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2024

Les Portraits nationaux à l’Exposition universelle parisienne de 1878 : un projet de galerie historique

The National Portraits at the Paris 1878 Universal Exhibition: A Project for a History Gallery
Stéphane Paccoud

Résumés

L’Exposition universelle organisée à Paris en 1878 accueille, parmi de multiples événements, une manifestation d’un genre particulier, qui peut être assimilée à la première tentative, en France, de concevoir une exposition temporaire thématique d’art ancien, s’appuyant sur des recherches préalables et sur un discours construit, ne consistant pas uniquement en un rassemblement de pièces diverses obtenues en fonction des disponibilités. Les Portraits nationaux entendent réunir les effigies originales de personnages historiques français, du Moyen Âge au milieu du xixe siècle, en présentant peintures, dessins, miniatures, sculptures et tapisseries. Philippe de Chennevières, alors directeur des Beaux-Arts, est à l’initiative du projet, et charge la commission de l’Inventaire des richesses d’art de la France de son organisation. Malheureusement, l’événement enchaîne les déconvenues et n’aura qu’une visibilité limitée durant un mois. Néanmoins, cet échec apparent ne l’est en réalité qu’à moitié, tant cette manifestation constitue comme un repère marquant dans l’histoire des expositions par plusieurs aspects, tout en s’accompagnant d’appels pour la création d’un musée dédié aux portraits historiques qui serait pérenne.

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Notes de la rédaction

Cet article est publié dans le cadre de l’appel à publication du programme de recherche « La représentation de l’histoire au sein des collections du musée de Versailles » du Centre de recherche du château de Versailles.

Notes de l’auteur

Cet article est issu d’un mémoire de recherche demeuré inédit, soutenu à l’École du Louvre sous la direction de Geneviève Bresc-Bautier et de Geneviève Lacambre, auxquelles l’auteur adresse ses remerciements.

Texte intégral

  • 1 Étrangement, outre l’article ancien d’Isay (1937), ceux de Chandler (1986) et de Joest (1986), ains (...)

1Plus encore peut-être que les deux éditions qui l’avaient précédée, en 1855 et 1867, l’Exposition universelle organisée à Paris en 1878 est mue par un objectif politique : au-delà d’une vitrine du progrès et d’un musée éphémère, il s’agit de prouver au monde que le pays s’est pleinement relevé du désastre que fut la défaite lors de la guerre franco-prussienne, suivie de la Commune1. Il faut ainsi démontrer, aux yeux du public, la puissance retrouvée de la France, tout comme la force des nouvelles institutions républicaines, capables de rivaliser avec les brillantes manifestations qui s’étaient tenues sous le Second Empire, tout en jouant par contraste assumé la carte du sérieux. L’éducation est ainsi définie comme la valeur maîtresse, se déclinant au fil de la programmation.

  • 2 Halévy, 1937.
  • 3 La Rue Montorgueil, à Paris. Fête du 30 juin 1878 (Paris, musée d’Orsay), et La Rue Saint-Denis, à (...)

2Le contexte politique international est pourtant troublé tant par une crise ouverte avec l’Allemagne que par la question des Balkans. La situation intérieure est tout autant tendue, avec une succession de crises politiques qui entraîne une instabilité dans ces années fondatrices du régime, aboutissant au fil des soubresauts de 1877 à la fin de la « République des ducs » – pour reprendre la terminologie consacrée par Daniel Halévy2 – à majorité conservatrice, au profit de l’arrivée au pouvoir des républicains. En dépit de ces circonstances, l’événement, qui aura accueilli seize millions de visiteurs et trente-six gouvernements étrangers, sera perçu par beaucoup comme un succès, dont l’acmé intervient le 30 juin, décrété en cette année comme le jour de la Fête nationale, et dont Claude Monet livre deux célèbres illustrations de rues pavoisées3.

  • 4 Sur ce précédent, voir Quiblier, 2014.
  • 5 Pingeot, 1988.

3De nombreuses manifestations prennent place en son sein, parmi lesquelles une multiplication d’expositions thématiques, dans le droit-fil de ce que fut précédemment, en 1867, la galerie de l’Histoire du travail, qui joue un rôle de précurseur en la matière4. Le nouveau palais du Trocadéro, élevé pour l’occasion par Gabriel Davioud et clou architectural de l’édition5, présente ainsi, dans ses galeries réparties dans les ailes courbes, une exposition historique de l’art ancien, ainsi que des collections ethnographiques.

  • 6 Les archives de l’exposition sont conservées, parmi les fonds de l’administration des Beaux-Arts, à (...)

4Si ces deux événements ont rencontré un écho majeur à divers titres, il en est un autre qui se déroule en parallèle, avec une visibilité moindre, dans les deux salles de conférences encadrant, au premier étage, la grande salle de concert installée au centre du bâtiment : l’exposition des Portraits nationaux. À la faveur de l’analyse des archives de son organisation6, cet article se propose de retracer sa genèse, en mettant en lumière les enjeux d’une nouvelle conception scientifique ainsi qu’une volonté didactique, qui s’inscrit dans la tradition des galeries historiques comme celles de Versailles tout en l’ouvrant vers une autre dimension.

Un événement au destin contrarié

  • 7 Voir Vaisse, 1995, p. 42. Le contexte institutionnel de l’administration des Beaux-Arts durant la p (...)

5Cette exposition est imaginée par Philippe de Chennevières, qui occupe alors les fonctions de directeur des Beaux-Arts depuis 1873, à la suite de l’élection à la présidence de la République de Patrice de Mac Mahon dont il partage les opinions monarchistes7. Membre de l’administration depuis 1846, il a acquis une bonne connaissance des collections régionales grâce à la mission d’inspecteur des musées de province dont il a été investi en 1852. Il est également habitué de l’organisation d’expositions, ayant collaboré aux manifestations de 1855 et 1867, et il occupe depuis 1867 le poste de conservateur du musée du Luxembourg. Collectionneur lui-même, écrivain, collaborateur de nombreuses revues, dont la Gazette des beaux-arts, il se distingue par ses travaux érudits, parmi lesquels les Recherches sur la vie et les ouvrages de quelques peintres provinciaux de l’ancienne France (1847-1862), et sa contribution à la création en 1851 des Archives de l’art français avec Anatole de Montaiglon.

6Le principe retenu pour cet événement est de rassembler des portraits originaux de personnages historiques français de tous types, du Moyen Âge – pour autant que ce sera possible – jusqu’à une date arbitrairement arrêtée à 1836. Cette dernière ne fait l’objet d’aucune justification dans les sources disponibles ; bien que symbolique, car elle ne sera pas strictement respectée, elle offre l’avantage, par un recul de quarante années, d’éviter toute polémique liée à un contexte politique trop récent. La sélection ne se limite pas aux peintures, mais intègre les dessins, les miniatures, les sculptures, et même les tapisseries. Il est décidé par ailleurs, afin de ne pas risquer de dépouiller les collections des deux musées nationaux que sont le Louvre et Versailles, appelés à accueillir un grand nombre de visiteurs en cette période, de les exclure des sollicitations de prêts.

7Chennevières confie à la commission de l’Inventaire des richesses d’art de la France l’organisation de cette exposition. Cette instance résulte d’un projet de longue date, promu par lui-même dès 1856, et finalisé en 1874 à la faveur de sa prise de fonction. Rattachée au bureau des musées, elle comprend vingt-sept membres, sur le principe tous bénévoles – bien que la plupart d’entre eux soient par ailleurs fonctionnaires de l’administration des Beaux-Arts –, chargés de publier des catalogues recensant le patrimoine français, établis selon des principes scientifiques :

  • 8 Chennevières, 1877, p. 2. Voir Genet-Delacroix, 1992, p. 122-126. Les archives de cette commission, (...)

Ce vaste travail, qui mettrait en lumière les inestimables trésors de nos collections nationales, de nos musées de province, de nos églises et de nos monuments publics, et qui fournirait un sujet inépuisable aux recherches et aux études de nos sociétés savantes, offrirait aux artistes et aux érudits du monde entier le répertoire aussi complet que possible des peintures, sculptures, curiosités de toutes sortes qui, depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours, se sont accumulées dans notre pays, et en ont fait dans les temps modernes, avec l’Italie et les Flandres, la terre privilégiée des arts8.

8Ainsi, le projet d’une manifestation dans le cadre de l’Exposition universelle doit être la vitrine de cette vaste entreprise, pour en présenter les premiers fruits au public. Il s’agit également, pour Chennevières, en tant que promoteur de cette commission, d’argumenter de son utilité en vue d’assurer sa pérennité dans le temps, au-delà de son directorat.

