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Unités et hommes au service de la protection royale

Origines et carrières au sein de la compagnie écossaise des gardes du corps du roi Louis XV (1722-1774)

Origins and Careers in the Scottish Company of King Louis XV’s Bodyguards (1722-1774)
Thomas Fressin

Résumés

La compagnie écossaise est l’une des quatre compagnies des gardes du corps du roi. Unité d’élite de la Maison militaire du roi, elle sert occasionnellement à la guerre et, de façon permanente, aux côtés du roi pour assurer des missions d’honneur et de sécurité. Son prestige est tel qu’il attire bon nombre de jeunes issus de familles nobles ou vivant de leur revenu, qui viennent soit pour y faire carrière, soit pour y servir quelque temps dans l’attente d’une promotion au sein de l’armée royale. En s’appuyant sur de nouvelles sources et sur des techniques issues des humanités numériques, cet article s’appuie sur une base prosopographique de plus de 1 500 gardes pour étudier leur carrière et celle de leurs officiers, depuis leur recrutement jusqu’à leur fin de service. L’analyse et la visualisation des données proposées affinent les conclusions de Jean-François Labourdette, formulées en 1984 dans un article traitant du même sujet, tout en apportant plusieurs nouvelles avancées.

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Notes de la rédaction

Cette contribution fait partie des actes de la journée d’études « Protéger le roi. France, xviie-xviiie siècle » (château de Versailles, 2 décembre 2023) publiés dans le Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles (https://journals.openedition.org/crcv/35852).

Texte intégral

Fig. 1. Juste Chevillet (graveur) et Charles Eisen (dessinateur), Garde de la manche, vêtu de son hoqueton et portant sa pertuisane à lame dorée à la main, estampe, 1756. Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, Recueil. Collection Michel Hennin. Estampes relatives à l’Histoire de France. Tome 102, Pièces 8789-8879, période : 1756-1757 RESERVE FOL-QB-201 (102).

Fig. 1. Juste Chevillet (graveur) et Charles Eisen (dessinateur), Garde de la manche, vêtu de son hoqueton et portant sa pertuisane à lame dorée à la main, estampe, 1756. Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, Recueil. Collection Michel Hennin. Estampes relatives à l’Histoire de France. Tome 102, Pièces 8789-8879, période : 1756-1757 RESERVE FOL-QB-201 (102).

Permalien : https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b84093108

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

  • 1 État militaire de France, 1758, p. 103.

1Composée d’unités variées, la Maison militaire du roi a, au xviiie siècle, une double vocation : un service militaire ponctuel avec le reste de l’armée royale en temps de guerre et un service domestique permanent auprès du roi. Dans ce dernier cadre, ces unités assurent, en tout temps et en tout lieu, des missions d’honneur et de sécurité au profit du souverain et de sa famille. Pour cela, elles sont organisées en une « Garde ordinaire du Roi [qui] se partage en Gardes du dedans du Louvre, & en Gardes du dehors du Louvre1 » – le Louvre désignant alors le nom générique de la résidence royale. Les unités du « dedans » sont : les quatre compagnies des gardes du corps ; la compagnie des cent gardes suisses ordinaires du corps du roi, couramment appelés Cent-Suisses ; la compagnie des gardes de la porte ordinaire ; et la compagnie des gardes de la prévôté de l’hôtel du roi, aussi appelés hoquetons ordinaires de Sa Majesté. Les gardes du dehors sont : la compagnie des gendarmes de la garde du roi ; celle des chevau-légers de la garde du roi ; les deux compagnies des mousquetaires de la garde du roi ; le régiment des gardes-françaises ; et celui des gardes-suisses.

  • 2 Un archer peut spécialement désigner sous l’Ancien Régime un officier subalterne de justice ou de p (...)
  • 3 État des compagnies écossaises et Ire compagnie françoise des gardes-du-corps du roy, 1751, chap. « (...)

2Autrefois désignés sous l’appellation d’archers2 de la garde, les gardes du corps du roi sont répartis au xviiie siècle au sein de quatre compagnies de cavalerie. Constituée en 1445 par Charles VII dans le cadre de l’alliance traditionnelle entre la France et l’Écosse contre l’ennemi commun anglais, la première, appelée compagnie écossaise, est la plus ancienne. Comme l’évoque l’État de ses gardes pour l’année 1751, elle a plus particulièrement été instituée « en faveur de Robert Patilloc, natif de Dondée en Écosse, pour récompense d’être venu en 1441 avec une troupe de sa Nation au secours de ce Prince qui venoit de perdre la bataille de Verneuil3 ». Composée à l’origine de serviteurs issus de la terre du chardon, cette compagnie n’avait déjà plus grand-chose d’écossaise sous François Ier. Ceci étant, jusqu’à sa dissolution durant la Révolution française, elle conserve sa dénomination, accueille encore quelques rares gentilshommes écossais dans ses rangs et continue de perpétuer un ancien usage lors de l’appel du guet le soir : les gardes de la manche, chargés de la garde rapprochée du souverain (fig. 1), répondent toujours « Hamir » – déformation de « I am here » – à l’appel de leur nom par le clerc du guet dans la salle des gardes.

  • 4 Pour l’année 1741, il y a au sein d’une compagnie française des gardes du corps : 20 officiers – un (...)

3Avec les trois autres compagnies dites françaises, les gardes du corps représentent sous Louis XV une force militaire de plus de 1 400 hommes4 amenés à servir aussi bien à cheval pour la guerre et les escortes (fig. 2) qu’à pied pour les missions d’honneur et de sécurité dans les résidences. Pour éviter la formation d’une garde prétorienne toute-puissante, ils n’ont aucun commandant en chef en commun. Un capitaine est à la tête de chaque compagnie et sert auprès du roi par quartier. Durant leurs trois mois de service, ces capitaines commandent à tour de rôle un détachement d’un quart des gardes de chaque compagnie pour la garde ordinaire du roi. C’est également pour eux l’occasion de figurer parmi les personnages les plus proches du roi dans le protocole curial.

  • 5 État militaire de France, 1758, p. 104.

4De par son ancienneté et son histoire, la compagnie écossaise reste la plus illustre des quatre compagnies et même de la Maison militaire. À ce titre, le capitaine de la compagnie écossaise, toujours issu de l’éminente famille des Noailles depuis 1653, est alors le « commandant né de toutes les Troupes de la Maison du Roi5 », ce qui en fait un des offices les plus importants, aussi bien aux armées qu’à la cour. L’honorabilité de la compagnie est telle qu’y être reçu est particulièrement recherché des jeunes hommes de bonne condition.

Fig. 2. Robert-Alexandre d’Hermand (directeur) et Jacques-Antoine Delaistre (peintre), « Deux gardes du corps de la Compagnie de Noailles, à cheval, dont un porte-étendard » dans Gardes du corps, Chevau-Légers, Mousquetaires, Gendarmerie, vers 1721, recueil de dessins relié en cuir brun, doré aux fers, aux armes du marquis de Breteuil, t. III, pl. 9. Paris, musée de l’Armée, 10851 BIB, A1 J7/3.

Fig. 2. Robert-Alexandre d’Hermand (directeur) et Jacques-Antoine Delaistre (peintre), « Deux gardes du corps de la Compagnie de Noailles, à cheval, dont un porte-étendard » dans Gardes du corps, Chevau-Légers, Mousquetaires, Gendarmerie, vers 1721, recueil de dessins relié en cuir brun, doré aux fers, aux armes du marquis de Breteuil, t. III, pl. 9. Paris, musée de l’Armée, 10851 BIB, A1 J7/3.

© Paris – Musée de l'Armée, Dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée

  • 6 Corvisier, 1959.
  • 7 Bodinier, 2005. Cet ouvrage reste essentiellement un dictionnaire biographique qui mêle les parcour (...)
  • 8 Labourdette, 1984.

5La liste des historiens s’étant spécifiquement intéressés à la carrière des hommes reçus parmi ces compagnies est extrêmement réduite. Outre André Corvisier qui a étudié en 1959 les gardes de Louis XIV6, plus récemment, Gilbert Bodinier s’est penché en 2005 sur ceux de Louis XVI7. Entre-temps, en 1984, Jean-François Labourdette s’est spécialement attaché au recrutement et aux carrières des gardes de la compagnie écossaise au xviiie siècle8. Encore de nos jours, son étude fait référence sur l’évolution du recrutement et des parcours au sein de cette unité d’élite de la Maison militaire. Il y explore les critères de sélection, la dominance de la noblesse provinciale, ainsi que les opportunités de carrière, tout en soulignant l’importance des relations familiales et régionales. Son analyse montre également l’évolution de ce corps : réputée unité militaire d’élite par rapport au reste de l’armée sous Louis XIV, la compagnie écossaise des gardes du corps devient, durant le xviiie siècle, un corps de parade permettant à une noblesse provinciale majoritairement pauvre de réaliser des carrières honorables dans le métier des armes. Évolution progressive qui posa le problème de l’existence même de ce corps en particulier et, plus généralement, de la Maison militaire du roi, notamment au vu de son caractère dispendieux, de son apparente inutilité ou encore du comportement contestable de plusieurs gardes au quotidien.

  • 9 Archives nationales (désormais AN), KK 537.
  • 10 Bibliothèque nationale de France (désormais BNF), Clairambault 818-819, 1599-1784 ; Service histori (...)
  • 11 État des gardes du corps pour les années 1694, 1751, 1752, 1756, 1774, 1784, 1787, 1788 et 1791.
  • 12 État de la France pour les années 1687, 1692, 1698, 1699, 1702, 1708, 1712, 1718, 1722, 1727, 1749, (...)
  • 13 Almanach de Versailles (Almanach V) pour les années 1780 et 1789.
  • 14 Lamoral Le Pippre de Noeufville, 1734-1735 ; Lemau de La Jaisse pour les années 1734, 1735, 1738, 1 (...)
  • 15 BNF, FM2 (19).
  • 16 L’état-major des gardes du corps étant parfois adjoint à la compagnie écossaise dans certains États(...)
  • 17 L’auteur travaille actuellement à un ouvrage inédit sur la compagnie écossaise des gardes du corps (...)

6Pour mener à bien son étude, Jean-François Labourdette s’est principalement basé sur un État de la compagnie écossaise daté de 1765 et conservé aux Archives nationales9. Il nous a semblé pertinent, à travers cet article, d’actualiser son analyse, en nous basant sur de nouvelles sources, tout en utilisant des techniques innovantes issues des humanités numériques. Ainsi, après avoir joint les données déjà étudiées par Jean-Labourdette et celles issues des registres de contrôles militaires similaires10, d’états des gardes du corps11, de nombreux périodiques liés au royaume12, à la cour13 et aux armées14, ou encore de tableaux de la loge militaire L’Héroïsme liée à la compagnie écossaise15, nous avons pu dédupliquer les informations et enfin identifier un total de plus de 2 500 gardes reçus dans la compagnie écossaise et l’état-major des gardes du corps, entre les années 1661 et 179116. Toutefois, pour pouvoir mettre un point final à cette contribution, et dans la perspective d’une publication future plus complète17, nous avons été contraints de circonscrire notre analyse aux 1 574 hommes reçus au sein de la compagnie écossaise sous Louis XV, entre l’année de son sacre et celle de son décès. Par ailleurs, l’utilisation dans le cas présent de data visualisation permet à la fois de représenter des données historiques complexes, d’analyser des réseaux, d’explorer de nouvelles hypothèses, et de synthétiser les résultats selon une approche multidimensionnelle.

