentant les pièces nécessaires (...)

19C’est en 1928 que Fujii développe ces idées dans son livre Nihon no jūtaku (L’Habitation japonaise). Pour être idéale, l’habitation doit répondre aux exigences du goût, en plus d’assurer la survie et le confort de l’individu à partir d’une approche scientifique fondée sur l’étude du climat et du milieu. Fujii définit ce goût en se référant au pavillon de thé qui devient ainsi le modèle esthétique d’une habitation idéale 49. Avant lui, dans le deuxième volume de son ouvrage, Mitsuhashi avait dédié un chapitre au pavillon de thé en tant que pièce caractéristique des résidences des élites. Yasuoka, lui, avait présenté le pavillon de thé comme une « pièce nécessaire aux habitations50 », le faisant évoluer d’un espace distinct de ceux du quotidien à l’un des espaces les plus importants du logement. Kamata, héritier de la pensée de Yasuoka51, l’avait présenté comme un espace parfaitement conçu pour répondre à sa fonction et avait souhaité s’inspirer de l’esprit des anciens maîtres de thé pour améliorer la praticité du logement. Ainsi, la volonté de Fujii de créer une résidence japonaise moderne en se référant au pavillon de thé s’inscrit dans la continuité des réflexions de ses prédécesseurs. Parmi ces derniers, Yasuoka est le premier à intégrer l’architecture du thé dans le concept d’habitation idéale adaptée à la vie moderne.

La théorie de l’habitation de Katsuya Yasuoka

  • 52 Yasuoka Katsuya 保岡勝也, Saishin jūtaku kenchiku 最新住宅建築 (Architecture des habitations les plus récente (...)
  • 53 Thomas Swierzinski, « Yasuoka Katsuya no kenchiku shisō ni okeru chashitsu to sukiya no ichi ni tsu (...)
  • 54 Yasuoka Katsuya, Saishin jūtaku kenchiku, op. cit., p. 218.

20Après la publication de Risō no jūtaku, la pratique architecturale de Yasuoka se diversifie pour répondre à l’évolution des modes de vie et des réflexions sur le logement. Ce changement apparaît dans son ouvrage Saishin jūtaku kenchiku (Architecture des habitations les plus récentes) publié en 1923, quelques semaines avant le grand séisme du Kantō 52. Dans ce livre, Yasuoka fait preuve d’une plus grande flexibilité dans la manière de concevoir une résidence53. Cette souplesse concerne avant tout le choix du type de construction. De nombreuses pièces peuvent ainsi être conçues de manière indifférenciée dans un style japonais ou dans un style occidental. Il mentionne également la possibilité de conjuguer plusieurs fonctions dans un même espace par souci de compacité et d’économie. Une salle à manger peut ainsi servir d’espace de réception aussi bien que de pièce familiale, des fonctions jusque-là séparées. L’architecte aborde également la question de l’habitation culturelle. Cette dernière est présentée comme une solution au besoin d’amélioration du logement. Cependant, il critique la copie en l’état du modèle occidental et souhaite en renforcer les caractéristiques japonaises54.

  • 55 Yasuoka Katsuya 保岡勝也, Nihonkashitaru yōfū ko jūtaku 日本化したる洋風小住宅 (Petites habitations à l’occidental (...)

21Ces réflexions correspondent à l’évolution de sa pratique architecturale. Cette dernière peut être observée dans les quatre collections de plans de maisons publiées entre 1924 et 1927. Deux de ces ouvrages présentent des habitations occidentales japonisées (1924 et 1927), et les deux autres des maisons japonaises occidentalisées (1925 et 1927) 55. Ils incluent un total de 132 maisons – 66 Occidentales et 66 Japonaises – conçues par l’architecte entre 1917 et 1927. L’étude de ces résidences permet d’identifier deux moments clés dans l’évolution de sa pratique, à savoir les années 1919-1920 et les années 1923-1924. Avant ces dates, les maisons présentées correspondent au modèle décrit dans son ouvrage Risō no jūtaku.

  • 56 Tanifuji Fumihiko 谷藤史彦, Fujii Kōji no modan 藤井厚二のモダン (La Modernité de Fujii Kōji), Tokyo, Suiseisha (...)

22Durant les années 1919-1920, Yasuoka commence à concevoir des habitations occidentales. La plupart d’entre elles possèdent des tatamis dans certaines pièces privées comme les chambres à coucher (fig. 4). D’autres, plus rares, ont une construction japonaise à l’arrière pour accueillir les pièces de service. Il commence également à concevoir des maisons japonaises dans un style occidental (fig. 5). Ces changements ont lieu au moment où les associations sur le logement sont à leur apogée et où le Japon est touché par la grippe espagnole. Cet événement accélère la diffusion des habitations occidentales sur fond de considérations hygiénistes56.

Figure nº4. Habitation occidentale japonisée

Figure nº4. Habitation occidentale japonisée

Cette résidence conçue par Yasuoka et achevée en 1924 dispose de tatamis dans deux pièces, une salle de 6 tatamis au rez-de-chaussée, et une chambre à coucher de même dimension à l’étage. Les tatamis sont indiqués sur le plan par la mention roku jō 六帖 (6 tatamis).

Source : Yasuoka Katsuya, Nihonkashitaru yōfū ko jūtaku 日本化したる洋風小住宅 (Petites habitations à l’occidentale japonisées), Tokyo, éd. Suzuki shōten, 1924, figure 10.

Figure nº5. Habitation japonaise de style occidental

Figure nº5. Habitation japonaise de style occidental

Cette résidence japonaise d’apparence occidentale a été conçue par Yasuoka en 1921. Elle ne dispose que d’une seule pièce occidentale, le salon, qui sert également de salle pour l’étude.

Source : Yasuoka Katsuya, Ōbeikashitaru nihon ko jūtaku 欧米化したる日本 小住宅 (Petites Habitations japonaises occidentalisées), Tokyo, éd. Suzuki shōten, 1925, figure 23.

  • 57 Shōji 障子.

23Ensuite, durant les années 1923-1924, Yasuoka commence à renforcer les caractéristiques japonaises de ses résidences occidentales. Il dispose alors des tatamis dans certaines pièces de vie quotidienne et intègre des dispositifs architecturaux japonais, tels que l’alcôve d’ornement ou les parois coulissantes en papier57 (fig. 6). En parallèle, le processus d’occidentalisation des maisons japonaises s’atténue et l’architecte revient au modèle présenté dans Risō no jūtaku.

Figure nº6. Une habitation occidentale de style japonais

Figure nº6. Une habitation occidentale de style japonais

Cette résidence occidentale a été conçue par Yasuoka en 1924 avec une apparence japonaise. Des tatamis sont disposés au rez-de-chaussée dans une partie du séjour et dans toutes les pièces de l’étage. Dans l’une d’elles, l’architecte intègre plusieurs dispositifs japonais tels qu’une alcôve, des étagères et des portes coulissantes.

Source : Yasuoka Katsuya, Nihonkashitaru yōfū ko jūtaku 日本化したる洋風小住宅 (Petites Habitations à l’occidentale japonisées), Tokyo, éd. Suzuki shōten, 1924, figure 30.

  • 58 « Wakan no yōfūka » 和館の洋風化. Uchida Seizō, Nihon no kindai jūtaku, op. cit., p. 230.
  • 59 « Seiyōkan no wafūka » 西洋館の和風化. Ibid.

24Sa production architecturale matérialise le processus à l’œuvre au cours de la première moitié du xxe siècle d’« occidentalisation du style des habitations japonaises58 » et de « japonisation du style des habitations occidentales59 » selon les mots d’Uchida. Néanmoins, l’évolution visible à partir de 1923 souligne la permanence des idéaux de Yasuoka. En effet, les deux collections de plans de 1927 ont été publiées à la fois pour répondre au succès des deux volumes précédents et pour montrer les changements visibles dans l’architecture du logement au cours des quatre années précédentes. S’il est possible d’observer un renforcement des caractéristiques japonaises de l’ensemble des exemples présentés, Yasuoka rappelle l’occidentalisation massive du logement et des modes de vie. Ainsi, il n’est pas anodin que l’architecte présente dans le volume dédié à l’habitation japonaise, des exemples conformes au modèle développé dans Risō no jūtaku. Les propos tenus dans ce dernier ouvrage, réédité en 1926, sont alors toujours d’actualité plus d’une décennie après sa première publication. Cette idée souligne un retour vers des formes japonaises au moment où il s’apprête à publier son étude sur le pavillon de thé.