La genèse d’un projet hors du commun

  • 9 Voir Haskell, 2002, p. 115-124.

9Initialement est envisagé un rassemblement de chefs-d’œuvre des musées de province, selon une idée tout autant classique – depuis les Art Treasures of Great Britain de Manchester en 18529 – que centralisatrice. Toutefois, des tensions se font rapidement jour avec les municipalités, liées au contexte politique, avec de franches réticences des villes dirigées par l’opposition républicaine. L’option d’un rassemblement de portraits, qui n’était envisagée que dans un second temps, emporte alors la faveur, sur la suggestion du collectionneur Benjamin Fillon, archéologue et numismate :

  • 10 Lettre de Benjamin Fillon à Philippe de Chennevières, citée dans AN, F/21/700, « Rapport du directe (...)

L’Angleterre […] a donné à deux reprises différentes l’exemple des exhibitions de portraits historiques nationaux. Pourquoi la France ne l’imiterait-elle pas ? La prochaine exposition serait une excellente occasion de présenter au regard des Français et des étrangers une belle suite d’images authentiques de nos illustrations nationales. Le public des lettrés et des curieux en serait charmé. N’admettant que les portraits incontestés, que ceux, à peu d’exceptions près, qui ont une valeur artistique, il ne faudrait pas un bien grand espace pour les réunir et leur donner l’hospitalité. Ce serait aussi faire participer le passé aux gloires du présent, et convier nos morts illustres à l’une des grandes fêtes de la famille humaine10.

  • 11 Jouin, 1879, préface de P. de Chennevières, p. III.
  • 12 Voir également Chronique des arts et de la curiosité, no 16, 21 avril 1877, p. 159.

10Le ministre de l’Instruction publique, William Waddington, en approuve officiellement le principe par arrêté en février 1877, tandis que la commission d’organisation de l’Exposition universelle alloue par la suite un crédit spécial de soixante mille francs, en promettant de réserver à l’événement « la première des vastes galeries destinées aux beaux-arts11 » du palais du Champ-de-Mars. Un règlement officiel de la manifestation, signé de Jean-Baptiste Krantz, commissaire général de l’Exposition, est publié au Journal officiel le 19 avril 187712.

  • 13 Chennevières, 1877, p. 3.

11Le processus de sélection des œuvres est piloté par une sous-commission, comprenant des érudits et historiens de l’art : Paul Chéron, bibliothécaire au département des Imprimés de la Bibliothèque nationale, Louis Clément de Ris, depuis peu conservateur du musée de Versailles, Alfred Darcel, administrateur des Gobelins, Georges Lafenestre, chef de bureau à la direction des Beaux-Arts, Montaiglon, professeur à l’École des chartes, ainsi que Paul Mantz, alors chef de bureau au ministère de l’Intérieur. Leur rôle est d’étudier les moyens d’exécution du projet et de centraliser les propositions reçues. Le temps et les ressources étant toutefois réduits, il est nécessaire de s’appuyer sur des réseaux dont les membres de la commission elle-même sont partie prenante, « tous ces hommes de bonne volonté qui, dans notre pays, n’ont jamais fait défaut à qui leur a demandé d’apporter leur pierre à un monument d’intelligence et de patriotisme13 » :

  • 14 Jouin, 1879, préface de P. de Chennevières, p. V.

S’il en est parmi eux que leurs relations personnelles mettaient en mesure de signaler des œuvres de choix dans les collections particulières, d’autres s’empressaient de se rendre au domicile des propriétaires pour prononcer l’admission ou le rejet des innombrables ouvrages qui, pendant une année, furent spontanément proposés à la Commission14.

  • 15 Notamment au Journal officiel du 9 octobre 1877.

12Par ailleurs, les sociétés savantes locales, les conservateurs des musées – à l’exemple d’Eudoxe Marcille, à Orléans –, les bibliothécaires et les archivistes des départements sont mis à contribution, afin de recenser les pièces répondant potentiellement aux objectifs de l’événement, tandis que des appels sont publiés dans la presse15.

  • 16 AN, F/21/693, « Catalogue des portraits susceptibles d’être exposés ». Une large part des portraits (...)
  • 17 Gonse, 1877.
  • 18 AN, F/21/700. Les archives de la comptabilité de l’exposition contiennent également de nombreuses n (...)

13Une liste des personnalités dont la représentation semble indispensable au propos est dressée dans un premier temps, complétée au fur et à mesure de l’avancée du travail par la mention des œuvres repérées, à partir de fiches établies par les membres de la commission16. D’emblée, la liste est divisée en catégories, qui seront conservées dans le découpage du catalogue futur : gouvernement et personnages politiques, armée, magistrats et jurisconsultes, clergé, hommes et femmes de lettres ou savants, artistes. Une rubrique est réservée aux portraits divers et aux modèles inconnus, s’écartant ainsi des objectifs historiques initiaux pour privilégier l’intérêt plastique. Parallèlement, Louis Gonse publie à titre indicatif dans la Chronique des arts et de la curiosité une liste à l’attention de la commission17. Près de sept à huit cents œuvres sont examinées au total, dans un processus qui se veut rigoureux et collégial, marquant une véritable innovation organisationnelle. Si beaucoup émanent de propositions spontanées de particuliers, qu’ils soient collectionneurs, descendants des modèles ou membres de la famille des artistes, d’autres font l’objet de demandes de prêt officielles. Chennevières n’hésite pas, dans les cas les plus importants, à les accompagner d’un courrier manuscrit de sa main18.

  • 19 AN, F/21/694, lettre du marquis Christian de Biencourt à P. de Chennevières, 21 octobre 1877.
  • 20 AN, F/21/699, lettre du comte Robert de Bonnières à P. de Chennevières, 8 février 1878.
  • 21 AN, F/21/697, lettre du maire de Besançon à P. de Chennevières, 21 février 1878.

14Tous les destinataires ne sont pourtant pas coopératifs. Certains ne répondent pas, comme l’archevêque de Bourges, les ducs de Richelieu et de Broglie, tandis que d’autres refusent, comme le duc de Nemours, le prince Demidoff ou Alexandre Cabanel. Le marquis de Biencourt, dont l’ensemble remarquable de portraits est installé au château d’Azay-le-Rideau, exprime des réticences d’ordre politique face à « la nouvelle majorité [qui] ne [lui] inspire guère confiance19 », tandis que le comte de Bonnières, marqué par la Commune, affirme avoir « si peu de confiance dans l’esprit révolutionnaire de certains parisiens, et dans leurs pétroles20 ». Les musées eux-mêmes sont des correspondants difficiles. Celui de Besançon avance ainsi des raisons de conservation, arguant de la fragilité de ses deux Antonio Moro et du risque « de les exposer à un pareil voyage. L’un d’eux est déjà fendu sur la moitié de sa hauteur : ils seraient tous deux perdus21 ». En cas de réponse favorable, un questionnaire est adressé à chacun, destiné à faciliter la rédaction du catalogue, demandant, outre des informations sur le modèle, la matière, les dimensions, les éventuelles inscriptions, la provenance de l’œuvre, ainsi qu’une description succincte. Ce formulaire de prêt au sens actuel s’accompagne de la mention de l’adresse de retrait et des conditions de transport, tenant lieu de fiche de suivi pour l’administration par la suite.

Du déménagement forcé à l’ouverture tardive

15Le transport des œuvres par la maison Chenue, suivi de leur livraison au palais du Champ-de-Mars, est déjà largement engagé lorsque surgit un obstacle majeur. Après avoir d’abord envisagé un boycott de l’Exposition universelle, l’Allemagne décide tardivement de participer, si bien qu’un manque d’espace se fait jour pour la section des beaux-arts. Il n’est d’alternative que de transférer une partie des pièces prévues pour être présentées dans l’édifice en un autre site. Chennevières insiste tout d’abord pour préserver les Portraits nationaux, qui portent sa marque spécifique, avec l’argument du caractère spécial de l’entreprise et du travail qu’elle a demandé. Il propose de sacrifier plutôt la section des sculpteurs français, en les répartissant un peu partout dans le palais et à l’extérieur. Face au tollé général, il doit céder sur l’instance du ministre et du Conseil supérieur des beaux-arts. Avec perfidie, son prédécesseur, Charles Blanc, écrit :

  • 22 Blanc, 1878, p. 84.

ce projet, conçu par ceux qui avaient mission de ranger séparément les ouvrages de la classe des beaux-arts, avait trouvé si peu de contradicteurs qu’on allait le mettre à exécution quand la clameur des artistes statuaires a forcé le ministre compétent de consacrer à l’exposition des sculptures françaises trois salles que l’on destinait à un musée rétrospectif de curiosités plus ou moins intéressantes22.