  • 18 Pour les sources rédigées et/ou annotées sur plusieurs années, la date de début se base sur la date (...)

7Parmi les soixante et onze sources utilisées pour constituer notre enquête prosopographique, l’examen du nombre annuel de réceptions au sein de la compagnie écossaise pour chacune d’entre elles (fig. 3), avec mention des guerres (en fond rouge sur tous les graphiques de cet article) et du règne de Louis XV (en fond bleu), permet de repérer celles qui sont similaires et les plus riches en ce qui concerne le nombre de gardes du corps recensés, ainsi que les périodes supposées de rédaction de ces documents (repérables par un segment sur cette figure18).

Fig. 3. Nombre de réceptions annuelles dans la compagnie écossaise selon les sources utilisées.

Fig. 3. Nombre de réceptions annuelles dans la compagnie écossaise selon les sources utilisées.

Légende : Almanach V = Almanach de Versailles ; E GDC = État des gardes du corps ; EDF = État de la France ; EMF = État militaire de France ; CGM = Abrégé de la carte générale du militaire de France ; FM2 = BNF, FM2 (19) ; Abrege MMR = Abrégé chronologique et historique de… la Maison du roi...

© Thomas Fressin

  • 19 Lartigue, 2021-2022.
  • 20 Ce moteur de recherche met notamment à disposition le Fichier Bossu (conçu par Jean Bossu dans les (...)

8Les informations recueillies à partir de ces différentes sources portent principalement sur les origines sociales et géographiques de ces militaires d’élite, leur éventuelle carrière antérieure, ainsi que sur leur parcours professionnel au sein des gardes du corps. Pour enrichir et consolider ces informations, nous y avons adjoint des données liées à leur naissance, nous avons précisé les origines géographiques au regard de ce qui est mentionné dans les registres, et nous avons croisé cette matière avec d’autres bases prosopographiques, comme celle sur les membres reçus au sein de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis19 ou bien encore la base du moteur de recherche du Fichier Bossu20.

9L’ensemble des informations analysées nous permet ainsi de compléter l’étude de Jean-François Labourdette en matière d’origines, de carrières et de reconversions des hommes reçus au sein de cette compagnie d’élite.

Le recrutement

  • 21 Tuetey, 1908, p. 116.
  • 22 Parmi les gardes recensés, nous comptons 54 exemptions sur ce critère de taille soit 21 % des garde (...)

10Pour être reçu au sein des gardes, des conditions minimales ont notamment été définies en 1702 par le ministre de la Guerre. Les sujets devaient alors être « sages et sans reproche, dont les mœurs vous soient connues, qu’ils soient bien faits, ayant au moins cinq pieds cinq pouces et demi [177,4 cm] de hauteur et soient tous anciens catholiques21 ». Si ces conditions ne sont déjà plus intégralement respectées durant le règne de Louis XV, notamment en ce qui concerne la taille22, l’entrée dans la compagnie nécessitait d’être coopté par un « présentateur » en vue d’être définitivement mis en pied et d’y faire carrière, si rien ne s’y opposait.

Les présentateurs

  • 23 Horowski, 2019, p. 142.

11Encore au xviiie siècle, la carrière militaire reste par excellence la profession de la noblesse. De nombreuses familles cherchent à placer leurs descendants sous un étendard de cavalerie, un drapeau d’infanterie ou encore un pavillon de la marine royale. Ceci étant, à cette période, les familles de la noblesse d’épée, en particulier celles de la cour, ne sont alors pas les seules à mener cette quête. Les fils cadets de la robe, les fils des soldats de fortune étrangers ou encore les fils des descendants de financiers nouvellement anoblis sont, eux aussi, intéressés par la carrière des armes23.

12Pour les postes d’officiers en particulier, en fonction de l’orientation souhaitée de début de carrière, il était nécessaire de courtiser le bon réseau pour être reçu à l’office convoité. Pour une nomination au sein de l’armée royale, qui dépendait alors essentiellement du ministre de la Guerre, il convenait idéalement de s’entretenir avec ce ministre et son entourage pour mettre en avant un candidat. Dans le cas de la Maison militaire du roi, deux systèmes différents cohabitaient pour la cavalerie. La « maison rouge », en référence à la couleur de l’uniforme des troupes concernées (gendarmes, chevau-légers et mousquetaires), continuait d’être un système vénal, où il était donc nécessaire de racheter la charge de son prédécesseur. Pour la « maison bleue » (gardes du corps et grenadiers à cheval), les commandants des unités avaient le pouvoir de décider de l’attribution des postes vacants, en accord avec le roi.

  • 24 Les rangs de la hiérarchie au sein de la Maison militaire diffèrent des rangs de l’armée. Le rang d (...)
  • 25 Sur la période d’étude, seuls 11 militaires sont tirés de régiments de l’armée du roi, sans avoir à (...)
  • 26 Le graphe présente 1 789 nœuds. Un nœud présente une famille présentatrice. Un lien d’un nœud vers (...)
  • 27 Labourdette, 1984, p. 98.

13Ainsi, pour s’assurer une place dans les rangs de la compagnie la plus prestigieuse des gardes du corps et s’insérer dans cette hiérarchie militaire en contraste avec le reste de l’armée royale24, et à l’exception des rares recrutements où des militaires étaient directement « tirés du régiment »25, nous pourrions supposer qu’il fallait que le candidat courtise l’entourage direct de la maison de Noailles, afin que le capitaine suggère le nom au roi. Or, l’analyse des registres, qui listent les « présentateurs » des gardes du corps, révèle que les Noailles ne cooptent, en réalité, que 6,9 % des gardes reçus dans la compagnie écossaise. Comme le montre le graphe social des présentations que nous avons réalisé26 (annexe 1), une myriade d’autres familles ont présenté de futurs gardes au roi. La couleur des liens de ce graphe, qui change en fonction de la généralité d’origine du coopté, a l’intérêt de nuancer fortement l’idée défendue par Jean-François Labourdette selon laquelle les parrains cooptent des compatriotes généralement issus de leur propre patrie27.

  • 28 Ces graphes sociaux simplifiés restent valides à la présentation, dans la mesure où, en théorie des (...)

14Pour rendre ce graphe plus lisible et repérer les familles les plus influentes, nous avons fait le choix d’élaborer un second graphe, simplifié28, mettant uniquement en évidence les familles ayant coopté au moins deux gardes (annexe 2). Les familles concernées, ayant généralement un ou plusieurs officiers comme présentateurs, sont les suivantes : Ronty de Suzy (3 officiers cooptant 36 gardes), Espinchal (1 lieutenant cooptant 15 gardes), Flahaut (1 major et 2 lieutenants cooptant 15 gardes), Lastic (1 lieutenant cooptant 14 gardes) ou encore la famille Lussay (1 exempt cooptant 13 gardes). D’autres familles sont tout aussi influentes, en comptant parmi leurs présentateurs des gardes et gradés. C’est le cas des Montbel (1 lieutenant, 1 brigadier, 2 gardes de la manche et 2 gardes du corps pour 42 cooptés), Prisy (1 lieutenant et 1 garde pour 28 cooptés), Faudran (1 exempt et 2 gardes pour 21 cooptés), Nanthiat (1 exempt, 1 sous-brigadier, 2 gardes de la manche et 1 garde pour 114 cooptés), Brigaud (4 gardes pour 12 cooptés) et Suc de Saint-Affrique (5 brigadiers, 1 garde de la manche et 3 gardes pour 12 cooptés dont 8 cooptations familiales). Le nombre élevé de cooptations pour ces familles s’explique notamment par le fait que ces présentateurs ont eu une longue carrière chez les gardes.

15Toutefois, les officiers des gardes et ceux servant au sein de l’état-major des gardes du corps ne sont pas majoritaires parmi les présentateurs des gardes de la compagnie écossaise. En effet, l’analyse des catégories de grades des présentateurs (tableau 1) montre que les gardes effectuent entre eux une écrasante auto-cooptation, en présentant eux-mêmes 59 % des gardes.

Tableau 1. Catégories et grades de présentateurs servant chez les gardes du corps.

Catégorie

Grade

Nombre

%

Officier

Capitaine

127

28,5

Lieutenant

74

Enseigne

27

Exempt

90

Garde

Brigadier

120

59

Sous-brigadier

49

Garde de la manche

38

Porte-étendard

2

Garde du corps

448

État-major

Major

47

12,5

Aide-major

79

Sous-aide-major

10

Commissaire

3

Total

1 114

100

  • 29 Labourdette, 1984, p. 96 et 98.

16Ainsi, le système de cooptation, entre gardes et officiers des gardes, était une véritable institution, qui existait déjà depuis longtemps. Il suffisait d’ailleurs de devenir garde pour pouvoir présenter à son tour une personne de son entourage. Donnons un exemple : à peine reçu le 1er septembre 1719, Charles-Martine d’Aubigny présente quelques semaines plus tard son frère, Nicolas-Martine de Piton, le 25 novembre. L’analyse des 1 394 présentateurs dont nous connaissons le service d’emploi (tableau 2) permet d’ailleurs de se rendre compte de l’ampleur du phénomène. Pas moins de 81,1 % des présentateurs servent la Maison militaire du roi et 79,9 % sont directement des gardes ou officiers des gardes. Ainsi, l’évaluation de Jean-François Labourdette, estimant que « près des trois-quart des gardes sont recrutés selon un véritable système de cooptation » par « auto-recrutement »29, était donc légèrement plus en dessous de la réalité.

Tableau 2. Services des présentateurs.

Service

Nombre

%

Maison militaire du roi

– Gardes du corps

– Mousquetaires

– Chevau-légers

– Gendarmes

– Cent-Suisses

1 131

1 114

9

3

3

2

81,1

79,9

0,6

0,2

0,2

0,1

Armées du roi

73

5,2

Courtisans

63

4,5

Officiers provinciaux

54

3,9

Maison du roi

– Chambre du roi

– Écuries du roi

30
12
4

2,2
0,9
0,3

Église

23

1,7

Autres

20

1,3

Total

2 541

100

L’éventuelle carrière passée

17Notre recensement global des gardes reçus sous le règne de Louis XV montre que près des trois quarts d’entre eux (72 %) n’ont pas tenu d’emploi avant leur réception dans la compagnie écossaise, le gros du dernier quart restant se partageant entre ceux ayant déjà une expérience militaire au sein de l’armée (25,6 %) et ceux issus d’une maison royale ou princière (2,5 %). Toutefois, pour mieux comprendre les dynamiques d’entrée au sein de la compagnie, il convient de distinguer, en fonction du type de recrutement initial, ceux qui sont reçus gardes du corps et ceux qui sont directement reçus officier des gardes (tableau 3). Si les proportions statistiques n’évoluent pas pour le recrutement des gardes, nous observons une inversion pour les officiers. La plupart d’entre eux (au moins 85 %) ont déjà servi une première partie de carrière, soit au service de l’armée royale, soit au service d’une maison, royale ou princière.