25Ainsi, la production architecturale de Yasuoka, s’inscrit dans celle de son époque dans la mesure où il la fait évoluer avec les tendances de son temps, intégrant dans ses réflexions de nouvelles formes de logement. Pourtant, sa volonté initiale d’harmoniser l’architecture occidentale avec celle du Japon semble être restée une constante dans laquelle le pavillon de thé a pu jouer un rôle de modèle esthétique et symbolique, ce qu’illustre sa réflexion sur le sujet.

Le pavillon de thé comme modèle dans la pensée de Katsuya Yasuoka

Le pavillon de thé dans la théorie de l’habitation

  • 60 Yasuoka Katsuya, Risō no jūtaku, op. cit., p. 15-16.
  • 61 Ibid., p. 108.
  • 62 « Chūryū no jūtaku de munetsuzuki ni seishiki no chashitsu wo mōkeru koto wa sukoshi muzukashii kot (...)
  • 63 Thomas Swierzinski, op. cit., p. 1204-1205.
  • 64 Hanchashitsu 半茶室.

26Le pavillon de thé apparaît dès l’introduction de Risō no jūtaku. Yasuoka souligne l’omniprésence du processus de modernisation de l’architecture urbaine, y compris celle de l’architecture du thé, jusque-là préservée de ces transformations60. Il intègre également le pavillon de thé dans l’histoire de l’habitation. Il se serait développé sur des fondements esthétiques communs aux résidences à l’époque Muromachi (1336-1573) avant d’en diverger à l’époque Momoyama (1573-1603)61. Yasuoka oppose l’élégance et la sobriété de l’architecture du thé à la majesté et la splendeur des résidences de cette période. Cependant, pour lui, c’est à partir de ce moment que le pavillon de thé devient un espace indispensable au logement. Ainsi, afin de l’intégrer dans une habitation moderne, il précise que « comme il est un peu difficile de créer un pavillon de thé formel dans une habitation pour la classe moyenne, il est assez pratique de le combiner à une pièce pour l’étude ou à un séjour, ce que l’on nomme semi-pavillon de thé62 ». Cette idée se fonde sur une quête d’économie et de compacité et implique le respect des codes esthétiques de la voie du thé. Cependant, l’intégration de ses spécificités architecturales dans l’habitation dépasse la volonté de créer un espace permettant la pratique de la voie du thé. Ainsi, Yasuoka recommande une conception à la manière du pavillon de thé pour les séjours de petites tailles ou pour les pièces de retraite – celle où vivent les personnes âgées. L’étude des plans de ses résidences confirme qu’il concevait des pièces à la manière du pavillon de thé dès cette époque63. Le concept de « semi-pavillon de thé64 » n’apparaît que dans Risō no jūtaku. Dans ses ouvrages ultérieurs, il devient synonyme de pavillon de thé à mesure que sa pensée sur le sujet se précise.

  • 65 Le terme sukiya 数寄屋 désigne depuis l’époque prémoderne un type de pavillon de thé avant d’être défi (...)
  • 66 Ibid., p. 205.

27Dans Saishin jūtaku kenchiku, Yasuoka développe la référence à l’architecture du thé comme modèle pour certaines parties du logement. En effet, il recommande un « style sukiya65 » pour la construction des maisons et des pièces japonaises. Si Yasuoka avait introduit le sukiya comme un type de pavillon de thé dans son ouvrage précédent, il le présente ici comme un style architectural, le seul japonais face aux nombreux Occidentaux présentés, comme les styles Renaissance, Victorien ou Sécessionniste. Pour lui, la construction sukiya convient aux habitations et à la vie familiale en raison de son aspect doux et chaleureux. Dans la dernière partie de l’ouvrage, Yasuoka lui consacre un chapitre spécifique dans lequel il présente les villas impériales détachées de Katsura et de Shugakuin. Construites dans les environs de Kyoto au cours des premières décennies de l’époque d’Edo (1603-1868), ces résidences champêtres représentent à ses yeux les meilleurs exemples de constructions sukiya à la fois du point de vue de l’architecture, mais également dans leurs rapports à l’environnement66. Il liste ensuite plusieurs pavillons de thé en guise de référence. Le pavillon de thé est détaillé dans un chapitre à part, au milieu de ceux consacrés aux pièces du logement ; ce chapitre particulier est présenté comme un résumé simplifié de sa théorie sur le sujet.

Un objet architectural « libre »

  • 67 茶室.
  • 68 茶席.
  • 69 席.
  • 70 « Nan tatami de atte mo chaji wo nasu shitsu » 何疊であっても茶事を為す室. Yasuoka Katsuya, Chashitsu to chaniwa(...)

28Yasuoka désigne le pavillon de thé par les termes : chashitsu67, littéralement la pièce de thé ; chaseki68, littéralement le siège du thé ; et par abréviation : seki69, le siège. Si dans Chashitsu to chaniwa (Pavillon de thé et jardin de thé, 1927), il le définit comme « Une pièce où est pratiqué le thé peu importe le nombre de tatamis70 », dans Chaseki to rōji (La Pièce de thé et son jardin, 1928), il précise :

  • 71 « Genrai no sadō shushi kara ieba, chaseki to wa tencha wo nasu tokoro no muro ni sugi nai node aru (...)

Du point de vue de l’objectif initial de la voie du thé, comme la pièce de thé n’est rien de plus qu’une pièce où est pratiqué le thé, cela ne fait aucune différence d’utiliser un salon ou un séjour ordinaire de six ou huit tatamis. Si la taille du site et l’économie le permettent, ce n’est rien de plus qu’une affaire de goût que de créer une petite pièce pour la voie du thé, détachée dans un coin du jardin, et de concevoir ce dernier dans une saveur différente que celle du jardin principal. Ici, la source de tous les maux apparaît en ce qu’après la période médiévale, les maîtres de thé ont propagé l’erreur qu’on ne pouvait pratiquer le thé sans une pièce particulière conçue en tant que pavillon de thé. Ainsi, [ce dernier] est un objet d’une extrême liberté71.

29Dans ces deux définitions, le pavillon de thé est déterminé par sa fonction, celle d’un espace utilisé pour la voie du thé sans qu’il ne soit nécessairement dédié à cette pratique. Cette idée rejoint le concept de semi-pavillon de thé énoncé en 1915. Dans Chaseki to rōji, Yasuoka ajoute à cette définition la liberté caractéristique de son architecture et « l’erreur » des maîtres de thé de l’époque d’Edo pour qui cet espace devait être une pièce spécifique.

  • 72 « Chashitsu ni ha kesshite kukkyōna kitei ga aru mono de ha nakute ; mushiro sono tsukurikata wa ji (...)
  • 73 躙口.
  • 74 侘.

30Déjà dans Chashitsu to chaniwa, Yasuoka affirme qu’« il n’y a jamais de règle stricte, au contraire, nous pouvons dire que c’est un objet dont la méthode de construction est trop libre72 ». Sa description des éléments caractéristiques de l’architecture du thé permet de préciser cette idée. Pour lui, aucun élément n’est nécessaire, y compris les plus emblématiques, comme le nijiriguchi73, la petite porte qui impose aux invités de s’incliner et de se recroqueviller pour entrer. Certains d’entre eux sont cependant présentés comme importants pour des types spécifiques de voie du thé ou pour créer une atmosphère wabi74, c’est-à-dire dépouillée et naturelle. Cette liberté se manifeste également dans le choix des matériaux et des couleurs, dans le dimensionnement, la forme et le positionnement des différents éléments. Dans ces descriptions, il rappelle à plusieurs reprises l’erreur des maîtres de thé de l’époque d’Edo et les règles strictes qu’ils ont imposées. Il se réfère alors aux maîtres médiévaux et à leur approche libre dans la conception de cet espace. Il mentionne en particulier Sen no Rikyū 千利休 (1522-1591), maître de thé dont l’œuvre est considérée comme la quintessence de la voie du thé et de son architecture. Yasuoka affirme que celle-ci doit rester centrée sur l’enseignement de Rikyū et sur le goût dépouillé et naturel de son œuvre. Ainsi, le pavillon de thé est ici défini par une esthétique spécifique plutôt que par des éléments architecturaux imposés. Yasuoka se positionne alors comme un défenseur de cette ancienne voie du thé qu’il oppose aux développements de l’époque d’Edo.

Pavillon de thé populaire et sukiya aristocratique

  • 75 Ibid., p. 2.
  • 76 寂.
  • 77 Kizokuteki 貴族的, ibid., p. 258.
  • 78 Minshuteki 民衆的 ou Heiminteki 平民的, ibid.