16La cabale enfle néanmoins dans la presse, d’autant que l’ouverture du Salon connaît un retard lié à la mobilisation du personnel de la direction des Beaux-Arts pour l’Exposition universelle. Chennevières est poussé à la démission le 18 mai. Il était en sursis depuis la victoire des républicains aux élections de 1877 : il était acquis qu’il ne pourrait pas demeurer à son poste alors que le cabinet dirigé par Jules Dufaure était soumis à une pression de la nouvelle majorité à la Chambre pour opérer des changements dans l’administration.

  • 23 Chennevières avait mis en garde le ministre de l’Instruction publique (AN, F/21/524, minute de lett (...)
  • 24 AN, F/21/694, lettre de Jules-Auguste Bapst à Eugène Guillaume, 1er mai 1878.
  • 25 AN, F/21/693, minute de lettre d’A. Bardoux à Jean-Baptiste Krantz, 3 mai 1878.

17Le sort des Portraits nationaux est dès lors incertain, sans appui politique tandis que le sculpteur Eugène Guillaume, à la tête de l’École des beaux-arts et qui avait mené la lutte avec ses confrères du jury contre l’exclusion de sa discipline du palais du Champ-de-Mars, est appelé au poste de directeur. Le devenir de l’exposition est scellé, avec un transfert dans les deux salles de conférences du Trocadéro. Cependant, l’aménagement de celles-ci n’est pas achevé et des travaux sont nécessaires pour rendre possible cet accrochage imprévu23. Les œuvres sont stockées en attendant au dépôt des marbres, rue de l’Université, suscitant l’inquiétude des prêteurs. Certains demandent à les retirer, comme Jules-Auguste Bapst pour Monsieur Bertin de Jean Auguste Dominique Ingres, « ne voulant pas qu’il décore une salle de conférences24 ». Face à ce nouveau tollé croissant, le ministre de l’Instruction publique, Agénor Bardoux, doit intervenir en personne auprès de Krantz qui tarde à mettre en œuvre les mesures nécessaires : « Il serait nécessaire de fermer le jour des vastes fenêtres aux extrémités de ces salles, rendu inutile par l’éclairage d’en haut et de revêtir de planches les deux parois latérales dans les mêmes conditions que les salles anciennement concédées au Champ de Mars25. »

  • 26 AN, F/21/693, lettre de Louis Clément de Ris à E. Guillaume, 17 octobre 1878.

18Il faut attendre la mi-juin pour que Guillaume demande à Clément de Ris de superviser l’installation. Cependant, les travaux ne sont accomplis qu’au début d’août et les opérations ne peuvent se tenir que dans les intervalles entre les conférences qui occupent les lieux. Ce n’est que le 19 que le placement des œuvres est enfin terminé : elles sont accrochées aux murs à l’aide d’échelles, dans une disposition serrée sur une hauteur de quatre mètres ce qui rend difficilement visibles les pièces les plus en hauteur. Toutes n’ont pu être présentées, faute d’espace. L’agencement chronologique initialement envisagé par Chennevières a dû être abandonné pour s’adapter à la surface contrainte. Clément de Ris est lui-même conscient du caractère insatisfaisant du résultat, d’autant que les salles sont très obscures : « Les propriétaires de ces portraits se plaignent et leurs plaintes sont des plus légitimes26. »

  • 27 Mantz, 1878, p. 858.

19De fait, l’accrochage, complété par l’ajout de cloisons mobiles, de sellettes et de neuf vitrines, ne peut être complètement achevé avant la fin des séries de congrès et l’exposition n’ouvre ses portes au public que le 8 octobre, avant de les fermer le 10 novembre, avec celles de la manifestation elle-même. Mantz fait état de « portes qui semblaient heureuses d’être closes » : « Je dois même dire que si le bonheur consiste à vivre dans l’ombre, ces peintures ont connu le maximum de la félicité. […] J’ai le droit de dire que l’exposition de portraits historiques n’était pas facile à voir. Bien peu ont pu l’étudier à loisir, librement, avec l’attention qu’elle méritait27. » Quant au catalogue, commencé par Montaiglon, Mantz et l’archiviste Jules Guiffrey, sa préparation s’est trouvée elle aussi interrompue, avant que Guillaume n’en confie la rédaction en octobre au seul Henry Jouin, qui occupe alors les fonctions d’attaché à la direction des Beaux-Arts et de secrétaire de la commission, le tout dans une confusion persistante et en présence du public :

  • 28 AN, F/21/700, lettre d’Henry Jouin à Comte, 29 octobre 1878.

le catalogage ne fut-il [sic] pas en cause, le travail que nous faisons serait indispensable pour rendre les tableaux à leurs propriétaires. Nous relevons chaque jour des erreurs qui font frémir. Telle toile sans valeur est induement [sic] classée sous le nom de quelque riche collectionneur ou d’un musée de premier ordre, tandis qu’un chef-d’œuvre est indiqué comme appartenant à un brocanteur. Il y a une confusion déplorable dans ces galeries où l’ordre ne se rétablit pas sans peine. […] Il n’y a jamais eu personne pour inscrire les toiles à leur arrivée. On a reçu de toutes les mains et on a couvert les parois28 !

  • 29 Jouin, 1879.

20L’ouvrage ne sera finalement publié qu’en mars de l’année suivante, imprimé à treize mille exemplaires, alors que l’événement est achevé depuis plusieurs mois et que les œuvres ont été restituées aux prêteurs29.

Un échec à relativiser

  • 30 Mantz, 1878.
  • 31 Chantilly, archives du musée Condé, agenda du duc d’Aumale, 23 octobre 1878.

21La réception de cette exposition des Portraits nationaux est par conséquent limitée. Ouverte en même temps que la remise des récompenses de l’Exposition universelle, qui attire l’intérêt de la presse, mais aussi au moment de la préparation d’élections sénatoriales cruciales, elle ne rencontre que peu d’écho. Seul Mantz publie un long article à son sujet dans la Gazette des beaux-arts, qui porte le témoignage engagé de l’un des membres de la commission organisatrice et fait état de ses regrets30. Résumant l’opinion générale, le duc d’Aumale note dans son agenda : « collection intéressante, mal rangée31 ».

  • 32 Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, AD-1822 (0 (...)
  • 33 Chennevières, 1979, p. 22.

22Pour autant, elle fait l’objet d’une campagne de reproduction photographique de grande ampleur, menée par la maison Braun & Cie. Ce n’est pas la première fois que ce type de mission est confié à cette société reconnue, alors dirigée par Henri et Gaston Braun, les deux fils d’Adolphe, son fondateur, décédé l’année précédente. Elle est en effet déjà intervenue lors de l’exposition au profit des Alsaciens-Lorrains, organisée en 1874 au palais Bourbon par le Corps législatif. Le travail de prise de vue se tient dans les salles mêmes ; trois cent trente-sept œuvres sont photographiées et les épreuves, réalisées au charbon – procédé qui est à la source du succès de Braun –, figurent au catalogue commercial, sous la rubrique « Portraits nationaux »32 (fig. 1). Cependant, aucune vue des salles elles-mêmes ne nous est connue, si bien que la disposition des œuvres nous échappe. Chennevières pourra ainsi écrire par la suite dans ses Souvenirs : « Qu’est-il resté, hélas ! de cette apparition si courte et si gênée ? un bon catalogue et, Dieu merci, une assez nombreuse série de photographies exécutées à la hâte et malgré toutes les entraves, par les Braun33. »

Fig. 1. Braun & Cie, Clouet. Élisabeth d’Autriche, 1879, photographie au charbon, 26,3 × 17,8 cm. Chantilly, musée Condé, PH 63.

Fig. 1. Braun & Cie, Clouet. Élisabeth d’Autriche, 1879, photographie au charbon, 26,3 × 17,8 cm. Chantilly, musée Condé, PH 63.

Cette photographie a été réalisée d’après le portrait de François Clouet, prêté à l’exposition par le duc d’Aumale, conservé dans les collections du musée Condé. Permalien : https://www.musee-conde.fr/​r/​651e610b-990f-4f81-9407-a1488eea45b0.