Tableau 3. Emplois passés avant la réception selon le recrutement.

Recrutement

Emploi passé

Nombre

%

Garde

Sans emploi

1 071

71

Armée

347

23

Maison

25

1,7

N. D.

66

4,4

Total

1509

100

Officier

Armée

31

64,6

Maison

10

20,8

Sans emploi

2

4,2

N. D.

5

10,4

Total

48

100

N. D. : non déterminé.

18Une autre répartition permet, en outre, de mettre en avant l’âge moyen lors du recrutement, ainsi que l’éventuel temps de service moyen passé dans un autre emploi avant de rejoindre les gardes (tableau 4). Ainsi, les gardes du corps sont en moyenne recrutés à l’âge de 21,2 ans et, lorsqu’ils comptabilisent une première partie de carrière, celle-ci reste relativement courte : 5 années pour les services militaires et une année pour les services dans une maison. Si les officiers des gardes se distinguent, quant à eux, par un recrutement juvénile quand il s’agit de la haute noblesse d’épée, l’ensemble du recrutement est généralement plus tardif, avec un âge moyen de 30,8 ans à la réception, après une première partie de carrière d’une durée moyenne de 16 années, mais avec des écarts très variables. Citons par exemple le chevalier de Champeron, reçu le 18 janvier 1759 à 42 ans, après 28 années de services commencés d’abord comme page à la Petite Écurie en 1731 puis capitaine au régiment de Noailles cavalerie en 1735. Toujours dans le même régiment, il deviendra ensuite aide-major général dans l’armée, en Italie en 1747, puis lieutenant-colonel titulaire du régiment, en 1758. Cet exemple a l’intérêt de mettre en avant la proximité entretenue par le maréchal de Noailles, puis le duc d’Ayen, avec ce régiment. Pas moins de 8 officiers des gardes en sont issus, généralement après y avoir été capitaines pendant environ vingt ans, ainsi que 11 cavaliers, souvent volontaires.

Tableau 4. Âge moyen et durée moyenne des services passés selon le recrutement.

Recrutement

Emploi passé

Âge moyen

Durée passée de service

Garde

Sans emploi

20,5

Armée

24,1

5,1

Maison

22,3

1,3

N. D.

20,7

Officier

Armée

32,7

15,8

Maison

36

15,7

Sans emploi

23,1

N. D.

33,1

N. D. : non déterminé.

  • 30 Voir Wilmart, 2023.

19La répartition des gardes ayant effectué un service militaire avant d’être reçu au sein de la compagnie écossaise (tableau 5) montre que la Maison militaire du roi est assez rarement une sorte d’antichambre pour les gardes, alors qu’elle l’est davantage pour les officiers des gardes. En effet, un quart de ces derniers ont d’abord fait un stage soit dans une autre compagnie des gardes du corps, soit chez les mousquetaires, réputés pour former la noblesse30. Ce type de transfert est intéressant car il révèle la quête d’honorabilité rendue possible par le passage d’une compagnie française vers la compagnie écossaise. En dehors des recrutements issus de la Maison militaire, nous pourrions supposer que la très grande majorité des gardes issus des armées proviendraient d’unités de cavalerie, sachant que les compagnies des gardes du corps sont elles-mêmes des unités de cavalerie. Si cela se vérifie pour les officiers des gardes, dont 77 % ont été officiers de cavalerie avant leur réception (61 % de dragons, 35 % de la cavalerie légère et 4 % de cuirassiers), les résultats sont moins marqués pour les gardes. Retenons que 43 % d’entre eux sont issus de la cavalerie, 31 % de l’infanterie et 13 % des différentes formes de milices présentes dans le royaume (voir tableau 5). Pour les quelques-uns d’entre eux ayant servi au sein d’une armée étrangère, signalons cinq gardes du corps du roi d’Espagne et trois gardes du corps du roi de Pologne, montrant là aussi les transferts qui existaient autrefois entre les Maisons militaires royales en Europe du temps de Louis XV.

Tableau 5. Origines militaires avant la réception.

Recrutement

Origine

Arme

Nombre

%

Garde

Armée du roi

Cavalerie

153

42,7

Infanterie

111

31

Artillerie

6

1,7

Marine

1

0,3

Autres

6

1,6

Milices

47

13,1

Maison militaire du roi

14

3,9

Armée étrangère

9

2,4

Écoles militaires

8

2,2

Compagnie des Indes

3

0,8

Total

358

100

Officier

Armée du roi

Cavalerie

23

57,5

Infanterie

6

15

Maison militaire du roi

10

25

Milices

1

2,5

Total

40

100

20Nous nous sommes intéressés ensuite au niveau de responsabilité militaire passée des gardes issus aussi bien des armées que de la Maison militaire du roi. À cet effet, nous avons entrepris de présenter leur dernier grade militaire connu selon une catégorisation relativement contemporaine (tableau 6). Tous les officiers des gardes sont dans l’ensemble déjà des officiers accomplis (95 %). Si nous mettons de côté les recrutements issus de transferts au sein de la Maison militaire du roi, déjà évoqués plus haut, les enseignes des gardes sont majoritairement recrutés parmi d’anciens officiers détenant le grade de capitaine à mestre de camp et ayant eu a minima le commandement d’une compagnie, voire d’un régiment. Le recrutement direct des exempts des gardes se base, quant à lui, en grande partie sur des lieutenants et des capitaines, ainsi que sur quelques cadets aspirant à devenir officiers. En ce qui concerne les gardes du corps, le recrutement chez les militaires est beaucoup plus diversifié. Outre un quart de « soldats » et de « sous-officiers » et un quart d’« aspirants officiers » (cadets, volontaires, surnuméraires), le gros des gardes est constitué d’anciens officiers subalternes (dont 6 % de capitaines, 57 % de lieutenants, 9 % de cornettes et 18 % de gardes du corps issus des compagnies françaises).

Tableau 6. Catégorisation des grades militaires connus avant la réception.

Recrutement

Catégorie

Nombre

%

Garde

Officier subalterne

140

46,8

Aspirant officier

83

27,8

Sous-officier

7

2,3

Soldat

69

23

Total

299

100

Officier

Officier supérieur

10

25,6

Officier subalterne

27

69,2

Aspirant officier

2

5,1

Total

39

100

21Terminons cette section en évoquant le cas des recrutements issus d’une des maisons princières autres que celle de la Maison militaire du roi. Bien qu’ils ne soient pas nombreux sur la période qui nous intéresse (11 cas), tous concernent des pages, principalement issus de la Maison du roi (7 cas), de la Maison de la reine (2 cas) et de maisons princières (2 cas). Bien qu’indirectement proches de la famille royale durant leur première partie de carrière dans ces maisons, aucun d’entre eux n’est présenté chez les gardes par l’un de ces éminents personnages. Comme pour le reste des gardes, ils ont souvent recours à leur réseau social de proximité, en se faisant présenter par un autre garde du corps. Notons toutefois que quelques gardes ont été présentés par des princesses, comme Pierre Le Franc d’Argentel, coopté en 1751 par Madame Adélaïde et qui meurt « au service » du roi à Wezel en 1761, pendant la guerre de Sept Ans.

Les origines familiales des gardes

22Après l’étude des données mises à jour sur les présentations et les carrières passées des gardes, il nous a semblé intéressant de réactualiser les statistiques de Jean-François Labourdette liées à leurs origines familiales, tant géographiques que sociales. Ce travail s’imposait d’autant plus que nos résultats diffèrent parfois ou complètent ceux obtenus il y a une quarantaine d’années.

  • 31 Le géocodage consiste à affecter des coordonnées géographiques (longitude et latitude) à un lieu, p (...)
  • 32 Labourdette, 1984, p. 100.
  • 33 J.-F. Labourdette donnait « Montpellier-Toulouse 145, 11,8 % ; Limoges 117, 9,5 % ; Paris 88, 7,2 % (...)

23Concernant les origines géographiques tout d’abord, nous nous sommes appuyés, nous aussi, sur les registres, qui indiquent bien souvent la paroisse, l’évêché et la généralité de naissance des gardes. Toutefois, l’analyse démontrant que ces données manuscrites sont parfois erronées, nous avons tenu à les fiabiliser, en les complétant par des renseignements généalogiques et biographiques, mais aussi en géocodant31 les localités de naissance des gardes. Cela nous a permis d’établir une première série de données sur les généralités de naissance des gardes (voir fig. 4 et 5). Tout comme Jean-François Labourdette, nous constatons ainsi que « la majorité des gardes est originaire des provinces du Midi et du Centre de la France, et pour l’essentiel du Midi aquitain et languedocien32 ». Toutefois, étant donné notre corpus et les limites temporelles fixées, les cinq premières généralités deviennent celles de Montpellier, Paris, Bordeaux, Limoges et Soissons. Avec ce nouveau classement, qui diffère du premier établi33, les généralités de Paris et de Soissons ont ainsi gagné en importance. En représentant sur la figure 4, en fond rouge, les guerres françaises en Europe (guerres de Succession de Pologne, guerre de Succession d’Autriche et guerre de Sept Ans), il est intéressant de noter que, dans ces deux généralités, comme dans quelques autres, les recrutements diminuent grandement en période conflictuelle. Nous en déduisons que certains gardes pouvaient se faire recevoir davantage pour la domesticité curiale auprès du roi que pour l’engagement militaire sur les champs de bataille, compte tenu du risque vital que ce dernier supposait. Ou bien encore que les gentilshommes issus de ces provinces préféraient plutôt servir au sein de régiments de l’armée du roi en temps de guerre.

Fig. 4. Réceptions des gardes selon leur année de réception et leur généralité de naissance.

Fig. 4. Réceptions des gardes selon leur année de réception et leur généralité de naissance.

© Thomas Fressin

  • 34 Ibid, p. 101.

24Par ailleurs, concernant les origines géographiques atypiques, outre les quatre Écossais déjà repérés dans la première étude34, nous pensons que le sieur Raffan, reçu en 1748, peut être identifié comme un nouveau garde originaire d’Écosse, ayant servi au maximum trois années. Relevons aussi une fratrie de trois, du nom d’Otoole, originaires de Champagne et reçus tous les trois gardes en 1736 et dont le père est « capitaine irlandais au service de la France ». Enfin, outre un certain nombre de « créoles » – issus de Saint-Domingue (7 cas), de Martinique (4 cas) et d’Haïti (1 cas) –, nous identifions également la présence de gardes originaires de Louisiane (2 cas) et du Mississippi (1 cas).