31Dans l’introduction de Chashitsu to chaniwa, Yasuoka expose les raisons de son intérêt pour le pavillon de thé, à savoir : l’influence de son architecture sur celle de l’habitation japonaise prémoderne et son esthétique, vestige d’un ancien goût préservé de toute influence occidentale75. Selon l’architecte, ce goût repose sur un aspect dépouillé et naturel, et sur le sabi76, la patine du temps. Dans la conclusion de l’ouvrage, il définit deux tendances opposées, l’une « aristocratique77 » et l’autre « populaire78 » (fig 7 à 9). Si pour lui, toutes deux existaient déjà à l’époque de Rikyū, il affirme qu’à l’origine le pavillon de thé et son jardin étaient résolument populaires. La tendance aristocratique se serait imposée au cours de l’époque d’Edo à partir d’une mécompréhension du sukiya.

Figure 7 et 8. Le Kasatei et le Shiguretei

Figure 7 et 8. Le Kasatei et le Shiguretei

Le Kasatei et le Shigureitei, situés au sein du Kodai-ji à Kyoto, sont deux pavillons de thé présentés par Yasuoka comme des exemples représentatifs de la tendance populaire.

Source : Yasuoka Katsuya 保岡勝也, Chashitsu to chaniwa 茶室と茶庭 (Pavillon de thé et jardin de thé), Tokyo, Suzuki Shōten, 1927, figures 68 et 69.

Figure nº9. L’Onigawara no seki

Figure nº9. L’Onigawara no seki

L’Onigawara no seki, situé au sein Kodai-ji à Kyoto, est un pavillon de thé présenté par Yasuoka comme exemple de la tendance aristocratique.

Source : Yasuoka Katsuya 保岡勝也, Chashitsu to chaniwa 茶室と茶庭 (Pavillon de thé et jardin de thé), Tokyo, Suzuki Shōten, 1927, figure 74.

  • 79 Koma 小間.
  • 80 Hiroma 広間.
  • 81 Ōhiroma 大広間.
  • 82 囲.
  • 83 中柱.
  • 84 好事, ibid., p. 30.
  • 85 物数寄, ibid. p. 31.

32Yasuoka définit le sukiya comme un type de pavillon de thé. Ce dernier est classifié par l’architecte en fonction de sa taille et de son lien avec un bâtiment. Dans le premier cas, il différencie la petite salle79, d’une surface inférieure à 4,5 tatamis ; la grande salle80, entre 4,5 et 12,5 tatamis ; et la très grande salle81, au-delà de 12,5 tatamis. Dans le second cas, il distingue le kakoi82, un espace clos dans un bâtiment, du sukiya défini comme un pavillon indépendant dans un jardin. Dans ces deux publications, il se concentre sur la petite salle, espace privilégié des maîtres de thé pour son adéquation avec un aspect dépouillé et naturel. Il en présente les différentes typologies en fonction de la position du foyer, de l’alcôve, du nombre de tatamis, et de la présence de certains éléments comme le nakabashira83, le poteau central structurant l’espace de certains pavillons de thé. Yasuoka ne présente le sukiya qu’en lien avec la mécompréhension sur laquelle il repose : elle proviendrait de l’association du terme de suki à ceux de kōzu84, littéralement « la bonne chose », et de monozuki85, littéralement « le goût de la chose", deux synonymes qui qualifient une inclination pour des choses étranges. Pour l’architecte, cette mécompréhension a engendré l’usage de matériaux rares, précieux ou curieux dans la construction des sukiya.

  • 86 Ikina zukuri 意気な造り, Yasuoka Katsuya, Sukiya kenchiku, op. cit., p. 5.
  • 87 Shōshana kōsei 瀟洒な構成, ibid.
  • 88 Sōshoku toshite no chashitsu 装飾としての茶室, ibid., p. 11.

33Ce n’est qu’en 1930, avec la publication de Sukiya kenchiku (Architecture Sukiya), que Yasuoka approfondit sa réflexion sur le sujet. Après un rappel de la mécompréhension sémantique du terme sukiya, il y retrace l’évolution de son sens jusqu’à son usage dans le langage courant pour désigner un style architectural à part entière. Selon l’architecte, ce style s’est détourné de la voie du thé et de son aspect dépouillé et naturel pour qualifier des bâtiments à la « construction raffinée86 » et à la « composition légère87 ». Au cours de l’époque d’Edo, le terme sukiya a alors commencé à désigner deux types d’édifice : les pavillons de plaisance des jardins des seigneurs domaniaux, que Yasuoka qualifie de « pavillons de thé d’ornement88 », et les habitations construites dans ce style. Il considère que cette évolution matérialise le glissement vers une tendance aristocratique.

  • 89 Thomas Swierzinski, op. cit., p. 1201.

34La distinction de ces tendances se retrouve dans les termes liés au champ de l’esthétique et aux valeurs que Yasuoka mobilise lorsqu’il compare des pavillons de thé. L’étude de ces termes permet de préciser ces deux tendances89. La première est centrée sur l’aspect dépouillé et naturel, la seconde sur ce caractère aristocratique. Dans la mesure où la première inclut le sukiya d’origine, c’est-à-dire antérieur à sa mécompréhension, elle ne peut être centrée sur sa dimension populaire. En effet, dans Chaseki to rōji, Yasuoka souligne l’aspect dispendieux de la construction d’un pavillon de thé détaché dans un jardin. Ces tendances s’incarnent dans les figures de Sen no Rikyū et de Enshū Kobori 小堀遠州 (1579-1647), maître de thé et seigneur domanial du début de l’époque d’Edo dont Yasuoka critique les pavillons de thé. Pour Yasuoka, si l’œuvre de Rikyū représente la quintessence du pavillon de thé, celle d’Enshū illustre celle du style sukiya en raison de la Villa impériale de Katsura construite dans le goût de ce dernier. Dans Saishin jūtaku kenchiku, c’est bien le sukiya et non le pavillon de thé qui est présenté comme modèle pour la conception des parties japonaises du logement.

Le sukiya comme modèle pour l’habitation

  • 90 Yasuoka Katsuya, Sukiya kenchiku, op. cit., p. 33-34.

35Dans Sukiya kenchiku, Yasuoka examine différents exemples de la fin de l’époque d’Edo comme le Kobuntei – pavillon construit en 1842 dans le jardin Kairakuen à Mito – afin d’identifier les qualités qui fondent un bon sukiya (fig. 10). Certains de ces exemples ne sont pas sans rappeler le Ryōtei, un pavillon de jardin qu’il a conçu en 1909, bien avant ses réflexions sur l’habitation et le pavillon de thé (fig. 11). Pour l’architecte, un bon sukiya se caractérise par son aspect naturel fondé sur l’usage de matériaux simples et rustiques, comme pour l’architecture du thé dite populaire, et sur la prise en compte de l’environnement90. Il met alors l’accent sur le contraste et l’équilibre de la relation entre le bâtiment et son environnement naturel et sur l’importance d’une construction simple et élégante. Il souligne la nécessité d’anticiper les changements au cours de la journée, des mois et des années, ou en d’autres termes de prendre en compte la lumière, le climat et la végétation. Il critique sur ce point le Shisendō – un ermitage bouddhique construit aux abords de Kyoto au milieu du xviie siècle (fig. 12) – qui ne serait pas en harmonie avec son environnement en toutes circonstances.

Figure nº10. Le Kobuntei

Figure nº10. Le Kobuntei

Le Kobuntei, situé au Kairakuen à Mito, est considéré par Yasuoka comme un bon exemple de sukiya, en raison d’une conception en harmonie avec un « environnement naturel ».

Source : Yasuoka Katsuya, Sukiya kenchiku 數寄屋建築 (Architecture Sukiya), Tokyo, Koyosha, 1930, figure 26.

Figure nº11. Le Ryotei

Figure nº11. Le Ryotei

Le Ryotei du jardin Kiyosumi à Tokyo, est un pavillon de style sukiya conçu par Yasuoka en 1909.

Copyright : Thomas Swierzinski.

Figure nº12. Le Shisendo

Figure nº12. Le Shisendo

Le Shisendo situé à Kyoto est critiqué par Yasuoka, car il ne serait en harmonie avec son environnement qu’à certains moments de l’année.

Source : Yasuoka Katsuya, Sukiya kenchiku 數寄屋建築 (Architecture Sukiya), Tokyo, Koyosha, 1930, figure 26.

  • 91 Yasuoka Katsuya, Chashitsu to chaniwa, op. cit., p. 88.