© Domaine de Chantilly, dist. GrandPalaisRmn / image Domaine Chantilly

Un révélateur du goût

23Néanmoins, cet échec apparent ne l’est en réalité qu’à moitié, tant cet événement constitue un repère marquant dans l’histoire des expositions. Quand bien même il n’a été que peu vu, la démarche scientifique suivie par ses organisateurs va faire date. Elle peut être assimilée à la première tentative, en France, de concevoir une manifestation temporaire thématique d’art ancien, s’appuyant sur des recherches préalables et sur un discours construit. Les neuf cent soixante et une œuvres réunies, pour les deux tiers des peintures, prenant en considération le portrait dans une acception large, peuvent certes apparaître comme un ensemble hétéroclite. Malgré les ambitions affichées par la commission, certaines œuvres présentent un intérêt mineur tandis que pour d’autres l’attribution peut être mise en doute – bien que les procès-verbaux des séances d’examen des propositions n’aient pu être retrouvés, il semble que certaines aient été acceptées pour des raisons avant tout diplomatiques.

24Cependant, l’exposition impressionne par son caractère exceptionnel et plusieurs parmi les œuvres alors en mains privées connaîtront un destin muséal. S’y retrouvent, entre bien d’autres, le portrait anonyme dit de Gabrielle d’Estrées et une de ses sœurs (Paris, musée du Louvre), Molière par Pierre Mignard (Chantilly, musée Condé), Le Cardinal de Bouillon par Hyacinthe Rigaud (Perpignan, musée Hyacinthe Rigaud), Emmanuel Sieyès par Jacques-Louis David (Cambridge, Harvard Art Museums), l’autoportrait au pastel de Maurice-Quentin de La Tour (Saint-Quentin, musée Antoine-Lécuyer), Ange-Laurent La Live de Jully à la harpe de Jean-Baptiste Greuze (Washington, National Gallery of Art), La Comtesse Regnault de Saint-Jean-d’Angély de François Gérard (Paris, musée du Louvre), Charles-Maurice de Talleyrand en costume de ville de Pierre-Paul Prud’hon (New York, The Metropolitan Museum of Art), Mathieu-Louis, comte Molé d’Ingres (Paris, musée du Louvre), François-René de Chateaubriand d’Anne-Louis Girodet (Saint-Malo, musée d’Art et d’Histoire), ou Honoré de Balzac par Louis Boulanger (Tours, musée des Beaux-Arts).

  • 34 Nous renvoyons vers Paccoud, 2002, vol. 1, p. 38-50.
  • 35 Faroult, 2022.

25S’il ne s’agit pas ici de développer une analyse détaillée du corpus34, il convient de relever combien celui-ci est en concordance avec le goût du temps. Le xviiie siècle prédomine numériquement, au moment où il est au sommet de l’attention35. Marcille et Hippolyte Walferdin, deux des collectionneurs les plus remarquables ayant contribué au renouveau de l’intérêt pour cette période, comptent ainsi au nombre des prêteurs incontournables, ce dernier avec l’un des chefs-d’œuvre de Jean-Honoré Fragonard, Denis Diderot (Paris, musée du Louvre). Pour le xviie siècle, triomphent les « peintres de la réalité », autour des frères Le Nain, remis en avant par Champfleury et la fortune du courant réaliste. Attribué à ceux-ci, le portrait du marquis de Cinq-Mars, prêté par le baron Seillière, est alors une pièce célèbre dans la littérature (fig. 2).

Fig. 2. École de Mathieu Le Nain, Henri Coiffier de Ruzé, marquis de Cinq-Mars, 2e moitié du xviie siècle, huile sur toile, 193 × 106,7 cm. Hagerstown, Washington County Museum of Fine Arts, Gift of Chester D. Tripp, A0671,53.0001.

Fig. 2. École de Mathieu Le Nain, Henri Coiffier de Ruzé, marquis de Cinq-Mars, 2e moitié du xviie siècle, huile sur toile, 193 × 106,7 cm. Hagerstown, Washington County Museum of Fine Arts, Gift of Chester D. Tripp, A0671,53.0001.

© Washington County Museum of Fine Arts

26Philippe de Champaigne est également l’un des artistes les plus présents, avec pas moins de vingt-cinq numéros, dont Louis XIII remettant l’ordre du Saint-Esprit au duc de Longueville (Toulouse, musée des Augustins) ou L’Abbé de Saint-Cyran (Grenoble, musée). Toutefois, Hyacinthe Rigaud (fig. 3) et Nicolas de Largillière, avec respectivement trente-trois et vingt-neuf tableaux, demeurent traditionnellement considérés dans l’historiographie comme incarnant l’aboutissement du portrait français et occupent les premières places.

Fig. 3. Hyacinthe Rigaud, Pierre Drevet, vers 1700, huile sur toile, 115,5 × 88,5 cm. Lyon, musée des Beaux-Arts, inv. A 2865.

Fig. 3. Hyacinthe Rigaud, Pierre Drevet, vers 1700, huile sur toile, 115,5 × 88,5 cm. Lyon, musée des Beaux-Arts, inv. A 2865.

Prêté par le musée de Lyon, ce portrait a compté au nombre des œuvres d’Hyacinthe Rigaud présentées dans l’exposition.
Permalien : https://collections.mba-lyon.fr/​r/​16efdaf8-f78f-443e-bdfc-752b7e3c0c98

© Lyon MBA – Photo Alain Basset

  • 36 AN, F/21/698, lettre du maire de Nantes à P. de Chennevières, février 1878. Sur l’essor des rétrosp (...)

27Le xixe siècle apparaît en revanche tronqué par les limites chronologiques imposées et les archives montrent que c’est pour cette section, pourtant plus proche dans le temps, que les souhaits des organisateurs sont paradoxalement les plus contrariés. Ingres et Eugène Delacroix ne sont pas représentés à la hauteur qui avait été envisagée. La concurrence des rétrospectives d’artistes contemporains mises en place depuis les années 1850 est venue contrecarrer le projet : ainsi, le musée de Nantes s’est refusé à prêter le portrait de la vicomtesse de Senonnes par Ingres, au motif qu’il « n’a rien d’historique, ayant déjà figuré deux fois aux Expositions36 ».

28S’éloignant en fait du propos historique annoncé initialement, la manifestation se révèle finalement bien davantage conçue par des historiens de l’art : plutôt que de montrer à tout prix des personnages précis, il leur importe surtout de réunir les protagonistes de la peinture française telle que leur temps en trace le récit.

Un jalon pour l’histoire de l’art

29Le catalogue se veut, sous la plume de Jouin, un modèle de précision érudite, méthodologiquement dans la lignée des travaux publiés par la commission de l’Inventaire des richesses d’art de la France. Il détaille inscriptions et provenance, propose parfois des précisions sur l’artiste, le modèle, ou des renvois bibliographiques. Les données fournies par les prêteurs sont systématiquement vérifiées. Il n’hésite pas à remettre en question attributions ou datations qui lui semblent peu plausibles. Ainsi en est-il d’un portrait dit de Marie-Thérèse Geoffrin, emprunté au musée Fabre de Montpellier sous le nom très en faveur – depuis le legs de Louis La Caze au musée du Louvre en 1869 – de Jean-Siméon Chardin, et aujourd’hui en effet établi comme celui de Marguerite Crozat par Joseph Aved (fig. 4) :

  • 37 Mantz, 1878, p. 878.

La commission organisatrice a obtenu pour l’exposition le portrait présumé de Mme Geoffrin, dont le Musée de Montpellier est fier à si juste titre, et qu’on s’est longtemps obstiné à attribuer à Chardin. Les membres de cette commission ont dans l’âme de tels machiavélismes que je les soupçonne d’avoir fait venir ce portrait, un peu pour le voir, et beaucoup pour prouver à quel point l’attribution était arbitraire. Aujourd’hui, la démonstration est triomphante. Cette peinture ne ressemble pas plus à un Chardin qu’un Botticelli ne ressemble à un Van Ostade. L’inexactitude de la désignation a frappé tous les yeux37.

Fig. 4. Jacques-André-Joseph Aved dit Camelot, Marguerite Crozat, 1741, huile sur toile, 138,5 × 105 cm. Montpellier, musée Fabre, inv. 839.2.1.

Fig. 4. Jacques-André-Joseph Aved dit Camelot, Marguerite Crozat, 1741, huile sur toile, 138,5 × 105 cm. Montpellier, musée Fabre, inv. 839.2.1.

Permalien : https://www.museefabre.fr/​recherche/​musee:MUS_BIEN:3476

© Musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole / photographie Frédéric Jaulmes – Reproduction interdite sans autorisation

30La question des attributions trop généreuses à certains peintres interroge explicitement, ouvrant le débat. Ainsi de François Clouet, à qui tout portrait du xvie siècle tend encore à être systématiquement lié :

  • 38 Ibid., p. 867.