Fig. 5. Carte des généralités de naissance des gardes.

Fig. 5. Carte des généralités de naissance des gardes.

© Thomas Fressin

  • 35 Les généralités ont une superficie moyenne d’environ 17 670 km² ; les diocèses 3 700 km².

25La carte des généralités de naissance des gardes (fig. 5) présentant finalement, selon nous, de trop vastes territoires, nous estimons que la catégorisation qui en découle ne permet pas d’observer finement les inégalités de recrutement selon les différentes régions du royaume. Ainsi, nous avons entrepris de catégoriser différemment les localités de naissance des gardes à l’aide d’une carte des diocèses (fig. 6), réduisant ainsi la superficie moyenne des régions à comparer35. Ceci permet de faire émerger d’autres secteurs géographiques prépondérants. Les quinze diocèses les plus importants sont : Limoges (103 gardes), Paris (76), Rouen (52), Sarlat (39), Laon (35), Poitiers (34), Soissons (33), Cahors (33), Bourges (32), Clermont (31), Périgueux (31), Besançon (30), Saint-Flour (29), Angoulême (28) et Amiens (28). Ces résultats confirment les principaux facteurs déjà identifiés comme signalant l’importance d’un territoire en termes de recrutement : citons, dans bon nombre de cas, la pauvreté des territoires, dans d’autres la proximité avec les frontières du Nord, ou bien encore la proximité géographique avec la cour versaillaise.

Fig. 6. Carte des diocèses de naissance des gardes.

Fig. 6. Carte des diocèses de naissance des gardes.

© Thomas Fressin

  • 36 Ibid.

26Si Jean-François Labourdette indique que le document exploité par ses soins « ne permet pas de réaliser une étude des origines sociales des gardes aussi précise que celles des origines géographiques36 », nos recherches complémentaires ont en revanche permis de mieux mettre au jour le statut social de la famille, de retrouver la profession des parents, ainsi que le rang de naissance agnatique des gardes. Précieuses informations qui viennent enrichir l’analyse initiale.

  • 37 Le Roux, 2017, p. 7 et suiv.

27Tout d’abord, l’observation du nombre annuel de réceptions dans la compagnie écossaise en fonction du statut social (fig. 7) permet un premier constat d’importance : en temps de conflit, le roi ne se refusait pas à employer davantage de gardes issus de bonnes familles. Tout du moins, les résultats de la figure 8 permettent de l’attester très clairement durant les guerres de Succession de Pologne et d’Autriche, alors que la proportion de gentilshommes baisse significativement. Cette répartition entre noblesse et bourgeoisie n’est pas étonnante quand nous savons que, depuis Louis XIV au moins, l’exclusivisme social n’est plus de rigueur chez les gardes du corps. Tout au long du xviiie siècle, les roturiers tentent de s’y faire recevoir pour assouvir leur quête de notabilité et le roi tient à les contenter, afin de bénéficier d’une ressource utile sur les champs de bataille. En période de guerre, ils remplacent les gentilshommes qui, « noblesse oblige37 », préfèrent s’engager dans l’armée, où l’expérience de l’honneur débouche alors plus souvent sur la gloire militaire. D’autant que, plus nous avançons dans le xviiie siècle, moins les gardes semblent engagés militairement.

Fig. 7. Nombre annuel de réceptions selon le statut social.

Fig. 7. Nombre annuel de réceptions selon le statut social.

N. D. : non déterminé.

© Thomas Fressin

  • 38 Ibid, p. 102.
  • 39 SHD, GR Yb 15, garde reçu le 1er avril 1752.

28L’examen de cette même figure, pour notre période de référence, permet d’évaluer à près de deux tiers les gardes issus de familles nobles (68 %) contre un tiers issu de la bourgeoisie (30 %) – celle-ci allant des familles « vivant très noblement » aux « familles de petite condition », en passant par des « naissances surprenantes ». Toutefois, nous allons le voir, ces proportions sont à nuancer. Pour la période 1746-1758, Jean-François Labourdette notait une étonnante absence de ratures sur les mentions « gentilhomme » et faisait alors l’hypothèse qu’« il ne s’agit pas d’exclusive nobiliaire, mais d’un oubli ou d’une négligence, volontaire ou non, du rédacteur, car nous notons la présence de gardes appartenant à des familles qui, dans la période précédente, étaient considérées comme roturières38 ». En nous appuyant sur des sources croisées plus nombreuses, nous avons réussi à identifier davantage de gardes issus de bonnes familles entre 1746 et 1752, ce qui montre que le distinguo social pouvait encore être recherché par certains rédacteurs. Quoi qu’il en soit, à partir du milieu de siècle, nous observons de notre côté que les différents rédacteurs ne semblent presque plus se focaliser sur la distinction entre gentilshommes et non-gentilshommes, pourvus qu’ils soient tous de bonne condition sociale ou financière, ou encore issus d’une famille ayant déjà compté des gardes. À partir du milieu de siècle, ce sont essentiellement les naissances non convenables qui finissent par être spécialement annotées sur les registres. Cela concerne le plus souvent des gardes dont les pères sont finalement connus pour être laboureurs ou cultivateurs, mais il peut aussi s’agir de marchands, de tisserands ou encore de quelques avocats et petits officiers fiscaux de province. Une fois les rotures inacceptables repérées, les gardes sont presque toujours renvoyés de la compagnie et rayés des registres. Quelquefois, ils sont retirés puis réintégrés « après prise de renseignements », comme pour Joseph Lisle Le François, originaire de Rouen, reçu garde en 1752, d’abord rayé par ordre du duc d’Ayen sur la base des rapports des gardes du roi domiciliés à Rouen parce que la naissance ne convenait pas, puis finalement remis dans la compagnie, à la suite des informations qu’il a fournies sur sa naissance39. Ainsi, le réseau social des gardes dans leur province d’origine pouvait aussi être exploité pour chercher à valider ou invalider la qualité de la naissance d’un de leurs camarades.

29Si aucune enquête formelle et approfondie ne semble avoir été diligentée avant les réceptions pendant la première partie du xviiie siècle, c’est sans doute parce que la qualité du recrutement était alors encore essentiellement basée sur l’honorabilité des présentateurs. C’est à eux qu’il revenait d’attester de l’état convenable des hommes qu’ils cooptaient et c’était à eux d’en répondre devant la compagnie. Toutefois, très clairement, ce processus de recrutement basé sur la confiance des parrains était perfectible au regard du fréquent clientélisme en vigueur à la cour. Certains présentateurs semblaient d’ailleurs complètement méconnaître les origines des gardes qu’ils cooptaient. Le maréchal de Noailles et le duc d’Ayen en sont de parfaits exemples : alors qu’ils sont officiers de la compagnie, ils présentent, entre 1757 et 1766, quatre gardes qui finiront par être rayés des registres pour cause de naissance.

  • 40 SHD, GR Yb 15, garde reçu le 17 décembre 1756.
  • 41 Les recherches généalogiques menées sur de nombreux gardes permettent, en effet, de constater que l (...)

30Pour lutter contre les fraudes lors des réceptions, après la guerre de Succession d’Autriche, la compagnie mène davantage de contrôles et s’informe désormais sur les naissances. Quand l’une d’elles pose manifestement problème et que les informations demandées ne sont pas reçues, les registres mentionnent, comme dans le cas de Louis-Paul de La Motte : « on luy a sévi pour quil envoye les certificats requis40 ». Des mentions issues des registres de baptêmes des paroisses commencent également à être recopiées sur certains registres. Des parties de noms de famille sont biffées, ne laissant apparaître au final qu’un seul nom de famille, sans particule. Des dates de naissance issues des certificats sont également parfois inscrites, permettant d’en déduire l’âge réel des gardes à leur réception et de limiter ainsi les faux âges déclarés41. Notons enfin qu’en 1775, avec l’exigence de la possession de certificats de noblesse à l’entrée de la compagnie, des mentions « gentilhomme » sont régulièrement biffées sur des sujets reçus une dizaine d’années plus tôt.

31En ce qui concerne les emplois connus des pères des gardes, non analysés par Jean-François Labourdette, nous notons que, pour les familles nobles, pour l’essentiel, 41 % sont militaires, 27 % travaillent dans un environnement juridique et 19 % servent la Maison militaire du roi. Pour les familles non nobles, 45 % relèvent du judiciaire, 20 % du milieu économique (propriétaires, marchands, négociants et cultivateurs), 17 % des armées, 5 % de la médecine et de la chirurgie, 4 % de la Maison militaire du roi, 3 % de l’échevinage et 3 % du monde des finances et de la fiscalité.

  • 42 Nous n’avons pas pris en compte les frères décédés dans le rang calculé.

32L’étude du rang de naissance agnatique connu au jour de la réception42, également non menée dans l’enquête initiale, montre enfin que près d’un garde du corps sur deux se trouve être l’aîné de la famille (45 %), sans différence significative entre les familles nobles (47 %) et celles non nobles (43 %). Ce phénomène est encore plus vrai dans le cadre des officiers des gardes : 66 % d’entre eux ont ce premier rang. Cela confirme l’intérêt des familles de placer leurs aînés chez les gardes, en vue de leur assurer une carrière de qualité.

La carrière

33Les gardes de la compagnie écossaise ne faisaient pas tous carrière de la même façon. Cette partie aborde trois aspects clés de leur progression : la mise en pied définitive des gardes, leur manière d’être et de servir et enfin les promotions par le biais de la chancellerie qui permettaient de récompenser les gardes méritants.

Mise en pied

34Si les réceptions sont nombreuses au sein de la compagnie écossaise, tous les gardes n’y font pas carrière, loin de là.

  • 43 Les réceptions ont lieu toute la semaine au regard des dates connues : lundi (13 %), mardi (15 %), (...)
  • 44 Les réceptions ont aussi lieu durant le 2e trimestre (30 %), le 3e trimestre (15 %) et le 4e trimes (...)

35Dans la pratique, la réception sur les registres reste une action administrative par laquelle le récipiendaire est admis dans la compagnie. Elle se déroulait n’importe quel jour de la semaine43, le plus souvent durant le premier trimestre de l’année (36 %), qui correspondait au quartier de service du capitaine de la compagnie, mais sans exclusive44, et consistait à prêter serment entre les mains du capitaine. Une charge n’étant généralement pas immédiatement vacante, le récipiendaire devenait alors « surnuméraire » d’une brigade de la compagnie écossaise. La réception lui permettait surtout de prendre rang selon l’ordre des réceptions dans la compagnie, tout en prenant date pour le début de ses services militaires, avec les avantages que cela pouvait procurer sur le long terme pour ce qui concerne la chancellerie. D’où des âges parfois fort jeunes, avec des gentilshommes reçus dans la compagnie à seulement 11-12 ans, comme le marquis de La Billarderie en 1737, le vicomte d’Arpajon en 1768 ou le baron de Bouville reçu en 1770.