36Dans la mesure où certaines des qualités mises en avant par Yasuoka sont similaires à celles des pavillons de thé populaires, il semble que celui-ci cherche à ramener le sukiya à sa signification d’origine. Cette idée peut être illustrée par sa description du Kasatei et du Shigureitei – deux pavillons de thé reliés entre eux par une galerie se trouvant aujourd’hui dans le temple Kodai-ji à Kyoto (fig. 7 et 8). Si leur esthétique est différente de celle communément véhiculée par le sukiya, ils correspondent à la définition qu’en donne l’architecte, à savoir celle de pavillons détachés dans un jardin. Ainsi, dans Chashitsu to chaniwa, Yasuoka loue leur esthétique dépouillée et naturelle, leur rusticité et leur élégance91. Pour lui, les personnes qui commettent l’erreur de penser que le pavillon de thé doit être luxueux, devraient les étudier attentivement.

  • 92 Zokuaku 俗悪.
  • 93 « Sono ichiji no ryūkō wa, atakamo Taishō Shōwa no kyō ni oite, bunka jūtaku to tsūshō sareru tokor (...)
  • 94 Yasuoka Katsuya 保岡勝也, Ko jūtaku no yōfū danrō sōshoku 小住宅の洋風装飾 (Décoration à l’occidentale d’une pe (...)

37Après avoir cherché à en identifier les qualités, Yasuoka établit un parallèle avec l’habitation culturelle. Il commence par rappeler la prolifération des sukiya dans les résidences aristocratiques de la seconde moitié de l’époque d’Edo et critique leur apparence « vulgaire92 ». Il poursuit en mentionnant que « la mode de cette époque n’est pas différente du type de maisons déviantes surnommées habitation culturelle qui prolifère de nos jours comme des pousses de bambou après la pluie93 ». Ce rapprochement entre l’habitation culturelle et le sukiya, permet de supposer que les qualités dont doit faire preuve ce dernier s’appliquent également aux maisons actuelles. Cette idée se retrouve dans son livre publié en 1925 : Ko jūtaku no yōfū danrō sōshoku (Décoration à l’occidentale d’une petite habitation). Dans cet ouvrage, Yasuoka décrit l’esthétique dans laquelle il convient de concevoir une résidence occidentale dans les mêmes termes que ceux utilisés pour décrire le pavillon de thé94. Ce dernier devient ainsi une référence de choix dans une pensée fondée sur l’idée d’harmoniser l’architecture occidentale avec celle de l’archipel comme énoncé en 1915, et sur celle de japoniser l’habitation culturelle comme énoncé en 1923. Le pavillon de thé dépasse alors son rôle de modèle pour les seules résidences japonaises pour devenir un exemple du goût dans lequel il convient de concevoir l’habitat en général.

Figure nº13. L’intérieur du pavillon de thé de la résidence Yamazaki

Figure nº13. L’intérieur du pavillon de thé de la résidence Yamazaki

Le pavillon de thé de la résidence Yamazaki à Kawagoe, a été conçu par Yasuoka Katsuya en 1925. Il reprend la disposition du célèbre pavillon de thé Jo-an, dans une matérialité d’apparence plus simple, en adéquation avec la pensée de l’architecte.

Copyright : Thomas Swierzinski.

Figure nº14. Le salon de la résidence Yamazaki

Figure nº14. Le salon de la résidence Yamazaki

Le salon de réception de la résidence Yamazaki, conçu en 1925 par Yasuoka, est considéré comme représentatif du goût de l’architecte, en ce qu’il s’inscrit dans le style sukiya présenté comme modèle.

Copyright : Thomas Swierzinski.

Figure nº15. Le séjour de la résidence Yamazaki

Figure nº15. Le séjour de la résidence Yamazaki

Le séjour de la résidence Yamazaki est représentatif d’une pièce conçue par Yasuoka à la manière d’un pavillon de thé. Elle possède un foyer, un plafond à plusieurs niveaux, une porte de service et une alcôve réalisée dans le style de certains pavillons de thé.

Copyright : Thomas Swierzinski.

  • 95 Uchida Seizō 内田青蔵, « Yasuoka Katsuya. “Fujoshi” no ryōbun ni fumikonda kenchikuka » 保岡勝也・“婦女子”の領分に踏 (...)
  • 96 Katōguchi 火燈口, littéralement « la porte de la torche ».
  • 97 Fukuro-doko 袋床, une alcôve d’ornement séparée en partie de la pièce principale par une paroi.
  • 98 Oribe-doko 織部床, du nom du maître de thé Oribe Furuta 古田織部 (1543-1615), il s’agit d’une simple planc (...)
  • 99 Shitajimado 下地窓, une fenêtre créée par l’absence de torchis laissant apparaître la structure intern (...)

38L’historien Seizō Uchida souligne l’importance que Yasuoka accordait au goût de ses clients95. Cependant, la résidence Yamazaki construite en 1925 à Kawagoe est représentative de celui de l’architecte (fig. 13 à 15). Cette maison éclectique occidentalo-japonaise matérialise certains des principes soulevés jusqu’ici. Si un pavillon de thé a été construit dans le jardin, les caractéristiques architecturales de la voie du thé ne se limitent pas à cet édifice. Ainsi, le salon est conçu dans le style sukiya et le séjour s’apparente à un semi-pavillon de thé. Il comprend un foyer, une porte de service surmontée d’un arc96, une alcôve-sac97 au linteau non écorcé et un plafond à deux niveaux, autant d’éléments caractéristiques de l’architecture du thé. D’autres dispositifs sont visibles dans l’habitation comme une alcôve Oribe98 dans un dégagement, ou une fenêtre de fondation99 dans l’entrée secondaire. Enfin, les parties occidentales ont été conçues dans des tons neutres et naturels similaires à ceux des pièces japonaises.

Conclusion

39À partir d’une réflexion sur l’habitation idéale, Yasuoka a construit au fil de ses ouvrages une pensée cohérente malgré une production architecturale éclectique. Si sa pratique a évolué avec son temps, l’idée initiale d’harmoniser l’architecture occidentale avec celle du Japon représente une tendance constante où la référence au pavillon de thé occupe une place centrale. Ce dernier, considéré comme vestige du goût japonais prémoderne, devient alors un modèle esthétique et symbolique dans la conception de logements modernes. Présenté comme un espace nécessaire et non comme une pièce spécifique, ses particularités peuvent alors être intégrées et diffusées dans l’habitation. C’est en ce sens que Yasuoka fonde un idéal de l’habitat japonais moderne sur le pavillon de thé. Il s’inscrit cependant dans un processus de réflexion plus large dans lequel prend également place Kōji Fujii qui définit, lui aussi, une habitation idéale en lien avec le pavillon de thé au début de l’ère Shōwa (1926-1989). À cette époque, des architectes de la génération suivante comme Isoya Yoshida 吉田五十八 (1894-1974) ou Sutemi Horiguchi 堀口捨己 (1895-1984) commencent à se référer à la voie du thé et à son architecture pour concevoir des habitations modernes.

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Bibliographie

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Eguchi Momotarō江口百太郎, « Waga risō no jūtaku kenchiku (chū) » 予が理想の住宅建築(中)(L’Architecture de mon habitation idéale (milieu)), Kenchiku kōgei sōshi 建築工芸叢誌 (revue d’architecture et d’artisanat), vol. 2, no 8, 1913, p. 23-25.

Eguchi Momotarō江口百太郎, « Waga risō no jūtaku kenchiku (ue) » 予が理想の住宅建築(下一)(L’Architecture de mon habitation idéale (fin 1)), Kenchiku kōgei sōshi 建築工芸叢誌 (revue d’architecture et d’artisanat), vol. 2, no 9, p 22-26.

Eguchi Momotarō江口百太郎, « Waga risō no jūtaku kenchiku (ue) » 予が理想の住宅建築(下二)(L’architecture de mon habitation idéale (fin 2)), Kenchiku kōgei sōshi 建築工芸叢誌 (revue d’architecture et d’artisanat), vol. 2, no 10, p. 27-29.

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Takeda Goichi武田五一, Chashitsu kenchiku ni tsuite 茶室建築に就て (À propos de l'architecture du pavillon de thé), Kenchiku zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), no 133, Tokyo, Institut d’architecture du Japon, janvier 1898, p. 20-22.

Takeda Goichi武田五一, Chashitsu kenchiku ni tsuite (dai issho) 茶室建築に就て(第一章) (À propos de l'architecture du pavillon de thé – chapitre I), Kenchiku zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), no 147, Tokyo, Institut d’architecture du Japon, mars 1899, p. 81-83.