La collection exposée au Trocadéro pourrait fournir ici quelques notes intéressantes. Mais comment, avec les éléments que nous avons sous les yeux, entreprendre un tel travail ? De même que les Anglais ont abusé de Holbein, nous abusons de Janet. Nous classons sous ce nom glorieux toute une série de portraits qui, pour la plupart, sont des copies, ou qui devraient être restitués à des artistes inconnus. Je refuse de traiter incidemment cette formidable question. Je ne conteste pas, je ne discute pas : j’attends38.

31La majeure partie des œuvres en question est prêtée par le duc d’Aumale, provenant de la collection réunie par Alexandre Lenoir, et appartient au fonds actuel du musée Condé.

  • 39 Michiels, 1877. Voir à ce sujet Martin, 2004, p. 54-56 ; Martin, 2009.

32Par ailleurs, l’exposition se distingue par le fait qu’elle intègre, de manière inédite, un ensemble de pièces des xive et xve siècles, en précurseur de ce que sera, en 1904, celle des Primitifs français organisée par Henri Bouchot au pavillon de Marsan. Elle prend appui sur les travaux récents d’Alfred Michiels, sollicité en 1870 par le ministre Maurice Richard, puis à nouveau par Chennevières, pour mener une étude, à la suite de celle qu’il a précédemment publiée sur les peintres flamands. Mue par la volonté de retrouver les racines de l’art français dans un esprit national, elle donne lieu à la publication d’un ouvrage tout juste paru en 187739. Certes imparfait et avançant des affirmations péremptoires, ce livre ouvre la voie à un essor des recherches érudites, dont l’exposition des Portraits nationaux offre la traduction. La section dévolue au Moyen Âge est en effet riche d’œuvres phares à propos desquelles des découvertes significatives ont été récemment dévoilées.

  • 40 Martin, 2004, p. 55-56.
  • 41 Mantz, 1878, p. 861-866.

33Le point de départ chronologique est une copie du portrait de Jean le Bon, alors conservé au cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale, commandée à Fernand Cormon pour l’occasion et destinée à entrer par la suite au château de Versailles (fig. 5). Ce tableau est explicitement présenté comme l’une des œuvres à l’origine de la peinture de portrait. Les autres temps forts de l’exposition sont les prêts exceptionnels du Triptyque de la Vierge en gloire de Jean Hey et du Buisson ardent de Nicolas Froment, respectivement venus des cathédrales de Moulins et d’Aix-en-Provence : ils comportent les portraits pour l’un de Pierre de Beaujeu et Anne de France, pour l’autre de René d’Anjou et Jeanne de Laval. Le second attire toute l’attention, notamment du fait que le nom de son auteur n’a ressurgi que deux ans plus tôt40, et Mantz lui consacre pas moins de six pages dans la Gazette des beaux-arts41.

Fig. 5. Fernand Cormon, Jean II, dit le Bon, copie d’après le tableau anonyme du xive siècle conservé au musée du Louvre, huile sur toile, 56,5 × 35,5 cm. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, MV 5049, RF 238.

Fig. 5. Fernand Cormon, Jean II, dit le Bon, copie d’après le tableau anonyme du xive siècle conservé au musée du Louvre, huile sur toile, 56,5 × 35,5 cm. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, MV 5049, RF 238.

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Œuvrer pour l’éducation

34Les Portraits nationaux s’inscrivent dans le contexte nationaliste qui accompagne l’Exposition universelle de 1878, après la défaite de la France contre la Prusse. Le fait d’opter pour un rassemblement de portraits constitue en soi un acte militant, car le genre est traditionnellement présenté, dans la littérature du temps, comme l’un de ceux qui distingueraient l’école française avec constance. Henri Delaborde, lui aussi membre de la commission, écrivait ainsi quelques années auparavant :

  • 42 Delaborde, 1856, p. 771.

Comment s’expliquer, par exemple, l’habileté supérieure avec laquelle la peinture de portrait a été traitée de tout temps en France, si l’on refuse aux peintres de ce pays un fonds de qualités instinctives, des privilèges d’intelligence transmis avec le sang et, jusqu’à un certain point, des doctrines permanentes42 ?

35L’historien Henri Martin va plus loin jusqu’à l’exagération, en ouverture d’une synthèse sur la question publiée par Anatole Marquet de Vasselot. Il n’hésite pas à écrire :

  • 43 Marquet de Vasselot, 1880, p. VII.

Toutes les grandes Écoles étrangères ont certes des portraitistes de génie ; mais le Portrait n’en est pas moins un art très particulièrement français, cultivé sans interruption, depuis l’origine jusqu’à nos jours, sinon toujours à la même hauteur, du moins sans jamais perdre ses qualités essentielles. C’est que ses qualités sont des qualités de race ; qu’elles procèdent de cette observation, à la fois vivement spontanée et profondément réfléchie, par laquelle l’esprit français et le sentiment français saisissent la nature humaine43.

  • 44 Montaiglon, 1888, p. 177.

36En elle-même, l’idée de glorifier le pays en exposant ses grands hommes n’est certes pas inédite. Elle fait écho à la série de statues qui « présentent à la Nation l’image de ceux qui l’ont honorée44 » commandée par le comte d’Angiviller en 1775, mais aussi aux galeries historiques de Versailles dédiées « à toutes les gloires de la France » inaugurées par Louis-Philippe en 1837. Il s’agit ici encore de reconstruire une mémoire collective et un passé commun, en établissant le principe d’une continuité et d’une permanence de personnages illustres à toutes les époques. Cette approche fait consensus entre les initiateurs du projet en un temps d’affrontement politique. Parmi ceux-ci figurent d’ailleurs aussi bien des personnalités aux opinions conservatrices, comme Chennevières, que républicaines, à l’instar de Mantz. De même en est-il des prêteurs, mais aussi des modèles des portraits qui sont rassemblés, couvrant le spectre le plus large qui soit et n’omettant ni la Révolution, largement abordée, ni l’Empire, ni même la Restauration et la Monarchie de Juillet.

37La Troisième République porte une volonté d’éducation du peuple par le culte des grands hommes et les œuvres d’art sont investies de cette mission didactique. Mantz souligne ainsi, en tant que témoin des organisateurs, le rôle pédagogique de l’exposition auprès du public à qui il s’agit de faire mieux appréhender ces grandes figures nationales :

  • 45 Mantz, 1878, p. 882.

Elles sont mal connues par ces rudes paysans, elles flottent dans des chronologies aventureuses, et cependant elles représentent pour eux comme pour nous l’incarnation de la patrie. […] Je m’adresse au ministre de l’Instruction publique et je lui dis : une image est une leçon. Par le portrait, enseignons l’histoire45.

38Victor Champier poursuit dans le même sens sur la valeur historique du portrait :

  • 46 Champier, 1879, p. 106.

Il faut qu’il [l’artiste] se persuade qu’en exécutant un portrait il fournit à l’avenir un document moral sur le temps présent et que l’image qu’il dessine, d’après un personnage quelconque, sera, s’il le veut, une page d’histoire plus instructive peut-être que de gros livres sur nos mœurs et nos passions contemporaines46.

  • 47 Gaehtgens, 1984, p. 65-67.
  • 48 Agulhon, 1978.
  • 49 Pommier, 1998, p. 25-26.

39Le recours à ce mode d’apprentissage de l’histoire est encouragé de longue date et des initiatives similaires sont déjà intervenues. Peut être rappelé ici le projet de Laurent de Jussieu, suggérant en 1816 au ministre de l’Intérieur l’aménagement d’une galerie de peintures des grands faits d’histoire à des fins pédagogiques47, ou, sous la République, le discours, s’appuyant sur des biographies illustrées, proposé par les manuels d’histoire, tel celui d’Ernest Lavisse qui connaît en 1878 sa septième édition, ou par l’ouvrage à succès publié l’année précédente par Augustine Tuillerie sous le pseudonyme de G. Bruno, Le Tour de la France par deux enfants. Devoir et Patrie. Livre de lecture courante. La figure du grand homme est ainsi donnée comme exemplum virtutis, pour nourrir le principe de méritocratie, basé sur le travail. C’est encore ce même raisonnement qui inspire le phénomène de la « statuomanie » contemporaine décrit par Maurice Agulhon, à savoir l’explosion du nombre de monuments dédiés à ces personnages illustres, destinés tout à la fois à honorer et à éduquer48. Cette pédagogie par la célébration du grand homme est à rattacher à la notion de valeur mémorielle du portrait, introduite par Leon Battista Alberti, et à la théorie, véhiculée dès l’Antiquité romaine, selon laquelle celui-ci permettrait tant la transmission de la culture que l’exaltation patriotique49.