36Pour quitter le statut de surnuméraire et devenir pleinement garde du corps de la compagnie, il fallait d’abord qu’une charge se libère, soit par abandon, soit par la mort de son titulaire. La compagnie transmettait alors au garde un billet lui donnant l’ordre de « joindre la compagnie ». Le garde devait répondre à l’ordre, puis « faire la résidence » et être présent à la revue lui permettant d’être « mis en pied », actant ainsi son entrée définitive. L’ordre de mise en pied ne correspondait pas nécessairement à l’ordre de réception, certains gardes arrivant à faire avancer ou reculer leur entrée définitive, selon leurs occupations. Par ailleurs, nous constatons que la brigade d’affectation définitive n’était pas toujours celle de réception comme surnuméraire. C’était toujours la charge vacante qui dictait l’affectation.

Fig. 8. Délai entre la réception et la mise en pied.

Fig. 8. Délai entre la réception et la mise en pied.

© Thomas Fressin

37Le temps passé entre la réception et la mise en pied définitive varie, selon les périodes, de quelques mois à six années. Au vu des 468 dates de mises en pied connues et intervenues entre 1752 et 1774, nous constatons une nette augmentation de ce délai, entre la fin de la guerre de Succession d’Autriche et la guerre de Sept Ans (fig. 8). Durant cette dernière, étant donné les pertes humaines et les éventuelles désertions, les vacances de charge interviennent plus rapidement et permettent de faire chuter le délai, qui remonte à nouveau une fois la paix retrouvée dans le royaume.

Manière d’être et de servir

  • 45 SHD, GR Yb 10 et GR Yb 12. Le registre GR Yb 14 présente un échantillon de seulement huit annotatio (...)

38Quelques-uns des registres étudiés45 nous éclairent sur la manière de servir au sein de la compagnie écossaise. Les rédacteurs de certaines brigades ajoutent en effet, pour les gardes du corps (jamais pour les officiers), quelques annotations manuscrites qui y sont relatives.

39Généralement, ces annotations constituent des appréciations sur les qualités morales et comportementales, souvent en lien avec l’intégrité, la droiture et le respect des normes sociales et éthiques attendues à la cour. Ainsi voit-on fréquemment des mentions du type « de bonne vie et mœurs », « honnête homme » ou encore « sage ». A contrario, des mentions du type « mauvaise conduite », « médiocre sujet », « point de conduite », « paresseux » ou « mauvais esprit » servent à désigner les mauvais sujets.

40Une fois la manière d’être évaluée, des annotations sur la manière de servir suivent le plus souvent. Celles présentes sur le registre GR Yb 10, probablement inscrites entre 1731 et 1745, sont parfois descriptives. Celles du registre GR Yb 12, rédigées postérieurement à la bataille de Fontenoy, sont quant à elles des plus brèves. Ces évaluations utilisant approximativement les mêmes qualificatifs, il nous a été possible de les normaliser et de les comparer (fig. 9). Il en ressort que les évaluateurs de la première source signalent beaucoup moins de mauvais gardes que la seconde. Il ne nous a pas été possible de trancher avec certitude pour savoir si les qualités requises ont évolué dans le temps, ou bien si les critères des évaluateurs ont changé. Ceci étant, sur les 40 gardes ayant été visés par une évaluation inscrite dans les deux sources, un tiers des appréciations n’évolue pas et seulement 8 % d’entre elles changent significativement (par exemple de « moyen » à « fort bon »). La seconde source a l’avantage de présenter une échelle de valeurs plus grande et montre ainsi que les officiers n’étaient satisfaits, voire très satisfaits, que de la moitié des gardes ; suit ensuite près d’un tiers de gardes signalés avec un « néant » ; enfin, le reste (17 %) concentre des gardes « médiocres » à « très mauvais », ce qui représente une assez grande proportion.

Fig. 9. Appréciations mentionnées sur les sources GR Y10 (à gauche) et GR Y12 (à droite).

Fig. 9. Appréciations mentionnées sur les sources GR Yb 10 (à gauche) et GR Yb 12 (à droite).

N. D. : non déterminé.

© Thomas Fressin

41En croisant ces résultats avec les qualités sociales, il est intéressant de noter que, dans le cas des deux sources, les gentilshommes sont majoritaires parmi les gardes donnant le plus de satisfaction et sont légèrement moins nombreux parmi les gardes qui font l’objet d’appréciations négatives. Toutefois, il ne faut pas en conclure qu’une plus haute naissance garantisse un meilleur service : les deux « très mauvais » gardes du registre GR Yb 12 sont en effet issus de la noblesse. L’un des deux, le sieur Ville Comtal, est même jugé « très mauvais et dont il est impossible de rien faire ». L’autre, Joseph de Montmiral, est quant à lui « très mauvais, joueur faisant des dettes, court les filles ».

42Après ces premières évaluations, peuvent enfin être ajoutées des remarques complémentaires portant sur des habilités particulières (« très bon homme de cheval »), l’état de fortune (4 cas « fort pauvre »), les addictions au jeu (5 cas « joueur ») ou à la boisson (1 cas « ivrogne »), ou encore l’état de santé (5 cas « dérangé », 2 cas « malade »). L’apparence physique peut également être consignée, qu’elle soit favorable (« grand, bien fait », « de belle figure ») ou défavorable (« figure très médiocre », « taille médiocre », « est petit »). Il peut également être mentionné l’utilité de promouvoir le garde à plus ou moins long terme (« à élever », « il y a de l’espérance »), ou bien encore l’idée d’exclure les mauvais sujets du corps (« médiocre sujet à renvoyer », « à renvoyer s’il ne se corrige »). Toutefois, ces mentions ne sont pas assez nombreuses pour permettre d’en déduire des tendances générales.

43Nous en avons profité pour regarder les appréciations concernant les gardes devenus officiers par le rang. Seul l’un d’entre eux, Jean-Louis-Bernard de Frézals de Bourfaud, reçu en 1728 et devenu exempt en 1761 puis enseigne en 1772, est qualifié sur la première source « de bonne vie et mœurs. Très bon ». Quatre autres y sont jugés « bons » et un autre « médiocre ». Dans la seconde source, 3 sont « forts bons » : Claude-Guillaume de Prisy de Chazelles, qui deviendra lieutenant et maréchal de camp, André Boucher de Courson, sous-lieutenant, et François Moussier, exempt. Il y a ensuite 20 gardes jugés « bons », 7 gardes « moyens » et, étrangement, un « mauvais » garde, François Bichon de La Tour, également qualifié de « mauvais » dans la source GR Yb 14, alors qu’il arrivera pourtant à devenir lieutenant des gardes en 1771.

44Des annotations plus précises sont parfois présentes et concernent alors, généralement, plutôt les mauvais sujets. Citons le cas de Nicolas de Maison Neuve, qui est « mauvais, on l’accuse d’avoir mal fait à Fontenoy, renvoyé » ; ou encore Nicolas Bainville qui est « mauvais, [a] point de conduite, ayant vendu son bidet pendant la campagne de 1745 ». L’état d’une mauvaise naissance peut aussi être reporté, comme pour Jean-Jacques Latelisse, qui est « renvoyé, [car] on a découvert qu’il était domestique ». Ou bien encore la mention d’un mauvais état de service à la guerre, comme François Rigault, qui est « renvoyé pendant la campagne de 1745 pour une mauvaise affaire qu’il avait sur le corps dans son pays ».

45Pour finir, notons, dans la première source, la mention de 17 appréciations évoquant spécifiquement la garde du quartier : ainsi 8 gardent bien le quartier, tandis que 9 ne le gardent pas, « n’aime pas à rester au quartier » ou sont « peu au quartier ». Ceci montre les libertés que certains gardes pouvaient prendre et la difficulté, pour les officiers, de les conserver au quartier pour le bien du service.

Promotions et chancellerie

46L’analyse, par l’intermédiaire d’un diagramme de Sankey, des carrières des gardes au sein de la compagnie permet de mettre en évidence tant les flux de recrutements et de promotions, que le volume de grades distribués, parmi les 1 574 gardes reçus sous le règne de Louis XV (fig. 10).

Fig. 10. Infographie des évolutions de grades dans la compagnie écossaise.

Fig. 10. Infographie des évolutions de grades dans la compagnie écossaise.

Légende : Réc. = réception ; GDC = garde du corps ; PE = porte-étendard ; GDM = garde de la manche ; PHA = premier homme d’armes de France ; SB = sous-brigadier ; BRI = brigadier ; MDL = maréchal des logis ; EX = exempt ; ENS = enseigne ; SLT = sous-lieutenant ; LTN = lieutenant ; MAJ = major ; CNE = capitaine.

© Thomas Fressin

47En ce qui concerne les gardes du corps, le constat principal est que la grande majorité d’entre eux (78 %) conservent leur rang jusqu’à leur fin de carrière dans la compagnie. Ainsi, seulement 22 % des gardes faisaient l’objet d’une promotion interne, soit en devenant officiers (3 %), soit en devenant ce que nous appellerions des « gradés ». Si le rang de porte-étendard est confié à d’anciens gardes méritants jusqu’à la fin du règne de Louis XV, il s’agit alors, la plupart du temps, d’un grade terminal. Le rang de garde de la manche, une fois atteint, permet quant à lui, dans les deux tiers des cas, de déboucher principalement sur une promotion parmi les sous-brigadiers et les brigadiers, et, plus confidentiellement, comme premier homme d’arme de France. Cette charge, dont le titre est purement honorifique, était historiquement confiée au plus ancien des gardes de la manche jusqu’au début du règne de Louis XVI. Ce souverain innove alors en recevant à ce grade François Veyret, en 1779, puis Louis-Joseph de Saint-Martin, en 1786, après une vingtaine d’années d’expérience chez les gardes. De même, le nouveau souverain réforme les grades en 1776 : il supprime les sous-brigadiers pour les faire passer brigadiers et crée les maréchaux des logis, au-dessus des brigadiers. Ces changements et les flux qu’ils génèrent permettent ainsi de sélectionner et réaffecter uniquement les principaux gradés de confiance au grade terminal de maréchal des logis.

  • 46 Horowski, 2019, p. 148.