Takeda Goichi武田五一, Chashitsu kenchiku ni tsuite (dai nisho) 茶室建築に就て(第二章) (À propos de l'architecture du pavillon de thé – chapitre II), Kenchiku zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), no 149, Tokyo, Institut d’architecture du Japon, mai 1899, p. 126-131.

Takeda Goichi武田五一, Chashitsu kenchiku ni tsuite (dai sansho) 茶室建築に就て(第三章) (À propos de l'architecture du pavillon de thé – chapitre III), Kenchiku zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), no 150, Tokyo, Institut d’architecture du Japon, juin 1899, p. 163-172.

Takeda Goichi武田五一, Chashitsu kenchiku (shōzen) 茶室建築(承前) (L'architecture du pavillon de thé – suite), Kenchiku zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), no 154, Tokyo, Institut d’architecture du Japon, octobre 1899, p. 244-248.

Takeda Goichi武田五一, Chashitsu kenchiku (shōzen) 茶室建築(承前) (L'architecture du pavillon de thé – suite), Kenchiku zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), no 155, Tokyo, Institut d’architecture du Japon, novembre 1899, p 272-276.

Takeda Goichi武田五一, Chashitsu kenchiku (meiron) 茶室建築(名論) (L'architecture du pavillon de thé – théorie principale), Kenchiku zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), no 156, Tokyo, Institut d’architecture du Japon, décembre 1899, p. 283-287.

Takeda Goichi武田五一, Chashitsu kenchiku (shōzen) 茶室建築(承前) (L'Architecture du pavillon de thé – suite), Kenchiku zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), no 157, Tokyo, Institut d’architecture du Japon, janvier 1900, p. 1-6.

Takeda Goichi武田五一, Chashitsu kenchiku (shōzen) 茶室建築(承前) (L'architecture du pavillon de thé – suite), Kenchiku zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), no 171, Tokyo, Institut d’architecture du Japon, p. 80-88.

Takeda Goichi武田五一, Chashitsu kenchiku (shōzen) 茶室建築(承前) (L'architecture du pavillon de thé – suite), Kenchiku zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), no 173, Tokyo, Institut d’architecture du Japon, juin 1901, pp. 138-142.

Takeda Goichi 武田五一, Chashitsu kenchiku (shōzen) 茶室建築(承前) (L'architecture du pavillon de thé – suite), Kenchiku zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), no 175, Tokyo, Institut d’architecture du Japon, p. 204-213.

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Yasuoka Katsuya保岡勝也, Ōbeikashitaru nihon ko jūtaku 欧米化したる日本 小住宅 (Petites Habitations japonaises occidentalisées), Tokyo, Suzuki shōten, 1925.

Yasuoka Katsuya保岡勝也, Ko jūtaku no yōfū danrō sōshoku 小住宅の洋風装飾 (Décoration à l’occidentale d’une petite habitation), Tokyo, Suzuki shōten, 1925.

Yasuoka Katsuya保岡勝也, Yōfū wo shu to suru secchū ko jūtaku 洋風を主とする折衷小住宅 (Petites Habitations éclectiques principalement à l’occidentale), Tokyo, Suzuki shōten, 1927.

Yasuoka Katsuya保岡勝也, Wafū wo shu to suru secchū ko jūtaku 和風を主とする折衷小住宅 (Petites Habitations éclectiques principalement à la japonaise), Tokyo, Suzuki shōten, 1927.

Yasuoka Katsuya保岡勝也, Chashitsu to chaniwa 茶室と茶庭 (Pavillon de thé et jardin de thé), Tokyo, Suzuki Shōten, 1927.

Yasuoka Katsuya 保岡勝也, Chaseki to rōji 茶席と露地 (La Pièce de thé et son jardin), Tokyo, Yūzankaku, 1928.

Yasuoka Katsuya 保岡勝也, Sukiya kenchiku 數寄屋建築 (Architecture Sukiya), Tokyo, Koyosha, 1930.

Yūasa Masaaki湯浅観明, Risō no katei 理想の家庭 (Le Foyer idéal), Tokyo, Tomita bunyōdō, 1905.

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Notes

1 Risō no jūtaku 理想の住宅.

2 Dans le corps du texte, les noms japonais suivent l’ordre d’usage français, avec le prénom précédant le nom. L’ordre japonais, avec le nom précédant le prénom, est conservé pour les sinogrammes et les références bibliographiques.

3 Yasuoka Katsuya 保岡勝也, Risō no jūtaku 理想の住宅 (Habitation idéale), Tokyo, Nanbokusha, 1915.

4 Alain-Marc Rieu, « Le Japon et la question de la modernité. Avant-propos au Dépassement de la modernité », Ebisu, n° 6, 1994, p. 46-74.

5 Yasuoka Katsuya 保岡勝也, Chashitsu to chaniwa 茶室と茶庭 (Pavillon de thé et jardin de thé), Tokyo, Suzuki Shōten, 1927 ; Chaseki to rōji 茶席と露地 (La Pièce de thé et son jardin), Tokyo, Yūzankaku, 1928 ; Sukiya kenchiku 數寄屋建築 (Architecture Sukiya), Tokyo, Koyosha, 1930.

6 « Wagakuni saisho no jūtaku sakka » わが国最初の住宅作家. Uchida Seizō 内田青蔵, Nihon no kindai jūtaku 日本の近代住宅 (L’Habitation moderne du Japon), Tokyo, Kashima (SD Sensho), 2016, p. 122.

7 Jordan Sand, House and Home in Modern Japan. Architecture, Domestic Space and Bourgeois Culture, 1880-1930, Cambridge, Harvard University Asia Center, 2005.

8 Par exemple, Yasuoka n’est pas mentionné dans les principales études sur le discours de l’ère moderne sur le pavillon de thé, y compris celui produit par les architectes : Kirisako Kunio 桐浴邦夫, Chanoyu kūkan no kindai 茶の湯空間の近代 (La Modernité de l’espace de la cérémonie du thé), Tokyo, Shibunkaku, 2018. Kondō Yasuko 近藤康子, Kindai kenchikuka no chashitsuron no miru chanoyu no seikatsu kūkan ni kansuru kenkyū 近代建築家の茶室論にみる茶の湯の生活空間に関する研究 (Recherche sur l’espace de la vie de la cérémonie du thé au regard des théories sur les pavillons de thé des architectes modernes), thèse, université de Kyoto, 2014. Fujimori Terunobu 藤森照信, Fujimori Terunobu no Chashitsugaku 藤森照信の茶室学 (Études sur les pavillons de thé de Fujimori Terunobu), Tokyo, Rikuyosha, 2012.

9 Cet article s’inscrit dans une thèse de doctorat portant sur le rôle du pavillon de thé comme fondement d’un idéal de l’habitat japonais moderne dans la pensée des architectes modernes, et sur la manière dont cet idéal a évolué et a persisté au cours de la première moitié du xxe siècle.

10 Augustin Berque, Histoire de l’habitat idéal, Paris, Félin, 2010. Augustin Berque (trad. Toriumi Motoki 鳥海基樹), Risō no sumai 理想の住まい (Habitat idéal), Kyoto, Presse académique de l’université de Kyoto, 2017.

11 Matsukuma Akira 松隈章 (dir.), Chōchikukyo : Nihonjin no risō no sumai 聴竹居:日本人の理想の住まい (Chōchikukyo : l’habitat idéal des Japonais), Tokyo, Heibonsha, 2018.

12 Baba Eichi 馬場栄一 (éd.), Akogare no sumai to katachi あこがれの住まいとカタチ (Habitats et formes fantasmés), Tokyo, Kenchiku shiryō kenkyūsha, 2022.

13 Fujii Kōji 藤井厚二, Nihon no jūtaku 日本の住宅 (L’Habitation japonaise), Tokyo, Iwanami shōten, 1928.

14 Thomas Swierzinski, « Climate and Environment in the Development of Modern Japanese Housing. From Architect’s Initial Interest to Housing to Fujii Kōji », dans Marco Casini (éd.), Proceedings of the 4th International Civil Engineering and Architecture Conference, Springer (Lecture Notes in Civil Engineering), 2024, p. 173-185.

15 Pierre-François Souyri, Nouvelle Histoire du Japon, Paris, Perrin, 2023 [2010], p. 453.

16 Yann Nussaume, Une anthologie critique de la théorie architecturale japonaise, Paris, Ousia (Art(s) des Lieux), 2004, p. 80.