L’héritage des galeries historiques

40Cet intérêt pour le portrait, en un siècle où il ne cesse de s’imposer en nombre sur les cimaises des Salons, vient contrebalancer sa place traditionnellement inférieure dans la hiérarchie académique des genres. Si certains critiques s’en lamentent, d’autres, comme Champier, le promeuvent :

  • 50 Champier, 1879, p. 104.

Le portrait, en effet, est la pierre de touche des peintres vraiment forts, car il ne se contente point des à-peu-près brillants, des morceaux de bravoure, des trucs du pinceau, des grossières débauches d’une habile palette. Il lui faut la méditation exercée, la science sincère, le scrupule rigoureux de l’artiste qui s’y essaie50.

  • 51 Marquet de Vasselot, 1880 ; Pinset et Auriac, 1884.

41Les années 1880 connaîtront une floraison de travaux sur l’histoire du portrait en France, sous l’impulsion, notamment, de la Société des études historiques qui lance un appel à publication et récompense plusieurs ouvrages51. Chennevières en analyse le contexte dans ses Souvenirs :

  • 52 Chennevières, 1979, p. 21-22.

La France a toujours eu un goût singulier pour les collections de portraits. […] Je ne sache que l’Angleterre qui ait poussé aussi loin que nous cette passion des recueils de portraiture dans les palais de son aristocratie, et qui ait donné pareille importance dans son école aux peintres de portraits52.

Filiations et modèles

  • 53 Vasari, 1840, p. 154 (nous privilégions ici la traduction alors en circulation en France). Voir Pom (...)

42Les organisateurs de l’exposition des Portraits nationaux ont assurément connaissance de la longue filiation des galeries d’hommes illustres, dont les premiers exemples sont attestés dès l’Antiquité et qu’analyse ainsi Giorgio Vasari : « Qui ne ressent une satisfaction extrême à contempler les traits de ses ancêtres, surtout s’ils se sont illustrés dans le gouvernement de l’état, dans la guerre et dans la paix, dans les lettres ou les arts53 ? » Les collections de portraits de personnalités se sont multipliées dès la Renaissance, mais leurs commanditaires s’attachaient à faire produire des œuvres par les artistes du temps davantage qu’à réunir celles du passé. Il est possible de citer à titre d’exemples marquants, pour la France, la Petite Galerie du Louvre voulue par Henri IV, la galerie des hommes illustres du Palais Cardinal, ou encore les galeries de portraits des châteaux de Bussy-Rabutin et d’Eu.

  • 54 Lavaux, 2021.
  • 55 Cantarutti, 2001 ; Bertinet, 2015, p. 161-162.

43Les galeries historiques inaugurées en 1837 par Louis-Philippe au château de Versailles procédaient d’un modèle hybride, puisqu’elles mêlaient créations contemporaines et tableaux anciens. Il ne s’agissait pas uniquement de portraits, mais avant tout d’œuvres relatant l’histoire nationale. Les portraits y occupaient cependant une part importante dans les années 1830 – près des deux-tiers –, et leur nombre a augmenté au cours des décennies suivantes54. À la suite d’aménagements successifs du musée, Eudore Soulié a envisagé en 1864 la création d’une « salle des mémoires », proposition qui ne verra pas le jour mais qui est symptomatique de ces initiatives autour des portraits historiques qui ne cesseront de se multiplier dans la seconde moitié du siècle55.

44Cette création des galeries de Versailles instaure aussi une nouvelle approche, dissociant intérêt esthétique et valeur historique, avec la volonté didactique de créer une conscience de la nation. L’exposition des Portraits nationaux s’inscrit à l’évidence en tant qu’héritière de ce modèle, d’autant plus que le conservateur alors en charge du château n’est autre que Clément de Ris, l’un des membres les plus actifs de la commission organisatrice, tandis que Soulié, son prédécesseur, était lui-même proche de longue date de Chennevières. Il existe cependant quelques points divergents entre les deux initiatives et l’exposition peut s’interpréter comme une version améliorée du projet des galeries historiques. Il n’est plus cette fois question d’admettre de copies – sauf rares exceptions – ni, surtout, de réalisations rétrospectives, dans un souci d’authenticité correspondant à une évolution érudite forte de l’histoire de l’art qui va dès lors s’imposer, condamnant bientôt les galeries de Versailles à un démantèlement programmé.

  • 56 « a Gallery of Original Portraits, such Portraits to consist, as far as possible, of those Persons (...)
  • 57 Jouin, 1879, préface de P. de Chennevières, p. III ; voir AN, F/21/700, pour la documentation réuni (...)

45L’Angleterre constitue l’autre source d’inspiration d’un tel projet, à la suite de la fondation, en 1856, de la National Portrait Gallery à Londres, à l’initiative de Philip Henry, 5e comte Stanhope. L’objectif poursuivi depuis dix ans par celui-ci était de constituer « une galerie de portraits originaux, ceux-ci comprenant autant que possible les personnalités les plus honorablement commémorées dans l’histoire britannique comme combattants, hommes d’État, ou dans les arts, la littérature ou la science56 ». Ouverte au public en 1859, puis installée dix ans plus tard au South Kensington Museum, l’institution jouit d’un grand prestige, accueillant un nombre croissant de visiteurs. Les organisateurs de l’exposition parisienne trouvent ici leur référence, tant dans le principe de sélection des œuvres que dans le découpage chronologique. Par ailleurs, les mêmes lieux ont accueilli, en 1866, 1867 et 1868, trois expositions successives de National Portraits, à l’initiative du premier ministre Edward Smith-Stanley, 14e comte de Derby, qui ont réuni plusieurs milliers de pièces provenant de collections publiques et privées, en s’attachant à trois périodes successives : jusqu’au règne de Jacques II, de 1689 à 1800, puis du règne de Georges III à 1867. L’objectif était d’illustrer l’histoire du pays ainsi que les progrès de l’art anglais. Chaque œuvre était accompagnée d’une notice explicative et une campagne photographique avait été mise en place (fig. 6). Chennevières témoigne du rôle qu’elles ont joué pour les organisateurs : « L’exemple de l’Angleterre, qui à trois reprises, en 1866, 1867 et 1868 a placé sous les yeux du public avec un succès si grand une suite d’images authentiques de ses illustrations nationales, nous était un encouragement57. »

Fig. 6. Galleries and Bays of the National Portrait Exhibition, 1866, « Nos 150 to 170. Eastern Gallery, Third Bay. Tudors Reign », Londres, Arundel Society for Promoting the Knowledge of Art, 1867. Londres, Victoria & Albert Museum, National Art Library, VA.1866.0008.

Fig. 6. Galleries and Bays of the National Portrait Exhibition, 1866, « Nos 150 to 170. Eastern Gallery, Third Bay. Tudors Reign », Londres, Arundel Society for Promoting the Knowledge of Art, 1867. Londres, Victoria & Albert Museum, National Art Library, VA.1866.0008.

Source : https://archive.org/​details/​1866NationalPortrait/​page/​n9/​mode/​2up

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Projets muséaux

  • 58 Chennevières, 1853, p. VIII.
  • 59 Bonnet, 1998, p. 57-58.

46C’est tout naturellement que, dans ce contexte, émergent de façon concomitante des projets de musées dédiés au portrait, initiatives qui seront récurrentes tout au long de la seconde moitié du siècle. Chennevières est à l’origine de la première initiative en ce sens, en 1853, en ouverture de ses Portraits inédits d’artistes français58. Prenant l’exemple de la collection des Offices, à Florence, il plaide pour l’aménagement au Louvre d’une galerie similaire, consacrée aux portraits d’artistes. L’idée resurgit en 1876, au moment où Jean-Paul Laurens offre aux Offices son autoportrait, présenté peu auparavant au Salon. Répondant à des articles de presse, notamment dans la Chronique des arts et de la curiosité qui l’interpelle directement, Chennevières rappelle son projet59. L’entreprise échoue de peu alors que le salon Denon au Louvre, dont les cimaises ont été libérées par le départ en restauration de la série des Batailles d’Alexandre de Charles Le Brun, constituait un lieu d’accueil potentiel. L’appel à une création institutionnelle est repris par les organisateurs des Portraits nationaux, à l’instar de Mantz :

  • 60 Mantz, 1878, p. 882.

Quel enseignement dans ce musée d’un jour ! Et puisqu’il doit sitôt disparaître, puisque déjà on vient reprendre les trésors qu’on nous a si généreusement prêtés, ne serait-il pas possible de remplacer ces richesses qui s’en vont par une création durable, par une collection véritablement nationale de portraits authentiques, rangés selon la loi de l’histoire, contrôlés d’après les types incontestés ? Ce musée, que l’Angleterre possède déjà, la foule semble le demander pour la France. Obéissons à son rêve60.