48Pour les officiers des gardes, nous observons qu’ils provenaient, à proportion équivalente, de recrutements directs et de promotions internes parmi les gardes et gradés. Cet usage préconisant une alternance sur ces nominations, conforme aux prescriptions en vigueur au moins depuis le règne de Louis XIV, avait un double avantage : d’un côté, recruter des officiers méritants et d’expérience issus de l’armée du roi et, de l’autre, récompenser et fidéliser les gardes les plus valeureux. Il faut par ailleurs noter que, par le jeu des promotions en cascade, bon nombre d’officiers des gardes font l’objet d’une évolution dans les degrés successifs de la hiérarchie, entre le grade d’exempt et celui de lieutenant. Cette ascension, relativement exceptionnelle en dehors de la Maison militaire46, rendait ces charges d’autant plus prestigieuses. Toutefois, il n’était jamais possible d’accéder au sommet de la hiérarchie, le grade de capitaine étant alors toujours réservé à un puissant de la maison de Noailles.

49Si nous nous intéressons maintenant aux durées cumulées de service, avant une remise de décoration ou une promotion à un grade de la hiérarchie spécifique des gardes du corps, nous observons, sur notre période de référence, de grandes évolutions des courbes de tendance (fig. 11).

Fig. 11. Courbes de tendance des années d’ancienneté nécessaires pour les promotions.

Fig. 11. Courbes de tendance des années d’ancienneté nécessaires pour les promotions.

Légende : MDL = maréchal des logis ; BRI = brigadier ; SB = sous-brigadier ; GDM = garde de la manche ; PE = porte-étendard ; Chev. SL = chevalier de Saint-Louis.

© Thomas Fressin

50Pour commencer par la chancellerie positive, nous constatons sans surprise que la croix de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis était la plus distribuée. Ainsi, près d’un garde sur trois était membre de cet ordre, avec la répartition suivante selon les trois classes : au moins 491 chevaliers, 9 commandeurs et 6 grand-croix. Si la première classe de chevaliers concerne indistinctement des gardes et des officiers des gardes, les suivantes concernent uniquement des officiers reçus directement, finissant lieutenants ou majors, à l’exception de Claude-Guillaume de Prisy de Chazelles, dont nous avons déjà parlé, qui est le seul officier issu du rang à accéder à la classe de commandeur.

51Si, au xviiie siècle, il fallait aux militaires au moins vingt années de service pour pouvoir prétendre à la croix de chevalier, les gardes reçus en début de règne de Louis le Bien-Aimé devaient se montrer davantage patients pour intégrer l’ordre : la tendance était alors à une attente d’environ 28 ans. Avec la guerre de Succession d’Autriche, la durée de remise de la croix chute à près de 20 ans de service, ce qui permet de récompenser les braves gardes engagés sur les champs de bataille.

  • 47 Mazas, p. 585.

52Plus tard, le roi ne maintient pas cette politique de chancellerie durant la guerre de Sept Ans et le temps de paix qui suit. La durée avant l’obtention d’une croix augmente et même, pendant cinq années, entre 1764 et 1768, il est décidé de ne recevoir aucun garde. Ce phénomène, qui n’est observable à aucun autre moment de son règne ou de celui de son petit-fils, est dû au fait qu’entre 1763 et 1770, il n’y a eu que quelques promotions individuelles dans cet ordre47. En effet, après avoir largement récompensé les services rendus pendant la guerre de Succession d’Autriche, des restrictions sur les admissions sont appliquées, à la fois pour éviter une démultiplication du nombre de chevaliers mais aussi pour limiter le nombre de croix distribuées avec attribution d’une pension, qui commençaient à peser lourd sur les finances du royaume. Une timide reprise des réceptions dans l’ordre s’effectue en 1769 avec seulement 6 gardes, puis l’année suivante nous assistons à une sorte de régularisation assez massive, avec cette fois 48 gardes décorés. Ceci provoque une augmentation de la durée moyenne de service à 25 ans en fin de règne du Bien-Aimé, pour une nouvelle fois diminuer à 20 ans, à la fin du règne de Louis XVI.

53N’ayant pas pour ce siècle, contrairement au xixe siècle, de mémoires qui permettent de connaître les faits motivant les réceptions dans cet ordre, il nous est difficile de savoir si ces remises relevaient de l’ancienneté ou du mérite. En tout cas, la mention de services méritants ne figure que rarement sur les registres. Il devient alors nécessaire de reconstituer les histoires individuelles des gardes pour en apprendre plus sur leurs mérites ; un chantier qui reste à entamer.

54Dans l’état actuel de notre recherche prosopographique, signalons tout d’abord que quelques sujets de la compagnie sont reçus dans d’autres ordres de chevalerie. Le vicomte de Crécy-Aumont et le comte d’Agoult, tous deux officiers, comme Louis-Marie-Joseph Dutertre et Maurice-Édouard Pasquet de Salagnac, tous deux gardes du corps, sont ainsi chevaliers de l’ordre de Saint-Lazare. Du côté des Noailles, les gardes se distinguent au sein d’autres ordres plus prestigieux. Le comte d’Ayen et le prince de Poix sont ainsi chevaliers de l’ordre de la Toison d’or (respectivement reçus en 1780 et 1784). Le duc d’Ayen, lui, devient en 1749 chevalier de l’ordre du Saint-Esprit.

55Si nous nous en remettons aux promotions, il est intéressant de noter que la courbe de tendance des croix de Saint-Louis recoupe celle des promotions des gardes de la manche. Une vacance de charge à ce grade entraînait la promotion « en cascade » d’un degré du garde le plus ancien. Ainsi, sans réelle notion de mérite mais plutôt par simple ancienneté, il était possible, à peu près dans le même temps, de bénéficier de la croix et d’obtenir cette charge qui faisait de ces gardes des commensaux du roi. Les promotions comme sous-brigadier et brigadier avaient, quant à elles, la particularité d’être davantage liées au mérite, ce qui fait que les plus anciens gardes de la manche n’étaient pas toujours élevés à ces grades. D’ailleurs, à partir des années 1770, les courbes des promotions de gardes de la manche et de sous-brigadiers se croisaient, montrant ainsi que les meilleurs gardes arrivaient désormais à devenir sous-brigadiers bien avant la masse des autres. La durée d’accès au grade de brigadier reste relativement constante sur la période d’étude, soit une trentaine d’années à partir du début des services militaires. Enfin, la durée d’accès au grade de maréchal des logis est d’abord d’environ 35 ans, pour descendre à 30 années juste avant la dissolution de la compagnie en 1791.

Fin de service aux gardes

56Tout engagement militaire a une fin, influencée par des facteurs comme la mort, les guerres, les réformes ou encore les reconversions. C’est ce que nous aborderons dans cette dernière partie.

Durée de service

57Sur l’ensemble des gardes étudiés sur notre période de référence et dont nous savons s’ils ont été mis en pied ou non, nous notons que 1 167 d’entre eux (86 %) ont définitivement rejoint la compagnie écossaise pour y mener une carrière plus ou moins longue. Cette carrière peut prendre fin en raison de plusieurs motifs (fig. 12). Parmi ceux que nous connaissons, rappelons pour commencer que 11 % des gardes ne sont pas mis en pied. Ensuite, près d’un garde sur deux (53 %) quitte la compagnie écossaise volontairement, soit pour se retirer et prendre sa retraite, soit pour continuer à servir ailleurs (voir ci-après les « Reconversions »). Quelques gardes meurent (11 %), soit naturellement, soit durant le guet ou encore en campagne. Enfin, 324 gardes sont renvoyés de la compagnie, c’est-à-dire près d’un sur quatre de l’effectif connu (24 %). Toutefois, cette proportion, à nuancer, inclut deux tiers de renvois suite à la Révolution française (172 cas) et aux réformes (39 cas). Il reste alors 113 cas de renvois pour mauvaise conduite, 6 pour affaires judiciaires, 5 pour affaires de jeux et de dette, 5 pour mauvaise naissance et 3 pour n’avoir pas joint le corps après une convocation pour une revue.

Fig. 12. Motifs des départs.

Fig. 12. Motifs des départs.

© Thomas Fressin

58Ces différents types de départs influent sur les durées de service au sein de la compagnie écossaise. Les recrues qui font carrière, après avoir été mises en pied, servent pour une durée qui diffère selon leurs responsabilités et les périodes concernées, notamment au moment des guerres et à l’approche de la Révolution. Pour étudier ces durées, il nous semble pertinent de distinguer les officiers directs des officiers issus du rang et de séparer les gardes du corps (fig. 13).

Fig. 13. Durée de service dans la compagnie écossaise selon le recrutement.

Fig. 13. Durée de service dans la compagnie écossaise selon le recrutement.

N. D. : non déterminé.

© Thomas Fressin

59Si les officiers issus du rang cumulent, de leur côté, entre 30 et 50 années de services cumulés, faisant d’eux des officiers des gardes expérimentés, ceux recrutés directement présentent deux profils distincts : ceux qui finissent leur carrière militaire chez les gardes avec 20 à 35 années de services cumulés et ceux qui quittent volontairement le corps après une dizaine d’années pour continuer à servir ailleurs avec une nouvelle charge.

  • 48 Les rédacteurs des registres ne mentionnent que trop rarement les raisons de la mort des gardes. No (...)

60Les gardes du corps reçus au début du règne de Louis XV servent pour une durée moyenne d’environ 27 ans, tandis qu’en fin de siècle cette durée chute à seulement 5 années de service. Les départs forcés s’accélèrent au moment de réformes au changement de règne ou lors de la dissolution des gardes à la Révolution française, mais l’augmentation continuelle des départs, en dehors de ces moments critiques, est révélatrice du peu d’attractivité que présente le corps à la fin du siècle. Si la guerre de Succession de Pologne n’a pas eu trop de conséquences sur les effectifs (8 départs), la guerre de Succession d’Autriche et la guerre de Sept Ans ont, en revanche, respectivement concentré 74 et 438 départs de tous types confondus. Bien que nous relevions 12 gardes morts en campagne dans les registres48, une large proportion de la nouvelle génération de gardes reçus à partir des années 1745 ne semble plus forcément disposée à servir militairement. D’ailleurs, sans compter les affaires criminelles et celles de jeu, beaucoup de gardes sont rayés des registres et renvoyés pendant et après ces guerres. Quoique les registres les plus anciens ne mentionnent jamais précisément les motifs de renvoi, cette augmentation est significative. C’est sans doute pour tenter de juguler cette perte de ressources humaines et pour fidéliser les gardes que le roi décide en 1752 de délivrer un brevet de capitaine de cavalerie à ceux ayant déjà acquis au moins 15 années de service militaire. Mais cette mesure, qui sous Louis XVI finit plutôt par être accordée au bout de 30 années de service, ne suffira pas. Les gardes reçus en fin du règne de Louis XV ne restent en moyenne qu’environ 6 années au sein de la compagnie.

