Pierre Maurer, Architectures et aménagement urbain à Metz (1947-1970). Action municipale : la modernisation d’une ville
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Thèse de doctorat en histoire de l’architecture (Université de Lorraine, école doctorale Fernand Braudel, laboratoire d’histoire de l’architecture contemporaine), dirigée par Hélène Vacher et Anne-Marie Châtelet, soutenue le 4 juin 2018.
Jury composé de Hélène Vacher et Anne-Marie Châtelet (directrices de thèse), Karen Bowie et Loïc Vadelorge (rapporteurs), Jean El Gammal et Yankel Fijalkow (examinateurs) et Joseph Abram (membre invité).
- 1 MAURER (Pierre), La Neustadt de Metz : ville pittoresque ville paysage, Mémoire de Licence mené sou (...)
- 2 MAURER (Pierre), Metz années 20-30. Quelle politique architecturale pour la ville ?, Mémoire de fin (...)
- 3 MASSEL (Christiane), MAURER (Pierre), PIGNON-FELLER (Christiane), Metz au temps de l’Arts déco, 191 (...)
- 4 Les trois parties de la thèse sont : Les contraintes de l’après-guerre (1947-1954) ; La tentative d (...)
1Pierre Maurer a consacré plusieurs travaux universitaires à la ville de Metz, depuis son mémoire de licence1 qui porte sur la période du Moyen Âge au XVIIIe siècle, jusqu’à son mémoire de master2 qui interroge la période dite d’entre-deux-guerres et qui a été repris et prolongé dans un ouvrage collectif publié en 2016 sous l’intitulé Metz au temps de l’Art Déco, 1919-1939. Urbanisme & architecture3. Il poursuit à présent ses investigations sur l’histoire architecturale et urbaine de Metz avec sa thèse en histoire de l’architecture, soutenue le 4 juin 2018, dans les murs de l’École des beaux-arts de Nancy, intitulée Architectures et aménagement urbain à Metz (1947-1970). Action municipale : la modernisation d’une ville. Ce travail, organisé selon un plan chrono-thématique en trois parties4, est le fruit d’une longue immersion dans les archives et le témoin d’un engagement durable de l’auteur pour le sujet.
Monographie architecturale et urbaine d’une ville oubliée des Trente Glorieuses
- 5 Citons notamment Thierry Jeanmonod, Gilles Ragot (dir.), L’invention d’une ville : Royan années 50, (...)
- 6 Citons Jean-Lucien Bonillo, La Reconstruction à Marseille, 1940-1960 – Architectures et projets urb (...)
- 7 Citons notamment les travaux de Joseph Abram, tels que L’équipe Perret au Havre : utopie et comprom (...)
- 8 Christophe Demaziere, « Pourquoi et comment analyser les villes moyennes ? Un potentiel pour la rec (...)
2Si les villes telles que Royan5, Marseille6 et Le Havre7 ont fait l’objet d’études consacrées pour la période des Trente Glorieuses, la ville de Metz n’avait pas bénéficié d’un intérêt particulier. La thèse apparait ainsi comme le chaînon manquant d’une historiographie nourrie sur la période des Trente Glorieuses. Pierre Maurer met en lumière un segment de l’histoire de Metz et déconstruit ainsi l’idée préconçue que les villes moyennes ne présentent qu’un intérêt scientifique réduit8. L’une des originalités de la thèse est d’éclairer pour cela le processus de construction de la ville en proposant une monographie urbaine abordée par le spectre de l’action municipale de Raymond Mondon (1914-1970), maire de la ville de Metz de 1947 à 1970. De fait, par ces bornes chronologiques, la thèse aborde la problématique de la rénovation urbaine de manière continue et traite simultanément de la production des grands ensembles et des zones à urbaniser en priorité (ZUP) quand de nombreux travaux préfèrent scinder ces deux types de production d’architecture et de la ville.
3Par ses accords singuliers et pluriels « d’architectures et d’aménagement », le titre de la thèse suggère les effets de continuité et de rupture de la politique déployée à Metz à ces échelles. Pierre Maurer explore l’évolution des limites territoriales de cette commune militaire annexée deux fois en moins d’un siècle et les projets architecturaux qui s’y sont développés, traduisant les préoccupations des doctrines et des canons esthétiques de leur époque par l’emploi généralisé du béton, le développement d’un urbanisme de dalle et l’érection de buildings de verre et d’acier. Parallèlement aux éléments inédits recueillis dans les nombreuses sources et archives dépouillées par l’auteur, on peut souligner la convocation fine et efficace de références bibliographiques qui permettent de resituer le cas d’étude dans une histoire plus large de l’histoire de l’architecture, des formes et des politiques urbaines.