17 Takeda, Goichi 武田五一, « Chashitsu kenchiku ni tsuite » 茶室建築に就て (À propos de l'architecture du pavillon de thé), Kenchiku zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), vol. 133 à 253, Tokyo, Institut d’architecture du Japon, janvier 1898 à août 1901.

18 Wayō secchū jūtaku 和洋折衷住宅 ou Wayō secchū jūka 和洋折衷住家.

19 Okamoto Sōtarō 岡本銺太郎, « Wayō secchū jūka no chiezu nit suite » 和洋折衷住家の地繪図に就て (À propos de la disposition des maisons éclectiques occidentalo-japonaises), Kenchiku zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), Tokyo, Institut d’architecture du Japon, 1898, p. 306-310. Kitada Kyūichi 北田久一, « Wayō secchū jūka » 和洋折衷住家 (Maison éclectique occidentalo-japonaise), Kenchiku Zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), vol. 144, Tokyo, Institut d’architecture du Japon, 1898, p. 376-379.

20 理想.

21 Paru en 1861 dans la revue Fraser’s Magazine sous la forme d’une série de trois articles, cet essai est publié en tant qu’ouvrage en 1863 avant d’être traduit en japonais en 1877. John Stuart Mill, Utilitarianism, Londres, Parker, son, and Bourn, 1863 ; John Stuart Mill (trad. Nishi Amane ), Rigaku 利學 (Utilitarisme), Tokyo, Kiksuiro, 1877.

22 « Kindai Nihon no risō shakai » 近代日本の理想社会. Nōtomi Noburu 納富信留, « “Risō” to wa nani ka. Puraton to kindai nihon » 「理想」とは何か・プラトンと近代日本 (Qu’est-ce que l’idéal. Platon et le Japon moderne), Heisei 24 nendo rinrigaku senkō kōen kai kōen yōshi平成24年度倫理学専攻講演会講演要旨 (Acte du colloque d’éthique de l’an 24 de Heisei), Tokyo, Institut de philosophie de l’université Kokushikan, 2013 p. 5.

23 Risō no katei 理想の家庭.

24 Les ouvrages de Ligneul sont publiés directement en japonais. François-Alfred-Désiré Ligneul (trad. Maeda Chōta 前田長太), Risō no katei理想之家庭 (Le Foyer idéal), Tokyo, Ishikawa Otojirō, 1900.

25 Yūasa Masaaki 湯浅観明, Risō no katei 理想の家庭 (Le Foyer idéal), Tokyo, Tomita bunyōdō, 1905.

26 « “Wakan” = “shinkabe-dzukuri”, “seiyōkan” = “ōkabe dzukuri” no kenchiku to iu to ga dekiru. […] Soshite, sarani kono “kabe” ni yoru bunrui wa, tannaru kōzō no mondai ni tomarazu, dezain ya kikyo yōshiki tomo missetsuna kankei ga aru mono na node aru. […]`Shinkabe-dzukuri = tatami shiki de yuka zashiki'.`Ōkabe dzukuri = itajiki nado de isu zashiki' to iu taiō-sei ga shiteki dekiru. »「和館」=「真壁造」、「西洋館」=「大壁造」の建築というとができる。[…]そして、さらにこの〈壁〉による分類は、単なる構造の問題に留まらず、デザインや起居様式とも密接な関係があるものなのである。[…]「真壁造=畳敷で床座式」。「大壁造=板敷などで椅子座式」という対応性が指摘できる. Uchida Seizō, Nihon no kindai jūtaku, op. cit., p. 230.

27 Tanabe Junkichi 田邊淳吉, « Seigōshū no jūka » 西濠州の住家 (Maisons d’Australie Occidentale), Kenchiku Zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), no 253, Tokyo, Institut d’architecture du Japon, 1908, p. 23-33.

28 « The importation of bungalows, for example, neither served a single ideology nor dictated a particular lifestyle, it provided material for the elaboration of discourse around the home and for experimentations with new modes of domestic practice ». Jordan Sand, House and Home in Modern Japan, op. cit., p. 355-356.

29 Jūtaku kairyōkai 住宅改良会.

30 住宅.

31 Heiwa kinen Tōkyō hakurankai 平和記念東京博覧会.

32 Bunka jūtaku 文化住宅.

33 Bunka mura 文化村.

34 Certaines des habitations occidentales qui composent le village culturel intègrent une pièce japonaise.

35 « A house became a culture house less because it had particular physical characteristics or was identified with a class consumers than because it was designed according to tenets of domestic ideology, scientific management and hygiene, or following some architectural style ». Jordan Sand, House and Home in Modern Japan, op. cit., p. 270-271.

36 Par exemple : Nose Kyūichirō能瀬久一郎, Bunka jūtaku zuan momogusa 文化住宅図案百種 (Cent plans d’habitation culturelle), Tokyo, Bunka jūtaku kenkyūkai, 1926.

37 « Bunka jūtaku wa, masashiku jūtaku no kindaika no ugoki kasoku saseru yakuwari wo jūbun ninatta no de aru » 「文化住宅」は、まさしく住宅の近代化の役割を十分担ったのである. Uchida Seizō, « ‘Bunka jūtaku’ ni miru jūtaku dezain no tayōsei no imi » 「文化住宅」にみる住宅デザインの多様性の意味 (Le Sens de la diversité de conception des habitations visible dans l’« habitation culturelle »), dans Taji Takahiro 田路貴浩 (dir.), Bunriha Kenchikukai. Nihon no modanizumu kenchiku tanjō 分離派建築会・日本のモダニズム建築誕生 (L’Association d’architecture Bunriha. La naissance de l’architecture moderniste au Japon), Kyoto, Presses académiques de l’université de Kyoto, 2020, p. 260-261.

38 « Jūtaku no jidai » 住宅の時代, Uchida Seizō, Nihon no kindai jūtaku, op. cit., p. 80.

39 Après cette date, les réflexions se concentrent sur l’architecture parasismique, ignifuge et sur la résistance des matériaux.

40 Mitsuhashi Shirō 三橋四郎, Risō no Kaoku 理想の家屋 (Maison idéale), Tokyo, Ōkura shoten, 1913.

41 Eguchi Momotarō 江口百太郎, « Waga risō no jūtaku kenchiku (ue) » 予が理想の住宅建築 (L’Architecture de mon habitation idéale (début)), Kenchiku kōgei sōshi 建築工芸叢誌 (Revue d’architecture et d’artisanat), juillet à octobre 1913.

42 Yasuoka emploie ici le terme Wagakuni bunka no takashio ni tasshi 我国は文化の高潮に達し, littéralement « notre pays a atteint un sommet culturel ». Or, la culture dont il est question est celle importée de l’Occident, considérée par l’architecte comme moderne. Yasuoka Katsuya, Risō no jūtaku, op. cit., p. 38.

43 Ibidem, p. 18.

44 Kamata Kenzō 鎌田賢三, Sen en ika de dekiru risō no jūtaku 千圓以下で出來る理想の住宅 (Habitation idéale à moins de 1000 yens), Tokyo, Suzuki shōten, 1918.

45 Tokonoma 床の間.

46 Shiga Shigenori 滋賀重列, « Jidai shichō to risōteki jūtaku » 時代思潮と理想的住宅 (L’Orientation idéologique de l’époque et l’habitation idéale), Jūtaku 住宅 (Habitation), janvier 1919, p. 4-7.

47 Résultat d’une lecture exhaustive des revues d'architecture de la fin de la période Meiji à la fin de la Seconde Guerre mondiale, à savoir Kenchiku zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), Kenchiku sekai 建築世界 (Le Monde de l’architecture), Shinkenchiku 新建築 (Nouvelle architecture), Kenchiku to shakai 建築と社会 (Architecture et société) et Jūtaku 住宅 (Habitation).

48 Thomas Swierzinski, « The Foundations of an Ideal Dwelling in Japan in the Taishō Era. Between the Importance of the Environment and Reflection on Taste », 14th International Symposium of Architectural Interchange in Asia, septembre 2024, réf. B-15-1.

49 Thomas Swierzinski, « Fujii Kōji no “risōtekina jūtaku” no teigi ni okeru chashitsu no ichi ni tsuite » 藤井厚二の「理想的な住宅」の定義における茶室の位置について (Le rôle du pavillon de thé dans la définition d’une « habitation idéale » de Fujii Kōji), Nihon kenchiku gakkai taikai gakujutsu kōen kōgai-shū 日本建築学会大会学術講演梗概集 (Actes du congrès académique de l’Institut d’architecture du Japon), Tokyo, nº 2024, juillet 2024, p. 849-850.