Reconversions

61S’ils ne sont pas mis en pied, quittent le corps ou en sont renvoyés, les anciens gardes dont nous connaissons la poursuite de carrière rejoignent majoritairement l’armée du roi, en qualité de lieutenant, voire de capitaine pour les plus anciens (fig. 14). Ceux approchant de la fin de carrière intègrent bien souvent l’hôtel des Invalides, généralement avec le grade de capitaine, ou bien encore obtiennent une charge de majorité ou d’aide-majorité d’une ville, d’une citadelle ou d’un fort. Outre l’obtention d’une majorité similaire ou d’une charge de capitaine de cavalerie dans l’armée royale, les gradés peuvent, quant à eux, bénéficier d’autres charges plus importantes. Citons par exemple Adrien-Louis-Antoine de Warel qui quitte les gardes en 1765 comme brigadier, après 51 années de service, et devient lieutenant du roi. Ou encore Jean-François Bessière, sorti garde de la manche en 1759, après 40 années de service, et qui est placé capitaine des gardes du gouvernement de Provence.

62Quelques gardes prennent d’autres voies. Certains rejoignent l’Église, comme le chevalier de Hédouville, qui après 11 années de service chez les gardes, devient gentilhomme du cardinal-évêque de Laon, ou Charles-Joseph-Matthieu Suc de Saint-Affrique, qui deviendra vicaire général au palais abbatial de Moissac après 8 années de service.

Fig. 14. Poursuites de carrière à la suite du service chez les gardes du corps.

Fig. 14. Poursuites de carrière à la suite du service chez les gardes du corps.

ND = non déterminé.

© Thomas Fressin

63Pour les officiers issus du rang, citons ici François-Barthélémy Pasquet de Salagnac, qui finit écuyer du roi après 11 années aux gardes. Les autres officiers peuvent bénéficier de places encore plus intéressantes. Pierre Baisle, reçu exempt en 1736, devient capitaine et gouverneur du château de la Bastille en 1749. Le chevalier de Champeron, directement reçu enseigne en 1759, est placé sous-gouverneur des Enfants de France en 1764.

Pensions

64Pour en terminer avec les fins de carrières, nous avons examiné les montants donnés annuellement aux gardes, par gratification, par récompense de service, ou encore pour les faire entrer dans les intérêts du roi. Ainsi, nous nous sommes penchés sur les différentes sommes allouées, telles qu’elles sont connues d’après les mentions inscrites sur les registres : outre la pension ordinaire de retraite y figurent des pensions sur le trésor royal, sur la cassette du roi, sur l’extraordinaire des guerres, sur l’ordre de Saint-Louis, mais également des gratifications sur le quatrième denier et des continuations de gratifications sur la cassette. Parmi les 213 gardes dont nous connaissons la date de fin de service dans la compagnie, il nous a été ainsi possible de dresser un graphique présentant ces montants (fig. 15), ainsi qu’un tableau résumant ces données (tableau 6).

Fig. 15. Pensions et gratifications versées en fin de service.

Fig. 15. Pensions et gratifications versées en fin de service.

Légende : MAJ = major ; LTN = lieutenant ; SLT = sous-lieutenant ; ENS = enseigne ; EX = exempt ; MDL = maréchal des logis ; BRI = brigadier ; SB = sous-brigadier ; PHA = premier homme d’armes de France ; GDM = garde de la manche ; PE = porte-étendard ; GDC = garde du corps.

© Thomas Fressin

65Si les données sur les pensions mentionnées sur les registres nous paraissent clairement incomplètes, elles ont le mérite de nous permettre de constater que le volume et le montant des sommes allouées augmentent significativement sous Louis XVI, notamment pour remercier les gradés renvoyés suite aux réformes. Par ailleurs, quand l’échantillon d’un grade est assez représentatif, l’analyse de la valeur moyenne présente l’intérêt de donner une idée significative du minimum attendu de pension par les gardes en fin de carrière, selon leur évolution au sein de la compagnie (tableau 7).

Tableau 7 : Synthèse des pensions et gratifications (en livres) mentionnées sur les registres.

Grade

Nombre

Minimum

Moyenne

Maximum

Major

1

12 000

Lieutenant

15

500

2 417

6 600

Sous-lieutenant

13

100

1 846

3 100

Enseigne

2

400

500

600

Exempt

11

150

1 145

2 750

Maréchal des logis

17

100

883

1 940

Brigadier

57

100

755

1 350

Sous-brigadier

9

100

433

900

Premier homme d’armes de France

1

200

Garde de la manche

23

100

397

900

Porte-étendard

16

100

319

550

Garde du corps

57

100

240

600

Conclusion

66La présente recherche nous a permis d’enrichir et d’actualiser l’analyse pionnière de Jean-François Labourdette sur la compagnie écossaise des gardes du corps, particulièrement ceux reçus sous Louis XV. En intégrant des sources nouvelles, comme des registres militaires supplémentaires, des états et des périodiques de l’époque, nous avons pu identifier un corpus élargi de plus de 1 500 gardes du corps, ce qui offre une perspective plus vaste sur les profils recrutés et les carrières réalisées au sein de cette élite militaire.

67Grâce aux nouvelles sources étudiées, nous avons pu affiner les anciens résultats de Jean-François Labourdette, offrant ainsi une vue plus détaillée du parcours global d’un garde ou d’un officier des gardes, depuis sa réception jusqu’à la fin de sa carrière. De plus, l’utilisation de techniques de visualisation de données et d’analyse de réseaux sociaux issues des humanités numériques ont contribué à mettre en évidence les dynamiques de cooptation et d’influence entre les familles en jeu dans le recrutement des gardes, validant l’idée selon laquelle celui-ci ne dépendait pas des seules proximités géographiques. Nous avons également pu apprécier la qualité des services rendus par les gardes, avant d’assister à la progressive perte de réputation de ce corps autrefois si prestigieux. Enfin, l’étude a mis en lumière la diversité des parcours de fin de carrière, avec une analyse des pensions et des gratifications, ainsi que des trajectoires de reconversion, aspects peu abordés dans les travaux antérieurs.

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Bibliographie

Sources manuscrites

Archives nationales

FM2 (19), Correspondances de la loge militaire des gardes du corps..., 1775-1787.

KK 537, État de la compagnie écossaise à la date de 1765.

Service historique de la défense

GR Yb 9-18, Contrôle des officiers, gardes et surnuméraires de la compagnie écossaise des gardes du corps, 1713-1791.

Bibliothèque nationale de France

BNF, FM2 (19).

Clairambault 818-819, Rôles et états des compagnies des gardes du corps du roi, 1599-1784.

Sources imprimées

Almanach de Versailles, à Versailles, chez Blaizot, à Paris, chez Langlois, Deschamps, Valade et Lesclapart, pour les années 1780 et 1789.

État des compagnies écossaises et Ire compagnie françoise des gardes-du-corps du roy, 1751, Paris, s. n.

État de la France pour les années 1687, 1692, 1698, 1699, 1702, 1708, 1712, 1718, 1722, 1727, 1749, 1789.

État militaire de France pour les années 1758 à 1791.

Lamoral Le Pippre de Noeufville Simon, 1734-1735, Abrégé chronologique et historique de l’origine, du progrès et de l’état actuel de la Maison du roi et de toutes les troupes de France, tant d’infanterie que de cavalerie et dragons, Liège, Everard Kints, 3 vol.

Lemau de La Jaisse Pierre, 1734, 1735, 1738, 1739 et 1740, Abrégé de la carte générale du militaire de France.

Mazas Alexandre, 1860, Histoire de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis depuis son institution en 1693 jusqu’en 1830, 2e éd., t. I, Paris, Firmin Didot Frères, fils et Cie et E. Dentu, libraire-éditeur.

Roussel Jacques de, 1766, Table historique de l’État militaire de France, depuis 1758 jusqu’à présent, Paris, Guillyn.

Études

Corvisier André, 1959, « Les gardes du corps de Louis XIV », xviie siècle, p. 265-291.

Bodinier Gilbert, 2005, Les gardes du corps du roi de Louis XVI, Vincennes/Versailles, Service historique de l’armée de terre/Éditions Mémoires et documents.

Horowski Leonhard, 2019, Au cœur du palais : pouvoir et carrières à la cour de France, 1661-1789, Rennes/Versailles, Presses universitaires de Rennes/Centre de recherche du château de Versailles, coll. « Histoire », série « Aulica. L’Univers de la cour ».

Labourdette Jean-François, 1984, « La compagnie écossaise des gardes du corps du roi au xviiie siècle : recrutement et carrières », dans Histoire, économie et société, 3année, no 1, p. 95-122. https://doi.org/10.3406/hes.1984.1351.

Lartigue Jean-Jacques, 2021-2023, Dictionnaire des décorés de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, Aix-en-Provence, Patrice du Puy éditeur, 3 vol.

Le Roux Nicolas, 2017, « Aux âmes bien nées… Les obligations du sang », dans Nicolas Le Roux et Martin Wrede (dir.), Noblesse oblige. Identités et engagements aristocratiques à l’époque moderne, Rennes, Presses universitaires de Rennes.

Tuetey Louis, 1908, Les officiers sous l’Ancien Régime, nobles et roturiers, Paris, Plon.

Wilmart Julien, 2023, Les mousquetaires du roi. Une troupe d’élite au cœur du pouvoir, Paris, Tallandier/ministère des Armées.

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Documents annexes

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Notes

1 État militaire de France, 1758, p. 103.

2 Un archer peut spécialement désigner sous l’Ancien Régime un officier subalterne de justice ou de police.

3 État des compagnies écossaises et Ire compagnie françoise des gardes-du-corps du roy, 1751, chap. « Essay ».

4 Pour l’année 1741, il y a au sein d’une compagnie française des gardes du corps : 20 officiers – un capitaine, 3 lieutenants, 3 enseignes, 13 exempts dont un exempt aide-major –, 30 gardes que nous appelons « gradés » – 12 brigadiers, 12 sous-brigadiers, 6 porte-étendards – et enfin 300 gardes du corps. Pour la compagnie écossaise spécifiquement, sont placés entre les sous-brigadiers et les porte-étendards 24 gardes de la manche et un premier homme d’arme de France qui les commande, chargés toute l’année de la protection rapprochée du souverain. Au niveau de l’état-major des gardes, se trouve notamment un major, situé hiérarchiquement entre les capitaines des quatre compagnies et leurs lieutenants.

5 État militaire de France, 1758, p. 104.

6 Corvisier, 1959.

7 Bodinier, 2005. Cet ouvrage reste essentiellement un dictionnaire biographique qui mêle les parcours des officiers, par nature privilégiés, avec le reste des gardes du corps.

8 Labourdette, 1984.

9 Archives nationales (désormais AN), KK 537.

10 Bibliothèque nationale de France (désormais BNF), Clairambault 818-819, 1599-1784 ; Service historique de la défense (désormais SHD), GR Yb 9-18, 1713-1791.

11 État des gardes du corps pour les années 1694, 1751, 1752, 1756, 1774, 1784, 1787, 1788 et 1791.

12 État de la France pour les années 1687, 1692, 1698, 1699, 1702, 1708, 1712, 1718, 1722, 1727, 1749, 1789.