Lire la ville de Metz par le spectre de l’action municipale : Raymond Mondon, maire bâtisseur et démolisseur
- 9 Isabelle Backouche, Nathalie Montel, « La fabrique ordinaire de la ville », Histoire urbaine, n°19, (...)
4Au cœur du sujet, même s’il n’apparait pas à la lecture du sommaire de la thèse, figure Raymond Mondon, jeune magistrat élu maire de la ville en 1947, à seulement 33 ans. L’étude dévoile les actions de ce maire qui, durant les quatre mandats qu’il honore, transforme profondément le paysage urbain de la ville. À travers des études de cas systématiquement analysées et largement référencées, la thèse révèle le processus de modernisation de la ville de Metz qui se traduit par la construction massive de logements collectifs et le développement d’infrastructures urbaines diverses permises notamment par de nombreuses destructions en centre ancien. À côté d’architectures dites « ordinaires9», comme les maisons historiques en centre-ville ancien, les premiers buildings messins, la renaissance du projet décrié de Gross Metz…, certains projets plus prestigieux sont convoqués, comme celui de Jean Dubuisson (1914-2011) à Saint-Julien-lès-Metz.
5La thèse pallie la méconnaissance de Metz durant la période des Trente Glorieuses à l’aide d’une étude globale en matière d’urbanisme et d’architecture, sans toutefois gommer les spécificités locales de la ville, qu’elles soient politiques, territoriales ou patrimoniales. Elle souligne en cela des particularismes, voire des paradoxes, de problématiques plus larges comme l’héritage du centre-ville ancien et la modernité, révélant en cela les procédés de renouvellement. Metz, relativement épargnée par les bombardements durant la Seconde Guerre mondiale, subit pourtant durant le mandat de Mondon des destructions au nom d’opérations de rénovation urbaine. En regard des actions menées par d’autres maires contemporains à Mondon, tels que Louis Pradel (1906-1976) à Lyon (de 1957 à 1976), Augustin Laurent (1896-1990) à Lille (de 1955 à 1973) ou Gaston Defferre (1910-1986) à Marseille (de 1953 à 1986), Pierre Maurer dévoile les projets d’un maire qui, s’il ne prête pas grande attention aux questions liées à la qualité architecturale et urbaine, envisage toutefois un projet de destruction du centre ancien et d’extension de la ville, non pas pour engager une rupture avec le passé mais pour l’adapter aux exigences contemporaines. Si l’auteur, malgré son choix assumé d’adopter le point de vue de l’histoire locale, fait l’effort de resituer le cas messin dans un paysage de villes françaises, un exemple de ville alsacienne aurait peut-être permis d’interroger une vision régionale plus large. Le cas de Mulhouse mériterait en cela une réflexion car il présente certaines similitudes : la présence longue et analogue du maire Émile Muller (1915-1988) et des ambitions de développement et de renouveau architectural et urbain à une échelle régionale voire européenne.
De l’histoire locale à l’histoire institutionnelle
6Avec le parti pris de lire la ville par le spectre de l’action municipale, la thèse articule les actions menées aux échelles locales et nationales. En plus d’assumer la fonction de maire de Metz, Mondon endosse les responsabilités de député, de secrétaire d’État à l’Intérieur (1955) et de ministre des Transports publics (1969-1970), autant d’attributions qui, si elles relèvent de la synergie, apportent parfois leur lot de difficultés. Il impulse une dynamique nouvelle à la ville de Metz en la rattachant à des intérêts et enjeux nationaux que Pierre Maurer a su révéler, tout comme les jeux d’acteurs qui se trament autour de Mondon. Celui-ci, afin de donner un nouvel élan à la ville, est entouré d’une large équipe notamment composée de préfets, de représentants des services de l’État, de diverses collectivités et de la ville ainsi que de personnalités locales telles que Victor Demange (1888-1971), directeur du quotidien Le Républicain Lorrain. Les choix effectués dans la construction de l’étude traduisent également les capacités de l’auteur à articuler les débats locaux avec les séquences identifiées à l’échelle nationale (la Reconstruction, les grands ensembles et les politiques patrimoniales), ainsi qu’à les resituer au sein d’un contexte plus large des doctrines et théories (le Mouvement moderne, la Charte d’Athènes…) et d’un cadre législatif (la loi Malraux de 1962…).