50 Jūtaku ni yōsuru shitsu 住宅に要する室. Yasuoka, Risō no jūtaku, op. cit., p. 153.

51 Kenzō Kamata retranscrit dans son livre l’intégralité du chapitre présentant les pièces nécessaires au logement d’Habitation idéale de Yasuoka.

52 Yasuoka Katsuya 保岡勝也, Saishin jūtaku kenchiku 最新住宅建築 (Architecture des habitations les plus récentes), Tokyo, Suzuki shōten, 1923.

53 Thomas Swierzinski, « Yasuoka Katsuya no kenchiku shisō ni okeru chashitsu to sukiya no ichi ni tsuite » 保岡勝也の建築思想における茶室と数寄屋の位置について (La place du pavillon de thé et du sukiya dans la pensée architecturale de Yasuoka Katsuya), Journal of architecture and planning – Transactions de l’Institut d’architecture du Japon, vol. 89, no 820, juin 2024, p. 1197-1206.

54 Yasuoka Katsuya, Saishin jūtaku kenchiku, op. cit., p. 218.

55 Yasuoka Katsuya 保岡勝也, Nihonkashitaru yōfū ko jūtaku 日本化したる洋風小住宅 (Petites habitations à l’occidentale japonisées), Tokyo, Suzuki shōten, 1924 ; Ōbeikashitaru nihon ko jūtaku 欧米化したる日本 小住宅 (Petites habitations japonaises occidentalisées), Tokyo, Suzuki shōten, 1925 ; Yōfū wo shu to suru secchū ko jūtaku 洋風を主とする折衷小住宅 (Petites Habitations éclectiques principalement à l’occidentale), Tokyo, Suzuki shōten, 1927 ; Wafū wo shu to suru secchū ko jūtaku 和風を主とする折衷小住宅 (Petites Habitations éclectiques principalement à la japonaise), Tokyo, Suzuki shōten, 1927.

56 Tanifuji Fumihiko 谷藤史彦, Fujii Kōji no modan 藤井厚二のモダン (La Modernité de Fujii Kōji), Tokyo, Suiseisha, 2019, p. 93-95.

57 Shōji 障子.

58 « Wakan no yōfūka » 和館の洋風化. Uchida Seizō, Nihon no kindai jūtaku, op. cit., p. 230.

59 « Seiyōkan no wafūka » 西洋館の和風化. Ibid.

60 Yasuoka Katsuya, Risō no jūtaku, op. cit., p. 15-16.

61 Ibid., p. 108.

62 « Chūryū no jūtaku de munetsuzuki ni seishiki no chashitsu wo mōkeru koto wa sukoshi muzukashii koto de aru kara, hanchashitsu to iu ima shōsai kenyō no shitsu wo tsukureba chotto benri de aru. » 中流の住宅で棟續きに正式の茶室を設けることは少し難しいことであるから、半茶室と言ふ居間書斎兼用の室を作れば一寸便利である. Ibid., p. 286-287.

63 Thomas Swierzinski, op. cit., p. 1204-1205.

64 Hanchashitsu 半茶室.

65 Le terme sukiya 数寄屋 désigne depuis l’époque prémoderne un type de pavillon de thé avant d’être défini dans l’histoire de l’architecture comme un style à part entière avec la popularisation au début de l’ère Shōwa (1926-1989) du terme sukiya zukuri 数寄屋造, littéralement « la construction sukiya ». Il est précédé de la terminologie sukiyafū 数寄屋風, littéralement « à la manière du sukiya », qui apparaît dans la pensée de Yasuoka dès 1923. Yasuoka, Saishin jūtaku kenchiku, op. cit. p. 53.

66 Ibid., p. 205.

67 茶室.

68 茶席.

69 席.

70 « Nan tatami de atte mo chaji wo nasu shitsu » 何疊であっても茶事を為す室. Yasuoka Katsuya, Chashitsu to chaniwa, op. cit., p. 29.

71 « Genrai no sadō shushi kara ieba, chaseki to wa tencha wo nasu tokoro no muro ni sugi nai node aru kara, futsū no hachijō nari rokujō nari no ima ya kyakushitsu wo motte kore ni ate, ikkō sashitsukaenai node aru. Moshi shikichi no hirosa to keizai ga kore wo yurusunaraba, teien no ichigū ni sadō ni shitashimi eru shōshitsu wo tokuni mōke, sono niwa wo honniwa to omomuki wo i ni shita chaniwa ni tsukuru koto wa , kedashi shumi kara kita mondai ni suginai node aru . Chūsei igo no chajin ga ayamate chashitsu toshite tokuni mōkerareta heya de nakute wa, tencha wa dekinu ka no sama ni kenden shita no ga ōkinaru kakon ni natte iru. kaku sukoburu jiyūna mono de aru. » 元來の茶道趣旨から謂へば、茶席とは點茶を為す所の室に過ぎないのであるから、普通の八疊なり六疊なりの居間や客室を以て之れに充て、一向差支ないのである。若し敷地の廣さと經濟が之を許すならば、庭園の一隅に茶道に親しみ得る小室を特に設け、其庭を本庭と趣を異にした茶庭に作ることは、蓋し趣味から來た問題に過ぎないのである。中世以後の茶人が謬て茶室として特に設けられた部屋で無くては、點茶は出來ぬかの様に喧伝したのが大きなる禍根になって居る。斯く頗る自由なものである. Yasuoka Katsuya, Chaseki to rōji, op. cit., p. 18.

72 « Chashitsu ni ha kesshite kukkyōna kitei ga aru mono de ha nakute ; mushiro sono tsukurikata wa jiyūsugiru to iu kuraina mono de aru. » 茶室には決して究屈な規定が在るものでは無くて、寧ろ其造り方は自由過ぎると云ふ位なものである. Yasuoka Katsuya, Chashitsu to chaniwa, op. cit., p. 38.

73 躙口.

74 侘.

75 Ibid., p. 2.

76 寂.

77 Kizokuteki 貴族的, ibid., p. 258.

78 Minshuteki 民衆的 ou Heiminteki 平民的, ibid.

79 Koma 小間.

80 Hiroma 広間.

81 Ōhiroma 大広間.

82 囲.

83 中柱.

84 好事, ibid., p. 30.

85 物数寄, ibid. p. 31.

86 Ikina zukuri 意気な造り, Yasuoka Katsuya, Sukiya kenchiku, op. cit., p. 5.

87 Shōshana kōsei 瀟洒な構成, ibid.

88 Sōshoku toshite no chashitsu 装飾としての茶室, ibid., p. 11.

89 Thomas Swierzinski, op. cit., p. 1201.

90 Yasuoka Katsuya, Sukiya kenchiku, op. cit., p. 33-34.

91 Yasuoka Katsuya, Chashitsu to chaniwa, op. cit., p. 88.

92 Zokuaku 俗悪.

93 « Sono ichiji no ryūkō wa, atakamo Taishō Shōwa no kyō ni oite, bunka jūtaku to tsūshō sareru tokoro ni isshu no hentai kaoku ga, ame go no takenokoteki ni kensetsu sareru to chigai ga nakatta. » 其の一時の流行は、恰も大正昭和の今日に於て、文化住宅と通稱される所の一種の變態家屋が、雨後の筍的に建設されると違ひが無かった. Yasuoka Katsuya, Sukiya kenchiku, op. cit., p. 51.

94 Yasuoka Katsuya 保岡勝也, Ko jūtaku no yōfū danrō sōshoku 小住宅の洋風装飾 (Décoration à l’occidentale d’une petite habitation), Tokyo, Suzuki shōten, 1925, p. 53-54.

95 Uchida Seizō 内田青蔵, « Yasuoka Katsuya. “Fujoshi” no ryōbun ni fumikonda kenchikuka » 保岡勝也・“婦女子”の領分に踏み込んだ建築家 (Yasuoka Katsuya. Un architecte entré dans le domaine de la « gente féminine »), dans Maruyama Masao (dir.), Nihon kindai kenchikuka retsu 日本近代建築家列伝 (Biographies des architectes modernes japonais), Tokyo, Kajima, 2017, p. 141-148.

96 Katōguchi 火燈口, littéralement « la porte de la torche ».

97 Fukuro-doko 袋床, une alcôve d’ornement séparée en partie de la pièce principale par une paroi.

98 Oribe-doko 織部床, du nom du maître de thé Oribe Furuta 古田織部 (1543-1615), il s’agit d’une simple planche fixée en haut du mur pour y suspendre des rouleaux peints.