  • 61 AN, 20144790/127, lettre de Louis de Ronchaud à Albert Kaempfen, 25 août 1885.
  • 62 Bonnet, 1998.

47Aucun projet similaire à la National Portrait Gallery ne verra pour autant le jour en France, malgré les souhaits exprimés encore en 1885 par Louis de Ronchaud, directeur des musées nationaux, qui envisage de nouveau d’aménager au Louvre une section de portraits nationaux, manifestement inspirée par l’exposition de 187861. Pour autant, cette dernière ouvre la voie à d’autres expositions de ce type, parmi lesquelles les deux intitulées Portraits du siècle, organisées avec succès en 1883 et 1885 à l’École des beaux-arts, par la Société philanthropique. Enfin, Jules Castagnary, alors directeur des Beaux-Arts, parvient à faire aménager en 1888 une salle des portraits d’artistes au Louvre, dans le salon Denon, réunissant deux cents peintures dont le catalogue est dressé par Lafenestre. L’espace reste visible jusqu’à son démantèlement en 191462.

48L’exposition des Portraits nationaux n’est pas un fait isolé mais s’inscrit donc dans un contexte global et participe d’une volonté d’éducation des masses qui sera propre à la Troisième République et dont la manifestation de 1878 pose les bases officielles, comme la presse en porte l’écho :

  • 63 Sédille, 1878, p. 922.

Une des gloires de ce siècle aura été d’avoir consacré ce principe : que l’art ne doit pas seulement servir aux jouissances esthétiques de quelques-uns, mais que, dans nos sociétés modernes transformées, il doit être un élément de prospérité et de moralisation pour les peuples63.

  • 64 D’autres volets de l’Exposition universelle répondent au même projet. Sur la question de l’archéolo (...)

49Son optique patriotique – l’école française étant mise au premier plan – est affirmée d’emblée par Chennevières dans la correspondance qu’il adresse aux prêteurs sollicités et compte parmi les arguments qui ont convaincu nombre d’entre eux, en premier lieu les municipalités. En cherchant à éduquer par l’exemple, en promouvant par ce biais l’élévation morale, les valeurs de vertu et de méritocratie, les instances organisatrices souhaitent éviter pour l’avenir un effondrement comme celui que le pays a connu avec la défaite de 1870. Les portraits rassemblés dans cette galerie éphémère doivent servir le discours national64.

  • 65 Mantz, 1878, p. 858.

50Les écueils traversés au fil de sa préparation auront limité sa visibilité et n’auront pas permis d’atteindre l’objectif voulu, rendant ses concepteurs amers : « C’est une partie à recommencer, dans des conditions meilleures, sous une lumière plus généreuse et sans barricades sur le seuil. […] On ne saurait trop prolonger le rêve quand il contient une leçon65. » Son installation complexe, avec un déménagement forcé, puis une ouverture au public restreinte, s’est retrouvée prise dans les mailles d’un contexte politique devenu défavorable à son initiateur, Chennevières, face à la nouvelle majorité républicaine qui accède alors au pouvoir, mais aussi face aux rancœurs, comme celle de son prédécesseur Charles Blanc. Les ambitions affichées n’auront pas été suffisantes. Avec une part de mauvaise foi, Octave Mirbeau explique également l’effacement plus général de l’Exposition de 1878 par son trop grand sérieux dans sa dimension didactique assumée, à rebours du goût du public pour le divertissement :

  • 66 Mirbeau, 1895, p. 894.

En dépit de la pensée généreuse qui l’avait inspirée, l’Exposition de 1878 échoua, et dégénéra en mauvaise affaire. C’est qu’elle avait voulu n’être qu’une exposition, négligeant les attractions perverses, les variétés de “ribotes”, par quoi l’on capte et l’on retient la foule. Aussi la foule, vite dégrisée de cette passagère ivresse, retournant à ses vrais instincts de foule, regarda un instant ce spectacle auquel elle ne comprenait rien, s’ennuya et partit66.

  • 67 Molinier, Marx et Marcou, 1902, p. 9.

51Néanmoins, si les Portraits nationaux ont assez vite été oubliés par l’historiographie, les bases d’une autre manière de concevoir des expositions ont été posées, par un groupe d’historiens de l’art, parmi les plus marquants de leur temps, dont plusieurs détenaient, ou allaient détenir, des fonctions tant dans l’administration des Beaux-Arts que dans les musées nationaux. Le travail accompli n’a pas été vain, à travers les propositions qu’il a inspirées, et se devait d’être reconnu à son juste titre. Plus tard, à la faveur d’une autre Exposition universelle, celle de 1900, et de l’initiative de la Centennale de l’art français, Roger Marx pourrait écrire : « il faut remonter à l’exposition des portraits historiques organisée en 1878 par Philippe de Chennevières pour voir ainsi dépouillées les collections départementales67 ».

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Vasseur Édouard, 2023, L’Exposition universelle de 1867. L’apogée du Second Empire, Paris, Perrin.

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Notes

1 Étrangement, outre l’article ancien d’Isay (1937), ceux de Chandler (1986) et de Joest (1986), ainsi que la synthèse de Schroeder-Gudehus et Rasmussen (1992), l’Exposition universelle de 1878 demeure moins étudiée dans les publications récentes que les éditions précédentes – pour lesquelles nous renvoyons, entre autres références, aux travaux d’Édouard Vasseur (Vasseur, 2008 et Vasseur, 2023), ainsi qu’à Mainardi, 1987 – mais aussi que les deux éditions qui suivront, en 1889 et 1900, traditionnellement jugées plus notables par l’historiographie en raison de la célébration du centenaire de la Révolution, puis de l’avènement du nouveau siècle.

2 Halévy, 1937.

3 La Rue Montorgueil, à Paris. Fête du 30 juin 1878 (Paris, musée d’Orsay), et La Rue Saint-Denis, à Paris. Fête du 30 juin 1878 (Rouen, musée des Beaux-Arts). Sur la réception de l’Exposition de 1878, voir par exemple le témoignage de De Amicis, 2015.

4 Sur ce précédent, voir Quiblier, 2014.

5 Pingeot, 1988.

6 Les archives de l’exposition sont conservées, parmi les fonds de l’administration des Beaux-Arts, à Pierrefitte-sur-Seine, Archives nationales de France (désormais AN), F/21/693 à 700.

7 Voir Vaisse, 1995, p. 42. Le contexte institutionnel de l’administration des Beaux-Arts durant la première décennie de la Troisième République demeure peu abordé par les travaux plus récents, si l’on exclut les aspects relatifs à l’enseignement, au Salon et aux commandes, qui sont ici sans lien direct avec notre sujet.

8 Chennevières, 1877, p. 2. Voir Genet-Delacroix, 1992, p. 122-126. Les archives de cette commission, qui fait office de précurseur de l’Inventaire général du patrimoine culturel, tel que créé par André Malraux en 1964, sont conservées aux AN, F/21/9646 à 9660.

9 Voir Haskell, 2002, p. 115-124.

10 Lettre de Benjamin Fillon à Philippe de Chennevières, citée dans AN, F/21/700, « Rapport du directeur des beaux-arts au ministre de l’Instruction publique, des Cultes et des Beaux-Arts, 1er février 1877, demandant l’organisation d’une exposition de portraits historiques ».

11 Jouin, 1879, préface de P. de Chennevières, p. III.

12 Voir également Chronique des arts et de la curiosité, no 16, 21 avril 1877, p. 159.

13 Chennevières, 1877, p. 3.

14 Jouin, 1879, préface de P. de Chennevières, p. V.

15 Notamment au Journal officiel du 9 octobre 1877.

16 AN, F/21/693, « Catalogue des portraits susceptibles d’être exposés ». Une large part des portraits indiqués sur cette liste initiale ne figureront pas dans l’exposition, soit qu’ils n’auront finalement pas été retenus, soit qu’ils n’auront pu être obtenus.

17 Gonse, 1877.

18 AN, F/21/700. Les archives de la comptabilité de l’exposition contiennent également de nombreuses notes de repas, tel le déjeuner auquel est convié, selon son agenda, le duc d’Aumale, le 22 avril 1878, par Chennevières, accompagné de Lafenestre, d’Anatole Gruyer, inspecteur des Beaux-Arts, et d’Edmond Louvrier de Lajolais, président de la commission consultative de l’Union centrale des arts, tous membres de la commission (Chantilly, archives du musée Condé). Pour une analyse des prêteurs de l’exposition, nous renvoyons vers Paccoud, 2002, vol. 1, p. 26-32.