7Enfin, l’un des aspects intéressants développé par Pierre Maurer, et qui traduit les tensions et les rapports entre le pouvoir central et l’action municipale, réside dans l’analyse du mécanisme des décisions liées à l’architecture et à la ville à travers les actions des architectes-conseils en charge de la ville de Metz qui se sont succédé : Louis Janiaud de 1925 à 1939, Roger Berrier de 1945 à 1960, Philippe Gourdon de 1960 à 1965, puis Jean Dubuisson à compter de 1965. Ce point mériterait d’être davantage valorisé tant il participe à la connaissance encore trop peu accrue d’une histoire de la profession au XXe siècle.
Conclusion
8Au terme de sa démonstration, Pierre Maurer tire un bilan contrasté des actions municipalisées menées à Metz sous l’égide de Raymond Mondon. Ce dernier se montre soucieux d’apporter le confort de vie moderne et parvient à combattre le mal logement, mais ne parvient à éviter la violence et la rudesse des opérations de table rase. La municipalité parvient à trouver des solutions aux situations de relogement parfois complexes des habitants, mais sans éviter le déracinement forcé de ces derniers ou encore les effets néfastes des regroupements dans des quartiers périphériques de Metz. Enfin, l’auteur montre combien la ville de Metz, qui porte le legs singulier d’une double annexion l’Allemagne, ne sait, au-delà des années 1950, donner de la longévité à une administration mise en place par les Allemands ; seule l’idée d’un Grand Metz semble en être l’héritage toutefois difficile à poursuivre.
9Telle qu’elle est menée par Pierre Maurer, la monographie de Metz durant les Trente Glorieuses ne présente pas le seul intérêt de combler une carence historiographique de monographie de villes durant la période en assumant des entrées originales. Elle s’inscrit d’une part dans une histoire patrimoniale de la ville de Metz, en proposant le prolongement des études menées récemment pour la procédure d’inscription d’une zone importante du tissu ancien de la ville sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle participe d’autre part à la connaissance de modernisation d’une période et d’une production architecturale et urbaine jusqu’alors méconnues, voire mal-aimées.
Notes
1 MAURER (Pierre), La Neustadt de Metz : ville pittoresque ville paysage, Mémoire de Licence mené sous la direction de Joseph ABRAM, Nancy, École d’architecture, 2010.
2 MAURER (Pierre), Metz années 20-30. Quelle politique architecturale pour la ville ?, Mémoire de fin d’étude en architecture mené sous la direction d’Hélène VACHER, Nancy, École d’architecture, 2012.
3 MASSEL (Christiane), MAURER (Pierre), PIGNON-FELLER (Christiane), Metz au temps de l’Arts déco, 1919-1939, Urbanisme & architecture, Vaux, Serge Domini Editeur, 2016, 288p.
4 Les trois parties de la thèse sont : Les contraintes de l’après-guerre (1947-1954) ; La tentative de la table rase (1954-1962) ; Les questions patrimoniales au cœur du débat architectural et urbain (1962-1970).
5 Citons notamment Thierry Jeanmonod, Gilles Ragot (dir.), L’invention d’une ville : Royan années 50, Paris, Monum/Ed. du Patrimoine, 2003, 307 p.
6 Citons Jean-Lucien Bonillo, La Reconstruction à Marseille, 1940-1960 – Architectures et projets urbains, Marseille, Ed. Imbernon, octobre 2008, 196 p.
7 Citons notamment les travaux de Joseph Abram, tels que L’équipe Perret au Havre : utopie et compromis d’une reconstruction, École d'Architecture de Nancy/BRA., 1989 ; ainsi que Les architectes du 3e atelier Perret : la génération des Trente Glorieuses, Association Auguste Perret-ENSA-Nancy, Paris, 2015.
8 Christophe Demaziere, « Pourquoi et comment analyser les villes moyennes ? Un potentiel pour la recherche urbaine », Métropolitiques, 29 janvier 2014.
9 Isabelle Backouche, Nathalie Montel, « La fabrique ordinaire de la ville », Histoire urbaine, n°19, août 2007, pp. 5-9.
Haut de pagePour citer cet article
Référence électronique
Amandine Diener, « Pierre Maurer, Architectures et aménagement urbain à Metz (1947-1970). Action municipale : la modernisation d’une ville », Les Cahiers de la recherche architecturale urbaine et paysagère [En ligne], Actualités de la recherche, mis en ligne le 07 janvier 2019, consulté le 19 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/craup/337 ; DOI : https://doi.org/10.4000/craup.337
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