13 Almanach de Versailles (Almanach V) pour les années 1780 et 1789.

14 Lamoral Le Pippre de Noeufville, 1734-1735 ; Lemau de La Jaisse pour les années 1734, 1735, 1738, 1739 et 1740 ; État militaire de France pour les années 1758 à 1791 ; Roussel, 1766.

15 BNF, FM2 (19).

16 L’état-major des gardes du corps étant parfois adjoint à la compagnie écossaise dans certains États, nous l’avons également inséré dans le périmètre de notre étude.

17 L’auteur travaille actuellement à un ouvrage inédit sur la compagnie écossaise des gardes du corps du roi au xviiie siècle.

18 Pour les sources rédigées et/ou annotées sur plusieurs années, la date de début se base sur la date d’édition ou encore celle des années connues des inventaires et catalogues ; la date de fin de rédaction se base sur la dernière réception annotée.

19 Lartigue, 2021-2022.

20 Ce moteur de recherche met notamment à disposition le Fichier Bossu (conçu par Jean Bossu dans les années 1960-1970) du fonds maçonnique du département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France (https://fichier-bossu.fr/).

21 Tuetey, 1908, p. 116.

22 Parmi les gardes recensés, nous comptons 54 exemptions sur ce critère de taille soit 21 % des gardes dont nous connaissons la taille.

23 Horowski, 2019, p. 142.

24 Les rangs de la hiérarchie au sein de la Maison militaire diffèrent des rangs de l’armée. Le rang de garde du corps équivaut en début de carrière à un lieutenant de cavalerie ; celui de lieutenant des gardes du corps au minimum à un brigadier des armées du roi, au mieux à un lieutenant général des armées. Ces équivalences de grades permettent d’établir la position des possibles intégrations au sein de l’armée après une carrière chez les gardes et inversement.

25 Sur la période d’étude, seuls 11 militaires sont tirés de régiments de l’armée du roi, sans avoir à être cooptés par un présentateur : 2 gardes du corps en 1735, 8 en 1736 et un en 1746.

26 Le graphe présente 1 789 nœuds. Un nœud présente une famille présentatrice. Un lien d’un nœud vers un autre nœud montre une relation de présentation entre ces familles.

27 Labourdette, 1984, p. 98.

28 Ces graphes sociaux simplifiés restent valides à la présentation, dans la mesure où, en théorie des graphes, il est attendu que la distribution des degrés des nœuds présentés corresponde à une loi de puissance.

29 Labourdette, 1984, p. 96 et 98.

30 Voir Wilmart, 2023.

31 Le géocodage consiste à affecter des coordonnées géographiques (longitude et latitude) à un lieu, pour permettre de le situer sur une carte numérique via un système d’information géographique (SIG).

32 Labourdette, 1984, p. 100.

33 J.-F. Labourdette donnait « Montpellier-Toulouse 145, 11,8 % ; Limoges 117, 9,5 % ; Paris 88, 7,2 % ; Bordeaux 83, 6,7 % ; Auch 72, 5,9 % ».

34 Ibid, p. 101.

35 Les généralités ont une superficie moyenne d’environ 17 670 km² ; les diocèses 3 700 km².

36 Ibid.

37 Le Roux, 2017, p. 7 et suiv.

38 Ibid, p. 102.

39 SHD, GR Yb 15, garde reçu le 1er avril 1752.

40 SHD, GR Yb 15, garde reçu le 17 décembre 1756.

41 Les recherches généalogiques menées sur de nombreux gardes permettent, en effet, de constater que l’âge réel est assez régulièrement faux ; de nombreux gardes sont généralement plus âgés d’une à trois années que l’âge déclaré sur les registres des gardes.

42 Nous n’avons pas pris en compte les frères décédés dans le rang calculé.

43 Les réceptions ont lieu toute la semaine au regard des dates connues : lundi (13 %), mardi (15 %), mercredi (12 %), jeudi (13 %), vendredi (14 %), samedi (14 %) et dimanche (20 %).

44 Les réceptions ont aussi lieu durant le 2e trimestre (30 %), le 3e trimestre (15 %) et le 4e trimestre (20 %).

45 SHD, GR Yb 10 et GR Yb 12. Le registre GR Yb 14 présente un échantillon de seulement huit annotations, à savoir trois gardes qualifiés « bon sujet » et cinq gardes « mauvais sujet ».

46 Horowski, 2019, p. 148.

47 Mazas, p. 585.

48 Les rédacteurs des registres ne mentionnent que trop rarement les raisons de la mort des gardes. Nous pensons que les gardes morts en campagne étaient plus nombreux.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Juste Chevillet (graveur) et Charles Eisen (dessinateur), Garde de la manche, vêtu de son hoqueton et portant sa pertuisane à lame dorée à la main, estampe, 1756. Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, Recueil. Collection Michel Hennin. Estampes relatives à l’Histoire de France. Tome 102, Pièces 8789-8879, période : 1756-1757 RESERVE FOL-QB-201 (102).
Légende Permalien : https://gallica.bnf.fr/​ark:/12148/​btv1b84093108
Crédits Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/39658/img-1.png
Fichier image/png, 3,4M
Titre Fig. 2. Robert-Alexandre d’Hermand (directeur) et Jacques-Antoine Delaistre (peintre), « Deux gardes du corps de la Compagnie de Noailles, à cheval, dont un porte-étendard » dans Gardes du corps, Chevau-Légers, Mousquetaires, Gendarmerie, vers 1721, recueil de dessins relié en cuir brun, doré aux fers, aux armes du marquis de Breteuil, t. III, pl. 9. Paris, musée de l’Armée, 10851 BIB, A1 J7/3.
Crédits © Paris – Musée de l'Armée, Dist. GrandPalaisRmn / image musée de l’Armée
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/39658/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 975k
Titre Fig. 3. Nombre de réceptions annuelles dans la compagnie écossaise selon les sources utilisées.
Légende Légende : Almanach V = Almanach de Versailles ; E GDC = État des gardes du corps ; EDF = État de la France ; EMF = État militaire de France ; CGM = Abrégé de la carte générale du militaire de France ; FM2 = BNF, FM2 (19) ; Abrege MMR = Abrégé chronologique et historique de… la Maison du roi...
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/39658/img-3.png
Fichier image/png, 696k
Titre Fig. 4. Réceptions des gardes selon leur année de réception et leur généralité de naissance.
Crédits © Thomas Fressin
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/39658/img-4.png
Fichier image/png, 198k
Titre Fig. 5. Carte des généralités de naissance des gardes.
Crédits © Thomas Fressin
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/39658/img-5.png
Fichier image/png, 289k
Titre Fig. 6. Carte des diocèses de naissance des gardes.
Crédits © Thomas Fressin
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/39658/img-6.png
Fichier image/png, 683k
Titre Fig. 7. Nombre annuel de réceptions selon le statut social.
Légende N. D. : non déterminé.
Crédits © Thomas Fressin
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/39658/img-7.png
Fichier image/png, 90k
Titre Fig. 8. Délai entre la réception et la mise en pied.
Crédits © Thomas Fressin
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/39658/img-8.png
Fichier image/png, 162k
Titre Fig. 9. Appréciations mentionnées sur les sources GR Y10 (à gauche) et GR Y12 (à droite).
Légende N. D. : non déterminé.
Crédits © Thomas Fressin
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/39658/img-9.png
Fichier image/png, 83k
Titre Fig. 10. Infographie des évolutions de grades dans la compagnie écossaise.
Légende Légende : Réc. = réception ; GDC = garde du corps ; PE = porte-étendard ; GDM = garde de la manche ; PHA = premier homme d’armes de France ; SB = sous-brigadier ; BRI = brigadier ; MDL = maréchal des logis ; EX = exempt ; ENS = enseigne ; SLT = sous-lieutenant ; LTN = lieutenant ; MAJ = major ; CNE = capitaine.
Crédits © Thomas Fressin
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/39658/img-10.png
Fichier image/png, 251k
Titre Fig. 11. Courbes de tendance des années d’ancienneté nécessaires pour les promotions.
Légende Légende : MDL = maréchal des logis ; BRI = brigadier ; SB = sous-brigadier ; GDM = garde de la manche ; PE = porte-étendard ; Chev. SL = chevalier de Saint-Louis.
Crédits © Thomas Fressin
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/39658/img-11.png
Fichier image/png, 180k
Titre Fig. 12. Motifs des départs.
Crédits © Thomas Fressin
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/39658/img-12.png
Fichier image/png, 148k
Titre Fig. 13. Durée de service dans la compagnie écossaise selon le recrutement.
Légende N. D. : non déterminé.
Crédits © Thomas Fressin
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/39658/img-13.png
Fichier image/png, 154k
Titre Fig. 14. Poursuites de carrière à la suite du service chez les gardes du corps.
Légende ND = non déterminé.
Crédits © Thomas Fressin
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/39658/img-14.png
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Titre Fig. 15. Pensions et gratifications versées en fin de service.
Légende Légende : MAJ = major ; LTN = lieutenant ; SLT = sous-lieutenant ; ENS = enseigne ; EX = exempt ; MDL = maréchal des logis ; BRI = brigadier ; SB = sous-brigadier ; PHA = premier homme d’armes de France ; GDM = garde de la manche ; PE = porte-étendard ; GDC = garde du corps.
Crédits © Thomas Fressin
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/39658/img-15.png
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Pour citer cet article

Référence électronique

Thomas Fressin, « Origines et carrières au sein de la compagnie écossaise des gardes du corps du roi Louis XV (1722-1774) »Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles [En ligne], 25 | 2025, mis en ligne le 05 mars 2025, consulté le 17 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/crcv/39658 ; DOI : https://doi.org/10.4000/13fas

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Auteur

Thomas Fressin

Officier de la Gendarmerie nationale, Thomas Fressin est également docteur en histoire moderne, chercheur associé du Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine (CMMC, université Côte d’Azur) et maître de conférences associé en informatique de l’université Gustave Eiffel. Après avoir soutenu en 2020 une thèse sur la quête de notabilité des bourgeois au sein des compagnies des nobles jeux de tir sous l’Ancien Régime, il s’intéresse aujourd’hui à la compagnie écossaise des gardes du corps du roi au xviiie siècle et aux humanités numériques.
Thomas Fressin is an officer at the Gendarmerie Nationale, has a PhD in modern history, is a research associate at the Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine (CMMC, Côte d’Azur University) and is an associate lecturer in computer science at Gustave Eiffel University. He defended his thesis in 2020 on the bourgeoisie’s quest for notability within the companies of the noble shooting games under the Ancien Régime; his current research focuses on both the Scottish Company of the king’s bodyguards in the eighteenth century and the digital humanities.
ORCID : 0000-0002-7239-8359
thomas.fressin[at]univ-eiffel.fr

Articles du même auteur

  • Avant-propos [Texte intégral]
    Foreword
    Paru dans Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles, 25 | 2025
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Droits d’auteur

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