99 Shitajimado 下地窓, une fenêtre créée par l’absence de torchis laissant apparaître la structure interne du mur.

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Table des illustrations

Titre Figure 1. L’habitation éclectique occidentalo-japonaise
Légende Ce plan est présenté par Kyūichi Kitada dans son article de 1898. La partie à gauche est construite à l’occidentale. Elle comprend l’entrée, la salle de réception et la salle pour l’étude.
Crédits Source : Kitada Kyūichi 北田久一, « Wayō secchū jūka » 和洋折衷住家 Maison éclectique occidentalo-japonaise), Kenchiku Zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), vol. 144, Tokyo, Institut d’architecture du Japon, 1898, p. 376-379.
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17228/img-1.jpg
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Titre Figure nº2. Habitation australienne de type bungalow
Légende Cette perspective a été présentée par Junkichi Tanabe en 1908 dans son article « Résidences d’Australie-Occidentale » (1908) afin d’illustrer le type bungalow.
Crédits Source : Tanabe Junkichi 田邊淳吉, « Seigōshū no jūka » 西濠州の住家 (Maisons d’Australie occidentale), Kenchiku Zasshi 建築雑誌 (Revue d’architecture), no 253, Tokyo, Institut d’architecture du Japon, 1908, p. 24.
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17228/img-2.jpg
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Titre Figure nº3. L’habitation idéale de Katsuya Yasuoka
Légende Cette habitation conçue par Yasuoka correspond à l’exemple type présenté dans son ouvrage Risō no jūtaku (Habitation idéale) en 1915. Datant de 1917, elle comprend une pièce occidentale pour la réception et l’étude et un pavillon de thé.
Crédits Source : Yasuoka Katsuya, Ōbeikashitaru nihon ko jūtaku 欧米化したる日本 小住宅 (Petites habitations japonaises occidentalisées), Tokyo, Suzuki shōten, 1925, figure 10.
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17228/img-3.jpg
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Titre Figure nº4. Habitation occidentale japonisée
Légende Cette résidence conçue par Yasuoka et achevée en 1924 dispose de tatamis dans deux pièces, une salle de 6 tatamis au rez-de-chaussée, et une chambre à coucher de même dimension à l’étage. Les tatamis sont indiqués sur le plan par la mention roku jō 六帖 (6 tatamis).
Crédits Source : Yasuoka Katsuya, Nihonkashitaru yōfū ko jūtaku 日本化したる洋風小住宅 (Petites habitations à l’occidentale japonisées), Tokyo, éd. Suzuki shōten, 1924, figure 10.
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17228/img-4.jpg
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Titre Figure nº5. Habitation japonaise de style occidental
Légende Cette résidence japonaise d’apparence occidentale a été conçue par Yasuoka en 1921. Elle ne dispose que d’une seule pièce occidentale, le salon, qui sert également de salle pour l’étude.
Crédits Source : Yasuoka Katsuya, Ōbeikashitaru nihon ko jūtaku 欧米化したる日本 小住宅 (Petites Habitations japonaises occidentalisées), Tokyo, éd. Suzuki shōten, 1925, figure 23.
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17228/img-5.jpg
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Titre Figure nº6. Une habitation occidentale de style japonais
Légende Cette résidence occidentale a été conçue par Yasuoka en 1924 avec une apparence japonaise. Des tatamis sont disposés au rez-de-chaussée dans une partie du séjour et dans toutes les pièces de l’étage. Dans l’une d’elles, l’architecte intègre plusieurs dispositifs japonais tels qu’une alcôve, des étagères et des portes coulissantes.
Crédits Source : Yasuoka Katsuya, Nihonkashitaru yōfū ko jūtaku 日本化したる洋風小住宅 (Petites Habitations à l’occidentale japonisées), Tokyo, éd. Suzuki shōten, 1924, figure 30.
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17228/img-6.jpg
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Titre Figure 7 et 8. Le Kasatei et le Shiguretei
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17228/img-7.jpg
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Légende Le Kasatei et le Shigureitei, situés au sein du Kodai-ji à Kyoto, sont deux pavillons de thé présentés par Yasuoka comme des exemples représentatifs de la tendance populaire.
Crédits Source : Yasuoka Katsuya 保岡勝也, Chashitsu to chaniwa 茶室と茶庭 (Pavillon de thé et jardin de thé), Tokyo, Suzuki Shōten, 1927, figures 68 et 69.
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17228/img-8.jpg
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Titre Figure nº9. L’Onigawara no seki
Légende L’Onigawara no seki, situé au sein Kodai-ji à Kyoto, est un pavillon de thé présenté par Yasuoka comme exemple de la tendance aristocratique.
Crédits Source : Yasuoka Katsuya 保岡勝也, Chashitsu to chaniwa 茶室と茶庭 (Pavillon de thé et jardin de thé), Tokyo, Suzuki Shōten, 1927, figure 74.
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17228/img-9.jpg
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Titre Figure nº10. Le Kobuntei
Légende Le Kobuntei, situé au Kairakuen à Mito, est considéré par Yasuoka comme un bon exemple de sukiya, en raison d’une conception en harmonie avec un « environnement naturel ».
Crédits Source : Yasuoka Katsuya, Sukiya kenchiku 數寄屋建築 (Architecture Sukiya), Tokyo, Koyosha, 1930, figure 26.
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17228/img-10.jpg
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Titre Figure nº11. Le Ryotei
Légende Le Ryotei du jardin Kiyosumi à Tokyo, est un pavillon de style sukiya conçu par Yasuoka en 1909.
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17228/img-11.jpg
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Titre Figure nº12. Le Shisendo
Légende Le Shisendo situé à Kyoto est critiqué par Yasuoka, car il ne serait en harmonie avec son environnement qu’à certains moments de l’année.
Crédits Source : Yasuoka Katsuya, Sukiya kenchiku 數寄屋建築 (Architecture Sukiya), Tokyo, Koyosha, 1930, figure 26.
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17228/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 262k
Titre Figure nº13. L’intérieur du pavillon de thé de la résidence Yamazaki
Légende Le pavillon de thé de la résidence Yamazaki à Kawagoe, a été conçu par Yasuoka Katsuya en 1925. Il reprend la disposition du célèbre pavillon de thé Jo-an, dans une matérialité d’apparence plus simple, en adéquation avec la pensée de l’architecte.
Crédits Copyright : Thomas Swierzinski.
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17228/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 304k
Titre Figure nº14. Le salon de la résidence Yamazaki
Légende Le salon de réception de la résidence Yamazaki, conçu en 1925 par Yasuoka, est considéré comme représentatif du goût de l’architecte, en ce qu’il s’inscrit dans le style sukiya présenté comme modèle.
Crédits Copyright : Thomas Swierzinski.
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17228/img-14.jpg
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Titre Figure nº15. Le séjour de la résidence Yamazaki
Légende Le séjour de la résidence Yamazaki est représentatif d’une pièce conçue par Yasuoka à la manière d’un pavillon de thé. Elle possède un foyer, un plafond à plusieurs niveaux, une porte de service et une alcôve réalisée dans le style de certains pavillons de thé.
Crédits Copyright : Thomas Swierzinski.
URL http://journals.openedition.org/craup/docannexe/image/17228/img-15.jpg
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Pour citer cet article

Référence électronique

Thomas Swierzinski, « Fonder un idéal de l’habitat japonais moderne sur le pavillon de thé : Katsuya Yasuoka face à l’occidentalisation du logement à l’ère Taishō (1912‑1926) », Les Cahiers de la recherche architecturale urbaine et paysagère [En ligne], Actualités de la recherche, mis en ligne le 20 juillet 2025, consulté le 05 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/craup/17228 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14g7k

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Auteur

Thomas Swierzinski

Thomas Swierzinski, architecte diplômé d’État, réalise une thèse de doctorat au sein des laboratoires Ipraus (ENSA Paris-Belleville/ UGE) et CRCAO (EPHE/ PSL), ainsi qu’à l’université métropolitaine de Tokyo. Ses recherches interrogent la place du pavillon de thé en tant que fondement d’un idéal de l’habitat japonais dans les réflexions des architectes modernes. Il entame ses travaux à l’ENSA de Strasbourg (2014-2016), avant de les approfondir à l’université de Kyoto (2018-2020). Ses recherches ont fait l’objet de publications, notamment sur la théorie du pavillon de thé chez Katsuya Yasuoka dans le Journal of Architecture and Planning de l’Institut d’architecture du Japon. Il a reçu le Academic Oral Session Award pour la présentation de son étude sur l’habitation idéale lors du quatorzième International Symposium on Architectural Interchanges in Asia (2024).
swierzinski-thomas@outlook.fr

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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