19 AN, F/21/694, lettre du marquis Christian de Biencourt à P. de Chennevières, 21 octobre 1877.

20 AN, F/21/699, lettre du comte Robert de Bonnières à P. de Chennevières, 8 février 1878.

21 AN, F/21/697, lettre du maire de Besançon à P. de Chennevières, 21 février 1878.

22 Blanc, 1878, p. 84.

23 Chennevières avait mis en garde le ministre de l’Instruction publique (AN, F/21/524, minute de lettre de P. de Chennevières à Agénor Bardoux, 20 avril 1878).

24 AN, F/21/694, lettre de Jules-Auguste Bapst à Eugène Guillaume, 1er mai 1878.

25 AN, F/21/693, minute de lettre d’A. Bardoux à Jean-Baptiste Krantz, 3 mai 1878.

26 AN, F/21/693, lettre de Louis Clément de Ris à E. Guillaume, 17 octobre 1878.

27 Mantz, 1878, p. 858.

28 AN, F/21/700, lettre d’Henry Jouin à Comte, 29 octobre 1878.

29 Jouin, 1879.

30 Mantz, 1878.

31 Chantilly, archives du musée Condé, agenda du duc d’Aumale, 23 octobre 1878.

32 Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, AD-1822 (023)-boîte 4, « Catalogue commercial Adolphe Braun & Cie. Reproductions photographiques inaltérables au charbon des Portraits nationaux exposés au Palais du Trocadéro en 1878 ». Voir Kempf, 1994 ; Boyer, 1998.

33 Chennevières, 1979, p. 22.

34 Nous renvoyons vers Paccoud, 2002, vol. 1, p. 38-50.

35 Faroult, 2022.

36 AN, F/21/698, lettre du maire de Nantes à P. de Chennevières, février 1878. Sur l’essor des rétrospectives, voir Rodriguez, 2019.

37 Mantz, 1878, p. 878.

38 Ibid., p. 867.

39 Michiels, 1877. Voir à ce sujet Martin, 2004, p. 54-56 ; Martin, 2009.

40 Martin, 2004, p. 55-56.

41 Mantz, 1878, p. 861-866.

42 Delaborde, 1856, p. 771.

43 Marquet de Vasselot, 1880, p. VII.

44 Montaiglon, 1888, p. 177.

45 Mantz, 1878, p. 882.

46 Champier, 1879, p. 106.

47 Gaehtgens, 1984, p. 65-67.

48 Agulhon, 1978.

49 Pommier, 1998, p. 25-26.

50 Champier, 1879, p. 104.

51 Marquet de Vasselot, 1880 ; Pinset et Auriac, 1884.

52 Chennevières, 1979, p. 21-22.

53 Vasari, 1840, p. 154 (nous privilégions ici la traduction alors en circulation en France). Voir Pommier, 1998.

54 Lavaux, 2021.

55 Cantarutti, 2001 ; Bertinet, 2015, p. 161-162.

56 « a Gallery of Original Portraits, such Portraits to consist, as far as possible, of those Persons who are most honourably commemorated in British History as Warriors or as Statesmen, or in Arts, in Literature, or in Science », Londres, UK Parliament, House of Lords Hansard, 4 mars 1856, « Gallery of National Portrait » (traduction de l’auteur).

57 Jouin, 1879, préface de P. de Chennevières, p. III ; voir AN, F/21/700, pour la documentation réunie sur ces expositions anglaises.

58 Chennevières, 1853, p. VIII.

59 Bonnet, 1998, p. 57-58.

60 Mantz, 1878, p. 882.

61 AN, 20144790/127, lettre de Louis de Ronchaud à Albert Kaempfen, 25 août 1885.

62 Bonnet, 1998.

63 Sédille, 1878, p. 922.

64 D’autres volets de l’Exposition universelle répondent au même projet. Sur la question de l’archéologie, voir Noël, 2014.

65 Mantz, 1878, p. 858.

66 Mirbeau, 1895, p. 894.

67 Molinier, Marx et Marcou, 1902, p. 9.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Braun & Cie, Clouet. Élisabeth d’Autriche, 1879, photographie au charbon, 26,3 × 17,8 cm. Chantilly, musée Condé, PH 63.
Légende Cette photographie a été réalisée d’après le portrait de François Clouet, prêté à l’exposition par le duc d’Aumale, conservé dans les collections du musée Condé. Permalien : https://www.musee-conde.fr/​r/​651e610b-990f-4f81-9407-a1488eea45b0.
Crédits © Domaine de Chantilly, dist. GrandPalaisRmn / image Domaine Chantilly
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/40122/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 70k
Titre Fig. 2. École de Mathieu Le Nain, Henri Coiffier de Ruzé, marquis de Cinq-Mars, 2e moitié du xviie siècle, huile sur toile, 193 × 106,7 cm. Hagerstown, Washington County Museum of Fine Arts, Gift of Chester D. Tripp, A0671,53.0001.
Crédits © Washington County Museum of Fine Arts
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/40122/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 845k
Titre Fig. 3. Hyacinthe Rigaud, Pierre Drevet, vers 1700, huile sur toile, 115,5 × 88,5 cm. Lyon, musée des Beaux-Arts, inv. A 2865.
Légende Prêté par le musée de Lyon, ce portrait a compté au nombre des œuvres d’Hyacinthe Rigaud présentées dans l’exposition. Permalien : https://collections.mba-lyon.fr/​r/​16efdaf8-f78f-443e-bdfc-752b7e3c0c98
Crédits © Lyon MBA – Photo Alain Basset
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/40122/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 51k
Titre Fig. 4. Jacques-André-Joseph Aved dit Camelot, Marguerite Crozat, 1741, huile sur toile, 138,5 × 105 cm. Montpellier, musée Fabre, inv. 839.2.1.
Légende Permalien : https://www.museefabre.fr/​recherche/​musee:MUS_BIEN:3476
Crédits © Musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole / photographie Frédéric Jaulmes – Reproduction interdite sans autorisation
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/40122/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 2,0M
Titre Fig. 5. Fernand Cormon, Jean II, dit le Bon, copie d’après le tableau anonyme du xive siècle conservé au musée du Louvre, huile sur toile, 56,5 × 35,5 cm. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, MV 5049, RF 238.
Légende Permalien
Crédits © EPV
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/40122/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 994k
Titre Fig. 6. Galleries and Bays of the National Portrait Exhibition, 1866, « Nos 150 to 170. Eastern Gallery, Third Bay. Tudors Reign », Londres, Arundel Society for Promoting the Knowledge of Art, 1867. Londres, Victoria & Albert Museum, National Art Library, VA.1866.0008.
Légende Source : https://archive.org/​details/​1866NationalPortrait/​page/​n9/​mode/​2up
Crédits Public Domain Mark 1.0
URL http://journals.openedition.org/crcv/docannexe/image/40122/img-6.jpg
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Pour citer cet article

Référence électronique

Stéphane Paccoud, « Les Portraits nationaux à l’Exposition universelle parisienne de 1878 : un projet de galerie historique »Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles [En ligne], Articles et études, mis en ligne le 31 décembre 2024, consulté le 19 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/crcv/40122 ; DOI : https://doi.org/10.4000/130g1

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Auteur

Stéphane Paccoud

Stéphane Paccoud est conservateur en chef du patrimoine, chargé des collections de peintures et de sculptures du xixe siècle au musée des Beaux-Arts de Lyon. Il a assuré le commissariat de plusieurs expositions, parmi lesquelles, en 2014, L’invention du Passé. Histoires de cœur et d’épée en Europe, 1802-1850, aux côtés de Stephen Bann, ainsi que, récemment, Hippolyte, Paul, Auguste. Les Flandrin, artistes et frères (2021) avec Elena Marchetti, et, au musée d’Orsay, Louis Janmot. Le Poème de l’âme (2023) avec Servane Dargnies-de Vitry. Ses travaux personnels portent notamment sur l’historicisme et la représentation du passé national au xixe siècle.
Stéphane Paccoud is Heritage Curator in chief, in charge of the collections of nineteenth-century paintings and sculptures at the Musée des Beaux-Arts in Lyon. He has curated a number of exhibitions, including, in 2014, L’invention du Passé: histoires de cœur et d’épée en Europe, 1802–1850, alongside Stephen Bann, and recently Hippolyte, Paul, Auguste: les Flandrin, artistes et frères (2021) with Elena Marchetti, and, at the Musée d’Orsay, Louis Janmot: le Poème de l’âme (2023) with Servane Dargnies-de Vitry. His personal research focuses in particular on historicism and the representation of the national past in the nineteenth century.
stephane.paccoud[at]mairie-lyon.fr

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